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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #William Beaudine
The Canadian (William Beaudine, 1926)

Ce « Canadien », c’est Frank Taylor (Thomas « Crichton » Meighan), un ouvrier agricole qui travaille pour Ed Marsh, un Anglais venu s’installer dans l’Ouest (au Canada, donc). Mais Frank a sa propre exploitation qu’il va démarrer grâce au travail chez Marsh. Un jour, Nora (Mona Palma), la sœur du même Marsh vient s’installer chez son frère, n’ayant plus où aller. Mais ses manières précieuses ne sont pas du goût de Gertie (Dale Fuller), la femme d’Ed. Et comme Frank a besoin d’une femme pour s’occuper de sa maison, la mort dans l’âme, Nora lui propose d’être celle-ci.

Mais une fois le mariage prononcé, Nora rend à Frank son alliance. Ils vont vivre ensemble, mais chacun pour soi…

 

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je retrouve William Beaudine, qui fut un très grand réalisateur essentiellement pendant la période muette. Et ce Canadien ne fait pas exception : Beaudine nous raconte certes une histoire convenue – on sait qu’ils finiront ensemble, malgré les airs de pimbêche de Nora et l’aspect un tantinet bourru de Frank – mais il le fait avec beaucoup de subtilité et les plans impeccables d’Alvin Wyckoff, qui eut une longue et fructueuse collaboration avec Cecil B. DeMille (1). Bref, visuellement, c’est impeccable, et c’est bien ce que nous voulons.

 

Quant à l’interprétation, Meighan est encore une fois admirable, amoureux éconduit de cette femme distante, habituée à une vie facile et même pas  capable de faire cuire du riz ! Et Mona Palma, éphémère actrice du muet (7 films seulement en 4 ans !), réussit quand même à se hisser à un niveau très acceptable – moindre que celui de son partenaire – même si elle est plus convaincante en femme distante qu’en amoureuse.
Et puis il y a Dale Fuller qui campe une patronne magnifique, bourrue elle aussi – Gertie est une vraie Canadienne farouche – et on regrette qu’elle fut aussi peu mise en valeur dans sa (plutôt) longue carrière (2).

 

Mais encore une fois, c’est bien dans la réalisation que se trouve la clé du film : Beaudine mêle avec bonheur et savoir-faire la comédie et la tragédie, donnant à cette histoire dramatique quelques touches de comique, telles des couleurs chatoyantes discrètes dans un tableau gris. Et puis il y a le tournant de cette histoire d’amour : le fusil.

C’est une trouvaille formidable que ce fusil chargé qui est donné à Nora par son mari : un peu plus tôt elle n’avait pas hésité à lui tirer dessus avec (heureusement, il était déchargé). Cet instrument de mort devient alors instrument d’amour, consolidant alors l’antagonisme entre ces deux états, voire démontrant que l’amour est plus fort que la mort ?

Et ce sont des détails comme celui-ci qui vont amener la happy end attendue : le chapeau de Frank, le contrat de mariage sur la table, la montre de Pop (Charles Winninger)…

 

Bref, du grand art, et en 80 minutes seulement.

Encore une fois, on en redemande !

 

  1. C’est pour dire que ce n’est pas le premier venu.
  2. 81 films.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Biopic, #Woody Allen
Prends l'Oseille et tire-toi (Take the Money and run - Woody Allen, 1969)

Virgil Starkwell (Woody Allen) est un braqueur de banques. Un vrai. Mais pas vraiment un dur. Et surtout il est très maladroit ce qui ne lui permet pas de vivre de son métier (d’un autre côté, c’est tant mieux).

Et puis il rencontre Louise (Janet Margolin) et c’est le grand amour. Mais à encore, la vie n’est pas rêvée et avec la naissance d’un enfant, c’est encore plus compliqué. Virgil prend la seule décision qui restait : il va reprendre son activité criminelle.

 

Après avoir détourné un film japonais en y greffant ses propres images et en remaniant complètement l’histoire (What’s up, Tiger Lily?), Woody Allen passe à la mise en scène totale, en plus du scénario (coécrit avec Mickey Rose). Et le résultat est efficace : on rit du début à la fin, confirmant le potentiel comique de ce « jeune » réalisateur. Bien sûr, c’est avant tout un comique burlesque qui nous est offert ici, les maladresses de Virgil étant irrésistibles, et d’une manière générale, c’est avant tout un hommage au cinéma comique américain qui nous est offert. Et on pense aussi bien au muet qu’au parlant.

On revoit Keaton, ou Lloyd et même un plan qui fait directement référence au Lumières de la Ville quand Virgil sort le soir avec Louise : une histoire de monte-charge… Et quand on voit les parents de Virgil (Ethel Sokolow & Henry Leff), c’est à Groucho Marx qu’on pense (1).

 

Mais les hommages ne s’arrêtent pas là. Alors qu’on doit assister à une mise en abyme dans le cadre d’un braquage, un certain Fritz (Marcel Hillaire) fait son apparition : c’est un gangster lui aussi mais il a eu son heure de gloire pendant la période muette. Ce personnage, non seulement parle allemand (Marcel Hillaire était allemand), mais ressemble à s’y méprendre à Fritz Lang (d’où son prénom, évidemment !).

Et puisqu’on en est aux hommages, on a aussi droit à la scène de plage qui n’est pas sans rappeler une Palme d’Or française de en 1966… Et là encore, la maladresse de Virgil fait toute la différence.

 

Malgré tout, on sent que Woody Allen n’est pas encore tout à fait à l’aise. Parfois, les prises de vue sont un peu brouillonnes et le montage peut laisser à désirer. Allen essaie différents plans, différentes techniques… Mais surtout, le film n’est pas présenté vraiment comme un film. C’est plutôt une émission de télévision qui retrace la vie de Virgil, mélangeant quelques éléments autobiographiques de Woody Allen (date de naissance, photos) et un aspect documentaire avec interview de gens qui l’ont croisé pendant ses années de délinquance, avec toujours en voix off celle de Jackson Beck, narrateur infatigable qui égrène les différents éléments de cette vie de turpitudes.

Avec un gag récurrent (« running gag », comme ils disent à New York) autant qu’emblématique : les lunettes du réalisateur-acteur.

 

Alors oui, c’est très drôle, c’est réjouissant, et en plus, c’est quand même bien fait. Alors ne boudons pas notre plaisir : Take the Money and run est le premier d’une série marquée par le burlesque, qui va augmenter en puissance jusqu’au formidable Love & Death (1975).

Attention toutefois, la tendance au bavardage qui va se développer plus tard est déjà là…

Qu’importe, on savoure ce premier vrai film comme il se doit : avec gourmandise !

 

  1. Je ne vous explique pas, voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Olivier Dahan
Simone, le Voyage d'une vie (Olivier Dahan, 2022)

Cinq ans après sa mort, voici – enfin – un film qui met (encore plus) en lumière celle qui fut l’une des plus grandes dames françaises du XXème siècle : Simone Veil (Elsa Zylberstein & Rebecca Marder). De sa déportation à Auschwitz à son dernier mandat de ministre de la Santé, en passant par les élections européennes de 1979, sans oublier son magnifique combat pour l’IVG, c’est toute la vie d’une femme singulière, rescapée de l’enfer et qui va passer une grande partie de sa vie pour les autres : les femmes, bien sûr, mais pas seulement.

Nous allons donc la suivre dans ses souvenirs pendant presque toute sa vie, de son enfance – heureuse – à son retour à Auschwitz pour les 60 ans de la Libération du camp, avec ses joies et surtout ses peines, ses moments de découragements, mais aussi ses luttes humaines, humanitaires et humanistes.

Oui, une très grande dame.

 

Dahan, dès la séquence d’ouverture, entre dans le vif du sujet en nous présentant la lutte âpre qu’elle dut mener pour faire voter la légalisation de l’IVG (1974), alors qu’elle est toute nouvelle ministre de la Santé. Et comme ce fut le cas alors, c’est un déferlement de bêtise et de préjugés qui viennent heurter nos oreilles, fruit des élucubrations de misogynes complètement en décalage non seulement avec leur époque mais aussi avec le propos : quand est-ce que les hommes vont définitivement laisser les femmes disposer librement de leur corps ? C’est donc un incroyable bal des aigris qui sous couvert d’un mandat électif vont s’acharner – pas trop longtemps pour nous, heureusement – contre cette femme qui a en plus, selon eux, le défaut d’être juive. C’est absolument abject, mais heureusement, elle a tenu bon et une partie de ces détracteurs, hypocrites, ont tout de même voté sa loi.

 

Il était (presque) naturel de commencer le film par cet épisode tant il est symbolique pour la société française comme pour sa principale protagoniste : si Simone Veil est entrée dans l’Histoire – et au Panthéon – c’est avant tout pour cet exploit. Mais la réduire à cet épisode serait faire bien peu de cas de son parcours ô combien admirable (1). De Drancy à Bruxelles, elle ne cesse de porter plus loin ses combats, participant même à différents ministères, et toujours avec en toile de fond cette expérience traumatisante que fut la déportation et que chacun de ses adversaires va lui rappeler inexorablement.

Et la force du film d’Olivier Dahan, c’est de prendre le point de vue de son héroïne, égrenant ses souvenirs à mesure qu’ils lui reviennent en tête. Alors évidemment, ils ne sont pas dans l’ordre et surgissent de sa mémoire pour nous être montrés dans toute leur dimension, malheureusement essentiellement tragique.

 

Bien sûr, Elsa Zylberstein est une Simone Veil superbe, digne (et tout et tout) comme il sied à une telle personne, mais c’est pour ma part Rebecca Marder qui m’a le plus impressionné : sa ressemblance avec la jeune Simone Jacob (son nom de naissance) est époustouflante (2). On a vraiment l’impression de voir revivre la jeune femme dans son enfer concentrationnaire.

Ces deux actrices rendent une image de madame Veil des plus authentiques. On revit ce qu’elle a pu subir dans toute sa (belle et longue) vie. Mais encore une fois, ces actrices sont formidables parce que celles et ceux qui les entourent le sont aussi. De Mathieu Spinosi & Olivier Gourmet (Antoine Veil) à Elodie Bouchez (Yvonne Jacob, mère de Simone) en passant par Esther Valding & Sylvie Testud (Marcelline Rozenberg), ce sont des personnages et personnalités qui ont une immense place dans la vie de cette femme hors du commun : chacune d’entre elles lui a apporté la vie et le courage de l’affronter.

 

Bref, un film indispensable pour comprendre qui fut cette femme extra-ordinaire, cette rescapée des camps qui va finir au Conseil Constitutionnel, avant d’être la cinquième femme à entrer au Panthéon.

 

  1. Que les choses soient claires. Je n’ai pas obligatoirement les mêmes positions politiques que cette grande dame, mais je ne peux que m’incliner devant son œuvre.
  2. Il fallait tout de même 4 heures de maquillage pour y parvenir…
Simone Jacob ép. Veil (1927-2017)

Simone Jacob ép. Veil (1927-2017)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Cédric Jimenez, #Gilles Lellouche
BAC Nord (Cédric Jimenez, 2020)

Greg Cerva (Gilles Lellouche) est incarcéré. Jusque là, rien de bien spectaculaire. Ca le devient quand on sait que ce même Cerva est policier. Brigadier, même. IL travaille en équipe avec Yass (Karim Leklou) et Antoine (François « D’Artagnan » Civil) à la BAC Nord (d’où le titre). Ce sont de bons flics, sauf que la hiérarchie en a marre de la casse : à chaque intervention dans une cité, ils sont insultés et surtout agressés, leur(s) voiture(s) portant les marques de la violence générée. Et ça coûte cher.

Mais finalement, le préfet décide d’une opération de prestige et c’est Cerva qui va s’en occuper, sous couvert de sa hiérarchie.

Enfin jusqu’à un certain point…

 

« Faudra que je vous raconte un jour tout ce que j’ai été obligé d’inventer pour pouvoir faire normalement mon boulot de flic. » C’est Verjeat (Lino Ventura) dans Adieu Poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975) qui parle. Et ce qu’on peu dire des méthodes de Cerva, c’est qu’elles ont un petit goût de déjà entendu…

Parce que pour faire son métier, Cerva n’est pas toujours regardant, tout comme ses deux collègues. Mais ils savent s’arrêter à temps, ne franchissant pas la limite de la corruption. Et le film de Cédric Jimenez montre très bien le non franchissement de cette frontière pourtant ténue. Il filme des flics ordinaires, dans des situations quotidiennes qui leurs sont routinières : ils font leur boulot et c’est tout. Et le basculement aura lieu quand le préfet va vouloir faire un coup de com’.

 

Alors oui, ils vont franchir un peu plus la ligne, mais pour quels résultats ? Ces résultats viennent en deux temps : l’opération avec sa mise en place puis les conséquences qui vont déborder largement au-delà des quartiers nord de Marseille.

On notera la très bonne utilisation des archives en rapport à cette affaire de 2012, mais surtout, on appréciera les prestations du trio vedette, avec surtout un Gilles Lellouche formidable (encore une fois), dans le rôle de ce flic désabusé, dont la vie personnelle semble vide une fois qu’il se retrouve seul chez lui. Les deux autres policiers ont quelqu’un qui les attend : pour Yass, c’est Nora (Adèle Exarchopoulos) qui est enceinte et va bientôt accoucher, et pour Antoine, c’est son chien. Pour Greg, on ne sait rien. Ou alors un paquet de cigarettes. On comprend mieux alors son engagement dans la police et surtout sa désillusion.

 

Et bien sûr, quand les choses vont se compliquer, ces trois policiers vont se sentir bien seuls face à l’IGPN (1) et son inspecteur (Jean-Yves Berteloot) : une solitude qui n’est pas sans rappeler celle d’autres fonctionnaires face à leur hiérarchie… D’autant plus qu’on utilise la célèbre expression « pas de vague » qui nous ramène bien sûr à l’actualité de ces derniers.

Et ce qu’on peut dire de ce film, c’est qu’il nous a présenté une vision plutôt réaliste de ce métier, n’évitant hélas pas les récupérations nauséabondes habituelles. Et si on doit rapprocher le film de Jimenez, c’est Polisse (Maïwen, 2011) qui vient en tête tant le réalisme est présent dans cette intrigue. D’ailleurs, nous avons droit très souvent à une caméra au cœur de l’action, sur l’épaule ou non, ce qui accentue beaucoup le travail de ces hommes.

 

Bref, un film solide et bien ficelé, mené tambour battant sans pour autant faire tourner la tête, et surtout un Cédric Jimenez qui ne refait pas ses erreurs du film précédent et reste au plus prêt de son sujet. C’est bien filmé, et toujours près de l’action, ne laissant – cette fois-ci – aucune zone d’ombre dans cette histoire pas si simple que ça.

Comme quoi, la police, ce ne sont pas toujours des hommes qui matraquent des manifestants…

 

  1. Inspection Générale de la Police Nationale.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western
Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China - John Carpenter, 1986)

Jack Burton (Kurt « Snake Plissken » Russell) est chauffeur routier et livre régulièrement dans le quartier chinois de San Francisco (Chinatown). Un jour, il accompagne son ami Wang Chi (Dennis Dun) à l’aéroport pour y accueillir la fiancée de celui-ci, la belle Miao Yin (Suzee Pai). Mais cette dernière est enlevée par le Wing Kong, une triade qui a pour chef le mythique et mystique David Lo Pan (James « Hannibal Chew » Hong). Pourquoi ? Parce que Miao Yin a les yeux verts, ce qui est rare pour une Chinoise (?).

S’ensuit alors une poursuite avec vol de camion (celui de Jack) et rencontre d’une belle avocate – Gracie Law (Kim Cattrall), ça ne s’invente pas (1) – et de spectaculaires combats contre la triade et ses super combattants avec tout de même l’aide du sorcier Egg Shen (Victor Wong).

 

L’espace d’un film, John Carpenter sort de l’horreur fantastique pour ne s’occuper que du deuxième élément, mais avec un détachement et surtout beaucoup de plaisir. On sent que le réalisateur et son équipe ont apprécié le tournage, même si les studios (20th Century Fox) n’ont pas vraiment favorisé le projet. Quoi qu’il en soit, si le film n’a pas atteint le public comme il le méritait à sa sortie, l’exploitation en vidéo a comblé ce handicap : c’est d’ailleurs comme ça que j’ai pu le voir.

Et c’est bien dommage qu’il n’ait pas eu ce succès tant il est à part dans l’œuvre de Carpenter : un mélange de comédie, de western et d’exotisme très réjouissant. Et encore une fois, Carpenter ne s’est pas contenté de la réalisation, puisqu’il cosigne, comme d’habitude, la bonde originale, cette fois-ci avec Alan Howarth.

 

Bien sûr, cette intrigue est hautement improbable, mais qu’importe puisqu’on s’amuse. Kurt Russell, encore une fois est un aventurier (malgré lui pour le cas) solitaire plus intéressé par ses différents trajets dans son camion que par une vie bien rangée (2). Et en cela, on retrouve une dimension du western (comme annoncé plus haut) : c’est un solitaire qui vient remettre de l’ordre dans un endroit et repart une fois le travail effectué vers de nouvelles aventures, en l’occurrence un nouveau transport routier. Bien entendu, comme les cow-boys solitaires de l’âge d’or du genre, il ne laisse pas indifférent la jeune première (Gracie) et va finir par l’embrasser…

Et pour accentuer cet aspect westernien, il faut savoir que Kurt Russell a pris comme modèle pour son personnage nul autre que John Wayne. Certes, il n’y a pas ces grands espaces qui font le décor formidable du genre, mais ils sont remplacés par les éléments exotiques (d’Extrême-Orient) qui situent principalement l’intrigue.

Et pour insister sur l’aspect improbable et fantastique, les trois champions de la triade ne sont pas sans rappeler les combattants du jeu Mortal Kombat à venir (1992), tout comme David Lo Pan sera le méchant dans ce même jeu.

 

Bref, nous sommes dans un film singulier puisqu’il reprend certains éléments de western de fantastique, et va influencer les créateurs de jeux vidéo : pas mal pour un film qui est (presque) passé inaperçu à sa sortie…

On en redemande !

 

  1. Enfin si : Law signifie « loi »…
  2. Ce qui se traduit aussi par des maladresses.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Claude Autant-Lara, #Gérard Philipe
Le Joueur (Claude Autant-Lara, 1958)

« Heureux au jeu, malheureux en amour ».

Encore une fois, le dicton se réalise pour Alexeï Ivanovitch (Gérard Philipe).

Pourtant, rien ne laissait présager une telle issue malheureuse.

Reprenons.

Alexeï Ivanovitch est le précepteur des petits-enfants (?) du général Zagorianski (Bernard Blier). Ce dernier s’est rendu à Baden-Baden, mais certainement pas pour y prendre les eaux : il y a une roulette très courue, et comme il est criblé de dettes et que sa vieille tante Antonia (Françoise Rosay) ne veut pas mourir (et lui léguer sa fortune), il essaie de s’y refaire. Sans y parvenir, bien entendu. Et évidemment la tante Antonia arrive à Baden-Baden.

Alors qu’elle inspecte le casino à la recherche de son neveu, elle est subitement prise de la fièvre du jeu et y perd tout.

C’est alors au tour d’Alexeï de prendre place autour de la table : il gagne, il gagne, il gagne…

 

Il n’y a pas que le général de Gaulle qui a ses entrées dans cette ville thermale puisque le grand Fédor (1) y a lui-même passé du temps et laissé des sommes colossales, et pas dans les soins, comme vous vous en doutez. Mais du roman, si les grandes lignes sont toujours présentes, l’issue et l’intrigue en sont plutôt éloignées. Mais qu’importe, nous sommes au cinéma : tout est donc possible. Et comme il y a Gérard Philipe, on ne va pas bouder son plaisir. De plus, la présence de Rosay et Blier nous assure un spectacle de qualité, même si on peut préférer d’autres réalisations ou performances d’Autant-Lara et des différents interprètes.

Le conflit opposant la tante et le général est un des meilleurs atouts du film, la vieille dame n’étant pas la mourante attendue, tandis que ce général a tout de celui de la Comtesse de Ségur (2) : Blier est bien évidemment dans son élément.

Quant à Gérard Philipe, il est un Alexeï de haute volée (qui en aurait douté ?) et donne vie à ce personnage, véritable héros dostoïevskien, avec toute la fougue et l’idéalisme de la jeunesse, un véritable cousin de Raskolnikov (3).

 

Mais – il y a toujours un mais – je regrette toutefois le manque d’intensité du film par rapport au livre, dans les moments de jeu. Si la première phase qui voit la vieille tante miser inlassablement sur le zéro est très réussie, celle qui voit Alexeï jouer pour son compte est relativement plate, alors qu’elle possède une force incroyable quand Fédor la couche sur papier. Il y a un côté machinal dans la réussite du personnage qui détone complètement : où est passée l’excitation mêlée de frénésie qui nous tenait en haleine ?

Certes, il est très excité de gagner, mais il manque l’aspect fébrile qui fait toute la force du (court) roman.

Quoi qu’il en soit, on prend plaisir à regarder cette « comédie » dramatique qui a beaucoup d’éléments du drame et qui n’est pas spécialement comique. Et la présence de seconds rôles émaillant le film n’est pas non plus pour déplaire : Alice Sapritch, bien sûr puisqu’elle est annoncée, mais aussi Piéral, Jacques Marin ou encore Daniel Emilfork font des apparitions très remarquées…

 

Alors on se laisse emporter par la fièvre (légère) du jeu et on apprécie ce film qui fut l’un des derniers de Gérard Philipe (encore trois à venir…). Hélas.

 

  1. Dostoïevski !
  2. Dourakine : « dourak » signifie imbécile en russe.
  3. Le roman est paru pendant l’écriture de Crime et Châtiment.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Marco Bellochio
L'Enlèvement (Rapito - Marco Bellocchio, 2023)

Décidément, les enfants et l’Eglise catholique n’ont jamais vraiment fait bon ménage, encore faut-il voir de quel point de vue on se place…

L’affiche est pourtant claire : un jeune enfant – Edgardo Mortara (Enea Sala) – sur les genoux du pape – Pie IX (Paolo Pierobon) – et qui regarde l’objectif avec un je-ne-sais-quoi d’indéfinissable dans le regard, et qui n’est pas de la sérénité…

Mais reprenons.

Le 23 juin 1858, la police débarque chez les Mortara, une famille juive, pour emmener le petit Edgardo qui aurait été baptisé et donc plus apte à vivre auprès de ces « israélites » : le pape a demandé qu’il soit élevé dans la religion à Rome.

Malgré les protestations et démarches, l’enfant est emmené et placé auprès du pape avec d’autres enfants qui ont connu le même sort.

 

Fabuleux.

Pour moi, Bellocchio se limitait à son remake du Diable au Corps et surtout de la polémique qui fut soulevée. Et je découvre ici un cinéaste talentueux qui nous donne une véritable leçon de cinéma, ne se contentant pas de la réalisation : il a aussi élaboré le scénario avec Susanna Nicchiarelli.

Et ce qui attire tout de suite notre attention, c’est la photographie. Le travail de Francesco di Giacomo est absolument magnifique, rappelant par certains aspects l’héritage pictural italien. C’est superbe. Et cette image est mise en valeur par un très beau montage de Francesca Cavelli et Stefano Manotti qui donne une dimension supplémentaire au film tout entier.

Nopus avons droit à (presque) tout ce que peut proposer le cinéma en matière d’images, de la caméra à l’épaule – quand Marianna (Barbara Ronchi), la mère d’Egardo part en calèche pendant que son fils lui est enlevé – au montage parallèle qui voit la famille Mortara célébrer le shabbat pendant qu’Edgardo entre pleinement dans l’Eglise – avec une pertinence incroyable.

De plus, les différentes scènes oniriques sont d'une beauté à couper le souffle, avec en point d'orgue la libération du Christ : ce Christ crucifié et couronné d'épines, véritable allégorie de la souffrance endurée par Edgardo depuis son enlèvement.

 

Le tout interprétéest par des acteurs au diapason, accentuant la dimension tragique de l’événement (véridique). Bien sûr, Paolo Pierobon est un pape formidable, enfermé dans son fanatisme sans être pour autant absent du monde : sa consultation des différentes caricatures le prouve bien. Et avec le temps, il a tendance à ressembler à un autre pape beaucoup plus contemporain : Jean-Paul II. C'est une ressemblance qui a tendance à le présenter un peu comme une marionnette qu'on agite, histoire de montrer qu'il est encore en vie était-elle voulue ? (1)

De l’autre côté, on trouve un Fausto Russo Alesi (Salomone « Mamolo » Mortara) qui exprime lui aussi avec beaucoup de justesse le tiraillement de cette famille abusée par cette religion « pour le bien » de l’enfant. Et bien entendu, c’est Enea Sala qui est la bonne surprise de ce casting. S’il semble un tantinet empesé au début du film, sa réaction à la séparation – définitive – avec sa mère est incroyable de justesse (2). On y ressent tout le désespoir de cet enfant arraché à l’affection des siens pour la plus grande gloire de l’Eglise et surtout « pour son bien ».

C’est d’ailleurs fou ce que les différentes religions peuvent faire « pour le bien » de l’humanité ! Et l’actualité ne va pas me démentir de si tôt…

 

Bref, Cet Enlèvement est un incontournable – encore un – de cette année 2023 qui, au final, se révèle tout de même fort riche.

Et ce n’est pas fini !

 

  1. Poser la question, c’est aussi un peu y répondre
  2. Leur dernière rencontre est magnifique.

 

 

Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)
Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)

Edgardo Mortara (à droite) - Giovanni Maria Mastai Ferretti, Pie IX (1792-1878)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Epouvante, #Jennifer Kent
Mister Babadook (The Babadook - Jennifer Kent, 2014)

Mister Babadook est le personnage d’un livre. Pour enfants. Enfin c’est comme ça qu’il s’introduit dans la maison d’Amelia (Essie Davis) et Samuel (Noah Wiseman). Ils y vivent ensemble depuis la mort d’Oskar (Ben Winspear), le père de Samuel, dans un accident de voiture sur la route de la maternité.

Un jour, peu avant les 7 ans de Samuel, ce dernier trouve donc le livre qu’il fait lire à sa maman. Et là, le cauchemar commence. Enfin pour Amelia, parce que voilà bien longtemps que le petit garçon se réveille la nuit parce qu’il y a un monstre dans sa chambre.

Un monstre terrifiant. Vraiment.

 

Et il est d’autant plus terrifiant qu’on ne l’aperçoit jamais vraiment. Et Jennifer Kent a bien compris qu’une menace qu’on ne voit pas est beaucoup plus effrayante qu’un monstre identifié. Parce que la terreur de ce personnage est très communicative : c’est donc un film très réussi !

On tremble sans vraiment rire comme dans certains films d’horreur habituels et les rapports entre la mère et le fils contribuent à ce climat de terreur : on aime ça ! Enfin c’est mon cas… Et le parti pris de tourner dans une atmosphère en noir et blanc – les couleurs des décors – accentuent le mystère et l’aspect fantastique du film. En effet, peu de véritables couleurs sont visibles tout au long du film : à part les cheveux blonds d’Amelia et la chemise à carreaux (en partie noire) de Samuel, c’est très sombre.

 

Bien sûr, on pense à d’autres films du genre, mais c’est surtout The Shining qui se rappelle à nous. Certes, le père est mort mais on retrouve ce couple mère-fils qui tente d’échapper à une force maléfique qui veut les détruire. Autre film reconnaissable : Nosferatu. Et ce n’est certainement pas par hasard que les seules visions que nous avons du monstre qui nous intéresse ici se retrouvent dans des films muets qu’Amelia regarde plus ou moins afin de lutter contre le sommeil qui lui fait peur : dans des extraits de Méliès, on aperçoit donc le Babadook qui se présente tel Nosferatu de Murnau, ses longs doigts effilés étant par contre noirs.

 

C’est un formidable cauchemar qui nous est proposé ici, dirigé d’une main de maîtresse par Jennifer Kent qui signe par ailleurs son premier long-métrage. Bien sûr, cette réussite « est aussi due à l’interprétation phénoménale d’Essie Davis (qui sera justement récompensée) et Noah Wiseman. Ils interprètent avec beaucoup de justesse cette relation ambiguë : est-ce parce que le père est mort que le fils est vivant ? Quel est le degré de responsabilité de Samuel dans sa mort ? Bref, cette relation déjà fragile ne s’améliore pas avec un tel personnage malfaisant qui intervient.

De plus, l’aspect cheap du film (1) lui donne encore plus de valeur : le spectateur se concentre alors pleinement sur le film en lui-même sans s’extasier sur la splendeur des effets numériques.

 

Bref, c’est ici un grand film d’épouvante qu’a réalisé Jennifer Kent, déjà inspirée par sa créature lors d’un précédent court-métrage (Monster, 2005). Mais rassurez-vous (?), il n’y en aura pas d’autre : comme elle a écrit le scénario, elle en a l’exclusivité et n’a certainement pas l’intention de céder à la tentation !

 

  1. Pas d’effets spéciaux grandiloquents, casting principal très resserré, lieux de tournages peu nombreux...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #David Yates
Les Animaux fantastiques : les Secrets de Dumbledore (Fantatic Beasts: The Secrets of Dumbledore - David Yates, 2022)

Jamais deux sans trois (1). Newt Scamander (Eddie Redmayne) est de retour avec ses créatures fabuleuses mais pas toujours très bien intentionnées.

Cette fois-ci, il faut arrêter Grindelwald (Mads Mikkelsen) qui prend de plus en plus d’ampleur dans le monde magique. Ce dernier est d’ailleurs recherché pour ses dernières frasques parisiennes entre autres. Mais il est bien protégé dans son nid d’aigle.

Pour arriver à ses fins et faire la guerre aux Moldus (2) il envisage d’être reconnu par ses pairs tout à fait démocratiquement : en étant désigné par le Qilin, une créature magique absolument « pure ». Et bien sûr, il va tricher pour l’emporter. Et comme Dumbledore ne peut pas affronter cet adversaire redoutable, il demande naturellement à Newt Scamander de s’encharger. C’est ce qu’il va faire, retrouvant du même coup Jacob Kowalski (Dan Fogler), son frère Theseus (Callum Turner), et Queenie (Alison Sudol) qui est malheureusement passée du côté obscur.

 

Le temps a passé et nous sommes maintenant en 1932. Et l’analogie entre le monde des sorciers et celui des Moldus est de plus en plus évidente : Grindelwald n’est rien d’autre qu’un avatar d’Hitler, ses Juifs étant les personnes non magiques. Il veut la guerre contre les Moldus, ce qui va de toute façon arriver comme annoncé dans la saga Harry Potter. Mais nous n’en sommes pas encore là et Grindelwald, tout comme son homologue moldu est à deux doigts de réussir. Et comme on sait qu’il y aura une suite, on se doute qu’il va finalement y parvenir, pour être mieux vaincu. Mais il est intéressant de retrouver certains éléments de comparaison entre Mr. G. et Mr. H. :

  • Tous les deux ont été emprisonnés : Grindelwald s’évade dans l’épisode précédent tandis que Hitler est relâché pour bonne conduite ;
  • C’est démocratiquement qu’ils briguent le poste suprême : et tous les deux échouent de peu en 1932 ;
  • C’est à Berlin que se déroule l’ascension des deux individus.
  • Leurs adeptes ont des rôles tout aussi maléfiques.

 

Mais nous ne sommes pas là pour une leçon de politique, même si on retrouve la même attitude lâche des démocrates face aux deux personnages, ici, c’est le département allemand de magie qui s’en lave les mains et permet à Grindelwald d’entrer dans la course au pouvoir.

Mais nous n’en sommes pas encore à la prise de pouvoir. Par contre, si comme prévu il y a cinq épisodes, cela veut dire que nous sommes à un moment charnière de l’épopée. Et c’est le cas puisque Grindelwald a essayé de diriger démocratiquement et cela n’a pas fonctionné : il lui reste donc une autre alternative, le coup de force.

On retrouve dans cet épisode le même basculement que dans la série HP : dans La Coupe de Feu (épisode 4), Voldemort était enfin identifié et considéré alors comme revenu à la vie. Ici, Grindelwald est blanchi et donc devient fréquentable : il a des partisans s’affichent sans vergogne et dont le nombre va certainement augmenter par la suite et donc amener cette guerre inévitable.

 

Mais heureusement pour nous, il y a Newt et ses créatures. SI on ne retrouve pas la poésie du premier opus, on y trouve tout de même son compte depuis la fois d’avant : bien sûr, le niffleur chapardeur est là, mais on retrouve aussi le petit bowtruckle qui se révèle bien utile lui aussi. Bien entendu, d’autres créatures sont présentes comme un immense monstre qui dévore ses prisonniers laissant leurs carcasses à ses enfants : des créatures fort peu sympathiques, croisement entre un crabe et un scorpion. On imagine que l’immense créature est pareille mais en beaucoup plus grand et dangereux.

Pourtant, le rapport entre Newt et ces petits crustacés-arachnides nous offre un beau moment de comédie, avant de passer, bien sûr, à des choses beaucoup plus sérieuses.

Bref, ce troisième volet est une bonne surprise, après le second qui était plus mitigé. Bien sûr, si Eddie Redmayne et Dan Fogler semblent mener la danse, c’est surtout Jude Law et Mads Mikkelsen qui font sensation. Ils sont formidables tous les deux et leur affrontement est véritablement très spectaculaire. 

Donc, Yates et toute son équipe s’est bien reprise et on a hâte de retrouver tout ce petit monde dans une suite (probable : il faut bien se débarrasser du méchant !).

 

  1. Ca risque d’être cinq.
  2. Muggles en VO : ceux qui ne sont pas magiciens. Des gens comme vous et moi. Enfin surtout vous parce que pour continuer à fournir régulièrement un article ici, il faut être un tantinet magicien. Encore que ce ne soit pas bien sorcier…

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