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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Robert Zemeckis
Sacrées Sorcières (Witches, Robert Zemeckis, 2020)

Un jeune garçon (Jahzir Kadeem Bruno) a perdu ses parents dans un accident de voiture. Il est recueilli par sa grand-mère (Octavia Spencer), une femme formidable, un tantinet rebouteuse (des secrets qui se transmettent de mère en fille…). Mais une sorcière apparaît en Ville. La grand-mère et le petit-fils fuient et s’installent dans un hôtel très luxueux. Donc tout devrait bien aller, mais les sorcières ont un congrès dans ce même hôtel, décidées à se débarrasser de tous les enfants, qui leurs sont insupportables (moralement et surtout physiquement).

Notre jeune garçon est découvert et se retrouve transformé en souris, avec deux autres rongeurs dans le même cas. A eux trois, aidés de la même grand-mère, ils vont contrecarrer les plans diaboliques de la Grande Sorcière (Anne Hathaway).

 

Dommage.

Zemeckis revenait avec un nouveau film, il adaptait le génial Roald Dahl, et en plus, il maîtrise les effets spéciaux. Bref, tout est là pour passer un très bon moment. Et en fait, ce moment n’est pas si bon que ça. Il manque quelque chose pour que ce soit extraordinaire, mais non. Ca reste tout de même plat. Le seul moment où ça s’envole, c’est quand les sorcières se transforment en rats, créant une scène de chaos délirante. Pour le reste, c’est un film très (trop ?) sage avec finalement peu de moments véritablement réjouissants.

Certes, Octavia Spencer est encore une fois formidable, tout comme Anne Hathaway, même si cette dernière a une légère tendance à surjouer. Même si son personnage est outrancier, ça fait tout de même beaucoup (trop).

 

Et pourtant, quand on apprend, dans le générique de fin que des gens comme Guillermo del Toro (scénario & production) ou Alfonso Cuarón (production) ont participé au projet, on ne peut s’empêcher de penser qu’on assiste à du gâchis. On pouvait s’attendre à mieux de leur part.

Mais non. C’est un petit film avec quelques beaux effets spéciaux, mais pas de quoi être transporté, ni même vraiment rêver. Oui, c’est bien léché, mais c’est tout. Zemeckis nous a habitué à largement mieux : son film précédent, par exemple (Marwen, 2018).

Et c’est d’autant plus dommage que Roald Dahl est toujours une source d’inspiration formidable pour des longs-métrages (1). Mais pas là.

Oui, dommage. Vraiment.

 

PS : vous avez remarqué qu’il y avait un homme parmi l’assemblée de sorcières ? Vous avez donc aussi remarqué que c’est le seul qui ne se transforme pas (devant nous en tout cas) ?

 

  1. Ou des courts (Lambs to the Slaughter, 1958)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Norman Ferguson, #T. Hee, #Wilfred Jackson, #Animation, #Walt Disney
Pinocchio (Norman Ferguson, T. Hee & Wilfred Jackson, 1940)

Forts du succès de Blanche Neige trois ans plus tôt, les studios Disney reviennent au devant de la scène avec une nouvelle production. C’est donc le conte de Carlo Collodi qui est adapté avec beaucoup de brio, visuellement parlant, cela s’entend.

C’est magnifique, tout point de vue.

 

Si Blanche Neige était une formidable réussite, il n’existe alors pas beaucoup de mots pour décrire ce second long métrage des studios Disney : l’animation est à son plus haut niveau, assurée par une équipe de haute volée. Et à nouveau, les décors sont extraordinaires. Si on n’y trouve pas les aspects inquiétants de la forêt de BN, ceux de « L’Ile enchantée » (Pleasure Island) une fois que la fête est finie sont extraordinaires de désolation. Et Jiminy Cricket (voix de Cliff Edwards) ne s’y trompe pas, comparant l’endroit à un cimetière. Là où les couleurs le disputaient au faste, ce ne sont que vestiges morts : comment y a-t-il pu avoir de la vie là ?

 

Mais Pinocchio, c’est avant tout l’histoire de cette marionnette (voix de Dickie Jones) sans fil (1), découvrant la vie d’un œil candide, véritable proie facile pour toute sorte d’escrocs et autres malfaisants. Ils son quatre, formant trois partis distincts dont le duo Gideon (voix borborygmes du grand Mel Blanc) & Honest John (voix de Walter Catlett) est le lien avec les deux autres. Ce sont deux rabatteurs sans scrupule ni quelque conscience que ce soit. Mais avec tout de même une force comique indispensable afin d’atténuer l’aspect noir de leurs manigances. C’est un duo (improbable, est-il besoin de le préciser) complémentaire qui allie l’intelligence et la bêtise, la ruse et la violence, mais se termine souvent dans le ridicule. Oui, on peut penser à Laurel & Hardy même si ces deux comiques n’avaient pas les noirs desseins de ces deux filous-là.

Les deux autres infâmes le sont beaucoup plus, et l’équipe d’animation ne s’y trompe pas : entre Stromboli (voix de Charles Judels) qui représente une caricature d’un goût douteux aujourd’hui (2), et le cocher (même voix) au visage faussement débonnaire mais véritablement torve, ce sont deux individus d’une grande méchanceté, les deux composantes d’une même entité maléfique dont l’appât du gain reste le moteur principal, tout comme les deux autres, d’ailleurs.

Et Monstro ? Comme c’est un animal (il ne parle pas), et malgré son nom, on ne peut pas le classer dans les méchants. On le qualifiera de dangereux, tout simplement.

 

A côté de ces éléments négatifs, on trouve – déjà – la magie qui va perdurer pendant des décennies et faire la réputation des studios Disney. Il n’est étonnant pour personne qu’un cricket parle, tout comme une marionnette. Mais pour la marionnette, l’intervention magique de la Fée Bleue (voix d’Evelyn Venable) est une justification plausible. Par contre, que Honest John soit un renard parlant, on est en droit de se poser des questions. Mais si on rapproche le renard de la ruse, alors quoi de mieux pour représenter un tel personnage. Et s’il parle, c’est tout à fait normal : nous sommes au cinéma ! Mais on retrouve alors le paradoxe disneyien qui voit que Gideon est habillé et semble être doté de parole alors que Figaro est un chat tout à fait normal. Sauf qu’il ne mange pas le poisson de Geppetto (voix de Christian Rub), Cleo.

Et cette dernière est l’un des personnages les plus réussis du film : c’est un poisson hautement féminin, avec de long cils et une grâce qui n’ont absolument rien d’ichtyologique.

 

La magie s’opère aussi quand les objets inanimés sont mis en mouvement quand Geppetto est heureux. On leur découvre alors une âme et des effets comiques souvent provoqués par Jiminy. Il en va de même des marionnettes de Stromboli qui prennent vie grâce surtout au talent des animateurs (les ficelles de Stromboli ne sont là que pour le décor) et l’utilisation d’accents pour les différentes femmes est du plus bel effet (en VO en tout cas).

Et puis il y a le monde sous-marin qui va apporter son lot de féerie, véritable feux d’artifices coloré avec des poissons dont certains traits rappellent plus ceux des humains que des animaux. Et on voit d’ailleurs la différence quand Geppetto – encore lui – pêche des (petits) thons : ils sont impersonnels, académiques. Normal, ils sont destinés à être mangés : on ne peut pas leur donner un aspect sympathique…

Et là encore, l’épisode maritime confirmera la haute maîtrise de l’équipe technique du film : c’est absolument magnifique. Et je suis modéré.

 

Un chef-d’œuvre, je vous dis !

 

PS : On notera la présence dans l’équipe des animateurs de Preston Blair qui travaillera sur les deux prochains films des studios avant d’aller à la MGM collaborer avec le non moins immense Tex Avery.

 

  1. Comme chez Jim Henson !
  2. Un croisement entre un Gitan et un Juif, deux cibles privilégiées de l’époque (et malheureusement aujourd’hui) en Amérique comme ailleurs…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road Movie, #Chloé Zhao
Nomadland (Chloé Zhao, 2020)

Fern (Frances McDormand) n’a plus d’emploi depuis que l’usine d’Empire (Nevada) a fermé. Il n’en reste plus rien, que des vestiges d’une activité.

Et Fern, qui a en plus perdu son mari, a pris un van et a décidé de prendre la route, se déplaçant avec le travail saisonnier, du Nebraska au Dakota du Sud, en Arizona et jusqu’en Californie. Elle rencontre des gens, des anonymes qui comme elle ont décidé de tout abandonner et de prendre la route, au hasard, à la recherche d’une éventuelle liberté, ou d’une vérité personnelle. A moins que ce soit une rédemption…

 

Et non, pas de rédemption ici. Il n’y a pas de place. Mais des quêtes intérieures, en extérieur, ce n’est pas ce qui manque dans ce superbe film de Chloé Zhao (son troisième) qui fut fort justement récompensé un peu partout dans le monde : c’est beau, tout simplement. Nous sommes au croisement entre le documentaire et la fiction, mais sans rien de sensationnel ni aucune démonstration. C’est un road-movie basique où finalement la route n’est pas beaucoup empruntée : ce sont les rencontres à chaque étape qui sont le cœur de l’intrigue (minimaliste). Et ce qui donne l’authenticité indispensable à ce genre de film, c’est la présence de protagonistes dans leurs propres rôles : ce sont tous des nomades américains dont le van est leur foyer. Et Frances McDormand s’intègre magnifiquement dans cette communauté singulière, loin des attaches familiales qu’elle retrouve tout de même de temps en temps, comme une pause – inévitable dans le cas présent – à travers cette vie sans cesse en mouvement.

 

Et c’est un incroyable plaisir de voir évoluer Fern dans cette immensité de paysages tous plus extraordinaires les uns que les autres, et quand le film se termine, on n’a plus qu’une envie : suivre ses traces dans cette immensité : aller admirer les montagnes du Nevada ou/et les pierres de tous ces endroits. Les pierres sont au cœur des pérégrinations de Fern : chaque endroit lui en apporte de nouvelles, avec à chaque fois des caractéristiques uniques au lieu.

Et ces pierres, c’est aussi la seule richesse de ces nomades qui vivent en marge de la société : ils en font partie, mais ne participent pas pleinement à la vie des villes qu’ils traversent. LE temps d’une saison puis ils repartent. Mais ce ne sont pas des asociaux pour autant : le discours – authentique lui aussi – de Bob Wells le confirme. De même, chacun d’eux a un téléphone portable et reste connecté au monde, à travers les réseaux sociaux par exemple.

 

C’est un film qui prend son temps et qui décrit une certaine forme de vie, choisie et assumée par chacun d’entre eux, avec ses avantages – liberté, paysages grandioses (etc.) – mais aussi ses inconvénients – ennuis mécaniques, besoins naturels (etc.) – avec ceux qui s’en vont comme Dave (David Strathairn) ou Swankie (Charlene Swankie) et ceux qui y viennent comme le jeune homme que Fern va croiser deux fois : une forme d’équilibre donc où celle qui s’en va définitivement (Swankie) est remplacée de toute façon.

Une petite précision toutefois, ces nomades ne sont pas ce qu’on appelle par ici des « Gens du Voyage » : leur décision de migrer indéfiniment s’est imposée à un moment de leur vie où un changement était devenu nécessaire. Et on ne ressent pas dans toute cette odyssée quelque inimitié que ce soit : la violence, verbale ou physique, est d’ailleurs absolument absente dans ce milieu, ce qui n’est pas le cas dès qu’on parle des Gens du Voyage qui, eux, sont rarement appréciés des sédentaires, avec tous les préjugés qui vont avec.

 

Bref, c’est un road-movie particulier où la route n’est pas le milieu privilégié : c’est dans chaque étape – collective ou solitaire – que se révèle la richesse des différents protagonistes : tout ce qu’ils voient est à eux, et pas besoin de l’emmener chez soi pour le arder puisqu’on en profite à chaque instant.

Et puisque c’est un road-movie, on devrait assister à une forme de métamorphose de notre personnage principal : elle est là, mais elle est comme le film lui-même. Ni démonstrative, ni sensationnelle, mais malgré tout spectaculaire. Et comme Fern repart vers d’autres lieux à la toute fin, il faut se dire que cette transformation n’est pas terminée. Le sera-t-elle un jour ?

Qu’importe.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Edgar Wright
Last Nigth in Soho (Edgar Wright, 2021)

Eloise « Ellie » Turner (Thomasin McKenzie) a été reçue à l’école de design de Londres. Elle se retrouve en plein cœur de Soho, dans une chambre qui fleure bon les années1960, qu’elle loue à la vieille Miss Collins (Diana Rigg). Ca tombe bien, c’est une période qu’elle adore, à cause de sa grand-mère (Rita Tushingham).

Mais cette atmosphère très sixties va déteindre dans sa vie personnelle : elle est transportée dans ces années-là et y fait la connaissance de son alter ego, Sandie (Anya Taylor-Joy), qui est montée à la capitale pour être chanteuse. Mais si elle a pu se produire sur une scène, c’est surtout vers la coulisse que se passait la plupart de son activité : elle recevait des hommes, sous l’impulsion de Jack (Matt Smith), son « agent ». En clair, son souteneur.

Et tout ça jusqu’à ce que Sandie soit sauvagement assassinée par ce même Jack.

 

Bien sûr, on retiendra de ce film que c’est la dernière apparition de l’immense Diana Rigg, dans un rôle de son âge, une vieille logeuse un tantinet portée sur la morale. Mais le film, sous couvert d’une intrigue d’épouvante est aussi un très bel hommage à cette grande actrice : les deux rôles principaux  étant presque un condensé de sa carrière. En effet, Diana Rigg est d’une certaine façon une icône des sixties comme pourrait l’être la très belle Sandie – au moins pour la télévision sinon plus – et on retrouve l’aspect vestimentaire sur lequel travaille Ellie dans les tenues diverses et élégantes d’Emma Peel à chaque épisode de la série The Avengers. (1)

 

Mais ce n’est pas de mode qu’il est vraiment question ici, et Edgar Wright qui s’est (encore une fois) beaucoup investi dans ce film. Outre la réalisation, il est à la production et au scénario, d’après une histoire… de lui-même !

Et comme il nous avait montré qu’il était capable de faire un film d’horreur (pour rire) avec Shaun of the Dead, cette fois-ci il en fait une pour de vrai, avec frissons garantis. Sans oublier les références hitchcockiennes (Psycho), cela va de soi (2).

Et ça marche, l’errance de cette jeune femme qui a des apparitions – sa mère (Aimee Cassettari) puis Sandie – dans les différents reflets qu’elle approche, est suffisamment angoissante, transformant un lieu et une période mythiques – le swinging London – en un cauchemar effrayant. Même les plans de Soho pendant le générique final ont cet aspect inquiétant qui a baigné le film : des lieux vides et sombres (c’est la nuit), bien loin des clichés de la période.

 

Et bien entendu, c’est le rapport entre les deux jeunes femmes qui fait tout le sel du film, Wright utilisant avec beaucoup de bonheur les différentes reflets qui s’offrent à lui, mais pas que : on passe d’une jeune femme à l’autre (3), surtout pendant la première escapade temporelle, sans que les reflets soient obligatoirement coordonnés. D’une certaine façon, cela illustre la maîtrise d’Ellie sur son voyage, et sa désapprobation quant à la conduite – plus ou moins volontaire – de Sandie.

Et puis il y a ces revenants dont la grande force est le floutage des visages, loin des zombis de Shaun of the Dead, mais surtout autrement plus effrayants : seul le meurtre de Sandie par Jack est sanguinolent (indispensable dans ce genre de film), pour le reste, tout est affaire d’atmosphère et de suggestion.


Bref, Wright réussit son pari et nous propose un film d’atmosphère, certes, mais surtout d’épouvante qui n’a pas à rougir face à ses aînés : il a trouvé le juste équilibre pour atteindre les effets désirés, sans tomber dans un excès somme toute facile.

Vivement son prochain film !

 

  1. A des années-lumière de ceux de Marvel
  2. On est british ou on ne l’est pas !
  3. Quand elles dansent avec Jack, par exemple.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Christian de Chalonge
Docteur Petiot (Christian de Chalonge, 1990)

25 mai 1946 : le docteur Petiot est guillotiné pour avoir tué 27 personnes dont 15 Juifs pendant la guerre, entre 1942 et 1944.

Ce sont les deux années d’activité de ce docteur monstrueux que montre le film de Christian de Chalonge, offrant à Michel Serrault l’un de ses rôles les plus emblématiques et certainement l’une de ses prestations les plus impressionnantes.

Dès l’ouverture, Chalonge nous prévient : ce n’est pas la véritable histoire, mais elle est tout de même très inspirée de ce qui a défrayé la chronique à partir de la découverte du charnier jusqu’à son arrestation : Petiot était un tueur en série redoutable, dont les pratiques rappellent un autre criminel du même acabit : Landru. D’ailleurs, la découverte du repaire de Petiot est aussi un clin d’œil au film éponyme de Chabrol (1963) : on y voit deux cheminées qui fument, comme c’est le cas de façon récurrente dans ce film. Mais alors que celle de Landru va juste un tantinet indisposer son voisinage, celles de Petiot vont participer à sa chute.

 

Dès la séquence d’ouverture, le ton est donné : nous sommes au cinéma. Avec Petiot. C’est un film d’horreur dont le personnage principal n’est pas sans rappeler Nosferatu (Max Schreck). Et Petiot va entrer dans le film puis ce film s’intégrer avec bonheur dans celui que nous voyons, nous spectateurs, passant d’un noir et blanc (le film que Petiot est allé voir) à la couleur (notre film) en  douceur grâce à un décor qui n’en possède pas beaucoup (de couleurs). On y découvre alors un petit docteur somme toute bien gentil, un brin kleptomane, et qui semble engagé dans la Résistance. Bien sûr, le spectateur averti va sans cesse rapprocher ce qu’il voit de ce qu’il sait, donnant à ce personnage la teinte ignoble qui le caractérise.

Et comme je l’écrivais plus haut, Serrault est phénoménal dans ce rôle de personnage abject, moitié génie et moitié fou, capable de tuer de sang-froid ses victimes tout en veillant avec tendresse sur une petite fille malade dont les parents sont pauvres.

 

Il y a constamment une dualité tout au long du film, de par son personnage central, bien entendu, mais aussi dans la façon de filmer : on n’est jamais complètement sûr de ce que l’on voit. En effet, Chalonge use d’artifice pour mêler des images qui semblent tout droit sorties de son imagination, créant une sorte de rêve éveillé, dont on en voit pas toujours les limites : les vaches le long de la voie ferrée alors que Petiot passe sur son vélo, et bien sûr sa cape qui s’envole derrière lui quand il roule, lui donnant une allure d’oiseau de proie (ce qu’il est précisément) ou de menace de type Fantômas.

Et, à l’instar de l’esprit de ce Petiot, de nombreux décors sont désolés, voire partiellement détruits, accentuant l’aspect sordide de l’intrigue : ce sont de nombreuses vitres brisées, des ruines plus ou moins debout, qui donnent en outre un aspect atemporel à cette histoire. Et d’une certaine manière, on ne peut pas vraiment dater les décors (« extérieurs) tant les lieux sont eux-mêmes atemporels : ce sont même des édifices toujours visibles de nos jours.

Evidemment, Chalonge nous ramène toujours à sa réalité (nous sommes au cinéma, ne l’oublions pas) avec les différents costumes et allures des personnages montrés qui recréent cette époque trouble, sans pour autant qu’il y ait beaucoup de soldats allemands.

 

Et puis il y a Michel Serrault. Son allure hirsute traduit très bien l’esprit dérangé de ce personnage malsain. Et ce personnage est accompagné de musique, qui donne un rythme à ses assassinats : le tango. Sous couvert de faire passer ses victimes en Argentine, il leur passe un disque de cette danse, et cette musique va donner la cadence pour ses activités de pillage. Ce détrousse ment musical ajoute à la folie du personnage, comme envoûté par une mélopée exotique qui s’empare de lui et le dirige.

Et d’une manière générale, Serrault donne une image de son Petiot qui va au-delà des photos de ce criminel : on sent percer en lui, du fait d’un regard plutôt torve mâtiné de folie, ce qui a pu être la nature maléfique de son modèle. Sans oublier son rire qui parachève d’en faire un homme très inquiétant et surtout dangereux.

 

Je terminerai par le bruit qui accompagne Petiot à longueur du film et qui revient très clair à nos oreilles à différent »es reprises : il s’agit d’une lame qu’on aiguise. Mais une question peut se poser à ce propos : est-ce la lame qui va découper ses victimes afin de les enfourner plus facilement ? Ou celle du couperet qui mettra définitivement un terme aux agissements de ce tueur ? On pourrait penser à la deuxième proposition, surtout quand on voit ces gens qui lèvent les yeux alors qu’on annonce l’exécution. Mais c’est une fausse piste, un leurre.

Tout comme la vie de cet odieux docteur.

Marcel Petiot

Marcel Petiot

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Irving S. Yeaworth Jr., #Russell S. Doughten Jr.
Danger planétaire (The Blob - Irving S. Yeaworth Jr. & Russell S. Doughten Jr., 1958)

Juillet 1957 (1).

Un vendredi soir comme les autres dans une petite ville américaine.

Les jeunes gens vont s’amuser – cinéma, surprise-party – ou vont s’embrasser dans des coins plus retirés, pendant que les adultes se préparent à un week-end reposant.

Ou pas. Le docteur Hallen (Stephen Chase) doit aller à une conférence, par exemple. Mais tous les plans seront annulés suite à la chute d’un objet volant pas très identifié : une sphère, sorte de lune miniature (de la taille d’une main) dans laquelle se trouve une drôle de chose. C’est mou et visqueux et ça se fixe sur le bras d’un vieil homme (Olin Howland). Ce vieil homme va rencontrer Steve Andrews (Steve McQueen) qui est en goguette avec Jane Martin (Aneta Corsaut). Ils vont l’emmener chez le docteur Hallen. Mais le chose est dangereuse : après avoir avalé le vieil homme, elle ingurgite le docteur (après son assistante), sous les yeux de Steve. Malheureusement, la police ne veut pas le croire.

Et la chose – ce blob – grossit. Et tue.

 

Véritable produit des années 1950, ce Blob est avant tout un film mineur mais il est surtout l’occasion de voir Steve McQueen dans son premier grand rôle : avant cela, il ne tenait pas le haut de l’affiche. Bien sûr, le début nous ramène à Rebel without a Cause, avec ces jeunes gens qui ne sont pas toujours bien sérieux quand arrive le vendredi soir : avec une course de voitures qui prend le contre-pied de celle de Nicholas Ray : pas de mort, et en plus, c’est en marche arrière… Mais à nouveau, on retrouve le conflit de générations, larvé tout au plus puisque de toute façon, la relation entre les parents et les enfants n’est pas le cœur de l’intrigue.

 

Le cœur de l’intrigue est donc visqueux et mou, comme cette espèce de drôlerie qui se vendait dans les années 1980 et qui répondait au doux nom de Slime… C’est bien entendu peu ragoûtant et ça pourrait presque faire peur, si ça n’avait pas en outre un aspect un tantinet ridicule : difficile de croire à cette histoire de boule gluante, et ce malgré la présence de Steve McQueen. Mais on y trouve tout de même quelques éléments intéressants, et en particulier l’apparence de cette créature qui vient de l’espace. Pour une fois (la première ?) l’extra-terrestre n’est pas humanoïde et possède de ce fait un aspect terrifiant (enfin si on veut) dû l’étrangeté de sa texture. Et Daniel Espinosa reprendra ce même genre de créature dans Life, près de soixante ans plus tard, à un détail près tout de même, la dangerosité l’agressivité autrement plus élevées de son élément.

 

Mais nous sommes aux Etats-Unis, et dans les années 1950, et on ne peut pas négliger cette période : la Guerre Froide. Si les relations se sont un brin améliorées depuis la mort de Staline (1953), ce n’est pas encore la Détente, et le communisme reste une menace constante pour les Américains. De ce fait, la couleur rouge de plus en plus foncée à mesure que le péril augmente (comme le nombre de personnes avalées) n’est pas un hasard. On peut même voir une allégorie dans ce film à propos des relations avec l’URSS : le monstre, contenu par le froid, reste tout de même une menace et le dernier plan joue sur cette ambiguïté. Mais ce monstre, qui représente le communisme est comme un feu de braises : il suffit de souffler dessus pour e ranimer : c’est ce qui va se passer l’année suivante avec la prise de contrôle de Cuba par Fidel Castro et son équipe de Barbudos, avec en point de mire la crise des missiles (1962).

Comme quoi…

 

Reste un film malgré tout plaisant, l’occasion de voir Steve McQueen à ses débuts, pas encore l’acteur cool que nous connaissons, mais tout de même déjà impressionnant. Et, à l’instar de Vincent Price pour la chanson Thriller, McQueen est passé à côté d’un gros paquet d’argent en voulant un cachet fixe (3 000 $) plutôt qu’un moindre (2 500 $) avec 10 % d’intérêt sur les recettes : le film a fait 4 000 000 de dollars, pour une mise de fonds allant de 110 000 à 240 000 (2).

Tant pis pour lui.

 

  1. Un calendrier dans le poste de police nous l’indique.
  2. Les sources divergent...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Road movie, #Western, #Tommy Lee Jones
Trois Enterrements (The three Burials of Melquiades Estrada - Tommy Lee Jones, 2005)

Melquiades Estrada (Julio Cesar Cedillo) est l’homme du titre original, celui qu’on va enterrer trois fois : la première en évitant une enquête autour de sa mort (on enterre le dossier) ; la seconde officielle, organisée par la police en charge de ce dossier ; la troisième par Mike Norton (Barry Pepper), là où il avait demandé à son ami Pete Perkins (Tommy Lee Jones) de le ramener s’il lui arrivait malheur.

S’il y a trois enterrements, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a trois parties. En effet, les deux premiers nous permettent de savoir ce qu’il s’est passé : pourquoi et comment Melquiades Estrada est mort, tué par un garde-frontière (Norton) près du Mexique.

 

C’est un western singulier que signe ici Tommy Lee Jones, pour son premier long métrage de cinéma. C’est un western moderne où les grands espaces prennent autant de place que l’intrigue et où affleure une idée de vengeance : celle d’un ami pour un autre ami mort, alors que les autorités ont décidé de fermer les yeux sur ce qu’il s’est réellement passé.

Et la première impression que l’on ressent, c’est un certain désordre dans la narration : le passé – l’arrivée de Melquiades, ses activités et son amitié avec Perkins – et le présent – la détresse de Pete, sa colère sourde contre le shérif (Dwight Yoakam) qui refuse d’enquêter sous la pression (molle) du chef des gardes-frontières (Mel Rodriguez) ou le tiraillement que vit Norton suite à cette mort accidentelle dont il est malgré tout responsable. Tout cela se mêle et on comprend alors que ces incursions du passé, on les doit à Pete qui revit ces moments révolus qui lui reviennent comme tous les souvenirs : en désordre.

 

Mais c’est bien sûr Le Voyage (troisième intertitre) qui occupe la plus grande place du film, faisant basculer celui-ci dans le road-movie, avec en ligne de mire l’enterrement définitif du Mexicain, et aussi la résolution de la vengeance annoncée. Et Tommy Lee Jones prend son temps pour raconter cette drôle d’histoire d’amitié entre un cow-boy texan (Perkins) et un immigré clandestin. Parce que la frontière est tout de même le nœud du problème : cet accident n’aurait pu arriver ailleurs. Entre un clandestin qui craint les descentes de la police des frontières et un garde un tantinet trop zélé, le résultat n’est somme toute pas si étonnant. Malheureux certes, mais certainement pas étonnant.

Alors quand Perkins emmène son prisonnier vers la destination finale de Melquiades, Jones nous montre qu’il a très bien compris comment on fait un film. Et comme Jones est d’abord un acteur, on y retrouve la générosité habituelle de ceux qui se sont décidés à passer de l’autre côté : Jones est impérial, cela va de soi, mais on ne saurait ignorer la très belle prestation de Barry Pepper, dans le rôle de ce jeune homme qui va tout perdre d’un coup, à cause de ce qu’on pourrait appeler une bavure. Il va passer par tous les stades : la peur tout d’abord face à ce curieux cow-boy qui le menace d’un pistolet qui n’a rien à voir avec les revolvers habituels (1) ; l’espoir quand il réussit à échapper à la vigilance de son gardien ; le désespoir quand il est forcé de revenir vers lui ; la résignation qui s’ensuit ; et l’angoisse de la mort qui l’attend au bout du chemin.

 

Bref, c’est un très beau western qui nous est proposé là, et si nous n’assistons pas à un duel final (au soleil), on ne passe pas à côté malgré tout du sentiment de justice rendue, avec en prime le justicier (Perkins) qui s’en va ailleurs, son rôle accompli. Et pas besoin de soleil couchant.

Et n’oublions pas la dimension road-movie : les deux personnages vont évoluer à mesure que le voyage se déroule, avec à l’arrivée une espèce de métamorphose pour l’un et de révélation pour l’autre (2) : chacun des deux a changé et ne sera plus pareil.

Et en plus, Melquiades est bel et bien enterré.

 

  1. Ce n’est donc pas un « six-coups ».
  2. Vous trouverez de qui je veux parler pour les deux possibilités.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Fred Zinnemann, #Marlon Brando
C'étaient des Hommes (The Men - Fred Zinnemann, 1950)

Ces Hommes, du titre (original ou non), sont ceux qui sont revenus d’Europe, dans la première moitié des années 1940, entiers, mais pas tant que ça : tout comme Ken Wilocek (Marlon Brando), ils sont revenus paraplégiques. Et bien sûr sans véritable espoir de remarcher un jour.

Ken Wilocek était en Allemagne quand c’est arrivé : une balle dans le dos a réduit tous ses espoirs à néant. Maintenant, il végète dans un hôpital militaire tenu par le singulier Dr. Brock (Everett Sloane), refusant toute visite. Et comme il est orphelin, il n’y a qu’une visite qu’il refuse : celle d’Ellen (Teresa Wright), qu’il devait épouser.

Mais ça, c’était avant. Avant la guerre et ses conséquences.

 

Une étoile est née.

Avec ce premier film, c’est la révélation ! Marlon Brando, malgré l’échec retentissant du film, est en route pour devenir l’un des plus grands acteurs du cinéma américain. Il faut dire que son interprétation de Ken Wilocek ne laisse pas indifférent. Il est ce vétéran désespéré, appelé à un brillant futur et qui est abattu dans la fleur de son âge, comme ils disent. ET Brando s’en sort à merveille, donnant une interprétation très juste et surtout une superbe performance, réussissant à éviter une quelconque dérive pathétique voire larmoyante qui aurait pu gagner le film.  Parce qu’à aucun moment, il est fait appel à la pitié du spectateur. Certes, leurs conditions de vie ne sont pas faciles, et surtout leur état d’esprit.

 

Parce que quand le film sort, la place du handicap dans la société (‘américaine ou autre) n’est pas vraiment acceptée : il suffit de voir le changement d’atmosphère dans le restaurant où se rendent Ken et Ellen pour s’en rendre compte : tous les regards sont braqués sur eux, mélange de honte, de pitié et de dégoût que Ken ne peut pas supporter. Et cette atmosphère gênante est accentuée par la chanson qui accompagne la séquence dans laquelle la chanteuse déclare « les hommes comme toi rendent ma vie utile » (1) : on ne peut qu’associer ces paroles à la situation d’Ellen face à cette nouvelle vie qui s’ouvre à elle.

Ouvrir est peut-être un bien grand mot tant les difficultés à venir vont s’amonceler.

 

En effet, outre le regard des autres, Ellen doit en plus affronter celui de ses parents qui, sous des dehors affables et presque heureux qu’elle se marie avec Ken, sont eux-mêmes désespérés de cette union qui en devient, à leurs yeux, contre nature ! Comme si le handicap était contagieux. Et l’adaptation française du titre du film (2) va dans le même sens : l’utilisation du passé dans le titre va à l’encontre du propos du film : alors qu’on encourage Ken à essayer de mener une vie presque normale, le traducteur rabaisse les gens dont on parle, les traitant (presque) comme des sous-hommes.

En effet, l’intertitre d’introduction est sans équivoque : ces hommes le sont à plus d’un titre (des hommes), se battant une deuxième fois pour leur vie. La première, ce fut avec des armes, à la guerre. La seconde, c’est sans armes, mais avec le même engagement (indispensable). Et si ces hommes sont diminués par leur handicap, ils n’en demeurent pas moins des hommes, avec les mêmes envies, et les mêmes besoins, et les mêmes défauts (3).

 

Et Zinneman filme avec beaucoup de précisions le sort de ces hommes qui se battent pour leur propre dignité, avec leurs joies et leurs découragements, accrochés à un espoir si infime qu’ils n’en parlent presque jamais, celui de remarcher. Et on notera aussi la prestation d’Everett Sloane dans le rôle de ce docteur des invalides. Il y a chez lui un grand professionnalisme qui le fait s’adresser à chacun toujours de la bonne façon, sachant encourager ou réprimander selon l’attitude du malade. Mais il y a aussi du découragement chez lui, surtout quand l’un de ses patients succombe, malgré les soins. Et cela se traduit par un éclat qui malgré tout se comprend : tout comme ses pensionnaires, il est humain, et donc faillible.

Et puis il y a Ellen. C’est un rôle difficile que Teresa Wright interprète avec elle aussi beaucoup de justesse, là encore sans tomber dans l’excès : c’est une jeune femme forte qui va se dresser contre ses parents qui voient d’un mauvais œil donc cette union, mais aussi contre cette société qui ne donne pas (encore) leur place aux handicapés. Et là, ce sont des mutilés de guerre, donc plus acceptés que ceux qui sont nés ainsi et qu’on cache (4).

 

Ce film était une formidable occasion pour leur donner cette place légitime. Malheureusement, entre la fin du tournage et la sortie du film, un peu plus de trois semaines avant (le 25 juin 1950) commençait la Guerre de Corée. La situation avait changé. Le film resta deux semaines à l’affiche et fut retiré. Pas question de montrer des mutilés/handicapés de guerre alors que des jeunes gens partaient se battre pour leur pays (encore une fois !).

Reste un film fort, plus de soixante-dix ans après sa sortie, où Zinneman montrait un rare talent : faire un film de guerre sans la guerre (ou presque) : il recommencera avec Tant qu’il y aura des Hommes où la Guerre a proprement parler ne s’invitera qu’à la toute fin du film, presque de façon anecdotique…

 

  1. “Men like you make my life worthwhile”
  2. Traduction = trahison, je le répète assez ici !
  3. Alcool, violence… Rien ne leur est épargné ou inconnu.
  4. Surtout les trisomiques.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chevalerie, #Ridley Scott, #Ben Affleck
Le dernier Duel (The last Duel - Ridley Scott, 2021)

D’un côté le challenger : Jean de Carrouges (Matt Damon), chevaler du roi Charles VI (Alex Lawther), guerrier terrible et fruste, marié à la belle Marguerite (Jodie Comer). De l’autre, Jacques Le Gris (Adam Driver), écuyer aux manières sophistiquées (il sait lire !), et au charme sûr, au service du comte Pierre d’Alençon (Ben « Batman » Affleck). Tous deux s’affrontent dans l’immense lice de Paris. Nous sommes le 29 décembre 1386.

Pourquoi s’affrontent-ils ? Pour faire éclater la vérité : Marguerite accuse Le Gris de l’avoir violée. Et ce dernier nie en bloc, évidemment.

Et quand le premier assaut se produit, le film commence réellement : comment en est-on arrivé à cette ordalie (1) ?

 

Ridley Scott, après Kingdom of Heaven et Robin Hood, retourne au Moyen-âge, avec un film qui ne peut que résonner dans la tête de ses admirateurs : on se souvient que c’est avec The Duellists qu’il s’est fait connaître et apprécier, presque 45 ans plus tôt. Pour ce nouveau film, il retrouve son Martien, qui interprète ici un personnage fort éloigné de l’étonnant survivant de l’espace. Et surtout, Matt Damon n’est pas venu seul : il retrouve son vieux complice Ben Affleck avec qui il avait déjà co-écrit le scénario de Good Will Hunting, vingt-cinq ans plus tôt. Associés à Nicole Holofcener, ils signent donc un scénario intéressant et, malgré l’époque, d’actualité, propice à l’exposition du savoir-faire de Scott.

Et bien sûr, ça fonctionne !

 

Bien entendu, nous sommes au cinéma, alors la vérité historique n’est pas obligatoirement respectée (la construction de Notre-Dame, par exemple), mais il n’empêche que le film est remarquable de bout en bout, Scott resserrant son intrigue entre les trois personnages principaux : la femme et les deux hommes.

D’un côté, nous avons donc un chevalier un tantinet barbare (Carrouges), indiscipliné et sans descendance, qui accepte d’épouser la fille d’un ex-félon (Nathaniel Parker), et aussi pour renflouer son trésor. De l’autre on trouve donc un jeune écuyer valeureux (Le Gris) lui aussi mais beaucoup plus raffiné et surtout au charme qu’il considère lui-même irrésistible.

Entre les deux, Marguerite va être l’enjeu de ce duel à mort entre deux hommes qui auraient dû rester amis.

 

Et Scott va découper son film en quatre parties, s’attardant sur le ressenti de ses personnages, donnant à voir pour chacun sa vérité : on suivra tout d’abord celle de Carrouges puis celle de Le Gris pour finir sur celle de Marguerite, la plus complète des trois : normal, c’est elle la victime. Et bien sûr, tout ne va être qu’une question de point de vue, certaines séquences se répétant jusqu’à trois fois – la rencontre/présentation entre Marguerite et Le Gris qui est l’un des moments-clés du film, entraînant le reste – avec des changements de cadrage en fonction du point de vue exposé.

Et ces changements font tout le sel de la narration, amenant des parallèles entre les différentes versions ou les comportements : Le Gris tel qu’il se montre (2) n’est pas bien différent avec Marguerite d’avec les autres femmes qu’il courtise (et besogne après), et on peut se poser la question de sa sincérité, même si la réponse est évidente dans la partie de Marguerite.

 

Et c’est dans le rapport entre Le Gris et Marguerite que le film prend toute son actualité : Marguerite a décidé de parler, de ne pas garder son viol pour elle, malgré les conséquences (dont certaines qu’elle découvrira une fois qu’il sera trop tard) que cela va déclencher. Et on retrouve dans son entourage les mêmes positions que de nos jours et son entrevue avec sa belle-mère (Harriet Walter) est très significative. Cette dernière a elle-même été violée mais n’en a pas fait tout un cas, ce qu’elle reproche  sa belle-fille qui met en danger la vie de son fils (Jean). Le procès qui s’ensuit, présidé par le Roi lui-même, est à nouveau un écho de ce que peuvent vivre les femmes violées aujourd’hui, les (autres) juges essayant de minimiser le geste de Le Gris en essayant de découvrir une faille dans le témoignage de Marguerite : y a-t-elle pris du plaisir ?

 

Et puis il y a le dernier duel, celui qui va décider du sort des Carrouges et de Le Gris. C’est un moment crucial du film mais aussi très spectaculaire : les assauts à la lance puis le combat à pieds entre les deux protagonistes sont magnifiques. Et si on y retrouve le même engagement que dans celui de Maximus contre Commode (Gladiator), on pense aussi (et comment !) à une autre ordalie cinématographique célèbre : Ivanhoe. Surtout que comme chez Richard Thorpe, Carrouges porte une hache de combat. Est-ce un signe de victoire ?

Rendez-vous dans le film pour le savoir…

 

  1. On appelle ça aussi le « Jugement de Dieu ».
  2. Ce n’est pas lui qui raconte, je sais, mais c’est sa vérité.

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