Merveilleux.
Il s’agit avant d’un de mes livres de chevet. Un de ces livres qu’on lit quand on est adolescent, parce qu’il nous parle, et vers lequel on revient parce qu’on n’a pas assez entendu ce qu’il avait à nous dire.
Et puis aussi parce que c’est Boris Vian.
Boris Vian aussi nous parlait quand nous étions adolescents. Et quand on voit le film de Michel Gondry, on se dit que c’est (peut-être) ça qu’il voulait nous dire, aussi.
Il y a dans ce film l’esprit du roman. Certes, il n’est pas aisé de traduire en images les métaphores du grand Boris, mais que voulez-vous, Michel Gondry a réussi à en prélever l’essence, le sel de ce qui en fait un roman atemporel.
En effet, les images ne cessent de passer d’un époque à l’autre : des années 1950s aux années 2010s et retour en s’arrêtant par ci, par là, ailleurs, toujours dans l’esprit de ce qui est devenu – à juste raison – un livre culte (1).
Pour quelqu’un comme moi qui a eu la chance (2) d’entendre le spécialiste de Boris Vian – MONSIEUR Gilbert Pestureau soi-même – je pense que nous sommes en plein cœur du roman. Mais nous sommes avant tout au cinéma. Et une chose est sure : Michel Gondry a tout compris.
Ce film est un véritable festival d’images et de mots créés par ces images, ou plutôt ce qui apparaît comme des concepts et qui se réalise en images réelles (3) : le film s’ouvre sur Take the « A » Train (écrite pas Billy Strayhorn pour le prince Duke Ellington), et tout de suite, la maison de Colin (Romain Duris) a des fenêtres tout droit venues des wagons de la SNCF. Puis ce ne sont que des images d’un rêve, toutes mises en forme par Michel Gondry, encore une fois au top dans ce qui concerne de près ou de loin le rêve (4).
Au réveil (enfin juste après) Colin écoute Chloe (encore le Duke, que voulez-vous…) et qui rencontre-t-il à la fête d’Isis (Charlotte Le Bon) ? Oui, Chloé (la toujours belle Audrey Tautou).
Bref, c’est avant tout un rêve que vivent chacun des protagonistes, et cela jusqu’au mariage de Colin et Chloé.
C’est une merveilleuse féérie (pléonasme ?) qu’il nous propose – et nous offre – avec des images qui se télescopent et se répondent tout au long du film, avec des acteurs – et (belles) actrices – enthousiastes et qui donnent vie à ce qui fut – et reste pour certains grincheux (5) – avant tout un roman.
Mais Michel Gondry fait ce que tout bon cinéaste avant lui (et après) doit toujours faire : s’approprier l’histoire et la faire exploser en myriades d’images plus belles les unes que les autres, sans en trahir l’esprit ni le sens.
Et là, c’est franchement réussi. J’ai mis du temps à voir ce film (au moins 5 ans si on se fie aux dates). Le boîtier était sur ma table, me narguant et me rappelant sans cesse à lui : « regarde-moi… Fais-moi confiance… Tu ne le regretteras pas… »
Mais refusant d’écouter la voix des sirènes (6), j’enchaînais chefs-d’œuvre sur chefs-d’œuvre (7), avec la terrible pensée qui me disait : »tu vas perdre ton temps, depuis le temps que tu lis et relis ce livre, tu peux être sûr que tu vas le regretter… (etc.) »
Et finalement non. Je l’ai vu. Je le reverrai avec cette même motivation qui nous fait choisir, à un moment, un film pour ce qu’il est, et qui se révèle être un choix tellement judicieux qu’on en regrette d’avoir attendu si longtemps pour le faire.
Je vous souhaite donc de faire ce merveilleux choix, au final pas tellement cornélien, mais que voulez-vous, il paraît que tous les choix le sont…
- Pour une fois, ce n’est pas le film qui l’est, culte… Mais attendons de voir !
- Il semble que le professeur Allen John a eu cette même chance, mais je peux me tromper…
- « […] cette histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d un bout à l’autre. » (Boris Vian)
- (Re)voyez Eternal Sunshine of the spotless mind…
- A lire certaines critiques (mauvaises, bien sûr), je n’ai pas dû voir le même film…
- Une petite pensée (gratuite) pour Hubert « Cleet Boris » Mounier qui est parti les rejoindre…
- enfin pas tout le temps non plus, comme vous avez pu vous en rendre compte si vous me suivez assidument.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)









