Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

melodrame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Melodrame, #D.W. Griffith
Les Aventures de Dollie (The adventures of Dollie - D.W. Griffith, 1908)

Dollie (Gladys Egan) est une petite fille qui vit en harmonie avec sa maman (Linda Arvidson, Mrs Griffith à la ville) et son papa (Arthur V. Johnson). Un après-midi de campagne, alors que la maman et la petite fille se mettent à pêcher, un Tsigane (Charles Inslee) tente de voler le sac à main de madame. Le père intervient et chasse le vagabond. Ce dernier, pour se venger et en accord avec sa femme (Mrs George Gebhardt) va enlever la petite fille laissée sans surveillance...

 

Ca y est. Après divers métiers dont celui d’acteur, D.W. Griffith est enfin passé derrière la caméra. Avec son complice de toujours, Billy Bitzer, il réalise son premier court-métrage. Alors n’attendez pas le génie qu’on lui connaît ni un montage serré et rythmé : il fait ses gammes.

On y trouve déjà un sauvetage de dernière minute (1), mais c’est à peu près le seul point commun avec les films qui vont venir.

C’est avant tout une série de plans d’ensemble, structurés dans une intrigue qui se renouvellera pendant les années qui vont suivre :

  1. L’équilibre : une famille unie ;
  2. Le déséquilibre : le Tsigane enlève la petite fille ;
  3. le développement : le parcours fluvial du tonneau contenant la petite fille
  4. Epilogue : le sauvetage et le retour à l’équilibre.

 

Si le dernier point est la conclusion logique du film et prend très peu de temps (15 secondes, donc), les trois autres parties elles, sont quasiment de même longueur (environ 4 minutes). De plus, il n’y a aucun intertitre de tout le film, les spectateurs devant se concentrer sur le jeu des différents acteurs pour comprendre cette intrigue (fort) simple.

Les gestes sont donc un tantinet emphatiques mais permettent une rapide compréhension, sans (presque) pour autant en arriver à un surjeu lourd comme on peut parfois le voir dans d’autres productions de la période. Les rares emphases utilisées permettant une meilleure compréhension.

 

Et ce qui ressort du film, c’est avant tout le sens de la composition. La caméra de Bitzer est toujours au bon endroit, offrant un cadrage comme il faut des différents protagonistes, favorisant – encore une fois – la compréhension de l’intrigue par le spectateur. Bien sûr, nous avons droit au cliché des tsiganes voleurs d’enfants, mais n’oublions pas que nous sommes en 1908 et que les mentalités étaient fort différentes de maintenant. De plus, les spectateurs à qui s’adressaient ce film n’étaient pas obligatoirement très sophistiqués (2) : c’étaient des petites gens qui venaient se changer les idées dans les nickelodeons (3).

Et de toute façon, les « méchants » ne l’emportent pas !

 

Non, The adventures of Dollie n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais on y trouve déjà quelques bases de ce qui va être le modus operandi du maître. Et si on peut encore le voir maintenant, c’est avant tout parce qu’il s’agit du premier film réalisé par Griffith. Si ce n’avait été le cas, pas sûr qu’on pourrait encore le voir…

 

 

  1. Il reste quinze secondes quand la petite fille est (enfin) sauvée.
  2. Dans le sens anglais : très bien éduqués.
  3. Petites salles de spectacle où le droit d’entrée coûtait 1 nickel (5 cents).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mélodrame, #Joseph Maxwell, #Rudolph Valentino
L'Amant (The married Virgin - Joseph Maxwell, 1918)

Mary McMillan (Vera Sisson) aime Douglas McKee (Frank Newburg) et doit l’épouser.

Mais le comte Roberto di San Fraccini (Rudolph Valentino), maître-chanteur, va la forcer à l’épouser pour sauver son père (Edward Jobson), à l’instigation de sa belle-mère (Kathleen Kirkham), qui a une relation avec le comte.

Mais heureusement, tout se terminera bien pour Mary : le comte s’enfuira, et elle pourra épouser – enfin ! – son amoureux original.

 

Autant le dire tout de suite, c’est bien évidemment la présence de Rudolph Valentino qui donne un intérêt à ce film. Il est encore peu connu et n’a pas encore adopté son nom de scène : il est crédité ici Rodolfo di Valentini, un de ses nombreux pseudonymes qui perdureront jusqu’à sa véritable révélation : Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse (Rex Ingram, 1921).

Son personnage ici est peu reluisant : un maître-chanteur est systématiquement méprisable par le public (et la jeune première en l’occurrence) et ce malgré son visage avenant qui n’est pas mis en avant comme ce sera le cas quelques années plus tard.

 

Quant à l’intrigue, nous sommes dans un de ces mélos habituels – à l’époque – avec secret de famille – du père surtout – et intrigue menée par la belle-mère infidèle qui a épousé son mari bien évidemment pour son argent.

Pour le reste, la morale est sauve et le titre original donne une indication sur sa résolution : La Mariée vierge (1). Cette notion de virginité permet l’annulation d’un mariage puisque non consommé.

 

Bref, un de ces films qu’on peut oublier dans cette année 1918 qui vit tout de même des films cent fois plus intéressants aux Etats-Unis et ailleurs.

Reste le beau Rudolph, à l’aube de sa courte et prestigieuse carrière, dans un rôle très convenu, mais avec tout de même les prémices de ce qui fera son succès.

 

(1) La traduction littérale serait « la Vierge mariée », mais elle ne serait peut-être pas aussi précise quant au rapport à l’intrigue. Je sais, je pinaille, mais la traduction inclut parfois des nuances très subtiles. De plus, en 1918, une mariée américaine ne pouvait qu’être vierge… Au moins jusqu’à la nuit de noces !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mélodrame, #Howard Hawks
L'Insoumise (Fazil - Howard Hawks, 1928)

Fazil (Charles Farrell) est un jeune cheik d’Arabie envoyé en ambassade à Venise. Il y fait la rencontre de la belle Fabienne (Greta Nissen) et pour lui qui n’était pas spécialement porté sur les femmes : c’est le coup de foudre. Ils se marient et s’installent à Paris.

Mais Fabienne est une jeune Française indépendante, ce qui ne convient pas beaucoup à son mari aux traditions orientales antagonistes.

Il la quitte.

Mais elle ne peut vivre sans lui et le rejoint chez lui, en Arabie.

 

Derrière cette intrigue somme toute classique se cache un film très particulier d’Howard Hawks, une romance orientale certes, mais avec une thématique qui hante le cinéma américain (1) depuis toujours : la différence culturelle. Ce que les gens de l’époque appelaient la différence de races.

En effet, oubliez ce que vous savez à propos de la race humaine : si physiologiquement il n’existe qu’une seule race, moralement les Américains en distinguent beaucoup (trop) mélangeant les concepts d’ethnie et de religion comme à peu près tout le monde à cette époque, comme vous le confirmera n’importe quel écrit à ce propos que vous pouvez consulter (2).

 

Alors que le film commence, on peut s’attendre à une resucée du Cheik, le décor et le physique du jeune premier (Farrell) nous le rappelant.

Mais très rapidement, on passe à autre chose et Fazil n’a rien d’un prince barbare et inculte : il est très attentionné et très raffiné(3). Et surtout, la rencontre se fait à Venise, ville d’amoureux s’il en est. Pour les reste, à aucun moment on ne peut parler de film d’aventures comme pour le film de Melford ou encore le suivant de Fitzmaurice. Si la séquence finale voit un petit peu d’action, l’ambiance générale reste celle d’un mélodrame où l’on voit un couple se déchirer et se retrouver du fait de ses différences culturelles.

 

Mais réduire ce film à cela est tout de même bien léger : Hawks nous montre qu’il sait réaliser, construisant un film magnifique grâce à un montage très bien rythmé (alternant les moments forts et faibles) de Ralph Dixon, ainsi que des prises de vue superbes signées par L. William O’Connell.

Certes, Hawks n’a pas encore atteint la plénitude de son art, mais il n’en est vraiment pas loin, servi par un duo de tête à la hauteur de son talent. Charles Farrell est un Fazil convaincant, interprétant ce prince musulman sans en faire un stéréotype (comme pouvait l’être Valentino), tout en lui prêtant les coutumes – essentiellement religieuses – de son personnage (la prière tient une place importante).

Et comme nous sommes chez Hawks, nous trouvons aussi cette pointe d’ironie qui baignera ses autres films, ici exprimée par le personnage de Jacques Dubreuze (Tyler Brooke) qui ne peut s’empêcher de se triturer une mèche latérale de cheveux au désespoir (habitué) de son épouse Helene (Mae Busch). [Et puisque je parle de Mae Busch, je préciserai qu’on trouve aussi dans la distribution Dale Fuller, affublée d’un grand nez, dans le rôle de la gardienne du harem. Ces deux actrices ayant participé quelques années plus tôt au Foolish Wives de Stroheim.]

 

Bref, Fazil est une (belle) curiosité dans la carrière d’Howard Hawks, son avant-dernier film muet, avant la            confirmation de son talent dans la décennie suivante.

 

  1. et pas seulement le cinéma, d’ailleurs…
  2. Le summum étant ce concept abject de « race juive » développé par un futur dictateur de la même époque dans un ouvrage dont je tairai le nom.
  3. Il lit même des livres occidentaux : est-ce une erreur d’inattention du réalisateur ou du scénariste ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
The Circle (Frank Borzage, 1925)

Katherine (Lucille Le Sueur) (1), s’ennuie auprès de son mari, Lord Clive Cheney (Derek Glynne). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Hugh Porteus (Frank Braitwood).
Un jour, ils franchissent le pas et s’enfuient, laissant le jeune lord seul avec leur fils Arnold (Buddy Smith).

Trente ans plus tard, Lady Elizabeth Cheney (Eleanor Boardman, bientôt madame Vidor à la ville) s’ennuie de son mari, Lord Arnold Cheney (Creighton Hale). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Edward Luton (Malcolm McGregor).

Profitant de l’absence de son beau-père (Alec B. Francis), elle invite sa belle-mère (Eugenie Besserer) – qu’elle n’a jamais vue – et son compagnon (George Fawcett) à la résidence Cheney, pour voir ce qu’ils sont devenus après ces trente années écoulées.

Arnold est inquiet, mais moins quand il s’aperçoit que son père est rentré et que les invités ne vont pas tarder.

L’histoire va-t-elle se répéter ?

 

On connaît Frank Borzage pour ses comédies dramatiques magnifiques, usant des éclairages avec beaucoup d’habileté, et proposant de véritables joyaux en noir et blanc. On le connaît moins dans un registre très différent : la comédie.

Le film est ainsi annoncé par un intertitre de présentation : « Chaque homme peut se choisir une femme, mais doit faire attention à qui elle est. » Le ton est donné.

Ce n’est pas du burlesque, mais une très agréable comédie de mœurs. En effet, Borzage réussit à nous amuser avec une histoire qui s’annonce à première vue crapuleuse. Il faut dire qu’il a deux vétérans qui s’en donnent à cœur joie : George Fawcett et Alec B. Francis. Chacun dans son domaine est très bon, l’un goguenard voire ironique (Francis), l’autre bougon et un tantinet vulgaire (Fawcett).

Et si Elizabeth conduit cette rencontre au début, rapidement, la situation va lui échapper, jusqu’au coup de théâtre final (assez prévisible tout de même).

La plupart du temps, c’est son point de vue qu’on observe : ses attentes, puis ses craintes et ses espoirs.

 

En effet, le couple qui débarque dans sa vie est assez pittoresque. D’un côté Katherine qui a bien profité de la vie et qui ressemble très peu à son portrait de jeunesse ; de l’autre un Porteus qui s’est empâté, fume le cigare et a des rhumatismes.

A première vue, Elizabeth est bien déçue de voir ces deux énergumènes qui allient vulgarité et mésentente, amenant une scène inévitable avec crise de larmes qui découle d’une partie de bridge où ils se disputent, ce qui semble tout à fait habituel : « elle va encore pleurer », dira Porteus.

 

On a connu Borzage plus inspiré, certes, mais c’est surtout dans des histoires beaucoup moins légères. En ce qui concerne les aspects techniques du film, on n’a rien à dire, les plans sont très bien travaillés et variés, donnant un bon rythme à cette comédie.

L’attente des deux amants qui reviennent trente ans après est très bien menée. D’un côté, une tension qui monte au château, pendant que nous suivons la voiture et ses deux occupants que nous voyons de dos.

Quel contraste quand on voit enfin leurs visages. Et surtout, quelle duo que celui qui prend ses aises dans la résidence : elle qui ne cesse d’embrasser son fils, digne lord britannique à la « lèvre supérieure rigide », le mettant rapidement mal à l’aise.

Bref ces deux nouveaux arrivants ne sont pas ce qu’Elizabeth attendait.

Mais… Et c’est là qu’est la complication de l’intrigue : il ne faut pas oublier la place de l’amour.

 

Alors, restera-t-elle ou  partira-t-elle avec le séduisant Teddie ?

Vous irez voir par vous-mêmes…

 

 

(1) Lucille Lesueur a réussi sous un autre nom : Joan Crawford.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Paul Leni, #Mélodrame
Le Cabinet des figures de cire (Das Wachsfigurenkabinett - Paul Leni, 1924)

Bien sûr, le titre nous rappelle un film de Robert Wiene. D’autant plus que nous retrouvons Conrad Veidt et Werner Krauss. Mais il ne faut pas s’y tromper, nous ne sommes pas dans Caligari, même si certains éléments visuels aussi nous y font penser.

Paul Leni (aidé de Leo Birinski), avec ce film, réussit la prouesse de rassembler dans un même film la crème des acteurs allemands de l’époque : Jannings, Veidt et Krauss sur une même affiche, ça vous met l’eau à la bouche. Si en plus je vous dis qu’on y trouve aussi William Dieterle (qui s’appelle encore Wilhelm) et Georg John (dans un tout petit rôle, mais il n’empêche, il est là), vous aurez une idée du film dont je vais vous parler.

 

Rapidement, l’intrique : un poète (Dieterle) est embauché par un forain et sa fille (Olga Belajeff) pour écrire un contexte épique à leurs figures de cires, et en particulier aux trois principales : le calife Haroun-Al-Rachid (Jannings), Ivan le Terrible (Veidt) et Jack l’Eventreur (Krauss).

Vont nous être racontées trois histoires autour de ces personnages légendaires, où à chaque fois le poète et la jeune femme seront présents, et à chaque fois amoureux l’un de l’autre.

 

En plus du Cabinet de Wiene, on sent l’influence de Fritz Lang dans ce film où trois histoires se suivent avec comme fil conducteur le couple à l’amour malmené : dans Les trois Lumières, le grand Fritz avait partagé son intrigue en y insérant trois épisodes « historiques », dont un se déroulait au Moyen-Orient. Mais chez Lang, c’était déjà la tragédie qui primait, la Mort (Bernhard Goetzke) offrant des chances illusoires au jeune homme de sauver sa fiancée.

Ici, ces trois histoires ne sont pas de longueurs similaires : l’intrigue de Bagdad prend la moitié du film et celle de Jack l’Eventreur est très courte, le temps restant – entre ces deux histoires – est laissé pour l’intrigue russe.

Outre la durée, ces trois parties n’ont pas la même teinte. En effet, si les aventures du calife sont plutôt comiques, les deux autres sont beaucoup plus noires. D’un côté la cruauté d’Ivan, et de l’autre les pérégrinations d’un assassin menaçant nos jeunes amoureux dans le décor de la fête foraine où se situe le cabinet.

 

Mais surtout, si l’épisode oriental (1) est plaisant à voir, l’intermède russe est à peine passable.

Certes, il y a Conrad Veidt. Mais cela ne suffit pas pour rattraper une histoire plutôt empesée et où les gestes de Veidt sont outrés. Reste son regard effaré qui pourrait sauver le tout, mais à peine.

 

Par contre, la dernière partie qui voit surtout un festival de surimpressions est – à mon avis – la plus réussie.

C’est un véritable labyrinthe qui nous est proposé où les amants se perdent et se retrouvent, toujours talonnés par cette silhouette fascinante et effrayante, où finalement Werner Krauss n’a que très peu de choses à exécuter.

En effet, cette séquence ne dure environ que cinq minutes et ce sont essentiellement des plans statiques de l’acteur que nous voyons, à part une fois il avance, menaçant seulement du fait de son statut et surtout du maelstrom d’images qui entoure les personnages.

 

Bien sûr, la fin est courue d’avance, mais qu’importe, cette dernière séquence vaut la peine de voir le film, surtout si on aime le regard malicieux et un tantinet lubrique de Jannings…

 

 

(1) Dans cet épisode, nous suivons le boulanger Assad (Dieterle) essayer d’échapper aux gardes du calife dans une Bagdad qui rappelle – encore une fois – la ville de Caligari. Mais si les décors chez Wiene sont très rectilignes, tout comme Cesare (Veidt), et de ce fait angoissants. Ici, Bagdad est essentiellement ronde : les dômes, les arches, même les escaliers sont en colimaçon, reprenant cette forme arrondie qui se retrouve jusqu’au calife-Jannings, une espèce de poussah (poussif) – comme dirait Goscinny – au ventre énorme.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mélodrame, #Lon Chaney
Le Secret du bonheur (Victory - Maurice Tourneur, 1919)

Axel Heyst (Jack Holt) est un homme qui vit seul et très heureux, sur une île (déserte, bien sûr), et qui suit les préceptes que son père a couchés dans un ouvrage.

Deux grandes idées ressortent de son mode de vie (outre l’isolement) : éviter les femmes et ne pas tuer quelqu’un.

Mais alors qu’il vient régler ses dernières affaires et ainsi quitter la « civilisation », il rencontre Alma (Seena owen), une jeune femme malheureuse, qu’il emmène avec lui.

Plus tard, trois individus louches débarquent sur son île, à la recherche de son or…

 

Si le titre original est assez abscons, que dire de sa traduction française ? Alors, Victory ou Le Secret du bonheur ?

Toujours est-il que pour le spectateur, rien qu’en lisant le générique, il sait déjà que les deux préceptes phares de monsieur Henry Heyst vont voler en éclat : en effet, nous avons pour la femme la belle Seena Owen, et pour l’infâme l’immense Lon Chaney.

Comment ne pas succomber à l’une et ne pas se débarrasser du second ?

Rassurez-vous, il n’y arrive pas.

 

Maurice Tourneur retrouve une partie de la distribution de son film précédent : Jack Holt, Seena Owen et Wallace Beery s’y trouvaient déjà.
Et encore une fois, on retrouve un homme qui se démarque des habitudes de ses contemporains, préférant la solitude à la société, menant une vie où aucune femme n’a de place. Si ce n’est pas un misanthrope, ça y ressemble un tantinet tout de même.

Il faut dire que la société qui lui est proposée près de sa retraite a des raisons de vous donner envie de partir.

 Nous sommes aux Indes orientales hollandaises, dans un palace pour touristes fortunés ou qui le semblent, tenu par August Schomberg, un propriétaire louche : c’est normal, c’est Wallace Beery qui l’interprète. Outre une bêtise crasse et une obséquiosité intrinsèque au personnage, Schomberg possède un goût pour les jeunes femmes qui prend sa source dans son mariage : sa femme n’est plus toute jeune – tout comme lui – et un peu de nouveauté semble sa devise.

Autre élément de cet hôtel : un orchestre de femmes dirigées – à la scène – par Zangiacomo, mais dans la vie, c’est Madame qui tient la baguette !
Pas étonnant donc que Zangiacomo louche lui aussi sur la belle Alma.

Tout est donc fait pour que Heyst rencontre Alma.

Voila donc une première partie de question qui se résout.

 

Comme Heyst a emmené Alma avec lui, Schomberg, dépité fait appel à un trio de brigands assez croquignolets : Mister Jones (Ben Deeley), un grand blond, froid comme la mort ; Ricardo (Lon Chaney), un homme de main fourbe et lanceur de couteaux ; Pedro, une brute qui sait régler certaines situations sans réfléchir.

C’est un curieux équipage que nous voyons là, mais qui prend toute sa place dans la présente intrigue. Si ces affreux ont décidé de dépouiller Heyst, Ricardo a en outre le dessein de repartir avec la belle Alma. Encore une fois, on retrouve Lon Chaney en butte à un amour impossible, mais à la différence de certains rôles qu’il interprètera plus tard, il n’y a aucune rédemption de prévue pour lui. Il disparaîtra et personne ne pleurera.

Mais sa présence nous permettra de jouir d’un beau flashback racontant la rencontre de Jones et lui avec Pedro (Bull Montana) et un des services que ce dernier a pu leur rendre.

A chaque fois, Tourneur n’hésite pas et nous montre des scènes plutôt violentes (surtout pour l’époque), dont un homme qui s’effondre dans un feu…

Il semble que les spectateurs de l’époque aient eu des frissons lors des diverses projections.

 

Ce personnage fourbe comme Chaney savait si bien les interpréter est aussi la deuxième cause de non respect du mode de vie initial de Heyst.

Et malgré tout, il se rend compte que l’histoire se termine très bien pour lui.

 

Ce qui nous amène à répondre à la question du début : Victory ou Le Secret du Bonheur ?

Pour ma part, je penche pour Victory, et ce n’est pas pour les raisons habituelles liées à un quelconque traducteur : si le secret du bonheur, c’est d’aimer et de tuer des gens, je pense que c’est un peu extrémiste.

Et surtout, il me semble que, en dehors des périodes de guerre, ce n’est pas tellement autorisé…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
Back Pay (Frank Borzage, 1922)

Hester Bevins (Seena Owen) vit à Demopolis (1), trop loin de la grande ville (New York) pour une jeune femme comme elle.

Elle n’est pas faite pour cette vie routinière : loger dans la pension de famille de Mrs. Simmons ; participer aux événements locaux.

Même son fiancé, Jerry Newcombe (Matt Moore), n’arrive pas à la retenir, malgré sa nouvelle voiture (un buggy tiré par un cheval).

Alors Hester part pour New York.

Cinq ans après, elle est une femme riche. Mais surtout, c’est une femme entretenue. Alors quand elle retourne à Demopolis, comme ça, pour voir, personne ne la reconnaît : on l’a oublié.

Sauf, bien entendu Jerry.

 

Nous sommes chez Borzage, alors la belle Hester, qui est toujours entourée, se sent inlassablement seule.

La vie à Demopolis, et en particulier à la pension de Mrs Simmons est d’un ennui incroyable pour cette jeune femme qui ne rêve que de luxe et d’excitation. Sa vie est vide parmi ces braves gens.

Le seul qui comprend les sentiments d’Hester, c’est bien entendu Jerry. C’est lui qui l’accompagne quand elle part définitivement.

C’est bien connu, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils sont difficiles à supporter.

 

Alors que les réalisateurs de l’époque s’accordent à montrer la corruption de la Ville (1), Borzage fait une ellipse de cinq ans résumés par un intertitre : Hester a bien réussi, mais pas spécialement en travaillant.

On a alors un aperçu de ce que sont ses occupations, essentiellement des fêtes bien arrosées avec ses nouveaux amis Kitty (Ethel Duray) et Speed (Charles Craig), et bien sûr, celui qui l’entretient : Charles G. Wheeler (J. Barney Sherry).

Mais elle est seule, toujours.

Alors quand elle passe près de son ancienne ville, elle y retrouve Jerry, le seul qui ne l’a pas oublié, mais malgré cela, elle repart vers sa vie frivole, laissant une nouvelle fois le pauvre Jerry.

 

Mais le revoir va en fait changer doucement sa vie : elle voit en Jerry un ami fidèle, mais tellement à l’opposé de ce qui est son existence. Mais un ressort s’est cassé, et elle se sent de plus en plus triste, de plus en plus seule.

Et pendant que les fêtes s’enchaînent toutes plus folles les aunes que les autres, Jerry est parti en France, combattre.

Quand il revient, c’est un homme brisé, ravagé par les gaz et aveugle (3), à qui le chirurgien ne donne que trois semaines à vivre.

On retrouve alors la rédemption chère à Borzage (et aux Américains en général) dans cet amour bref mais ô combien intense, qui la sauvera de sa vie dissolue : la morale est sauve.

 

Au-delà de la fin un tantinet moralisatrice, on retrouve l’atmosphère des films de Borzage, avec ce souci constant de l’éclairage : le soleil qui est voilé par un nuage et qui assombrit la scène, annonçant la lente déchéance d’Hester ; le dernier crépuscule de Jerry, où le soleil a beau briller, ma  la lumière est grise, froide. On retrouvera cet éclairage chez Murnau dans Sunrise, mais est-ce bien étonnant ?

 

Encore une fois, un très beau mélodrame qui annonce les derniers films muets du maître : le thème de la solitude, les éclairages expressifs et deux solitudes qui sont de prime abord différentes mais qui ne peuvent que se retrouver le temps de vivre quelque chose de grand.

Du Borzage, quoi !

 

 

  1. Etymologiquement « ville du peuple ».
  2. New York est presque toujours le symbole de la perdition.
  3. Il annonce le personnage de Chico (Charles Farrell) dans Seventh Heaven.

Voir les commentaires

Articles récents

Hébergé par Overblog