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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

charles chaplin

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Navet, #Ford Sterling, #Charles Chaplin
The thief Catcher (Ford Sterling, 1914)

Le policier Suspicious John (Ford Sterling) se promène avec son chien, quand il croise le chemin de trois brigands (dont Edgar Kennedy & Mack Swain). Il les prend en photo mais est rapidement  repéré. S’ensuit une poursuite à laquelle vont participer les inévitables Keystone Cops, avec parmi eux un jeune homme de 24 ans qui a déjà fait parler de lui : Charles Spencer Chaplin…

 

Nous sommes donc toujours dans les débuts de Chaplin, et s’il participe à ce petit film un tantinet médiocre de Sterling, ce n’est pas pour sa qualité… N’oublions pas que lui aussi est sous contrat chez Sennett.

Et comme c’est Sterling qui dirige, c’est aussi lui qui tient le premier rôle. Certes, son apparence est assez réussie – on a du mal à reconnaître celui qui sera Aubry Piper dans The Show-off quelques années plus tard – mais son jeu est des plus sommaires, sinon très outré (euphémisme). Bref, nous sommes dans une comédie de chez Sennett où tout est bon pour ridiculiser la police, sans faire dans la finesse.

De toute façon, ce n’était pas ce que le public venait chercher. Et s’il n’y a pas l’inévitable (elle aussi) tarte à la crème, un seau d’eau envoyé dans la figure de notre héros la remplace tout aussi efficacement, mais là encore sans grande distinction.

 

Peut-être est-ce dû au fait que Sterling est encore novice dans le domaine de la réalisation (c’est son second film de l’autre côté de la caméra), mais c’est tout de même un film très mineur où le niveau d’humour est assez bas et surtout sans subtilité.

Pour sa part, Chaplin a sa moustache caractéristique, mais son personnage fétiche n’a pas été appelé et son jeu se perd dans la médiocrité ambiante. Certes, on ne peut pas le rater, mais ça ne suffit pas.

Et Ford Sterling ne réussit pas vraiment à nous soutirer le moindre sourire, et ce malgré mon indulgence naturelle pour la période muette. Je me suis ennuyé malgré le format (un peu plus de 12 minutes) devant cette intrigue rachitique où même la fin n’est pas spécialement réussie ni logique.

 

Et au final, un tout petit film – et pas seulement dans la longueur – où le seul véritable intérêt qu’on peut en tirer, c’est d’essayer de retrouver les différents interprètes : aucune mention, sauf dans quelques livres et sur les sites spécialisés… On remarquera aussi un policier qui n’est pas sûr de la fixation de sa moustache, mais surtout que le véritable héros de cette histoire, c’est le chien : il est le seul à accomplir un exploit !

Bref, un film à oublier, ce que Chaplin ne fera certainement pas : on peut penser qu’il le prendra un peu comme modèle de ce qu’il ne faut pas faire… Mais ça, ça reste à prouver.

 

Sterling n’insistera pas trop dans le domaine de la réalisation et reviendra au seul jeu, avec seulement dix-sept films réalisés sur une période de 8 ans, dont quinze avant l’année 1916…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Mabel Normand, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman, #Mack Sennett
L'étrange Aventure de Mabel (Mabel's strange Predicament - Mabel Normand, 1914)

Bien que sorti deux jours après Kid auto Races at Venice, il s’agit réellement du second film de Chaplin – en tant qu’acteur et accessoirement co-scénariste avec Henry Lehrman – dans lequel il a trouvé l’allure de celui qui sera son personnage fétiche. Mais seulement l’allure, parce que pour les reste, on en est encore loin : chapeau melon un tantinet trop petit, chaussures beaucoup trop grandes et costume élimé, mais pas encore troué. Pour le reste, ses moustaches sont encore trop fournies, et il est encore en phase avec le monde qui l’entoure. Pire, il possède de l’argent puisqu’il en distribue aux grooms qui l’ont relevé (il a un peu trop bu, mais nous ne sommes pas encore en 1919).

 

Reprenons.

Mabel (Normand !) séjourne à l’hôtel et son fiancé (Harry McCoy) doit la rejoindre dans sa chambre. Dans ce même hôtel, on peut rencontrer un petit homme (Chester Conklin), ami du fiancé et marié à une femme plantureuse (Alice Davenport). Mais surtout, on y croise une espèce d’ivrogne (Charles Chaplin) qui tourne autour des femmes (1), dans le hall. Suivant l’une d’elles au premier étage, il surprend Mabel en pyjamas, enfermée dehors et décide de la séduire. Cette dernière n’est pas d’accord (étonnant, non ?) et va se cacher dans la chambre der l’ami de son fiancé. Bien sûr, ce dernier arrive. Et puis la femme de son ami… Et bien entendu le poivrot !

 

Comme nous sommes chez Mack Sennett, et même si c’est Mabel qui dirige, ça ne vole pas bien haut, mais on ne retrouve tout de même pas les longueurs de Mabel at the Wheel : les situations s’enchaînent rapidement tout comme les gags, avec des effets plus ou moins réussis. Et Chaplin travaille son personnage, jouant du chapeau et de la canne comme il le fera très souvent dans les années suivantes. A nouveau, si Mabel est le personnage principal du film, c’est la prestation de Chaplin qui retient notre attention tant il est plus spectaculaire que la jeune femme. Mais comme annoncé plus haut, ce qui lui manque par rapport au vagabond, c’est son aspect inadapté. Certes, son alcoolisme le rend étranger au monde qu’il fréquente, mais cela n’apporte pas la dimension comique qui va suivre.

A leurs côtés, du fait du format du film (à peine 12 minutes), Alice Davenport et Chester Conklin sont bien entendu sous employés, ce qui est bien dommage parce qu’ils montreront qu’ils ont capables de beaucoup mieux : là encore, Chaplin, de par son numéro, leur laisse très peu de place...

 

Quoi qu’il en soit, on regarde toujours avec attention les débuts d’un personnage aussi mythique, même si on sait qu’il y aura mieux à venir. Alors on sourit, parce qu’il y a quand même matière, et on se dit que la prochaine fois, ce sera mieux.

Enfin un peu mieux…

 

  1. « On sait jamais, sur un malentendu… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mabel Normand, #Mack Sennett, #Charles Chaplin
Mabel au Volant (Mabel at the Wheel - Mabel Normand & Mack Sennett, 1914)

Mabel (Normand) et son fiancé (Harry McCoy) se sont disputés et l’infâme (Charles Chaplin) en profite pour essayer de souffler la jeune femme à ce prétendant. Mais cela rate et la belle peut se rendre à la course automobile encourager son bel ami.

Mais l’infâme continue de rôder et enlève le jeune homme. Mais pour sauver sa course, c’est Mabel qui va prendre le volant et amener la voiture vers la victoire (prévisible) malgré les (vaines) tentatives du même personnage infâme pour la faire perdre.

 

Si Mabel Normand est toujours égale à elle-même, il n’en va pas de même de Chaplin qui interprète un personnage hautement antipathique, voire insupportable. Il est encore en train de se chercher et surtout de mettre au point son personnage fétiche. Ici, seuls un chapeau (haut-de-forme) et une moustache nous annoncent le vagabond : sa mise est soignée et surtout on devine qu’il gagne bien sa vie puisqu’il possède une moto. On lui découvre tout de même une habileté certaine à l’épingle qu’il reprendra plus tard.

Mais nous sommes en 1914, et même si Mabel Normand est doublement aux commandes puisqu’elle réalise aussi le film, on sent tout de même le poids de Mack Sennett dans l’intrigue et la réalisation : cette intrigue est prétexte à des gags un tantinet redondants, et si les flics n’interviennent pas, c’est avant tout parce que le scénario ne le permet pas. Mais cela ne vole pas tellement plus haut pour autant.

 

Pire, certains gags traînent en longueur (pour le format du film) : quand le méchant a aspergé la piste d’eau ou/et d’huile, seule la voiture de Mabel est victime de cette exaction, les autres voitures évitant sans problème le piège. La première fois, on peut sourire, mais à la troisième, on commence à regarder l’heure (1).

Et à l’arrivée (pas seulement de la course), on a presque plus de plaisir à essayer de reconnaître les autres interprètes que de se passionner pour une course courue d’avance où le méchant, disons-le, est plutôt raté.
 

Alors on cherche et si on trouve facilement Chester Conklin ou Joe Bordeaux, il est plus ardu de voir Mack Sennett ou encore Mack Swain. Quant à Charley Chase, j’avoue humblement que je ne l’ai pas aperçu. Il faudra que je revoie le film.

Ou peut-être pas…

 

  1. Ce qui est bien dommage pour un film de seulement 18 minutes…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman
Charlot est content de lui (Kid auto Races at Venice - Henry Lehrman & Charles Chaplin, 1914)

Venice (Californie) accueille une rencontre de voiture pour enfants, qu’on a tendance à appeler « caisse à savon ». C’est donc un reportage de cette manifestation qui est ici proposée, avec ces différents bolides plus ou moins rapides qui offrent un spectacle couru. Les actualités sont là par l’intermédiaire d’une caméra qui prend différents points du circuit.

Seulement voilà, un homme indéfini, au chapeau melon (usé) et habit qui fut un jour neuf ne cesse de monopoliser le champ de la caméra, posant inlassablement pendant que le directeur de ce reportage (Henry Lehrman) ne cesse de le repousser hors du cadre. Cet homme, aux allures de vagabond, c’est bien entendu Charles Chaplin, affublé (déjà) de la tenue qui le rendra célèbre.

 

Déjà, parce que ce n’est que son second film et qu’il a trouvé ce qui va faire cette allure reconnaissable entre toute, et encore plus d’un siècle plus tard. Il a donc son melon, sa canne, sa moustache sous le nez (finies les bacchantes tombantes !), et il envahit l’écran. A tel point que le journaliste est sans cesse obligé de le repousser, gentiment au début puis de plus en plus violemment.

Bien sûr, c’est cette insistance qui amène le rire : ce ne sont qu’inventions plus ou moins pertinentes pour se placer devant la caméra et y prendre des poses plus ou moins naturelles. Avec en évidence, un gros plan sur son visage à quelques centimètres de l’objectif de la caméra prise pour cible.

 

Ce qui était une tendance dans le film précédent devient la règle ici : il occupe la place et quoi qu’on tente pour l’en déloger, il y revient, faisant même quelques émules. Emules qu’il doit lui-même écarter : ces émules sont d’autant plus faciles à écarter que ce sont des enfants !

Mais il faut avouer que cette recherche effrénée de la place d’honneur a tendance à durer et ce qui sauve le film, c’est sa brièveté.

Quoi qu’il en soit, on sourit (1) facilement devant les facéties de ce « troll » antédiluvien : un personnage est né et il va tenir le haut de l’affiche pendant un peu plus de vingt ans.
 

Le Vagabond. (2)

 

  1. Voire plus
  2. Il n’a pas de nom, seul le public non américain (essentiellement européen, à l’époque) lui en a donné un : Charlot ou tout simplement Charlie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin, #Henry Lehrman
Pour gagner sa Vie (Making a Living - Henry Lehrman, 1914)

Pour gagner sa vie, et d’une certaine façon épouser la femme qu’il aime (Virginia Kirtley), une espèce de vagabond (Charles Chaplin) va s’essayer à devenir reporter. Et comme en amour (comme à la guerre, hélas), tous les coups sont permis, il va voler le travail d’un véritable journaliste (Henry Lehrman), créant au passage de nombreux incidents impliquant entre autres un couple marié et les inévitables policiers de la Keystone (1).

 

Il a un chapeau, une redingote, une canne et des moustaches. Chaplin arrive sur les écrans en ce début de février 1914. Mais nous sommes encore loin du personnage de vagabond qui va lui apporter le succès (mérité) : son costume est plutôt clair et il est en outre affublé d’un monocle qui est plus une gêne qu’autre chose.

En effet, ce monocle lui donne un rictus assez désagréable qu’il abandonne immédiatement quand il l’enlève, permettant l’apparition de ce sourire (communicatif) que nous connaissons bien.

De plus, ses moustaches tombantes, de types cow-boy ajoutent à l’aspect artificiel engendré par le monocle.

 

Et ne négligeons pas l’intérêt le plus important de ce court film : il s’agit du premier Chaplin. Certes, il n’est qu’acteur (2), mais on voit pointer ce qui va faire le succès de ce personnage, une fois qu’il aura trouvé ses véritables attributs : outre le sourire, ce drôle de vagabond (3) n’a aucune véritable morale et fera tout pour arriver à ses fins.

Mais ce n’est pas encore lui qui dirige, c’est alors Henry Lehrman, un gagman-réalisateur de la Keystone qui, en plus de réaliser, apparaît dans ses films. Mais ce n’est pas un réalisateur très original ni innovateur, et outre un travelling arrière (à deux reprises), ce sont essentiellement des plans d’ensembles (4) qui s’enchaînent, avec les gags habituels de la compagnie de Sennett.

On notera tout de même la présence d’un acteur qui suivra longtemps Chaplin dans les années qui vont suivre : Chester Conklin (un policier).

 

Patience, encore quelques mois avant que Chaplin franchisse le pas et surtout mette au point ce personnage reconnaissable entre tous… Pour l’allure, il la trouvera dès le film suivant (Kid auto Races in Venice qui sort cinq jours plus tard), et pour la réalisation, il faudra attendre le 20 avril de cette même année pour en voir le résultat (Twenty Minutes of Love), quelques jours après son vingt-cinquième anniversaire.

 

  1. C’est normal, c’est la compagnie de Mack Sennett, producteur du film.
  2. Ce qui n’est déjà pas mal, reconnaissons-le !
  3. « a bum » (un clochard, un bon à rien…) l’appelle son adversaire.
  4. Pas toujours bien cadrés d’ailleurs, mais n’est-ce pas dû à la copie visionnée ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Charles Chaplin, #Albert Austin
The Kid (Charles Chaplin, 1921)

 

« Un film avec un sourire, et peut-être une larme. »

Tel est l’intertitre archi-connu qui caractérise le mieux ce chef-d’œuvre (presque) atemporel (1). Et cent ans après (le film est sorti un 16 janvier 1921), l’émotion est intacte. Ce Kid est toujours aussi magnifique qu’à la première vision, en 1978 pour ma part.

« Six bobines de joie » (« Six reels of joy ») prévenait l’affiche à la sortie, ce qui faisait un peu plus d’une heure. Mais la version officielle est maintenant d’une durée de 52 minutes, depuis que Chaplin a remonté le film et écrit une nouvelle partition musicale, réduisant l’intrigue autour des deux personnages principaux – le clochard (Charles Chaplin) et le gamin (Jackie Coogan). Je préfère l’appeler ici le clochard parce qu’il n’est pas du tout vagabond dans plus des trois quarts du film : il vit dans une pièce mansardée.  

 

Donc, notre ami à petite moustache, chapeau melon et canne en bambou trouve un bébé sur le trottoir. Contre son gré, il est obligé de le garder et va s’occuper de l’éduquer, au moins pendant les cinq premières années de sa vie. De son côté, sa mère (Edna Purviance), après l’avoir abandonné a des remords mais l’enfant a disparu et a vie continue. Quant au père, il ne reste de lui dans la version der 1971 qu’une séquence qui le voit détruire malencontreusement (un acte manqué réussi ?) la photo de celle qu’il a aimée.

L’enfant a donc grandi et donne un coup de main à son père vitrier : il casse les carreaux avant son passage.

 

Découvert sur scène par Chaplin et déjà présent dans A day’s Pleasure (1919) avec les mêmes acteurs, Jackie Coogan (ici seulement Jack) crève l’écran dans ce film, premier des trois dans lesquels il va jouer cette année-là, dont My Boy d’Albert Austin qui interprète ici l’un des deux voleurs de la voiture qui emmène le gosse (2) loin de sa mère. Et des trois, c’est bien ce film le plus réussi, le plus beau et surtout qui donne ses lettres de noblesse au jeune acteur. Rarement, Chaplin sera autant à l’unisson avec un partenaire. Même ses collaborateurs habituels – Edna Purviance, Henry Bergman (l’impresario et le gardien de l’asile de nuit) pour ne citer qu’eux – n’arriveront pas l’osmose formidable qui transparaît tout au long du film (3). Certes, l’aspect autobiographique du personnage (la vie de ce gamin n’est pas sans rappeler celle de Chaplin au même âge) amène cet accord parfait entre les deux acteurs. Mais ce n’est pas seulement ça. Il y a dans le jeu du jeune Coogan une imitation superbe de son aîné, sans pour autant tomber dans un quelconque excès qui en aurait fait un sous-Chaplin. On retrouve dans ce gamin les différents éléments qui constituent celui qu’on appelle habituellement « Le Vagabond » : des attitudes, une peur presque congénitale de la police et surtout une complicité qui en plus ne s’arrêtait pas une fois la caméra éteinte : il suffit de voir les images qui accompagnent la période, dans le documentaire de Kevin Brownlow (4) par exemple, pour s’en rendre compte.

 

Bien sûr The Kid est un mélodrame et la larme envisagée en ouverture a coulé plus d’une fois tant cette histoire est poignante et les deux interprètes principaux extraordinairement convaincants, mais à aucun moment on est dans la lourdeur habituelle et pathétique d’autres « mélos » de l’époque (je vous laisse mettre les titres). Le jeu reste toujours dans les bonnes limites et on ne tombe à aucun moment dans un quelconque excès. Il faut dire que tout cet aspect tragique est merveilleusement contrebalancé par une comédie  tout en subtilité, surtout quand il s’agit des deux personnages principaux.

La séquence qui les voit arranger leur combine autour des vitres brisées est irrésistible, tout comme les différents moments de leur quotidien. Mais c’est aussi au-delà de tout ça que le film reste magnifique.

En particulier la première rencontre entre la mère et l’enfant qui atteint un degré de maîtrise technique phénoménal.

La femme (Edna, donc) est assise sur le trottoir, un enfant dans les bras et ce bébé lui rappelle celui qu’elle a abandonné. La porte s’ouvre derrière elle et apparaît le gamin (Jackie, donc) comme une illustration de sa pensée. Sauf que ce n’est pas une pensée mais réellement l’enfant alors cette séquence prend aussitôt toute sa dimension artistique autant qu’émotionnelle.

Et comme en plus, c’est filmé par Roland « Rollie » Totheroh…

 

Inoubliable. A voir sans modération ni restriction de nombre.

 

  1. Les voitures et autres éléments de décor nous montrent bien que nous sommes cent ans plus tôt…
  2. « Kid » en VO.
  3. Paulette Goddard en Gamine dans Modern Times est une autre exception.
  4. Unknown Chaplin (1983)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mack Sennett, #Charles Chaplin, #Mabel Normand
Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's punctured Romance - Mack Sennett & Charles Bennett, 1914)

Quel titre.

Décidément, les traducteurs d’avant-guerre (et d’après) n’ont pas vraiment brillé par leur rigueur. Alors qu’on pourrait traduire ce film par La Romance percée de Tillie (Marie Dressler) nous avons cette intrusion de Lolotte, dénomination excentrique due à l'habitude des distributeurs français de franciser les personnages américains de comédie (1).

 

Quoi qu’il en soit, ce n’est ni Mabel (L’autre femme) ni Chaplin (L’étranger) qui sont en haut de l’affiche mais bien  Marie Dressler, en contre –emploi par rapport à ce que nous avons l’habitude de voir. Et c’est là qu’est l’intérêt du film. On a très souvent vu Marie Dressler en rombière ou autre rôle un brin sérieux pour se réjouir de la voir dans un rôle comique de premier plan, même si elle doit partager la vedette avec deux pointures de l’époque. De plus, avec Chaplin à la réalisation, on ne peut s’attendre qu’à du grand spectacle.

 

Sauf que nous sommes en 1914 et que Chaplin est encore sous contrat chez Mack Sennett et qu’il n’a pas encore pris son envol. Certes, on trouve déjà certains éléments qui vont composer son humour dans les années qui vont venir, mais l’influence Keystone est encore très présente, pour preuve le nombre incalculable de coups de pied au cul qui sont échangés, et ans distinction de sexe : Marie Dressler en reçoit autant qu’elle en donne !

Parce que Tillie, c’est Marie Dressler, et si Chaplin et Normand sont les stars éprouvées de Sennett et des studios Keystone, c’est bien Marie Dressler qui tient le haut de l’affiche.

 

Marie Dressler est magnifique en face de ces deux monstres comiques. Bien sûr, elle n’a pas les arguments physiques pour rivaliser avec la belle Mabel, mais elle compense par une prestance imposante et surtout elle assume son physique : certes, elle n’est pas glamour, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec son physique dans l’esprit de la comédie de Chaplin. Elle atteint le côté aérien des personnages du grand Charles, atteignant la légèreté que nous connaissons, et ce malgré une stature plutôt imposante.

Il est d’ailleurs rare de voir la grande Marie Dressler dans une telle disposition, alors il faut en profiter : elle possédait ce qui fait d’une actrice une comique, mais ne fut malheureusement pas utilisée dans ce registre.

 

J’ai déjà eu l’occasion ici de parler des premiers films de Chaplin et tous ne concernent que la période qui va suivre ce film : il est alors sous contrat et n’a pas une très grande autonomie de travail. Pour preuve, nous avons droit au déploiement de la police (dans une mesure fort restreinte par rapport à ce que nous avons pu voir antérieurement) pour essayer de régler un problème (2). Mais nous trouvons déjà la propension de l’étrange (qui n’est pas encore « vagabond ») à marcher sur ses adversaires à terre. Et ce sans distinction du sexe : il ne se gêne pas pour marcher sur Tillie-Marie Dressler.

 

Alors, un Chaplin avant Chaplin ?

Pas vraiment. Nous sommes en plein dans la mouvance Sennett avec des gags plus ou moins faciles où les coups de pied au cul sont la base du comique et où la subtilité n’est pas encore de mise. Nous trouvons en outre un complice qui va jouer un grand rôle dans les films Chaplin quand il se sera démarqué de son mentor (Sennett), Chester Conklin, qui a déjà une magnifique (et fausse) moustache.

 

Alors oui, on s’amuse, et on rit. Mais avec le recul, on se rend compte que Chaplin a tout gagné en quittant Sennett et en montant ses propres films : son comique y a gagné progressivement en subtilité, que nous pouvons apprécier avec toujours plus de plaisir à chaque nouvelle projection.

 

PS : on notera la présence de Mack Swain au physique beaucoup moins imposant que dans The gold Rush

 

  1. Keaton était Malec ou Frigo...
  2. Tillie est tombée à l’eau. Bien sûr, ces policiers en servent à rien, sinon à ajouter dans le comique de la situation. Encore que…

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin
Mam'zelle Charlot (A Woman - Charles Chaplin, 1915)

Une famille un après-midi.

Pendant que maman (Marta Golden) et fifille (Edna Purviance) font la sieste, Papa (Charles Inslee) rencontre une charmante demoiselle à qui il veut offrir un verre.

C’est ce moment que choisit notre vagabond (Charles Chaplin) pour apparaître, ravissant l’attention de la jeune femme, amenant le début des hostilités.

 

Chaplin continue son aventure à la Essanay (plus que six films), continuant ses expérimentations grâce au format court-métrage. A nouveau, il endosse un rôle féminin (1), ici justifié par une tenue fort peu correcte : il a perdu son pantalon dans l’affrontement qui l’oppose au père et à son ami (Billy Armstrong).

C’est aussi une occasion (rare) de voir Chaplin sans sa moustache (une jeune femme en a rarement une), et le montage insiste fortement là-dessus puisqu’on a plusieurs gros plans de son visage glabre (2) : la transformation est époustouflante, accentuée par la couleur des yeux de Chaplin. En effet, le maître avait les yeux bleus et ils donnent alors à son visage une douceur que n’aurait peut-être pas amenée une autre couleur (3).


Si l’intrigue est à nouveau un tantinet légère et répétitive (par rapport à ses autres films), c’st bien la transformation qui donne tout son sel au film.

Il faut dire qu’il campe une « demoiselle » avec beaucoup de bonheur : à aucun moment il n’outre son jeu, restant – comme toujours – dans un registre subtil. On y voit confirmé la part féminine de son personnage qui continuera de se développer dans ses films suivants amenant parfois de beaux moments comiques (4).

 

Mais cette féminisation du  personnage amène aussi des situations fort incongrues pour l’époque, voire ambiguës !

En effet, alors qu’il a revêtu un tailleur qu’il est maquillé, Edna l’embrasse sur les lèvres !

Plus tard, ce sont ses deux ennemis qui, voulant l’embrasser sur la joue en même temps se feront un autre baiser sur les lèvres !

Bref, deux baisers homosexuels – dans le sens premier du terme, c’est-à-dire « du même sexe » – en 1915 !

N’oublions pas qu’à cette époque, aux Etats-Unis, l’homosexualité est encore punie par la loi.

D’ailleurs, la Suède ne s’y trompe pas : les censeurs vont interdire ce film qui ne sera autorisé qu’en 1931 !

 

Pour le reste, c’est du pur Chaplin, et on y retrouve les habitués (dont Leo White, au parc dans la première partie), ainsi que des gags récurrents habituels : le vagabond qui marche sur son adversaire couché, diverses chutes et autres joyeusetés.

Ici, le vagabond est un peu différent. En effet, s’il est toujours dans un processus d’errance, il n’en est pas pour autant un clochard : ses habits sont nets, même si mal coupés pour sa stature.

A ses côtés, Edna Purviance se fait complice d’un mauvais coup auprès de notre héros, mais aussi de sa mère et surtout du spectateur : elle n’hésite pas à l’inclure dans la farce.

Il est d’ailleurs intéressant aussi de noter que quand le vagabond apparaît en jeune femme, les rôles sont inversés : alors qu’il devient tout à coup timide et réservé, minaudant facilement, Edna prend les choses en main comme le fait habituellement son partenaire dans sa tenue normale.

 

Bref, une dernière excursion dans le transgenre pour Chaplin qui, si elle n’évite pas pour autant la chute finale habituelle, n’en demeure pas moins un film attachant.

 

  1. C’est la troisième et aussi la dernière fois.
  2. Là encore c’est la dernière fois avant longtemps : il faudra attendre Limelight – soit plus de trente-cinq ans après (1952) – pour le voir à nouveau le visage sans attribut pileux.
  3. Je sais, le film est en noir et blanc. Il n’empêche.
  4. La séquence avec Hank Mann dans City Lights (1931) en est une très belle illustration (avant le combat de boxe).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #Charles Chaplin
Charlot Soldat (Shoulder Arms - Charles Chaplin, 1918)

Alors que la première Guerre mondiale se terminait (1), Charles Chaplin en rajoute une couche dans la propagande. Après le (très) court The Bond, il met en scène son personnage de vagabond au cœur de l’actualité mondiale en le transformant en GI, partant à l’assaut des armées teutoniques et du Kaiser (Sidney Chaplin, son frère) en particulier.

Bien sûr nous sommes dans une comédie et tous les ressorts sont bons pour faire rire, en particulier les indispensables coups de pied au derrière et tarte à la crème (2).

Mais il n’en demeure pas moins que ce film traite de certaines réalités des soldats au front, qui ne sont pas spécialement idylliques mais malgré tout source de comique.

 

Nous sommes en territoire connu dans ce court-métrage, où on retrouve les collaborateurs habituels : outre Sidney et Loyal Underwood, ce sont Henry Bergman, Albert Austin et la belle Edna Purviance qui évoluent dans ce décor de guerre (et un peu d’opérette), où seule Edna (avec Chaplin) n’interprète pas plusieurs personnages.

Chaplin, d’une certaine façon, pose les bases de nombreux films militaires, et Stanley Kubrick – entre autres – saura s’en souvenir pour ses deux films de guerre, Les Sentiers de la Gloire et Full metal Jacket : comme dans le premier on assiste à un magnifique traveling dans une tranchée tout comme ici quand le soldat-vagabond découvre son nouvel univers. Pour le second, c’est l’inévitable passage par les classes avant le baptême du feu.

 

En effet, nous avons droit dans ce Charlot Soldat à une séquence de classes où notre héros apprend à marcher au pas mais surtout à faire demi-tour ce qui n’est pas sans rappeler ses pirouettes chorégraphiques qu’on lui connaît, tournant sur lui-même avant de saluer.

Mais le plus important est bien sûr les combats dans les tranchées.

Encore une fois, si la vie au front semble facile et somme toute peu gênante, Chaplin grossit le trait à l’extrême, avec le moment où tout le monde va se coucher alors qu’il y a déjà un mètre d’eau dans la chambrée sommaire (il faut dire qu’il pleut beaucoup). C’est un moment des plus absurdes où encore une fois, rien que de très normal n’arrive.

 

Mais Chaplin n’en oublie pas moins son personnage, inadapté à la société. Ici, notre héros est très courageux, mais la plupart du temps un peu malgré lui, la réalité du feu nourri de l’ennemi tempérant ses ardeurs belliqueuses. De même, quand le courrier arrive, il ne reçoit rien : on peut même trouver cela normal puisqu’il est avant tout un vagabond (et même LE vagabond), donc n’a que très peu d’attaches. Pas étonnant qu’il cherche dans la lecture par-dessus l’épaule d’un autre quelque réconfort.

Et quand la tournée se termine et qu’il reste un paquet, ça ne peut qu’être pour lui, puisque les autres n’ont pas été oubliés.

 

Il n’y a pas de véritable intrigue mais plutôt une suites d’événements militaires, prenant appui sur de véritables opérations de combat dont notre vagabond sort toujours vainqueur : c’est normal, nous sommes au cinéma ! Mais derrière ce rôle de va-t-en-guerre, Chaplin apporte un nouvel élément dans la construction de son personnage : le Vagabond a beau être une sorte de paria, il n’en demeure pas moins patriote et son engagement dans l’armée américaine est tout sauf fortuite. On retrouvera d’ailleurs cet aspect patriotique treize ans plus tard dans City Lights : pendant la séquence sur la statue, il prend la pose (ou tout du moins il essaie) pendant que retentissent les premières notes de l’hymne américain.

 

Et encore une fois, quand le mot « fin » (3), apparaît, on ne peut pas parler de fin heureuse. C’est normal, c’est Chaplin.

 

 

  1. L’Armistice arrivant moins de 15 jours après la sortie du film.
  2. Il s’agit ici plutôt du principe de la tarte à la crème puisque c’est un fromage très avancé (autre source de gag) qui est envoyé par notre héros dans la figure d’un nabot teuton à l’autorité inversement proportionnelle à sa taille (Loyal Underwood).
  3. Les mots « the end », devrais-je dire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Charles Chaplin
Monsieur Verdoux (Charles Chaplin, 1947)

Monsieur Verdoux (Charles Chaplin) est antiquaire à Paris. Il vit à la campagne avec sa femme (Moda Correll) et son fils Peter (Allison Rodan). Enfin, ça c’est sa véritable identité, parce qu’en même temps, il est aussi Monsieur Varnay, monsieur Floray et même le capitaine Bonheur.

Chacun de ses personnages doit régulièrement se déplacer pour son travail, ce qui fait qu’il peut vivre différentes identités en même temps, et surtout s’enrichir.

J’oubliais : en trois ans, il a tué quatorze femmes qu’il avait épousées pour leur argent…

 

C’est après une discussion avec Orson Welles que Chaplin a décidé de réaliser ce film. Welles sera presque gêné de voir son nom au générique, lui ayant suggéré de faire un film sur Henri Désiré Landru, tueur de femmes français qui a été exécuté 25 ans avant la sortie du film.

On retrouve d’ailleurs certains détails du modus operandi du terrible Barbe-Bleue français et son incinérateur qui lui permettait de se débarrasser définitivement des cadavres des femmes qu’il avait tuées.

 

Nous sommes à un tournant dans l’œuvre de Chaplin. Après un Dictateur un tantinet décevant, il abandonne définitivement le vagabond pour un personnage totalement parlant. Mais Chaplin étant Chaplin, il ne peut résister à intégrer certains ressorts du cinéma muet ou certaines attitudes qui rappellent énormément ce petit personnage sympathique et inadapté à la vie en société.

De plus, Verdoux lui aussi n’est pas adapté à cette société post-crise de 1929 (l’action commence en 1932), remercié (1) après plus de trente ans de bons et loyaux services dans une banque.

 

Et surtout, Chaplin développe ici un personnage rempli d’amertume et très cynique, peu habituel pour les spectateurs.

Certes, on reste dans la comédie, mais elle est bien acide, e(t encore une fois, la fin n’est pas favorable au héros.

Mais Verdoux est aussi un prétexte pour continuer à faire passer le message pacifique qu’il avait commencé à formuler à la fin du Dictateur. Alors que le petit barbier, grimé en Adenoid Hynkel portait un message d’espoir pour le monde, Verdoux agit en réaction contre la guerre qui s’est terminée deux ans plus tôt (2).

Et encore une fois, c’est à la fin du film que nous avons ce discours, les dernières déclarations d’un accusé avant le verdict fatal attendu.

 

Bien sûr, un tel film fut un colossal échec : le public ne retrouvait pas les éléments comiques habituels, mais surtout, traiter cette histoire de manière humoristique n’était pas vraiment dans l’ère du temps, tout comme la critique à demi-mots des marchands de canons difficile à entendre.

Mais surtout, le message universaliste de Chaplin a eu du mal à passer aux Etats-Unis (où fut produit et tourné le film) : la guerre froide venait de commencer, et d’une certaine façon les ennuis du maître, qui devra même s’exiler quelques années plus tard.

 

Mais ceci est une autre histoire…

 

PS : Bien que se situant en France, les différents éléments officiels (mariage, procès…) sont calqués sur le modèle américain. En effet, on n’imagine aucun couple se mariant seulement religieusement (interdit) et surtout que le prêtre se déplace chez eux…

 

  1. Licencié, mais le terme remercié ajoute une dose d’hypocrisie dans une pratique patronale peu respectueuse des travailleurs.
  2. Bien que l’action se situe dans les années 1930s, le propos découle de cette guerre qui vient de se terminer : le nombre vertigineux des victimes justifiant à lui seul la diatribe contre les vendeurs d’armes et les différents chefs d’états impliqués dans cette guerre.

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