Le samedi soir, c’est le soir où les travailleurs vont se distraire après une semaine bien remplie. Accessoirement, c’est aussi le jour où on se lave à fond, en vue du dimanche, jour du Seigneur oblige.
C’est ce qui attendait Shamrock O’Day (Edith Roberts) si l’escalier de service n’avait pas été encombré par sa mère (Sylvia Ashton) qui le nettoyait. En passant par l’escalier « de devant » elle rencontre le beau Richard Prentiss (Conrad Nagel), qui tombe amoureux d’elle.
Dans le même temps, Tom McGuire (Jack Mower) se consume d’amour pour la jeune femme qu’il conduit, Iris van Suydam (Leatrice Joy), elle-même fiancée à Richard. Mais lors d’un détour peu heureux, elle réalise qu’elle aussi l’aime.
Alors tous se marient…
Encore une fois, Cecil B. DeMille nous emmène dans les milieux aisés où la richesse s’étale et les fêtes sont magnifiquement décadentes. Mais si d’habitude, on ne suit que les expériences de cette société, ici il mélange les genres et surtout les milieux.
Le film se divise en trois parties, d’à peu près même longueurs, et nous raconte une belle histoire – écrite par la fidèle Jeanie Macpherson – bourrée d’humour mais à l’issue logiquement prévisible : on ne mélange pas les genres et encore moins les classes.
La première partie nous montre comment le destin va mélanger les vies des quatre personnages, faisant triompher l’amour avant tout. Le titre français prend alors toute sa dimension (1) : à chaque fois, c’est un changement d’itinéraire qui fait se tomber les amoureux dans les bras l’un de l’autre. Mais pour chaque histoire d’amour, c’est le point de vue de la femme qui prévaut, même si Tom aime Iris bien avant que cette dernière succombe à son charme.
En effet, c’est Shamrock qui prend l’escalier de devant amenant sa rencontre décisive avec Richard, tout comme c’est Iris qui décide de prendre un autre chemin, amenant l’accident et la conduite courageuse de Tom.
La seconde partie est assurément la plus drôle, les deux femmes n’étant absolument pas à leur place. Shamrock accumule les faux-pas et les attitudes outrancières bien éloignées du nouveau milieu dans lequel elle évolue, amenant des situations franchement comiques, pendant que la douce Iris se désole de son nouveau chez soi : petit, bruyant (le métro aérien passe au niveau des fenêtres) et franchement inadapté pour une si grande demoiselle. Sans parler de ses habitudes de femme libre – elle fume sans vergogne – qui ne cadrent absolument pas dans ce milieu populaire qui est le sien.
On arrive donc à un paroxysme malheureux où chacun se rend compte que malgré l’amour ne suffit pas pour être heureux.
Alors évidemment, la troisième partie va remettre les choses dans l’ordre et chacun à sa place, pour le bonheur de tous.
Le destin répare ses erreurs, et tout est bien qui finit bien.
Si l’intrigue du film est convenue, c’est son traitement qui est magnifique. DeMille utilise à bon escient des fondus enchaînés afin de montrer les sentiments auxquels aspirent chacun des principaux protagonistes. On retrouve aussi le milieu de prédilection de ses histoires - la gentry – qui est tout de même mise à mal par le manque d’éducation de Shamrock, à la plus grande joie des spectateurs.
Et pour s’assurer la réussite du film, il fait appel à ses acteurs de prédilections – dont l’inévitable Roberts, ici oncle d’Iris, mais surtout homme d’affaire au cigare – qui nous offrent une interprétation réjouissante malgré la teinte tragique que prend la dernière partie.
Bien entendu, on a droit à la salle de bain demillienne, même si Shamrock ne l’utilise pas (devant nous spectateurs).
Au final, un film réjouissant absolument demillien, où le temps d’une passion, les milieux se mélangent, mais comme dans Male & Female trois ans plus tôt, force reviendra à la raison et chacun retournera dans la sphère qui est la sienne.
(1) Il arrive aussi que des titres français soient pertinents…
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