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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

justice

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Clint Eastwood
Le Juré n° 2 (Juror #2 - Clint Eastwood, 2024)

Justin Kemp (Nicholas Hoult) est un homme heureux : il est marié à la belle Allison « Ally » Crewson (Zoe Deutch), et ils attendent un heureux événement. Seule (toute) petite ombre au tableau : Justin doit se présenter au tribunal pour participer à un jury, s'il est retenu. La procureure Faith Killebrew (Toni Collette) et l'avocat de la défense Eric Resnick (Chris Messina) le choisissent.

Mais c'est un procès presque pour la forme : un jeune homme, James Michael Sythe (Gabriel Basso) a « sauvagement » tué sa petite amie Kendall « Kenny »  Carter (Francesca Eastwood, la fille de) et l'a versé dans le lit d'un ruisseau après s'être rouspété un peu plus tôt.

Quand le procès commence et que les magistrats exposent les circonstances de la mort de la jeune femme, Justin sent monter en lui un malaise : ce jour-là, il a heurté ce qu'il croyait être un cerf. Sauf que ce n'était pas un cerf.

C'était bien Kendall Carter, la jeune femme dont il est question...

 

Deux films nous viennent en tête quand on visionne ce dernier opus eastwoodien :

- Le septième Juré (Georges Lautner, 1962), tout d'abord : tout comme Grégoire Duval (Bernard Blier), Justin Kemp est sûr de l'innocence de Sythe. Et pour cause ! Mais alors que Duval avait tué la jeune femme pour la faire taire, il s'agit ici d'un accident. Par contre, aux Etats-Unis, le jury n'a pas droit à la parole.

- 12 Hommes en colère (Sidney Lumet, 1957), ensuite, quand le jury se réunit : à l'instar du personnage interprété par Henry Fonda (juré n° 8), le personnage de Nicholas Hoult (juré n° 2) demande qu'on prenne le temps de discuter du cas de cet homme. A nouveau, il va retourner d'autres membres du jury.

Malgré tout, malgré quelques « emprunts  plus ou moins conscients (1), Clint Eastwood se démarque très rapidement des deux autres films pour donner une autre dimension : le dilemme d'un homme qui sait qu'il a tué un être humain et qui ne dit (2) rien. Et cette « tempête dans un crâne » donne tout son intérêt au film, amenant une situation inextricable pour Justin.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ne se dénonce-t-il pas ? Parce qu'il est piégé. Il aurait fallu l'annoncer tout de suite, mais comme il pensait sincèrement qu'il avait heurté un animal, il est rentré chez lui, a fait réparer sa voiture et est passé à autre chose. Alors pourquoi quand il a compris l'enjeu du procès n'a-t-il là encore rien dit ? Il a autrefois souffert d'alcoolisme et participe toujours à un groupe de parole dirigé par Larry (Kiefer Sutherland, qui réalise là un de ses rêves : tourner avec Eastwood). Et le jour de l'accident, il revenait d'un bar : on conclura (trop) facilement qu'il était épris de boisson et s'est enfui à cause de cla, ce qui est une circonstance on ne peut plus aggravante.

 

Et Clint Eastwood prend son temps pour nous raconter cette histoire bien singulière.

Il en profite – à son tour – pour nous présenter le système judiciaire américain, vu cette fois-ci à travers l’œil d’un juré, en l’occurrence le n° 2. C’est très souvent à l’aide d’une caméra subjective qu’il montre le rôle des différents avocats (accusation & attaque), que ce soit lors de la désignation ou pendant le procès en lui-même. Et à la différence des films judiciaires habituels, il ne cesse d’utiliser un chassé-croisé entre les deux avocats : si Resnick avance un élément pour disculper son client, Killebrew en avance un identique pour l’enfoncer ; quand Killebrew plaide et argumente la culpabilité de Sythe, Resnickva donner une autre signification à ce qu’elle a voulu dire. Tout comme pour la désignation des témoins, c’est un jeu de ping-pong entre ces deux ténors du barreau.

Et comme au ping-pong, quelqu’un gagnera et quelqu’un perdra.

 

Si le film est avant tout le procès de John  Sythe, pour le spectateur que nous sommes, c’est aussi le procès du véritable coupable (accidentel). En effet, pendant que tous les membres du jury écoutent (religieusement ?) les débats, nous suivons celui qui se passe dans la tête de Justin : dans quelle(s) circonstance(s) véritable(s) s’est passé l’accident.

Et bien sûr, ces circonstances sont atténuantes – pour nous – mais comme expliqué plus tôt, il n’est lui pas possible d’en parler sans être sûr de se retrouver à la place de Sythe, voire à l’ombre pour un temps indéfini.

 

Alors, et puisque nous sommes dans un film américain, difficile d’exprimer une quelconque rédemption. Justin doit expier sa faute et il le sait très bien. Mais au vu des circonstances de ce procès et de sa révélation, il va être difficile d’y parvenir intact.

Alors, aura-t-il son expiation ? Oui.

Va-t-il se dénoncer ? Va-t-il sauver la tête de Sythe ? Autre chose ?

Je vous laisse découvrir…

 

(1)   La place qu'occupe Justin est la même que celle du n° 8 (Lumet) ; le jury qui se rend sur place pour voir le lieu du crime (Lautner), etc.

(2)   Le verbe dire a la même forme au présent et au passé simple de l'indicatif...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #David Dobkin, #Robert Duvall
Le Juge (The Judge - David Dobkin, 2014)

Carlinville, Indiana.

Une ville où la seule chose dont on a envie, c’est d’en partir. Alors y aller, vous pensez bien…

Quant à y rester…

C’est pourtant ce qui va arriver à Henry « Hank » Palmer (Robert « Iron man » Downey Jr.) : parti (bien assez tôt) pour Chicago où il est un avocat de la défense brillant et un tantinet cynique, il apprend que sa mère vient de mourir.

Il retourne donc là-bas retrouver ses frères Glen (Vincent «  Whale » D’Onofrio) et Dale (Jeremy Strong), et surtout son père Joseph (Robert Duvall), qui l’accueille poliment.

Mais une fois l’enterrement fini et la nuit passée, l’information tombe : un homme a été retrouvé mort sur la route, renversé par une voiture. Et cette voiture porte les marques de l’accident, ainsi que le sang de la victime : c’est celle de Joseph, le juge de Carlinville depuis 42 ans.

Hank décide alors de défendre son père… Qui refuse !

 

Bien sûr, au final, le juge va accepter la présence de son fils à ses côtés. Ce n’est pas là le plus intéressant. Ce qui ressort, c’est avant tout la relation entre ce père et ce fils qu’il a aimé et qui aurait pu mal tourner. Encore qu’on peut se demander si pour Joseph, Hank n’aurait pas mal tourné finalement… Et évidemment, il n’en est rien : Hank va évoluer et retrouver ce père qu’il a toujours aimé, même s’il ne le savait plus. Mais Hank n’est pas le seul à changer : son père aussi, ce qui était là aussi prévisible.

 

Alors laissons le prévisible de côté, et regardons le reste : avec ce film, David Dobkin réussit à allier une affaire judiciaire et des éléments comiques qu’on attendait, surtout dans une telle intrigue. En effet, si l’histoire de ce juge amnésique (il ne sait pas s’il a vraiment écrasé ce type) est assez sombre, mais la présence de Robert Downey Jr., sans cesse affrontant ce père qui lui est devenu étranger, est des plus réjouissante : son cynisme s’effaçant progressivement pour laisser place à celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le fils de Joseph.

Alors oui, nous apprenons les raisons qui ont fait que ces deux forts caractères s’éloignent, sans pour autant qu’il y ait de véritables reproches verbalisés. Et c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’ils se sont éloignés : trop de non-dits.

 

Qu’importe, ils sont à nouveau réunis et vont faire front ensemble, non sans heurt – ce qui était aussi prévisible. Et Dobkin nous montre le changement qui s’effectue entre ces deux hommes qui n’osent avouer qu’ils s’aiment, ou tout du moins se sont aimés, mais chacun, à sa manière va se rapprocher de l’autre, subtilement (encore que, le coup de la salle de bain…), et durablement.

Et si Downey & Duvall sont formidables, c’est aussi parce qu’autour d’eux, la distribution est à la hauteur de la rencontre. Vincent d’Onofrio est encore une fois impeccable, dans le rôle du grand frère – seulement en âge – et Jeremy Strong, en benjamin simplet – voire autiste – est lui aussi magnifique. La naïveté de Dale est touchante et comique à la fois, sans toutefois tomber dans l’excès. Et la dernière recommandation de Joseph qu’il reçoit en dit beaucoup plus long sur la relation qu’il a – ou montre – avec lui.

 

Et les femmes ? Elles ne sont pas nombreuses à avoir un r^pole important : outre la femme de Glen (Tamara Hickey) qui n’a qu’un rôle décoratif, elles sont trois.

Mary (Catherine Cummings), la mère qui vient de mourir, et qui, de ce fait va être une dernière fois (la bonne ?) la rassembleuse de cette famille un brin désorientée.

Mrs. Blackwell (Grace Zabriskie), la mère de la victime, accusatrice et effondrée, mais pas très claire tout de même.

Et enfin Samantha Powell (Vera Farmiga), ex petite amie de Hank, qui a eu une fille neuf mois après son départ (presque définitif). Cette relation, en plus de la certaine ambiguïté qu’elle pose (autre ressort comique), est aussi un élément dans l’évolution de Hank, voire le dernier argument quant à son avenir…

 

David Dobkin signe ici un film très équilibré où le tragique et le comique sont intimement liés, et où l’amour familial s’exprime bizarrement, voire aléatoirement, amenant une touche de complicité et de tendresse entre ces deux hommes qui n’avoueront jamais leur amour réciproque, sauf quand il sera (là encore presque) trop tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Cédric Kahn
Le Procès Goldman (Cédric Kahn, 2023)

En 1976, Pierre Goldman (Arieh Wortalter) est à nouveau jugé pour différents méfaits qui lui avaient valu la perpétuité : plusieurs braquages dont celui de la rue Lenoir (Paris) qui avait fait deux mortes et deux blessés. Pourquoi le rejuger ? Parce que dans sa prison, Pierre Goldman a écrit un livre clamant son innocence. Cette innocence a été relayée par la gauche française, amenant le cassement du jugement.

Pierre Goldman a choisi de ne pas appeler de témoins, laissant sa défense à ses seuls avocats : Me Chouraqui (Jeremy Lewin), Me Bartoli (Christian Mazucchini) et bien sûr Me Kiejman (Arthur Harari).

Mais Goldman est tout sauf un accusé ordinaire, ce qui va poser évidemment des problèmes à la défense…

 

Autant le dire tout de suite, Goldman a été lavé du crime de la rue Lenoir, seul véritable enjeu de ce procès. Et d’ailleurs les débats se focalisent sur les deux meurtres, avec toutes les contradictions qui en ont émanées, que ce soit du côté des témoins de la défense comme de l’accusation. Bien entendu, ces mêmes contradictions – surtout de la police – offrent un boulevard à Pierre Goldman qui en profite pour tirer à boulets rouges sur les institutions.

C’est à chaque fois ponctué de réactions du public qui ajoute à la confusion. Sans oublier Me Garaud (Nicolas Briançon) qui n’est pas un novice et sait encourager les réactions de l’accusé pour mieux le discréditer.

Bref, c’est un procès à grand spectacle, où malgré l’enjeu l’humour est présent !

 

Mais malgré ce grand spectacle annoncé, Cédric Kahn nous prend à contre-pied dès le début : le format proposé est un 4:3 peu courant actuellement depuis l’explosion du 16:9. Nous sommes dans le format de la télévision de l’époque, et seul manque le noir et blanc (1). Parce que ce format sobre va resserrer l’attention du spectateur sur ce qu’il se passe et surtout ce qu’il se dit. Nous sommes en plein cœur du procès, prenant même parfois place dans le public ou sur la chaise du Président (Stéphan Guérin-Tillié), recevant directement les différents arguments des deux camps. Ce format « télévision » amène aussi un aspect documentaire de ce procès, ajoutant une teinte authentique très présente. Cette authenticité est relayée par la présence de personnalités dans le public : Simone Signoret, Régis Debray et le Jean-Jacques (appelé « jeune homme »), le frère de l’accusé (2).

 

Et pour renforcer (encore plus) l’aspect sérieux du film et empêcher toute intervention extérieure à ce procès, Cédric Kahn a exclu toute musique : de l’ouverture qui voit Kiejamn et Chouraqui revenir sur la dernière lubie de leur client, à la dernière ligne du générique de fin, c’est une bande originale muette que nous avons. Et tout l’art de Kahn, c’est de ne pas le faire remarquer. C’est seulement à la fin, alors que l’écran est noir et que la distribution commence qu’on s’en aperçoit (pas toujours, d’ailleurs). Alors on attend jusqu’au bout pour en être bien sûr. Mais non, pas une seule note. Et le propos du film n’en est que plus fort : nous sommes dans les conditions du procès, celles de Pierre Goldman. Et à chaque fois qu’il quitte la salle, la caméra le suit, délaissant ce qu’il se passe au-dehors, même s’il semble y avoir toujours du spectacle !

 

Et c’est vrai que ce film, malgré ce format réduit, est un formidable spectacle. Mais sans véritable effet (même pas de manche), les différents protagonistes l’assurant brillamment. Et là, je ne parle pas des personnages mais bien des interprètes qui, de par une certaine similitude de traits physiques, incarnent parfaitement leur rôle, Worthalter et Harari bien sûr, mais aussi Briançon et Guérin-Tillié. Il y aune parfaite osmose entre les personnages et leurs interprètes, ce qui renforce l’aspect authentique du film. C’est juste du début à la fin, et ce pour notre plus grand plaisir.

 

Décidément, l’année 2023 est une année judiciaire de qualité pour le cinéma français !

 

  1. Chez moi, c’est l’année où nous avons eu notre première télévision en couleur !
  2. Ces personnages ne s’exprimeront à aucun moment, ce qui rend difficile l’identification de leurs interprètes.
Pierre Goldman (1944-1979)

Pierre Goldman (1944-1979)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Justine Triet
Anatomie d'une Chute (Justine Triet, 2023)

Si une Palme d’Or, tout comme un Oscar, n’est pas toujours une récompense justifiée (1), celle de Justine Triet l’est pleinement !

C’est un film époustouflant voire bouleversant tant le propos et l’interprétation sont d’une justesse incroyable, le tout mâtiné d’une grande maîtrise technique, ce qui ne gâche rien.

Mais reprenons.

 

Quand Daniel (Milo Machado Graner) rentre d’une promenade avec Snoop son chien (Messi), il découvre une forme allongée par terre, entourée d’une autre rouge. C’est Samuel (Samuel Theis), son père, qui gît là, mort.

Il appelle sa mère, Sandra (Sandra Hüller) qui ne peut que constater le désastre et appeler – inutilement – les secours.

Il semble que c’est un suicide, mais certains éléments laissent à penser que Samuel n’est peut-être pas tombé accidentellement.

Sandra se retrouve alors jugée pour homicide volontaire sur son mari.

 

Bien sûr, on pense à Otto Preminger et son formidable Autopsie d’un Meurtre (Anatomy of a Murder, 1959), au vu de cette intrigue judiciaire, et pas seulement pour le nom. Mais alors que le réalisateur autrichien racontait le jugement d’un meurtre avéré, Justine Triet, qui a aussi coécrit le scénario avec Arthur Harari, nous montre le jugement d’une possibilité de meurtre. Mais à nouveau, c’est une femme qui est accusée, ici d’avoir frappé et poussé son mari dans le vide.

Mais là s’arrête le parallèle puisque c’est surtout l’avocat (James Stewart) qui est suivi dans le film de Preminger, ici c’est surtout Sandra et son fils qui sont le centre de l’attention. L’avocat (Swann Arlaud), ici, n’a pas de vie personnelle sauf les quelques bribes qu’il rappelle à Sandra qu’il connaît depuis longtemps : il reste exclusivement cantonné à sa profession, et ce malgré le lien fort qui l’unit à cette femme.

 

Et Justine Triet prend le temps pour mettre en place son intrigue, et ce malgré la découverte plutôt rapide du mort. Mais cette exposition succincte est tout de même bien amenée puisqu’on est capable dès la première intervention policière d’avoir une idée de ce qu’il s’est passé. Et cette idée va être exploitée avec beaucoup de justesse : qu’on croit Sandra coupable ou innocente de ce qui lui est reproché, jusqu’au verdict final qui sera annoncé à la télévision (oui, nous sommes au cinéma) on ne pourra pas savoir ce qu’il en est. Et j’aurai tendance à dire, même après ! Mais ça, c’est plus personnel. Toujours est-il que la personne qui m’accompagnait était d’accord pour dire qu’il y avait un débat possible après. Débat que nous avons un tantinet commencé…

 

La grande force du film, c’est bien sûr l’interprétation. Sandra Hüller est magnifique dans le rôle de cette femme qui se bat pour prouver son innocence. Outre le ton – très juste, donc – elle nous montre sa capacité physique à exprimer ses différentes émotions, passant parfois de l’une à l’autre sans transition. A ses côtés, le jeune Milo Machado Graner est un Daniel phénoménal : mal voyant, on assiste avec lui aux différentes phases du procès, et ce malgré la réticence de la juge qui considère que ce n’est pas un lieu pour un enfant. Et surtout, on ressent les mêmes émotions que lui : sa mère est accusée d’avoir tué son père. SI ce n’est pas oedipien, c’est tout de même bien proche ! Et Daniel en plus d’être un enfant très fort psychologiquement, est d’une très grande intelligence, en remontrant même à certains adultes de cet entourage judiciaire.

D’ailleurs, les deux principaux protagonistes judiciaires, l’avocat général (Antoine Reinartz) et celui de Sandra se livrent à une joute oratoire en plusieurs reprises, là encore d’une très grande justesse. Il y a une forte dose d’authenticité dans ce procès qui nous change complètement de ce que nous avons l’habitude devoir dans les films américains. Et quand les avocats interviennent, l’hilarité récurrente qu’on retrouve aussi chez Preminger n’a que très peu de place ici. Et aucun effet de manche ! On reste concentré jusqu’au bout sur les débats et le sens des mots : de toute façon, on ne peut rien faire d’autre puisqu’il n’y a aucun témoin de cette chute !

 

Je terminerai en parlant de la façon de montrer cette affaire judiciaire. IL est important de souligner le travail conjoint de prises de vue et de montage qui donnent çà ce film une autre force qui, jointe aux autres oblige de lui décerner la Palme d’Or. Le rythme du montage est très pertinent et le jeu sur les différents points de vue, s’il peut parfois décontenancer (2), l’est tout autant : entre ce que voient Sandra et/ou son fils, les cadrages de la police judiciaire ou de la télévision, on aurait pu s’étourdir de cette profusion.

Il n’en est rien. Justine Triet mène son film d’une main de maître et on ne peut que l’en féliciter.

Tout comme pour sa Palme d’Or !

 

  1. Non, je ne citerai pas de nom !
  2. Parfois on se demande quand même : « pourquoi ce point de vue ? »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Comédie dramatique, #Jeanne Herry, #Gilles Lellouche
Je verrai toujours vos visages (Jeanne Herry, 2023)

 « Je verrai toujours vos visages. »

Cette phrase est prononcée par Nassim (Dali Benssalah), à la fin d’un processus de cinq semaines qui l’a amené, lui, petit braqueur un tantinet violent, à rencontrer des victimes d’agressions qui, si elles ne sont pas de son fait, possèdent beaucoup de similitudes avec les siennes.

Depuis presque dix ans (2014) a été mise en place une nouvelle approche de la justice en France : la justice restaurative (ou réparatrice), qui voit s’affronter des victimes et des criminels dans un but de mieux comprendre les enjeux d’une agression et les impacts qu’elle laisse chez ceux qu’elle a détruits.

Ici, trois victimes – Nawelle (Leila Bekhti), Sabine (Miou-Miou) et Grégoire (Gilles Lellouche) sont venues rencontrer trois petits délinquants – Nassim, donc, Issa (Birane Ba) et Thomas (Fred Testot) – pour cinq séances d’échanges afin de comprendre d’un côté l’impact des agressions sur leurs victimes, et de l’autre pourquoi ces agressions.

Le tout encadré par des médiateurs formés à mettre en place un environnement propice à un échange constructif, voire bien entendu réparateur.

 

Décidément, cette nouvelle année (m’)apporte son lot de films intéressants, voire magistraux !

Jeanne Herry réussit ici un beau tour de force : montrer les bien faits de cette nouvelle forme de justice, sans pour autant tomber dans un optimisme béat ou un voyeurisme sordide : les histoires criminelles possèdent un aspect sensationnel dont se repaissent certaines personnes de façon parfois assez malsaine. Ici, rien de tout cela : tout est dit mais avec beaucoup de subtilité, ce qui n’empêcha pas certaines séquences d’être plus éprouvantes que d’autres. En effet, en parallèle de ce groupe de discussion se prépare l’entrevue entre une jeune femme – Chloé (Adèle Exarchopoulos) – et son violeur qui n’est autre que son grand frère (Raphaël Quenard). Là encore, une situation qu’on peut aisément qualifier de « glauque », et qui est rendue avec beaucoup de subtilité, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu.

 

D’une manière générale, l’interprétation est la clé du film et lui donne tout son intérêt, présentant une autre façon de voir la justice à un public qui n’est pas obligatoirement au fait de cette nouvelle pratique. Et le fait que Jeanne Herry ait d’abord été actrice fait beaucoup pour la qualité de cette interprétation : je l’ai déjà écrit ici, il existe une générosité chez les acteurs qui sont passés de l’autre côté de la caméra qu’on ne retrouve pas toujours chez les réalisateurs purs et durs. C’est donc le cas ici, les différents personnages sont bien définis et superbement campés, donnant une atmosphère authentique à ces deux rencontres.

 

Bien sûr, on retrouve différents éléments qu’on était en droit d’attendre comme la haine des victimes par rapport à ceux qu’elles ont la possibilité de croiser, et qui vont d’une certaine manière « prendre pour les autres », un transfert s’effectuant naturellement pour ces personnes traumatisées qui ont une chance s’exprimer sur leur ressenti à d’autres qui se sont retrouvés dans le camp d’en face. Et la force de l’interprétation, c’est l’adéquation entre la parole et l’attitude, les visages reflétant avec beaucoup de conviction les enjeux du débat et l’état de réflexion des différents personnages. Il n’y a pas beaucoup de fuite, les rares essais d’esquive des délinquants étant révélés et battus en brèche par ceux qui sont venus pour essayer de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de leurs agresseurs.

 

De plus, le film montre aussi les efforts fournis par ceux qui mettent en place ces rencontres, les CPIP (1) : leur travail de médiation en amont, leurs réflexions, leur implication dans les différents dossiers traités… Avec en toile de fond l’Institution (2), représentée par Paul (Denis Podalydès) qui en est encore dans ses balbutiements et ne peut se permettre la moindre erreur. Et là aussi, l’intérêt général a tendance à gommer les différents intérêts particuliers exprimés ici par l’une des CPIP, Judith (Elodie Bouchez) : on retrouve, dans une certaine mesure le décalage entre la théorie et la pratique, d’autant plus grand qu’on traite ici de l’humain qui, immanquablement est imprévisible.

 

On comprend alors, en sortant de la projection, pourquoi « la justice restaurative » est un sport de combat ! »

 

  1. Conseillers Pénitentiaires d’Insertion et de Probation
  2. Le SPIP (S pour Service)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Clint Eastwood
Jugé coupable (True Crime - Clint Eastwood, 1999)

Steve « Ev » Everett (Clint Eastwood) est un homme à femmes. Il ne peut pas s’en empêcher : même marié et avec une fille (Francesca Eastwood, tiens, tiens…), il ne résiste pas à un jupon qui passe. C’est le cas avec sa jeune collègue Michelle (Mary McCormack), qui doit réaliser une interviouve dans le Couloir de la Mort le lendemain. Malheureusement elle meurt dans un accident de la route, et c’est Everett qui doit la remplacer. En parcourant le dossier du futur exécuté – Frank Beechum (Isaiah Washington) – son pifomètre lui envoie un signal : quelque chose cloche.

Il va alors passer la dernière journée du condamné à mort à essayer de prouver son innocence.

 

Il y a des moments dans l’œuvre de Clint Eastwood où l’inspiration s’émousse et Jugé Coupable en fait partie. Non pas que ce soit un navet, mais on ne le sent pas aussi inspiré que dans son film précédent (le formidable Midnight in the Garden of Good and Evil) ni son suivant (Space Cowboy). Il faut dire que l’intrigue y est certainement pour quelque chose.

Si on retrouve l’éternel personnage solitaire qui doit lutter contre une certaine hostilité – ici surtout un mari trompé qui n’est autre que son rédac-chef (Denis Leary) – il manque tout de même quelque chose pour pleinement apprécier ce journaliste singulier.

 

Mais comme je le disais plus tôt, l’intrigue un tantinet improbable plombe le film, accumulant au passage les séquences inutiles : les rapports avec les femmes sont une des caractéristiques du personnage certes, mais on aurait très bien pu s’en passer. S’il y a une « ouverture » avec Michelle, elle est immédiatement fermée avec sa mort. De même ses rapports avec sa femme (Diane Venora) donnent un contexte à ce personnage, mais on remarque encore une fois que la résolution de l’intrigue aurait très bien pu s’en passer. Et les explications de Steve quant à son attitude malhonnête ne sont ni glorieuses ni convaincantes. On préfère quand son personnage est déjà séparé de sa femme, évitant ce genre de scène qui ne lui correspond pas.

 

Mais l’autre élément qui plombe ce film, c’est bien cette résolution in extremis d’une erreur judiciaire : si le titre original ne laisse planer aucun doute – « véritable crime » - son auteur n’est pas en prison depuis six ans. Et on a du mal à accepter que Steve Everett, rien qu’en jetant un œil – informatif – au dossier sent tout de suite que quelque chose ne va pas. Et surtout qu’il réussit à tout démêler en moins d’une journée. c'est peut-être ça, la magie du cinéma. Mais tout de même, je reste très dubitatif.

 

Reste tout de même un film qui se laisse regarder avec plaisir, en appréciant d’y trouver quelques visages connus, dont deux d’entre eux étaient au casting de Titanic deux ans plus tôt.

Bien entendu, je vous laisse les retrouver…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Marcel Carné
Les Assassins de l'Ordre (Marcel Carné, 1971)

8 h, un dimanche avant noël.

Les inspecteurs Rabut (François « Lucas » Cadet) et Bonetti (Serge Sauvion) viennent tirer du lit Michel Saugeat (Roland Lesaffre) pour « une affaire le concernant » (comme on dit dans ces cas-là). Cinq heures plus tard, on ramène à Mme Saugeat (Françoise Giret) le cadavre de son mari. Que s’est-il passé ? Une fois arrivé au commissariat, Saugeat a été emmené dans la salle d’interrogatoire qui fut vite fermée.

Pas une personne présente ne se souvient de ce qu’il s’est passé. Sauf Danielle Lebègue (Catherine Rouvel), qui prétend que Saugeat a été tabassé. Mais il se trouve que cette dernière est une prostituée et que le commissaire Bertrand (Michael Lonsdale), responsable de l’affaire, a arrêté cette jeune femme quelques années plus tôt.

Bref, beaucoup (trop) de fil à retordre pour le juge Revel (Jacques Brel) qui doit s’attaquer à une des institutions de l’Etat : la Police.

 

Marcel Carné n’est pas connu pour ses films optimistes, et celui-ci ne déroge pas à la règle. Nous sommes dans un film judiciaire noir (1), où à nouveau Don Quichotte se bat contre des moulins à vent. Cette comparaison, qui fait écho à la dernière séquence entre Revel et l’avocat de la défense Graziani (Charles Denner). Les spectateurs noteront le clin d’œil à la comédie musicale qui voyait Jacques Brel dans le rôle du Chevalier à la triste figure…

Lais il est vrai que le juge Revel se bat contre des moulins à vent. Ou plutôt contre une institution qui ne reconnaîtra jamais ses torts.


Surtout, nous sommes en 1971 quand sort le film et il ne faut pas oublier que le ministre de l’Intérieur est encore (et toujours) Raymond Marcellin (2). Alors s’attaquer à la Police, même de Marseille, c’est d’une certaine façon une cause perdue. Mais qu’importe, Revel va aller jusqu’au bout de son instruction, et ce malgré les différentes pressions, pour traduire ces criminels en justice. Parce qu’il ne fait aucun doute chez le spectateur : ces trois hommes (les deux inspecteurs et leur supérieur) sont des salauds dignes de la Gestapo.

Mais malgré le contexte – mai 68 est passé par là – aucune originalité ; ces trois infâmes ne seront pas jugés coupables.

 

Et Carné va préparer ce verdict avec beaucoup de science. Brel est magnifique (peut-il en être autrement ?) et les seuls soutiens qu’a son personnage sont son fils (Didier Haudepin), sa bonne amie (Paola Pitagora), la prostituée et les étudiants que fréquente son fils. Bref, ce ne sont pas des alliés de poids face à la machine étatique. Mais on appréciera avec beaucoup de discernement la prestation de l’acteur-chanteur, formidable porte-parole du réalisateur.

Côté salauds, le trio présenté est solide. D’autant plus que François Radet va interpréter Lucas aux côtés de Jean Richard dans la série des Maigret. Quant à Serge Sauvion, il est un autre ignoble superbe, même si on se souvient plus de lui comme la voix qui double Peter Falk dans la série Columbo (3).

 

Au final, Carné nous offre une autre vision des films judiciaires : habitués que nous sommes de voir les jurés ou un témoin de dernière minute renverser la vapeur, nous avions oublié que les « méchants » gagnaient parfois. Mais là où Carné est encore une fois magnifique, c’est dans la description de cette société post-68 qui s’accroche à ces principes (on ne peut plus) archaïques, dominés par des gens vieux et surtout masculins : sur les neuf (vieux) jurés qui vont débattre de la culpabilité ou non des trois accusés, on ne compte que deux femmes et pas de la première jeunesse.

Encore une fois, un monde est en train de mourir, laissant la place à une société plus jeune, peut-être pas plus idéaliste, mais les institutions de l’Etat vont quand même flancher de temps en temps.

 

Pas toujours, même 50 ans après…

 

  1. Mais ce n’est pas un film noir !
  2. Vous savez, celui qui a inventé les Voltigeurs, ces policiers motorisés qui ont tué Malik Oussekine en décembre 1986.
  3. On se dit dès le début qu’on a déjà entendu cette voix…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Richard Eyre
My Lady (The Children Act - Richard Eyre, 2017)

 

« My Lady » c’est ainsi qu’on l’appelle : Fiona Maye (Emma Thompson) est juge pour enfant pour
la Couronne d’Angleterre et doit statuer dans des affaires plus ou moins sordides relevant du bien être des enfants. Entre des siamois qu’on doit séparer et une fille enlevée à sa mère, elle n’a pas vraiment le temps de penser à elle. C’est d’ailleurs ce que lui reproche son marie Jack (Stanley Tucci), qui se sent délaissé depuis « onze ans » : il songe alors à avoir une aventure extraconjugale.

C’est à ce moment que lui arrive L’affaire : Adam Henry (Fionn Henry) est atteint d’un cancer qu’on pourrait guérir grâce à une transfusion sanguine. Seulement voilà, il a été élevé dans le respect des règles des Anciens : il est témoin de Jéhovah et donc refuse la transfusion.

 

Etre juge n’empêche pas d’être humain, n’en déplaise à certains ex-prévenus qui ont été jugés contrairement à leur(s) conviction(s).  Et Fiona Maye ne déroge pas à cette règle : dédiée totalement à son métier – très prenant, cela va sans dire – elle est passée à côté de son mariage, favorisant le destin des autres au sien. Mais le cas d’Adam va la remettre en face de ses réalités, cette histoire débordant du cadre judiciaire, et s’imposant à elle jusque dans son intimité.

Et le choix d’Emma Thompson pour interpréter cette juge est des plus judicieux : seule une actrice de sa trempe pouvait mener ce rôle à son terme sans tomber dans le pathologique.

Mais comme toujours, pour qu’une actrice soit grande, il faut que son entourage le soit avec elle. C’est le cas ici : de Stanley Tucci à Fionn Henry, en passant par Jason Watkins (Nigel, son greffier ultra dévoué), tous sont au service de cette grande dame et contribuent à faire du film un grand moment de cinéma.

 

Et Richard Eyre filme avec beaucoup de subtilité et de discrétion cette histoire singulière : Fiona est de bout en bout humaine, avec ses interrogations, ses doutes mais aussi ses certitudes. Interrogations par rapport à l’état d’esprit de ce jeune homme qui épouse sans condition le mode de vie de ses parents ; doutes quant à savoir si les décisions de justice qu’elle rend sont véritablement justifiée ; certitudes par rapport à sa vie conjugale et l’écart exceptionnel de son mari. Mais dans ce dernier cas, elle ne peut que retomber dans de nouveaux doutes : si aventure (passagère : deux jours) il y a, quelle en est sa responsabilité ?

Quoi qu’il en soit, et malgré tout ce qu'on peut enseigner en école de magistrature, sa situation – tendue – avec son mari affecte ses décisions, ou tout du moins son attitude dans diverses affaires.

 

Et c’est en cela qu’Emma Thompson est une grande actrice : elle réussit à faire de Justice Maye (1) une femme normale avant tout, avec ce qui a été décrit plus haut. Et on suit avec attention et une certaine dose plaisir (2) le cheminement de cette femme qui, en sauvant ce jeune homme par autorisation de la transfusion, va acquérir d’autres responsabilités inattendues, mais d’une certaine manière inévitables : « Avec un grand pouvoir viennent de grandes responsabilités. »

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Churchill en 1906. Et avant lui le député William Lamb en 1817. Et bien sûr, n’oublions pas l’Oncle Ben, dans Spider-Man

 

Un beau film quand même.

 

  1. Quand on est juge, en Grande-Bretagne, on a un nouveau prénom, le même pour chacun.
  2. Voire une dose certaine de plaisir…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Henri Decoin
Abus de Confiance (Henri Decoin, 1937)

Ca commence par un enterrement. Ce n’est pas gai un enterrement. Surtout que celui est suivi par une seule personne. Une jeune femme tout de noir vêtue, Lydia (Danielle Darrieux). Lydia conduit à sa dernière demeure sa grand-mère, la seule famille qui lui restait. Déjà que la vie était difficile : étudiante en Droit, elle doit arrêter ses études et chercher du travail, la vie coûte cher. Et quel travail on lui propose : secrétaire… Particulière ! Tellement particulière que ce sont à chaque fois des salingues qui veulent l’embaucher.

Désespérée, sous les conseils (mal) avisés de son amie Alice (Yvette Lebon), elle se fait passer pour la fille (décédée) de maître Jacques Ferney (Charles Vanel), qu’il a eu (sans le savoir) avec une femme dans sa jeunesse. Cette femme étant morte depuis longtemps elle aussi, qui ira vérifier ?

 

Après une première partie qui nous expose la vie – miséreuse – de Lydia, Henri Decoin entre dans le vif du sujet avec cette usurpation d’identité qui constitue cet abus de confiance titulaire. Il est bien évident que l’existence de Lydia n’est pas reluisante, et d’une manière générale, le sort des femmes encore moins. Pare que, si elles n’apparaissent que dans la distribution, les femmes sont l’élément essentiel du film : à travers Lydia bien sûr, mais aussi celles qu’elle rencontre dans sa quête désespérée pour un travail, sa logeuse, sans oublier la femme de Ferney, Hélène (Valentine Tessier).

Bien sûr, les hommes sont présents mais dans des rôles pas toujours à leur avantage : un entretien d’embauche d’où sort une femme qui doit réajuster sa tenue ; un logeur (Lucien Dayle) qui veut bien faire crédit pourvu qu’on soit « gentil » avec lui ; ou encore un camarade de classe (Gilbert Gil) qui veut conclure la soirée à l’hôtel (1).

Seuls Ferney et son secrétaire (Pierre Mingand) sont épargnés par cette dénonciation des turpitudes masculines considérées alors comme normales : aucune femme ne va se plaindre en police de ce qu’il faut appeler harcèlement.

 

Mais ce sont les femmes qui font avancer l’intrigue – un tantinet criminelle – et amènent une résolution presque morale :

  • La logeuse (Thérèse Dorny), qui amène la suspicion chez la femme de Ferney ;
  • Alice, qui confirme les soupçons ;
  • Hélène qui oriente l’intrigue une fois que Lydia s’est installée chez eux ;
  • Lydia par sa plaidoirie (sa première en tant qu’avocate) qui concerne une jeune fille (Svetlana Pitoëff) qui s’est fait passer pour ce qu’elle n’était pas…

 

Bien sûr, le dernier mot revient à Hélène qui conclut le film en demi-teinte, eu égard à la morale de des années 1930. (ATTENTION : révélation de la résolution de l’intrigue !)

Lydia ne sera pas dénoncée par Hélène, grâce à cette même plaidoirie qui ne peut que convaincre tant ce qu’elle plaide ressemble à ce qu’elle a pu vivre avant son propre « abus de confiance ».

 

Au final, un film comme on en faisait beaucoup dans cette période tourmentée de l’Entre-deux-guerres, véritable âge d’or du cinéma réaliste français : une histoire crédible, servie par une interprétation à la hauteur (2). Et puis Danielle Darrieux (3) est superbe.

Alors savourons.

 

  1. « Chambre à la journée, à l’heure »
  2. Seul bémol : le rôle un peu effacé de Charles Vanel, capable de beaucoup mieux quand il est plus utilisé.
  3. Madame Decoin à la ville.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Thriller, #Peter Hyams
Présumé coupable (Beyond a reasonable Doubt - Peter Hyams, 2009)

Oui. Il s’agit d’un remake : celui du film de Fritz Lang (1956).

Il n’empêche, Peter Hyams nous montre qu’il est capable de faire autre chose que des films avec Jean-Claude Vandamme (1).

Certes, utiliser un scénario éprouvé est un atout pour le succès d’un film, mais cela ne suffit pas. Et Peter Hyams va contrôler son film de bout en bout, assurant, outre une réécriture du scénario, les prises de vue, et une mise en scène efficace.

 

Mark Hunter (Michael Douglas) est un procureur général très en vue puisqu’il brigue le gouvernorat : il faut dire qu’en tant qu’avocat de l’Etat, il est efficace : 17 condamnations dans des affaires criminelles de suite !

Mais cette bonne série ne fait pas que des admirateurs : C.J. Nicholas (Jesse Metcalfe), journaliste d’une chaîne de télévision, y voit une manipulation voire des falsifications de preuves. Seulement voilà : on ne peut pas accuser sans preuve.

A l’aide de son collègue et ami Corey Finley (Joel David Moore), il va fabriquer de fausses preuves l’incriminant dans le meurtre d’une prostituée, gardant une trace de ttoutes ses démarches à utiliser quand l’accusation apportera ses propres preuves.

Mais quand ce moment arrive, Corey est tué et le film qui innocente Nicholas est détruit : en route vers le « couloir de la mort ».

 

Encore une fois, on trouve dans le rôle du « méchant » une star vieillissante : Michael Douglas avait déjà collaboré avec Peter Hyams dans un film à l’intrigue judiciaire (déjà aussi) vint-cinq ans plus tôt. Mais cette fois-là, Douglas était de l’autre côté.

Doit-on en conclure qu’avec le temps on devient mauvais (moralement). Quoi qu’il en soit, on le retrouve avec plaisir dans ce rôle de salaud propre sur lui, prêt à tut pour arriver tout en haut.

Face à lui, on trouve un jeune Jesse Metcalfe très convaincant, incarnant un jeune journaliste peu éloigné de sa « victime » : C.J. Nicholas a lui aussi envie d’arriver tout en haut dans son domaine et cette enquête extrême montre très bien la détermination farouche de ce jeune reporter.

 

Mais la véritable révélation, c’est Amber Tamblyn (la fille de Russ/Riff), dans le rôle d’Ella Crystal. Si le film suit C.J. jusqu’à sa condamnation, c’est Ella qui va diriger la dernière partie qui consiste à innocenter celui qu’elle aime. Elle va porter la responsabilité pour cet homme et le film par la même occasion, ce basculement relançant avec bonheur l’intrigue.

Je reste donc sur une bonne impression de ce film : normal, je n’ai pas vu la version initiale du grand Fritz.

Un bémol tout de même : la dernière réplique, prononcée par cette même Ella, n’apporte rien et a même tendance à ternir ce qu’on a pu voir avant.

 

PS : on sourira lors de l’ouverture du film puisque l’une des sociétés de production n’est autre que la RKO qui avait déjà produit le film de Lang une cinquantaine d’années plus tôt.

 

  1. Ayant déjà commis deux de ces films (1994 & 1995), il récidivera avec son suivant et jusqu’ici dernier…

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