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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Mack Sennett, #Charles Chaplin
Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's punctured Romance - Mack Sennett & Charles Bennett, 1914)

Quel titre.

Décidément, les traducteurs d’avant-guerre (et d’après) n’ont pas vraiment brillé par leur rigueur. Alors qu’on pourrait traduire ce film par La Romance percée de Tillie (Marie Dressler) nous avons cette intrusion de Lolotte, dénomination de excentrique due à l'habitude des distributeurs français de franciser les personnages américains de comédie (1).

 

Quoi qu’il en soit, ce n’est ni Mabel (L’autre femme) ni Chaplin (L’étranger) qui sont en haut de l’affiche mais bien  Marie Dressler, en contre –emploi par rapport à ce que nous avons l’habitude de voir. Et c’est là qu’est l’intérêt du film. On a très souvent vu Marie Dressler en rombière ou autre rôle un brin sérieux pour se réjouir de la voir dans un rôle comique de premier plan, même si elle doit partager la vedette avec deux pointures de l’époque. De plus, avec Chaplin à la réalisation, on ne peut s’attendre qu’à du grand spectacle.

 

Sauf que nous sommes en 1914 et que Chaplin est encore sous contrat chez Mack Sennett et qu’il n’a pas encore pris son envol. Certes, on trouve déjà certains éléments qui vont composer son humour dans les années qui vont venir, mais l’influence Keystone est encore très présente, pour preuve le nombre incalculable de coups de pied au cul qui sont échangés, et ans distinction de sexe : Marie Dressler en reçoit autant qu’elle en donne !

Parce que Tillie, c’est Marie Dressler, et si Chaplin et Normand sont les stars éprouvées de Sennett et des studios Keystone, c’est bien Marie Dressler qui tient le haut de l’affiche.

 

Marie Dressler est magnifique en face de ces deux monstres comiques. Bien sûr, elle n’a pas les arguments physiques pour rivaliser avec la belle Mabel, mais elle compense par une prestance imposante et surtout elle assume son physique : certes, elle n’est pas glamour, mais cela ne l’empêche pas de jouer avec son physique dans l’esprit de la comédie de Chaplin. Elle atteint le côté aérien des personnages du grand Charles, atteignant la légèreté que nous connaissons, et ce malgré une stature plutôt imposante.

Il est d’ailleurs rare de voir la grande Marie Dressler dans une telle disposition, alors il faut en profiter : elle possédait ce qui fait d’une actrice une comique, mais ne fut malheureusement pas utilisée dans ce registre.

 

J’ai déjà eu l’occasion ici de parler des premiers films de Chaplin et tous ne concernent que la période qui va suivre ce film : il est alors sous contrat et n’a pas une très grande autonomie de travail. Pour preuve, nous avons droit au déploiement de la police (dans une mesure fort restreinte par rapport à ce que nous avons pu voir antérieurement) pour essayer de régler un problème (2). Mais nous trouvons déjà la propension de l’étrange (qui n’est pas encore « vagabond ») à marcher sur ses adversaires à terre. Et ce sans distinction du sexe : il ne se gêne pas pour marcher sur Tillie-Marie Dressler.

 

Alors, un Chaplin avant Chaplin ?

Pas vraiment. Nous sommes en plein dans la mouvance Sennett avec des gags plus ou moins facile où les coups de pied au cul sont la base du comique et où la subtilité n’est pas encore de mise. Nous trouvons en outre un complice qui va jouer un grand rôle dans les films Chaplin quand il se sera démarqué de son mentor (Sennett), Chester Conklin, qui a déjà une magnifique (et fausse) moustache.

 

Alors oui, on s’amuse, et on rit. Mais avec le recul, on se rend compte que Chaplin a tout gagné en quittant Sennett et en montant ses propres films : son comique y a gagné progressivement en subtilité, que nous pouvons apprécier avec toujours plus de plaisir à chaque nouvelle projection.

 

PS : on notera la présence de Mack Swain au physique beaucoup moins imposant que dans The gold Rush

 

  1. Keaton était Malec ou Frigo...
  2. Tillie est tombée à l’eau. Bien sûr, ces policiers en servent à rien, sinon à ajouter dans le comique de la situation. Encore que…

 

 

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