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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

prison

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Prison, #Jacques Audiard
Un Prophète (Jacques Audiard, 2009)

Malik El Djebena (Tahar Rahim) a dix-neuf ans. Il est donc en âge d’aller en centrale. Pour avoir agressé un policier à l’arme blanche. En prison, il ne connaît personne, alors les journées sont encore plus longues. Et puis Luciani (Niels Arestrup) s’intéresse à lui : il va le protéger s’il lui rend un petit service.

Le service : tuer Reyeb (Hichem Yacoubi), qui doit témoigner contre la bande de Luciani.

Malik entre alors de plain pied dans ce qu’on appelle « la cour des grands » : meurtrier puis trafiquant. L’ascension sociale, pour une petite frappe.

 

Le titre est presque trompeur : quand on parle de prophète, on pense à la religion. Mais ce prophète est très particulier, parce que malgré son origine maghrébine, il n’est absolument pas religieux. Pire (1) : il mange du porc ! Mais surtout, ce qui le maintient en vie, c’est son contact facile : avec Luciani, c’est le clan corse qui le laisse tranquille ; tout comme les Musulmans le laissent tranquille parce qu’il les aide ; sans oublier Jordi « Le Gitan » avec qui il trafique. Et ça marche. Enfin jusqu’à un certain point (2). Et comme il apprend à lire et écrire en prime, son avenir est assuré. Enfin normalement.

 

Jacques Audiard fait très fort avec ce film qui a décroché une pluie (méritée) de récompenses. Il nous propose un film carcéral très puissant, servi par beaucoup de têtes connues mais encadrées par un vétéran des rôles de la truande : Niels Arestrup. Il y a chez ce dernier des allures de parrain omnipotent bien qu’enfermé (à perpétuité). C’est lui le véritable chef de la prison : d’ailleurs, le directeur est curieusement absent de l’intrigue. Seuls les gardiens ont un rôle (presque) important.

Et bien sûr, ce sont les rapports entre le jeune Arabe novice et son vieux protecteur chevronné qui est au cœur de cette intrigue criminelle. Parce que si Malik n’a pas vraiment d’expérience, il deviendra – à son tour – un criminel endurci (3).

 

Et à mesure que Malik va progresser dans son statut – et dans sa tête – Luciani va décliner.

Tout d’abord parce que Audiard – avec son coscénariste Thomas Bidegain (4) – situe son histoire entre 2005 et 2007, quand le ministre de l’Intérieur n’était pas encore devenu président de la République : les prisonniers politiques corses vont bénéficier d’un nouveau traitement leur permettant de purger leur peine sur l’Ile de Beauté. Alors le groupe de Luciani se rétrécit considérablement, et sa couverture commence à se fissurer. Et pendant ce temps, Tahar traite avec tout les autres, gagnant toujours plus de pouvoir, jusqu’à la chute – inéluctable du vieux gangster.

 

Et la force du film d’Audiard, c’est avant tout soin aspect humain. Non pas parce que les détenus décrits sont des enfants de chœur – certainement pas ! – mais parce qu’il reste toujours au niveau de Malik, nous partageant même sa vision, parfois limitée. Mais n’y cherchez aucune dénonciation, et pas seulement parce qu’il s’agit ici d’une histoire avec des Corses : Audiard, par l’intermédiaire de son chef-op’ Stéphane Fontaine, reste au niveau de son personnage principal et ne s’appesantit pas spécialement sur des brimades et autres mauvais traitements qu’on a l’habitude de voir dans les films carcéraux. Cela n’a rien à voir avec l’intrigue principale qui se concentre sur les relations compliquées voire difficiles – euphémisme – entre les détenus du fait de leurs origines voire de leur religion.

Et si Malik peut survivre ainsi, c’est avant tout parce qu’il n’a aucune attache. En effet, quand il arrive, il ne connaît personne en prison et surtout en dehors : difficile alors de « cantiner ». (5)

Et son ascension n’en sera que plus impressionnante.

 

Mais cela passe donc par le crime, et Audiard reste dans la même lignée. La mort de Reyeb est brutale et même brute pour le spectateur, qui devait pourtant s’attendre à cette violence. Et les autres morts ne seront pas moins crues. Différentes, seulement.

 

Au final, un film sans concession sur l’univers carcéral, interprété avec beaucoup de justesse et de conviction par de nouvelles têtes qui vont faire leur chemin depuis, et d’anciennes qui confirment leur talent. Certes, Arestrup n’était peut-être pas toujours une personne très recommandable, mais sa prestation, ici encore, est absolument remarquable.

 

  1. Question de point de vue…
  2. Je ne vais pas non plus vous raconter la fin !
  3. Non, je ne révèle pas la fin.
  4. D’après une idée originale d’Abdel Raouf Dafri.
  5. Améliorer son ordinaire : cigarettes, produits de toilette, friandise, drogue…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Prison, #John Frankenheimer
Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman from Alcatraz - John Frankenheimer, 1962)

Robert Stroud (Burt Lancaster) est à Alcatraz : il a tué un homme quand il était jeune, puis un gardien, quand il était à la prison de Leavenworth (Texas).

Nous sommes en 1959, et Stroud quitte cet enfer californien pour sa dernière demeure, une autre prison. A sa mort (en 1963), il aura passé cinquante-quatre ans derrière les barreaux dont quarante-deux à l’isolement !

Mais s’il est célèbre, c’est aussi parce qu’à Leavenworth, il a élevé des oiseaux – surtout des canaris – qu’il revendait, tout en devenant un grand spécialiste en ornithologie.

C’est cette vie d’oiseleur (d’où le titre original) qui est développée dans le film.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : si le personnage du film est un homme bon, ce n’était pas obligatoirement le cas du véritable Robert Stroud qui fut diagnostiqué comme psychopathe. Et le début du film nous montre – un peu – la véritable nature de ce prisonnier : violent et surtout isolé des autres (sinon, il y avait bagarre).

Bien sûr, c’est avant tout la performance de Burt Lancaster qui retient l’attention : malgré le handicap (moral) du personnage, il réussit à nous le faire trouver sympathique, le « méchant » devenant le directeur de la prison, Harvey Shoemaker (Karl Malden).

L’opposition entre les deux hommes est l’autre intérêt du film : Stroud ne se laisse pas faire, appelant même ce haut personnage par son prénom, ce qui est totalement nouveau par rapport films précédents en univers carcéral.

Cette opposition est d’autant plus forte que les deux hommes vont se côtoyer dans les deux prisons, avec toujours le même sentiment.

 

Et ça fonctionne : Frankenheimer réussit tellement bien que l’opinion public va s’intéresser à cette histoire au point de faire circuler une pétition pour sa libération qui atteindra 50 000 signatures !

Mais Robert Stroud ne sortira pas, ne lira jamais le livre de Tom Gaddis (Edmond O’Brien) ni verra le film qui lui sont consacrés. De même, la poignée de mains échangée entre l’auteur et le prisonnier lors de son transfert est plus que symbolique, puisqu’elle n’a pas eu lieu !

 

Mais le plus important, c’est cette nouvelle représentation de l’univers carcéral qui nous est ici proposé. Si la violence est l’élément commun avec les autres films, elle n’est pas montrée de la même façon, devenant presque accessoire par rapport à l’humanité retrouvée de Stroud. Peu de violence physique (après la mort du gardien, on n’en voit plus), et pas de sadisme chez les gardiens comme c’est souvent le cas. Au contraire, Stroud, en s’humanisant, développe une relation amicale avec son geôlier de Leavenworth (Neville Brand), surtout après les reproches – justifiés – qu’il lui fait.

 

Et encore une fois, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Karl Malden, bien que moins présent, est au même niveau que Lancaster qui signe ici l’une de ses plus belles prestations. On notera aussi les performances des autres interprètes, celle d’un « encore » débutant de 40 ans : Telly Savalas (Feto Gomez), qui a encore des cheveux !

Et encore une fois, Thelma « Birdie » Ritter est formidable dans le rôle de cette mère qui va jusqu’en haut des institutions pour sauver son fils, avant de se retourner contre lui et refuser qu’il sorte.

 

Bref, c’est un film magnifique que signe ici Frankenheimer, son deuxième (sur cinq) avec Lancaster, où, même si la vérité historique n’est pas respectée, il nous montre une autre facette de la prison, qui devient alors aussi un lieu d’humanité.

Comme toujours, au cinéma, tout est possible !

Robert Stroud (1890-1963)

Robert Stroud (1890-1963)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Jean Becker, #José Giovanni
Un nommé La Rocca (Jean Becker, 1961)

Roberto La Rocca (Jean-Paul Belmondo) vient d’arriver à Marseille. Malgré son allure de jeune homme, c’est un dur : il a la gâchette facile, mais surtout rapide comme l’a constaté à ses dépens le caïd du lieu, Villanova (Nico). Bien qu’il reprenne les affaires de ce dernier, il n’est venu à Marseille qu’avec une seule intention : faire sortir son ami Xavier Adé (Pierre Vaneck) de prison.

Mais la présence de déserteurs américains qui tentent de monter une entreprise de racket, dans cette France d’après-guerre va compliquer les choses : La Rocca se retrouve à son tour incarcéré. Pour sortir, trois solutions :

  • Attendre la fin de la peine ;
  • S’évader ;
  • Participer au déminage de la côte en vue d’une remise de peine.

C’est la troisième option que choisiront La Rocca et Adé.

 

Jean Becker (le fils de Jacques) signe ici son premier long métrage et il met un certain nombre d’atouts de son côté. Le premier, c’est la révélation de la nouvelle vague : Jean-Paul Belmondo. Le second, c’est un écrivain/ dialoguiste qui monte (sa troisième participation directe à un film) et qui passera plus tard derrière la caméra, José Giovanni.

Alors comme Giovanni est là, on peut s’attendre à une intrigue virile où ces hommes sont des gangsters, mais avec de l’honneur. Et ce nommé « La Rocca » est tout cela à la fois, interprété par un Belmondo qui le rend d’emblée sympathique.

Et comme c’est Jean Becker, nous sommes bien loin de l’incontournable Paris des truands. Mais rassurez-vous, ces derniers n’ont rien à leur envier, les pratiques criminelles étant toujours les mêmes : celui qui l’emporte est celui qui défouraille le mieux !

Et comme nous sommes avant 1968, la morale l’emporte : les truands n’en sortiront pas indemnes, physiquement comme moralement.

 

Outre l’aspect autobiographique – José Giovanni a vécu cette période (1) – c’est la distribution qui attire notre attention, et surtout ceux qui entourent Belmondo et Vaneck : on y reconnaît de nombreuses têtes qui vont émailler le cinéma français dans les trois décennies suivantes, à des degrés différents d’apparition, dont l’éternel Dominique Zardi, ici avec des cheveux !

Mais malgré tout, le film reste mineur. Et c’est très certainement dû à cette intrigue inspirée du roman (2) de Giovanni : trop de péripéties et personnages hauts en couleurs. Becker essaie de montrer un maximum de choses mais du fait du format (1 h 41), il ne va pas jusqu’au bout des différents épisodes ni ne donne assez d’épaisseurs à ces marginaux qui auraient alors pu se révéler pas si mauvais que ça.

Et cela nous laisse un goût d’inachevé jusque dans le plan final : il manque un épilogue à cette histoire malheureuse.

 

Par contre, Becker réussit pleinement la séquence du déminage, alternant (les plans d’ensemble et les très gros plans sur les visages angoissés de cette singulière « chair à canon » que sont ces démineurs occasionnels. La peur et la tension sont palpables, accentuées par les inévitables explosions.

 

Giovanni lui-même ne sera pas satisfait du résultat, réalisant à son tour sa propre adaptation de son roman : La Scoumoune (1972). Il s’entourera en particulier du même Belmondo et de celui qui interprète ici le chef des gangsters Américains, Michel Constantin.

Vous vous en doutez : ceci est (presque) une autre histoire…

 

  1. Il fut emprisonné et même condamné à mort, parce qu’il était lui-même un de ces truands dont il parle.
  2. L’Excommunié (1958)

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Prison, #Andreï Kontchaloski
Tango and Cash (Andreï Kontchalovski, 1989)

Vous prenez Snake Plissken (Kurt Russell), vous lui ajoutez Rocky (Sylvester Stallone) ou Rambo (1), vous mélangez quelques mines patibulaires, des flingues de tous calibres ainsi que quelques jolies filles peu vêtues ; vous terminez en utilisant une vieille gloire comme super méchant (Jack Palance, 70 ans quand le film sort) ; le tout bien entendu dirigé par un réalisateur prestigieux (Andreï Kontchalovski) et vous avez…

Ben, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé.

 

En effet, non seulement le script n’était pas finalisé, mais surtout parce que Kontchalovski (qui est crédité du film) a été viré, tout comme Barry Sonnenfeld qui assurait les images.

Quoi qu’il en soit, le film est du sur mesure pour Stallone puisqu’il a plus ou moins dirigé les débats et remplacé Sonnenfeld par celui qui l’avait filmé dans son précédent film.

Résultat : une comédie policière qui ne fera pas date dans les annales du genre, avec tout de même quelques moments intéressants, en particulier la confrontation entre les deux têtes d’affiche.

 

Bien sûr, c’est cette opposition qui nourrit le film et malheureusement, elle n’est pas toujours ni peut-être assez bien exploitée. Leur différence de style tout d’abord voit un Cash (Russell) absolument dans la lignée des policiers de cinéma : un homme seul aux pratiques parfois un tantinet border line. Et en face un Tango (Stallone, donc) très propre sur lui, qui est policier pour occuper son temps libre, la Bourse restant sa principale source d’émoluments.

Evidemment, cette différence physique ne masque pas complètement le fait qu’ils sont à peu près identiques, et que surtout ils ne peuvent que devenir amis à la fin.

Et ça malgré la présence d’une sœur – Catherine « Kiki »Tango (Teri Hatcher) – que le grand frère protège comme n’importe quel frère sicilien ou corse (2)…

 

Côté méchant, outre l’immense Jack Palance (3), on trouve quelques tronches gratinées et parmi elles « Poney Tail » Requin (Brion James), colosse à l’accent cockney qui tranche dans cette intrigue très américaine et surtout Face (Robert Z’Dar), super méchant patenté dont la mâchoire avait de quoi rendre jaloux Richard « Jaws » Kiel…

 

Pour le reste, un film efficace et sans surprise. On peut tout de même regretter que Kontchalovski (remplacé par Albert Magnoli) n’ait pas mené le film jusqu’au bout et lui ait alors donné une teinte plus sérieuse.

 

Alors à voir ou pas : justement, c’est vous qui voyez.

 

  1. Quoi que : « Rambo is a pussy ! » (Ray Tango)
  2. A ce propos, lire Astérix en Corse (Goscinny & Uderzo, 1973)
  3. Comme le disait une de mes connaissances, on trouve souvent de vieux acteurs dans des rôles de méchants, comme quoi au cinéma, les personnages s’aigrissent avec l’âge… D’un autre côté, Palance n’a pas toujours été du bon côté de la Loi…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Prison, #Cecil B. DeMille
La Fille sans dieu (The godless Girl - Cecil B. DeMille, 1929)

Une très jeune fille (Mary Jane Irving) s’éteint dans les bras de Judy (Lina Basquette), rassérénée par les paroles d’espoir du policier. En fond sonore, Carl Davis (1) utilise le thème récurrent de la Passion selon Saint Matthieu (J.S. Bach, 1727-1736).

C’est le point culminant de la première séquence qui voit s’affronter des jeunes gens aussi fanatiques les uns que les autres : les athées et les chrétiens.

 

Nous sommes en 1929, et Cecil B. DeMille signe ici son dernier film muet, renvoyant (presque) dos à dos les deux camps, sur un scénario (encore) génial de la grande Jeanie McPherson.

C’est un véritable chant du cygne, où DeMille nous montre qu’il sait filmer autre chose que des bondieuseries (2), ou des intrigues de boudoirs.

Il nous montre ici son immense talent, qu’il va pourtant beaucoup cacher dans ses films ultérieurs.

De plus, les différents interprètes du film sont tous d’une très grande justesse dans leur jeu, donnant au film le lustre nécessaire pour être classé dans les chefs-d’œuvre.

 

Ca commence donc par un affrontement entre deux camps, où malheureusement une jeune fille va mourir, tombant dans la cage d’escalier une fois la rambarde d’icelui rompue. Cet événement marque violemment les esprits et fait immédiatement cesser les combats.

Les responsables – directement ou non – sont arrêtés et placés dans une maison de correction qui n’a de correction pas seulement le nom. C’est une sorte de QHS pour adolescents turbulents, où les châtiments corporels sont aussi raffinés que cruels, quoi que la méthode ancestrale de distribution de coups fonctionne aussi très bien…

Un seul rêve alors pour ces jeunes gens : s’évader.

 

Comme je le disais plus haut, DeMille s’est surpassé et on retrouve dans ce film la fougue et la flamboyance de son Jeanne d’Arc, les yeux bleus de Geraldine Farrar en moins !

La bataille entre les deux camps est extraordinaire : dans un rythme soutenu, nous voyons tous ces ados se f--- sur la g--- avec un enthousiasme incroyable. Un intertitre nous avait prévenus de la ferveur des jeunes : ce n’est pas un mythe.

Au plus fort de la bagarre, on voit Judy défendre, sauver puis brocarder son affiche athée telle une oriflamme : c’est bel et bien Jeanne d’Arc qui repousse les Anglais à la bataille d’Orléans.

 

Une fois ce morceau de bravoure achevé, nous assistons à l’arrivée des trois jeunes – en plus de Judy, on trouve Bob Hathaway (Tom Keene) et Samuel « Bozo » Johnson (Eddie Quillan) – dans la Maison de redressement. Nous basculons alors dans un univers qui tient plus de la prison que de la réforme (3).

C’est d’ailleurs comme une prison qu’elle est dirigée, avec deux parties distinctes (filles et garçons de chaque côté), séparées par une grille électrifiée. Pas tout le temps, mais au moment le plus propice !

Nous plongeons alors dans le film pénitentiaire avec ses règles strictes et parfois inhumaines (si le SILENCE n’est pas respecté, on peut recevoir autant de jours de réclusion de rab que de mots prononcés), où bien sûr, si les ados ne sont pas de véritables délinquants quand ils entrent, ils le seront à leur sortie (une remarque faite à l’arrivée des deux garçons).


A ce moment, DeMille nous décrit un univers terrible, dirigé par des gens sadiques – Noah Berry (frère de Wallace) chez les garçons et Kate Price chez les filles – frappant, torturant, humiliant (etc.). Sans oublier bien sûr la cellule d’isolement, avec ou sans menottes.

Bref, c’est un enfer qu’ils vivent et l’intrigue en joue avec beaucoup de subtilité pendant l’évasion de Judy et Bob.

Parce qu’ils s’évadent. C’est le seul moment où ils sont tous les deux et dans un rapport de complicité. Et même d’amour, donnant à la séquence une fraîcheur toute naturelle voire bucolique. DeMille en profite pour nous donner un plan général avec Lisa Arquette dénudée, mais ne vous excitez pas, on ne voit pas grand-chose de loin !

 

Et puis il y a le deuxième morceau de bravoure du film : l’incendie.

Si la bataille initiale avait été spectaculaire, on peut difficilement trouver un terme plus fort que ce que nous voyons pendant cet incendie : dantesque ?

Oui. Infernal irait très bien aussi, cela collerait encore plus avec l’intrigue : cet établissement n’est rien d’autre que l’antichambre de l’Enfer.

C’est donc un final flamboyant dans tous les sens du terme, où nos héros vont trouver la Rédemption, et donc le Salut, mais ceci est une autre histoire.

 

Au final, DeMille fait ses adieux au cinéma muet de la plus belle des façons. C’est un film d’une très grande maîtrise à tous points de vue.

Il nous livre l’une de ses plus belles œuvres – sinon la plus belle – d’une manière qui frôle le génie (4), utilisant pratiquement toutes les techniques à sa disposition, entouré d’un casting admirable – n’oublions pas Marie Prevost dans le rôle rédempteur de Mame, qui sera elle aussi sauvée, la Rédemption se partageant – ainsi qu’une photo somptueuse de J. Peverell Marley, toujours placé là où il faut, et bien sûr un extraordinaire montage d’Anne Bauchens, autre fidèle collaboratrice de C.B.

 

A (re)voir sans modération !

 

 

PS : Autre titre français usité : Les Damnés du cœur. Quelle horreur !

 

  1. Version restaurée et mise en musique par l’un des complices du maître, Monsieur Kevin Brownlow.
  2. Malgré tout, certains de ses films religieux sont absolument magnifiques : Le Roi des rois en est un magnifique exemple.
  3. « Reform School » en VO. Je n’ai rien trouvé qui puisse faire penser à une école.
  4. Cela peut paraître un tantinet trop dithyrambique, mais si vous avez vu le film, vous pouvez me comprendre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #Prison
Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island - John Ford, 1936)

9 avril 1865 : fin de la Guerre Civile aux Etats-Unis.

14 avril 1865 : Abraham Lincoln (Frank McGlynn Sr.) est assassiné par John Wilkes Booth (Francis McDonald).

En s’enfuyant, Booth se casse la jambe. Dans sa cavale, il est soigné par le docteur Samuel A. Mudd (Warner Baxter) qui ne l’a pas reconnu.

Mais cette assistance va vite le desservir : il est condamné à la perpétuité pour conspiration et complicité dans l’assassinat du président.

Il se retrouve alors sur une île de Floride qui sert de pénitencier dont le nom indique clairement sa caractéristique première : Shark Island (L’Ile aux requins).

 

Commençons par préciser quelques éléments : non Shark Island, en tant que telle n’existe pas, et le docteur n’avait pas un enfant, il en avait quatre, etc.

Non, ce qui nous intéresse, c’est justement l’existence de ce docteur, condamné – semble-t-il – à tort d’avoir participé à l’assassinat d’un président très cher aux Américains.

Et Lincoln, s’il n’apparaît pas longtemps (et pour cause), c’est un homme bon et consensuel, qui demande même à la fanfare de jouer Dixie, l’hymne des Confédérés : passée la surprise, les « vainqueurs » accueillent avec enthousiasme cet hymne interdit pendant ces quatre dernières années.

Puis, c’est le jour terrible qui vit la fin de ce grand président : John Ford a fait recréer le théâtre (1) où eut lieu l’événement, comme Griffith une vingtaine d’années auparavant.

Et la mort de Lincoln est en plus très symbolique : si Booth le tue comme l’avait déjà fait Raoul Walsh sur Joseph Henabery, c’est ensuite qu’il y a toute l’admiration de Ford pour cet être qui devient légendaire : un véritable voile est tiré devant lui dans une posture qui n’a rien d’un assassiné, mais plutôt un vieil homme – un patriarche ou un vieux père, celui de la Nation – qui s’est éteint doucement devant nous, et dont l’image se brouille alors que le quadrillage du voile s’impose.

Bref, c’est une très belle conclusion pour cette séquence de reconstitution : l’hommage d’un géant du cinéma pour un géant tout court pour lequel Ford avait une très grande admiration (2).

 

Bien sûr, c’est la dernière demi-heure qui retient toute notre attention : la période d’enfermement. A ce moment, le film bascule dans le thème carcéral où point le sadisme d’un gardien anéanti par l’assassinat de Lincoln. En effet, le sergent Rankin (John Carradine) va en faire baver à Mudd, mais seulement à lui pour ce qu’il a été condamné : sa violence ne s’exerce que contre Mudd, il n’y a pas l’aspect tortionnaire qu’on pourra trouver dans les films pénitentiaires ultérieurs.

De plus, il n’est pas question de l’incarcération en tant que telle, mais plus du rôle – véritable – qu’a joué Mudd dans l’épidémie de fièvre jaune qui a décimé la prison et qui lui permit d’être libéré pour conduite héroïque.

 

Et Ford, même si le film n’a pas le ton un tantinet humoristique qu’on trouve dans ces autres films, arrive tout de même à recréer un microcosme dans cette prison : on y retrouve avec plaisir quelques habitués du cinéaste (Harry Carey, Jack Pennick ou encore son frère Francis) et un petit nouveau qui reviendra souvent travailler avec le maître, John Carradine.

Et la femme forte, qu’on retrouve d’habitude ? Elle est là, c’est Peggy Mudd (Gloria Stuart) la femme du docteur : une femme énergique et amoureuse, capable de tout pour faire évader son mari. (3)

 

Le film de Ford me semble un peu à part dans sa filmographie. En effet, si on retrouve des têtes connues, on se trouve en présence d’un premier rôle – Warner « Cisco Kid » Baxter – qui ne s’imposera pas dans l’univers du réalisateur. Il faudra attendre encore un peu pour voir arriver Henry Fonda, et bien sûr John Wayne (qui avait déjà fait de la figuration chez Ford auparavant).

Le ton du film, de par sa gravité et l’aspect historique voire hagiographique (en ce qui concerne Lincoln), ne lui permet pas non plus les incursions humoristiques habituelles.

 

Un dernier mot enfin sur deux acteurs fordiens en diable : Francis, son frère qui interprète un militaire qui nous apparaît comme loin d’être sobre, mais qui a tout de même quelques répliques, ce qui n’arrivait pas toujours ; et le sempiternel et fidèle Jack Pennick dans le rôle du caporal chargé du sémaphore, et qui n’apparaît même pas dans la distribution – pourtant bien complète habituellement – du film par le site IMdB.

 

Un film de transition certes, mais tout de même de très belle facture.

 

 

  1. Le théâtre Ford, ça ne s’invente pas…
  2. Il reprendra ce personnage dans Young Mr. Lincoln avec Henry Fonda trois ans plus tard.
  3. C’est elle qui interprète le rôle de Rose âgée dans le Titanic de James Cameron : elle n’avait que 87 ans quand le film est sorti. Elle mourut treize ans plus tard, quelques semaines après sont centenaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Paul Scheuring, #Prison
The Experiment (Paul Scheuring, 2010)

L’Expérience était un film allemand de 2001. Celui-ci en est le remake.

Paul Scheuring, après avoir tourné Prison Break, reprend le thème pénitentiaire dans une tout autre dimension : il s’agit d’une illustration de l’expérience de Stanford où un groupe d’hommes avait été enfermés dans une prison, une partie d’entre eux étant les gardiens et une autre (la majorité) des prisonniers.

Il va sans dire que cette expérience a raté, interrompue au bout de six jours sur les quatorze prévus.

 

Dès la première séquence, Scheuring nous plonge dans un bain de violence : nous voyons des affrontements entre animaux de différentes espèces mais aussi classes (des insectes, des poissons, des mammifères…) entrecoupés par des affrontements tout aussi violents mais cette fois concernant les hommes : manifestations, camps de concentration, lynchages…

Cette séquence met dans le bain, certes, mais c’est un bain très glacé, voire fangeux, prémonitoire aux images qui vont suivre. (1) A partir de là, un malaise va s’installer et grandir en même temps que la situation va se détériorer.

 

Travis (Adrien Brody) est un jeune homme fauché qui vient d’être licencié. Dans une manif, il rencontre une jeune femme agressée par un petit bourgeois. Ils se plaisent, mais elle doit s’en aller. Sans argent pour la rejoindre (en Inde !), il accepte de participer à l’expérience du titre.

Son engagement pour la paix le fait tout naturellement se retrouver du côté des prisonniers, pendant que Barris (Forest Whitaker) qui, à 42 ans, vit toujours chez maman, décide de participer afin de se sortir de cet univers prégnant : sa mère est malade et autoritaire, on a un Norman Bates en puissance devant nous !

Et Barris, toujours au service de Maman, se retrouve chef des gardiens, secondé par quelques acolytes aux mœurs pas toujours bien claires.

 

 Cette expérience, nous en sommes sûrs dès le début, va tourner au fiasco : les images des affrontements nous ont préparés à ça. En effet, si les animaux dits « inférieurs » usent de la force, c’est pour survivre (manger, se protéger) ou en vue de se reproduire. Alors que l’homme, cet animal qu’on dit « évolué » a plus tendance à tuer son prochain pour des raisons indépendantes de sa survie : une guerre n’a jamais été une bonne excuse. Il n’y a pas de guerre juste.

 

Alors on voit une situation qui démarre comme un jeu de rôle, où chacun pense pouvoir se faire 14.000 dollars aisément. Quatorze jours, c’est vite passé. Sauf que dès le premier jour on assiste à un accident : un ballon envoyé à un « gardien » qu’il ne saisit pas. Son nez saigne et le chef des gardiens secondé par Chase (Cam Gigandet), un obsédé sexuel, institue une première punition, en rapport avec l’infraction commise : petite punition pour un petit accident.

Mais une fois le doigt dans l’engrenage, la pression et la violence montent et les punitions morales tournent vite à la violence : il me semble qu’à cet instant, l’expérience est concluante.

Mais elle va durer six jours, avec une violence toujours grandissante, jusqu’à l’irréparable, qui va signer la fin de l’expérience et le retour à la vie « normale ».

 

Mais comment peut-on revenir à une vie normale une fois l’expérience terminée. Le film de Scheuring termine sur note peut-être un tantinet optimiste, je n’en suis pas complètement convaincu.

Pour le reste, on reste sur le malaise entrevu dès le début : entre voyeurisme et expérience scientifique.

Certes la montée en puissance est très bien menée, on ne nous épargne aucun élément des films carcéraux : de la brimade à la torture, sans oublier bien sûr la sexualité.

C’est un film brutal à tout point de vue. La lente dégradation des rapports qui deviennent de moins en moins humains atteint des proportions à la limite du supportable.

Adrien Brody et Forest Whitaker sont remarquables, et les autres acteurs sont aussi très justes dans leur jeu : Whitaker en chef des bourreaux et Brody en figure christique jusqu'à la révolte inévitable.

Au milieu de cette violence qui s’intensifie, on retrouve la belle Bay (Maggie Grace), flânant dans les marchés d’Inde, où les couleurs sont éclatantes de vie, en totale contradiction avec l’univers épuré de la prison où les couleurs ternes tendent plus vers le noir et blanc, avec juste ce qu’il faut de rouge pour le sang.

 

Un film implacable et un peu dérangeant : à découvrir.

 

Ou pas.

 

 

(1) En « prime », avant les premières images du film, une société de production intitulée Natural Selection avec deux éléphants qui se rentrent dedans tête baissée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Steve Buscemi, #Prison
Animal Factory (Steve Buscemi, 2000)

Animal Factory.

Le titre original – pour une fois non traduit – amène une ambiguïté qui, ‘une certaine façon, va baigner tout le film.

En effet, doit-on traduire par « Usine d’Animaux » ou « Usine pour Animaux » ?

En clair : les hommes qui peuplent cette « usine » sont-ils déjà des animaux quand ils y arrivent, ou le deviennent-ils ? (1)

 

Il y a dans le cinéma une fascination compréhensible pour les films carcéraux. En effet, pour la plupart des spectateurs, c’est un univers inconnu sauf par le biais de films (I’m a Fugitive from a chain gang, Brubaker ou encore The Shawshank Redemption) comme de séries (Prisoner, Wentworth, etc.). Et comme (presque) dans tous les autres, on retrouve les thèmes associés : violence, solidarité, racisme, homosexualité…

C’est plus la façon de traiter le sujet qui fait l’intérêt du film. En effet, Steve « Shut the fuck up, Donnie » Buscemi est un acteur et il donne la part belle à ses collègues, Willem Dafoe (Earl Copen) en tête.

 

Mais si Earl Copen est la figure centrale du film, c’est tout de même le point de vue de Ron Decker (Edward Furlong) que nous suivons.  Ron est un jeune homme qui est tombé pour trafic de stupéfiants (marijuana) et se retrouve à Saint Quentin auprès de détenus au passé pas toujours aussi léger que le sien.

Il est jeune et beau, ce qui amène immanquablement certains autres détenus à s’intéresser à son corps. Heureusement (?), Earl Copen veille et Ron passe un séjour qui eût pu être largement pire.

 

Bien sûr, c’est avant tout la relation entre les individus qui reste le centre de l’intrigue. Ron est un témoin muet de ce qu’il se passe autour de lui. Et s’il est franchement novice dans cette prison, il en apprend rapidement le fonctionnement et les différents rouages, et surtout la sexualité qui y règne.

Cet univers est un concentré de divisions, voire de discrimination. En effet, on retrouve l’opposition raciale (Noirs vs Blancs) ainsi qu’une distinction entre ceux qui travaillent et les inactifs, et au milieu de tout cela : Earl.

 

Earl rappelle à l’envi que cette prison est la « sienne », et ce que nous voyons ne lui donne pas vraiment tort, tant beaucoup de choses tournent autour de lui. Mais s’il jouit d’un traitement particulier, il n’en échappe pas moins aux châtiments pour des échauffourées particulièrement graves (isolation pendant plus d’un an, etc.).

Tout ce qui se passe dans la prison est su par Earl qui est le médiateur entre les détenus ainsi qu’avec les surveillants.

Sa relation avec Ron a une ambiguïté que ce dernier perçoit. Earl ne s’en cache pas et joue franc jeu : s’il protège Ron, c’est parce qu’il n’est pas laid.  Et sa relation reste ambiguë tout le long du film pour le spectateur, alors que pour les autres détenus – ceux qui ne savent pas la véritable nature de leurs relations – cela ne fait aucun doute.

 

Et puis il y a l’Etat, le véritable patron de cette prison. Il est représenté par quelques policiers, et surtout un magistrat – H.R. Hosspack – qui est tout naturellement interprété par Steve Buscemi lui-même. En effet, ce magistrat est le véritable représentant (et chef) de la Loi. Ses rares interventions se situent dans des affaires graves survenant dans la prison.

D’une certaine façon, il est son propre porte-parole, se basant seulement sur les faits, condamnant ou non les différents détenus à qui il a affaire.

 

Mais malgré tout, Buscemi (réalisateur ne répond pas complètement à la question (voir ci-dessus), laissant le spectateur se faire sa propre conviction.

D’un côté, on assiste à des relations pleines d’humanités de la part de détenus considérés comme des cas irrécupérables (Earl en fait partie), mais d’un autre, Ron qui n’a à son actif qu’un délit plutôt mineur, se retrouve impliqué dans des actions qui relèvent du criminel, devenant d’une certaine manière un des animaux de cette usine.

 

Finalement, ce très beau film reste une chronique. La description ordinaire d’un univers particulier sans véritable part pris. Aucun des hommes qu’on croise n’est « innocent » comme c’est parfois le cas dans ce type de films. A aucun moment on ne remet en cause la présence de tous ces hommes dans cet établissement.

Quant à la rédemption qu’on pourrait attendre (2), elle n’existe pas. La rédemption ne concerne que les hommes qui ont péché. Or tous ces personnages, de par leurs actions criminelles passées, ne sont plus des hommes.

 

D’où le titre.

 

PS : une mention spéciale pour Mickey Rourke, interprétant magnifiquement Jan, un détenu ouvertement homosexuel dans des atours de travesti.

 

 

  1. « Traduction = Trahison » c’est bien connu : dans ce cas, choisir une traduction plus que l’autre aurait induit un choix que seul le spectateur doit faire.
  2. Comme dans beaucoup de films américains, je ne vous apprends rien…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Drame, #Stuart Rosenberg
Luke la Main froide (Cool Hand Luke - Stuart Rosenberg, 1967)

1948, Nord de la Floride.

Un jeune homme ivre boit de la bière en vandalisant des parcmètres et souriant.

Résultat : Lucas « Luke » Jackson (Paul Newman) écope de deux ans de bagne.

Deux ans dans un camp, dirigé par un homme un tantinet sadique et à voix de crécelle – on l’appelle Captain (Strother Martin), épaulé par des gardiens plus ou moins humains (plus est la tendance générale, avouons-le).

Qu’importe : Luke sourit à cette nouvelle et désastreuse expérience que lui apporte la vie.

 

« Cool Hand Luke », comme l’appellent ses camarades d’infortune, c’est ce qu’on pourrait appeler un pléonasme, quand on parle de Paul Newman, l’un des acteurs les plus « cools » d’Hollywood.

Dès le début, on sait que quelque chose ne va pas. Luke est arrêté calmement par la police après avoir détruit trois parcmètres, et il prend deux ans de bagne ! N’est-ce pas un peu exagéré comme peine ? Dans le même temps, un des nouveaux « pensionnaires », qui a tué un homme – un accident semble-t-il – n’a pris qu’une seule année.

 

On pense alors à Paul Muni dans I’m a Fugitive from a chain gang, même si ce dernier n’avait pas réellement commis de crime ni de délit. Mais à la différence du film de LeRoy, la quasi-totalité du film se déroule en prison ou sur les chantiers où sont assignés les hommes : débroussaillage et goudronnage des routes.

Mais si le directeur de la prison de Paul Muni était franchement indigne, celui-ci est encore pire, laissant les détenus se battre jusqu’au bout – un combat entre Luke et le chef des prisonniers Dragline (George Kennedy magnifique lui aussi), voire couvrant certaines pratiques inhumaines de ses gardiens, dont Luke va faire les frais.

 

Le film se compose de deux parties voyant dans un premier temps (à peu près la première moitié du fil) l’ascension irrésistible de Luke dans le camp pénitentiaire, où il va recevoir son surnom de « Cool Hand » (1), avec le point culminant quand il réussit son pari : avaler 50 œufs durs en une heure.

Mais si cette partie semble » bien marcher pour Luke, sa conclusion est on ne peut plus prémonitoire : allongé sur une table, les bras en croix et un pied sur l’autre, c’est le début d’une Passion christique qui va commencer. Non pas qu’il est là pour racheter les autres, mais son passage dans ce pénitencier va leur amener une autre vie et adoucir leur fardeau.

La scène où ils goudronnent la route à une vitesse prodigieuse est un grand moment de l’influence bénéfique que Luke a pu avoir pendant les mois où ils ont vécu en semble.

Quand la route est terminée, qu’il n’y a plus rien à goudronner, le soleil est encore haut dans le ciel, et ils ne rentrent jamais avant le coucher de ce même soleil. Ce sont deux heures de répit que ces hommes ont gagné, deux heures à savourer, sans contrainte, ni effort surhumain.

 

Mais la seconde partie fonctionne en symétrie par rapport à la première : Luke va voir sa condition se dégrader jusqu’à la conclusion inévitable mais prévisible (2). Ca commence avec la mort de sa mère (Jo van Fleet), puis ce sont des évasions à chaque fois ratées qui l’amènent à l’issue fatale, dans une église, lui qui était avant tout athée (ou tout du moins un sacré mécréant !).

 

Paul Newman, est-il besoin de le dire (3), est un Luke formidable, toujours souriant alors que la vie s’acharne de plus en plus contre lui. Mais si Luke est Luke, c’est aussi parce que les autres prisonniers forment une magnifique communauté autour de lui. Pourtant, quand il sera cassé par les gardiens, et qu’il rentrera dans le rang, tous se détourneront, jusqu’au sursaut final, conclu par, évidemment, son éternel sourire.

Si Paul Newman est formidable, à ses côtés, George Kennedy n’est pas mal non plus. C’est un colosse, un chef qui est chef parce qu’il est le plus fort, mais qui sait aussi reconnaître les mérites de chacun. C’est lui qui amène la communauté pénitentiaire autour de Luke. Et quand Luke tente sa dernière chance, il veut en être.

Mais rapidement, quand il se retrouve seul, il est totalement perdu. Il avait une vie bien réglée au camp, il dirigeait même les autres hommes. Seul, il ne sait plus rien, il n’existe plus. Pas étonnant qu’il soit rapidement repris.

 

Au final, quand Luke n’est plus là, les choses semblent avoir repris leur cours dans le pénitencier. Mais avec une chose en plus (4) : le souvenir de Luke, son sourire aux lèvres, dans quelque situation que ce soit.

Alors ces hommes « perdus » sourient à leur tour, et la routine reprend, au camp et sur le bord des routes.

 

 

  1. Je vous laisse découvrir encore une fois, si ce n’est déjà fait.
  2. Le Christ lui-même n’avait pas échappé à la mort.
  3. Oui, bien sûr !
  4. La dimension christique, encore une fois…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Darabont, #Prison, #Morgan Freeman
Les Evadés (The Shawshank Redemption - Frank Darabont, 1994)

La bâtisse de Crookshank (1) est une véritable beauté architecturale, une espèce de croisement entre un manoir victorien et un château fort.

Mais ça, ce n’est que la façade, parce que, avant tout, Shawshank est une prison.

Elle est dirigée par Samuel Norton (Bob Gunton), un directeur sévère et empreint de la Bible, et surveillée par le chef Hadley (Clancy Brown) et ses hommes.

En 1947, Ellis « Red » Boyd Redding (Morgan Freeman) voit une deuxième fois sa conditionnelle rejetée. Le même jour, un nouveau convoi de prisonnier arrive, avec parmi eux Andy Dufresne (Tim Robbins). Il aurait tué sa femme et l’amant de celle-ci.

 

Depuis Paul Muni dans I’m a Fugitive from a chain gang, les films au thème carcéral ont toujours exercé une fascination sur le public qui, dans la très grande majorité, ne connaît pas – fort heureusement – cet univers. Le deuxième point qui accroche le public, c’est une évasion. Et ça tombe bien, parce que le titre français nous en promet une (2).

Autre atout : l’innocence clamée par Andy, malgré que Red lui rappelle que « tout le monde est innocent ici. »

Dernier argument : la violence normale du chef Hadley, approuvée et couverte par le directeur, aux dépens des prisonniers – dont Andy – finit de nous ranger de son côté.

 

Il s’agit autrement d’un film carcéral tout à fait classique avec ses éléments indispensables : la camaraderie, la violence et le sadisme, l’homosexualité, ou encore la débrouillardise.

La différence fondamentale avec les autres films de ce genre, c’est avant tout la présence de Tim Robbins. Si la narration nous est rapportée par Red, le principal protagoniste est avant tout Andy.

Il est différent : très grand et avec un sourire (presque) constant dans un univers qui ne  s’y prête pas beaucoup. Et avant tout, il est humain : quand un détenu fraîchement arrivé meurt, il est le seul à s’inquiéter de son nom. De même que chaque demande qu’il tente va dans le sens du bien-être de ses camarades.

Alors comme Red a ses petites habitudes (20 ans d’ancienneté quand Andy arrive), Andy va progressivement les chambouler et lui rendre ce qu’il a perdu pendant tout ce temps : l’espoir.

Et ce duo donne la couleur du film : deux hommes différents qui se rencontrent et s’apprécient : chacun apportant à l’autre ce qu’il lui manque.

Le tandem Robbins-Freeman est d'une justesse magnifique (comme toujours chez ces deux acteurs).

 

Et puis il y a l’émotion. Deux moments du film nous amènent de véritables bouffées d’émotion.

  • La libération de Brooks (James Whitfmore)  et sa solitude, mêlée de peur qu’il éprouve quand il est livré à luimême, ainsi qu’il l’explique dans une lettre envoyée à ceux qui sont toujours dedans.
  • Le disque qu’Andy passe sur les hautparleurs de la prison, amenant avec les accords et les voix des Noces de Figaro (3). C’est un pur moment de grâce où l’espace d’un instant le temps s’arrête, et comme le dit Red, un sentiment de liberté se répand dans la prison où chaque prisonnier s’est arrêté, intrigué pour fixer ces hautparleurs qui n’aboient pas les ordres habituels. Un grand moment du film.

 

Un dernier mot sur les méchants.

Outre Bogs (Mark Rolston, encore une fois du mauvais côté), le chef des « sodomites » (comme le dit le directeur), on trouve une paire absolument complémentaire : Norton & Hadley.

Norton est, par son statut, la tête pensante.

Il se réfugie derrière la Bible pour mieux justifier ses écarts, annonçant cette rédemption annoncée par le titre original. Son hypocrisie va de paire avec sa cruauté, éliminant ceux qui se mettent sur son passage ou remettent en cause le système qu’il a patiemment établi.

 Hadley est, bien entendu, l’exécuteur des basses œuvres. Il frappe et, à l’occasion, tue. Il est ce qu’on pourrait appeler la « Main du Roi » Norton, tant il s’acquitte de son devoir avec un professionnalisme empreint de sadisme. Mais il sait aussi voir où est son intérêt, protégeant Andy quand nécessaire (i.e. quand c’est à son avantage).

 

(1) Prononcer : « Chaud Chaink »

(2) Pour une fois, le titre original est plus obscur et semblerait avoir réfréné les spectateurs.

(3) Sull’aria… che soave zeffiretto (W.A. Mozart)

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