Barbara Worth (Vilma Bánky) est une fille du désert. Après la mort de ses parents, elle est recueillie par Jefferson Worth qui est en expédition pour transformer le désert en nouvel Eden. Ce dernier l’adopte.
Quinze ans plus tard, le Colorado a été maîtrisé et une nouvelle vallée fertile se profile à l’horizon. James Greenfield (E.J. Ratcliffe) est le maître de la nouvelle ville et il compte en tirer un maximum de profit. Mais le Colorado ne l’entend pas de cette oreille et menace de déborder. Greenfield ne veut pas en entendre parler et se débarrasse de Worth et son équipe, qui retourne d’où ils venaient. D’une manière générale, il se débarrasse de tous ceux qui ne voient pas un avenir aussi radieux que lui. C’est donc le cas de son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman), qui prévoit une crue exceptionnelle.
Bien entendu, la crue aura lieu.
Un an avant Wings, voici les véritables début de Gary Cooper : Harold Goodwin, qui devait interpréter Abe Lee, étant indisponible (cf. Tarzan & le Lion d’or), c’est donc un jeune cascadeur qui prend sa place. Et c’est la révélation : Cooper ne quittera l’écran que forcé par le cancer, une trentaine d’années plus tard (1961). IL faut dire qu’il a tout pour lui : grand, subtile et des yeux incroyablement bleus, même dans un format en noir et blanc.
Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un film avec le couple gagnant du moment : Ronald Colman et Vilma Bánky. Et face à Colman, Cooper ne fait pas (encore) le poids. Il faut dire Colman possède les attributs du jeune premier de l’époque : un regard de velours et une moustache fine qui n’est pas encore l’apanage des méchants.
Alors on se concentre sur Willard et Barbara, et on retrouve une histoire d’amour somme toute très convenue. Très convenue parce que l’intérêt du film est ailleurs : la conquête des éléments, et en particulier le fleuve Colorado. Et comme King nous l’avait montré trois ans plus tôt – avec déjà Ronald Colman – il s’y connaît en film catastrophe. Après les laves du Vésuve, voici la crue du siècle (1908, semble-t-il) qui vit le Colorado sortir de son lit. Et cet épisode, s’il est relativement court au vu du film, est tout de même son sommet, avec effets spéciaux époustouflants (pour l’époque, mais aussi pour maintenant), avec déferlement spectaculaire d’eaux tumul-tueuses. C’est absolument impressionnant de voir ces eaux engloutir une ville (champignon) mais surtout submerger même les humains qui tentent d’y échapper.
Bref, Henry King est pleinement dans son élément et nous propose une adaptation léchée du best-seller de Harold Bell Wright. De plus, il s’agit d’une version teintée qui épouse les différents lieux et moments de l’intrigue : le désert, le soir…
Et puis c’est un western. Pas avec duel au soleil et héros qui part dans le soleil couchant. Non, un western où il est question d’aller toujours plus à l’Ouest et de maîtriser la nature pour faire triompher l’homme américain (1). Mais si nous n’avons pas le duel final, nous avons tout de même les espaces infinis et un échange de coups de revolver : l’honneur est sauf. De même, la présence de la ville-champignon (Kingston) et de Barba permettent à King de mettre zen place une petite communauté qui, si elle n’atteint pas le niveau de chez Ford, n’en demeure pas moins intéressante.
De même on retrouve un duo comique mais inévitable : Texas Joe (Clyde Cook) et Pat Mooney (Erwin Connelly). Ces deux-là sont aussi dissemblables qu’inséparables, sans cesse à se quereller mais sont aussi un soutien solide pour Worth et son équipe. Ils permettent en outre quelques pauses indispensables dans la narration.
Et puis il y a les méchants. Greenfield, bien entendu, qui n’est pas sans annoncer un président : tout comme lui, les mauvaises nouvelles – celles qui ne l’arrangent pas, s’entend – sont bannies et ceux qui les annoncent avec elles. Mais comme nous sommes dans un film américain, il expiera et gagnera son salut (rédemption, quand tu nous tiens…). L’autre – véritable – méchant, c’est McDonald (Ed Brady). Il a tout d’abord une belle allure de faux jeton et va tout faire pour nuire à Worth et son équipe. Sans oublier une certaine concupiscence envers Barbara qui l’amènera à toutes les extrémités (Rassurez-vous, il n’arrivera pas à ses fins !).
Bref, Henry King signe ici un magnifique western, servi par une distribution impeccable, renouant – avec brio – avec le genre catastrophe. De plus, la maîtrise technique permet quelques séquences spectaculaires et de très beaux plans. Tout pour plaire, donc.
A (re)voir !
- N’oublions pas que les Etats-Unis sont la Nouvelle Terre Promise, avec tous les sous-entendus religieux que cela implique.
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