Ce sergent noir, c’est Braxton Rutledge (Woody Strode), un soldat de la cavalerie des Etats-Unis d’Amérique.
Il est accusé du viol et du meurtre de la jeune Lucy Dabney (Toby Michaels) ainsi que de son père (meurtre seulement). Circonstance aggravante : on l’a vu fuir le fort après les coups de feu. Si le juge, le colonel Fosgate (Willis Bouchey) est impartial et attend des débats que la vérité sorte, le procureur Shattuck (Carleton Young) est persuadé de la culpabilité de Rutledge : viol et meurtre d’une femme blanche par un homme noir sont les seuls ingrédients qui motivent ses interventions.
Heureusement, Rutledge est défendu par Tom Cantrell (Jeffrey Hunter), convaincu lui, de son innocence.
Encore une fois, John Ford tue quelques Indiens, mais on pourrait presque dire que c’est pour la bonne cause : ce n’est pas par hasard que son personnage titulaire est noir. Quand le film sort, la bataille pour les Droits Civiques fait rage aux Etats-Unis, et Ford a choisi son camp, celui de Rutledge. Dès lors, le procureur devient l’autre méchant du film, après le véritable coupable (1) des faits. Chacune de ses interventions sont bien sûr orientées mais surtout marquées d’un racisme latent qui va s’exprimer pendant la plaidoirie. On ne peut décemment pas soutenir ses différents arguments.
De son côté, Cantrell gagne très rapidement la sympathie du spectateur, tout comme la belle Mary Beecher (Constance Towers) : Rutledge n’est pas la brute violente que voudrait le procureur. Et d’une manière générale, leur attitude à tous les deux envers les soldats noirs est exemplaire, ce qui se confirme lors de la dernière séquence.
Et bien sûr, comme nous sommes chez John Ford, le contexte a une grande importance. Certes, on n’y danse pas, mais on sent tout de même une communauté soudée où les Noirs sont acceptés, même si c’est parfois du bout des lèvres…
On y retrouve tous les détails amusants qui émaillent les films fordiens : le whisky, bien entendu, mais aussi la truculence habituelle qui s’exprime dans la bonne humeur, même à un procès de court martiale : les recommandations du juge au public vont pleinement dans ce sens.
Bien entendu, même si le propos est grave, cela n’empêche pas les saillies comiques habituelles, détendant une atmosphère tout de même bien lourde.
Et encore une fois, on retrouve l’un des éléments les plus caractéristiques du réalisateur, la femme forte. Ici, c’est bien de Mary Beecher qu’il s’agit. Si elle sait tricoter – ce qu’elle fait quand elle rencontre Cantrell – elle sait aussi jouer du revolver ! Et surtout, elle ne se laisse pas dicter sa conduite par ce même Cantrell, même si elle demeure très attachée à lui.
Et Ford nous emmène à nouveau dans un de ses lieux privilégiés : Monument Valley. Son régiment de soldats noirs maintient la paix (à coup de fusil, bien entendu) avec les Indiens dans ce lieu grandiose, caractéristique au western. Et comme l’intrigue se situe en Arizona, le lieu devient on ne peut plus pertinent.
Et pourtant, ce n’était pas gagné : l’intrigue principale se situe dans un prétoire !
Mais le cinéma permet tout, et surtout d’en sortir (du prétoire) pour illustrer les différents témoignages, en baissant la lumière d’abord, puis en changeant totalement de plan et d’éclairage.
Le tout bien entendu avec quelques rares habitués : si Ward Bond n’apparaît pas, c’est peut-être parce qu’il ne peut plus (il mourra six mois après la sortie du film), par contre Jack Pennick (le sergent du tribunal) est fidèle au poste et a même quelques répliques.
Et Ford nous gratifie même d’un twist final, concernant le coupable, amenant le tribunal – et même le procureur – à la vérité concernant les actes criminels incriminés.
Bref, Patrick Brion aura beau penser que ce n’est pas un de ses meilleurs westerns, le fait est que ce Sergent noir se regarde avec beaucoup de plaisir et met réellement en avant celui qui sera Draba (Spartacus) quelques mois plus tard : Woody Strode.
- Vous imaginez bien que Rutledge n’est pas coupable.
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