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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Buster Keaton
Les Lois de l'hospitalité (Our Hospitality - Buster Keaton*, 1923)

Ah, cette fameuse hospitalité de l'Ouest. Celle qui dit qu'un invité est sacré...

Même s'il s'agit d'un ennemi.

Il faut dire que les Canfield et les McKay, en plus d'être voisins, sont ennemis.

Pourquoi ? On ne sait pas trop. Toujours est-il qu'en 1810, John McKay (Edward Coxon) et James Canfield (Tom London) se sont entretués par une nuit d'orage et que depuis, Joseph Canfield (Joe Roberts) n'aura de répit que le jour où le fils Canfield, Willy McKay (Buster Keaton) sera mort.

Alors quand Virginie Canfield (Natalie Talmadge), fille de, invite le jeune homme qu'elle a rencontré pendant le voyage et que ce jeune homme n'est autre que le fils McKay... Les lois de l'hospitalité risquent d'en prendre un sacré coup...

 

Depuis Roméo & Juliette, les histoires malheureuses de familles rivales ont toujours eu du succès. Surtout depuis l'histoire des Hatfield et des McCoy (d'où les noms choisis pour le film), deux familles du Kentucky en guerre pendant près de trente ans.

Il n'y a pas de raison pour cette querelle. Pas même un âne qu'on aurait refusé de payer sous prétexte qu'il fût boiteux...

 

Et Keaton traite ce thème avec humour. C'est son deuxième long métrage qu'il dirige, et on retrouve les thèmes habituels, qui avaient été laissé de côté dans The Saphead (c'est normal, il ne l'avait pas dirigé) : un amour naissant promis à l'échec ; un beau-père imposant et hostile ; le héros beaucoup moins imposant que ses ennemis ; de l'action, voire des cascades (dans tous les sens du terme !).

Tout le sel du film vient de cette hospitalité appliquée à la lettre : les Canfield veulent tuer McKay mais ne peuvent pas tant qu'il restera dans la maison. Alors McKay s'installe. Mais il doit tout de même sortir et à chaque fois, c'est l'armada des Canfield qui est mis à contribution, mais - heureusement - sans succès.


L'action a été placée en 1830, soit une quarantaine d'années avant la véritable histoire. C'est surtout l'occasion de ressortir un train antédiluvien évoluant sur (et parfois en hors d') une voie ferrée mobile et capricieuse, s'adaptant parfaitement au relief du tracé, prétexte à de nombreux gags. Et quand le train est réutilisé dans l'intrigue, on pense à The General...

Ce principe sera repris par Morris et Goscinny** dans Des Rails sur la prairie (1957), avec tout de même un train plus moderne.

 

Mais Keaton n'est pas encore à son plus haut niveau.  On s'en approche. Il faudra attendre soin film suivant (Sherlock Junior) pour que tout son génie comique s'exprime pleinement.

Mais ne faisons pas la fine bouche tout de même : Les Lois de l'Hospitalité se laisse regarder avec beaucoup de plaisir...

Pour le reste, on sait dès le début que tout va bien se terminer : c'est Keaton qui dirige, pas Chaplin. Et on suit avec bonheur cette résolution heureuse : l'amour triomphe de la bêtise et c'est tant mieux.

 

* et John G. Blystone

**A leur tour, ils vont exploiter ce thème dans l'excellent album Les Rivaux de Painful Gulch (1962), un incontournable de la bande dessinée et un beau plaidoyer pour la différence.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier
Golgotha (Julien Duvivier, 1935)

« En vérité, je vous le dis... »

Il s'agit certainement de la réplique la plus célèbre, répétée à l'envi par Jésus (Robert Le Vigan), dans cette superproduction française signée Julien Duvivier.

Pour le reste, c'est beaucoup moins intéressant...


Les derniers instants de Jésus, pour la première fois en version parlante. Cocorico, ce sont des Français qui l'ont faite !

Ils auraient pu éviter.


Certes, l'intrigue est proche des Ecritures, et on assiste aux derniers instants de Jésus, de son entrée à Jérusalem jusqu'à sa résurrection. Mais pour le reste, c'est assez plat.

Pourtant, il y avait de quoi se réjouir : une belle reconstitution de Jérusalem, une distribution prestigieuse, mais... Mais ça ne prend pas. C'est statique. Beaucoup trop. Le seul moment intéressant, c'est la montée au Golgotha : il y a de la tension, de la violence verbale et physique contre Jésus. Bref, ça vit. Même le moment de la mort de Jésus, là où la tension devrait être à son paroxysme, c'est encore plat.

 

Il n'y a de la vie que pour les méchants (pas étonnant de la part de Duvivier). Les bons, eux sont presque immobiles, comme s'ils recréaient quelque scène sulpicienne : ils sont déjà morts (pour leur foi). D'ailleurs, le meilleur élément sulpicien, c'est Jésus lui-même, avec sa chevelure que l'éclairage rend d'or...

Revenons à la distribution : on annonce Harry Baur, Jean Gabin et Edwige Feuillère. Bigre, c'est du lourd (terme tout à fait approprié pour ce film). Mais en fait, ces trois personnalités apparaissent peu dans le film : à peine un quart d'heure à elles trois !

Non, ceux qu'on voit, ce sont - bien entendu - Jésus et Caïphe (Charles Granval), chef du Sanhédrin, une espèce d'oligarchie qui voit son autorité menacée par le Nazaréen. Le troisième, dans une moindre mesure, c'est l'incontournable Judas (Lucas Gridoux), le traître, le salaud, mais tout de même un homme torturé par ce qu'il a fait. Caïphe et Judas sont certainement les personnages les mieux réussis du film.

 

Et il reste Le Vigan. Il est un Jésus idéal... Physiquement. Il est dans la lignée des Christs maigrichons, de ceux qui expliquent pourquoi il tombe trois fois pendant le chemin de croix. C'est à se demander si son père fut charpentier...

Dans le regard aussi, Le Vigan est très bon. Mais dès qu'il ouvre la bouche, le charme n'agit plus. On recherche dans ce personnage (divin ?) les intonations qui feront son succès dans les films suivants (La Bandera, L'Homme de nulle part...). Ici, il interprète un personnage trop lisse : il ne peut pas laisser libre court à ses intonations et son jeu si particuliers.

 

Alors on regarde, parce que c'est Duvivier. Mais on se dit tout de même que la version de Cecil B. DeMille, Le Roi des Rois (1927) offre un spectacle autrement plus beau, à mille lieues de celui qu'on vient de voir.

 

 

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