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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Road Movie, #Denis Villeneuve
Incendies (Denis Villeneuve, 2010)

Au début, il y a Nawal (Lubna Azabal). Et puis Wahab (Hamed Najeb). Elle est enceinte. Il est tué. Elle accouche d’un fils.

Et puis il y a Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon (Maxim Gaudette), les autres enfants de Nawal.

Nawal vient de décéder et elle charge ses enfants de retrouver leur père – qu’ils croient mort à la guerre – et aussi leur frère, celui qu’elle a eu avant eux.

Alors Jeanne part au Moyen-Orient. Sur les traces de sa mère afin de retrouver ce frère qui semble tomber (tombé ?) du ciel.

 

Denis Villeneuve n’est pas ce qu’on appelle un réalisateur prolixe. Après (presque) dix ans sans un long métrage, il est entré dans une production un tantinet plus resserrée en 2009 et qui se poursuit depuis. Mais malgré tout, on attend toujours avec impatience sa nouvelle création (1). Quoi qu’il en soit, en attendant, il reste ses autres films qui permettent de patienter.

Et Incendies est une très belle occasion de (re)découvrir ce réalisateur de génie (j’ose !).

 

Il y a dans ce film un dimension road-movie qui se mélange avec un conflit qui ne dit pas son nom : à aucun moment nous n’apprenons le nom du pays où se déroule la majeure partie de l’action : seul le Canada (Québec, bien sûr, puisque le film est francophone en partie) est un lieu réel. Pour le reste, chacun peut imaginer ce qu’il veut : la Palestine (mentionnée sur une vitre) ou le Liban avec ses villes fantômes. Et puis comme la pièce dont s’inspire le film est de Wajdi Mouawad qui est lui-même libanais… Et que ce dernier s’est inspiré lui-même de l’histoire de Souha Bechara (voir ci-dessous) qui fut détenue dans une prison (dure) secrète du Liban… Le choix se restreint.

 

Nous allons donc suivre les différentes étapes de la vie de cette « Femme qui chante » dans un pays livré à la guerre civile (entre chrétiens et musulmans entre autres), reniée par sa famille (elle est enceinte alors qu’elle n’est pas mariée) et qui se retrouve en plein milieu d’un conflit qui non seulement va s’éterniser mais aussi lui causer des torts supplémentaires : seule et déracinée, il est toujours difficile de se faire une place dans une guerre où on ne considère aucun des belligérants comme légitimes.

Et ces étapes vont être doublées par ses deux enfants, à la recherche de leur famille, de leurs racines, de leur père, de leur frère.

Et bien entendu, comme dans tout bon road-movie qui se respecte, une fois le voyage (l’errance ?) terminée, les différents protagonistes seront métamorphosés, très différents de leur état initial.

 

Et les « incendies » du titre ? Il y en a un bien réel quand Nawal prend le car vers le sud, à la recherche de son enfant qu’elle a dû abandonner à la naissance avant de s’enfuir. Et cet incendie est terrible : il fait suite à une violence froide et déterminée de miliciens chrétiens envers des musulmans. Et Villeneuve ne fait pas dans le détail pour exposer cette violence : elle nous agresse de par sa soudaineté et sa brutalité. Mais il sait aussi exprimer la violence sans nous la montrer, nous laissant imaginer ce qui a bien pu se passer. Ce sont les ruines noircies par la suie dans la maison familiale rasée en représailles, mais c’est aussi Nawal allongée par terre après avoir été violée : dépenaillée, se tenant le bas-ventre et surtout se retenant de pleurer pour ne pas contenter son bourreau.

 

Mais alors pourquoi ce pluriel dans le titre ?

A vous de vous faire une idée.

La mienne est faite, et je ne veux surtout pas vous influencer…

 

  1. Il lui faudra trois ans avant de revenir sur les écrans pour son film suivant
Souha Bechara

Souha Bechara

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Paola Cortellesi
Il reste encore Demain (C'è ancora Domani - Paola Cortellesi, 2023)

« Il reste encore demain. »

C’est Delia (Paola Cortellesi) qui donne son titre au film, alors que son beau-père (Giorgio Colangeli) vient de mourir, juste le jour où elle a tenté de sortir de la maison-prison qu’elle habite depuis près de vingt ans auprès d’Ivano (Valerio Mastandrea).

Cette sortie d’ailleurs a tout d’une fuite…

Mais reprenons.

 

Delia vit dans la banlieue romaine avec son mari donc, et leurs trois enfants, dont Marcella (Romana Maggiora Vergano). Cette dernière fréquente le beau Giulio, et il semble qu’ils sont sur le point de franchir le pas…

Entre les courses, les piqûres (Delia est infirmière), la fabrique de parapluies, les enfants et la nourriture, Delia n’a pas vraiment un moment à elle. Mais surtout, elle a un mari qui, en plus « d’avoir fait deux guerres », la frappe régulièrement, à la moindre contrariété.

Pas étonnant alors qu’elle veuille fuir cet homme violent. Surtout que le bel Alvaro – le garagiste – regrette le temps où ils se fréquentaient…

 

Attention, chef-d’œuvre !

Paola Cortellesi, pour son premier long métrage en tant que réalisatrice a frappé très fort ! Elle nous propose ici un film d’une splendeur incroyable, confirmant le fait que les interprètes, quand ils passent de l’autre côté de la caméra, ont une générosité pour le jeu de leurs partenaires. Mais à l’instar d’un Charles Laughton, il y a en plus une dimension esthétique phénoménale, soutenue par un noir et blanc pertinent. Un chef-d’œuvre, vous dis-je !

On suit avec intensité le quotidien franchement gris (noir et blanc oblige, mais pas que de cette femme qui s’est enfermée dans une relation toxique, à une époque (l’Entre-Deux-Guerres) où quitter son mari est absolument impensable.

 

Parce que nous sommes en 1946, quand commence le film (et quand il finit, d’ailleurs), au moment où l’Italie essaie une nouvelle forme de gouvernement : la République. Après la monarchie et le fascisme, c’(est une nouvelle ère qui s’ouvre, avec un fait notoire très important : le droit de vote accordé aux femmes. Celles qu’on a toujours voulu museler vont enfin pouvoir donner leur avis ! Inutile de vous dire que pour Ivano, c’est une catastrophe, lui qui a été (mal) élevé dans le précepte sacré : « une femme doit la fermer. » que lui rappelle sans cesse son père.

 

L’ouverture du film donne le ton : le matin, au réveil, Delia se retourne et dit bonjour à son mari qui lui répond par une gifle.

Et cette violence conjugale va se développer pour atteindre rapidement son paroxysme visuel. Une séquence magnifique qui voit les deux interprètes se livrer à un pas de deux presque irréel. Irréel parce que nous ne sommes pas habitués à de la violence dansée et aussi parce que l’éclairage s’est modifié. Bien sûr, on pense à la violence d’Orange mécanique (dans le théâtre désaffecté) mais il y a ici une dimension esthétique qui va encore plus loin, jouant avec bonheur sur les éclairages et le manichéisme du format des images.

Il y a dans cette expression de la violence une drôle de contradiction. En effet, alors que l’échange – unilatéral d’une certaine façon – une violence inouïe de la part d’Ivano, la musique d’accompagnement va donc atténuer cette même violence. Mais cette atténuation n’est qu’apparente et ces images en deviennent alors presque insoutenables tant elles expriment la colère de cette homme qui, paradoxalement est faible (et méprisable, cela va de soi).

Cette violence s’exprimera à nouveau mais de manière plus subtile – et elliptique – puisqu’on ne verra plus Ivano frapper Delia, mais le contexte ne laissera aucun doute quant au sort – terrible – de Delia.

 

Mais heureusement pour nous, il n’y a pas que des mauvais côtés dans la vie de Delia. Il lui reste quelques moments intimes qui donnent un peu de rose dans ce gris presque uniforme. Le chocolat qu’elle partage avec Alvaro, ce sont quelques secondes d’un bonheur impossible qui se lit sur leurs deux visages ainsi que sur leurs dents brunies par la friandise.

C’est aussi la cigarette qu’elle s’accorde (elle peut, Ivano est sorti, comme tous les soirs), dans la nuit romaine alors que la vie continue et que d’autres femmes s’accordent elles aussi, jeunes ou non : le sentiment d’être libre un (petit) moment.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, on passe très facilement du rire aux larmes et inversement. Le sort de Delia – de nombreuses femmes italiennes à la même époque – n’est pas enviable, mais Paola Cortellesi nous les montre fortes et parfois même « la gueule ouverte » : parce quand on s’explique, c’est tout sauf calme. Il faut voir ces matrones sur la petite place du quartier s’expliquer franchement et même en venir aux mains ! C’est l’Italie éternelle, celle des stéréotypes, mais qui porte en elle toute la vie qu’on qualifie généralement de méditerranéenne. Et ce bouillonnement, c’est aussi leur façon de s’exprimer contre tout le mutisme imposé par ces phallocrates d’un autre âge.

Et ce microcosme romain s’inscrit dans la grande Histoire, celle des manuels. Parce que l’Italie est en pleine reconstruction : physique et morale. Le pays sort de la Guerre vaincu comme l’illustre la présence américaine des MP aux coins des rues. Et d’un point de vue cinématographique, on pense aussitôt au néoréalisme qui se développa à la même période que celle décrite dans le film.

 

Mais la différence notable se trouve dans la bande-son. En effet, Cortellesi joue avec le son et son absence. La musique qui baigne la première correction décrite ci-dessus fait parfois défaut et accentue la violence à venir. Tout comme le silence qui accompagne les différents moments de cette vie triste. Mais c’est surtout l’utilisation d’une musique moderne sur ces images qui semblent d’un autre temps que cette bande-son prend toute sa dimension. Et très rapidement le décalage entre ce que nous voyons et ce que nous entendons s’estompe jusqu’à disparaître : bien sûr que c’est cela que nous devons entendre, et pas autre chose.

 

Je terminerai par un élément qui revient plusieurs fois dans le film, avec à chaque fois la même thématique : le rouge à lèvres.

C’est celui que mettait Delia au début de son mariage (1), et qu’Ivano essuyait de sa bouche, l’assimilant à un élément de dévergondage.

C’est celui que Marcella met pour aller travailler et que Giulio essuie à son tour, refusant qu’elle se maquille pour les autres.

C’est aussi celui que va mettre à nouveau Delia dans sa fuite finale. Pour savoir s’il sera essuyé, il faudra que vous alliez voir le film !

 

  1. Pendant une magnifique séquence muette qui voit leur relation se détériorer progressivement, passant d’un amour insouciant à une relation conjugale unilatérale où elle ne fait que subir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Kenneth Branagh
Peter's Friends (Kenneth Branagh, 1992)

La dernière fois que Peter (Stephen Fry) a vu ses amis tous ensemble, c’était lors de leur dernière représentation pour le réveillon du nouvel an 1983.

Dix ans plus, alors qu’il vient de perdre son père, il invite les cinq autres membres de cette troupe très amicale.

Arrivent alors chez lui Andrew (Kenneth « Poirot » Branagh) et sa femme Carol (Rita Rudner), Maggie (Emma Thompson), Sarah (Alphonsia Emmanuel) et son nouveau petit ami Brian (Tony Slattery), ainsi que Roger (Hugh « Dr. House » Laurie) et Mary (Imelda « Umbridge » Staunton) qui ont fini par se marier et ont eu deux enfants. Malheureusement, l’un des deux est mort.

Qu’importe, tout le monde est chez Peter, dix ans après. Pour dire adieu à une nouvelle année…

Mais pas seulement !

 

Brillant.

Kenneth Branagh, pour son troisième long métrage nous propose une très belle comédie, un tantinet douce-amère, interprétée avec conviction par une pléiade d’interprètes qui s’accordent à merveille, donnant une authenticité appréciable et très agréable. Et malgré l’étendue de la propriété de Peter, c’est plutôt un huis clos qui nous est proposé. Chaque événement se passe à l’intérieur, fissurant petit à petit cette amitié distendue. Parce que bien sûr, 10 ans après, ce n’est plus la même donne. Et la comédie va alors basculer, et l’intrigue se garnir de tiroir qui vont s’ouvrir – et donc se refermer – l’un après l’autre, vers un fin heureuse inévitable : nous sommes dans une comédie. Heureuse, mais douce-amère comme annoncé.

Chaque tiroir concerne un des six que nous avons vu en scène en ouverture. Et tous ces tiroirs, d’une certaine façon, contient leur(s) vie(s), contient la Vie.

 

Et tout est abordé : la naissance – celle des jumeaux de Roger et Mary – ; l’amour – celui de Sarah pour tous les hommes – et le mariage – celui d’Andrew & Carol – la solitude (le célibat ?) de Peter et Maggie ; et bien évidemment la mort avec celles de l’enfant (Simon) et du père de Peter. Sans oublier le travail et la maladie qui constituent eux aussi quelques ressorts de l’intrigue.

Bref avec cette dizaine de personnes, nous retrouvons tous les éléments qui composent un microcosme social (pardonnez cette redondance), les relations d’amour et de haine – ce sont les mêmes, poussées à leurs extrémités –, les joies et les peines et toute cette sorte de choses qui font que la vie est ainsi.

 

Et puis il y a Peter. Stephen Fry est formidable dans ce personnage hautement british, alliant à une éducation sans faille un humour parfois ravageur. Mais encore une fois, si Fry est magnifique, c’est aussi parce que Kenneth Branagh a rassemblé autour de lui des interprètes à la hauteur de l’événement. Avec Hugh Laurie, c’était sûr que ça allait fonctionner (1), mais les autres ont la même verve et le même enthousiasme qui donne à cette comédie le ton juste.

On s’amuse, mais on s’émeut aussi de voir ces amis perdus de vue qui se retrouvent et essaient de rattraper le temps perdu (2).

 

Le temps de l’insouciance est passé – ils ont tous la trentaine – et la vie les a rattrapés. En sortiront-ils indemnes ?

De toute façon, à la fin, tout le monde meurt, alors… (3)

 

PS : si vous trouvez un air de ressemblance entre Maggie et Vera (Phyllida Law), c’est normal. La première est la fille de la seconde.

 

  1. Ils ont déjà participé ensemble à Blackadder et A Bit of Fry & Laurie
  2. Y parviendront-ils ? Voyez vous-mêmes !
  3. Pas dans le film !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
La Vérité si je mens 3 (Thomas Gilou, 2012)

Après le Sentier (premier film) et l’Europe (second film), voici le Monde pour cette bande de copains bien singuliers : une affaire de chaussures neuves pour trois fois rien !

Mais reprenons.

Eddie Vuibert (Richard Anconina) a de gros ennuis : son magasin est visité par la douane et ses affaires doivent s’arrêter. Tout ça parce qu’un livreur asiatique a déposé une pleine caisse de montres de luxe, contrefaites. Et en plus, Dov (Vincent Elbaz, de retour) ne trouve rien de mieux que d’en choisir une pour lui-même…

Bien entendu, c’est un coup monté et Eddie et ses copains vont devoir encore une fois « sauver leur peau », et pour cela aller à Shanghaï, récupérer rien de moins que 800 000 paires de chaussures.

 

Rien de bien nouveau sous le soleil d’Aubervilliers, nos amis ont certes vieilli mais ils restent comme nous les avons laissés une dizaine d’années plus tard (1) : forts en gueule, démonstratifs et entourés de jolies femmes. Encore une fois, c’est un coup aussi énaurme que ses commanditaires qui nous attend, et il n’y a pas vraiment de quoi être déçu. Mais d’une certaine façon, nous assistons à un rééquilibrage des parties en présence : chacun des cinq hommes a un rôle important, et si on retient encore une fois José Garcia), c’est avant tout parce qu’il est encore une fois le plus fort en gueule.

Mais Thomas Gilou conclut sa trilogie de belle manière, faisant de l’amitié le ressort essentiel de cette comédie.

 

Bien entendu, on pense à Yves Robert et sa bande de copains des années 70 avec Un Eléphant ça trompe énormément, mais on notera surtout un apparentement avec sa suite (Nous irons tous au Paradis). De même, comme l’annonce le générique, on y trouvera des clins d’œil aux Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury. Générique qui rappelle celui du film précédent, avec un côté James Bond encore une fois très prononcé. Sans oublier les références intrinsèques à la trilogie, et l’incontournable réplique de Serge Benamou : « tu veux gagner de l’argent ? ».

Donc nous sommes une dernière fois en bonne compagnie, et Thomas Gilou a repris la même équipe, avec en prime Marc Andréoni (Simon, un personnage pas spécialement mieux que dans le film précédent) et Isaac Sharry (le serveur) dans de nouveaux rôles.

 

On en redemande ? Peut-être pas. Les acteurs commencent à avoir quelques années sous le capot, et le côté un tantinet adulescent ne peut pas perdurer. Même Dov, sans son bouc, n’est plus tout à fait Dov, et il est temps qu’il se range.

Quant à la suite de la série, qui se passe avant, il semble que son absence ne va pas m’empêcher de dormir si je ne la vois pas.

Alors laissez-vous emporter une ultime fois par cette équipe sympathique, et tant pis pour la vraisemblance : au cinéma, vous savez bien que tout est permis !

 

  1. Seulement cinq à six années pour eux, puisque Victor (Alessandro Togni Bouglione), le fils d’Eddie, a 5 ans.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Guerre, #Jean-Jacques Annaud
La Victoire en chantant (Jean-Jacques Annaud, 1976)

« La République nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons périr ;
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir. »

Si on connaît les premières paroles du Chant du Départ, on en ignore souvent le refrain ci-dessus (1). Et ce refrain est tout adapté pour ce film de guerre bien singulier.

Mais reprenons.

 

En Afrique Equatoriale Française, on se prépare à fêter le nouvel an : 1915 s’annonce bien. Et puis le jeune Hubert Fresnoy (Jacques Spiesser) reçoit les derniers numéros de l’Humanité. C’est la consternation : Jaurès a été tué. Pour les autres, c’est une information différente qui retient leur attention : la guerre a été déclarée contre l’Allemagne !

Poussé par les quelques colons français, le sergent Bosselet (Jean Carmet) déclare la mobilisation générale sans grand enthousiasme.

Dès lors, il n’y a plus qu’un seul objectif : aller tuer les Boches qui sont positionnés de l’autre côté de la rivière ! Les mêmes avec qui on faisait des affaires.

 

Pour un premier film, Jean-Jacques Annaud fait fort ! C’est à boulet rouge qu’il tire sur la bourgeoisie, la guerre et la colonisation. Il faut dire que ces trois thèmes vont souvent ensemble : on fait la guerre pour les bourgeois et on espère coloniser l’adversaire. Sans oublier la religion, accessoire indispensable du sabre militaire !

Mais là, c’est avant tout la guerre pour elle-même dont il est question. Nulle revendication territoriale ou idéologique, seulement l’envie d’en découdre avec un ennemi.

Une petite guerre de rien du tout : un village frontière qui va attaquer un poste isolé. Mais dans le cœur (et l’esprit) de ces patriotes de la dernière heure (la guerre est déjà bien entamée et meurtrière en janvier 1915).

 

C’est aussi une guerre qui ne dure pas, puisque les Allemands vont se rendre aux Britanniques. Mais on peut imaginer qu’à la proportionnelle, c’est l’une des batailles les plus meurtrières de ce conflit mondial. Et surtout, on remarque que les seules victimes de cet engouement patriotique sont les autochtones. Mal entraînés et mal équipés (à peine 20 fusils pour une centaines de soldats), il ne font pas long feu devant la mitrailleuse allemande. Et même l’offensive – un tantinet plus élaborée de Fresnoy – tourne au désastre, ajoutant encore des victimes que l’enjeu dépasse complètement.

Alors vous parlez d’un « effet bénéfique de la colonisation » ! (2)

 

Annaud nous démontre avec ce film l’absurdité de la guerre – il faut le rappeler souvent puisqu’on continue à se battre de nos jours – mais d’une manière très astucieuse et subtile. Elle se réduit à des classes bâclées pour ces soldats d’occasion et le bruit de la mitrailleuse au loin pendant que les civils pique-niquent tranquillement « comme au bon vieux temps » de la guerre : c’est seulement quand les premiers blessés commencent à refluer qu’ils prennent conscience de l’aspect meurtrier de la chose et retournent vite fait dans leurs quartiers !

Parce que l’absurdité est poussée à son comble : seuls les Africains sont tués pour un conflit qui ne les concernent pas. Et les va-t-en-guerre redeviennent aussi vite pacifistes qu’ils ont été bellicistes !

 

Et Annaud enfonce le clou quand il annonce la guerre. C’est au bistro que tout se passe. On y apprend la déclaration, on y décide d’un engagement et on y décrète la mobilisation générale ! Tout se réduit (presque) à des discussions de comptoir : une bande d’alcooliques galvanisés par la boisson et qui vont dessoûler brutalement au premières rafales de mitrailleuse.

La fin ressemble alors à une gueule de bois – assumée – et c’est le spectateur qui en mesure les effets : une guerre de plus à l’envie de décolonisation qui va secouer le continent dans les décennies suivantes.

 

Et ce qui fait la force du film, outre le sujet iconoclaste, c’est la performance des interprètes. Annaud a rassemblé un trio de seconds couteaux de toute beauté. Outre Carmet, la présence de Jacques Dufilho (Paul Rechampot, le bistrotier-épicier) et Maurice Barrier (Caprice) donne une véritable authenticité à ces colons mesquins. Sans oublier Claude Legros (Jacques Rechampot,frère de l’autre) dont la tête d’ahuri se fond magnifiquement dans le décor. Et encore plus quand c’est lui qui commande une colonne de soldats.

Et les femmes ? Deux sont mises en avant : Marinette (Catherine Rouvel), la femme de Caprice et Maryvonne (Dora Doll), qui soulage les hommes célibataires (et les autres) mais ressemble plus à une tenancière qu’une pensionnaire de maison close. Elles ne prennent pas part au conflit mais ont tout de même un haut degré de ferveur et encouragent les hommes à combattre. La grande différence avec celles d’Europe, c’est que leur rôle s’arrête là. Elles ne vont pas participer à l’effort de guerre. Même pas soigner les blessés : normal (de leur point de vue), ce sont des Africains.

 

Il n’est donc pas étonnant que ce film fut un échec à sortie et même à son retour sur les écrans l’année suivante,bardé de l’Oscar du meilleur film étranger : la guerre et la colonisation par les Français sur les Africains n’avaient pas vraiment de quoi enorgueillir certains spectateurs… Sans oublier la religion représentée par les deux prêtres (Jacques Monnet et Peter Berling) qui en illustrent parfaitement l’hypocrisie.

Bref, tout pour se fâcher avec une partie de la population française !

Qu’à cela ne tienne, Annaud récidivera trois ans plus tard avec Coup de Tête. Mais ceci, bien entendu, est une autre histoire…

 

PS : il est amusant de constater que le film est sorti un 22 septembre, jour anniversaire de la 1ère République Française. Le Chant du départ est d’abord un chant de la Révolution (écrit en 1794 par Marie-Joseph Chénier et Etienne Nicolas Méhui).

 

  1. Sauf si vous avez soutenu VGE en 1974 !
  2. Il y aura un effet, et qui touchera seulement les Camerounais. Mais qui ne changera pas grand-chose à la situation.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Bogdanovich
La dernière Séance (The last picture Show - Peter Bogdanovich, 1971)

Bien sûr, si des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans les mots qui suivent, vous aurez été prévenu·e·s…

 

Anarene, Texas, 1951.

On s’ennuie ferme dans cette bourgade texane, quand on est jeune. C’est le cas de Sonny Crawford (Timothy « Johnny » Bottoms), qui suit les cours du lycée et arrondit ses fins de mois au chantier pétrolier. C’est aussi le cas de Duane (Jeff « El Duderino » Bridges) qui a un avantage sur son (meilleur) ami : il sort avec la belle Jacy Farrow (Cybill Shepherd), et ça a l’air franchement sérieux.

Mais on sent qu’il manque quelque chose à ces adulescents. Un peu d’aventure, de fantaisie, de… Ce que vous voulez !

Que reste-t-il alors à ces jeunes gens ? La guerre (de Corée) ou la vie plus ou moins stéréotypée de leurs parents… Sans véritablement de variante possible.

 

Cette dernière séance, c’est celle du cinéma d’Anarene, après une séance de Red River (Howard Hawks, 1948), même pas un film de l’année, c’est vous dire la misère dans laquelle est tombé ce lieu culturel : quand le film commence, c’est Father of the Bride (Vincente Minelli, 1950), vite remplacé par Winchester ’73 (Anthony Mann, 1950), de la même époque.

Mais ce qui saute aux yeux de cette époque, c’est le désœuvrement. Et Peter Bogdanovitch rend très bien compte de cette période à travers ces (ses) trois héros (qui n’en sont pas).

Mais la grande différence, c’est qu’entre 1951 et la sortie du film, la révolution sexuelle est passée par là, et on ne se gêne plus pour montrer les corps (féminins, surtout) dans leur simple natureté. Pour les hommes, c’est encore un peu tôt semble-t-il… Toujours est-il que la belle Jacy est attirée par ces riches (plus ou moins) oisifs qui se baignent nues dans la piscine, s’affranchissant des conventions, ce que Duane n’est pas capable de faire.

 

Mais malheureusement pour elle, elle sera rattrapée par son époque, et si elle ne finit pas avec Duane – qui part en Corée – elle n’en finit pas moins avec Sonny, et ce n’est pas faute d’avoir essayé !

Rien d’étonnant cela : jamais il ne remettent en cause ou en question leur vie. Ils ferons comme leurs parents avant eux (etc.), comme le montrent les deux interventions de l’hymne du lycée : la première est spontanée, dans la voiture de Jacy, et chacun semble y trouver son contentement. La seconde, c’est quand la nouvelle équipe se prépare au match d’ouverture de la saison. Sonny, même s’il a quitté l’école ne peut s’empêcher de le chanter. Par réflexe plus qu’autre chose.

Parce qu’on sent que ces jeunes personnes étouffent. A l’instar des jeunes Anglais dans les premières années Thatcher (1), peu d’opportunités s’offrent à eux : la guerre ou le conformisme (le chômage pour le héros de Loach). Mais quand Bogdanovitch nous décrit cette situation, il n’est pas tellement loin de celle qu’on attend des jeunes gens vingt ans plus tard : le même conformisme un tantinet consumériste ou la guerre, celle du Viêt-Nam.

 

Et Bogdanovitch ne donne aucune solution. Il laisse ses personnages à leur – triste ? – sort, mais ont-ils le choix ? La seule opportunité qui s’offre à eux, c’est le rêve : celui de croire qu’on peut être heureux malgré le poids familial. Une véritable chimère pour ces jeunes gens coincés : trop jeunes pour avoir fait la Guerre (41-45), et trop jeune pour attendre le milieu des années 1960 : quand elles arriveront, ce sera trop tard.

Pour eux. Pas pour leurs enfants.

Enfin j’espère…

 

  1. Cf. Looks and Smiles  (Ken Loach, 1981)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame historique, #Peter Mullan
The Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2002)

Les sœurs Madeleine, ce sont celles qu’on nommait « filles perdues » : elles avaient fauté avant le mariage. Toutes ces (parfois très) jeunes femmes se trouvent ici pour des raisons diverses mais ayant toutes, de près ou de loin un rapport avec le sexe.

Rose (Dorothy Duffy) parce qu’elle a mis au monde un joli petit bébé, un jour de 1963. Margaret (Anne-Marie Duff) parce qu’elle a été violée par son cousin. Et Bernadette (Nora-Jane Doone parce qu’elle répondait aux garçons qui matent les filles de l’orphelinat.

Elles arrivent toutes les trois en même temps, et se retrouvent sous la férule de sœur Bridget (Geraldine « Miss Marple » McEwan), qui les envoie travailler avec les autres « pauvres filles », laver, rincer, sécher et repasser le linge.

C’est donc un bagne moderne, à l’abri des regards, où on rappelle sans cesse à toutes ces femmes leur faute originelle et leur obligation d’expier. Eternellement.

J’oubliais : nous sommes en Irlande et la révolution sexuelle n’est pas près d’arriver…

 

C’est pendant presque 240 ans que ce genre d’institution – essentiellement catholique – a prospéré un peu partout dans le monde (surtout anglophone), et pus de 30.000 femmes qui y ont vécu, et dont certaines n’ont pas survécu. Parmi ces dernières, la présence depuis plusieurs décennies était le meilleur garant de leur fidélité : s’enfuir ? Pour aller où ?

Et ce que montre Peter Mullan, c’est un univers qui n’est pas sans rappeler la prison : des femmes sont des prisonnières et en plus, elles n’ont même pas la possibilité d’une visite : de toute façon, il n’y a pas de parloir. Pour en sortir, trois possibilités : mourir, entrer dans les ordres, ou s’évader. Mais il en existe une autre que je vous laisserai découvrir…

 

Bien évidemment, lors de la projection à Venise (pendant la Mostra), le Vatican n’a pas beaucoup apprécié (tiens, tiens…), jugeant ce film anticlérical. Mais pas besoin de faire dans l’anticléricalisme pour comprendre que ces religieuses ne le sont pas toujours. Quant au curé, on ne peut que donner raison à la malheureuse Crispina (Eileen Walsh).Parce que si ces jeunes femmes ont toutes le même dénominateur commun, cet « homme de Dieu » a tendance à en abuser… Comme quoi, rien de nouveau.

 

Toujours est-il que Mullan signe ici un film choc sur ces drôles de blanchisseries : on y lave le linge sale, mais on n’en ressort pas propre pour autant, et encore moins en odeur de sainteté. Et cet enfer carcéral est véritablement plombé par la religion omniprésente, de la prière matinale aux actions de grâces prandiales, en passant par les lectures dans le réfectoire à chaque repas. Sans oublier la rédemption qui permet à certaines femmes – les religieuses – de maintenir d’autres femmes – les victimes « emprisonnées » – sous leur joug, avec en prime des sévices physiques.

 

Non seulement le film de Mullan a ouvert certains yeux sur cette abomination (1), mais il va encore falloir attendre sept ans pour que les autorités britanniques rendent un rapport de la situation (partielle, toutes les maisons n’ont pas été étudiées) !

Là encore, l’interprétation joue un grand rôle dans la qualité du film : normal, Mullan est avant tout un acteur, alors il ne peut qu’être un réalisateur généreux avec ses interprètes.

Et son trio de premier plan est d’une grande justesse. Toutes les trois sont des pensionnaires convaincantes, chacune dans son malheur et, dirais-je, son injustice. Injustice pour Rose qui perd son prénom à la suite de son enfant (adopté), injustice pour Margaret qui a été violée, et injustice pour Bernadette, beaucoup trop jolie pour être honnête, bien sûr.

Avec en prime Anne-Marie Duff qui est la plus âgée des trois mais interprète semble-t-il la plus jeune !

Et n’oublions pas les nonnes, Geraldine McEwan (bien loin de Miss Marple !) en tête, dont les agissements sont d’une ignominie grave. Là encore, le principe hitchcockien est appliqué : les méchantes le sont vraiment, et on a plaisir à les haïr.


A voir, rien que pour prendre conscience de la vie de ces pauvres femmes.

 

  1. Les miens entre autres, et ceux qui n’ont vu que le film : le documentaire (Sex in a cold Climate, 1998) a inspiré Mullan pour son scénario.
Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

Blanchisserie irlandaise, début XXème siècle

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Comédie dramatique, #Eric Besnard
Délicieux (Eric Besnard, 2021)

Rarement un film n’aura porté aussi judicieusement son nom !

Le long métrage que nous propose Eric Besnard est absolument délicieux, et se déguste avec gourmandise et en prenant son temps, comme un bon repas.

 

Pierre Manceron (Grégory Gadebois) est le cuisinier attitré du duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe). A chaque agape, c’est une profusion de mets variés et colorés, dont la richesse n’a d’égale que celle de son commanditaire. Malheureusement pour lui, un jour il a la mauvaise idée de marier truffe et pomme de terre, ce vil légume. Il est renvoyé et se retrouve dans un taudis qui fut jadis occupé par son père : un ancien relais de poste. Aidé de son fils Benjamin (Lorenzo Lefèbvre), il rouvre l’établissement, proposant un brouet restaurant pour les voyageurs de passage qui cherchent avant tout à reprendre des forces.

Et puis arrive Louise (Isabelle Carré), une femme sortie de nulle part et qui veut apprendre auprès de ce célèbre maître-queux tombé en disgrâce.

Pendant ce temps, l’homme commence à voler grâce aux frères Montgolfier…

 

Nous sommes donc à la fin des années 1780, et quand le film se termine, une nouvelle ère va s’ouvrir. Pour la France mais aussi pour la gastronomie. En effet, si Pierre Manceron est un personnage fictif, il n’est donc pas l’inventeur du restaurant qui existe depuis longtemps déjà en Chine et une trentaine d’années à Paris. Mais ce qu’il propose dans son établissement est l’autre révolution, la culinaire. Tous les concepts relatifs au restaurant que nous connaissons aujourd’hui sont là : qualité de la nourriture, mesure des portions, accueil, tarifs progressifs… Puisque je vous dis qu’il y a tout !

 

Mais ce qu’il y a de plus intéressant – qui fait le sel du film, évidemment – c’est le rapport entre la nourriture et les hommes et surtout entre les différents ordres auxquels appartiennent ces nouveaux consommateurs. Parce que ce que propose Manceron est un immense chamboulement des pratiques : tout le monde peut manger au même endroit ! Il n’y a plus de domestique en cuisine, de maître en chambre ou encore de noble dans sa salle d’apparat…Tous à la même enseigne : Le Délicieux !

Et ce rapprochement entre le changement qui arrive (la grande Histoire) et celui que nous pouvons observer (la « petite » Histoire) n’est pas pour déplaire. Il y a dans ce qui ne s’appelle pas encore un restaurant – dans l’acception actuelle – tout le concentré de la société féodale à bout de souffle.

 

Et ce restaurant – cette « gargote », comme ils disent – est aussi un lieu central et indispensable pour la résolution de l’intrigue. Et Eric Besnard amène patiemment cette résolution (1), nous laissant par là même entrevoir une révolution. De plus, les images de Jean-Marie Dreujou combinées au montage équilibré de Lydia Decobert donnent une dimension esthétique des plus agréables. Certes, la comparaison a déjà été faite, mais c’est une évidence qui saute aux yeux : nous nous retrouvons plongés dans un tableau de Chardin, une de ses natures mortes où des victuailles sont exposées et dont l’éclairage donnent une tout autre dimension.

Avec en prime de très belles transitions, ce qui ne gâche rien au spectacle.

 

De plus, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Grégory Gadebois n’est pas seulement un Pierre Manceron crédible du fait de sa stature. Il est aussi cet être subtil capable de passer de l’apathie à l’enthousiasme, galvanisé par celle qu’il ne voulait pas engager de prime abord. Normal, elle est comme lui, aussi entêtée. Et Isabelle Carré hisse son personnage petit à petit au niveau de celui de son partenaire, annonçant là encore le changement social et sociétal qui arrive.

Quant aux « méchants » de l’histoire (et de l’Histoire) – les aristocrates – ils sont encore une fois bien définis : imbus d’eux-mêmes, méprisants et tout ce que vous pouvez trouver par ailleurs (2), ou bien sûr dans le formidable film de Patrice Leconte, Ridicule.

 

Un beau film qui se déguste, bien évidemment, « sans modération » (elle est facile, mais tellement vraie).

 

  1. Dont une partie est – bien sûr – très prévisible, mais ce n’est pas la plus intéressante.
  2. Dans les romans de Jean-François Parrot (série Nicolas Le Floch), par exemple.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Guerre, #Ken Loach
Land and Freedom (Ken Loach, 1995)

16 février 1936 : le Frente Popular remporte les élections générales, ouvrant la voie à une politique nationale de gauche.

17 juillet 1936 : tentative de coup d’état par l’armée. Début de la Guerre Civile.

1er avril 1939 : fin de la Guerre Civile qui voit l’instauration de l’Etat Espagnol dirigé par le général Franco.

Entre ces deux dernières dates, un conflit d’abord national puis international avec l’arrivée de militants de gauche qui viennent renforcer les rangs des loyalistes pour lutter contre les nationalistes.

C’est la première année de ce conflit que nous raconte Ken Loach, à travers le témoignage de David Carr (Ian Hart), jeune Anglais de Liverpool qui a rejoint les rangs des milices loyalistes.

 

Dix ans (environ) avant son magnifique film Le Vent se lève, Ken Loach nous raconte déjà l’histoire d’une révolution qui tourne mal pour les petits, ces militants de la première heure qui sont partis se battre contre le fascisme sans arrière-pensée calculatrice et se sont retrouvés d’une certaine façon piégés par la hiérarchie et en particulier le parti communiste alors très stalinien. Encore une fois, ce sont de (très) jeunes gens qui se battent pour un idéal et seront broyés par l’autorité supérieure. Et comme nous sommes chez Loach, ce ne sont pas les grands noms qui sont mis en vedette, mais des anonymes qui ont donné leur vie pour leurs convictions.

 

Et c’est avec beaucoup de maîtrise qu’il amène ce témoignage passionnant et émouvant (inspiré du livre de George Orwell – Hommage à la Catalogne, 1938) : d’une situation tout à fait ordinaire, il amène une épopée au souffle héroïque, sans pour autant masquer les aspects sombres de l’événement. En effet, si en général on vante le courage de tous ces guerriers qui sont allés combattre le fascisme en Espagne, on n’insiste pas beaucoup sur les rivalités politiques internes au camp républicain avec les effets néfastes qui en sont sortis : le déchirement et la défaite.

 

C’est à la suite de la mort – naturelle – de David (il doit avoir 80 ans ou plus) que sa petite-fille Kim (Suzanne Maddock) découvre, en rangeant ses papiers, l’échange épistolaire de ce dernier avec sa fiancée Kitty (Angela Clarke) : tous les détails plus ou moins intimes de ce qu’il pouvait vivre pendant cette année-là. Bien sûr, sa relation avec Blanca (Rosana Pastor, formidable elle aussi) est extrapolée par rapport aux lettres consultées par la jeune fille, mais les photos qu’il envoya permettent à cette dernière d’avoir une image des gens dont il parle.

Le personnage de Blanca est central dans la guerre de David. C’est, comme le disent les personnages du film Les Insurgés, sa « Femme de Guerre ». C’est aussi son autre cause pour et avec laquelle il se bat. C’est aussi celle qui, telle Cassandre, parle vrai, mais qu’il refuse de croire. C’est aussi elle qui lui fera abandonner le conflit et rentrer chez lui, retrouver sa vie d’avant qui ne pourra pourtant plus être la même.

 

En voyant ce film, deux éléments me sont venus en tête.

Le premier, le personnage de Blanca. Est-ce dû au choix de l’interprète (à mon avis, oui), mais en voyant Blanca porter un fusil, on pense à Marina Ginestà (voir ci-dessous) photographiée à la même période par Juan Guzmán à Barcelone. On retrouve chez Blanca la jeunesse et l’assurance de cette militante qui domine la capitale catalane.

Le second, c’est un clin d’œil à un autre film marquant sur cette même période : Pour qui sonne le Glas, quand la milice délivre un petit village des franquistes et de leur curé collabo (Ricard Arilla), on croise une jeune femme qui a été tondue par ces mêmes fascistes, tout comme Maria (Ingrid Bergman) dans le film de Sam Wood (1943).

Un film magnifique, encore une fois.

 

Marina Ginestà (1919-2014)

Marina Ginestà (1919-2014)

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