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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Le Détour (Saturday Night - Cecil B. DeMille, 1922)

Le samedi soir, c’est le soir où les travailleurs vont se distraire après une semaine bien remplie. Accessoirement, c’est aussi le jour où on se lave à fond, en vue du dimanche, jour du Seigneur oblige.

C’est ce qui attendait Shamrock O’Day (Edith Roberts) si l’escalier de service n’avait pas été encombré par sa mère (Sylvia Ashton) qui le nettoyait. En passant par l’escalier « de devant » elle rencontre le beau Richard Prentiss (Conrad Nagel), qui tombe amoureux d’elle.

Dans le même temps, Tom McGuire (Jack Mower) se consume d’amour pour la jeune femme qu’il conduit, Iris van Suydam (Leatrice Joy), elle-même fiancée à Richard. Mais lors d’un détour peu heureux, elle réalise qu’elle aussi l’aime.

Alors tous se marient…

 

Encore une fois, Cecil B. DeMille nous emmène dans les milieux aisés où la richesse s’étale et les fêtes sont magnifiquement décadentes. Mais si d’habitude, on ne suit que les expériences de cette société, ici il mélange les genres et surtout les milieux.

Le film se divise en trois parties, d’à peu près même longueurs, et nous raconte une belle histoire – écrite par la fidèle Jeanie Macpherson – bourrée d’humour mais à l’issue logiquement prévisible : on ne mélange pas les genres et encore moins les classes.

 

La première partie nous montre comment le destin va mélanger les vies des quatre personnages, faisant triompher l’amour avant tout. Le titre français prend alors toute sa dimension (1) : à chaque fois, c’est un changement d’itinéraire qui fait se tomber les amoureux dans les bras l’un de l’autre. Mais pour chaque histoire d’amour, c’est le point de vue de la femme qui prévaut, même si Tom aime Iris bien avant que cette dernière succombe à son charme.

En effet, c’est Shamrock qui prend l’escalier de devant amenant sa rencontre décisive avec Richard, tout comme c’est Iris qui décide de prendre un autre chemin, amenant l’accident et la conduite courageuse de Tom.

 

La seconde partie est assurément la plus drôle, les deux femmes n’étant absolument pas à leur place. Shamrock accumule les faux-pas et les attitudes outrancières bien éloignées du nouveau milieu dans lequel elle évolue, amenant des situations franchement comiques, pendant que la douce Iris se désole de son nouveau chez soi : petit, bruyant (le métro aérien passe au niveau des fenêtres) et franchement inadapté pour une si grande demoiselle. Sans parler de ses habitudes de femme libre – elle fume sans vergogne – qui ne cadrent absolument pas dans ce milieu populaire qui est le sien.

 

On arrive donc à un paroxysme malheureux où chacun se rend compte que malgré l’amour ne suffit pas pour être heureux.

Alors évidemment, la troisième partie va remettre les choses dans l’ordre et chacun à  sa place, pour le bonheur de tous.

Le destin répare ses erreurs, et tout est bien qui finit bien.

 

Si l’intrigue du film est convenue, c’est son traitement qui est magnifique. DeMille utilise à bon escient des fondus enchaînés afin de montrer les sentiments auxquels aspirent chacun des principaux protagonistes. On retrouve aussi le milieu de prédilection de ses histoires - la gentry – qui est tout de même mise à mal par le manque d’éducation de Shamrock, à la plus grande joie des spectateurs.

 

Et pour s’assurer la réussite du film, il fait appel à ses acteurs de prédilections – dont l’inévitable Roberts, ici oncle d’Iris, mais surtout homme d’affaire au cigare – qui nous offrent une interprétation réjouissante malgré la teinte tragique que prend la dernière partie.

Bien entendu, on a droit à la salle de bain demillienne, même si Shamrock ne l’utilise pas (devant nous spectateurs).

 

Au final, un film réjouissant absolument demillien, où le temps d’une passion, les milieux se mélangent, mais comme dans Male & Female trois ans plus tôt, force reviendra à la raison et chacun retournera dans la sphère qui est la sienne.

 

 

(1) Il arrive aussi que des titres français soient pertinents…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Danse, #Stephen Daldry
Billy Elliot (Stephen Daldry, 2000)

Trois personnes dans une cuisine.

Le père (Gary Lewis), le grand frère Tony (Jamie Draven), et la grand-mère (Jean Heywood) qui a les symptômes d’Alzheimer, et qu’il faut tout de même surveiller.

Ces trois personnes attendent. Qui ? Billy (Jamie Bell) : le fils, le petit frère, le petit-fils.

Mais l’arrivée de Billy n’est que le début de la véritable attente : une lettre du Royal Ballet est arrivée, annonçant si Billy est retenu ou non.

Alors comme Billy s’est isolé et ne revient pas, ils n’en peuvent plus et ouvrent la porte.

Le reste, c’est la fin du film, alors j’en resterai là.

 

Décidément, le cinéma anglais est rempli de surprises, et surtout de bonnes comme ce film.

Stephen Daldry réussit à nous raconter une histoire merveilleuse pendant une période troublée.

Ce n’est pas la guerre – encore qu’on peut se le demander parfois – mais les années Thatcher qui furent dévastatrices pour les travailleurs et leurs représentants.

Au milieu de la violence ordinaire du conflit, il y a une oasis de paix et de grâce : le cours de danse de Mrs. Wilkinson (Julie Walters, qui va bientôt devenir Mrs Weasley dans une saga très magique).

 

C’est d’ailleurs à cause de la grève acharnée des mineurs que Billy, inscrit malgré lui à un cours de boxe découvre la danse et va peu à peu le fréquenter, au lieu d’aller boxer, au grand dam de son père, résolument contre cette activité qu’il considère comme absolument pas masculine.

La grève, d’ailleurs a un rôle très important tout au long du film. A mesure que Billy progresse, la grève se durcit et s’enlise, jusqu’à l’issue inévitable pour tous les deux : ces efforts doivent amener une résolution, bonne ou mauvaise.

 

Mais au-delà de cette issue, c’est une magnifique ode à la danse à laquelle nous assistons. Au milieu des vestiges des années 1970s (tapisserie qui pique les yeux, musique de T-Rex ou The Clash…) et du fol espoir né de la fin des années 1960s que Thatcher est en train d’anéantir par un capitalisme sauvage et destructeur, une fleur s’épanouit au milieu du charbon : Billy Elliott.

Jamie Bell, dont ce sont les débuts au cinéma, est magique : il interprète un jeune garçon ordinaire qui ne l’est pas. Ordinaire. Son évolution dans la danse nous rappelle celle de Gene Kelly ou Fred Astaire (1). Sa colère dansée est merveilleuse, hors du temps, hors de l’espace où il vit. Elle illustre ce que Billy ressent et essaie d’expliquer au jury du Royal Ballet.

 

Moi qui ne suis pas un grand consommateur de danse, je retrouve dans ce film ce qui a fait le charme du film de Powell & Pressburger : les Chaussons rouges. Mais sous un fond social indispensable à la réussite du film et une fin un petit peu plus heureuse. On y retrouve un peu le principe du Yin et du Yang : au milieu de cette situation sociale désespérante et désespérée, il reste un peu de bonheur pour essayer d’atténuer un tout petit peu le malheur qui s’est installé.

 

Et puis il y a le côté subversif.

Enfin, ce n’est pas moi qui le dis, c’est un obscur despote de l’Est qui le dit : voir Billy Elliott – le spectacle tiré du film – rendrait les petits garçons homosexuels.

Il y a dans cette position insupportable une totale ignorance du film et de l’histoire racontée. Si l’un des protagonistes est homosexuel (2), il n’en va pas de même pour Billy, pour qui les affaires sexuelles ne sont pas (encore) importantes : sa relation avec Debbie, la fille de Mrs. Wilskinson, est on ne peut plus claire.

Un autre élément dans le même thème a d’ailleurs lieu après l’audition, je vous laisse découvrir.

Alors je ne saurai que trop vous encourager à (re)découvrir ce merveilleux film de Steven Daldry, pour vous faire plaisir tout d’abord et aussi pour emm…bêter les obscurantistes qui se croient toujours au Moyen-Age (3).

 

Et n’en déplaise à ce petit monsieur, c’est une très belle histoire d’amour, mais pas comme on l’entend habituellement. C’est un amour familial qui se diffuse progressivement entre ces quatre membres de la même famille, déchirés par l’absence de la mère (Janine Birkett) ety la pression de la grève. Une famille de petits qui voient leurs liens distendus se resserrer, amenant une émotion sincère qui envahit peu à peu les spectateurs.

 

C’est beau.

 

  1. Ils sont d’ailleurs mentionnés.
  2. Michael, interprété par Stuart Wells tout en subtilité dans un rôle difficile pour un jeune homme d’à peine 18 ans (au moment de la sortie du film).
  3. Comme si on avait besoin de voir un film – ou un spectacle – pour déterminer son orientation sexuelle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Jim Jarmush
Dead Man (Jim Jarmusch, 1995)

L’homme mort, c’est William Blake (1) (Johnny Depp).

C’est un jeune comptable qui va prendre son poste à Machines, au bout de la ligne de chemin de fer, à l’Ouest.

Mais las, le poste est pourvu et son ex-employeur Dickinson (Robert Mitchum pour la dernière fois au cinéma) le chasse.

Il rencontre alors Thel Russell (Mili Avital) et passe la nuit avec elle. Jusqu’à l’arrivée de son ex-amant, Dickinson Jr. (Gabriel Byrne). Ce dernier vise Blake, mais tue Thel, qui voulait protéger le jeune homme. Hélas, la balle a traversé le corps de Thel, et Blake s’enfuit, une balle logée près du cœur, pendant que son sang s’écoule lentement.

 

C’est (encore) une errance que nous propose Jim Jarmusch. Blake est un homme entre deux mondes : blessé à mort par une balle mal placée, mais tout de même en vie, alors que ses forces semblent le quitter doucement.

Cette errance amène deux sortes de personnes : des chasseurs de primes ou des représentants de la Loi, et des Indiens, dont Nobody (Gary Farmer, véritable descendant des Amérindiens). Nobody – personne – est le guide de Blake dans ce monde étrange et désert où tous ceux qui le suivent et essaient de l’attraper meurent les uns après les autres, inéluctablement.

Seuls les Indiens survivent. Quoi que...

 

Mais cette errance a une part mystique très importante. Guidé par Nobody, il semble que Blake avance vers son salut qui ne se fera qu’après le « Miroir de l’eau », là où le fleuve se jette dans la mer. En effet, c’est une succession d’épreuves qui attendent Blake dans cette errance à travers une forêt nue. Chaque personne rencontrée y meurt, aucun animal vivant n’y batifole. Les arbres blancs – des bouleaux – rappellent les cimetières militaires où gisent les morts de la guerre. Le seul animal que Blake rencontre, c’est un faon, récemment tué, près duquel il s’allonge, dans un plan magnifique.

 

Parce que le film est tourné en noir et blanc – couleurs de la mort – et offre des plans de toute beauté. Les lieux traversés en deviendraient éternels, s’il n’y avait de la neige à un moment. Mais même dans ce cas-là, nulle fumée ne sort de la bouche de ceux qui parlent, nulle fumée n’est visible du feu qui brûle. Le temps semble s’être arrêté et si les jours et les nuits se succèdent, nul repère ne nous est donné. Le temps, de toute façon, n’a plus d’importance.

 

L’annonce du titre n’est pas seulement prémonitoire. Elle donne le ton dès le début. Blake est dans un train à vapeur, probablement dans la deuxième moitié du XIXème siècle – mais là encore ce n’est pas important – et pendant le long trajet (2), les autres voyageurs changent ou semblent se déplacer autour de Blake qui lui reste inlassablement à la même place. Le tout sans parole, il faut attendre la sixième minute pour que quelqu’un (Crispin Glover) se mette à parler. Il faudra attendre encore trois minutes pour que les titres apparaissent.

Et même quand Blake débarque à Machine, le spectateur n’est pas encore sûr si Blake est vivant ou mort, puisqu’il semble que c’est de lui que parle le titre. Le passage a-t-il eu lieu pendant le long trajet ferroviaire ?

En plus, dans Machine, presque tout fait référence à la mort. Ce sont d’innombrables crânes décharnés d’animaux qui ornent les devantures des maisons ou des boutiques, sans parler de l’entreprise de pompes funèbres qui vient de terminer la réalisation d’un cercueil, bien entendu prémonitoire.

 

La lenteur de l’intrigue et des plans a certainement nui au succès du film, et surtout, ce Western – parce que c’en est un – est complètement différent de ce que nous av(i)ons l’habitude de voir. Si on y joue de la gâchette, il n’y a aucune référence à la vitesse ou encore à l’habileté des tireurs. Les armes parlent, les hommes meurent. On y trouve des personnages qui se succèdent (avant de mourir), avec parfois certaines particularités : la trace du chapeau sur le front, un homme habillé en femme – Salvatore « Sally » Jenko (Iggy Pop) – qui lit un extrait de la Bible avant le repas (3), etc.

 

Et puis il y a la distribution. C’est une liste assez impressionnante de vedettes qui apparaissent au fur et à mesure du film, et si Iggy Pop nous propose un Salvatore-Sally étrange, le personnage joué par Alfred Molina est tout aussi intéressant ; et bien d’autres encore. Et puis c’est aussi la dernière cartouche de Robert Mitchum, patron-patriarche qui négocie avec un fusil…

 

 

  1. Homonyme du poète anglais (1757-1827)
  2. Cleveland – Machine
  3. Samuel 17:46 – allez voir, c’est assez inattendu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Robert Flaherty
Nanouk l'Esquimau (Nanook of the North - Robert Flaherty, 1922)

Au début il y avait le cinéma.

Ensuite est arrivé Robert Flaherty.

On prétend – à tort – que Flaherty est l’inventeur du film documentaire. C’est oublier qu’à la fin du XIXème siècle, entre autres, Albert Kahn finança des expéditions sur les cinq continents afin de filmer un état du monde au début du XXème siècle.

Mais venons-en au film.


Une introduction nous présente les conditions dans lesquelles Flaherty a réalisé ce film. Il s’agit donc d’une première expédition de 6 ans qui lui donna l’envie de filmer les conditions de vie dans le cercle polaire arctique (au nord du Canada). Il dut s’y prendre d’ailleurs à plusieurs reprises, les résultats n’étant pas toujours intéressants voire furent détruits par le feu.

Mais il s’agit avant tout d’une tranche de vie d’une communauté d’Eskimos, dirigée par le fameux Nanouk, de son vrai nom Allakariallak.

 

Ce sont alors des scènes de la vie quotidienne de ces Esquimaux, du lever au coucher (pas obligatoirement dans cet ordre d’ailleurs, avec certaines occupations traditionnelles, ou connues comme telles.

On peut voir la chasse au morse, la pêche au phoque ou au saumon, le piège à renard (1), ainsi que la fabrication d’un igloo, le commerce avec l’homme blanc et les différentes façons de se déplacer dans cette vaste étendue blanche.

 

Il y a chez Flaherty une volonté de transmettre les observations du mode de vie de ces gens tellement différents de ce qu’il connaissait avant de les découvrir. Et même si certaines situations sont un tantinet mises en scène (l’épisode du renard), elles ne dénaturent pas le propos du film.

Il y a avant tout un désir de montrer au monde ce qu’il a pu vivre en le suivant toute une année. C’est aussi pour montrer le courage de ces gens que ce film fut réalisé. Il faut reconnaître que toutes les péripéties sont impressionnantes.

La première séquence donne le ton : nous sommes chez des gens hors du commun, et qui vivent ainsi depuis presque toujours. On voit alors arriver Nanouk dans un long kayak à une place et en sortir toute sa famille, répartie à l’intérieur de l’embarcation.

Puis on évacue le passage – obligé ? – chez l’homme blanc : Nanouk échange le fruit de sa chasse (des peaux) contre des éléments indispensables ou non à sa survie (des outils/armes comme les couteaux ; des bonbons multicolores pour les enfants…).

 

Et puis il y a ce qui deviendra un élément classique des documentaires sur mles peuplades éloignées de la civilisation de l’homme blanc : le choc des cultures. Ici c’est la découverte du gramophone qui nous est montrée, avec un Nanouk qui ne comprend pas qu’un disque noir puisse reproduire les voix humaines (2).

 

Mais dans tout le reste du film, c’est au plus près que nous allons suivre cette petite communauté, se déplaçant continuellement pour trouver de quoi subsister. Si la chasse est omniprésente – il faut avant tout ne pas mourir de faim ! – la séquence la plus intéressante est très certainement celle où les adultes bâtissent un igloo à partir de la neige dure du sol avec pour seul outil un couteau d’ivoire, pendant que les enfants jouent à glisser sur la neige.

Ce sont à chaque fois des scènes de réjouissance que nous pouvons voir, mais avec toujours la menace de ne pas trouver de gibier et donc de mourir de faim.

D’ailleurs, dans le préambule de Robert Flaherty, on apprend que Nanouk est mort de faim pendant une expédition deux ans près la sortie du film.

 

Si ce film est important dans l’histoire du cinéma, c’est aussi – et surtout – parce qu’il va donner à Murnau l’envie de réaliser un film assez similaire, mais qui se passe dans un environnement totalement différent: Tabu, où l’intrigue – parce qu’elle est importante – se situe dans les mers du Sud, en zone intertropicale (3).

Mais la différence ne s’arrête pas à l’environnement : chez Murnau, il y a en plus une envie de raconter quelque chose, où le mode de vie devient alors un moyen de caractériser ses personnages et non plus le but du film.

Mais, bien entendu, ceci est une autre histoire.

 

 

  1. que les cruciverbistes connaissent sous le nom d’isatis.
  2. Ce n’est pas l’élément le plus intéressant du film…
  3. C’est une sorte de version en négatif de Nanouk…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Stuart Rosenberg
Luke la Main froide (Cool Hand Luke - Stuart Rosenberg, 1967)

1948, Nord de la Floride.

Un jeune homme ivre boit de la bière en vandalisant des parcmètres et souriant.

Résultat : Lucas « Luke » Jackson (Paul Newman) écope de deux ans de bagne.

Deux ans dans un camp, dirigé par un homme un tantinet sadique et à voix de crécelle – on l’appelle Captain (Strother Martin), épaulé par des gardiens plus ou moins humains (plus est la tendance générale, avouons-le).

Qu’importe : Luke sourit à cette nouvelle et désastreuse expérience que lui apporte la vie.

 

« Cool Hand Luke », comme l’appellent ses camarades d’infortune, c’est ce qu’on pourrait appeler un pléonasme, quand on parle de Paul Newman, l’un des acteurs les plus « cools » d’Hollywood.

Dès le début, on sait que quelque chose ne va pas. Luke est arrêté calmement par la police après avoir détruit trois parcmètres, et il prend deux ans de bagne ! N’est-ce pas un peu exagéré comme peine ? Dans le même temps, un des nouveaux « pensionnaires », qui a tué un homme – un accident semble-t-il – n’a pris qu’une seule année.

 

On pense alors à Paul Muni dans I’m a Fugitive from a chain gang, même si ce dernier n’avait pas réellement commis de crime ni de délit. Mais à la différence du film de LeRoy, la quasi-totalité du film se déroule en prison ou sur les chantiers où sont assignés les hommes : débroussaillage et goudronnage des routes.

Mais si le directeur de la prison de Paul Muni était franchement indigne, celui-ci est encore pire, laissant les détenus se battre jusqu’au bout – un combat entre Luke et le chef des prisonniers Dragline (George Kennedy magnifique lui aussi), voire couvrant certaines pratiques inhumaines de ses gardiens, dont Luke va faire les frais.

 

Le film se compose de deux parties voyant dans un premier temps (à peu près la première moitié du fil) l’ascension irrésistible de Luke dans le camp pénitentiaire, où il va recevoir son surnom de « Cool Hand » (1), avec le point culminant quand il réussit son pari : avaler 50 œufs durs en une heure.

Mais si cette partie semble » bien marcher pour Luke, sa conclusion est on ne peut plus prémonitoire : allongé sur une table, les bras en croix et un pied sur l’autre, c’est le début d’une Passion christique qui va commencer. Non pas qu’il est là pour racheter les autres, mais son passage dans ce pénitencier va leur amener une autre vie et adoucir leur fardeau.

La scène où ils goudronnent la route à une vitesse prodigieuse est un grand moment de l’influence bénéfique que Luke a pu avoir pendant les mois où ils ont vécu en semble.

Quand la route est terminée, qu’il n’y a plus rien à goudronner, le soleil est encore haut dans le ciel, et ils ne rentrent jamais avant le coucher de ce même soleil. Ce sont deux heures de répit que ces hommes ont gagné, deux heures à savourer, sans contrainte, ni effort surhumain.

 

Mais la seconde partie fonctionne en symétrie par rapport à la première : Luke va voir sa condition se dégrader jusqu’à la conclusion inévitable mais prévisible (2). Ca commence avec la mort de sa mère (Jo van Fleet), puis ce sont des évasions à chaque fois ratées qui l’amènent à l’issue fatale, dans une église, lui qui était avant tout athée (ou tout du moins un sacré mécréant !).

 

Paul Newman, est-il besoin de le dire (3), est un Luke formidable, toujours souriant alors que la vie s’acharne de plus en plus contre lui. Mais si Luke est Luke, c’est aussi parce que les autres prisonniers forment une magnifique communauté autour de lui. Pourtant, quand il sera cassé par les gardiens, et qu’il rentrera dans le rang, tous se détourneront, jusqu’au sursaut final, conclu par, évidemment, son éternel sourire.

Si Paul Newman est formidable, à ses côtés, George Kennedy n’est pas mal non plus. C’est un colosse, un chef qui est chef parce qu’il est le plus fort, mais qui sait aussi reconnaître les mérites de chacun. C’est lui qui amène la communauté pénitentiaire autour de Luke. Et quand Luke tente sa dernière chance, il veut en être.

Mais rapidement, quand il se retrouve seul, il est totalement perdu. Il avait une vie bien réglée au camp, il dirigeait même les autres hommes. Seul, il ne sait plus rien, il n’existe plus. Pas étonnant qu’il soit rapidement repris.

 

Au final, quand Luke n’est plus là, les choses semblent avoir repris leur cours dans le pénitencier. Mais avec une chose en plus (4) : le souvenir de Luke, son sourire aux lèvres, dans quelque situation que ce soit.

Alors ces hommes « perdus » sourient à leur tour, et la routine reprend, au camp et sur le bord des routes.

 

 

  1. Je vous laisse découvrir encore une fois, si ce n’est déjà fait.
  2. Le Christ lui-même n’avait pas échappé à la mort.
  3. Oui, bien sûr !
  4. La dimension christique, encore une fois…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William C. DeMille
Miss Lulu Bett (William C. DeMille, 1921)

Miss Lulu Bett (Lois Wilson) vit chez les Deacon où elle est bonne à tout faire, mais surtout la cuisine. Dwight Deacon (Theodore Roberts) est juge de paix et tyran domestique. Ina Deacon (Mabel van Buren) est la femme de Dwight et doit supporter les humeurs de monsieur. Elle est aussi la sœur de Lulu…

Un soir que les Deacon sont au cinéma, débarque Ninian Deacon (Clarence Burton), le petit frère de Dwight.

A partir de ce jour, la vie de Lulu va radicalement changer. Pour le meilleur, et – hélas – pour le pire !

 

William C. DeMille est le grand frère de Cecil : ensemble ils ont débarqué à Hollywood après quelques pièces de théâtre et se sont mis à réaliser à peu près en même temps pour Zukor.

Il s’agit ici d’une comédie de mœurs, comme en faisait son frère, où la morale est omniprésente (1), même si elle est parfois élastique…

 

Lulu est ce qu’on peut appeler une vraie jeune fille : célibataire (presque) endurcie, elle sert les autres membres de sa famille sans se plaindre. Mais comme annoncé plus haut, l’arrivée du frère cadet, globe-trotter expansif, va remettre en cause l’équilibre qui perdurait chez les Deacon. En effet, c e monsieur n’est pas insensible au charme de Lulu (2) et lors d’un dîner au restaurant, il s’amuse à lui passer une bague de cigare au doigt, en récitant les paroles rituelle, que Lulu répète à son tour… Mais la présence de Dwight, malheureusement (3),  valide la cérémonie.

Malheureusement parce que Lulu ne l’aime pas…

 

Fort heureusement, Ninian se souvient qu’il fut marié autrefois et qu’il ne sait pas ce qu’est devenue sa femme. C’est la porte de sortie de l’histoire, celle qui pourrait redonner de l’espoir à Lulu, qui se voit donc obligée de quitter ce probable bigame, tant que la situation n’aura pas été éclaircie.

Mais ses malheurs ne sont pas finis pour autant : il faut garder le secret pour ne pas entacher le nom de la famille Deacon.

 

Avec ce film, on retrouve chez William C. le même genre de comédie que son petit frère, mais un niveau social en-dessous. Les Deacon, s’ils sont des notables estimés, ne sont pas pour autant des aristocrates, et la présence de Theodore Roberts (un des habitués de Cecil B.) n’y change rien. Au contraire, son rôle de tyran domestique semble fait sur mesure pour lui : il a le verbe haut et l’autorité affirmée, mais il sait aussi se taire quand il s’agit des turpitudes de son frère, préférant que Lulu soit montrée du doigt plutôt qu’être impliqué dans un scandale conjugal (4).

 

En face de Roberts, on a donc la belle Lois Wilson, véritable héroïne de l’histoire et qui, comme dans les contes de fées se métamorphose pour devenir une femme libre.

Pourquoi « conte de fées » ? Le titre français (que je vous ai épargné) s’intitule Lulu Cendrillon. Et ce n’est pas si idiot que cela. En effet, c’est à l’héroïne de Perrault qu’on pense quand on voit comment Lulu est traitée dans la maison : servir avant de se servir et, comme le dit un intertitre, manger froid.

L’autre référence au conte est bien sûr la pantoufle – beaucoup trop large – qu’elle perd dans l’escalier et que Ninian ramasse. Une deuxième référence à cette pantoufle apparaît quand elle décide de retourner chez les Deacon, tant que la situation ne sera pas réglée.

 

Le personnage de Ninian est l’autre personnage très important de cette comédie. En effet, c’est lui qui va élever socialement Lulu et la sortir de sa condition de servante. C’est un homme riche qui est très sensible à cette jeune beauté. Sa bigamie n’est pas malhonnête. C’est un homme qui restera toujours du bon côté : c’est sa femme qui l’a quitté » et qui n’a plus donné signe de vie. Il ne faut donc y voir aucune malice de sa part. D’ailleurs, une fois ce souvenir revenu, il laisse partir Lulu, lui payant même son billet de retour. Quant à savoir s’il était toujours marié, je vous renvoie au film, je ne vous dirais rien. (5)

 

Pour résumer, je dirai qu’il s’agit d’une petite comédie bien ficelée avec des acteurs qui jouent dans le bon ton, Theodore Roberts en tête, véritable baudruche dont tout le monde se fiche une fois qu’il a tourné le dos.

Il est bien dommage que le grand Cecil B. ait un tantinet éclipsé son aîné.

Un film à découvrir de toute urgence (6)

 

 

P.S. : A noter la présence de la célèbre Carrie Clark Ward, plutôt spécialisée dans des rôles de matrone plus ou moins mégère et qui, ici, est une des dames bien pensantes qui bavent sur Lulu…

 

  1. Evidemment : nous sommes en 1921.
  2. Qui ne le serait pas…
  3. N’oubliez pas qu’il est juge de paix…
  4. En 1921, seuls quelques intégristes mormons pratiquent encore la polygamie, abandonnée en 1889.
  5. J’ai annoncé au début que c’était une comédie. De mœurs ou pas, ça se termine toujours bien. Mais pour qui ?
  6. Si ce n’est déjà fait !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Steven Spielberg
E.T. l'Extra-Terrestre (E.T. the Extra-Terrestrial - Steven Spielberg, 1982)

Cinq ans après Rencontres du troisième Type, Spielberg revient à la science fiction, réalisant une sorte de complément à ce film précédent.

Mais depuis ce film, beaucoup de choses ont évolué au cinéma, et surtout l’accueil des extra-terrestres : des humains vers eux et d’eux vers les humains.

En effet, d’un côté George Lucas et surtout Irvin Kershner proposaient le deuxième opus d’une saga au succès phénoménal – Star Wars – et où les extra-terrestres étaient légions, qu’ils soient bons ou mauvais ; de l’autre Ridley Scott avait quant à lui lancé ce qui allait devenir une autre saga à succès – Alien – où l’extra-terrestre n’avait absolument aucune bienveillance envers les humains.

Spielberg se retrouvait donc au milieu de deux autres gigantesques films.

Et c’est là qu’est arrivé E.T.

 

 

E.T. est avant tout un extra-terrestre inspiré de ceux qui apparaissaient à la fin des Rencontres. Mais si ces derniers comme objectif de prendre contact avec les humains, ici le contact est fortuit : E.T. se retrouve abandonné sur la Terre suite à l’intervention de scientifiques à la recherche d’extra-terrestres. Dans sa fuite, il pénètre chez Elliott (Henry Thomas) et tous deux vont rapidement s’apprivoiser, jusqu’à ne faire plus qu’un.

 

Au début, on dit que Spielberg voulait faire un film plus noir où les ET n’étaient pas spécialement amicaux. On dit aussi que Truffaut (Lacombe dans Rencontres) lui aurait suggéré la découverte par les enfants.

On dit beaucoup de choses, donc, mais l’une d’elle est certaine : transposer le contact auprès des enfants fut très certainement la meilleure idée.

 

 

En déplaçant le public confronté à cette créature étrange visiblement venue d’une autre planète, Spielberg ne fait qu’aller un peu plus loin dans ce qu’il avait fait dans Rencontres.

En effet, dans ce premier film, les deux personnes qui eurent un véritable contact privilégié avec les ET étaient d’un côté un enfant (Barry – Cary Guffey) et de l’autre un adulte qui ne s’assumait pas (Roy – Richard Dreyfus).

Alors il est tout naturel que ce soient des enfants qui s’occupent de la créature. De plus, une fois le choc de l’apparence passé, les relations se font naturellement : nul sentiment de défiance amenant la violence comme on peut en voir chez les adultes.

D’ailleurs, quand les adultes – en tant que tels, je mets la mère (Dee Wallace) de côté – arrivent chez Elliott, c’est en formation d’attaque. C’est une véritable armée (de scientifiques et de policiers) qui arrivent : on a ceux des marcheurs qui poussent un immense tuyau (les fantassins), suivis par des voitures de police (les blindés).

 

 

Avec ce film Spielberg s’ouvre aux enfants. Ces films précédents, s’ils en comportaient n’avaient pas d’enfant comme véritable cible. Avec E.T., Spielberg montre qu’il est capable de s’adresser à tous les publics. C’est sûr qu’un tel film ne laisse pas indifférent.

J’entends parfois dire – avec dédain – que Spielberg a basculé dans le film pour enfant.

Je c rois surtout que ces gens n’ont pas compris que pour apprécier pleinement le cinéma, il fallait garder une part d’enfant en soi. En effet, au vu des intrigues plus ou moins vraisemblable voire parfois carrément improbable, garder un esprit d’adulte ne peut pas aider à aimer le cinéma. Nous n’allons pas au cinéma pour voir ce que nous connaissons ou vivons (1). La part de rêve et de catharsis est la première raison d’être du cinéma.

Si on se déplace pour voir un film en essayant de traquer la vérité, on est presque toujours déçu. Par contre, si on accepte d’être emmené dans un univers plus ou moins connu où il se passe des choses plus ou moins vraies (2), alors la magie développée par tous les pionniers (Méliès, Porter, Griffith, etc.) et les autres après eux prend toute sa dimension et comble le spectateur (3).

 

 

Alors oui, Spielberg s’est tourné vers le cinéma pour enfant. Ou plutôt, il a rendu son cinéma universel : les adultes et les enfants s’y retrouvent, chacun à son niveau.

Et en cela, il suit la route des très grands qui ont filmé avant lui. Et il n’est pas près de la quitter.

 

 

  1. J’en connais quand même qui le font…
  2. Sans obligatoirement tomber dans l’absurde ou l’irrationnel, encore que…
  3. Cela peut aussi amener de « mauvais » films. Mais aimer ou non un film, c’est avant tout une question de goût.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jonathan Mostow
Terminator 3 : Le Soulèvement des machines (Terminator 3: Rise of the Machines - Jonathan Mostow, 2003)

Comme il le rappelle à chaque épisode, il est de retour ! (1)
Et à nouveau il est tout nu – il s’habille auprès du premier clampin qui passe et qui lui correspond – il recherche un membre de la famille Connor (Sarah ou John) et le grand show peut commencer.

 

James Cameron a passé la main (un peu forcé tout de même…) à Jonathan Mostow, et on peut dire qu’on n’y a pas perdu question action parc e que ça flingue à tout va, ça se poursuit en voiture/camion/moto (2), et en ligne de mire, nous avons encore une éventuelle apocalypse nucléaire.

Pourtant, la dernière fois, on croyait que tout était dit, que la terre était sauvée et que Sarah pourrait vivre en paix avec son fils.

Comme quoi, on peut se tromper…

 

La séquence d’introduction nous prépare au cataclysme, mais, encore une fois, il ne s’est pas encore produit. Mais si un couple (séparé) de terminators apparait, c’est qu’à un moment, il a eu lieu, ce fameux cataclysme…

Mais avant d’y arriver, une dernière journée va se dérouler. En effet, Les scénaristes ont choisi de tout faire se dérouler sur une journée. Elle est très bien remplie – un peu trop peut-être, mais au cinéma, tout est possible, vous le savez bien – et ne bous épargne pas les clins d’œil aux épisodes précédents, véritables marques de fabrique du produit : poursuites ; personnages récurrents (3) et les indispensables lunettes de soleil.

 

Les lunettes interviennent surtout au début, quand T-850 (Arnold Schwarzenegger) les récupèrent dans l’habit qu’il vient de s’approprier, dans ce qui est le seul moment humoristique du film. Parce que pour le reste, tout avait été déjà dit dans Terminator 2. Alors évidemment, cet opus manque un tantinet d’humour.

Si Terminator/Schwarzy semble le même que dans le film précédent, l’autre est très différent de T-1000 (Robert Patrick). Tout d’abord, il est encore plus perfectionné, mais en plus, c’est une femme qui le personnifie : la (très) belle Kristanna Loken.
A la froideur de la tueuse s’ajoute une dose de séduction non négligeable…

 

Oui, c’est très bien fait, ça explose de partout, sur un rythme endiablé. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une suite aux deux films de Cameron était bien nécessaire… Vous me direz que Cameron aurait souhaité en faire une, mais même dans ce cas, je doute vraiment de l’opportunité d’une suite.

 

En VO, les Américains parlent de « sequal ».

Ca ressemble bien étrangement au français « séquelle », non ? (4)

 

  1. « I’ll be back ! »
  2. Au choix ou les trois en même temps
  3. Le docteur Silberman (Earl Boen), pas complètement remis des épisodes précédents…
  4. Un grand merci pour ce jeu de mot à Philippe Bruneau, qui se reconnaîtra s’il me lit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Alejandro González Iñárritu
The Revenant (Alejandro González Iñárritu, 2015)

Le Revenant, c’est Hugh Glass (Leonardo DiCaprio), un trappeur au dix-neuvième siècle dans ce qui fut la Louisiane, un immense territoire vendu par Napoléon pour payer ses guerres, avant d’être découpée en plusieurs états par le gouvernement fédéral.

Hugh est revenu de la mort : après une lutte victorieuse contre une femelle grizzli, il est secouru puis abandonné pour mort par ses compagnons d’expédition.

Mais il survit, assoiffé de vengeance contre celui qui l’a non seulement abandonné, mais qui a en plus tué son fil : Fitzgerald (Tom Hardy).

 

Il s’agit d’une histoire vraie arrangée, et surtout d’un western, mais pas de ceux qu’on a l’habitude de voir : pas de cowboy, des Indiens quand même, mais ils sont juste l’élément déclencheur de cette vengeance.

En effet, s’ils tuent les trappeurs au début du film, c’est avant tout parce que Napoléon ou pas, c’est leur territoire. Alors tous ceux qui se servent dans leurs réserves deviennent automatiquement leurs ennemis.

Cette gestion du patrimoine primaire pais légitime est l’une des scènes les plus fortes et violentes du film, amenant l’errance qui amène la rencontre de l’ours (etc.).

Mais l’intervention hostile des Indiens s’arrêtera là, les étrangers ayant été reconduits. Et de toute façon, leur quête est autre, même si elle croisera plusieurs fois la route de Glass.

 

Nous allons donc suivre pendant un long moment la survie du « revenant ». Mais il n’y a aucune initiation, ni aucune valeur morale derrière la vie solitaire de Glass. Alors que dans Dancing with Wolves, John Dunbar (Kevin Costner) survivait dans un milieu hostile avec l’idée de communiquer avec les Indiens, ici, rien  de tout ça. Glass n’a qu’une idée en tête : retrouver Fitzgerald et lui faire la peau.

 

Malgré tout, cela passe par des grands moments de solitude et de lutte pour sa propre survie. Sans parler des conditions de tournage qui furent parfois proches des vraies conditions (du froid, de la neige…). Le film en lui même est un exploit presque aussi grand que celui du véritable Glass. On songe alors à Way down East avec sa rivière gelée quand Glass doit descendre une autre rivière accroché à un tronc… Epique.

 

Mais le personnage principal du film, c’est avant tout cette immense Louisiane l’hiver. Ce sont de magnifiques paysages qui nous sont offerts où l’homme est extrêmement minuscule : une toute petite tache sur un immense espace blanc, c’est Glass qui avance sur un immense lac gelé.

Mais tout est immense : les arbres qui s’élèvent continuellement vers le ciel et qui semblent essayer de l’accrocher quand le vent souffle. Et même ce ciel est encore plus grand qu’à l’habitude. Alors qu’on a l’habitude des soleils flamboyants et des lunes rondes voire rousses, ici rien de tout cela. Le soleil est froid, et la lune en quartier, minuscule dans une nuit où même les étoiles semblent encore plus éloignées, inaccessibles (1). Cet éloignement est aussi contrebalancé par une caméra omniprésente et le plus souvent au cœur même de l’action, usant de panoramiques à 360 degrés pour nous permettre d’apprécier le lieu comme peut le faire Glass, du bout de son fusil.

 

Ce gigantisme des paysages et des astres est avant tout là pour accentuer l’exploit de Glass. 

Et Leonardo DiCaprio trouve dans ce personnage un rôle à sa mesure et de son âge. Il n’est plus le jeune premier que l’on a connu. Il est maintenant adulte et a un fils dont il est responsable. Il n’a plus l’insouciance que l’on trouve dans son film précédent (Le Loup de Wall Street). Il est tout bonnement grandiose en mort-vivant pourchassé par ses démons dans des scènes oniriques qui mêlent le rêve et la réalité, trompant le spectateur autant que Glass lui-même.

 

En face, on trouve deux autres trappeurs : ceux qui ont abandonné Glass à son sort. Si Bridger (Will Poulter, qui sort des films pour enfants et adolescents) a des remords, il n’en va pas de même de Fitzgerald, une ignoble crapule. La vengeance de Glass devient presque incontournable avec ce genre d’individu, avant tout raciste : il  n’aime pas Glass parce que ce dernier fut marié à une Indienne (Pawnee) avec qui il a eu ce fils qu’il va tuer.

Et c’est là que commence la fiction : Fitzgerald et Bridger croyaient sincèrement que Glass était mort…

 

Et alors ? Et alors rien. C’est du cinéma, comme d’habitude.

 

Et tant mieux !

 

  1. Moi j’ai pensé à Brel, chantant « l’inaccessible étoile », dans La Quête
  2. On est dans un western, rappelez-vous, il y a toujours un méchant.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Claude Lanzmann
Shoah - Episode 4 (Claude Lanzmann, 1985)

Quatrième et dernière partie du long film documentaire de Claude Lanzmann.
Cette fois-ci, Lanzmann s’intéresse plus particulièrement à deux ghettos. Mais pas n’importe lesquels, deux symboles de la politique d’extermination des Juifs d’Europe : Theresienstadt et Varsovie.


En fait, Theresienstadt était le camp de concentration de façade. Celui qu’on faisait visiter aux émissaires de la Croix-Rouge afin de montrer que les Juifs, s’ils sont regroupés, ne sont pas maltraités, qu’ils y ont une vie normale (etc.)…

Varsovie par contre, c’est le ghetto emblème de la lutte des Juifs contre les Allemands qui se souleva en 1943.

 

Le camp de Theresienstadt, étant une vitrine pour les éventuels visiteurs, Lanzmann se concentre alors sur la liquidation du camp : quand les survivants furent envoyés à Auschwitz.

Nous écoutons alors les derniers survivants nous raconter ce que fut le sort particuliers de ces Juifs : ils furent gardés à part des autres, sans être séparés, en gardant leurs affaires, et cela pendant six mois. Cette longue période de survie dans Auschwitz relève d’une cruauté encore plus sournoise : survivre aussi longtemps ne pouvait qu’amener un espoir de survie. Espoir de survie qui s’effaça dès que leur sort fut scellé.

 

Ce qui prend la plus grande partie du documentaire, c’est le ghetto de Varsovie, où plus de 380.000 personnes (sur)vécurent pendant environ trois ans, avant d’être éliminés ou déportés (puis éliminés, bien sûr).

Ce sont d’abord les conditions de vie qui nous sont décrites. Mais pas par l’un des quarante survivants, par deux non juifs qui ont été témoins des conditions de vie dans ce ghetto.

 

Le premier est Jan Karski, qui était courrier du gouvernement polonais à Londres. Dès sa première intervention, il ne peut contenir son émotion, pleure et quitte lieu de l’entrevue. Mais Lanzmann, comme à son habitude, insiste et attend le retour de ce témoin. Ce qu’il va alors décrire est terrible, et son émotion le gagnera à nouveau au fur et à mesure qu’il décrit ses deux visites de l’autre côté du mur. La première où il voit les cadavres dans les rues et les gens qui agonisent, la seconde où ses autres sens se réveillent, lui faisant prendre conscience de la puanteur et la saleté.

 

L’autre témoin de cet enfer est à trouver du côté des bourreaux. C’est un docteur en Droit qui fut adjoint du commissaire principal du ghetto. Un bourreau ordinaire, pourrait-on dire.

Mais c’est avant tout un négationniste. Non, il ne savait pas qu’on allait les tuer à la fin. Non, il ne rendait pas vraiment compte de ce qu’il se passait.

Et sa première réaction est l’amnésie : il se souvient des balades qu’il fit avant la guerre, mais n’a aucun souvenir de la période concernée. Et quand Claude Lanzmann lui sort des faits et des dates, il demande même la permission de les noter afin d’avoir une aide pour se souvenir.

Mais Lanzmann ne rentre pas dans son jeu. Il ne cesse de le ramener aux faits, aux écrits d’un des témoins de l’époque, Adam Czerniaków (1880-1942). Mais l’ancien nazi nie. Il minimise son rôle. Terrible. Encore.

 

Puis Lanzmann  conclut. Avec deux survivants de Varsovie. Seul l’un deux parle et nous raconte son retour dans le ghetto, juste après l’évacuation. Il est seul, au milieu des ruines. Il est « le dernier Juif ». Il décide d’attendre les Allemands. D’attendre le lendemain.

Trop tard.

 

Lanzmann a accompli sa mission de souvenir. Si on dit que « la parole s’envole, les écrits restent », alors il faut faire une exception pour ce gigantesque film témoignage. Ces gens parlent, racontent, pleurent, sourient… Ils n’écrivent pas ce qu’ils ont vécu, c’est trop fort, trop dur. Mais leurs paroles, à défaut d’être couchées sur le papier*, restent à jamais gravés dans nos mémoire, dans La Mémoire des hommes.

Merci monsieur Lanzmann.

 

 

 

« Par-devers moi et comme en secret, je disais “la Chose”. C'était une façon de nommer l'innommable. Comment aurait-il pu y avoir un nom pour ce qui était absolument sans précédent dans l'histoire des hommes? Si j'avais pu ne pas nommer mon film, je l'aurais fait. Le mot “Shoah” se révéla à moi une nuit comme une évidence, parce que, n'entendant pas l'hébreu, je n'en comprenais pas le sens, ce qui était encore une façon de ne pas nommer. »

Claude Lanzmann

 

 

* Un livre reprenant toutes les paroles et sous-titres du film sortira la même année : Shoah, éd. Fayard, Paris, 1985, 254 pages.

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