La légende du titre, c’est le docteur Robert Morgan (Vincent Price). Il est docteur en chimie cellulaire et s’est retrouvé confronté – ainsi que le reste de l’humanité – à un virus très dangereux qui affectaient les humains : ils se transformaient en vampires !
Cela peut paraître un tantinet exagéré, mais les malades ne sortaient plus le jour, ne pouvaient se regarder dans un miroir ni ne supportaient la présence de l’ail.
Tout le monde, semble-t-il, a succombé à ce virus et Morgan vit seul, cloîtré la nuit, à la recherche du repaire de ces vampires le jour, détruisant ceux qui lui tombent sous la main à l’aide de pieux de bois.
Un jour, il aperçoit un chien. Puis une jeune femme, Ruth Collins (Franca Bettoja).
Il n’est plus seul…
Voilà 10 ans que Richard Matheson a publié son roman (1), et on comprend que les producteurs aient voulu un titre plus accrocheur : « le dernier Homme sur Terre » incite plus à venir voir de quoi il en retourne que la traduction littérale.
Et dès l’ouverture, le ton est donné : un désert urbain. Des habitations sans vie, des voitures abandonnées… Et puis les premiers corps étendus sur le sol, n’importe où, abandonnés.
Et les deux réalisateurs ajoutent une note presque ironique avec un affichage d’église : « la fin est arrivée » peut-on lire.
Puis c’est au tour de Morgan, qui est lui aussi allongé (on le voit à travers un carreau cassé). Mais le réveil sonne et notre homme se réveille et effectue un rituel bien établi. Ce rituel, c’est la première des trois parties du film : la seconde (après 28 minutes) va nous expliquer comment nous en sommes arrivés là ; la troisième (après 55 minutes) commence avec l’apparition du chien, puis de la jeune femme. Cette séquence de découverte du personnage nous permet aussi de donner une date : nous sommes le 5 septembre 1968 quand Morgan se réveille.
Bien sûr, nous sommes dans une de ces séries B qui foisonnaient à l’époque, mais la présence de Richard Matheson à l’écriture nous promet une intrigue solide, ce qui est le cas. Par contre, comme toutes les séries B, la production souffre de moyens et outre Vincent Price, la distribution est italienne (2). Mais on prend tout de même plaisir à suivre cette histoire improbable, et on n’a le droit de ne pas être d’accord avec Matheson qui regrettait le choix de Vincent Price. Ce dernier est encore une fois impeccable, dernier véritable humain comme il l’explique. Cette idée d’humanité est d’ailleurs un des éléments du film qui oppose cet homme encore vivant, face à ces vampires qui reviennent inlassablement chez lui tous les soirs pour essayer de le tuer. Ces derniers ont d’ailleurs l’aspect de zombis, et auront une grande influence sur le film de Romero : La Nuit des morts-vivants.(4)
Autres signes d’une série B, les nombreuses erreurs de raccord qui émaillent le film. Celle des deux cadavres que Morgan place dans l’auto est la plus flagrante, pour les autres, allez sur les sites spécialisés. Ces nombreuses erreurs ont permis à Charlton Heston de trouver le film « incroyablement bâclé, absolument pas effrayant, mal interprété, peu soigné dans l’écriture et la photographie. »
S’il a raison sur quelques points, cela lui a permis de justifier le remake dans lequel il jouait sept ans plus tard. Mais il faut tout de même reconnaître une chose : l’adaptation de 1964 est la plus fidèle au livre.
Une quarantaine d’années plus tard (2007), une nouvelle adaptation est sortie, avec une amélioration notable par rapport aux deux premières versions : la révolution numérique est passée par là.
Mais ceci est, encore une fois, une autre histoire. Enfin, façon de parler...
PS : Les distributeurs, à l’instar de certains traducteurs que je fustige régulièrement ici ne se sont pas encombrés de principes pour mettre en valeur le film. Il suffit de voir l’affiche ci-dessous pour s’en convaincre : ils (ab)usent de la carrière de Price dans le cinéma d’horreur pour vanter le film, et montrent un manoir (3) que je n’ai pas réussi à apercevoir dans le film…
- I am Legend : d’où le titre français, pour une fois moins accrocheur que l’original.
- Le film a d’ailleurs été tourné en Italie, budget serré oblige.
- Qui a quelque ressemblance avec celui des Bates ou la maison de la famille Adams
- Qui sort en 1968 ! (clin d’œil, clin d’œil…)
- “Incredibly botched, totally unfrightening, ill-acted, sloppily written and photographed.”