Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

jean gabin

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean-Paul Le Chanois, #Jean Gabin
Les Misérables (Jean-Paul Le Chanois, 1958)

Et de dix !
Le film de Jean-Paul Le Chanois est la dixième adaptation cinématographique du roman d’Hugo (sur quatorze), et la quatrième française (seulement !)Et pour cette œuvre épique, on n’a pas lésiné sur la distribution : rien de moins que Gabin (Valjean), Blier (Javert) et Bourvil (Thénardier).

Et le résultat est à la hauteur des espérances, mais pas celles de Le Chanois qui a dû couper dans son film (ça me rappelle quelqu’un…) pour plaire aux distributeurs. Et encore, la version disponible actuellement ne fait que trois heures et trois minutes, ce qui est bien loin des cinq heures heures et quart originales, ramenées à quatre heures par le réalisateur !

On aurait aimé, là encore, voir ce qui a été enlevé…

 

Toujours est-il que Le Chanois, sur un scénario de René Barjavel, nous offre un spectacle somptueux, servi, outre par le trio évoqué, par quelques noms du cinéma français et même quelques protagonistes de la version de Raymond Bernard (1).

Côté intrigue, on retrouve tous les épisodes incontournables de cette histoire édifiante : Fantine et le salaud de bourgeois (Bernard Musson) ; Cosette (Martine Havet) et son seau ; l’Auberge du Sergent de Waterloo (Thénardier)… Sans oublier la veulerie de Thénardier ni l’intransigeance de Javert.

Et ça fonctionne ! On suit encore une fois avec intérêt cette histoire qu’on connaît par cœur, avec Jean Topard et sa fabuleuse voix comme narrateur.

 

Malgré tout, comme moi, on peut lui préférer la version de Bernard. En effet, Gabin est beaucoup trop beau pour être Valjean. Il n’a pas l’aspect brutal voire bestial que pouvait avoir Harry Baur – et qu’aura Ventura (1982) – dans le même rôle. Même avec la coiffure réglementaire du bagnard, il reste Jean Gabin. Certes, il nous offre une prestation pluis que correcte, mais il lui manque quelque chose pour être pleinement son personnage. A moins que ce soit un petit quelque chose en trop… Sa belle gueule par exemple. Mais, et surtout, ce qui le sauve, c’est qu’il ne fait pas encore du Gabin, et ça c’est très appréciable.

Par contre, Bourvil est un mémorable Thénardier. A contre-emploi par rapport à ce que nous connaissons de lui, il campe un personnage fourbe et méprisable avec beaucoup de conviction et de justesse. Quant à Blier, en Javert, ce n’est pas non plus totalement ça. Lui aussi n’est pas le Javert idéal, et il est même un cran au-dessous de Vanel (1934). (2)

 

Bref, c’est une très belle version qu’on pourrait qualifier d’ »académique », dans laquelle Le Chanois se contente d’adapter sobrement le chef-d’œuvre d’Hugo. Mais cette « académisme » est bien lisse quand on le compare avec celle de 1934. Certes Bourvil est un formidable Thénardier, ;  mais il n’atteint pas le sommet que représente Charles Dullin qui, lui, avait une Thénardier à la hauteur de son talent : ici, Elfriede Florin (La Thénardier, donc), est elle aussi trop lisse et nous apparaît moins rouée que la Moréno. Peut-être est-ce dû au casting international (elle est allemande), qui amoindrit leur performance, ou chose plus vraisemblable, la présence de trois monstres sacrés à côté desquels il faut sa voir tirer son épingle du jeu.

 

Alors merci à Pathé qui nous offre cette belle version restaurée !

 

  1. Vingt-quatre ans se spont écoulés entre les deux films : c’est le même temps qui le sépare de celui de Robert Hossein (1982), dans lequel on retrouvera Fernand Ledoux qui passera du rôle de monseigneur Miriel (ici) à Fauchelevent (chez Hossein).
  2. De toute façon, mon préféré c’est Michel Bouquet (1982).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Denys de la Patellière, #Michel Audiard, #Jean Gabin
Rue des Prairies (Denys de la Patellière, 1959)

Paris, 1942

Henri Neveux (Jean Gabin) revient d’Allemagne grâce à la mise en place du STO. Mais en arrivant rue des Prairies, la surprise est pour lui : sa femme vient de mourir en mettant au monde un troisième enfant, Fernand.

Paris, 1959

Les enfants ont grandi : Louis (Claude Brasseur) est champion de France de poursuite et sa sœur Odette (Marie-José Nat) abandonne la chaussure pour devenir mannequin.

Et Fernand (Roger Dumas) ? Il se bat au lycée et est finalement renvoyé, puis il est « ramassé » chez une prostituée. Bref, devant lui se profile la maison de correction.

 

Quatre ans après Chiens perdus sans Collier, Gabin retourne dans une histoire de délinquance infantile, mais cette fois-ci de l’autre côté : en père de famille un tantinet dépassé par les événements. Il faut dire que les années 1960 se profilent et la société est en plein changement. Les banlieues urbaines se construisent (Neveux est contremaître à Sarcelles), les voitures envahissent Paris, tout va de plus en plus vite… Nous sommes entrés de plain pied dans les Trente Glorieuses, dans ce qu’on va très vite appeler la « société de consommation ». Mais Henri Neveux, lui, est resté un homme d’avant, comme l’était son père.

Encore que… Sa relation avec ce fils trouvé est on ne peut plus moderne, si on la compare à celles de ses deux autres enfants, élevés à la dure, comme ça se faisait, dans le temps...

 

Mais malgré tout, nous restons tout de même dans la comédie, puisque la fin nous laisse un sourire. Il faut dire que le duo Gabin-Dumas fonctionne à merveille, et surtout, c’est Audiard qui est aux manœuvres pour le dialogue. On y trouve toute sa verve ainsi qu’une de ses passions, partagée avec le même Gabin : le vélo. Et la démonstration que nous offre ce dernier – Gabin fait toujours du Gabin, que voulez-vous – est mémorable, encouragée par un de ses complices habituels, Paul Frankeur (Ernest). Parce Gabin fait du Gabin, et c’est ce qu’on lui demande. Mais dirigé par La Patellière, ça devient du grandiose. Et Neveux est un personnage différent de ceux qu’on a l’habitude de voir : père de famille. Certes il l’était dans sa vraie vie, mais à l’écran, c’est autre chose !

 

Il n’est pas encore la patriarche (L’Affaire Dominici ou La Horse), ni le flic revenu de tout (Le Pacha) : il est ici un homme ordinaire, avec une vie ordinaire et surtout des doutes. Pas sur Fernand, mais sur l’éducation qu’il leur a donnée (ou non). Il devient faible, parce que dépassé par les événements. Il faut dire qu’entre le succès de son fils Louis, celui de sa fille et les frasques du dernier, il y a de quoi ne plus s’y retrouver.

Et comme en plus les deux premiers l’abandonnent, il se retrouve avec le seul qui n’est pas de lui ! De quoi perdre la tête. Ce qu’il ne fait pas, rassurez-vous.

 

Et si Gabin est le personnage central de l’intrigue, ce film reste tout de même une belle illustration de la jeunesse française de cette fin de décennie. Les jeunes gens sortent et vont (encore) danser, usant de leur jeunesse comme d’une arme offensive (la rencontre dans la guinguette avec le Vieux est démonstrative). Ils veulent s’émanciper des parents – fatalement et inévitablement – vieux jeu. Et encore, 1968 n’est pas passé par là !

Quoi qu’il en soit, La Patellière s’en sort très honorablement et nous propose un film où même si Gabin fait du Gabin, le propos reste plaisant et toujours d’actualité.

Il faut dire que nous retrouvons autour de lui des visages connus : outre Frankeur, on reconnaît Louis Seigner, Paul « Henri » Mercey, ou encore Guy « Roger » Decomble, Alfred Adam, Jacques Monod… Et l’incontournable Bernard Musson et son mètre quatre-vingt-dix !

Sans oublier la note d’authenticité avec la présence de deux noms de la télévision (qui se développe à grandes enjambées) : Raymond Marcillac et le Gros Léon (Zitrone). Bien entendu, pour les générations actuelles, ce dernier n’évoque rien, mais pour les autres, c’est tout un pan de la télévision qui est devant nos yeux ! Avec son enthousiasme légendaire !

 

Je terminerai en parlant de la structure du film. A sept reprise, nous avons droit à un plan fixe de la Tour Eiffel, à différents moments de la journée : sept, comme les jours de la semaine. Mais les différences notables pourraient nous faire croire que tout se passe en une seule journée puisque la lumière décline avec le moment du jour pour se raviver comme pour un lendemain.

Cela n’engage que moi, mais cela donne une impression qu’une journée – ou une partie de vie – se termine et qu’une autre commence, et heureusement ensoleillée.

Parce que c’est ce qu’il se passe dans ce film, autour de la relation entre ces deux familiers qui n’ont aucun véritable lien, mais qui sont malgré tout très attachés l’un à l’autre.

Les ennuis s’amoncèlent alors que la journée s’avance (et la nuit s’installe), et la nouvelle (et belle) journée qui s’annonce voit enfin poindre l’optimisme attendu.

 

Avec une dernière fois du Gabin, mais ça, on ne peut pas y échapper !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
La Horse (Pierre Granier-Deferre, 1970)

Messais (fausse localité du Calvados). Ses marais, son gibier d’eau, ses exploitations agricoles, ses truands.

Parmi les fermes du coin, on trouve celle d’Auguste Maroilleur (Jean Gabon), sexagénaire éleveur de bovins, qui tient sa ferme d’une main de maître, fils et petit-fils d’agriculteurs.

Mais la relève est difficile : il n’a eu que des filles, et son petit-fils est plus intéressé par la vie facile que par se lever à cinq heures tous les matins.

Et en plus, ce petit monsieur (Marc Porel) fait dans le trafic de drogue : il travaille sur un transatlantique et a des facilités pour passer des commandes…

Seulement voilà : quand on utilise son repère de chasse pour stocker la marchandise (1), une limite a été franchie.

Maroilleur, en plus d’ordonner le silence à sa progéniture (et rapportés), va régler cette histoire à sa manière.

 

Gabin continue à vieillir, et continue aussi à trouver des rôles à sa mesure. Il est ici un patriarche autocratique normand, dont les réponses – au juge (Pierre Dux) par exemple – sont dans la lignée de ses origines… C’est un homme de peu de mots, mais qui agit sans hésiter. Pour protéger sa famille (ses filles et leurs enfants surtout), et aussi sa ferme dont il a hérité et à qui il voue un respect démesuré.

Et comme tout cela est menacé, il va tout faire pour éliminer cette menace, et par extension ceux qui en sont à l’origine. Alors ça casse, ça viole et ça flingue, comme la plupart du temps dans ces cas-là. Et quand la police arrive sur les lieux : il n’y a (presque) plus rien, ou alors rien de bien grave.

Parce qu’à l’instar des mafieux, cette famille paysanne n’est pas très diserte. Il faut dire que le patriarche dirige  son monde d’une main de fer et nul n’ose remettre en cause ses ordres. Pis que cela : ses deux gendres n’ont aucune voix au chapitre, restant dans un rôle de géniteur-travailleur.

 

Avec La Horse, Pierre Granier-Deferre renoue avec le film paysan, dans la droite lignée du formidable Goupi Mains Rouges de Jacques Becker (1943) : des dialogues brefs, une famille de trois générations sous le même toit, et même un cousin qui revient d’Indochine, Bien-Phu (André Weber), après sept ans passés là-bas. Mais alors que Goupi-Tonkin (Le Vigan) était ravagé, Bien-Phu, lui, a encore toute sa tête, et obéit aveuglément à son oncle : il est son bras armé, dans tous les sens du terme.

C’est un vase très clos, où les étrangers – et encore moins la police – n’ont à intervenir. Et Granier-Deferre fait reposer le poids de la famille sur les épaules solides de son acteur principal, qui trouve » là un de ses meilleurs rôles de l’époque. Pas très éloigné dans les faits d’un autre patriarche dans son film précédent (Le Clan des Siciliens) : pour lui aussi, la famille est primordiale.

 

De plus, Granier-Deferre réussit à éviter les gueulantes célèbres du patriarche, ne lui laissant qu’une occasion de s’emporter (un petit peu), mais à bon escient.

Bref, Gabin termine sa quatrième décennie de cinéma en beauté, et avec le même Granier-Deferre ? Il abordera la suivante dans un autre film marquant, Le Chat.

Bien sûr, on a aussi plaisir à retrouver quelques figures de l’époque : outre André Weber et Christian Barbier (Léon, le premier gendre), on reconnaît, malgré ses lunettes noires, l’inévitable Dominique Zardi, dans un rôle un tantinet plus sérieux que d’habitude.

Le tout servi par des dialogues adéquats signés par Pascal « Le Zubial » Jardin (qui cosigne aussi le scénario), et les musiques conjointes de Vannier et Gainsbourg qui s’adaptent parfaitement à cette intrigue rurale plutôt noire.

 

Quant aux femmes, elles n’ont pas la meilleure place : tout juste leur est-il possible démettre un quelconque avis, elles doivent surtout tenir leur langue et servir les hommes.

 

  1. De l’héroïne, appelée aussi « horse », d’où le titre.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
Le Chat (Pierre Granier-Deferre, 1971)

« Le Chat ».

C’est la première chose que nous voyons Julien Bouin (Jean Gabin) dire à Clémence (Simone Signoret). Enfin « dire » est un bien grand mot. « Ecrire » serait plus juste : Julien ne parle plus à Clémence. Ils vivent ensemble dans leur pavillon de banlieue en attendant l’expropriation : place aux grands ensembles (1). Même ensemble n’a plus son sens premier. Ils cohabitent, l’un à côté de l’autre.

Tout ça à cause du chat. Greffier. Julien l’a ramené un soir et petit à petit, il a remplacé Clémence dans le cœur de Julien, la délaissant inexorablement. Jusqu’au soir où…

 

Magnifique.

Un huis clos pas si fermé – on sort de ce pavillon promis à la démolition – mais qui n’en demeure pas moins étouffant, surtout pour ces deux personnages somme toute très semblables, usés par la vie et l’amour. Et le choix de ces deux « monstres sacrés » pour interpréter ces deux anciens amants est on ne peut plus pertinent. Ils sont tous les deux, d’une certaine manière des symboles cinématographiques de cette banlieue un tantinet bucolique, celle des guinguettes : La belle Equipe pour Gabin, Casque d’Or pour Signoret.

Parce que l’un des éléments omniprésents de ce film, c’est l’urbanisation galopante qui transforma les banlieues en cités dortoirs, alignant le béton et entassant les gens (2).

Et Granier-Deferre insiste sur la destruction du quartier, prélude à l’apparition d’un énième immeuble : chaque coup de boule de démolition se répercute sur l’amour agonisant de Clémence et Julien, les précipitant toujours plus vers l’abîme final.

 

De même Granier-Deferre évite le piège évident de tourner avec deux grands artistes : le surjeu. Gabin est dans la dernière partie de sa carrière, et les rôles de patriarches bougons voire gueulards sont légion. Ici, pas de gueulante, pas d’emportement. De la sobriété, tout simplement : Gabin savait encore faire autre chose que du Gabin… La gueulante, c’est Signoret qui y a droit : elle s’emporte, vidant ce qu’elle a sur le cœur à propos de ce chat, sans tomber dans l’excès. Il faut dire que son personnage de femme délaissée est déjà assez ingrat pour en rajouter. D’autant plus qu’il y a une différence d’âge certaine entre elle et Gabin. Dans le roman de Simenon, seules deux petites années séparent les deux protagonistes, alors que 17  ans séparent les deux interprètes. Et Signoret n’en assume que mieux la marque terrible et inévitable du temps, elle qui fut si belle dans sa jeunesse (3).

 

L’autre atout du film, c’est la narration. Granier-Deferre joue avec le temps du récit avec beaucoup de bonheur, amenant des flashbacks plus ou moins éloignés : le temps de la jeunesse des héros (3), et celui plus proche qui a amené le mutisme de Julien. Le premier sert à créer le contexte du film : ce couple qui s’est aimé et qui ne s’aime plus, qui fut insouciant comme on l’était au sortir de la guerre – le temps des promenades en barque (sur les bords de la Marne, cela va de soi), quand Clémence se baignait nue. Dans ce passé lointain, le parti pris est celui de la caméra subjective : c’est un coup Julien, un coup Clémence qui nous partagent leurs souvenirs de cette époque d’avant. Seules les voix de Gabin et Signoret sont identifiables : leurs voix actuelles (de 1970), parce que les souvenirs mélangent toujours tout.

 

Quant à la deuxième époque des flashbacks, elle montre graduellement comment ce chat rencontré un soir va précipiter ce qui était inéluctable : la fin de l’amour.

Encore que…

 

  1. « J’avais rêvé de grands ensembles / Ensemble est un si joli nom. » (Bernard Haillant, Béton armé)
  2. Rassurez-vous, cette tendance bétonnante est toujours d’actualité…
  3. Qu’on ne s’y trompe pas : Simone Signoret, malgré le passage des années, demeure toujours aussi magnifique.
  4. C’est là la grande différence avec Simenon : dans le roman original, les deux se rencontrent (très) tardivement.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Henri Verneuil, #Jean Gabin
Le Président (Henri Verneuil, 1961)

Le Président Beaufort (Jean Gabin) vit en retrait de la chose public, mais pendant quelques décennies, il a soutenu la France avec conviction et force, contre ses ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, faisant passer l’intérêt général avant le sien, assumant jusqu’au bout des engagements parfois douloureux, parfois impopulaires, mais toujours dans le même esprit.

Maintenant, c’est un retraité que certains viennent consulter quand ils sont de passage en France, ou quand la situation l’exige, comme Philippe Chalamont (Bernard Blier), pressenti pour occuper la place tant convoitée de Président du Conseil.

Alors le Président se souvient. Quand il dirigeait le pays, avec comme directeur de cabinet un certain Chalamont Philippe.

 

Gabin est donc entré dans sa dernière période, celle des anciens, et des patriarches. Certes, le Président Beaufort n’a pas d’enfant, mais il reste tout de même, une quinzaine d’années après son retrait, le père de la République, marié à cette France qu’il a tenté de servir du mieux qu’il put tout au long de sa prestigieuse carrière. Et s’il entre dans ce qu’on n’appelle pas encore le troisième âge, il n’en demeure pas moins ce grand acteur, donnant à son personnage des allures de Clémenceau et d’Aristide Briand (tous les deux pas seulement pour la moustache !), avec d’admirables envolées verbales : normal, c’est Michel Audiard qui sert les dialogues.

Et encore une fois, pour qu’un acteur soit grand, il faut qu’il soit bien entouré : c’est le cas ici avec la présence d’un autre monstre sacré – Blier – ainsi que quelques figures secondaires du cinéma français dont une belle brochette d’interprètes du Corbeau (1) : Louis Seigner, Antoine Balpêtré, Pierre Larquey ou encore Héléna Manson.

 

Avec ce film, Verneuil montre que malgré la Nouvelle Vague (2), le cinéma traditionnel se porte bien, et surtout qu’on peut aussi traiter des sujets graves et politiques. Certes, le personnage de Beaufort soutient le film, mais Verneuil réussit à créer une tension dans cette intrigue de Simenon, et surtout retranscrire la politique de la première moitié du XXème siècle en France (3), où le Parlement avait une très grande importance, faisant et défaisant les gouvernements sur des sujets plus ou moins polémiques.

Pas étonnant qu’on trouve ici une magnifique séquence où Gabin s’épanouit : acculé à cause d’un projet de loi controversé à propos des tarifs douaniers, il quitte la scène politique sur un baroud d’honneur de grande classe, réjouissant jusqu’aux journalistes dont le directeur d’un grand titre (Jacques Monod) qui n’attendait que cela.

 

Bref, nous sommes en de bonnes mains et la qualité des interprètes alliée à celle des dialogues font de ce Président un grand moment du cinéma politique français. Bien sûr, il n’y a pas de polémique soulevée ici – ce n’est pas du cinéma engagé, n’anticipons pas – mais on remarque que le discours de Beaufort est toujours d’actualité et surtout qu’on y trouve, trente ans avant la ratification du Traité de Maastricht, les mêmes arguments anti-européens qu’on a pu entendre voilà près de trente ans. Quant aux dénonciations du même Beaufort pendant sa dernière diatribe, on y sent un parfum de « déjà entendu », mais qui malheureusement s’applique très fortement aujourd’hui encore.

L’universalité des dialogues d’Audiard, sans doute…

 

  1. On en reconnaîtra beaucoup d’autres… Ou pas !
  2. Hum…
  3. Et même un peu après, la Vème République n’intervient qu’en 1958.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Jean Delannoy, #Jean Gabin
Chiens perdus sans Collier (Jean Delannoy, 1955)

Ils sont jeunes, debout, le regard fixe, concentrés, sérieux. Et la caméra passe devant eux tandis qu’ils demeurent impassibles. Ils ? Ces « chiens perdus sans collier » dont parle le titre. Qui sont-ils ? Des enfants perdus, de ces délinquants juvéniles qui font régulièrement l’actualité et que l’opinion découvre à chaque fois, nous rebattant les oreilles avec la sempiternelle formule : « c’était mieux avant. »

Mais 1955, quand sort le film, c’est avant, pour nous spectateurs du XXIème siècle. Et ce qu’on peut dire de cet avant, c’est qu’il n’a rien à nous envier en ce qui concerne la délinquance juvénile.

Mais reprenons.

 

Sur un mur du Palais de Justice de Paris est inscrit à la craie « juge des enfants » : c’est là qu’on emmène tous ces petits délinquants, qui échappent momentanément à la justice des adultes, même si ce sont ces derniers qui l’exécutent. C’est le cas de Francis Lanoux (Serge Lecointe) qu’on a trouvé à faire les poches des joueurs de foot dans leur vestiaire, de Gérald Lecarnoy (Jacques Moulières) qui s’enfuit de chaque placement pour retrouver sa mère (Dora Doll) en bord de Seine, et c’est aussi le cas d’Alain Robert qui a incendiée la grange de la ferme où il avait été placé.

Mais si la Justice s’est mise en travers de leur chemin, elle a mis Julien Lamy (Jean Gabin) pour s’occuper d’eux, le « juge des enfants ».

 

Nous sommes donc dans cette France d’après-guerre et si la reconstruction a bien avancé, la situation n’est tout de même pas des plus glorieuses. En effet, ces enfants perdus ne viennent pas des grandes familles, ni des quartiers huppés : la visite de Francis dans la maison de ses grands-parents nous montre une banlieue parisienne peu urbanisée où  plutôt que les immeubles et grands ensembles que nous connaissons, ce sont des taudis qui ont fleuri à cet endroit.

De la même façon, le milieu du petit Gérald n’est pas spécialement plus reluisant. Si la maison en est une véritable, c’est du côté de sa mère qu’il faut voir l’aspect sordide de l’affaire : elle est l’enjeu d’une partie de belote acharnée entre deux hommes, le vainqueur – Joseph (Robert Dalban), un acrobate – aura le privilège de coucher (et plus si affinité) avec la belle.

Quant à Alain Robert, orphelin, il recherche inlassablement ses parents qui l’ont abandonné (ou sont morts pendant la Guerre peut-être), s’accrochant à l’adresse manuscrite portée sur les journaux qu’il reçoit.

 

Si le film est édifiant, il n’en demeure pas pour autant une leçon de morale pour les spectateurs. A aucun moment il n’est fait quelque recommandation plus ou moins éducative ou incitative auprès de ces derniers. Delannoy montre une réalité, se contentant de remercier les autorités de l’Etat pour leur aide dans le développement de ce projet cinématographique.

Ces trois gamins ne sont pas non plus représentatifs de leur génération, même si nous ne voyons à aucun moment des enfants « normaux » (1). On suit avec intérêt leurs parcours, leurs joies fugaces et leurs galères certaines. On se réjouit de la relation qui se noue entre Francis et Alain, mais on sait que de toute façon elle ne durera pas, leur destin ne leur permettant pas des amitiés longues et surtout durables.

 

De la même façon, on n’entend à aucun moment une critique ouverte de ces enfants : les adultes étrangers à leur vie qu’on rencontre dans les différents endroits (autobus, rue…) n’émettent aucun jugement (facile) quant à leur vie. Quand Francis et sa « femme » Sylvette (Anne Doat) parlent dans le bus, les adultes autour jettent à l’occasion un œil sur eux, mais se gardent bien de parler ni de lancer un regard réprobateur.

Et c’est en cela que le film de Delannoy vaut d’être vu : il dresse un portrait réaliste d’une petite partie de la délinquance juvénile, sans porter de jugement, mais avec tout de même un léger espoir d’amélioration pour ces enfants perdus, encore un peu protégés du monde terrible des adultes.

Et avoir confié le rôle du juge Lamy à Gabin fut un choix judicieux : Gabin est dans une autre phase de sa carrière : il a passé la cinquantaine et ne peut décidément plus jouer les jeunes premiers (surtout avec ses cheveux blancs). Il est un juge tout à fait acceptable, crédible et surtout son jeu n’est pas encore parasité par certaines de ses petites manies qui vont s’amplifier : il ne fait pas du Gabin.

 

Il faut croire que le monde est en train de s’ouvrir à la jeunesse et à la criminalité qu’elle peut engendrer : l’année précédente, en Grande Bretagne, William Golding a fait paraître Sa Majesté des mouches, et aux Etats-Unis, une dizaine de jours avant la sortie nationale de ce film, sort Rebel without a cause.

Mais tout ceci est une autre histoire.

 

(1) Entendez : qui ne sont pas délinquants.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Gangsters
Le Rouge est mis (Gilles Grangier, 1957)

Le Gang des Tractions avant, qui sévissait juste après la fin de la deuxième guerre mondiale a toujours inspiré les scénaristes et les réalisateurs.

Il en va ainsi de ce film qui présente des similitudes avec le gang susnommé.

La façon d’opérer, tout d’abord : à chaque fois, c’est une attaque à mains armées qui s’effectue en plein jour et qui termine (trop) souvent par des morts.

Ici, nous assistons à l’essoufflement du gang et même à la mort de l’un d’entre eux pendant un braquage de fourgon postal.

Certaines réminiscences onomastiques aussi : Louis comme Quérard dit « p’tit Louis le Nantais », Raymond comme Naudy dit « Le Toulousain » ; quant à Pepito dit « Le Gitan », voir à ce sujet Le Gitan (1975).

 

Mais reprenons.

Louis Bertain (Jean Gabin), Pepito dit « Le Gitan » (Lino Ventura), Frédo (Paul Frankeur) et Raymond dit Le Matelot (Jean Bérard) forment une équipe redoutable de braqueurs dans la région parisienne, n’hésitant pas à tuer si le besoin s’en ressent.

Dans le même temps, le frère de Louis, Pierre (Marcel Bozzuffi) rend visite à sa fiancée la belle Hélène (Annie Girardot), qui ne semble pas une personne vraiment digne de confiance.

Un soir, Pierre débarque chez sa mère trop tôt et surprend des bribes de conversations entre Louis et Pepito.

Non seulement le coup va rater, mais le gang va être balancé. Pepito pense que c’est Pierre qui a parlé.

 

Nous sommes ici dans la lignée de films de gangsters typiquement français des années 1950 où Gabin, qui ne pouvait plus jouer les jeunes premiers (1), et relançait sa carrière avec des rôles de personnages âgé »s mais volontaires : le patron. Et ici, il est ce patron de gang, un truand de la vieille époque et qui ne s’allongera jamais devant les flics.

A ses côtés, on retrouve Lino Ventura et Paul Frankeur qui en sont déjà à trois films ensemble (outre Le Grisbi, ils sont dans Razzia sur la Chnouf) ainsi que Michel Audiard au scénario (avec Gilles Grangier et Auguste Le Breton). Bref, c’est une bande de copains qui travaillent ensemble (2).

Alors évidemment, tout fonctionne comme il faut : Gabin est impérial, Lino est encore une fois terrible et franchement méchant, quant à Frankeur, il manque l’assurance des deux films précédents à ce personnage plus ou moins rangé.

 

La différence ici tient à la présence de la mère Bertain (Gina Niclos) : pour une fois, le truand a une famille et même une mère. Mais ce n’est pas comme celle de Cody Jarrett (James Cagney) dans White Heat : elle regrette beaucoup que son deuxième fils (Pierre) ait été en prison quand il était plus jeune, et pas question d’approuver les manières de son aîné pour autant. Encore que, l’évasion de la Tour Pointue (3) lui fait esquisser un sourire.

Et la présence de cette mère amène une scène extrêmement rare dans la filmographie de Jean Gabin : elle le gifle pour en avoir fait de même à son frère !

 

Grangier nous fait découvrir ici une bande terrible, et si Pepito/Ventura est un personnage méchant, on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour Louis/Gabin. Mais l’époque étant ce qu’elle était, de tels malfrats ne pouvaient pas s’en sortir. Et si Gabin/Max le Menteur (1) avait réussi à sauver sa tête, il en va tout autrement ici : il ne survit pas à la fin, ce qui n’est pas arrivé bien souvent dans cette période.

Et d’une certaine manière sa mort le rachèterait : on parlerait même de « rédemption » si le film était américain.

Mais heureusement – pour l’époque – les méchants ne s’en tirent pas et force reste à la loi et la morale.

 

PS : on retrouvera le personnage de Pepito dit le Gitan près de vingt ans plus tard : ce sera Alain Delon qui l’interprètera (voir plus haut). Comme quoi l’aura du Gang des Tractions avant a eu la vie longue.

 

  1. Dans Touchez pas au Grisbi, Max explique à Riton qu’ils ont vieilli. Ce qu’il dit est toujours d’actualité ici.
  2. La séquence chez Mimile (Georges Peignot) voit une équipe de cyclistes passer : un clin d’œil à cette bande de copains.
  3. 36, quai des Orfèvres

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Verneuil, #Jean Gabin, #Gangsters
Mélodie en Sous-sol (Henri Verneuil, 1963)

Tout commence à la gare du Nord, où Monsieur Charles (Jean Gabin) va prendre le train pour Sarcelles, après cinq années passées aux frais de l’Etat.

Il retrouve sa maison perdue aux milieux des grands ensembles et à l’intérieur sa femme (Viviane Romance), heureuse de le retrouver.

Mais pas pour longtemps, parce que Monsieur Charles a passé ces cinq années à monter le dernier coup de sa carrière, une sorte d’apothéose après 30 ans passés dans son domaine : rafler la caisse du Palm Beach (Cannes, Alpes-Maritimes) après la clôture : un milliard.

Bon, c’est un milliard de centimes – nous sommes en 1962 – mais pour l’époque, c’est une somme franchement rondelette, voire obèse.

Comme son complice Mario (Henri Virlojeux) n’est plus en état de faire quoi que ce soit (1), il s’adresse à un jeune plein d’avenir : Francis Verlot (Alain Delon).

 

C’est tout d’abord une rencontre au sommet, une sorte de passage de témoin : Jean Gabin, le jeune premier des années 1930 aux côtés d’Alain Delon, jeune premier des années 1960s sont tous les deux en haut de l’affiche (2). C’est une collaboration prometteuse et qui verra les deux géants se retrouver dans plusieurs autres films.

Tous les deux tiennent la vedette du début à la fin, même si Delon prend petit à petit le pas sur Gabin : place aux jeunes ! Mais cela se fait doucement et sans que Gabin se mette à faire du Gabin : il reste sobre et donne alors une bonne interprétation de son personnage.

Verneuil signe ici l’un de ses plus beaux films, lui donnant une dimension américaine dans sa façon de tourner.

 

Autour de Delon et Gabin, on trouve aussi une kyrielle de seconds rôles aperçus régulièrement dans la période : Bernard Musson, Robert Rollis ou encore Dominique « Madame Mado » Davray. A propos de cette dernière, on remarque encore une fois que les répliques de Michel Audiard lui siéent très bien. On la retrouvera plusieurs fois donner la réplique pour lui, dans notamment Les Tontons flingueurs qui sortira la même année.

Et puis il ne faut pas oublier Maurice Biraud, qui retrouve Gabin après Le Cave se rebiffe, mais qui fera les frais des tensions du tournage. Grand seigneur – comme toujours – il ne relèvera pas.

 

Si Verneuil signe ici un film de gangsters, il ne faut pas croire qu’il s’agit d’une parodie. La présence d’Audiard n’est pas toujours synonymes de savoureux mots comiques, et si on sourit à quelques répliques – devenues cultes, évidemment, on ne perd jamais de vue le côté noir de l’intrigue : ces deux cadors ne sont rien d’autre que des voleurs. Habiles, certes, mais avant tout voleurs.
Et comme pour Le Cave, il ne faut pas imaginer une issue heureuse à ce casse : la malhonnêteté ne paie pas, pour les voleurs. Pour d’autres professions, je vous laisse à votre propre opinion, gardant la mienne bien précieusement, nous sommes au cinéma.

 

Il n’empêche que le film est vraiment bien mené par Verneuil, et le montage l’une des clés de la réussite. Les plans de transition sont bien léchés (3), donnant une fluidité dans la narration et permettant de faire évoluer plus vite l’intrigue.

Plusieurs fois, Gabin s’adresse à Delon ou Biraud et en cours d’explication on se retrouve sur le terrain, la réplique se continuant, illustrée par les faits et gestes de son interlocuteur sur place.

 

Bien sûr, la séquence finale est magistrale : une dose de suspense avec un brin de fatalité –mais surtout la morale reste sauve, ouf ! – qui voit les deux bandits sur le bord de la piscine, cernés par les policiers, regardant impuissants le fruit de leur rapine s’éloigner d’eux.

On retrouve dans cette séquence finale un écho de celle de L’ultime Razzia, avec le résultat tragique pour Johnny Clay : les policiers s’apprêtent à l’arrêter.

 

Ici, Verneuil s’arrête avant, laissant le spectateur finir la séquence en sortant du cinéma.

 

PS : comme pour Les Tontons flingueurs, Michel Magne signe la musique et décline à l’envi un même thème musical en fonction du moment et du ton du film.

 

  1. Après quelques années à la Santé (?), la sienne n’est plus très folichonne et surtout, c’est madame Mario (Dominique Davray) qui prend les décisions.
  2. Comme dirait Aznavour, qui est mentionné sur les affiches du Palm Beach, par ailleurs…
  3. Un seul reste un peu gros et pas complètement réussi : comme dans La Corde, on voit Gabin près de la caméra tourner le dos et quand il s’éloigne, la situation a changé.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henri Decoin, #Jean Gabin, #Gangsters
Razzia sur la Chnouf (Henri Decoin, 1955)

La chnouf. La came, la blanche… Tous ces termes fleuris ne décrivent qu’une seule chose : la drogue.

Et Henri Ferré dit « Le Nantais » (Jean Gabin), la drogue, c’est sa partie. Il débarque des Amériques où il a fait son trou, pour reprendre l’affaire de Paul Liski (Marcel Dalio), gros bonnet en France. Il faut dire qu’avant son arrivée, son prédécesseur a été retrouvé truffé de plomb.

Henri va alors « secouer » le milieu pour faire repartir les affaires qui périclitaient.

Et pour ce faire, il va rencontrer tous les protagonistes du trafic, du fournisseur (ou presque) jusqu’au consommateur.

Et pour ceux qui ne sont pas contents, il reste une paire de tueurs à son service : Roger, dit « Le Catalan » (Lino Ventura) et son complice Aimé (Albert Rémy).

 

Un an après Touchez pas au Grisbi, on retrouve Gabin dans un rôle de caïd, dans une atmosphère plutôt similaire. Alors qu’Henri Decoin à succédé à Jacques Becker, Auguste Lebreton remplace Albert Simonin. Lebreton, et en plus du scénario, signe les dialogues et fait même une apparition dans la partie de craps.

Et à propos d’apparition, quelques jeunes personnes apparaissent ça et là : Marcel Bozuffi, qui retrouvera Ventura et Gabin deux ans plus tard (Le Rouge est mis) ; Roger Carel, qui se contente de passer le téléphone ; et d’autres encore, qui émaillent régulièrement le cinéma français des années 1950-1970.

 

Quant à Gabin, c’est du sur mesure – comme d’habitude –, et son personnage de caïd est tout à fait convaincant. Le seul bémol, c’est peut-être de le faire tomber amoureux de la belle Magali Noël, 23 ans quand le film est tourné, alors que le Vieux en a déjà 50.

Mais ne boudons pas notre plaisir, Gabin reste sobre et nous permet une plongée impressionnante dans les milieux nocturnes parisiens de l’époque.

 

Plus de soixante ans après sa sortie, le film a bien sûr perdu de sa force, mais le constat reste le même : la drogue est un fléau, même si le public touché n’est pas concentré sur les noctambules. Ici, tout se passe la nuit, soulignant alors une belle atmosphère de film noir.

De plus, on a une petite sensation de malaise quant au public décrit. Si on y croise une jeunesse qui se presse dans les boîtes de nuit pour jouir de la vie, on y croise aussi le milieu homosexuel qui est mouillé dans l’affaire. Certes, ce n’est pas une généralisation, mais on ne peut pas oublier que les homosexuel(le)s étaient (encore plus) mal considéré(e)s à cette époque, d’où la commodité de les utiliser comme dealers (terme qui n’était pas usité en 1955, mais qui exprime une même réalité).

 

Autre minorité qui consomme de la drogue : les Noirs. Le Nantais se rend avec Léa (Lila Kedrova) dans un bar antillais dans lequel on fume de la marijuana en écoutant de la musique.

C’est aussi dans cet endroit qu’on voit un jeune homme à qui la drogue donne des spasmes, qu’il soit en train de fumer ou non. C’est, avec Léa, le seul à qui la drogue fait un effet terrible.

La prestation de Lila Kedrova est d’ailleurs magnifique, donnant une interprétation pathétique sans être pour autant outrée.

 

Razzia sur la Chnouf est un film qui a vieilli certes, mais son propos reste le même : la drogue, c’est de la merde. Et puis on y retrouve une autre façon de filmer, avec des acteurs de tout premier plan : c’est toujours un plaisir de le revoir.

 

Et puis retrouver Gabin et Dalio sur une même affiche, ça fait toujours du bien…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Georges Lautner, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Pacha (Georges Lautner, 1968)

Jean Gabin.

Michel Audiard.

Georges Lautner.

Le trio gagnant.

 

En 1968, avant les événements de mai, ces trois-là nous proposent un énième film policier. La gouaille de l’un, les dialogues de l’autre et la mise en scène claire du dernier et c’est dans la boîte.

En plus, les copains (comprenez : les seconds rôles habituels) sont là :

- André Pousse, tout d’abord, qui avait troqué son vélo pour la vie nocturne parisienne avant de se recycler (c’est le cas de le dire) dans le cinéma ;

- Dominique Zardi et son compère Henri Attal, inséparables seconds couteaux (voire troisièmes)

- Sans oublier l’éternel Robert Dalban et son gros pif.

Du côté féminin, c’est plutôt léger : mais si l’actrice se fait rare, ce n’est pas la première venue : Dany Carrel (qui fêtera ses 86 ans cette année) puisque ça fait déjà 15 ans qu’elle fait du cinéma.

 

Mais alors que tous les ingrédients sont là pour passer un bon moment et rigoler un bon coup, Lautner et son équipe nous proposent un film d’une noirceur peu habituelle chez ce dernier.

Certes, les bons mots sont toujours là (1), mais le ton est froid, terrible, implacable.
Et tout le monde est dans ce ton. Pas de surjeu : Gabin est sobre ; André Pousse est glaçant.

 

Il s’agit d’un véritable film noir. Et violent.

Quinquin (André Pousse) est un tueur terrible, sans aucun scrupule. On est bien loin de Fred l’Elégant dans Les Enfants du Bon Dieu qui sortira six mois plus tard.

Ca flingue à tout va, au pistolet, bien sûr mais aussi à la mitraillette et au bazooka. Bref, Lautner a sorti l’artillerie lourde.

 

Mais il n’y a que l’artillerie qui est lourde. Pour le reste, c’est un film très épuré qui nous est offert. Peu de mots, des décors froids et déserts, voire mortuaires ou mortifères. La nature repose sous une couverture blanche, pendant que Quinquin abat ses complices les uns après les autres. Tout est mort.

Le final se fait dans un lieu mortifère lui aussi : une usine abandonnée, silencieuse et qui ne résonnera que des coups de feu.

Aucune chaleur. Tout est froid. Même l’amitié qui lie Joss (Gabin) et Gouvion (Dalban) est froide. Il n’y a plus d’affection entre eux. Que de l’habitude. « Mais, qu'est-ce que tu veux, c'était mon pote ! » déclare Joss à propos de Gouvion  qui vient de mourir. Et si vengeance il y a, ce n’est pas par désespoir. Non, c’est encore par habitude. Avoir buté son vieux pote est une chose qui ne se fait pas, même si c’était un fabuleux emmerdeur.

 

Et puis il y a la musique. Elle est signée Serge Gainsbourg (2), qui fait une apparition, chantant Requiem pour un Con, associé d’entrée de jeu à la mort de Gouvion. Et cette musique faite pour beaucoup de percussion et d’un peu de guitare est absolument dans le ton du film : épurée et froide.

 

 

(1) « Je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner. » (Gabin)

 

« Oh, tu sais, quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. » (Gabin)

 

« Albert, crois moi ! Comme copain d'enfance, c'était pas le grand Meaulnes, fallait se le faire. Il n'a jamais arrêté de m'emmerder. Il a pris son élan à la communale […]  » (Gabin)

 

(2) Rencontre au sommet entre Gabin et Gainsbourg au studio d’enregistrement, deux légendes de deux mondes différents : deux regards qui se croisent, deux hommes qui se jaugent. Une parenthèse qui s’ouvre et se ferme presque immédiatement : quelques secondes de flottement…

 

Voir les commentaires

1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog