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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Peplum, #Cecil B. DeMille
Le Roi des rois (The King of Kings - Cecil B. DeMille, 1927)Re

Quatre ans après les dix Commandements, Cecil B. DeMille tourne un nouveau film religieux. Mais quel film : la vie de Jésus.

Certes, il y a une part de prosélytisme dans sa démarche, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

Pendant la première partie du film, DeMille nous propose un résumé des grands épisodes de la vie de Jésus : une espèce de best of tiré des quatre Evangiles.
La deuxième partie traite de la Passion : de la Cène à la Résurrection.

Tout un programme.

 

 

Le film s’ouvre sur une séquence en Technicolor : chez Marie Madeleine. Tout n’est que calme luxe et volupté, bien entendu. Du pur Cecil B. DeMille. On s’attend à tout moment à ce que des jeunes filles dévêtues fassent leur apparition, mais non. Parmi les invités, on peut aussi reconnaître Sojin Kamiyama*, qui était l’infâme prince mongol dans Le Voleur de Bagdad (Raoul Walsh, 1924).

Le Technicolor sera de nouveau utilisé lors de la séquence de résurrection, dans un festival de fleurs et de colombes.

Parce que ce film est rempli de colombes. Symbole de paix, elle est souvent utilisé dans la Bible (Noé qui l’envoie en reconnaissance, par exemple) et représente aussi l’Esprit –Saint, troisième élément de la Trinité, d’où cette profusion.

Si DeMille ne commence pas le film à la Nativité (comme le fit Niblo dans son Ben-Hur), il n’oublie par pour autant les grands épisodes. Il ne manque que les Noces de Cana et la multiplication des pains.

 

Mais c’est surtout dans la Passion que se révèle son talent. Si H. B. Warner est un Christ acceptable, l’attention se porte plus sur les deux grands disciples : Pierre (Ernest Torrence) et, bien sûr, Judas. (Joseph Schildkraut).

Torrence, qui était plutôt habitué aux rôles de brutes plus ou moins épaisses, nous donne un Pierre formidable : il a l’emportement de sa carrure (plus d’une fois on doit le réfréner), mais aussi, comme l’annonce l’intertitre, un cœur d’or. Il y a beaucoup d’émotion dans son jeu (nous ne sommes pas habitués !) quand il se cantonne au côté spirituel. On en devient presque bouleversé quand il se rend compte qu’il a trahi son Maître.

Joseph Schildkraut est un Judas intéressant : dans la première partie (et même jusqu’à la trahison), il ne comprend rien. Il est à côté de la plaque. Tout ce qu’il fait n’est pas en adéquation avec son Maître. Il a beau avoir les meilleures intentions du monde, rien ne marche. Pas étonnant alors qu’il trahisse. Mais c’est justement quand il a trahi qu’il ouvre – trop tard – les yeux. Son remord est sincère et magnifique : il souffre autant que Jésus.

 

Et il y a le méchant (« pour qu’un film soit réussi… »). Cette fois-ci, c’est Caïphe (Rudolph Schildkraut).

Et c’est là que le bât a tendance à blesser. Certes, Rudolph Schildkraut – père de Joseph qui joue Judas – est très juste. Mais c’est le contexte qui va moins. En effet, Caïphe représente la ligne hébraïque dure. Il est épaulé par Sam de Grasse et d’autres affreux. Mais leur dénominateur commun est une représentation du Juif plutôt équivoque.

Nous sommes en 1927, et les Juifs sont sujets à une considération abaissante, voire à des brimades, quand ce ne furent pas des pogroms. Et ce film n’échappe pas à l’antisémitisme latent qu’on pouvait rencontrer à cette époque (on en trouve aussi trace dans les romans d’Agatha Christie, allez voir). Ici, Caïphe et sa clique sont fourbes et ne vivent que pour (par ?) l’argent. Il y a de la fausseté dans les attitudes et dans les regards. On retrouvera d’ailleurs certaines similitudes d’apparences – hélas, bien que le propos ne soit pas le même – dans Le Juif Süss.

 

 

Mais ne taxons pas DeMille d’antisémite trop vite. Si Caïphe (& Cie) ont ce rôle, il faut avant tout ne pas oublier que le texte sur lequel se base le scénario est d'abord anti-sémite, rejetant la faute de la condamnation du Christ sur les Juifs plutôt que sur les Romains, malgré le lavage de mains de Pilate (Victor Varconi).

Et puis il reste la séquence extraordinaire (et je pèse mes mots) qui suit la Crucifixion. Alors que le ciel s’est assombri et que la tempête se lève, nous assistons à une véritable apocalypse, dans tous les sens du terme :

- la terre s’ouvre, les méchants sont engloutis (etc.) dans un chaos absolu, témoignage de la puissance et de la justice divines ;

- A l’issue de cette démonstration de force, le centurion qui a suivi toute l’affaire (Montagu Love) clame que « c’était bien le Fils de Dieu ».

Un grand moment, sinon LE grand moment du film.

 

Alors évidemment, quand Julien Duvivier, huit ans après, nous propose son Golgotha, on peut faire la fine bouche…

 

 

* A différentes reprises, le spectateur habitué aux films muets peut reconnaître quelques seconds rôles récurrents de cette époque (bénie, cela va de soi) : George Siegmann, Dale Fuller ou encore le petit John George, pour ne citer qu’eux.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #G.W. Pabst, #Louise Brooks
Le Journal d'une fille perdue (Das Tagebuch einer Verlorenen - Georg-Wilhelm Pabst, 1929)

Aujourd’hui, c’est jour de fête : c’est la Confirmation de Thymian (Louise Brooks, toujours merveilleuse).

Sa tante Frida (Vera Pawlowa) lui offre un journal intime (celui du titre).

Thymian est la fille de Karl Friedrich - et non Robert comme on le lit partout, le faire part de décès faisant foi - Henning (Joseph Rovensky), pharmacien.

Pharmacien et veuf, ce qui explique sa propension à courtiser les femmes de ménages.

A l’officine, il est secondé par Meinert (Fritz Rasp, toujours à l’aise dans ce genre de rôle), un grand échalas aux tendances concupiscentes : dans un tiroir, il conserve des clichés de femmes nues qu’il compulse entre deux clients…

Bref, ce n’est pas un entourage des plus propices pour une jeune fille.

En plus, ce même jour, Elizabeth (Sybille Schmitz) quitte son maître, remplacée illico par Meta (Franziska Kinz).

Sous prétexte de lui expliquer la situation Meinert abuse de Thymian : un enfant va naître.

L’enfant est placé chez une nourrice. Thymian est répudiée et envoyée dans une institution pour jeunes filles perdues.

Parce que Thymian est devenue l’une d’elles.

Mais son calvaire n’est pas terminée : elle va tomber encore plus bas…

 

Tourné dans la foulée de Loulou (sorti le 30 janvier 1929), ce Journal fait se retrouver Pabst et Louise Brooks pour une histoire beaucoup plus noire. C’est ce qu’on peut appeler une comédie : ça se termine (à peu près) bien, et le personnage de Louise Brooks ne meurt pas à la fin.

Il s’agit d’un film à l’intrigue actuelle (pour 1929) : les indications temporelles font référence à juin et août 1929. Là encore, nous avons une jeune fille et les préjugés sexuels d’une autre époque. Thymian est abusée. Qu’importe : la famille suit un code d’honneur obsolète qui amène l’éviction de cette jeune fille, sans autre forme de procès. Le père, malgré ses penchants ancillaires, est un être lâche qui abandonne sa fille, se pliant à l’avis général.

C’est la déchéance qui donne tout son sens au film. Nous suivons Thymian tomber de plus en plus bas jusqu’à finalement se redresser. Mais à quel prix ?

L’institution décrite par Pabst est une espèce de prison où les dirigeants sont de véritables sadiques. Tout y est interdit (« verboten » est le seul mot qu’on distingue du règlement) et les pensionnaires sévèrement punis par un grand homme chauve (Andrews Engelmann) au sourire aussi faux que celui de Fritz Rasp, et une femme mauvaise (Valeska Gert) que les gros plans rendent encore plus inquiétante.

Parce que ce film est truffé de gros plans. Le visage de Thymian, bien sûr, mais aussi de ses amis Erika (Edith Meinhard) ou le comte Osdorff (André Roanne). Mais surtout, les plans les plus marquants sont ceux des « ennemis » de Thymian : Meta, les dirigeants de l’institution…

D’une façon générale, la caméra est omniprésente dans ce film. Les prises de vues y sont toujours justes et pertinentes. Plusieurs fois, des mouvements – panoramiques et travellings – soulignent l’intensité dramatique du moment.

Remarquable.

 

Et le journal, dans tout ça ?

Il est un moyen pour Thymian de noter les choses importantes, d’écrire des lettres, mais ne renferme pas le récit de sa vie, comme on aurait pu le penser. Mais à partir du moment où Thymian remonte la pente fatale qu’elle avait empruntée, ce journal disparaît : le seul lien de cette vie « dissolue » n’a plus de raison d’être, Thymian a changé.

 

Et la fin heureuse ne l’est pas complètement. C’est une fin en demi-teinte : comment pourrait-il en être autrement ? Le passé de Thymian peut ressurgir à n’importe quel moment et remettre en cause ce nouveau bonheur. C’est d’ailleurs ce qui se passe, dans une séquence finale superbe, où Thymian retourne à l’institution.

Cette séquence amène aussi la véritable pensée du réalisateur quant à cette fille perdue, énoncée dans l’intertitre final par l’un des tenants de cette société si prompte à juger les « filles perdues ».

 

Un film magnifique.

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille
Jeanne d'Arc (Joan the Woman - Cecil B. DeMille, 1916)

Quand Cecil B. DeMille entreprend ce film, c’est déjà (au moins) la sixième adaptation de la vie de Jeanne au cinéma (de Jeanne d’Arc de George Hatot en 1898 jusqu’à Jeanne Captive de Ramos en 2011 avec Clémence Poésy dans le rôle titre ; parmi lesquelles, notons celle de Méliès en 1899).

Quoi qu’il en soit, DeMille nous propose un magnifique biopic de l’un des personnages les plus portés à l’écran.


DeMille retrouve Géraldine Farrar qu’il avait fait tourner dans Carmen l’année précédente. Et le choix de cette interprète est duel : d’un côté, elle est une Jeanne exaltée que l’on suit aveuglément ; de l’autre elle est tout de même un peu âgée pour tenir ce rôle (Jeanne avait 19 ou 20 ans à sa mort) !

Mais qu’importe : DeMille ne recherche pas la vérité à tout prix. Il veut un personnage exaltant qu’il va plonger dans le présent. Nous sommes à une époque troublée marquée par la guerre en Europe. Les Etats-Unis devaient entrer en guerre, et ce film n’est qu’un reflet de l’état d’esprit de ce pays par rapport au conflit européen. En effet, quand DeMille commence le tournage, l’Amérique a encore en tête le torpillage du Lusitania (7 mai 1915) et penche de plus en plus vers une intervention. D’où la séquence d’introduction bien distincte de l’intrigue à proprement parler.

 

En effet, une fois Jeanne présentée, l’intrigue principale commence : c’est la guerre en France, et sur le front (du côté de Domrémy, bien sûr) une mission suicide doit être exécutée par un soldat britannique. Pendant le temps de réflexion avant d’accepter la mission, Eric Trent (Wallace Reid), un soldat, est visité par l’esprit de Jeanne d’Arc : par son sacrifice, il doit réparer l’injustice faite à Jeanne presque 600 ans plus tôt.

Nous voici donc spectateurs de l’ascension et la chute de Jeanne, et de sa relation avec un autre Eric Trent, double de celui de 1916.

Et question spectacle, on est servi. Tous les épisodes connus de la vie de Jeanne sont mis en scène : des voix entendues à la croix offerte sur le bûcher, en passant par la ruse de Charles VII, le siège d’Orléans (et la flèche reçue), le couronnement à Reims, l’infâme évêque Cauchon (Theodore Roberts), le procès en sorcellerie et l’exécution publique finale.

Malgré tout, DeMille reste très fidèle à ce qu’on enseigne à l’époque dans les écoles de la République. Mais si Jeanne possède une épée, jamais on ne la voit s’en servir. Elle passe ses batailles à exhorter ses soldats et brandir bien haut l’étendard (consacré). On assiste alors à une scène de batille de toute beauté, où les innombrables épées levées s’entrechoquent dans un silence assourdissant…

 

N’oublions pas tout de même que Jeanne d’Arc a été béatifiée en 1909 et qu’elle sera canonisée quatre ans plus tard (1920) : le film de DeMille s’inscrit pleinement dans cette reconnaissance religieuse du personnage historique. Le prologue, d’ailleurs, fait de Jeanne une figure christique sacrifiée sur l’autel de l’Etat. Sa position, les bras écartés (Jésus en croix) sur un fond de fleur de lys (symbole de la royauté) est on ne peut plus clair. Le ton est donné dès le début.

Et le film est religieux. La croix est omniprésente : des signes de croix récurrents aux différentes représentations de crucifix, il existe peu de plans n’y faisant pas référence.

Et le côté spirituel est renforcé par l’utilisation de l’éclairage. Ce ne sont qu’ouverture et fermeture à l’iris sur un élément d’ordre surnaturel (Jeanne, les yeux levés au ciel surtout) et éclairage circonscrit sur un élément plus ou moins théologique. Même le bourreau animant la flamme de son brasero fait varier l’intensité de l’éclairage.

Superbe.

N’oublions pas aussi l’influence d’un film italien sorti deux ans plus tôt : Cabiria. C’est une superbe fresque avec la même utilisation des surimpressions au service de l’intrigue : le cavalier noir annonçant le destin de Jeanne, ainsi que les interventions du glaive divin. Difficile de ne pas y penser.

Les personnages enfin : si Jeanne est magnifique, sa relation platonique avec Eric Trent peut prêter à sourire. Mais ce sont surtout les méchants à la solde des Anglais qui sont le plus réussi. Cauchon est abominable à souhait et son âme damnée, l’Oiseleur (Tully Marshall) est lui aussi formidable, même avec ses regrets tardifs.

Un magnifique spectacle.

 

Petite nouveauté pour terminer : l’utilisation du procédé de colorisation Handschiegl dans la scène du bûcher pour faire ressortir le rouge des flammes qui gagnent progressivement Jeanne jusqu’à la dévorer.

Un très bel effet.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Western
Le Retour de Frank James (The Return of Frank James - Fritz Lang, 1940)

Surfant – comme on dit maintenant – sur la vague du succès du Brigand bien-aimé, la Fox demande au réalisateur allemand en vue du moment – Fritz Lang – de réaliser une suite aux aventures des frères James.

Mais le romantisme qui prévalut dans la première partie a disparu : certes Frank James (Henry Fonda) n’est pas un meurtrier, mais il n’en reste pas moins complice de Jesse James et tout de même un bandit notoire même s’il s’est rangé.

On retrouve donc une grande partie de la distribution du film de Henry King, et bien entendu, il manque Tyrone Power (Jesse James) et Nancy Kelly (Zee).

 

Les films de Fritz Lang sont toujours empreints de justice, et celui-ci ne manque pas à la règle. Cette justice concerne Frank James.

Donc Frank est coupable de méfaits passés, mais c’est pour une autre affaire qu’il est recherché : un hold-up qui a mal tourné, un employé ayant été abattu par une balle perdue.

Alors que Le Brigand bien-aimé justifiait (presque) la carrière criminelle des frères James – la responsabilité écrasante de la compagnie de chemins de fer – ici, on ne revient pas sur le passé.


Le film s’ouvre donc sur la fin du précédent : « l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », comme le dirait Andrew Dominik, la main du « justicier » tremblant, sans pour autant manquer sa cible.

On retrouve alors Frank James, vivant incognito dans une ferme, avec son neveu Clem (Jackie Cooper) et l’incontournable serviteur noir « Pinky » Washington (Ernest Whitman).

Mais cette existence paisible est troublée par l’annonce de la mort de son frère qu’il avait quitté suite au braquage raté.

Pour Frank (et son neveu), pas de choix possible : il faut venger la mort de Jesse.

 

Avec Le retour de Frank James, Fritz Lang s’essaie (avec succès) au western, et nous propose une nouvelle vision du genre. Après l’idéal romantique décrit par Henry King, ou Victor Fleming dans Autant en emporte le vent (l’année précédente aussi), Lang introduit une notion primordiale : l’honneur. La vengeance de Frank se situe au même niveau que celle de Rodrigue chez Corneille : il doit venger l’affront qui fut fait avec la mort de Jesse et l’amnistie accordée aux assassins. Persuadé que les frères Ford devaient être pendus, il se propose de faire lui-même la justice.

Mais arrive l’élément rédempteur : Pinky est accusé à sa place et condamné à mort.

S’ensuit alors un cas de conscience : Frank doit-il poursuivre Bob et assouvir sa vengeance ou sauver le pauvre Pinky ?

Ce dilemme rappelle, bien entendu, celui qui tortura l’esprit de Joe Wilson (Spencer Tracy) dans le premier film américain de Lang : Furie. Même si le choix de Frank est plus rapide que celui de Joe, l’analogie reste tout à fait pertinente. Mais cette fois-ci, Frank, en se présentant, empêchera l’exécution de Pinky, certes, mais aussi le précipitera dans les bras de cette même justice devant laquelle il devra répondre.

 

Et là encore, le procès est d’une grande importance. Comme je le disais plus tôt, le passé est oublié. Pourtant, la Saint-Louis Midland Railroad est partie civile et aimerait bien revenir sur le passé trouble de Frank. Mais un élément primordial joue en faveur de ce dernier : nous sommes dans le Sud. Tous les gens présents au tribunal sont des Sudistes – sauf le procureur (Russell Hicks) et le dirigeant de la Midland, McCoy (Donald Meek, encore lui). Et c’est là qu’est le nœud du propos : Frank n’est pas jugé parce qu’il est un bandit. Et il est acquitté parce qu’il est du Sud. Et en plus, cette histoire est vraie : Frank a bel et bien été acquitté par un jury d’hommes du Sud. Quant à la fin de Robert Ford (John Carradine), Lang ne s’embarrasse pas trop avec la vérité (Ford meurt en 1892, soit 9 ans après le procès de Frank James). Mais qu’importe, la mort du « traître » se justifie pleinement dans le ton du film. Et puis, n’oublions pas qu’il faut tout de même châtier les (plus) méchants.

 

Encore une fois, pour Fritz Lang, Henry Fonda joue un personnage qui est le centre d'une affaire judiciaire. Mais si Eddie Taylor (J'ai le Droit de vivre) était une victime du système judiciaire, il n'en va pas de même pour Frank James. Il n'a pas changé et s’il est au devant, cela ne l’empêche pas de rester un homme calme et réfléchi. Bien entendu, il chique du tabac à longueur de film, toujours impeccablement mis, même après une longue chevauchée : il est LE gentleman du Sud, noble et séduisant malgré ses méfaits. Mais...

 

Et à propos de séduction : la jeune femme – parce qu’il y en a toujours une – est une débutante de 20 ans qui sera l’inoubliable Laura de Preminger : Gene Tierney.

 

Notons au passage la constante des belles actrices de Fritz Lang : de Brigitte Helm à Gene Tierney, en passant par Gerda Maurus ou Sylvia Sidney, elles ont toutes de magnifiques yeux bleus clairs…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Joseph L. Mankiewicz, #Bette Davis
Eve (All about Eve - Joseph L. Mankiewcz, 1950)

Elle arrive à une demi-heure de la fin.

Rapide, inattendue (pour elle), méritée.

La gifle.

Celle qu’Addison Dewitt (George Sanders) flanque à Eve (Anne Baxter).

Il faut dire qu’elle l’a méritée.

Amplement.

 

Mais n’anticipons pas.

Voici un film de femmes. Des femmes fortes. Elles sont quatre : Eve bien sûr, Margo (Bette Davis), Karen (Celeste Holm) et dans un registre inférieur Birdie (Thelma Ritter).

 

Margo, c’est la véritable star. Bette Davis est extraordinaire dans un rôle de vedette vieillissante (elle a 42 ans quand le film sort et son personnage 40). C’est à se demander si le rôle fut écrit pour elle (non, c’est plutôt Claudette Colbert qui était prévue) tellement elle est juste dans ce film. Et en plus, elle n’a jamais fait de scène, que des films.

 

Karen, c’est la bonne copine, mais qui peut se révéler retorse. C’est elle qui amène Eve dans la partie. C’est aussi elle qui va la lancer. Un personnage semble-t-il naïf, mais qui est loin d’être aussi lisse qu’on peut le penser : indispensable.

 

Birdie est la dame de compagnie de Margo. C’est son habilleuse, sa confidente, son punching-ball. C’est une ancienne gloire du théâtre qui a été depuis longtemps oubliée. C’est la seule qui tient tête réellement à Margo, sans artifice, sans arrière pensée. Une réussite.

Et puis il y a Eve, celle autour de qui tourne. Nous allons tout savoir « à propos d’Eve » comme l’annonce le titre original.

Le côté éclairé, qui participe à la légende, mais aussi le côté obscure, celui qu’on ne voit jamais, mais qui est tellement plus fascinant.

 

Parce que ce monde est fascinant. Ce ne sont qu’intrigues et renvois d’ascenseurs, tromperies et mensonges, sans que personne n’y voit quelque chose à redire. Dans le film comme dans la vraie vie !

Eve est une arriviste. Mais elle a du talent. Doit-on, sous prétexte d’avoir du talent, marcher sur les autres ? Le film répond oui. Sans équivoque possible. Et la gifle ne change rien. Au contraire, elle n’est là que pour rappeler à Eve d’où elle vient et ce qu’elle doit aux autres.

Et si c’est Dewitt qui la donne, ce n’est pas sans raison. Non seulement il a été abusé par Eve – qui ne le serait –, mais en plus, il est critique d’art, rubrique théâtre… D’une certaine façon, il peut aider à faire et défaire une carrière. C’est lui le véritable metteur en scène de cette histoire.

Pas étonnant que George Sanders en ait obtenu un Oscar…

Le casting ne serait pas complet si on oubliait un tout petit rôle, celui de Miss Casswell (Marilyn Monroe). Elle est toute jeune, naïve, éthérée et un tantinet idiote. Le genre de personnage que Marilyn continuera à jouer pendant deux ans avant de se voir proposer autre chose : Troublez-moi ce soir (Roy Baker, 1952).

 

Et si Bette Davis a relancé sa carrière avec ce film, Anne Baxter, quant à elle, s’est imposée sur l’écran. Elle joue dans tous les registres avec beaucoup d’assurance et de talent, devenant Eve plus que la jouant : elle joue celle qui joue. Une mise en abyme théâtrale exceptionnelle. Une nouvelle star est née, même si elle n’atteindra toutefois pas le niveau de celle qui était alors sa partenaire (et « ennemie » dans le film), Bette Davis.

 

Une histoire terrible. Un casting de rêve. Un maître à la réalisation : un grand film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #David Ayer
Suicide Squad (David Ayer, 2016)

Après les Avengers, voici la première équipe de super héros des productions DC.

Bon, ce ne sont pas, à proprement parler de véritables super héros. Plutôt des super anti-héros.

Imaginez-vous Stark recruter un tueur à gages ? Une psychopathe ? Une torche humaine ?

Moi non plus.

Pourtant, c’est ce qui se passe ici : une bande de truands extrêmement dangereux a été sortie de prison afin de lutter contre un élément maléfique suprême : un esprit venu tout droit du fond des âges avec une volonté destructrice absolue.

Rien que de très normal dans ce genre de production.

 

Ce qui n’est pas normal, c’est cette escouade (« squad » en anglais) de détraqués. Quant au suicide du titre, c’est plutôt parce qu’on les envoie au suicide, manœuvre double : primo, on se débarrasse d danger planétaire ; deuzio, on se débarrasse de cette bande de fous furieux.

Avec en prime, le retour de l’un des méchants les plus célèbres de chez DC : le Joker soi-même (Jared Leto). Après Jack Nicholson et l’inquiétant Heath Ledger, voici un nouveau joker assez terrible. Et d’autant plus terrible qu’on ne le voit pas vraiment mourir…

Quoi qu’il en soit, je préférais tout de même Ledger.

 

Que dire de cet opus ?

Cela ressemble plus à un épisode de transition – comme le sera Wonder Woman (Zack Snyder, 2017) – histoire de gagner du temps afin de ramener Superman dans la course. D’ailleurs, Justice League se profile à l’horizon – malheur à ceux qui n’ont pas attendu la séquence du générique, où Amanda Waller (Viola Davis) rencontre Bruce « Batman » Wayne…

Malgré tout, le ton adopté est un tantinet en décalage avec les autres productions : la violence utilisée par ces pseudo justiciers  est beaucoup plus forte que d’habitude : les ennemis qu’ils éliminent, même s’ils n’ont pas forme humaine laissent tout de même une impression de malaise, leur élimination ne se faisant qu’en dégommant ce qui ressemble à leur tête.

 

Pour le reste, peu de surprise, l’issue étant prévisible, dans tous les domaines : résolution des conflits et ouverture vers une suite.

Avec, en prime, la sacro-sainte rédemption chère à nos amis américains. C’est l’objectif numéro un de Deadshot (Will Smith), en quête de sa fille et d’un peu de respectabilité après son passé plutôt tumultueux. C’est aussi le cas de Diablo (Jay Hernández), qui ira jusqu’au bout pour essayer de laver l’irréparable qu’il a commis.
Bref, rien que de très américain.

 

Et le tout sans la touche ironique qu’on peut trouver chez Marvel.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Stuart Rosenberg, #Robert Redford
Brubaker (Stuart Rosenberg, 1980)

Arkansas, années 1970s.

Wakefield est une prison modèle : le modèle qu’il ne faut absolument pas suivre. On y frappe les détenus sans véritables raisons, des trafics ont été installés au profit des gardiens… Bref, peu d’évolution depuis Je suis un Evadé (Mervyn LeRoy, 1932).

Un nouveau contingent de prisonniers débarque dans cette anti-chambre de l’enfer, avec parmi eux, Collins (Robert Redford), qui regarde partout autour de lui, se demandant dans quel enfer il vient de tomber.

Il faut dire que Collins s’appelle en vérité Brubaker, et qu’il est le nouveau directeur du pénitencier.

C’est un réformateur.

 

Nous sommes à la fin des années 1970s, et les films engagés sont toujours aussi percutants. Et là encore, il s’agit d’une histoire vraie. Après les Hommes du Président, Robert Redford se retrouve dénonçant un terrible scandale carcéral : les traitements y sont déplorables pour les détenus, ces derniers, en plus d’être violemment maltraités sont affamés et vivent dans des locaux d’une insalubrité crasse.

Bien entendu, ce directeur ne s’attire pas les sympathies des gardiens – « trusties » (to trust = faire confiance), des prisonniers qui se sont rachetés et à qui on peut faire confiance – mais celle des prisonniers non plus : ce sont des êtres abandonnés de tous qui n’ont plus l’habitude qu’on soit humain envers eux, alors ils se méfient, flairant une arnaque et craignant la réprobation générale s’ils collaborent.

Pourtant, comme ils n’ont pas d’autre alternative, et que finalement, au pire, ça ne changera rien pour eux, ils s’y mettent. Et la prison se met à tourner : on y rit à nouveau.

 

Mais les véritables ennemis de Brubaker ne sont pas dans la prison, ce sont ceux qui l’ont embauché : le Conseil pénitentiaire. Qu’ils réforment la prison, soit, mais qu’il touche au statu quo, il n’en est pas question. Parce que derrière ces philanthropes de façade se cachent des intérêts qui dépassent le cadre  de la prison, voire des scandales plus terribles encore.

Et c’est surtout là qu’est la dénonciation du scandale : se targuer de réformer un bagne obsolète, mais refuser de réellement le faire.

La partie est biaisée dès le départ. Et à partir du moment où  Brubaker se fait connaître, le compte à rebours a commencé. On sait que ce sera lui ou le Conseil. Et pas besoin d’être devin pour connaître l’issue du duel.

 

Là encore, les Américains nous démontrent leur savoir faire à propos des films pénitentiaires : Je suis un Evadé, le Prisonnier d’Alcatraz, Luke la Main froide… Là encore, nous retrouvons des gardiens sadiques et des traitements inhumains. Certes, Alan Parker, dans Midnight Express avait dépeint un monde terrible. Mais ici, nous se sommes pas à l’autre bout du monde : c’est au cœur des Etats-Unis que se situe cette prison : ce n’est pas un pays totalitaire éloigné qui dirige cet établissement.

Et c’est pourquoi il n’est nul besoin de charger le trait : malgré tout, nous avons un aperçu des méthodes coercitives, voire criminelles pratiquées dans cet établissement.

Mais l’intérêt, là encore, est ailleurs. Robert Redford compose un personnage ambigu : Brubaker est plus humain, certes, mais s’il le faut, il sait prendre un fusil et chasser un évadé. Sous des dehors humanistes, il reste le garant de l’Institution et doit faire respecter les lois de l’Etat. De plus, il existe des intérêts autres – et pas complètement financiers – qui entrent en ligne de compte : doit-on, avec les deniers publics, entretenir une bande de criminels endurcis ?

Et si Brubaker apporte une solution, l’Institution ne peut la retenir, puisqu’elle remet en cause le fonctionnement de cette même Institution.

 

Autour de Robert Redford, on trouve quelques seconds rôles très intéressants : Yaphet Kotto, en gardien sceptique est tout bonnement magnifique. Il marche sans cesse sur un fil de funambule, espérant – pourquoi pas – la réussite des cette expérience, mais il reste aussi très pragmatique quant à l’impact de cette méthode sur les personnes (prisonniers et gardiens).

Une femme aussi, dans ce monde d’homme : Lillian Gray (Jane Alexander), le soutien de Brubaker en haut lieu. Un soutien de poids dans le Conseil, mais qui connaît aussi les règles du jeu, et surtout ses limites.

Une mention particulière enfin pour le personnage de Caldwell (Everett McGill). Il est dommage qu’il n’ait pas été un peu plus fouillé : c’est un personnage silencieux qui semble garder beaucoup en lui. Mais comme il n’est pas vraiment développé, on reste un tantinet sur sa faim. On sent un potentiel, mais il n’est pas exploité.

Et puis un tout petit rôle de prisonnier très dangereux, enfermé dans une cellule qui ressemble encore plus à une cage : Morgan Freeman !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Les trois Ages (Three Ages - Buster Keaton*, 1923)

Trois âges, trois histoires.

A chaque fois, une histoire – d’amour bien sûr – qui se termine  bien.

Les trois âges : celui de pierre, Rome et l’époque moderne.

Mais c’est toujours la même chose :

Un jeune homme (Buster Keaton) aime une jeune fille (Margaret Leahy) qui est courtisée par un troisième larron (Wallace Beery) plutôt louche qui fait l’unanimité chez les parents de la fille (Joe Roberts & Lillian Lawrence).

 

Il s’agit du premier long métrage réalisé par Keaton (avec Edward F. Cline), dans lequel il s’essaie à tout : écriture, réalisation et interprétation. Au fur et à mesure de l’intrigue, on sent une évolution des gags, partant du très visuel au beaucoup plus subtil**.

Il s’agit avant tout d’une parodie du film de Griffith : Intolérance. Ici aussi, le film recouvre plusieurs intrigues et périodes et les histoires d’amour se suivent et, cette fois-ci, se ressemblent.

Il s’agit d’une déclinaison sur un même thème :

1. Exposition : deux jeunes gens s’aiment, apparaît un autre, grand et fort, qui est choisi par les parents ;

2. Premiers ennuis : le jeune homme souffre les premiers affres de la situation à chaque période ;

3. Défi : les deux hommes se rencontrent sur un événement sportif que le plus faible remporte ;

4. Union : malgré la victoire, le méchant doit épouser la jeune fille, mais elle est sauvée par le jeune homme ;

5. Conclusion : et après.

Bien entendu, il s’agit de trois courts métrages découpés et montés afin de rappeler le film de Griffith. Bien sûr, Keaton aurait pu les sortir séparément. Mais dans ce cas, la répétition de l’intrigue n’aurait pas eu le même effet sur le public. L’intérêt résidant dans la différence d’appréhension des situations similaires : « comment vont-ils faire ? » se demande-t-on à chaque changement d’époque.

Cette attente est d’autant plus forte que les protagonistes sont exactement les mêmes, d’une époque à l’autre, seuls changent les attributs : barbes, toges, chapeaux…

A ce propos, si on excepte Margaret Leahy, les principaux interprètes sont très bien, Keaton et Beery en tête : Keaton égal à lui-même, alors que Beery – habitués des comédies muettes – joue encore un personnage ambigu, plutôt louche, voire inquiétant.

 

Mais nous sommes ouvertement dans une comédie (peut-il en être autrement chez Keaton) alors on s’en donne à cœur joie. Les deux premières époques ont beau se dérouler à des temps très anciens, on retrouve des éléments de l’époque moderne : la carte de visite du jeune homme préhistorique ; les chars de Rome, affublés d’une roue de secours, sont déjà frappés d’interdiction de stationner ; etc. C’est un festival.

 

Mais la route est encore longue pour Keaton avant d’arriver aux sommets que sont Le Mécano de la General ou le Cameraman : il manque un tout petit peu de profondeur dans les personnages pour y arriver. Un premier pas sera effectué dans le film suivant : Les Lois de l’hospitalité.

 

*& Edward F. Cline

 

** Les joueurs de football ont des noms particuliers : outre Keaton et Beery, on retrouve les collaborateurs à l’écriture (Bruckman, Havez & Mitchell) ainsi que deux autres : Lessley & McGann (Photo).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame historique, #Christopher Nolan
Dunkerque (Dunkirk - Christopher Nolan, 2017)

Dunkerque, mai 1940.

C’est la débâcle : 400.000 soldats anglais attendent d’être rapatriés. Mais la Royal Navy ne peut pas envoyer beaucoup de bâtiments : la Bataille d’Angleterre se profile et l’armée ne peut pas de dégarnir.

Alors les navires se succèdent avec plus ou moins de bonheur pendant que des bombardiers et chasseurs allemands pilonnent la zone d’embarquement.

 

Un  très beau film. De très belles images et une intrigue intéressante : il n’y a rien d’héroïque dans cette aventure. C’est plutôt le récit d’une débâcle annoncée, celle des armées anglaise et française piégée et acculée à la mer, encerclée par les troupes allemandes, comme l’annoncent les tracts qui tombent du ciel.

 

Il fallait oser faire une fresque brillante d’un faux pas militaire, et le transformer, à l’instar de Churchill en exploit héroïque.

 

L’encerclement est la première bonne idée de ce scénario : jamais on ne voit les ennemis. Mis à part quelques avions, les Allemands n’apparaissent jamais (sauf à la toute fin, mais ce ne sont que des ombres dans le soleil couchant). Et c’est tout à fait normal, nous savons qu’ils sont tout autours. Nul besoin de les montrer : la situation vécue par les soldats anglais (les plus nombreux) est assez angoissante comme ça.

C’est une course contre la montre et la mort : il faut sortir de l’enclave le plus vite possible. Et comme le dit un soldat écossais : tout est bon pour y arriver, même tricher, resquiller.

Mais tricher, c’est aussi avancer l’heure de cette mort qu’on veut éviter.

Bref, chaque mouvement vers la patrie devient un mouvement vers la mort.

 

Et l’habileté de Christopher Nolan, c’est la narration. Tout se joue sur une journée : on commence par découvrir la situation par différents points de vue à différents moments de la journée : la jetée et sa file ininterrompue de soldats angoissés (une semaine d’attente nous apprennent les intertitres) ; un jour par bateau de plaisance, un de ces bateaux réquisitionnés par la Navy pour récupérer ses hommes ; une heure par avion – trois Spitfires – engagés dans un combat aérien contre les avions allemands venus perturber l’embarquement.  Puis on comprend qu’il y a interaction entre ces différents points de vue, et on apprend petit à petit l’état des lieux et comment on en est arrivé là.

 

Une autre démarche habile c’est l’utilisation régulière d’une caméra sur l’épaule, au plus près de ce qui se passe. Cela intensifie cette débâcle mais en plus donne une touche de réalisme formidable : parfois, le niveau de l’eau est perpendiculaire à l’écran, accentuant le naufrage du navire concerné, l’appareil restant au niveau du pont. Impressionnant.

 

Le dernier atout du film tient dans l’utilisation de la bande originale de Hans Zimmer. La musique n’est pas à proprement parler mélodique, elle est plutôt rythmique. Mais ces enchaînements de rythmes sont en parfaite adéquation avec l’action, se mêlant même avec les bruits des appareils dans une rare osmose sonore : on ne sait plus si c’est la « musique » ou le bruit réel que nous entendons. Et quand un avion se retrouve à court de carburant, les moteurs se taisent, ainsi que la musique, amenant la tension à un beau paroxysme.

 

Bref, un film fort et poignant où tout a un sens, conclu par l’adresse de Churchill du 4 juin 1940 : « nous ne nous rendrons jamais ! »

 

Vraiment, un très beau film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ridley Scott, #Robin des Bois
Robin des Bois (Robin Hood - Ridley Scott, 2010)

Régulièrement, Robin des Bois revient sur les écrans, et souvent pour notre plus grand plaisir.

C’est le cas encore cette fois-ci, avec un nouvel opus signé par le maître Ridley Scott soi-même, en très grande forme.

Et pour interpréter le célèbre hors-la-loi, une ancienne connaissance (Gladiator, 2000) : Russell Crowe (qui est aussi producteur).

Mais ce n’est pas tout : le casting est impeccable, avec une Marianne (Cate Blanchett) à la hauteur, dans la lignée de Mary Elizabeth Mastrantonio (Robin des Bois prince des voleurs, 1991), en femme forte et volontaire. A ses côtés, le vieux mais talentueux Max von Sydow (81 ans quand le film sort), en Comte de Locksley aveugle, est l’un des éléments du destin de Robin.

Avant tout, il s’agit d’une supercherie : Le personnage interprété par Russel Crowe n’est pas Robert de Locksley. Il s’agit de Robin Longstride, un obscur archer qui accompagna Richard (Danny Huston, fils de…) à la Croisade.

Mais c’est Walter Locksley qui décide d’assumer la supercherie. Et, bien entendu, à un moment, Marianne…

 

Il y a dans ce film un réalisme qui manquait aux autres. Même à celui de Reynolds qui avait amené une autre dimension. Et ce réalisme est historique : nous suivons Richard dans son retour de Palestine et le siège fatal de Châlus qui lui coûta la vie.

Pendant tout le film, on se raccroche à une réalité plus ou moins historique, allant même jusqu’à prendre fait et cause pour Jean sans Terre (Oscar Isaac). Heureusement, ce dernier est rattrapé par l’histoire et se conduit comme on l’attend : Robin sera un hors-la-loi malgré (ou plutôt à cause des) les services qu’il aura rendus à la couronne.

 

Autrement, nous avons ici un film estampillé Ridley Scott : ce dernier nous recrée une Angleterre  AD 1200 de toute beauté. Même la Tour de Londres est identifiable : il ne reste plus qu’au temps de faire son travail et amener de nouveaux toits…

Le maître mot du film est la réalité, plus loin que le réalisme : on prend une situation vérifiable (la mort de Richard et ses conséquences) et on y  ajoute une situation réaliste afin d’amener la naissance du mythe.

D’ailleurs, le dernier intertitre enfonce le clou (pour ceux qui n’avaient vraiment pas compris, mais sont-ils nombreux ?) : puis commence la légende.

Alors ne cherchez pas de duel sur le gué, ni de flèche en enfonçant une autre. C’est pour après. Même si les archers ont la part belle dans l’intrigue, on aura un Robin vraisemblable, presque réel (rappel : c’est un personnage de fiction). Avec en point d’orgue sa relation avec Marianne (Lady Marion dans la VO) : une relation maritale forcée (supercherie) qui finalement se transforme en amour (heureusement).


Et puis nous avons le méchant. Il s’appelle Godfrey (Mark Strong) et est fourbe à souhait : non seulement il est identifié comme méchant, mais en plus il réussit à tromper Jean sans Terre ! Sa relation duelle – d’un côté Jean, de l’autre Philippe Auguste (Jonathan Zaccaï) – nous offre des dialogues en VO très réaliste : quand les Français parlent, ils ne sont ni doublés ni possèdent un accent à couper au couteau, ils sont sous-titrés et c’est tout ! Soulignons au passage les efforts des acteurs anglo-saxons qui nous proposent un accent français pas trop désagréable : ils prononcent les « r » comme il faut même si parfois leurs sorties ne sont pas toujours très naturelles.

 

Terminons enfin sur le combat final : c’est un véritable débarquement de Normandie, sauf que cette fois-ci, ce sont les Normands qui débarquent en Angleterre. Il  s’ensuit un combat acharné sur la plage qui n’est pas sans rappeler le débarquement des troupes américaines sur Juno Beach dans Il faut sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg : c’est le 6 juin 1199 !

Un grand moment de combat qui rappelle aussi celui du Retour du Roi (Peter Jackson, 2002).

Bref, du très grand spectacle, prélude à la grande « douglasfairbankserie » qui suivra…

 

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