Et de dix !
Le film de Jean-Paul Le Chanois est la dixième adaptation cinématographique du roman d’Hugo (sur quatorze), et la quatrième française (seulement !)Et pour cette œuvre épique, on n’a pas lésiné sur la distribution : rien de moins que Gabin (Valjean), Blier (Javert) et Bourvil (Thénardier).
Et le résultat est à la hauteur des espérances, mais pas celles de Le Chanois qui a dû couper dans son film (ça me rappelle quelqu’un…) pour plaire aux distributeurs. Et encore, la version disponible actuellement ne fait que trois heures et trois minutes, ce qui est bien loin des cinq heures heures et quart originales, ramenées à quatre heures par le réalisateur !
On aurait aimé, là encore, voir ce qui a été enlevé…
Toujours est-il que Le Chanois, sur un scénario de René Barjavel, nous offre un spectacle somptueux, servi, outre par le trio évoqué, par quelques noms du cinéma français et même quelques protagonistes de la version de Raymond Bernard (1).
Côté intrigue, on retrouve tous les épisodes incontournables de cette histoire édifiante : Fantine et le salaud de bourgeois (Bernard Musson) ; Cosette (Martine Havet) et son seau ; l’Auberge du Sergent de Waterloo (Thénardier)… Sans oublier la veulerie de Thénardier ni l’intransigeance de Javert.
Et ça fonctionne ! On suit encore une fois avec intérêt cette histoire qu’on connaît par cœur, avec Jean Topard et sa fabuleuse voix comme narrateur.
Malgré tout, comme moi, on peut lui préférer la version de Bernard. En effet, Gabin est beaucoup trop beau pour être Valjean. Il n’a pas l’aspect brutal voire bestial que pouvait avoir Harry Baur – et qu’aura Ventura (1982) – dans le même rôle. Même avec la coiffure réglementaire du bagnard, il reste Jean Gabin. Certes, il nous offre une prestation pluis que correcte, mais il lui manque quelque chose pour être pleinement son personnage. A moins que ce soit un petit quelque chose en trop… Sa belle gueule par exemple. Mais, et surtout, ce qui le sauve, c’est qu’il ne fait pas encore du Gabin, et ça c’est très appréciable.
Par contre, Bourvil est un mémorable Thénardier. A contre-emploi par rapport à ce que nous connaissons de lui, il campe un personnage fourbe et méprisable avec beaucoup de conviction et de justesse. Quant à Blier, en Javert, ce n’est pas non plus totalement ça. Lui aussi n’est pas le Javert idéal, et il est même un cran au-dessous de Vanel (1934). (2)
Bref, c’est une très belle version qu’on pourrait qualifier d’ »académique », dans laquelle Le Chanois se contente d’adapter sobrement le chef-d’œuvre d’Hugo. Mais cette « académisme » est bien lisse quand on le compare avec celle de 1934. Certes Bourvil est un formidable Thénardier, ; mais il n’atteint pas le sommet que représente Charles Dullin qui, lui, avait une Thénardier à la hauteur de son talent : ici, Elfriede Florin (La Thénardier, donc), est elle aussi trop lisse et nous apparaît moins rouée que la Moréno. Peut-être est-ce dû au casting international (elle est allemande), qui amoindrit leur performance, ou chose plus vraisemblable, la présence de trois monstres sacrés à côté desquels il faut sa voir tirer son épingle du jeu.
Alors merci à Pathé qui nous offre cette belle version restaurée !
- Vingt-quatre ans se spont écoulés entre les deux films : c’est le même temps qui le sépare de celui de Robert Hossein (1982), dans lequel on retrouvera Fernand Ledoux qui passera du rôle de monseigneur Miriel (ici) à Fauchelevent (chez Hossein).
- De toute façon, mon préféré c’est Michel Bouquet (1982).
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