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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Yves Robert
Le grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972)

Ca commence comme une suite de la French Connection : une histoire de drogue dans une voiture, un soi-disant trafiquant arrêté et questionné, un détecteur de mensonges qui s'emballe.
Et puis c'est tout. Parce que c'est autre chose : la vérité est ailleurs, c'est bien connu.

Toulouse, Perrache, Milan. Ce ne sont pas des destinations, mais des personnes haut placées dans les services secrets français. Milan (Bernard Blier) lorgne le poste de Toulouse (Jean Rochefort), lequel, avec l'aide de Perrache (Paul le Person), veut s'en débarrasser (de Milan, pas de son poste). Ils inventent alors un faux agent secret : le grand blond... Avec une chaussure noire (l'autre est marron).

 

C'était la France des années 1970. Celle des 504, des R15 et des Mercedes Benz 300. C'était la fin des trente glorieuses et Giscard n'était pas encore président. Mais en ce qui nous concerne, c'était le temps des seconds rôles à trognes célèbres : Maurice Barrier, Roger Caccia, Jean Saudray... Il ne manque que Lionel Vitrant et Dominique Zardi !

Et au milieu de tout ça : le grand blond. François Perrin (Pierre Richard). Francis Veber vient de créer le personnage. Il n'a aucune idée de ce qui se trame autour de lui, ce qui crée un comique dévastateur.

 

Pierre Richard reprend son personnage de maladroit un tantinet distrait qui fit son succès dans ses deux films précédents. Mais surtout, c'est un homme normal dans une situation particulière : inconscient des jeux de pouvoir qui se trament autour de lui, il évolue normalement. Rien de bien transcendant. A part peut-être, une histoire d'adultère, essentielle pour l'intrigue, mais franchement pas extraordinaire.
C'est de cette banalité que naît le comique du film : à chacun de ses choix, chacun de ses déplacements, voire de ses paroles, les espions (les vrais qui l'épient) cherchent une explication : pourquoi ne va-t-il pas chez le dentiste ? Pourquoi tire-t-il la chasse d'eau ? Pourquoi une chaussure noire ? (vous aurez la réponse à cette dernière question) Qu'est-ce que c'est que ce gugusse ?

 

Ce gugusse, c'est un piège à con. Et Milan tombe dedans, pour notre plus grand plaisir. Ce gugusse, c'est un compromis du burlesque et du parlant : il nous fait rire dans les deux cas. Le concert (Mozart) est une scène caractéristique du talent de Pierre Richard, capable de nous faire rire sans parler : le chef d'orchestre (Yves Robert, tiens, tiens...) perdant rapidement patience devant les simagrées de son premier violon.

Et au milieu de ce monde d'hommes, Mireille Darc. Toujours belle, envoutante, époustouflante (Pierre Richard a découvert sa tenue au moment du tournage de la scène) :  femme fatale pour agent autrement fatal.

 

Et en plus, les dialogues sont à la hauteur :

« Il jette du pain aux canards ? Oh merde… »

« J'ai préféré un grand blond avec une chaussure noire à un grand noir avec un loden vert.

- Dites-moi, mon petit vieux, pour faire de la littérature : attendez la retraite. »

« Pourquoi un violoniste ?
- Vous m'aviez dit de choisir n'importe qui.
- Oui mais pourquoi un violoniste ?
- Parce qu'il avait une chaussure noire. »

 

Finalement, le piège fonctionne très bien, on fonce droit dedans et on s'amuse de cette histoire improbable d'espionnage, comme (presque) toujours avec Yves Robert.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Jean Gabin, #Drame
Pépé le Moko (Julien Duvivier, 1937)

Un homme derrière des barreaux crie le nom de la femme. La femme se bouche les oreilles. C'est de la sirène du bateau qu'elle protège ses oreilles.

L'homme s'effondre. Il est mort.

Pépé (Jean Gabin), c'est le brigand bien aimé. A la Casbah, tout le monde le connaît, l'apprécie, le protège. Même l'inspecteur Slimane (Lucas Gridoux) le ménage. Il le ménage pour mieux l'arrêter. Mais pour cela, il faut que Pépé quitte la Casbah et descende en ville.

Et en ville, il y a la belle Gaby (Mireille Balin). Gaby, ce sera l'arme ultime de Slimane pour se débarrasser de Pépé.

 

Julien Duvivier a fait traversé la Méditerranée à ses personnages. Mais avec eux, il a amené leur désespoir et cela ne les empêchera pas d'être rattrapé par leur destin. Surtout Pépé. Alors on regarde, impuissant, le drame se jouer. Gabin est toujours aussi impressionnant : il frappe, il charme, il chante... Mais il crie aussi, quand Pierrot (Gilbert Gil) est mort, qu'il est ivre et que plus rien n'a d'importance. Il crie comme il savait le faire, quand le désespoir le tenaille. Il y aura d'autres crises, dans d'autres films, mais celle-ci est terrible : c'est un homme seul - même s'il est entouré - qui étouffe dans une ville qui n'est pas la sienne. Pépé, son rêve, c'est de retourner à la civilisation : la Casbah, c'est juste une planque. Lui, ce qu'il veut, c'est Paris et son métro. Alors quand Gaby débarque dans sa vie, c'est une bouffée d'air parisien qui le submerge et remise tous ses soucis. S'il quitte la Casbah, il sera arrêté ? La belle affaire. Cette femme vaut le coup de risquer sa liberté, voire sa vie.

 

Avec Pépé le Moko, Duvivier verse dans l'exotisme. Plus que dans La Bandera où le désert n'était qu'anecdotique. Ici, la Casbah est plus vraie que nature, avec ses ruelles blanches, ses maisons blanches, ses toits blancs, ses marchands ses porteurs d'eau. Et ses femmes. Des femmes de partout : d'Alger, bien sûr, mais d'ailleurs aussi, des Gitanes comme Inès (Line Noro), une ancienne gloire oubliée du music-hall (Fréhel, émouvante, elle-même presque oubliée aussi à cette époque...) qui pleure en chantant un ancien succès, et toutes las autres, anonymes, décrites au début du film dans la présentation de la Casbah.

 

On déambule dans la Casbah comme ces riches touristes à la recherche de sensations fortes, ou complètement groggy, comme Pépé quand il la descend vers son destin (fatal, on est chez Duvivier). Tellement groggy que les rues se mettent à danser et s'effacent pour laisser place à la mer qui accueillera le bateau emportant Gaby.

L'autre force du film, c'est sa distribution. Comme disait Mocky : « Il appartient aux films interprétés par des acteurs qui aujourd’hui n’existent plus, c’est-à-dire les seconds rôles qui pourraient être des premiers rôles. »

Et question seconds rôles, il y a du gratin : Charpin (Régis, le salaud), Dalio (L'Arbi), Saturnin Fabre (Grand-Père), Gabrio (Carlos), Modot et son bilboquet, et j'en passe. Il ne manque que Le Vigan !

 

Enfin, il y a les dialogues. Il y a Duvivier, il y a Jacques Constant, et surtout, il y a Henri Jeanson. Et on se régale, malgré la noirceur du film :

« T'es trop p'tit, mon grand. »

« Avoir l'air d'un faux-jeton à ce point-là, j'te jure que c'est d'la franchise. »

« Inès le matin, Inès le midi, Inès le soir... T'es pas une femme t'es qu'un régime ! »

« J'leur donne mon corps, mais j'garde ma tête. »

« Je te le jure sur la tête de mon père ! - Tu risques pas grand chose, il a été guillotiné. »

 

Après La Bandera, où Gabin jouait le rôle d'un truand en cavale devenu soldat, Duvivier va plus loin avec son mauvais garçon : il aime. Il aime à en crever. Son histoire d'amour (malheureuse) nous touche et nous transporte. On s'identifie. On veut y croire (même si on sait que ce ne sera pas possible.

Et si Pépé meurt, ce n'est pas pour ses crimes comme les truands américains de la même époque (Scarface, L'Ennemi public...), c'est avant tout par amour.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #René Clair, #Drame, #Policier
Dix petits Indiens (And then there were none - René Clair, 1945)

Dix personnes dans une maison, sur une île, un vendredi. Le prochain passage du bateau aura lieu lundi. Ces dix personnes vont devoir apprendre à vivre ensemble.

A moins que ce soit mourir...

 

René Clair adapte ici ce qui est - à mon avis - le roman le plus noir de la grande Agatha (Christie, pour les ramollis du bulbe). Alors que ses autres romans amènent toujours une (ré)solution, ici, il n'y a personne qui va en réchapper. Tous sont condamnés à réaliser la comptine jusqu'au dernier vers : « et il n'en resta plus aucun. »

Mais, comme c'est René Clair, il faut que ça se termine bien. [Pour les ceusses qui ne l'ont pas encore lu, je vous laisse aller découvrir la vraie fin !]

Cette fin heureuse m'avait fait hausser les sourcils, mais comme la grande Agatha (toujours la même !) en avait tiré une pièce de théâtre avec cette fin (à moitié) heureuse, je l'ai tout de suite rabaissé. Et puis qu'est-ce que ça peut faire, si ça se tient ?

Parce que ça se tient. On suit avec délectation les disparitions successives des protagonistes, essayant de deviner qui sera le prochain ainsi que le modus operandi, histoire de voir en quoi il suit la comptine. Et puis la distribution nous aide : on y retrouve - entre autres - quelques gloires dans des seconds couteaux pertinents : Barry Fitzgerald (le Juge Quincannon), Walter Huston (le docteur Armstrong), Roland Young (Mr Blore) et la troublante Judith Anderson (Emily Brent).
Et puis il y a Mr Owen. U. N. Owen (jeu de mots), l'hôte des lieux. Celui qu'on ne voit pas, Némésis qui les accuse tous d'avoir tué à un moment de leur vie. Parce que tous sont des criminels. Et ils sont là pour payer, et donc mourir, la justice immanente veillant à l'exécution des sentences définitives.

Mais je l'ai déjà dit, nous sommes chez René Clair, et l'humour affleure : l'arrivée en bateau, entre le mal de mer de Blore et le foulard de Vera Claythorne (June Duprez), le ton est donné. Il y aura l'attitude de Rogers (Richard Haydn) face aux accusations qui donnera un beau moment comique. Pour le reste, on reste dans l'univers un tantinet british du roman, avec juste ce qu'il faut d'humour du même nom.

Alors on se régale, en se disant tout de même que les mentalités sont en train d'évoluer : de Dix petits Nègres (titre anglais), on est passé à Dix petits Indiens (titre français), jusqu'au titre américain (voir ci-dessus) qui ne fait plus référence à personne.

 

Mais l'histoire (plus ou moins sordide) subsiste, et c'est bien ce que nous attendions, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #William A. Wellman
L'Ennemi public (The public Enemy - William Wellman, 1931)

Une voiture démarre. A son bord : Tom Powers (James Cagney) et Matt Doyle (Edward Woods). Une femme en blanc traverse le champ. Nous suivons les deux hommes. Soudain, Tom aperçoit quelque chose : c'est une femme. Celle qui vient de traverser devant nous.

Tom fait arrêter la voiture. Il l'observe. Elle lui rend son regard. Elle sourit. Il descend et se précipite vers elle. Elle a les cheveux blond platine. Elle s'appelle Gwen Allen (Jean Harlow).

Elle : Je n'ai pas l'habitude de monter avec des étrangers.

Lui : Nous n'allons pas rester étrangers [longtemps].

Pourtant, elle monte.

Rencontre mythique.

 

A son tour, William Wellman prend le pouls de la société qui se délite : voici son film de gangster qui sortira trois mois après Little Caesar. Avec Scarface, c'est le troisième grand film sur ce thème. Mais ici, contrairement aux deux autres, nous n'assistons pas à une ascension.

Il s'agit plus d'un exposé sur ce fléau qu'est le crime.

Tom Powers n'est pas un grand ponte du crime. Juste un petit truand, essayant de survivre dans la cour des grands. Le grand patron, pour lui, c'est Samuel « Nails » Nathan (Leslie Fenton). Et entre eux deux, il y a Paddy Ryan (Robert Emmett O'Connor), le sous-chef.

Autre différence : les truands sont irlandais.

Tom est fils d'Irlandais. Son père, comme beaucoup d'Irlandais américains, est policier. Pourtant, le petit Tom a choisi un autre chemin : le crime. Petit (1909), il vole dans les magasins et embête les filles (déjà, Matt est attentionné envers elles). Quand le père Powers surprend son fils, c'est la correction assurée à grands coups de ceinturon. Mais Tom ne pleure pas. C'est déjà un dur.

Alors quand il grandit, il s'acoquine avec d'autres truands d'envergure : Putty Nose (Murray Kinnell), petite frappe de quartier ; puis Paddy Ryan, pour des choses autrement plus sérieuses.

Car arrive la Prohibition (1920). Tout doit disparaître : les stocks d'alcool s'écoulent dans le caniveau ou sont récupérés pour être stockés en vue de la grande pénurie à venir. C'est à ce moment que les affaires vont se mettre en marche pour Tom et Matt aux ordres de Paddy. Et avec le trafic, le train de vie change : argent facile, habillement sophistiqué (on troque la casquette pour un chapeau, tout de suite plus élégant), belle voiture et filles faciles (surtout quand on étale sa fortune).

Alors que Rico (Little Caesar) et Tony Camonte (Scarface) sont des gangsters qui s'élèvent (pour retomber), Tom reste toujours au même niveau. Il n'a pas de haute ambition. Il obéit et exécute les ordres (ou les gens, des fois, c'est la même chose). Mais comme chez Mervyn LeRoy, beaucoup d'exécutions se font hors champ. Ce qui est différent : quand Matt ou Tom sont touchés, ils saignent VRAIMENT.

 

Parce que Wellman recherche le réalisme. Il prévient le spectateur dès le début : ce que nous allons voir est vrai. On a changé les noms, mais c'est du véridique. Il y a une banalisation du destin de Tom : pas de destin grandiose, pas de coup d'éclat ou d'ostentation. Powers est un type normal, issu du melting pot, avec une famille, une histoire banale, facilement identifiable, si ce n'est son côté criminel. Wellman semble nous dire au spectateur : « ça pourrait vous arriver ». En plus, à la différence de Rico, Tom est beau gosse. Il charme les dames avec facilité, son sourire étant l'une de ses armes les plus dangereuses. Rico ne souriait que très peu : Tom est toujours goguenard, ironique, voire cynique. Quand il décide de se venger, c'est le sourire aux lèvres qu'il s'y rend, sûr de lui.

Cette même scène étant devenue culte (n'ayons pas peur des mots !) : il attend sous la pluie que ses ennemis arrivent, puis les suit dans leur repaire et les flingue, prenant du même coup une balle dans la tête. Alors il sort, titubant, et s'écroule dans le caniveau (lui aussi !), le sang lui coulant à la tête, s'exclamant alors : "I ain't so tough!" (« je ne suis pas si fort ! »).

D'ailleurs, chaque scène de mort d'un personnage important est impressionnante : la mort de Matt et surtout celle de Putty Nose : il sort d'un club, croise un chat noir puis tout de suite après Tom et Matt qui l'emmènent chez lui pour le tuer. Il sera exécuté hors champ, la caméra passant du piano où il joue quelques notes, vers Matt qui regarde, à l'écart, et qui sursaute quand Tom tire. Grande moment, vraiment.

Et je ne vous raconte pas la scène finale, encore plus terrible.

 

Une fois le film terminé,  Wellman conclut son exposé en expliquant que quelque chose doit être fait pour résoudre ce problème. Deux ans plus tard, en avril 1933, Roosevelt fera abroger le Volestead Act, mettant fin à une partie de ce fléau. Mais les organisations criminelles avaient profité de cette période pour se structurer. Elles sont toujours en place.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mervyn LeRoy, #Gangsters
Le petit César (Little Caesar - Mervyn LeRoy, 1931)

Caesar Enrico Bandello. Le petit César. Mais on l'appelle Rico (Edward G. Robinson).

C'est une petite frappe. Le genre à braquer des stations services, avec son partenaire, Joe Massara (Douglas Fairbanks Jr.). Mais il a de l'ambition.

Un jour, qu'il lit le journal à propos d'un truand notoire new-yorkais, il a la vocation : il sera un grand.

Alors nous assistons à son ascension fulgurante dans un milieu d'argent facile, où le plus fort l'emporte toujours. Quoi que...

 

Malgré un budget restreint, Mervyn LeRoy nous gratifie d'un film de fort bonne facture.

Rico fait partie de ces gangsters sans foi ni loi qui vont fleurir à Hollywood des années 1930. Nous en sommes encore aux prémices du film de gangster. Bien loin de Scarface. Ici, pas de mort à grand spectacle : on éteint la lumière avant de tuer. Ou alors c'est hors champ. Il faudra attendre la toute fin pour que deux morts se déroulent devant nous : Otero (George E. Stone), et bien sûr Rico.

Et Edward G. Robinson est un gangster plus vrai que nature : mise impeccable, gâchette facile, et surtout trogne vraiment patibulaire. Ce n'est pas James Cagney avec sa gueule d'ange. Pas du tout. Il s'agit d'un personnage qui ne rit jamais, voire sourit très peu. C'est un homme expéditif et très manichéen : d'un côté ceux qui sont avec lui de l'autre, ceux qui sont contre lui.

Malgré tout, Rico n'est qu'un pauvre type. Une espèce de pignouf qui se donne des airs. C'est un frustré qui a besoin de reconnaissance. Il lorgne vers ceux qui sont au-dessus : Pete Montana (Ralph Ince) ou encore plus haut Big Boy (Sidney Blackmer).

Il va tout faire pour leur ressembler, avoir leur classe vestimentaire ou leur distinction. Mais il reste avant tout un homme fruste, peu éduqué, qui balance les cendres de son cigare n'importe où, sauf dans un cendrier.

Dès qu'il commence à monter dans la hiérarchie, son apparence se modifie : il porte le même genre de bijoux que Pete Montana, il est habillé avec beaucoup de soin. Mais dès que l'occasion de parader se présente, il retrouve ses habitudes naturelles : c'est un parvenu qui exhibe sa fortune.

Une scène caractéristique est celle où il doit s'habiller pour rencontrer le grand patron (Big Boy). Il a beau être extrêmement bien mis, il n'est pas satisfait : avec un tel habit, il ne lui manque que le plateau et le torchon pour servir, pense-t-il. Mais il prend le temps de s'admirer dans un immense miroir en pied, de s'habituer à se voir dans des habits aussi classe.

Autre élément de ce narcissisme exacerbé : sa dernière rencontre avec Pete Montana, dans laquelle il lui fait remarquer que lui aussi sait avoir de la classe. Quelque temps après, on peut voir qu'il a adopté un autre élément de l'allure de Montana (une espèce de broche ronde).

Et puis il a une très belle montre...

Alors quand la déchéance arrive, Rico n'est plus que l'ombre de lui-même : mal rasé, vêtements en loque, allure pitoyable, alcool (lui qui se targuait de ne pas y toucher ). Il est retourné d'où il vient, tout en bas. « Dans le caniveau », nous dit-on.

 

Et au milieu de tout ça, on trouve Joe Massara. Rico est un homme simple, primaire. Pas Joe. Joe est un homme torturé, pour qui le monde n'est pas dual. Rico est son ami, son presque frère. Mais il aime Olga (Glenda Farrell) et devra, à un moment choisir. Il est tiraillé entre son amour et son passé de gangster : on ne quitte pas une organisation criminelle autrement que les pieds devant. Dans ces conditions, Joe a-t-il vraiment le choix ?

De toute façon, Rico ne peut pas gagner, ne doit pas gagner. La morale de l'époque, et le tableau peu flatteur qui est dressé nous laissent présager, dès le début que sa fin sera brutale et rapide. Nous ne sommes donc pas déçus.

Mais avec certaine une ironie (cruelle pour lui) : pendant qu'il agonise dans la rue, Joe et Olga triomphent au cinéma, sur une affiche. Juste au-dessus...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jack Kinney, #Donald Duck, #Dessins animés, #Walt Disney
Der Fuehrer's Face (Jack Kinney, 1943)

1943. En pleine deuxième guerre mondiale, les studios Disney proposent ce film de Jack Kinney, reprenant une chanson parodique de Oliver Wallace : Der Fuehrer's Face.

Oliver Wallace était compositeur pour ces mêmes studios, d'où une facilité d'exploitation de cette chanson.

Mais, Spike Jones était passé par là : en 1942, alors que le film va bientôt être sorti en salles, il crée sa propre version de la chanson. Et quelle version : comme toujours, les instruments classiques (saxophones, tubas, etc.) côtoient les instruments plus improbables (klaxons de voiture entre autres) et des bruits plus ou moins gracieux.

Ce qui devait s'appeler Donald Duck in Nutziland change de titre et surfe - dirions-nous maintenant - sur la vague jonesienne.

Certes, la musique n'a pas la force de celle des City Slickers (le groupe de S. Jones), mais le film compense largement ce handicap.

Nous suivons les aventures de Donald, membre du Reich, qui travaille dans une usine d'armement (bien entendu), contraint de participer à l'effort de guerre.

 

La forme la plus représentée est bien sûr la croix gammée : elle apparaît dans chaque centimètre carré de pellicule disponible. Ailes de moulins, bouche d'incendie, buissons, robinets, haies, poteaux électriques, pièce raccommodée, réveil, horloge (avec coucou à moustache carrée)... Même le coq est nazi ! C'est un festival magnifiquement absurde. La musique (de Wallace) est jouée par une formation minimale dont les incontournables instruments de fanfare : tuba, grosse caisse, clarinette. Une espèce de formation musicale militaire. Tout à fait dans l'esprit des défilés nazis. De plus, les instrumentistes sont tous de fiers nazis ou assimilés : on y retrouve Goering, Hiro-Hito et Mussolini. Le seul qu'on ne voit pas est Hitler, à part dans un cadre avec ses alliés de l'Axe.

Et Donald fabrique des bombes. Des petites, des moyennes, des grosses, le tout sous l'œil de ses gardiens (invisibles) qui ne se manifestent qu'en le menaçant de leurs fusils à baïonnettes. Les cadences sont infernales et ne sont pas sans rappeler celle de Chaplin dans Les Temps modernes. Comme le vagabond, Donald pète les plombs et s'ensuit une scène onirique malgré tout rattachée à la guerre : on y voit voler/danser des bombes, un Donald à petite moustache carrée et mèche sur le côté, pendant que tout a une forme d'obus. Ce sont tous les éléments de l'armée allemande qu'on retrouve sous forme de bombe : les musiciens, les soldats casqués, les bottes à clous, et même Hitler !

Derrière cette parodie, malgré tout, se cache le véritable message du film : Hitler et son armée ne sont pas des gens fréquentables. Donald n'a aucune liberté, mange très peu : une tranche de pain extrêmement rassis avec un bol d'eau dans lequel il plonge un grain de café récupéré dans son coffre-fort ! Bref, toutes les conditions pour démontrer que ce pays est mauvais.

Parce que nous sommes dans un film de propagande. Il fallait bien que les studios Disney participent à l'effort de guerre et motivent le moral des Américains.

Et le but est atteint. Comme pour Spike Jones ou Tex Avery et son Blitz Wolf, le rire sert la cause. Malgré tout, Tex Avery va plus loin dans sa charge contre Hitler, annonçant d'ailleurs sa mort finale. Ici, Hitler ne reçoit qu'une tomate (pourrie ?) dans la figure.

[Il est clair que Disney lui-même était un fasciste. Mais l'Amérique, malgré tout, importait tout de même plus. Il y a un temps pour recevoir Leni Riefenstahl dans ses studios (1938), et un autre pour défendre son pays.]

 

Il n'empêche : je préfère Blitz Wolf !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Howard Hawks, #Gangsters
Scarface (Howard Hawks, 1932)

Tony Camonte (Paul Muni) est un homme de main. Il siffle Lucia di Lamermoor avant d'exécuter un contrat. C'est un Italo-américain. Un vrai. Plus italien qu'américain, d'ailleurs. Surtout avec sa sœur, Cesca (Ann Dvorak). Mais surtout, c'est un homme sans foi ni loi, ni scrupule.

 

Le film commence par un avertissement : l'histoire que nous allons voir est vraisemblable. Ca se passe en Amérique en 1932. Il s'agit d'un véritable fléau, déjà révélé l'année précédente par Mervyn LeRoy (Little Caesar) et William Wellman (The Public Enemy). De plus, Hawks reprend un véritable événement de la guerre des gangs qui faisait rage : le massacre de la Saint Valentin qui eut lieu le 14 février (évidemment) 1929 où sept truands furent abattus.

De plus, Tony Camonte, de par sa physionomie, rappelle un gangster notoire de la même époque : Al Capone, dit le Balafré.

Si Hawks n'a pas été approché par des truands pendant le tournage, il n'en va pas de même pour Ben Hecht, qui fut reçu (chez lui !) par des hommes de mains de Capone à propos du scénario. George Raft, lui aussi, fut contacté par ses anciens amis truands, après le film, pour leur donner des cours de style (ils voulaient lui ressembler !).

[Ne perdons pas non plus de vue que le Code Hays avait été approuvé (en mars 1930) et que ses effets vont se faire sentir : certaines scènes seront tronquées voire la fin retournée (avec Tony de dos, Paul Muni n'étant plus là). Mais - heureusement pour nous - la première fin est celle qui nous est proposée.]

Malgré l'avertissement, le film nous montre un déchaînement de violence, dont Tony n'est pas le seul artisan. Guino « Little Boy » Rinaldo (George Raft) et Angelo (Vince Barnett) n'hésitant pas à tuer de sang-froid (d'une manière générale, ça flingue à tout va, d'un côté comme de l'autre).

Angelo, par ailleurs a un rôle plutôt comique : son apparence, d'abord nous le présente plus comme un plouc qu'un truand véritable. A cela s'ajoute une ignorance crasse - il ne sait pas écrire (ça m'étonnerait qu'il sût lire aussi), ni répondre au téléphone, sauf - ironie cruelle - au moment de mourir.

Parce que tout le monde - ou presque meurt. D'un autre côté, il n'était pas pensable, en 1932, de laisser des criminels pareils survivre. Surtout Tony. Car, en plus d'être un sale type, il a une relation avec sa sœur plutôt ambiguë : si ce n'est pas de l'inceste, ça y ressemble tout de même beaucoup.

Et puis il y a les éléments qui font de ce film un chef-d'œuvre : l'ombre de Tony dans le club et dans l'hôpital ; la pièce que jette inlassablement Rinaldo ; le dernier strike de Gaffney (Boris Karloff) ; Tony retranché dans son repaire ; les X à chaque mort violente (comme on barre un nom sur une liste), et le crépitement des mitraillettes Thompson.

On l'aura compris, Tony est l'homme à abattre. Mais son arrestation (ou du moins la tentative) n'est pas sans ironie. Alors que nombre de chefs d'inculpation peuvent être retenus contre lui, c'est suite au meurtre de son partenaire qu'il est activement recherché. C'est d'ailleurs cette erreur qui lui sera fatale : à partir du moment où il mène ses affaires comme n'importe quel négociant (commercial ?), c'est au moment où il sort de ce rôle de chef d'entreprise que tout se met à dérailler. Il devient l'ombre de lui-même, une espèce de mort-vivant, comme si en tuant Rinaldo, c'est une partie de lui-même (son âme ?) qu'il avait tuée.

Alors Tony, tout comme Little Caesar et Tom Powers terminera abattu, seul, dans la rue.

La morale est sauve.

N'empêche, quelle jouissance pour le spectateur, de voir un tel film ! (et encore plus en 1932)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney, #Gangsters
Satan (The Penalty - Wallace Worsley, 1920)

Un accident de la circulation.

Le jeune docteur Ferris (Charles Clary) opère le jeune garçon : ses deux jambes sont amputées.

Mais c'est une erreur de diagnostique.

Une erreur de jeunesse aux conséquences funestes.

 

Vingt-sept ans plus tard, à San Francisco. C'est une ville très prospère, peut-être la plus prospère des Etats-Unis. Même la pègre est prospère. Elle est dirigée par Blizzard (Lon Chaney).

Blizzard est handicapé : ses jambes s'arrêtent juste au-dessus des genoux.

A part la truande, Blizzard a un autre centre d'intérêt : la musique. C'est un magnifique joueur de piano, dont les conquêtes amoureuses (volontaires ?) lui servent de pédalier.

La dernière en date : Rose (Ethel Grey Terry). Or Rose est un agent du gouvernement infiltré pour découvrir les plans secrets de Blizzard.

Blizzard n'a pas oublié ce qui lui était arrivé enfant. Il compte bien se venger et retrouver de nouvelles jambes.

Et Rose tombe amoureuse de lui...

 

Voici un film qui incita fortement les ligues de vertus à contrôler le cinéma :

- le personnage principal est un véritable méchant ;

- il use de violence envers les femmes ;

- en moins de cinq minutes, il y a déjà un cadavre tué de mort violente ;

- le tueur est un toxicomane un tantinet névrosé (James « Jim » Mason) ;

- on y tue aussi des policiers ;

- il y a même une femme nue.

Bref, tout pour faire un magnifique film de gangster, avec - cerise sur le gâteau - Lon Chaney, « l'Homme aux mille visages ».

Mais ici, Chaney n'a recours à aucun maquillage. Il ne joue que de ses propres traits. Et avec une maestria certaine. Il passe du rire aux larmes, et surtout d'un visage noir et renfrogné à un visage enjoué et inversement. Rarement il fut aussi menaçant. Il n'aura jamais autant de malfaisance dans le regard dans ses autres films. Il a véritablement un côté satanique.

L'autre performance de Chaney, c'est d'évoluer sur les genoux, les jambes repliées derrière, à l'aide de béquille ou de ses propres mains. Et ce fut un sacré tour de force. L'exercice était une véritable torture, aussi on compatit un peu quand on le voit descendre d'un étage accroché une rampe verticale, ou tomber d'un piédestal après une séance de pose (parce la fille du docteur Ferris cherche un modèle pour représenter l'archange déchu, et c'est lui qui a été choisi !).

Ce film est le premier film d'une série qui le verra jouer des rôles marquants d'hommes diminués physiquement (surtout avec Tod Browning), avec ou sans maquillage : Notre-Dame de Paris (du même Wallace Worsley, 1923) ; Le Fantôme de l'Opéra (Rupert Jullian, 1925) ; l'Oiseau noir (Tod Browning, 1926) ; La Route de Mandalay (1926) L'Inconnu (1927) et à l'Ouest de Zanzibar (1928), tous trois de Tod Browning.

 

Si le titre original parle d'une pénalité à payer pour avoir fait le mal, le titre français - pour une fois - est plus en rapport avec le film.

En effet, le diable - Lucifer, Satan, Belzébuth, appelez-le comme vous voulez, mais pas un soir de nouvelle lune avec une poule noire à un carrefour - est sans cesse présent dans l'histoire : le chef de la police parle d'un mutilé de l'enfer ("cripple from hell") ; Blizzard se définit comme Satan ou encore le diable lui-même ("the Devil himself") ; les intertitres le qualifient de Bête (dont le nombre doit être 666, évidemment) ; et enfin, la pègre se dit "underworld" en anglais, ce qui signifie aussi « le monde d'en-dessous »...

 

On peut reprocher tout de même une part de naïveté quand Blizzard est guéri et devient bon. La société lui donnera sa chance : il pourra se marier (avec Rose) et il emploiera sa fabuleuse intelligence à faire le bien plutôt que le mal.

A moins que le Destin s'en mêle...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bob Fosse, #Musical, #Drame
Cabaret (Bob Fosse, 1972)

Il y a Sally Bowles (magnifique Liza Minnelli), et le reste du monde. Ou plutôt de Berlin. Tout est centré sur elle. Et Liza Minnelli explose. Elle est extraordinaire. Le seul qui joue dans le même registre, c'est le Maître de Cérémonie (Joel Grey). Lui aussi est époustouflant dans ce rôle de présentateur-chanteur-danseur dans un monde en (mauvaise) évolution. Il est clair que les autres acteurs sont éclipsés par ces deux-là (surtout Liza).

 

Ca commence par un reflet - déformé - du Maître de cérémonie. Et tout ce qui va suivre est comme un reflet déformé. On croit qu'il se passe une chose, mais c'est une autre qui arrive.

Nous vivons les deux dernières années de la République de Weimar.

Au Kit Kat Club, cabaret berlinois, les filles sont belles, les artistes sont beaux, même l'orchestre est beau. Maintenant que nous sommes installés dans le saint des saints, l'histoire peut commencer.

C'est un montage parallèle qui ouvre le film : pendant que le Maître de cérémonie nous présente les artistes, nous voyons arriver Brian Roberts (Michael York) à Berlin. Il va habiter chez Frau Schneider, la chambre en face de celle de Sally.
Bientôt ils seront amis, puis amants, et puis ils rencontrent le beau Maximilien (Helmut Griem), un aristocrate...

 

Le cabaret est omniprésent dans la vie de Sally. Mais aussi dans le film où chaque chanson illustre un épisode, qu'il soit en rapport avec les personnages ou la situation de l'Allemagne : Wilkommen(Bienvenue) pour nous faire entrer dans ce monde ; Maybe this Time (Cette Fois, peut-être) quand Sally et Brian se mettent ensemble ; Two Ladies (Deux femmes), alors que Sally et Brian vont chez Max pour une relation un peu plus intime ; If you could see her (Si vous pouviez la voir[comme moi]), chanson à la chute antisémite...

Parce que pendant que Sally espère un contrat au cinéma, l'avenir de l'Allemagne se joue. Les Nazis prennent de plus en plus de place. Au début, le patron du club vire un SA qui quêtait pour son parti. Il a fini dans la rue, battu à mort par ce même SA et ses copains. Puis les nazis s'affichent de plus en plus, ayant même recours à l'assassinat, pendant que la classe supérieure (les aristocrates comme Max) se repaît de la fin de cette république, se disant qu'ils arriveront bien à museler ces fanatiques. Là encore, la réalité est vu à travers un miroir déformant.

Nous suivons donc la relation entre Sally et Brian qui évolue comme l'Allemagne : au fur et à mesure que leur relation se détériore, l'Allemagne s'enfonce dans le nazisme. Et quand ils se quittent, les nazis sont installés.

 

Bob Fosse nous propose de beaux numéros de cabaret, d'un goût plus ou moins douteux - on s'amusait ainsi, dans les années 1930 - toujours entrecoupés d'éléments montrant la montée du parti nazi. Ils prennent de plus en plus de place, jusqu'à carrément s'installer au premier rang du cabaret. Que de chemins parcourus depuis le début, sous le regard entendu de la population. La scène où un jeune Allemand se met à chanter est celle qui amène un véritable malaise : malaise pour Brian et Max, mais aussi pour nous, spectateurs. Nous assistons réellement à l'avènement du parti nazi. Ce jeune homme est un jeune hitlérien avec uniforme et croix gammée et son chant, au premier abord doux et mélodieux se transforme en véritable hymne à la jeunesse appelée à diriger le pays : Tomorrow belongs to me (demain m'appartient). Et pendant que les jeunes et moins jeunes se lèvent pour reprendre cet hymne, un vieillard, à une table, se lamente en voyant l'ampleur du phénomène. Brian et Max repartent, se rendant compte qu'ils n'arriveront jamais à contrôler un mouvement d'une telle ampleur. Cette montée en puissance se manifeste aussi dans le cabaret : on se moque d'abord d'Hitler (Le Maître de Cérémonie se passe de la boue sous le nez pour lui ressembler),  et quand il chante If you could see her, sa fiancée est une guenon. Il termine en disant qu'elle a l'apparence d'une Juive. Les esprits sont corrompus, même au Kit Kat Club.

 

Mais c'est la société allemande tout entière qui est corrompue. Tout se délite. La relation entre le trio Sally-Brian-Max est des plus décadentes : l'alcool coule à flot (surtout le champagne), ils ont une relation ambiguë, couchant les uns avec les autres sans tabou. Sally enfin, est une femme libre qui couche avec qui bon lui semble, et quand il le faut, elle n'hésite pas à avorter, crime impardonnable à l'époque. C'est aussi les dernières heures de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) dont Otto Dix fut un formidable représentant. D'ailleurs, dans la séquence de présentation du cabaret, on aperçoit un plan d'une femme en robe, portant un monocle, une cigarette à la main : il s'agit de l'illustration parfaite du Portrait de la journaliste Sylvia von Harden par ce même artiste. Plusieurs images montrant l'Allemagne, pratiquement figées rappellent d'autre tableaux de ce grand peintre.

Hélas, les Nazis décréteront que son art est « dégénéré » et l'interdiront.

 

Le film se termine dans le même reflet déformé, après le salut final du Maître de Cérémonie, tandis que le générique se déroule dans un silence lourd, sur fond de croix gammée au bras d'un SA.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Harold Lloyd, #Hal Roach, #Comédie
Le Manoir hanté (Haunted Spooks - Hal Roach & Alfred J. Goulding, 1920)

En descendant le Mississipi sur plusieurs kilomètres et en tournant à  droite, on trouve une magnifique propriété, avec tous ses serviteurs noirs (dont un enfant - Ernest Morrison).

La fille (Mildred Davis) en a hérité. Le seul problème : son oncle (Wallace Howe) - le méchant - qui lorgne sur cette magnifique bâtisse et n'a pas l'intention de la laisser acquérir ce superbe manoir.

Beaucoup plus loin, une jeune femme est courtisée par deux jeunes hommes qui vont se battre pour avoir le privilège de demander sa main. Une fois la main accordée, le vainqueur (Harold Lloyd) s'aperçoit qu'elle en aime une autre.

Heureusement, l'avocat de la fille - qui lui cherche un mari, condition sine qua non pour habiter la propriété - l'embarque avant qu'il ne tente - à nouveau - de se suicider.
Ils se marient et vont habiter leur nouvelle maison. Mais l'oncle veille à son (futur) bien : il va rendre la maison hantée (d'où le titre).

 

Là encore, nous assistons à une série de gags, chaque repli du synopsis étant prétexte à fairte rire : course à la jeune fille, voyage en voiture, et bien sûr, la chasse aux fantômes.

Dès le générique, le ton est donné : les personnages - seulement une fonction (garçon, fille, oncle) sont commentés brièvement avec humour, ainsi que le lieu (voir plus haut), et l'époque (« trop tard pour les boules de neige, trop tôt pour les roses de juin »).

Les intertitres sont du même acabit : ils sont illustrés et accentuent le côté burlesque des situations. Ainsi, quand l'avocat ramène le jeune homme il annonce : « je t'ai ramené un mari, un pasteur, un anneau et un livre de cuisine. »

Il faut attendre la deuxième moitié du film pour que le titre corresponde à l'intrigue. En effet, la première partie, une fois la situation exposée s'attarde sur le garçon désespéré de ne plus être aimé, et surtout ses multiples tentatives - toutes fort heureusement infructueuses - de suicide :

- coup de pistolet dans la tempe ;

- être écrasé par un tramway ;

- sauter avec une pierre autour du coup ;

- sauter d'un pont pour se noyer ;

- se faire écraser par une voiture.

Si rapidement l'oncle et sa compagne sont rattrapés par leurs tentatives pour faire fuir les jeunes mariés, leur stratagème se retournant - bien évidemment - contre eux, on retiendra de cette séquence un moment culte : les cheveux de Harold Lloyd qui se dressent sur sa tête, en proie à une terreur effroyable !

 

C'est le quatrième film qui voit Harold Lloyd et Mildred Davis se partager la vedette. Trois ans plus tard, ils se marieront. Pour de vrai.

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