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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

lon chaney

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Joseph Pevney, #Lon Chaney
L'Homme aux mille visages (Man of a thousand Faces - Joseph Pevney, 1957)

« Ne marchez pas sur cette araignée, c’est peut-être Lon Chaney ! »

Cette plaisanterie, qui circulait dans et hors les studios d’Hollywood, est à elle seule un véritable hommage à celui dont on a dit qu’il possédait mille visages : Leonidas Frank  Chaney (1883-1930). Parce qu’au-delà de la moquerie qui amène le sourire, il y a la reconnaissance unanime de son don de transformation qui fit sa renommée de son vivant et depuis, avec un sursaut en 1957, l’année où est donc sorti ce film.

 

Tout commence à Colorado Springs, comté d’El Paso (Co.), où le jeune Chaney (Jerry Hatleben) rentre de l’école après s’être battu : il est dénigré parce que ses parents sont sourds-muets. Mais ce double handicap, s’ils ne lui gagne pas la sympathie de ses camarades effrayés par la « différence », va lui permettre de gagner sa vie : nous le retrouvons au music-hall, où il se produit dans un numéro de pantomime à succès. Il a épousé Cleva Creighton (Dorothy Malone, belle et toujours terrible), et ensemble, ils attendent un heureux événement. Mais cet événement est troublé par une rencontre : celle des parents de Lon. L’enfant sera-t-il normal ?

Oui. Mais le couple se défait et divorce. Chaney s’exile à Los Angeles et intègre le studio Universal, afin de se faire une situation et avoir la garde de son fils qui a été placé.

C’est alors qu’il commence à se maquiller, afin de pouvoir plus facilement décrocher des rôles.

J’oubliais : c’est James Cagney qui l’interprète.

 

Si de nombreux éléments de cette biographie cinématographique sont avérés – le handicap de ses parents, son mariage avec Cleva – n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un film, et que le scénario prend beaucoup de libertés avec la réalité de ce que fut la vie de cet extraordinaire acteur, on ne peut pas en vouloir à Joseph Pevney, ni même aux scénariste : au cinéma, tout est possible !

Et de toute façon, il s’agit avant tout de rendre hommage au père du maquillage cinématographique, alors la vérité historique pèse beaucoup moins que le travail qu’il a pu effectuer afin de se hisser tout en haut de l’affiche.

Et pour ce faire, Pevney n’hésite pas à recréer certaines séquences qui ont fait le mythe Chaney : le pilori dans Notre-Dame de Paris (1923) ou la révélation du Fantôme de l’Opéra (1925) en ce qui concerne le maquillage ; l’arrivée de Frog dans Le Miracle (1919), film qui va vraiment le lancer dans ses rôles de personnages « différents » (handicapés, quoi).

 

Et James Cagney, bien que ne ressemblant pas du tout à son modèle, nous livre ici une magnifique performance, en tant que Chaney ou ses (rares) personnages. Bien sûr, il ne pourra jamais avoir le visage méchant de Lon (1), mais on y retrouve la même détermination à exprimer le mal, dans les moments durs de sa vie (de cinéma)

Et ça fonctionne de bout en bout, pour notre plus grand plaisir. Et tant pis pour la vérité. Revivre cet âge d’or du cinéma est plus précieux, surtout qu’on peut y retrouver – fugacement –quelques têtes connues, à défaut des vrais interprètes, pour beaucoup déjà disparus : Snub Pollard, Hank Mann, John George…

 

Bien sûr, Cagney ne porte pas les mêmes maquillages que Chaney, et c’est surtout visible pour le Fantôme : tant mieux parce que c’était une véritable torture puisqu’il n’était pas question d’un masque comme c’est le cas ici. Alors oui, l’effet n’est peut-être pas aussi saisissant, mais pris dans son contexte, cela reste tout de même une très belle re-création.

Par contre, on a du mal à croire à une séquence : alors qu’on a vu que Chaney avait enchaîné quelques rôles emblématiques de sa carrière dont Tito dans Ris donc, Paillasse !, sorti en avril 1928 Irving Thalberg (Robert Evans) vient le voir et lui annonce qu’il vient de voir Le Chanteur de Jazz, et qu’ils vont tourner une version parlante du Club des trois.

On ne peut qu’avoir du mal imaginer que Thalberg ait attendu si longtemps pour voir le film de Crosland sorti en octobre 1927 !

Et comme en plus, on enchaîne sur le tournage de ce remake – dernier film de Lon – le décalage  temporel n’en paraît que plus incroyable, ou tout du moins fort peu crédible

 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de cet hommage brillant à cet immense acteur. En espérant que d’autres le (re)verront et auront envie d’aller voir tous ces films impressionnants qui ont émaillé sa trop courte carrière : avec la décennie qui allait commencer conjuguée à la consécration du parlant, il n’aurait pas crevé l’écran, il l’aurait explosé !

 

  1. Je n’ai jamais vu un autre acteur avec un visage aussi mauvais.
Lon Chaney (1883-1930)

Lon Chaney (1883-1930)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lon Chaney
Monsieur Wu (Mr. Wu - William Nigh, 1927)

Il y a deux monsieur Wu : le père (Lon Chaney), mandarin réputé et respecté, et son fils (Lon Chaney), autre mandarin qui succède à son père après avoir bénéficié d’une éducation mixte auprès de Mr. Muir (Claude King).

Le fils s’est marié à la fille d’un autre mandarin (Toshia Mori) mais elle est morte prématurément, lui laissant une fille, elle aussi belle comme le jour : Nang Ping (Renée Adorée).

Comme le veut la tradition, Nang Ping doit bientôt épouser son futur mari (qu’elle ne connaît pas). Mais Nang Ping, par hasard, fait la connaissance de Basil Gregory (Ralph Forbes). Ils tombent amoureux et se promettent un avenir commun.

Mais ça, ce n’est pas possible : Mr. Wu veille et doit empêcher qu’une telle chose se fasse.

 

Nous sommes en 1927, et même William Nigh nous le rappelle : son film est d’une facture technique très honorable, avec en prime « l’homme aux 1000 visages », Lon Chaney. Cinq ans après le phénoménal Shadows, il nous revient dans un rôle d’Asiatique emblématique : Mr. Wu. S’il a des ressemblances avec Yen Sin – je parle du fils – c’est surtout le père qu’on retient, dans une courte séquence qui le voit pronostiquer sa disparition. C’est un très vieux mandarin qu’il interprète, grimé à l’occasion, avec moustache tombante et barbe fine sans oublier les inévitables ongles démesurés. Encore une fois : phénoménal.

 

Parce que nous sommes dans un de ces films exotiques qui n’est pas sans rappeler Mme Butterfly sur certains aspects, mais dans une Chine éternelle et un tantinet stéréotypée. Encore une fois, nous retrouvons un thème sociétal cher aux Américains : la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Et encore une fois, cette rencontre conduit à une tragédie, empêchant un quelconque rapprochement.

C’est à nouveau le décalage culturel entre ces deux mondes qui explique cet échec. Les deux enfants – Nang Ping & Basil – qui pourtant représentent l’avenir des deux familles sont les victimes des préjugés et autres conventions.

D’un côté la tradition oblige Wu à marier sa fille à un inconnu (de bonne famille, cela va de soi), empêchant le bonheur des deux jeunes gens ; de l’autre, les préjugés – avec racisme – du père de Basil (Holmes Herbert) ainsi que les réflexions de sa mère (Louise Dresser) nous font comprendre ainsi qu’à Nang Ping qu’elle ne doit pas se faire d’illusion.

Bref, même si l’amour ne connaît pas de frontière, la situation le rappelle à la raison : les deux amoureux ne finiront pas ensemble. (1)

 

Si nous sommes dans une Chine d’opérette, on ne peut tout de même pas nier le soin mis dans les décors et les costumes, et ceux de Mr. Wu, surtout : jusque dans le blanc qu’il porte pour marquer le deuil. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’au jardin (japonais ?) qui voit s’aimer les deux jeunes gens. Certes, Renée Adorée a les yeux beaucoup trop clairs pour être pleinement chinoise, mais son jeu pallie cette difficulté. Anna May Wong (Loo Song, sa demoiselle de compagnie) aurait été certainement plus crédible, mais n’aurait peut-être pas transmis les mêmes émotions.

Quant à Chaney, il est encore une fois impeccable, troquant temporairement son regard mauvais – ça ne dure pas, rassurez-vous – contre un bienveillant, jusqu’au point de non retour. Là, il redevient tel que nous le connaissons, avec toujours cette méchanceté dans le regard qui a fait son succès.

Bien sûr, lui non plus n’est pas asiatique, mais encore une fois, le maquillage est performant, et il est un Mr. Wu plus chinois que l’original.

 

Alors on savoure…

 

  1. N’oublions pas que les mariages mixtes ne sont pas très bien vus pour une grande majorité de la population américaine de l’époque… Et pas seulement dans le Sud.
Lon Chaney & Claude King

Lon Chaney & Claude King

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Tod Browning, #Lon Chaney
Le Club des trois (The unholy Three - Tod Browning, 1925)

Hercules (Victor McLaglen) le colosse, Echo (Lon Chaney) le ventriloque et Tweedledee (Harry Earles) la petite merveille du XXème siècle (c’est un nain) végètent dans une foire aux monstres (et autres attractions), chacun dans sa spécialité, répétant à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux. Pour arrondir ses fins de mois, Echo a une partenaire pickpocket très habile, la belle Rosie (Mae Busch).

Sous l’impulsion d’Echo, les trois hommes s’associent et vont écumer les maisons riches, sous couvert d’une boutique d’animaux tenue par Mrs O’Grady (Lon Chaney), une charmante vieille dame qui vit là avec sa petite fille Rosie et le bébé Willie (Harry Earles). Chose curieuse, les perroquets vendus ne parlent que quand c’est Mrs. O’Grady qui est là…

 

Première grande incursion dans le domaine de prédilection de Browning : les phénomènes de foire (il aurait travaillé dans sa jeunesse pour un cirque). La séquence d’ouverture annonce Freaks, bien sûr, et le personnage de Mrs. O’Grady celui de Madam Mandilip dans The devil Dolls. Bref, nous sommes pleinement dans l’univers du réalisateur.

 

Voilà une histoire bien scorsesienne que nous propose ce même Browning Browning, avec l’aide de Valdemar Young au scénario (1) : Echo est un homme ambitieux qui veut s’enrichir vite et mener grand train mais terminera somme toute là où il a commencé : un phénomène de foire qui répète à l’envi les mêmes gestes, les mêmes phrases pour gagner de quoi subsister, mais guère mieux…

Et comme Scorsese quelques décennies plus tard, Browning s’appuie sur une distribution solide, l’immense Lon Chaney en tête, cela va de soi. Pas de maquillage compliqué comme dans The Phantom of the Opera (sorti la même année) ou The Hunchback of Notre-Dame deux ans plus tôt : une perruque de cheveux blancs, des bésicles, un dos vouté et voilà une brave Mrs. O’Grady à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Mais si le maquillage n’est pas vraiment l’atout de Chaney ici, c’est encore une fois son visage qui retient toute notre attention.

Nous retrouvons, bien sûr, ce visage menaçant que nous avions découvert dans The Penalty (surtout, mais ailleurs aussi), d’une dureté incroyable, mais surtout il joue de la transformation de ce même visage pendant que l’intrigue se noue ou se dénoue. La discussion entre Echo et Rosie sur fond champêtre en est un magnifique exemple : ce visage dur va progressivement se transformer pour s’adoucir à mesure qu’il va prendre conscience de ce que lui dit Rosie.  Toujours aussi splendide.

 

A ses côtés, on trouve un colosse qui va faire parler de lui dans les années qui vont suivre (surtout chez John Ford) : Victor McLaglen. McLaglen était un acteur formidable et dont la truculence va s’épanouir chez ce dernier, mais face à un monstre tel que Chaney, il ne peut pas rivaliser. Il suffit de voir, pour s’en convaincre, A Girl in every port (Howard Hawks, 1928) : le muet ne l’a pas empêché d’être un grand acteur.

Autre « curiosité » du film, les débuts d’un acteur malheureusement sous-employé au cinéma (2) : Harry Earles. Plus jeune que dans Freaks où il sera véritablement reconnu, il possède encore l’aspect juvénile qui lui permet de se faire passer pour un bébé. Mais un bébé qui fume le cigare… (3)

Quant à la femme, Mae Busch possède ce qu’il manquait à Priscilla Dean quand elle jouait les mauvaises filles chez Browning : une attitude, une œillade qui font d’elle une partenaire crédible à ce personnage singulièrement maléfique (Echo).

Quant à Matt Moore, qui joue Hector McDonald, le candide de l’histoire, il a tout à fait le physique de l’emploi, ses lunettes épaisses chargeant son portrait de grand benêt trop gentil. Mais c’est d’ailleurs cette caricature de personnage qui rend l’intrigue un tantinet bancale : comment une fille comme Rosie peut-elle s’enticher d’un « grand bedas » (3) pareil ?

 

Autre élément qui gâche un peu le plaisir du film : outre le raccord raté avec le manteau d’Hector, la séquence champêtre mentionnée ci-dessus se passe devant une très belle tenture peinte qui a l’inconvénient de renvoyer les ombres des deux acteurs. Et une fois qu’on l’a vu, difficile de ne plus y penser…

Mais malgré cela, Browning réussit deux beaux moments de suspense : chez Mrs. O’Grady quand le policier (Matthew Betz) vient questionner la vieille dame est ses curieux colocataires, et au moment du procès d’Hector, accusé à la place du trio infernal (5).

Si la première séquence est un peu trop attendue (le mouvement de Tweedledee amène la montée en puissance de la tension), celle du tribunal est autrement plus réussie. Plus longue, tout d’abord, elle est amenée plus naturellement et bénéficie d’un montage à la hauteur : la caméra ne cesse d’aller d’Echo à Hector en passant par le juge qui fait ses dernières recommandations au jury avant la délibération. Et cela jusqu’au point culminant qui verra…

Mais je vous laisse découvrir, si ce n’est déjà fait, ce film de haute volée de Tod Browning.

 

Un film tellement réussi qu’il en fut fait un remake cinq ans plus tard (et dont j’ai déjà parlé ici), amenant ce qui manquait – mais pas trop quand même – à cette intrigue criminelle : la parole.

Normal, pour une histoire de ventriloque, non ?

 

  1. . D’après une histoire d’un certain Tod Robbins qui sera à nouveau adapté par le même Browning 7 ans plus tard avec encore une fois Harry Earles : Freaks. Mais ceci est une autre histoire.
  2. Sa stature peut expliquer facilement cette rareté.
  3. Robert Zemeckis s’en souviendra pour le personnage de Baby Herman dans Who framed Roger Rabbit ?
  4. C’est comme le bédas tourangeau, mais sans accent et accessoirement l’une des répliques favorites de ma grand-tante à mon encontre quand je ne savais pas ce qu’il fallait faire…
  5. La traduction française du titre original évacue l’aspect noir de ce trio : « le Trio infernal » aurait pu être une traduction acceptable, tout comme « le trio malsain » et autre(s) acception(s) de ce style.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Joseph de Grasse, #Lon Chaney
The scarlet Car (Joseph de Grasse, 1917)

Deux banquiers père et fils : Cyrus (Howard Crampton) et Ernest (Sam « Richelieu » de Grasse) Peabody.

Un caissier et sa fille : Paul Revere Forbes (Lon Chaney) et Beatrice (Edith Johnson).

Deux autres banquiers père et fils : Samuel (Al W. Filson) et Billy (Franklyn Farnum) Whintrop.

Une voiture rouge écarlate.

Dans la voiture : un cadavre.

 

Une fois que vous avez tous es ingrédients, vous mélangez et cela donne un film de moyen métrage au scénario plutôt complexe où Lon Chaney n’est pas encore la vedette que nous connaissons, mais joue tout de même un rôle central, presque autant que la voiture. Je plaisante : si la voiture est l’instrument du destin qui amorce la résolution de l’intrigue, c’est bel et bien Forbes-Chaney qui amène la fin heureuse. Ce qui est à noter puisque Lon Chaney aura de moins en moins de rôles positifs dans les années qui suivront.

 

Mais reprenons. Les Peabody sont deux banquiers escrocs (1) avec une avance dans la rouerie chez le père, ce qui est tout à fait normal : il est le plus âgé.

Sous leurs ordres travaille Forbes qui remarque un trou dans la caisse de 35.000 dollars dû à des spéculations hasardeuses du duo présenté ci-dessus. Suite à un accrochage, Peabody fils frappe Forbes qui se tue dans sa chute. Ils décident alors de se débarrasser du cadavre et demandent à leur complice de le faire. Quelques temps plus tard, on retrouve une voiture rouge accidentée avec un cadavre à l’intérieur. Mais ce n’est pas Forbes…

Parallèlement, le jeune Billy Winthrop se reprend en main et voudrait épouser la fille de Forbes. Après avoir repris les affaires de son père qu’il a fait fructifier, ce dernier gagne à la loterie la même voiture rouge. Dedans, Billy trouve un indice qui indique que Forbes n’était peut-être pas le voleur qu’on a pu décrire : son absence a fait de lui le voleur des 35.000dollars…

Je vous avais prévenu : l’intrigue n’est pas simple. Par contre, une fois la voiture revenue à l’avant-scène, la résolution devient irrémédiable et heureuse.

 

Si on connaît plus Sam que Joseph de Grasse, c’est avant tout parce qu’on voit plus un acteur qu’un réalisateur : Sam ici est le frère de Joe qui dirige. De plus, Sam a beaucoup collaboré avec Douglas Fairbanks dans les années qui ont suivi ce qui lui donna encore plus l’occasion d’apparaître. Par contre, Joseph, une fois le parlant arrivé, va arrêter de tourner en tant que réalisateur, ne faisant que de très rares apparitions en tant qu’acteur (de second plan, cela va de soi.

Et puisque je parlais de Douglas Fairbanks, on peut noter une parenté » entre le personnage de Billy et ceux interprétés par le grand Douglas.

Physiquement d’abord, la coupe de cheveu et l’allure de Farnum rappellent celles de Fairbanks dans ses rôles de citadins. Ensuite, son personnage est lui aussi plein de ressources. Bien sûr, la grande différence tient surtout dans son interprétation : il n’a pas le sourire aussi facile que Doug, mais avant tout, il ne bondit pas autant. Même la « séquence d’action » qui le voit se réfugiant dans un arbre pour échapper à un chien plutôt menaçant n’a pas le rythme que l’on connaît chez l’autre.

 

Certes, ce film de Joseph de Grasse ne fait pas partie des listes d’incontournables qu’on peut trouver un peu partout (sur le net essentiellement), mais il n’en demeure pas moins une curiosité qui mérite l’attention du fait de la présence du grand Lon Chaney. Bien sûr, il est maquillé et affublé de postiches, et déjà, son personnage n’est pas ce qu’on peut qualifier de normal : à force de passer son temps à admirer avec un soupçon d’orgueil une reproduction de son ancêtre Paul Revere dans sa chevauchée qui devenue depuis légendaire (2), le choc brutal va lui faire perdre la tête.

Et c’est dans ces rôles désespérés que Chaney était le meilleur, ce qui est déjà le cas ici.

 

On notera aussi l’influence de Griffith dans le sauvetage de (toute) dernière minute, mais avec un détail pittoresque : la foule déchaînée n’a pas l’intention de lyncher Billy suite à des accusations mensongères des Peabody : on a amené le goudron et les plumes.

Je terminerai enfin en regrettant l’état incomplet de la copie qu’il m’a été permis de visionner. En effet, il manque quelques éléments de séquences qui s’ils n’empêchent pas la bonne compréhension de l’intrigue (elle est déjà assez complexe comme ça) imposent des ellipses un tantinet incongrues.

 

  1. Non, ce n’est pas un pléonasme. Encore que…
  2.  « Midnight Ride » (18-4-1775). Plongez-vous dans l’histoire de la Guerre d’Indépendance américaine (1775-1783), vous comprendrez.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Roland West, #Lon Chaney
Le Monstre (The Monster - Roland West, 1925)

Le Monstre ou encore Le Docteur X (comme il fut nommé à sa sortie en France) est un film fantastique dont l’argument de vente était « Lon Chaney, l’homme aux 1000 visages ».

Et chose étonnante, ici il garde son visage inchangé, ne serait-ce que les cheveux gris (et les sourcils). On peut dire qu’il jouait avec son vrai visage, ce qui ne l’empêchait pas de se faire une figure menaçante voire effrayante, comme il nous l’avait montré dans The Penalty quelques années plus tôt.

 

Mais reprenons. A Danburg, (très) petite ville américaine, il ne se passe pas grand-chose : la dernière fois c’est quand le laitier est partie avec la femme du bootlegger (1). Alors quand la voiture de Bowman est retrouvée sur le bas-côté, accidentée et surtout sans conducteur.

Au loin se dresse l’inquiétante maison de santé du docteur Edwards (Herbert Prior) (2), inhabitée depuis quelques mois. Or, les fenêtres y sont éclairées la nuit.

Y a-t-il un lien entre ces disparitions et cet établissement ?

 

Bien sûr qu’il y en a un. Et un bien effrayant : il est alors géré par le docteur Ziska (Lon Chaney), entouré de trois sbires eux aussi très inquiétants : Rigo (Frank Austin), au visage tourmenté et à la cape noire ; Caliban (Walter James), un colosse muet qui obéit au doigt et à l’œil à Ziska ; et Dan (Knute Erickson), juste Dan.

Opposés à ces inquiétants personnages, on trouve Johnny Goodlittle (Johnny Arthur) un jeune coursier apprenti-détective et son rival Amos Rugg (Hallam Cooley), lui aussi coursier mais un échelon au-dessus. Le but de leur rivalité : comme d’habitude, une femme, la belle Betty Watson (Gertrude Olmstead).

Et comme de bien entendu (air connu), ce trio va se retrouver prisonnier du dangereux Ziska et de ses complices.

 

Roland West réalise ici ce qu’on peut considérer comme un film d’horreur, bien que Lon Chaney n’y utilise aucun véritable maquillage. On a eu tendance d’ailleurs à enfermer le grand Lon dans la catégorie horreur et épouvante. Et justement, ici, il peut faire peur sans toutefois utiliser autre chose que son corps, et en particulier son visage.

Mais The Monster n’est pas complètement un film d’épouvante : une bonne dose d’humour contrebalance les effets de terreur, faisant dire au spectateur que décidément, ce n’est pas bien sérieux tout ça.

 

C’est vrai, ce n’est pas bien sérieux, même si les différentes actions entreprises par le quatuor ne sont pas anodines, avec surtout le but ultime de Ziska qui donne son titre au film.

Et si nous n’avions pas autant d’occasions de sourire (ou rire, ça dépend des gens), il possède tous les éléments pour faire un magnifique méchant : son attitude guindée, accentuée par la présence d’un long fume-cigarette n’est pas là pour rassurer notre trio de visiteurs (malgré eux). De plus, outre son visage menaçant, il possède son fameux sourire qui peut séduire ses proies, alors que les spectateurs habitués de l’acteur y voient une nouvelle menace.

 

Bref, tout le monde s’amuse, et l’intrigue se résout avec un sauvetage de dernière minute, et la jeune femme choisira celui qui est le plus valeureux.

Ce n’est pas un grand film ? Non, je suis d’accord. Mais le plaisir de voir évoluer ce vrai monstre – sacré, cela va de soi – en la personne de Lon Chaney, vaut toutes les raisons du monde.

 

  1. Trafiquant d’alcool (nous sommes en pleine Prohibition).
  2. Un docteur Edwards qui dirige un hôpital psychiatrique, Tiens, tiens, tiens…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Irving Cummings, #Lon Chaney, #Comédie dramatique, #Muet
Cœur de Père (Flesh and Blood - Irving Cummings, 1922)

David Webster (Lon Chaney), avec l’aide de deux Chinois, s’est évadé. 15 ans plus tôt, il avait été condamné pour quelque chose qu’il n’avait pas commis. Alors qu’il se cache dans Chinatown, il rumine sa vengeance et veut retrouver sa femme et sa fille.

Sa femme est morte et sa fille s’occupe d’une mission dans les bas quartiers.

C’est sous les traits d’un invalide qu’il la retrouve et veille sur elle.

 

Lon Chaney dans un rôle de fugitif et qui crie vengeance tout en voulant veiller sur sa fille qui le croit mort : rien que de très normal pour cet acteur. Mais ici pas de maquillage (supplémentaire), c’est à visage ouvert qu’il évolue. Bien sûr, on n’est pas étonné de le voir jouer à l’estropié, et même : on n’attendait que ça.

Masi comme Webster n’est finalement que la victime d’une machination, il n’a pas beaucoup l’occasion de nous montrer son visage dur et mauvais, comme dans The Penalty deux ans plus tôt.

Ici, c’est plus un visage heureux qu’il nous montre, même s’il est un peu malheureux de ne pouvoir se faire connaître de sa fille. Quoi qu’il en soit, Webster appartient bel et bien à la grande famille Chaney, son handicap annonçant celui de Bisho dans The black Bird.

 

Mais si on se réjouit de retrouver Chaney, on peut regretter le rythme décidé par Irving Cummings dans cette histoire un tantinet mélodramatique.

En effet, la narration est très lente, parfois trop, et surtout le jeu d’acteurs est beaucoup trop figé.

Cette lenteur amène des longueurs qui ont tendance à nous faire décrocher. Ce qui est bien dommage, parce qu’il y avait autre chose à faire de cette intrigue de Louis D. Lighton.

 

En effet, en plus du personnage, on trouvait quelques éléments qui auraient pu donner un film beaucoup plus intéressant.

Chinatown, mélange d’exotisme et de mystère, est un lieu très souvent utilisé pour des intrigues criminelles voire violentes (1). On y retrouve une organisation au rythme ternaire qui est dirigée de main de maître par le mystérieux Li Fang (Noah Beery, le frère de) : rien de ce qui se passe dans son quartier ne lui est inconnu, et son système de surveillance est aussi très efficace.

Mais malheureusement pour nous, Cummings (et Lighton) ont ajouté une sous-intrigue concernant le policier Doyle (DeWitt Jennings) qui s’éloigne de l’intrigue principale jusqu’à devenir carrément inutile : l’interrogatoire de Li Fang sur un rocking-chair latéral n’a aucun lien avec ce qu’il se passe dans le même temps du côté de Webster, et on se demande bien si un balancement latéral est vraiment efficace pour recueillir des aveux.

 

De même, la résolution de la vengeance nous laisse sur notre faim, et surtout, on ne voit pas vraiment en quoi elle est résolue. Mais surtout, alors que Doyle est une de ses cibles, on ne comprend pas pourquoi il n’y revient plus, se contentant du banquier Burton (Ralph Lewis), véritable coupable de son incarcération.

Certes le fait que Burton Jr (Jack Mulhall) soit amoureux de la fille de Webster – surnommée the Angel Lady (Edith Roberts) – explique en partie cette résolution bancale.

 

Quant à la fin, je reste mitigé : certes, Webster n’a aucun avenir avec les futurs mariés, mais doit-il vraiment retourner en prison ?

La prison devient alors le paradis qui accueille l’âme apaisée de Webster : les portes qui s’ouvrent seules dès son arrivée ne sont pas celles gardées – dit-on – par saint Pierre.

Et si on songe immédiatement à une rédemption (toujours pour la même raison), on se demande tout de même pourquoi un homme innocent doit retourner en prison.

Dommage, donc.

 

 

(1) Même dans The Cameraman, Chinatown est le théâtre d’une guerre de clans (triades ?).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Jack Conway, #Lon Chaney, #Gangsters
While the City sleeps (Jack Conway, 1928)

« Pendant que la ville dort » est une traduction littérale du film de Jack Conway. Il sort alors que le parlant s’installe et a en tête d’affiche l’immense Lon Chaney. Et pour une fois, le grand acteur transformiste joue le rôle d’un homme normal. Enfin pas complètement, sinon, il n’y aurait pas de film.

Jack Conway, à travers le scénario d’Arthur P. Younger, rend hommage à la police de l’ombre (1) : mes hommes en civil.

La copie disponible est malheureusement incomplète, il manque un élément qui voyait Dan investir un repère de Mile-Away. On passe directement à la suite sans toutefois perdre la compréhension générale du film.

 

Dan Coghlan (Lon Chaney, donc), est un vétéran de la police de Los Angeles (LAPD) qui travaille comme inspecteur et fait donc partie de ces policiers qu’on ne distingue pas toujours des autres citoyens.

Sa cible Eddie Skeeter Carlson se fait appeler Mile-Away, parce qu’à chaque mauvais coup, il a un alibi en béton : il se trouvait à chaque fois à un mile du lieu du forfait.

A plusieurs reprises, il file entre les doigts des policiers.

Mais ce qui inquiète le plus Dan, c’est qu’il a l’intention de mettre le grappin sur la jeune – et belle – Myrtle Sullivan, que Dan connaît depuis l’enfance (2).

Dans le même temps, Myrtle aime Marty (Carroll Nye) – qui le lui rend bien – ce qui amène l’infâme Mile-Away à envisager de se débarrasser de ce dernier, dernier obstacle avant d’avoir la belle.

C’est bien sûr sans compter sur Dan qui lui aussi se découvre des vues sur Myrtle…

 

Jack Conway, avec cette histoire, nous montre aussi comment fonctionnent les services de police pour une enquête. Le film s’ouvre sur une identification avec mur blanc, numéros et types à la mine patibulaire – c’est ainsi qu’on fait la connaissance de Mile-Away et Marty : Coghlan répond de Marty mais bien sûr pas de la fripouille.

A un autre moment, c’est un exercice du bertillonnage qui est utilisé : on compare les empreintes digitales…

Bref, c’est tout ce travail qui se fait à l’ombre des foules et qui fait avancer les enquêtes.

 

A cela s’ajoute la note mélodramatique – indispensable semble-t-il – qui voit Coghlan se ressentir une attirance inexplicable pour la belle Myrtle.

Encore une fois, Lon Chaney interprète un amoureux frustré – le bénéfice de l’âge ne va joue pas en sa faveur. Mais alors qu’il joue habituellement des amoureux transis, ici, cet amour va s’imposer doucement à lui : la jeune femme se comporte avec lui comme toujours et se blottit naturellement dans ses bras ou se serre contre lui, sans penser à mal.

La première réaction de Coghlan est de prendre ses distances devant cet amour. Mais son enquête le ramène toujours auprès de Myrtle, la rendant toujours plus désirable (3).

 

Lon Chaney est donc dans un rôle somme toute reposant, même s’il utilise avec le même brio ses expressions faciales. Quand il se rend compte que finalement il n’a aucune chance avec Myrtle (ce que nous spectateurs savions depuis le début), on voit son visage se métamorphose graduellement de l’euphorie – il va la retrouver et ils vont se marier – à la pitié – c’est l’autre qu’elle aime.

 

Si le film est un hommage à la police, on n’en trouve pas moins des gangsters franchement dangereux, de nombreuses morts violentes surviennent aux différentes descentes policières, et si les gangsters n’hésitent pas à ouvrir le feu sur les représentants de l’ordre, ces derniers vont jusqu’à utiliser une mitrailleuse pour se débarrasser de ces personnages fort déplaisants. Il est clair que depuis Underworld, les affrontements entre gangsters et policiers ne sont plus les mêmes.

Parmi les gangsters d’ailleurs, on peut reconnaître l’un d’eux, beaucoup plus petit : il s’agit Angelo Rossitto, dans une de ses toutes premières apparitions (la troisième semble-t-il) au cinéma. On le retrouvera bien sûr dans le fabuleux Freaks.

Mais soyez attentifs, il n’est pas facile à trouver.

 

Dernière chose, le final ressemble beaucoup à celui que Conway utilisera deux ans plus tard dans le dernier film avec Lon Chaney, Le Club des Trois.

 

  1. Aucune manigance ni complot dans ce corps de police, ce sont les inspecteurs qui ne portent pas d’uniforme pendant leur service (« plain-clothes men »).
  2. Même si ce n’est pas dit, on se doute que le père de Myrtle, avec un nom pareil (irlandais), devait être policier.
  3. En tout bien tout honneur, cela va de soi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jack Conway, #Lon Chaney, #Drame
Le Club des Trois (The unholy Three - Jack Conway, 1930)

Quand le 12 juillet 1930 sort le film, c’est un véritable événement : Lon Chaney parle !

Après des dizaines de films muets et deux ans après le début véritable du parlant, Chaney joue dans un film sonore.

Et quel film : un remake de celui de Tod Browning (1925), dans lequel on retrouve le nain Harry Earles, mais sans Victor McLaglen que la Fox n’a pas voulu prêter.

Quand sort un remake, le spectateur se pose toujours la question de l’utilité de refaire une œuvre.

Pour moi, la réponse est claire et sans hésitation : oui.

Non pas pour la fin légèrement modifiée, mais pour l’utilisation du son qui, dans des films comme celui-ci, est d’une grande pertinence.

En effet, le personnage d’Echo (joué par Chaney) est un ventriloque. C’était aussi la faiblesse dans le film de Browning : les effets vocaux étaient remplacés par des phylactères sur la pellicule.

Malheureusement, si les spectateurs ont enfin pu entendre la voix de Lon Chaney, leur joie ut de courte durée : ce géant s’éteignait quelques semaines plus tard, victime des produits de maquillage qui firent sa célébrité et renforcèrent son talent. C’était le 26 août.

 

L’intrigue est donc la même que précédemment : trois ex-vedettes de foire s’allient et forment un trio de malfaiteurs, dissimulés derrière un magasin d’animaux domestiques qui leur sert de couverture : ils profitent de la livraison chez leurs clients fortunés pour repérer ce qu’il y a à voler chez eux.

Mais un soir, le cambriolage tourne mal : un homme est tué et Hector (Elliott Nugent), l’employé du magasin, est accusé de meurtre.

Rosie (Lila Lee), la bonne amie d’Echo va le persuader d’innocenter celui qu’elle aime, et par là même de la laisser partir.

 

Il est clair qu’Echo est complètement dans le registre de Lon Chaney : à part les jeunes premiers, il était capable d’interpréter n’importe quel sorte de rôle, jusqu’à des personnages asiatiques fort crédibles.

Et le film nous permet d’entendre qu’il aurait pu très bien continuer malgré l’avènement irréversible du cinéma parlant. Sa voix est claire et agréable (pour un truand), en totale adéquation avec son physique et ses jeux de visage.

De plus, professionnel jusqu’au bout, il interprète le ventriloque avec beaucoup de réalisme, les dents serrées pendant que le diaphragme et les cordes vocales fonctionnent.

Malheureusement, tout de même, la bande-son n’est pas toujours en bon état, quatre-vingt-dix ans après.

Autre personnage dont la voix est intéressante : Harry Earles. Non seulement sa corpulence lui permet de jouer le bébé, mais sa voix aussi est dans le même registre. C’est plus la voix d’un petit garçon que d’un adulte (1). Par contre, le personnage malgré sa petite taille n’est plus un petit garçon depuis longtemps : il a des attitudes et des réflexions qui ne trompent pas, mais surtout, il fume le cigare ! (2)

Et surtout, le décalage entre la voix et l’âge démontre que celui qu’on appelait Tweedle Dee est un personnage terrible et très malfaisant.

 

En reprenant cette histoire, Jack Conway retrouve Lon Chaney, deux ans après While the City sleeps (film incomplet à ce jour), et d’une certaine façon fait un clin d’œil à Browning, en présentant la galerie d’attractions dans laquelle on découvre les trois brigands. Outre ceux-ci, on peut admirer : Ida (Birdie Thompson), une femme énorme ; Sylvester l’avaleur de sabre ; ainsi que les sœurs siamoises Cecilia et Linda Parker, ainsi qu’une magnifique femme tatouée.

Bref, tout est en place pour Freaks.

Le Club des Trois fut un succès,  alors que Freaks un fiasco. Le public voulait bien d’une histoire avec un nain, mais pas avec le reste des « monstres » : il n’était pas imaginable que ces créatures puissent avoir une vie normale, comme ceux qui venaient les voir. Mais nous sortons du film. Pardonnez-moi.

 

Ce dernier rendez-vous avec Lon Chaney est malgré tout émouvant. Son personnage est d’une certaine façon un condensé de toutes ses capacités d’acteur : « l’homme aux mille visages » possède aussi plusieurs registres vocaux.

Et si Echo n’a pas la femme à la fin, il n’en demeure pas moins un personnage attachant et sympathique – comme ce fut le cas pour l’autre film tourné avec Conway – et les adieux qu’il envoie à Hector et Rosie à la fin du film prennent une autre dimension : le train qui l’emmène ira beaucoup plus loin que prévu.

 

 

  1. Peter Dinklage n’a pas cette voix d’enfant, ce qui ne lui aurait pas permis de jouer Tyrion…
  2. Si Robert Zemeckis n’a pas pensé à lui quand fut créé Baby Herman, la parenté avec le comparse de Roger Rabbit est tout de même évidente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mélodrame, #Lon Chaney
Le Secret du bonheur (Victory - Maurice Tourneur, 1919)

Axel Heyst (Jack Holt) est un homme qui vit seul et très heureux, sur une île (déserte, bien sûr), et qui suit les préceptes que son père a couchés dans un ouvrage.

Deux grandes idées ressortent de son mode de vie (outre l’isolement) : éviter les femmes et ne pas tuer quelqu’un.

Mais alors qu’il vient régler ses dernières affaires et ainsi quitter la « civilisation », il rencontre Alma (Seena owen), une jeune femme malheureuse, qu’il emmène avec lui.

Plus tard, trois individus louches débarquent sur son île, à la recherche de son or…

 

Si le titre original est assez abscons, que dire de sa traduction française ? Alors, Victory ou Le Secret du bonheur ?

Toujours est-il que pour le spectateur, rien qu’en lisant le générique, il sait déjà que les deux préceptes phares de monsieur Henry Heyst vont voler en éclat : en effet, nous avons pour la femme la belle Seena Owen, et pour l’infâme l’immense Lon Chaney.

Comment ne pas succomber à l’une et ne pas se débarrasser du second ?

Rassurez-vous, il n’y arrive pas.

 

Maurice Tourneur retrouve une partie de la distribution de son film précédent : Jack Holt, Seena Owen et Wallace Beery s’y trouvaient déjà.
Et encore une fois, on retrouve un homme qui se démarque des habitudes de ses contemporains, préférant la solitude à la société, menant une vie où aucune femme n’a de place. Si ce n’est pas un misanthrope, ça y ressemble un tantinet tout de même.

Il faut dire que la société qui lui est proposée près de sa retraite a des raisons de vous donner envie de partir.

 Nous sommes aux Indes orientales hollandaises, dans un palace pour touristes fortunés ou qui le semblent, tenu par August Schomberg, un propriétaire louche : c’est normal, c’est Wallace Beery qui l’interprète. Outre une bêtise crasse et une obséquiosité intrinsèque au personnage, Schomberg possède un goût pour les jeunes femmes qui prend sa source dans son mariage : sa femme n’est plus toute jeune – tout comme lui – et un peu de nouveauté semble sa devise.

Autre élément de cet hôtel : un orchestre de femmes dirigées – à la scène – par Zangiacomo, mais dans la vie, c’est Madame qui tient la baguette !
Pas étonnant donc que Zangiacomo louche lui aussi sur la belle Alma.

Tout est donc fait pour que Heyst rencontre Alma.

Voila donc une première partie de question qui se résout.

 

Comme Heyst a emmené Alma avec lui, Schomberg, dépité fait appel à un trio de brigands assez croquignolets : Mister Jones (Ben Deeley), un grand blond, froid comme la mort ; Ricardo (Lon Chaney), un homme de main fourbe et lanceur de couteaux ; Pedro, une brute qui sait régler certaines situations sans réfléchir.

C’est un curieux équipage que nous voyons là, mais qui prend toute sa place dans la présente intrigue. Si ces affreux ont décidé de dépouiller Heyst, Ricardo a en outre le dessein de repartir avec la belle Alma. Encore une fois, on retrouve Lon Chaney en butte à un amour impossible, mais à la différence de certains rôles qu’il interprètera plus tard, il n’y a aucune rédemption de prévue pour lui. Il disparaîtra et personne ne pleurera.

Mais sa présence nous permettra de jouir d’un beau flashback racontant la rencontre de Jones et lui avec Pedro (Bull Montana) et un des services que ce dernier a pu leur rendre.

A chaque fois, Tourneur n’hésite pas et nous montre des scènes plutôt violentes (surtout pour l’époque), dont un homme qui s’effondre dans un feu…

Il semble que les spectateurs de l’époque aient eu des frissons lors des diverses projections.

 

Ce personnage fourbe comme Chaney savait si bien les interpréter est aussi la deuxième cause de non respect du mode de vie initial de Heyst.

Et malgré tout, il se rend compte que l’histoire se termine très bien pour lui.

 

Ce qui nous amène à répondre à la question du début : Victory ou Le Secret du Bonheur ?

Pour ma part, je penche pour Victory, et ce n’est pas pour les raisons habituelles liées à un quelconque traducteur : si le secret du bonheur, c’est d’aimer et de tuer des gens, je pense que c’est un peu extrémiste.

Et surtout, il me semble que, en dehors des périodes de guerre, ce n’est pas tellement autorisé…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Tod Browning, #Lon Chaney, #Drame
A l'Ouest de Zanzibar (West of Zanzibar - Tod Browning, 1928)

Phroso (Lon Chaney) est un prestidigitateur de talent se produisant sur diverses scènes de music-hall, accompagné de sa femme Anna (Jacqueline Gadsdon).

Mais celle-ci veut le quitter pour le beau et élégant Crane (Lionel Barrymore).

Une échauffourée s’ensuit entre les deux hommes et Phroso est précipité par une rambarde et se brise la colonne vertébrale. Le voilà hémiplégique.

Quand sa femme refait surface, il la trouve morte, un bébé auprès d’elle.

Phroso décide alors de se venger de Crane et de sa fille.

 

Lon Chaney dans tout son art, Tod Browning dans son élément.

Nous retrouvons donc Lon Chaney dans un rôle de mutilé, le crâne rasé et un regard haineux qui rappelle celui de Blizzard dans The Penalty. On peut alors le voir se déplacer comme n’importe quel hémiplégique, traînant ses jambes mortes (1) ou descendant de l’étage par une corde à nœuds. [NB : il ne la remonte jamais]C’est encore une fois un personnage très maléfique.

Pourtant le film commençait bien : Phroso (2) est marié à la belle Anna, ce qui est un changement par rapport aux autres films où il espère toujours l’affection des jolies femmes : Nanon (Joan Crawford) dans L’Inconnu, Gertrude Hadley (Virginia Valli) dans The Shock, ou encore Lilith (Leatrice Joy) dans The Ace of hearts (etc.).

Mais cela ne dure pas puisqu’en même pas cinq minutes de film, elle est partie revenue et morte, laissant donc une fille, que Phroso reconnaît comme celle de Crane.

Bref, on retrouve le thème de la vengeance dans toute sa dimension cinématographique.

 

Mais si la vengeance peut se justifier entre Phroso et Crane, la fille n’est en aucun cas coupable de quoi que ce soit. Et surtout, il n’est pas question de laisser impuni un tel stratagème criminel au cinéma. Alors encore une fois, le personnage de Lon Chaney va devoir payer pour son (ses ?) crime (s).

Mais si le personnage paie pour avoir dégradé la jeune femme (3), il n’en trouvera pas moins la Rédemption inévitable – ou presque – du cinéma américain.
En effet, la vengeance se retourne contre son instigateur, l’amenant au sacrifice tout aussi inévitable lui aussi.

 

Il s’agit du pénultième film entre Chaney et Browning, et encore une fois, Chaney nous montre toute l’étendue de son talent. On le voit sourire, en colère, suppliant, apeuré… Pratiquement toutes  les émotions sont illustrées dans ce film. Et en plus, on peut le voir avec un visage normal d’homme prévenant, fragile et émouvant comme il savait l’être.

C’est un régal pour ses fans dont je fais partie.

Quant à Browning, outre quelques éléments de sa future œuvre déjà mentionnée (4), on retrouve le monde du spectacle qui a souvent baigné les intrigues de ses films : La Morsure, L’Inconnu et bien sûr Freaks

Phroso est un saltimbanque, dont le déguisement rappelle d’une certaine façon un autre personnage de Chaney : Paul Beaumont dans He who gets slapped.

 

Au final, nous sommes en territoire connu et savoureux. Il ne manquait plus qu’un autre géant du cinéma pour lui donner la réplique - même au cinéma muet, les gens (se) parlent – et c’est le cas avec Lionel Barrymore. Il y a une alchimie qui fonctionne très bien entre  ces deux géants aux rôles pas si éloignés que ça : Crane n’est pas un enfant de chœur et sa confrontation (finale) avec Phroso tourne à son avantage d’une manière tout de même assez ignoble.

C’est hélas le seul film où ces deux géants se partagent la vedette. Mais le personnage de Paul Lavond (The Devil Dolls) , interprété par Barrymore, n’est pas sans rappeler celui d’Echo (The unholy Three) joué par Chaney.

 

Bref, on a du grandiose, dans l’intrigue comme dans l’interprétation, même si on peut douter de l’authenticité des Africains dépeints, pour preuve la présence d’un autre monstre du cinéma : Dick Sutherland (5).

 

A (re)voir de toute urgence.

 

 

PS : Encore une fois, le titre original a été traduit. Le Talion. Certes, il s’agit d’une histoire de vengeance, mais tout de même, A l’Ouest de Zanzibar, ça a plus de cachet : pas besoin d’inclure quelque référence (plus ou moins) biblique vengeresse, Chaney & Browning suffisent à annoncer la couleur. De plus, Zanzibar et son passé commercial apportent la touche exotique et sordide nécessaire.

 

  1. « Dead Legs » est le surnom qu’il porte loin là-bas, à l’Ouest de Zanzibar.
  2. Wallace Ford portera le même nom dans le chef-d’œuvre du même Browning Freaks, quatre ans plus tard. Bien sûr, ce n’est pas une coïncidence.
  3. Il l’envoie dans un bouge de Zanzibar, dont la tenancière n’est autre que Rose Dione, qui sera Madame Tetrallini dans le même Freaks.
  4. Involontairement bien sûr, c’est le spectateur qui fait le lien bien après.
  5. Ceci n’est pas évident : pour ma part je ne l’ai pas remarqué. Il faudra que je revoie.

 

 

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