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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

justice

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Henri Decoin
Abus de Confiance (Henri Decoin, 1937)

Ca commence par un enterrement. Ce n’est pas gai un enterrement. Surtout que celui est suivi par une seule personne. Une jeune femme tout de noir vêtue, Lydia (Danielle Darrieux). Lydia conduit à sa dernière demeure sa grand-mère, la seule famille qui lui restait. Déjà que la vie était difficile : étudiante en Droit, elle doit arrêter ses études et chercher du travail, la vie coûte cher. Et quel travail on lui propose : secrétaire… Particulière ! Tellement particulière que ce sont à chaque fois des salingues qui veulent l’embaucher.

Désespérée, sous les conseils (mal) avisés de son amie Alice (Yvette Lebon), elle se fait passer pour la fille (décédée) de maître Jacques Ferney (Charles Vanel), qu’il a eu (sans le savoir) avec une femme dans sa jeunesse. Cette femme étant morte depuis longtemps elle aussi, qui ira vérifier ?

 

Après une première partie qui nous expose la vie – miséreuse – de Lydia, Henri Decoin entre dans le vif du sujet avec cette usurpation d’identité qui constitue cet abus de confiance titulaire. Il est bien évident que l’existence de Lydia n’est pas reluisante, et d’une manière générale, le sort des femmes encore moins. Pare que, si elles n’apparaissent que dans la distribution, les femmes sont l’élément essentiel du film : à travers Lydia bien sûr, mais aussi celles qu’elle rencontre dans sa quête désespérée pour un travail, sa logeuse, sans oublier la femme de Ferney, Hélène (Valentine Tessier).

Bien sûr, les hommes sont présents mais dans des rôles pas toujours à leur avantage : un entretien d’embauche d’où sort une femme qui doit réajuster sa tenue ; un logeur (Lucien Dayle) qui veut bien faire crédit pourvu qu’on soit « gentil » avec lui ; ou encore un camarade de classe (Gilbert Gil) qui veut conclure la soirée à l’hôtel (1).

Seuls Ferney et son secrétaire (Pierre Mingand) sont épargnés par cette dénonciation des turpitudes masculines considérées alors comme normales : aucune femme ne va se plaindre en police de ce qu’il faut appeler harcèlement.

 

Mais ce sont les femmes qui font avancer l’intrigue – un tantinet criminelle – et amènent une résolution presque morale :

  • La logeuse (Thérèse Dorny), qui amène la suspicion chez la femme de Ferney ;
  • Alice, qui confirme les soupçons ;
  • Hélène qui oriente l’intrigue une fois que Lydia s’est installée chez eux ;
  • Lydia par sa plaidoirie (sa première en tant qu’avocate) qui concerne une jeune fille (Svetlana Pitoëff) qui s’est fait passer pour ce qu’elle n’était pas…

 

Bien sûr, le dernier mot revient à Hélène qui conclut le film en demi-teinte, eu égard à la morale de des années 1930. (ATTENTION : révélation de la résolution de l’intrigue !)

Lydia ne sera pas dénoncée par Hélène, grâce à cette même plaidoirie qui ne peut que convaincre tant ce qu’elle plaide ressemble à ce qu’elle a pu vivre avant son propre « abus de confiance ».

 

Au final, un film comme on en faisait beaucoup dans cette période tourmentée de l’Entre-deux-guerres, véritable âge d’or du cinéma réaliste français : une histoire crédible, servie par une interprétation à la hauteur (2). Et puis Danielle Darrieux (3) est superbe.

Alors savourons.

 

  1. « Chambre à la journée, à l’heure »
  2. Seul bémol : le rôle un peu effacé de Charles Vanel, capable de beaucoup mieux quand il est plus utilisé.
  3. Madame Decoin à la ville.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Thriller, #Peter Hyams
Présumé coupable (Beyond a reasonable Doubt - Peter Hyams, 2009)

Oui. Il s’agit d’un remake : celui du film de Fritz Lang (1956).

Il n’empêche, Peter Hyams nous montre qu’il est capable de faire autre chose que des films avec Jean-Claude Vandamme (1).

Certes, utiliser un scénario éprouvé est un atout pour le succès d’un film, mais cela ne suffit pas. Et Peter Hyams va contrôler son film de bout en bout, assurant, outre une réécriture du scénario, les prises de vue, et une mise en scène efficace.

 

Mark Hunter (Michael Douglas) est un procureur général très en vue puisqu’il brigue le gouvernorat : il faut dire qu’en tant qu’avocat de l’Etat, il est efficace : 17 condamnations dans des affaires criminelles de suite !

Mais cette bonne série ne fait pas que des admirateurs : C.J. Nicholas (Jesse Metcalfe), journaliste d’une chaîne de télévision, y voit une manipulation voire des falsifications de preuves. Seulement voilà : on ne peut pas accuser sans preuve.

A l’aide de son collègue et ami Corey Finley (Joel David Moore), il va fabriquer de fausses preuves l’incriminant dans le meurtre d’une prostituée, gardant une trace de ttoutes ses démarches à utiliser quand l’accusation apportera ses propres preuves.

Mais quand ce moment arrive, Corey est tué et le film qui innocente Nicholas est détruit : en route vers le « couloir de la mort ».

 

Encore une fois, on trouve dans le rôle du « méchant » une star vieillissante : Michael Douglas avait déjà collaboré avec Peter Hyams dans un film à l’intrigue judiciaire (déjà aussi) vint-cinq ans plus tôt. Mais cette fois-là, Douglas était de l’autre côté.

Doit-on en conclure qu’avec le temps on devient mauvais (moralement). Quoi qu’il en soit, on le retrouve avec plaisir dans ce rôle de salaud propre sur lui, prêt à tut pour arriver tout en haut.

Face à lui, on trouve un jeune Jesse Metcalfe très convaincant, incarnant un jeune journaliste peu éloigné de sa « victime » : C.J. Nicholas a lui aussi envie d’arriver tout en haut dans son domaine et cette enquête extrême montre très bien la détermination farouche de ce jeune reporter.

 

Mais la véritable révélation, c’est Amber Tamblyn (la fille de Russ/Riff), dans le rôle d’Ella Crystal. Si le film suit C.J. jusqu’à sa condamnation, c’est Ella qui va diriger la dernière partie qui consiste à innocenter celui qu’elle aime. Elle va porter la responsabilité pour cet homme et le film par la même occasion, ce basculement relançant avec bonheur l’intrigue.

Je reste donc sur une bonne impression de ce film : normal, je n’ai pas vu la version initiale du grand Fritz.

Un bémol tout de même : la dernière réplique, prononcée par cette même Ella, n’apporte rien et a même tendance à ternir ce qu’on a pu voir avant.

 

PS : on sourira lors de l’ouverture du film puisque l’une des sociétés de production n’est autre que la RKO qui avait déjà produit le film de Lang une cinquantaine d’années plus tôt.

 

  1. Ayant déjà commis deux de ces films (1994 & 1995), il récidivera avec son suivant et jusqu’ici dernier…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Histoire, #Roman Polanski
J'accuse (Roman Polanski, 2019)

Tout commence à l’école militaire de Paris. Nous sommes le 5 janvier 1895, soit deux semaines après le verdict du Conseil de Guerre de Paris (1) : le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel) a été reconnu coupable de haute trahison et est dégradé devant les troupes. Il est ensuite envoyé à l’Ile du Diable, au large de Cayenne, dans ce qui est considéré comme la pire partie du bagne français.

Pendant ce temps, à Paris, le lieutenant colonel Picquart (Jean Dujardin), nullement fâché des déboires de ce petit capitaine « juif » prend ses fonctions comme chef du renseignement. C’est en feuilletant la correspondance d’un certain Esterhazy (Laurent Natrella) qu’il se dit que ce « petit capitaine » n’était peut-être pas si coupable que ça…

 

Un faux coupable (2), des vieilles ganaches, une injustice inique (pléonasme) et l’article de L’Aurore : tous les éléments sont là pour faire un grand film. Et c’est le cas. N’en déplaise aux détracteurs du réalisateur, nous avons ici affaire à un grand film qui retransmet avec beaucoup de justesse l’atmosphère qui enveloppa la célèbre « Affaire Dreyfus » et qui fit couler beaucoup d’encre, ainsi que du sang.

Certes, on peut reprocher quelques inexactitudes historiques, mais ce n’est pas une leçon d’histoire qui nous est proposée ici, juste une (très bonne) adaptation d’un événement qui fit beaucoup de bruit et qui continue d’alimenter la chronique, de nouveaux éléments apparaissant régulièrement qui apportent (ou non) des précisions.

.

A nouveau, Polanski nous montre un homme seul. Ou plutôt deux : Dreyfus, loin sur son île, en proie aux éléments pas toujours cléments ; et Picquart qui va se retrouver de plus en plus seul alors que sa quête de la vérité va éclairer les dessous sordides de cette affaire.

Et la grande réussite c’est le camp adverse constitué pour abattre Picquart, composé de militaire de la pire espèce : menteurs, suborneurs, faussaires,  imbéciles et dangereux (3).

C’est une véritable collection de badernes pas toujours vieilles mais qui s’enferment dans leur « vérité », et ce malgré les preuves accablantes de l’innocence de Dreyfus ainsi que celles de leurs mensonges. On retrouve dans ces messieurs la même obstination que celle du général Mireau (George Macready) dans Les Sentiers de la Gloire, la dimension meurtrière en moins.

 

On se souvient (4), lors du centenaire de l’Affaire, du très beau téléfilm d’Yves Boisset qui relatait (en partie) les mêmes événements. Ici, Polanski change le point de vue et s’intéresse à celui qui amena la réhabilitation de Dreyfus, Picquart. Dreyfus devient alors un élément du décor, rappelé de temps en temps comme une pause dans la narration du film. Jusqu’à son retour pour le deuxième procès, tout aussi inique que le premier d’ailleurs, avec en prime l’avocat Labori (Melvil Poupaud) qui se fait tirer dessus (il n’en mourra pas).

Ce deuxième procès est l’occasion aussi de se faire une idée des dispositions de l’opinion publique lors de l’arrivée de deux personnalités : Picquart qui essuie l’opprobre virulent de la foule et le général en chef Le Mouton de Boisdeffre (Didier Sandre), acclamé en héros.

 

Mais ce film est aussi une occasion de se rendre compte de l’antisémitisme de la fin du XIXème siècle : Picquart ne cache pas son aversion pour les Juifs dès le début du film et seule sa conception de la Justice le fait agir en faveur de Dreyfus. On assiste aussi à un autodafé de livres de Zola comme on pouvait – malheureusement – en voir régulièrement en Europe à la même époque, avec peinture sur les vitrines des commerçants juifs avant qu’elles soient brisées.

On retrouvera ces mêmes images en Allemagne quelques décennies plus tard, et elles auront la même cible : les Juifs.

Alors on peut dire ce qu’on veut sur le citoyen Roman Polanski, mais à nouveau il met en évidence l’antisémitisme dans un de ses films (17 ans après Le Pianiste, autre chef-d’œuvre du réalisateur) et cette fois sans la « raison » nazie : nous sommes en période de paix en France et malgré cela, on en veut toujours aux Juifs. Mais surtout, cet antisémitisme mis en évidence était on ne peut plus normal. On était antisémite comme on aimait le fromage, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Les publications anti-juives étaient tolérées et il apparaît alors normal que Dreyfus ait été condamné : plus qu’un traître militaire, il est un traître juif, ce qui explique le peu d’enthousiasme de l’armée pour aller chercher le vrai coupable de cette affaire. Ce vrai coupable qui ne sera d’ailleurs jamais inquiété : pire, il fut innocenté par les mêmes qui avaient condamné Dreyfus. (5).

Mais qu’on ne se leurre pas, cet antisémitisme assumé de la fin du XIXème siècle n’est pas mort, il a seulement changé de visage et de pratiques au cours des décennies qui ont suivi.

Et il est malheureusement toujours là, comme l’actualité nous la rappelle régulièrement.

 

Je terminerai en disant que la distribution, en plus d’être prestigieuse nous offre quelques personnages qui ne sont pas sans rappeler leurs modèles historiques, tel Louis Garrel en Dreyfus ou encore Gérard Chaillou interprétant Clémenceau.

C’est une interprétation toujours juste où la conviction efface les imprécisions dont j’ai parlé dans le second paragraphe.

Un grand film, et puis c’est tout.

 

  1. Le 22 décembre 1894.
  2. « Un vrai innocent » serait plus juste, mais ici, on aime beaucoup Hitchcock.
  3. Ces deux derniers qualificatifs sont malheureusement intrinsèques à l’espèce.
  4. Moi, déjà.
  5. C’est ce simulacre de procès qui déclencha l’article de Zola (André Marcon)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Francis Ford Coppola, #Danny de Vito
L'Idéaliste (The Rainmaker - Francis Ford Coppola, 1997)

Rudy Baylor (Matt Damon) sort de la fac Droit, bien déterminé à passer l’examen final afin de se faire sa place dans le barreau de Memphis.

Sauf que le barreau est déjà bien chargé.

IL trouve tout de même une place chez « Bruiser » Stone (Mickey Rourke) avocat marron foncé, et se retrouve à travailler avec Deck Shifflet (Danny de Vito), un presque avocat qui n’a pas réussi l’examen final.

IL se retrouve dans deux affaires : l’une professionnelle, la défense d’un jeune homme – Donny Ray Black (Johnny Whitworth) – atteint de leucémie et que la compagnie d’assurance a refusé de couvrir ; l’autre personnelle, concernant une jeune femme – Kelly Riker (Claire Danes) – battue par son mari (Andrew Shue).

 

A son tour, Francis Ford Coppola se lance dans un film judiciaire, nous montrant qu’il n’y a pas de sujet dans lequel, lui non plus, il ne se sente pas à l’aise (1).

Pour incarner cet idéaliste, Matt Damon – qui va bientôt triompher dans Good Will Hunting (quelques semaines plus tard) – est à la hauteur, flanqué d’un partenaire dont la stature (1,47m) amène un élément comique certain, d’autant plus que ce drôle de personnage (c’est le cas de le dire) ne manque aucune occasion de placer sa carte à des victimes potentielles, qui deviendront alors des sources de revenus non négligeables (2).

Mais cet aspect comique fait long feu quand on entre dans le vif du sujet : les deux affaires.

 

Et ces deux affaires vont permettre à Rudy de gagner son titre (français) d’idéaliste : pour ces deux cas, c’est à plus qu’un avocat que nous avons affaire, tant son combat est juste sur les deux fronts.

Mais cet « idéalisme » a tout de même ses limites, à commencer par Shifflet qui ternit un tantinet l’action de son partenaire par ses pratiques peu orthodoxe (voire illégales).

Face à lui, on trouve un « méchant » bien particulier : Leo F. Drummond (Jon Voight).

Particulier parce qu’il n’est pas un criminel comme ceux qu’il défend : Drummond est un – brillant – avocat engagé par la compagnie d’assurance mise en cause dans le procès.

Et ce même procès nous permet d’admirer la virtuosité de ce défenseur de haut niveau.

Surtout que de son côté, Rudy est à ses débuts, prêtant serment au tout début de la procédure judiciaire (3).

Nous assistons alors à la joute verbale attendue, Rudy étant soutenu par un allié (presque) inattendu : Shifflet, qui n’est pas qu’un limier à la recherche d’argent.

 

Quant au sommet du procès, les plaidoiries, Coppola les évacue avec astuce, nous montrant seulement la fin de celle de Drummond – on s’en fiche un peu, on n’est pas de son côté, et si on doit écouter des arguments un brin outrageants, autant s’en passer – et réduisant celle de Rudy à sa plus simple expression.

Mais malgré tout, l’émotion attendue est là et ce qu’on attendait se produit (4).

Et cette fin heureuse (?) pose alors les limites du titre français : le monologue de Rudy – qui commente régulièrement les différents événements – atténue grandement cet idéalisme qu’on lui a collé à la peau.

 

Mais, et vous allez croire que je fais une fixation, nous avons tout de même notre bout de rédemption (c’est un film américain, ne l’oubliez pas !) : en intégrant la « firme » de Bruiser Stone, Rudy se rend d’une certaine façon complice des exactions de ce dernier.

Et réussir dans les deux affaires annoncées, n’est-ce pas d’une certaine façon se racheter et donc gagner son salut ?

 

  1. A part peut-être la science-fiction où il n’a rien réalisé à ce jour. Et à 80 ans, l’avenir à une certaine tendance à se réduire…

  2. Ils touchent un tiers des indemnités accordées aux plaignants.

  3. On ne peut pas faire plus frais émoulu.

  4. Vous imaginez facilement l’issue du procès…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Justice, #William Friedkin
L'Enfer du devoir (Rules of Engagement - William Friedkin, 2000)

Tirer sur la foule quand on est militaire n’est pas un acte très apprécié, par la foule tout d’abord et par la hiérarchie ensuite. Mais tirer sur la foule quand on est en pays étranger est encore plus inacceptable. C’est ce qui arrive au colonel Terry Childers (Samuel L. Jackson) alors qu’il protège l’évacuation de l’ambassadeur des Etats-Unis (Ben Kingsley).

Mais quand la foule est armée et qu’il en va de sa propre vie et de celle de ses hommes, il semble que le choix de tirer s’impose.

C’est donc ce qu’a fait Childers : sa hiérarchie l’a alors désavoué et a mis en place une cour martiale pour statuer de son sort.

Childers fait alors appel à son vieil ami Hayes Hodges (Tommy Lee Jones) qu’il a sauvé en 1968, au Vietnam.

 

Encore un film de guerre sur le Vietnam ?

Pas vraiment. Il s’agit d’un film où les militaires sont présents, où le Vietnam a une incidence mais c’est avant tout un film judiciaire qui voit un vieux briscard – Hodges, donc – défendre une cause perdue contre un jeune loup déjà rompu au système – Biggs (Guy Pearce).

Par contre, encore une fois Pearce est du mauvais côté, la préférence allant à ces deux vieux compagnons d’armes qui ont.

C’est d’ailleurs un problème pour moi, qui suis antimilitariste primaire, d'éprouver quelque sympathie pour ces personnages.

Mais nous sommes au cinéma et si l’intrigue prend le parti de la défense (et donc d’un militaire), il ne faut pas oublier que de l’autre côté nous avons aussi des militaires. Le choix devient alors un tantinet plus aisé : de deux maux on choisit le moindre, et donc la défense.

 

La défense parce que en face, on assiste à une manipulation inique devant amener la condamnation de Childers : nous – les spectateurs qui ont (presque) tout vu - avons accès aux rouages de ce système et surtout aux exactions due Bill Sokal (Bruce Greenwood) directeur de la NSA (1) qui fait tout pour enfoncer Childers. Parce qu’il s’agit avant tout pour d’une opération de communication : que Childers soit ou non coupable lui importe peu, les Etats-Unis en tant que nation devant rester innocents aux yeux du monde.

C’st bien sûr cet aspect diplomatique qui nous fait définitivement basculer du côté de Childers et Hodges, les pressions exercées par Sokal devenant inadmissibles.

 

Ce film fut, à sa sortie, décrit comme raciste par le American-Arab Anti-Discrimination Committee (2), du fait de la présentation peu avantageuse des Yéménites.

Et cette objection peut nous sembler aujourd’hui fort étonnante, mais il ne faut pas oublier qu’un an et demi plus tard (environ) eut lieu le 11 septembre 2001, qui donna alors au film un caractère actuel : ce rejet des Américains s’étant déjà exprimé à différents endroits du globe surtout depuis la révolution  islamiste iranienne se transformant alors en agression caractérisée, de la même façon que les événements décrits ici.

 

Reste alors un film qui oscille entre le thème de la guerre – ce terrorisme qui s’est muté en guerre urbaine – et le judiciaire, amenant une position difficilement tenable des points de vue national et international : acquitter Childers c’est accepter qu’il ait ouvert feu sur une foule semble-t-il désarmée ; le condamner c’est accepter que d’autres événements similaires aient lieu, légitimant cette manifestation officiellement « pacifique » mais qui ne l’était pas vraiment comme nous pouvons le voir au début du film.

 

Alors, coupable ou non ?

Réponse dans le film.

 

  1. National Security Agency : agence nationale de sécurité (comité de surveillance serait plus juste).
  2. Comité Américano-arabe Anti-Discrimination.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Otto Preminger, #Justice
Autopsie d'un Meurtre (Anatomy of a Murder - Otto Preminger, 1959)

Une nuit, le lieutenant Frederick Manion (Ben Gazzara) a tué Barney Quill parce qu’il avait violé sa femme Laura (Lee Remick).

Incarcéré, il est jugé, défendu par Paul Biegler (James Stewart), qui officie entre deux parties de pêche.

 

C’est bien sûr le procès qui occupe la plus grande partie du film (105 minutes sur les 160), disséquant le crime de Manion et son contexte, ce qui donne l’explication du titre.

Bien sûr, c’est avant tout un jeu d’acteurs, et James Stewart est toujours aussi extraordinaire, avocat maladroit dans les affaires de meurtre, ses méthodes de vieux briscard lui permettant de pallier les difficultés.

Il faut dire qu’en face de lui, à l’accusation, outre Brooks West (l’avocat général Lodwick), on retrouve le talentueux George C. Scott (Claude Dancer), dans un rôle encore une fois de personnage en demi-teinte : pas spécialement méchant, mais certainement pas gentil.

Mais il faut plus qu’un George C. Scott pour contrer la marée Stewart !

Et nous n’avons pas eu droit aux plaidoiries !

Et pour arbitrer ces joutes oratoires (sans effets de manche, aux Etats-Unis, il n’y a pas le décorum anglais ou français), Preminger a fait appel à Joseph N. Welch qui préside avec beaucoup de justesse ce procès : ceci est un peu normal puisque Welch était aussi avocat (1.

 

Otto Preminger travaille avec méticulosité pour nous montrer les différents rouages de ce système judiciaire mais aussi les différents éléments amenant à un verdict : les références légales, le contexte des faits, la personnalité des différents partis en présence.

Et soixante ans après sa sortie, le film nous indique un point qui fut longuement dénoncé et débattu ces dernières années : le viol.

Il s’agit d’un acte qui est tout sauf innocent, et surtout des plus blâmables. Or, il se passe beaucoup de temps avant que le viol soit porté comme circonstance atténuante, la défense de Lodwick et Dancer le minimisant, nous sortant des arguments qu’on n’a que trop entendu : la provocation par la victime qui a longtemps eu pignon sur rue auprès de la population, minimisant – avec scandale, faut-il le préciser ? – les agissements de quelques hommes lubriques incapables de se contrôler et surtout d’avoir une conduite normale quand pointe un jupon ou quelque tenue que porte une femme (2).

 

Et le contre-interrogatoire de Dancer nous semble aujourd’hui impensable, alors que c’était très souvent le cas dans un milieu – la Justice – où la parité hommes-femmes (3) n’était pas de mise, que ce soit dans les postes occupés ou encore dans un jury : ici des femmes y sont présentes mais moins nombreuses que des hommes.

Mais d’un autre côté, le personnage de Laura Manion n’est pas présenté comme totalement innocente : nous savons qu’elle a la descente facile et Biegler la découvre alors qu’elle s’amuse et danse pendant que son mari est en prison. Son attitude envers l’avocat à différents moments est capable de semer un doute dans son esprit, renforcé par la froideur de ses rapports avec son mari à différents moments du film, et la plupart du temps devant Biegler. Et sa dernière intervention auprès de lui est un tantinet trop familière.

 

J’oubliais : Biegler la surprend à danser et s’amuser alors qu’il forme un duo dans le dancing avec un pianiste répondant au sobriquet de « Pie-Eye ». Je trouve cet instant est l’un des plus magiques du cinéma : James Stewart se retrouve devant le « Duke » du Jazz, le grand Ellington, qui a composé la musique du film. Et en plus, on l’entend parler !

Trois ans plus tard, il sera aux côtés d’un autre « Duke », celui du cinéma : John Wayne (The Man who shot Liberty Valance).

 

  1. Vous irez lire sa réplique à Joseph McCarthy (celui qui a donné son nom à la chasse aux sorcières des années 1950s) : elle aida à la déchéance de cet homme pas si admirable que ça.
  2. Nul besoin d’être habillée de façon « suggestive » (comme ils disent) pour se faire violer.
  3. D’ailleurs, pourquoi ne dit-on jamais « femmes-hommes » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Alan J. Pakula
Présumé innocent (Presumed innocent - Alan J. Pakula, 1990)

On retrouve souvent, chez Alan J. Pakula, un souci de justice. Ici encore (1) c’est le cas, mais surtout, il nous montre avec précision comment fonctionne le système judiciaire américain.

 

Rusty Sabich (Harrison Ford) est bras droit du procureur général Raymond Horgan (Brian Dennehy).

Un soir, Carolyn Polhemus (Greta Scacchi) est retrouvée assassinée par un homme qu’elle avait probablement reçu. Il se trouve que Carolyn travaillait avec Sabich et Horgan. Mais surtout que Sabich avait eu une relation intime avec elle.

Rapidement, Sabich est suspecté d’avoir tué la belle procureure qui se refusait à lui.

 

Harrison Ford soupçonné de meurtre ? Pas possible, disent les fans. On connaît le genre de personnages qu’il interprète habituellement et parmi eux, on ne trouve pas un tel assassin (1).

Mais pourtant, tout conduit vers la culpabilité de Rusty : des fibres, de moquette ou de vêtement et même un échantillon se sperme du même groupe que le sien…

Mais en 1990, la police scientifique n’en est pas encore à comparer les ADN, ce qui permet à notre « héros » d’espérer plus longtemps.

 

Espérer, c’est tout ce qu’il reste à Rusty pour s’en sortir : plus l’enquête avance et plus ses chances s’amenuisent. Jusqu’à ce qu’arrive l’avocat Alejandro « Sandy » Stern (Raul Julia). C’est normalement un ennemi de Sabich : il fait partie de ceux que les hommes du DA (District Attorney) considèrent comme les « défenseurs », avec toute la morgue qu’il faut pour les évoquer.

Cette association est l’un des atouts du film, et si on ajoute que la situation politique du moment du film est tendue parce que Horgan se présente pour être réélu (1) face à une paire redoutable et qualifiée d’emblée comme mauvaise : normal, ils vont accuser notre cher Harrison !

De plus, cette situation amène certaines mesquineries et autres coups bas fort détestables : l’attitude de Horgan vis-à-vis de Sabich est franchement odieuse.

 

Mais il ne faut pas oublier l’élément le plus important : la femme. Ou plutôt les femmes. LA première, la victime, est une jeune et belle magistrate aux dents qui ont tendance à rayer le parquet. L’autre, c’est madame Sabich, Barbara (Bonnie Bedelia), l’épouse.

C’est une épouse meurtrie par les turpitudes de son mari, blessée par son infidélité et pire que tout : humiliée par les larmes que ce même mari verse pour celle qui fut un temps sa maîtresse.

Bonnie Bedelia est magnifique dans le rôle de cette femme trahie. C’est une femme amoureuse avant tout, qui considère que « tout est permis pour la guerre comme pour l’amour », mais qui souffre de voir ce mari infidèle – qu’elle aime toujours autant – au banc des accusés, et toute cette vieille histoire qui ressort et est é&talée sur la place publique.

 

Mais je vous rappelle que c’est Harrison Ford qui est accusé, et il n’est pas question qu’il soit reconnu coupable. Alors on est soulagé de le savoir relaxé, faute de preuve… Mais le doute reste, pratiquement jusqu’au bout du film (3).

Et l’annonce de cette vérité est magnifiquement rendue.

L’accroche, ou les aveux sont amenés de manière magistrale sur un double sens on ne peut plus pertinent. Puis c’est l’explication qui s’installe et qui se fait de plus en plus pénible pour celui qui l’entend : celui qui fut accusé.

Quant à la fin du film – le dernier cadrage sur les sièges du jury avec la voix d’Harrison Ford qui conclut (4) – elle prend une dimension peut-être plus terrible que s’il avait été réellement coupable et condamné.

La boucle est bouclée, mais Justice a-t-elle été rendue ?

Réponse dans le film.

 

  1. Il faut dire que le crime est plutôt sordide, les photos et traces dans l’appartement sont assez éloquentes.
  2. Aux Etats-Unis, ceux qui dirigent les affaires judiciaires de l’Etat sont élus.
  3. Dans le livre dont est tiré le film, la vérité est plus vite révélée.
  4. C’était déjà ce même cadrage et la même voix qui ouvraient le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Joel Schumacher, #Tommy Lee Jones
Le Client (The Client - Joel Schumacher, 1994)

Il est très mauvais de fumer. Et le jeune Mark Sway (Brad Renfro), l’apprend à ses dépens.

En effet, après avoir chipé deux cigarettes à sa mère (Mary-Louise Parker), Mark est allé les fumer dans un lieu éloigné avec son petit frère Ricky (David Speck).

Et manque de chance, ils croisent Jerome Clifford (Walter Olkewicz), qui est venu se suicider. Et juste avant, il livre à Mark son secret : il sait où est caché le corps d’un homme tué par un gangster.

Rapidement, la police est à ses trousses, et Mark sent qu’il est en mauvaise posture.

Il décide alors de prendre un avocat. Ce sera une : Reggie Love (Susan Sarandon).

 

Est-il besoin de dire encore une fois que Susan Sarandon est magnifique ? Oui. Elle est superbe dans ce film, prenant à cœur le sort de ce client inhabituel : ses honoraires s’élèvent à 1dollar, tous frais compris !

Mais si la belle Susan est magnifique, c’est parce que ceux qui l’entourent ne sont pas mal non plus, à commencer par le jeune Brad Renfro – onze ans, la révélation du film – dans le rôle de ce drôle de client qui a peut-être grandi trop vite.

Ce jeune garçon est un client fort pertinent et ses interventions touchent tous ceux qui le voient évoluer : l’avocate, bien sûr, mais aussi son « adversaire »  le District Attorney (DA) Foltrigg (Tommy Lee Jones, arrogant à souhait, mais tout de même beau joueur) – chacun de façon différente ; et surtout le public.

 

Et évidemment, comme nous sommes dans un film américain, il y a un bout de rédemption qui traîne. Cette rédemption concerne Reggie. Comme lui balance au visage Foltrigg, c’est une ancienne alcoolique. Bien sûr, elle a une bonne raison pour avoir sombré (1), et d’ailleurs le reconnaît, expliquant à son client pourquoi. Il s’agit alors du tournant du film. En effet, rapidement, l’intrigue arrive à une impasse : entre le gamin qui ne veut pas parler – les conséquences seraient néfastes pour sa santé (2) et celle des siens – et le DA qui veut absolument que son enquête avance, alors que l’enfant bloque la machine judiciaire.

C’est donc une séquence d’échange et surtout de confiance. Cette confiance va dans les deux sens : il n’y a pas de confiance possible s’il n’y a pas de vérité.

Mais cet échange n’est que le début de la résolution.

Et donc de la rédemption : le passé de Reggie qui ne jouait pas en sa faveur est effacé par cette affaire, même si elle doit tout de même en payer le prix d’une certaine façon.

 

Joel Schumacher n’est pas un réalisateur toujours très subtil, mais il mène cette histoire avec maîtrise, reprenant le thème du duo plus ou moins bien assorti. Mais le petit plus du film vient du point de vue qui reste quasiment tout le temps au niveau de l’enfant. J’ai déjà dit que la distribution est à la hauteur, et n’oublions pas non plus les seconds rôles qui sont eux aussi pertinents et bien utilisés. On y trouve quelques visages qui sont plus ou moins passé au premier plan depuis (3) – William H. Macy, par exemple – ou qu’on a pu voir de très nombreuses fois, comme Will Patton ou le regretté J.T. Walsh.

 

Un film judicaire donc, mais un peu différent du fait du duo annoncé. Et la seule audience à laquelle nous assistons est en plus très réjouissante.

A (re)découvrir.

 

 

  1. Il y a toujours une bonne raison, même si elle convainc rarement l’entourage du buveur.
  2. Vous voyez pourquoi fumer n’est pas une bonne chose !
  3. 25 ans déjà que le film est sorti…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Sidney Lumet
12 Hommes en colère (Twelve angry Men - Sidney Lumet, 1957)

Une salle.

Une table.

Douze chaises.

Douze hommes.

Un seul verdict.

Un huis clos étouffant, dans tous les sens du terme : la tension ne fait que monter en même temps que se charge le temps atmosphérique, une chaleur moite et un ciel de plus en plus noir.

Jusqu’au moment où tout éclate : le ciel, les hommes, le verdict.

 

Nous sommes à l’avant-dernier stade d’un procès où un jeune garçon risque la peine capitale. C’est une affaire entendue, tous pensent qu’il est coupable. Chacun va pouvoir retourner à sa vie après une semaine de vacances forcées.

Mais parmi ces 12 hommes réunis, l’un d’eux a un doute raisonnable, celui qui empêche de condamner un accusé : le juré n° 8 (Henry Fonda).

Lentement, méticuleusement et rationnellement, il va retourner les convictions de ces collègues d’occasion.

 

Dès la première intervention du juré n° 8, nous savons qu’il va arriver à les retourner tous : il n’est pas imaginable que le grand Henry Fonda, dans un film aussi grave soit du mauvais côté de la barrière, comme le sont les jurés n° 3 (Lee J. Cobb) et n° 10 (Ed Begley).

Mais si ce juré, seul contre tous (au début), se bat pour faire accepter une autre vérité que celle qui fut démontrée pendant le procès, jamais il n’admet avoir raison dans son raisonnement. Il ne se fonde que sur un principe fondateur de la justice américaine : le doute raisonnable. Et ce doute, il va le transmettre, refaisant, d’une certaine façon, et en accéléré, le procès complet.

 

La pièce de Reginald Rose est une brillante analyse de la justice américaine, mais surtout de ces gens qui composent un jury populaire. On retrouve dans ces douze hommes différents types d’Américains. Ils viennent de milieux différents, s’habillent de façon différente, parlent différemment. Mais si leur rôle social est très différent, certains au-dessus d’autres, ici, ils sont tous égaux. Chaque voix compte.

 

Pourtant tout différencie ces hommes : leur origine, leur âge, leur habillement, leur attitude, leurs préjugés, jusqu’à leur écriture (1). Ce sont des hommes pris au hasard : certains sont déjà rompus à cet exercice, d’autres le découvrent. Ils sont tous américains, mais pourtant, ils ne sont pas égaux : l’un est un homme pauvre, presque honteux de sa condition (le n° 6), un autre, le n° 11 (Jiří Voskovec), est issu de l’immigration, et a dû faire beaucoup d’efforts pour acquérir la citoyenneté et parle avec un léger accent, reprenant même le xénophobe n° 10 à propos de sa façon de parler. Mais malgré cela, ils sont, le temps d’une délibération, sur un même plan.

 

L’habillement est la première chose qui les différencie. Il fait chaud dans cette pièce, malgré les fenêtres ouvertes. Rapidement, ils se retrouvent en chemise, voire en polo. Seuls très peu d’entre eux gardent leur veste et leur apparence soignée. Et finalement, tous ces hommes se retrouvent dans cette délibération : certains par mimétisme – le n° 6 vient d’un même quartier défavorisé – d’autres par leur vie personnelle – le n° 3 est un père comme celui qui fut tué le vieux n°9 (Joseph Sweeney) se sent proche d’un témoin lui aussi âgé. Le n°4 (E.G. Marshall), toujours tiré à quatre épingles, essuyant UNE goutte de sueur sur son crâne dégarni. C’est un homme posé, rationnel, peu impressionnable et toujours maître de lui-même. Le n°7 (Jack Warden) est un homme d’affaire, de type représentant. C’est un baratineur. C’est aussi un homme perpétuellement en représentation, habillés de vêtements différents des autres. Certainement plus colorés que les autres (2), ou même à la limite du criard, conservant inlassablement son chapeau sur la tête.

Même si le n° 8 mène de fait les débats, il n’a jamais de volonté de dominer les autres, expliquant calmement son point de vue pendant que les acharnés de la culpabilité se déchaînent en même temps que l’orage.

Ces hommes sont en colère. Mais finalement, pas parce qu’ils ne sont pas d’accord. Ils sont d’abord en colère contre eux-mêmes, réalisant au fur et à mesure qu’ils ont pu se tromper. Qu’ils auraient pu commettre l’irréparable : condamner un homme à tort. Mais même l’innocence qui se dégage des débats plus ou moins houleux reste sujette à caution. Régulièrement, le n° 8 rappelle qu’ils sont eux-mêmes infaillibles.

 

Et tout l’art de Sidney Lumet, dans cette pièce filmée (parce que ce n’est pas tellement autre chose, sauf que le spectateur au lieu d’être devant une scène, y est à l’intérieur), c’est d’accentuer la tension du film en variant les plans (fixes la plupart du temps) d’un point de vue d’ensemble à différents points individuels (individualisés ?) jusqu’à terminer sur des visages en gros plan : l’un deux, enfermés dans son entêtement, hurlant presque sa conviction (erronée, bien sûr), pendant que les visages des autres jurés se ferment un à un à ses élucubrations qui se vident de sens à mesure qu’il arrive au bout de son délire. Et là, Lee J. Cobb nous livre un numéro formidable.

Il est un pendant magnifique au n° 8, toujours calme mais déterminé. Et leur parcours est similaire dans cette délibération. A un moment, ils se retrouvent seuls contre tous les autres.

Le n° 8 après être tous entrés et avoir comptabilisé les opinions. Mais comme la structure du film est en miroir, à cette dernière opposition désespérée et irrationnelle, va obligatoirement suivre un accord final et tous ressortiront, apaisés, peut être, mais en accord : entre eux, et avec eux-mêmes.

 

Et quand le film se termine, chacun repart dans sa propre vie, oubliant plus ou moins vite les autres, rattrapés qu’ils sont par les contingences de la vie : ils sortent du palais de justice et s’égaillent à tous vent, le dernier échange entre le n° 8 et le n° 9 étant peut-être le plus chargé d’humanité : le temps d’un débat, ils se sont trouvés, ont partagé une même opinion, sans même se connaître nommément. Et c’est quand chacun apprend son nom à l’autre, que quelque chose pourrait naître, qu’ils se séparent, définitivement, mais avec tout de même, le sourire aux lèvres, ce sourire de contentement d’avoir participé à quelque chose de fort, à quelque chose de grand : avoir sauvé la vie d’un être humain.

 

 

          (1) Le dépouillement des bulletins montre différents types d’écriture pouvant caractériser la conviction de chaque juré. On trouve de belles lettres d’un homme appliqué ; des majuscules d’imprimerie qui éclatent comme la conviction de l’un d’eux ; une petite écriture de quelqu’un de timide voire mal à l’aise parmi ces gens importants, ou encore un Y mal formé résultant d’un manque d’éducation ou d’un avis tellement évident qu’il ne prend même pas la peine d’écrire correctement…

 

          (2) Le film est en noir et blanc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Henri-Georges Clouzot
La Vérité (Henri-Georges Clouzot, 1960)

Quel film ! Quelle actrice ! Oui, c’est bien de Brigitte Bardot que je parle. Ce n’est pas encore la mémère qui veut protéger les animaux, mais une jeune femme qui est utilisée à bon escient par l’un des grands maîtres du cinéma français : Henri-Georges Clouzot soi-même.

Alors qu’elle était plutôt utilisée pour sa plastique que pour son jeu, ici, le maître l’a tellement poussée dans ses retranchements pour lui tirer ce qu’elle avait de meilleur en elle, qu’elle a failli terminer comme son personnage !

Pour une fois, Bardot a un rôle avec de la profondeur, de l’épaisseur. Elle est autre chose que l’espèce de nunuche aux belles formes qu’on voulait lui faire jouer. Bien entendu, on aperçoit ses fesses (« Et mon cul, c’est du poulet ? », s’exclame-t-elle), mais ce n’est pas un argument de vente. C’est dans la logique du personnage de Dominique Marceau, cette jeune femme qui aime et est aimée.

 

C’est une jeune femme qui, à cause de l’amour, a tué Gilbert (Sami Frey), son amant.

Parce que son vrai problème, il est là : elle l’a aimé et l’aime toujours, même mort.

Tous les étudiants qu’elle fréquente la trouvent irrésistible. Elle couche avec eux, sans souci, sans conséquence, sans espoir du lendemain, juste parce qu’elle a envie elle aussi.

Dominique Marceau, c’est l’archétype de la jeune femme moderne, celle de l’après-guerre, qui, avec ses amis étudiants, veut changer la société, et pourquoi pas « jouir sans entrave ».

Mais la société n’est pas prête à ça. Pas encore. Il faut attendre un certain mois de mai pour que cette façon de vivre soit acceptée, et encore, pas par tout le monde.

Et le procès de Dominique, c’est avant tout le procès de cette mentalité, et c’est Michel – l’un de ses premiers amants – qui le dit le mieux à l’adresse du tribunal : « Vous êtes des adultes, vous ne pouvez pas comprendre. Il faudrait que Dominique soit jugée par des jeunes. […] Nous pensons autrement. »

 

Il est clair que les protagonistes du procès – Paul Meurisse mis à part – ne sont pas de la première jeunesse. Et la conduite de Dominique est considérée selon un point de vue peu moderne : ce n’est rien qu’une salope, sinon plus !

Et pourtant, la plus belle saloperie du film ne vient pas d’elle. Et si elle est coupable, c’est d’avoir aimé. D’avoir aimé Gilbert qui lui, finalement, ne l’aimait pas.

La voilà la vérité, celle qui éclabousse (la mémoire de la victime) et que Charles Vanel, avocat de la défense a très bien saisie.

Mais hélas, ce n’est pas cette vérité que le tribunal veut entendre. Alors on la musèle, on l’exclut des débats.

 

Au-delà de cette histoire, Clouzot nous brosse un tableau de cour d’assise peu flatteur. Et les joutes entre Paul Meurisse et Charles Vanel ont une force et une rouerie assez formidables. Ces deux ténors du barreau, avant et après le procès sont d’une courtoisie voire d’une estime flagrante, mais une fois que le rideau se lève, nous assistons à un duel sans merci, à coup d’arguments solides. Si le sujet du film n’était grave, on pourrait parler de comédie judiciaire tant les deux avocats (sur)jouent leur rôle avec brio, comme on attend d’eux de le faire. Le tribunal devenant un lieu de spectacle et non un endroit où on rend la justice, au grand dam de Dominique, qui devient à son tour victime de cette farce.

 

Et puis il y a le savoir-faire de Clouzot : un montage dynamique où les personnages se répondent d’une scène à l’autre. Un régal pour les yeux.

 

Du grand art !

 

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