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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Bertrand Tavernier, #Drame
Coup de Torchon (Bertrand Tavernier, 1981)

Bourkassa, Afrique occidentale française, 1938.

Nous sommes à la veille de la guerre. Plus précisément, à la veille des Accords de Munich.

A Bourkassa, Cordier (Philippe Noiret) est le policier de la ville.

Dans la ville, on trouve de tout : des colons blancs, des colonisés noirs, une femme battue par son mari, ce même mari qui bat son serviteur (noir), une sœur et son frère, et deux maquereaux notoires.

Cordier n'est pas ce qu'on peut appeler le « mauvais flic ». Non. C'est plutôt un pauvre bougre, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Tout le monde profite de lui, de sa nonchalance qu'on prend pour de la lâcheté. Alors évidemment, il n'arrête jamais personne.

Jusqu'au jour où tout bascule. Il est investi d'une mission : remettre les choses en ordre. Alors il s'y applique. Et les cadavres s'amoncèlent. Les maquereaux d'abord, puis le mari... Quand on a tué une fois, c'est toujours plus facile ensuite.

 

Bertrand Tavernier et Jean Aurenche adaptent un roman américain qui se situe dans le Sud des Etats-Unis. Mais de quelle façon ! Tout est pesant. Le soleil de plomb, l'atmosphère, les relations humaines.

Au milieu de tout ceci, Lucien « poil au chien » Cordier. Le brave Cordier. Incapable du moindre mal. Et pourtant.

Philippe Noiret campe un Cordier très juste, très humain. Pas de grandiloquence, pas de surjeu. Il est humain quand il prend la défense des Noirs, humain aussi quand il entre dans le lit de Rose (Isabelle Huppert). Et comme Rose est battue par son mari...

Ce qui commence comme une sorte de règlement de comptes se mue rapidement en quête spirituelle. Cordier n'est plus un assassin. Il est un envoyé divin, un outil de la puissance divine. Une sorte de catalyseur qui va aider à purger le mal dans la ville. Il n'y a nulle animosité chez ce fonctionnaire. Seulement de la pitié.

Et puis finalement, ses meurtres arrangent bien tout le monde.

Alors Cordier balance un immense coup de torchon sur la ville.

Et au final, il se retrouve seul. Seul avec sa conscience - claire, il n'a fait que ce qui devait être fait.

Mais bougrement seul, tel un fantôme, errant en attendant le jugement dernier.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache - John Ford, 1948)

Immanquable : John Wayne et Henry Fonda sur la même affiche !

Deux légendes du cinéma et du western se rencontrent enfin. La prochaine fois, ce sera pour Le Jour le plus long, mais ils ne seront même pas ensemble dans une scène.

Il s'agit d'un premier opus ayant pour sujet la cavalerie régulière. Suivront deux autres films (La Charge héroïque et Rio Grande) autour du même sujet.

On pourrait presque parler de passage de témoin. Fonda fut un acteur privilégié de Ford (Vers sa Destinée, Les Raisins de la Colère, La Poursuite infernale…), toujours dans des rôles de justiciers. Mais cette fois, c’est de lui que le scandale arrive. Ou plutôt la déroute.

 

Fraîchement nommé à Fort Apache, Owen Thursday (Henry Fonda) dirige d’une main de fer un poste de cavalerie sans grande importance ni grande histoire. Il débarque avec sa fille Philadelphia (Shirley Temple), et décide de tout changer.

Fort Apache est un fort typiquement fordien. Il y règne une ambiance familiale où la discipline s’adresse surtout aux nouvelles recrues. On y vit tranquillement, dégustant à l’occasion un peu de whisky plus ou moins frelaté (dans le punch, par exemple...). On retrouve là le microcosme fordien : tous ces gens qui forment une communauté, s'aident si besoin est, et surtout accourent dès qu'il se passe quelque chose sortant de l'ordinaire. Quant à la femme forte (autoritaire), c'est Mrs O'Rourke (Mae Marsh), mère et femme de soldats, à qui on ne la fait pas.

Alors quand Thursday débarque et change les règles, ça fait un peu grise mine.

 

Il faut dire que les acteurs choisis pour interpréter les soldats sont des habitués des films de Ford : Victor McLaglen (Mulcahy), Jack Pennick (Schattuck) ou Ward Bond (O’Rourke Sr.) pour ne citer qu’eux. [A noter une apparition de Francis Ford (frère de l’autre) dans un rôle qui rappelle Steamboat round the Bend]

Nous avons ici du grand Ford (en est-il autrement ? Ne parlons pas de Tobacco Road…).

Alors nous assistons aux incontournables : le square dance (il y en a deux) et la boisson, où McLaglen est bien entendu mis à contribution.

 

Mais Le Massacre de Fort Apache, c’est avant tout l’histoire d’une déroute annoncée. Celle de cette unité de cavalerie qui chargea à sa perte, suivant les ordres d’un officier aveuglé par l’orgueil. Malgré les mises en garde de York, Thursday ira jusqu'au bout de son plan insensé. On retrouve cette obstination dans deux films de guerre : Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Gallipoli de Peter Weir. Là encore, des soldats seront sacrifiés grâce à la bêtise des généraux.

Ici, Ford prend le parti des Indiens contre cette technocratie washingtonienne représentée par Meacham (Grant Withers), qui achète la paix indienne contre des fusils et du whisky frelaté. Mais les fusils se retournent contre les fournisseurs, dans une charge dérisoire et on ne peut plus meurtrière.

 

J'ai parlé d'un passage de témoin pour deux raisons :

- le colonel Thursday sera remplacé par York à Fort Apache.

- Henry Fonda ne jouera plus directement dans un film de Ford (Il joue dans La Conquête de l'Ouest, mais dirigé par George Marshall). Avec la mort de Thursday, c'est la fin de Fonda chez Ford. Wayne prendra sa place comme interprète privilégié, jusqu'à La Taverne de l'Irlandais.

 

Certes, cette charge n’a jamais existé. Mais on pense à Custer à Little Big Horn, quand on voit Thursday blessé retourner au front pour y mourir. Et quand les journalistes viendront se renseigner sur ce qui s’est passé, York (John Wayne) ne reniera pas le courage et l’abnégation de cet homme un tantinet exalté voire carrément fou qui accompagna ses hommes à l’abattoir. Parce que comme il le fera dire plus tard dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Mais on sent chez York une désillusion quant aux guerres indiennes qui ne quittera pas les personnages de John Wayne avec Ford, le point culminant étant La Prisonnière du Désert, mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Roman Polanski, #Drame
Tess (Roman Polanski, 1979)

Quel gâchis !

Tout ça parce qu’un pasteur s’intéresse à la généalogie.

Alors Jack Durbeyfield (John Collin) devient Sir John d’Urberville et toute la vie de sa famille est changée.

Tess (Nastassja Kinski, merveilleuse), sa fille, aurait pu faire une très bonne institutrice. Mais non. Elle doit « réclamer » son nom.

A qui ? A d’autres d’Urberville. Des Stoke. En clair : des faux.

Mais quand on a toujours été pauvre, c’est difficile de faire valoir des droits. Alors Tess accepte tout, et n’importe quoi. Elle devient même la maîtresse du fils de la maison, le séduisant Alec (Leigh Lawson), son « cousin ».

Mais si elle quitte cette maison, il en restera des traces. Et ces traces ne s’effaceront pas de sitôt. Il faudra du temps. Beaucoup de temps.

Et quand elles se seront effacées, il ne restera plus de temps, ou si peu.

 

Roman Polanski nous offre l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma. Et il permet à une toute jeune actrice de crever l’écran. Nastassja Kinski est sublime. Elle incarne à merveille cette jeune fille qui mûrit doucement et devient (très) progressivement une femme. Femme malheureuse, mais femme tout de même. Que d’affres elle doit endurer pour arriver à sa véritable libération et son plus grand amour.

Et quel prix à payer.

Sans cesse déçue par la vie, elle erre. Elle erre dans une Angleterre rurale et pudibonde, traînant son nom prestigieux comme une marque d’infamie : depuis la révélation paternelle, jamais la vie ne lui sourit. Sans cesse, elle s’enfonce dans la solitude et le désespoir.

 

Quand elle rencontre Angel (Peter Firth), on imagine enfin une lueur dans sa vie terrible. Mais cette lueur s’éteint une fois le mariage prononcé, Angel n’étant pas prêt à accepter le passé honteux de Tess. Alors Tess repart sur les routes et reprend cette vie d’errance, espérant secrètement un rappel de son mari.

Lentement, Polanski développe le destin – tragique – de Tess. La scène du mariage – raté – est d’une grande importance. Alors qu’elle a avoué sa faute à son mari, il s’en va, la laissant seule avec son passé, dans cette salle à manger vide, où, sur une banquette, git une corde : objet prémonitoire de son destin funeste.

Elle le rejoint, mais il continue sa route. Elle repart, dans l'autre sens. Nouvelle occasion manquée.

Tess n'atteindra jamais le bonheur. Ou si peu de temps.

 

En plus d'une belle histoire d'amour, nous avons droit à des images superbes. Beaucoup de brumes, de temps automnal. Nous sommes dans une toile. Polanski use d'un sfumato donnant une impression de rêve. Rêve pour le spectateur, plutôt cauchemar pour Tess. Le crépuscule, cette période où on ne sait très bien si le soleil se lève où se couche est très présent dans cette œuvre. L'une des plus belles illustrations étant quand les filles de la ferme Crick observent Angel dans le soleil couchant, la fenêtre tantôt éclairée par les rayons, tantôt éclairant les jeunes filles.

Deux crépuscules sont importants :

  • Quand Tess et d'autres jeunes filles, au tout début, participent au bal de son village ;
  • Quand le soleil se lève sur Stonehenge, à la toute fin du film, accompagnant Tess vers son destin tragique

 

Tess a donc vécu une longue nuit, cette longue nuit prenant fin à Stonehenge, site « païen » dédié au retour de la vie, alors que paradoxalement elle marche vers la mort.

Mais cette mort n'est pas une fin en soi. C'est ce qu'elle appelle de tous ses vœux tout le temps.

 

Et la seule question qui la hante et qu'elle pose à Angel - « est-ce qu'on se retrouvera après ? » - devient son espoir, sa planche de salut dans un monde supposé meilleur. Après.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Rob Reiner, #Comédie dramatique
Sans plus attendre (The bucket List - Rob Reiner, 2007)

Il y a toujours, chez Rob Reiner, des alliances improbables : une princesse et un valet de ferme, un homme brun et une femme blonde... Ici, ça ne rate pas : un riche directeur d'hôpitaux et un mécano.

Bref deux personnes que rien ne devait relier. Et pourtant.

Pourtant, il suffit d'un crabe opiniâtre pour que ces deux extrêmes se rencontrent et se trouvent. Parce qu'en plus - et c'est toujours le cas avec Reiner - c'est une histoire d'amour.

Ces deux hommes que tout sépare se retrouvent dans la même chambre d'hôpital, avec les mêmes symptômes et une espérance de vie se réduisant comme peau de chagrin.

Rapidement, nous passons d'un rapport riche-pauvre où le riche est arrogant voire désagréable à une coexistence qui se mue doucement en complicité.

Jusqu'au grand saut.

Non. Pas la mort. Justement. C'est parce qu'ils se savent condamnés qu'ils décident de réaliser leur plus grands rêves avant de partir définitivement. Et cette quête de sensations se mue tranquillement en quête spirituelle, malgré eux, pour atteindre des sommets qui sont aussi physiques.

Le tandem Jack Nicholson - Morgan Freeman ajoute à la dissemblance des personnages. D'un côté, Nicholson et son visage de fou, et de l'autre Freeman toujours impeccable, toujours dans la retenue.

Mais...

Ca marche. On rit de ces deux morts en sursis, et on se prend à espérer une quelconque rémission. Mais la mort frappe sans distinction et l'issue fatale est inévitable.

Quoi qu'il en soit, les pérégrinations de ces deux jeunes vieux ne nous laissent pas indifférents. L'alchimie fonctionne et tout le monde prend du bon temps : le spectateur, les acteurs et le metteur en scène.

Mais au bout du compte, s'ils parcourent le monde à la recherche de sensations fortes ou de choses sublimes, c'est pour mieux revenir chez eux et vers les leurs, la base de leur vie. Et si c'est plus simple pour l'un que pour l'autre, au final, ils y arriveront. Et cette liste de choses à faire avant de mourir s'accomplira. Cette liste à l'origine personnelle devenant au passage collective, ces deux complices ne pouvant l'accomplir l'un sans l'autre.

 

Une très belle réflexion de vie. Avec, comme toujours chez Reiner, un certain sentiment de bien-être à la fin, un peu comme chez Capra...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tod Browning, #Horreur
Freaks (Tod Browning, 1932)

C'est l'émoi au cirque : un enfant est né. Et pas n'importe quel enfant, celui de la femme à barbe.
Alors Phroso (Wallace Ford) se rend à son chevet pour nous donner (avec humour) un indice : c'est une fille.

Parce que Phroso travaille comme clown dans le cirque. Et ce cirque ressemble beaucoup à celui de Phileas T. Barnum : on y rencontre à chaque coin du village nomade un « monstre ».

Ces monstres sont ce qu'on appelle des « accidents de la nature » : femmes sans bras ou à barbe ; homme squelette ou simple tronc ; et bien entendu, divers nains.

Parmi ces derniers : Hans (incontournable Harry Earles).

Hans vient d'Allemagne et est fiancé à Frida (Daisy Earles), une jeune écuyère, naine comme lui. Mais...

Mais Hans aime une grande. Et pas n'importe laquelle : Cleopatra, la belle trapéziste (Olga Baclanova).

Et c'est là que ça devient intéressant. A force de cadeaux, Hans réussit à épouser Cleopatra. Mais...

Mais si Hans aime la trapéziste, Cleopatra, elle, aime la fortune de son mari.

 

Ce film aurait très bien pu s'appeler Le Code des monstres. Car la base de la résolution de l'intrigue est tirée de ce code : offenser l'un d'entre eux, c'est les offenser tous.

Tod Browning revient à ses premières amours : le cirque. Dans sa jeunesse, il a fréquenté cet univers, ayant rejoint très tôt une troupe de « monstres ». Et son cinéma s'appuie beaucoup sur ces phénomènes de foire. Qu'ils soient de nature innée ou accidentelle. Et son acteur fétiche pour ces monstres était, bien entendu, l'incomparable Lon Chaney, roi du maquillage, empereur de la transformation.

Mais quand Browning commence Freaks, Chaney est mort d'un cancer du larynx, victime de ses produits de maquillage. Alors Browning passe au stade supérieur : plutôt que d'avoir un accord super transformiste, il prend de véritables curiosités de foire, des « accidentés » de la vie malgré eux. Et ils sont tous là. Certains feront même carrière dans le cinéma (Johnny Eck dans Tarzan, Angelo Rossito dans Mad Max III entre autres...).

Et en plus, Browning rend ces monstres sympathiques, capables aussi d'humour. Parce que l'humour est essentiel dans ce film. Il en fallait pour ôter le côté voyeur et parfois dérangeant qui fit la renommée de ces phénomènes. La relation entre Violette, mariée à Roscoe (Ates) et sa sœur siamoise Daisy, célibataire mais qui va se fiancer est formidable d'humour et de réflexion. Comment peut-on vivre avec un homme marié quand on a une sœur siamoise célibataire ? Et comment vont-ils tous vivre une fois que Daisy sera mariée ? La réplique du nouvel arrivant à son futur beau-frère vaut à elle-seule son pesant d'or : « Il faudra venir nous voir de temps en temps. » Et puis le visage de Violette quand sa sœur et son fiancé s'étreignent apporte (comme s'il n'y en avait pas déjà assez) une sacrée dose d'ambigüité.

 Mais si ce film est un plaidoyer pour la différence, c'est aussi une formidable occasion de montrer au monde qu'on a beau être différent, on n'en demeure pas moins humain. Il y a plus d'humanité dans ces monstres que dans l'esprit de Cleopatra et son complice Hercule (Henry Victor).

Et Browning va les filmer dans leur vie normale. Ils vivent, mangent, discutent, NORMALEMENT. Leur étrangeté n'est visible que par les yeux des autres, ceux qui les considèrent inférieurs. Et l'intervention de MmeTetralini (Rose Dione) résume assez bien ce qu'il faut penser de beaucoup d'entre eux : des enfants. Différents peut-être, mais avant tout des enfants.

La scène certainement la plus impressionnante étant quand Prince Randian, l'homme tronc, s'allume une cigarette. Mais quand la femme sans bras boit une bière est aussi impressionnante. On pense à Lon Chaney (encore lui) dans l'Inconnu. Mais cette fois-ci, c'est pour de vrai. Et c'est cette authenticité qui fait de ce film l'un des plus impressionnant du cinéma.

Ce film est avant tout une réponse de la MGM à Universal qui venait de se lancer dans une série de films mettant en scène des créatures maléfiques voire horrifiques dont Browning fut l'un des acteurs avec son Dracula. Ce sont Frankenstein, Dracula et l'Homme invisible qui viennent d'être proposés aux spectateurs, et qui ont connu un franc succès. La MGM, qui ne voulait pas être en reste récupéra Browning et lui fit tourner un film de monstres avec...De vrais monstres !

Ce fut un véritable fiasco. Le film, en plus d'être boudé par le public, fut mutilé, une partie de la violence finale des monstres enlevée, devenant suggérée. Il s'agit du dernier argument de Browning : ces monstres sont totalement humains et capables, eux aussi des pires atrocités quand on s'attaque à eux.

 

Il faudra trente ans pour que Freaks soit reconnu comme le chef-d'œuvre qu'il est.

 Le public, alors, n'était pas prêt. Le serait-il aujourd'hui ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Drame
Marie-Octobre (Julien Duviviers, 1958)

De temps en temps, le cinéma se permet des productions théâtrale.

C'est le cas de ce film, où dix personnes se retrouvent dans une pièce le temps d'une soirée.

Pas d'autre décor. Un grand salon/salle à manger un soir de catch à la télé.

Ces dix personnes ? Dix compagnons de lutte pendant la deuxième guerre mondiale. Les survivants d'un réseau de résistance qui fut dénoncé  à la Gestapo, le chef étant tué dans l'intervention.

Mais si, quinze ans après,  ces dix personnes sont réunies ce soir, ce n'est pas que pour évoquer le bon vieux temps. Il s'en est passé des choses, en quinze ans. Chacun a une nouvelle situation. Toutes honorables. Et sans cette invitation, chacun aurait continué à ignorer la nouvelle vie des autres.

Mais Marie-Octobre veillait. C'est elle qui est à l'origine de cette rencontre : elle a appris que l'un d'entre eux était le traître qui a vendu le réseau aux Allemands.

S'ensuit une enquête afin de faire la lumière sur les événements de cette soirée funeste.

 Le tour de force de ce film, c'est bine entendu le respect (relatif) des trois unités. En effet, unités d'action, de lieu et de temps sont bien là, même si on a des doutes quant au temps qui passe. Mais l'enchaînement évident de l'action nous fait croire qu'il s'agit d'une heure trente de délibération autour d'une page peu glorieuse de l'histoire d'un réseau. Car il y a eu une planche pourrie, et, rassurez-vous, on la découvre avant la fin.

 L'autre force de ce film, c'est sa distribution. Autour de la star interprétant le rôle-titre on trouve une pléiade de gloires du cinéma français : Blier, Ventura, Meurisse et la formidable Danielle Darrieux, pour ne citer qu'eux. Ces personnes représentent l'union nationale face à la barbarie nazie. On trouve un ancien truand reconverti dans le club de strip-tease (Ventura), un médecin (Daniel Ivernel), un contrôleur des contributions (Noël Roquevert), un imprimeur (Serge Reggiani), un boucher (Paul Frankeur), un avocat (Blier), un plombier (Robert Dalban), une modiste (Darrieux) et un industriel (Meurisse) et même un prêtre (Paul Guers). Tous ces braves gens sous l'œil vigilant de Victorine,  la gouvernante (Jeanne Fusier-Gir).

Tous ces gens d'horizons différents accréditent les valeurs républicaines : de liberté, dans le combat qu'ils ont mené pour elle ; de fraternité, car la vie en réseau leur a conféré un lien fort pendant ces années terribles ; d'égalité enfin, puisque aucun, malgré son origine sociale ou politique n'est au-dessus d'un autre. Même politiquement, ces gens sont différents. Il faut voir Blier avouer venir des mouvements fascistes, sans vergogne ni fierté. Mais tous avaient le sens du bien commun, de la France éternelle.

Alors apprendre que l'un d'entre eux les a donnés fait l'effet d'un séisme. Et les réactions sont très contrastées. L'un veut tuer illico le responsable, l'autre (le prêtre) appelle à la clémence et au pardon. Un troisième s'en balance, et préférerait regarder le catch en rigolant un bon coup. Mais dans l'ensemble, c'est le doute qui prime. Peut-on juger un événement quinze ans après les faits, quand la vie a recouvert toute cette période terrible ? Peut-on tuer pour des faits apparemment prescrits ? Et puis le contexte a changé. On ne peut plus tuer impunément. Il y a une loi, et cette éventualité relève plus de la vengeance que de la justice.

Et puis il y Marie-Octobre. C'est le seul élément féminin du réseau (Victorine n'en faisait pas partie). C'est elle qui donne son titre au film. C'est par elle que tout commence, et c'est donc elle qui conclura cette histoire.

Entretemps, c'est elle la véritable responsable (involontaire !) de cette trahison. C'est à cause d'elle, que le réseau a été dénoncé, à cause d'elle que l'un d'eux est mort. Parce que derrière cette histoire patriote, il y a une histoire d'amour tragique.

 Et puis avec Julien Duvivier, ça ne pouvait pas être autrement qu'une histoire d'amour tragique.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gavin O'Connor
Jane got a Gun (Gavin O'Connor, 2015)

Il ne s'agit pas ici d'une féminisation du film de Dalton Trumbo . Même si on y pense dès la lecture du titre. Pas de guerre mondiale, pas d'hôpital.

Un western. Un vrai, avec des bons et des méchants et une bonne dose de réalisme chère à Sergio Leone. En effet, les personnages masculins semblent s'être échappés des films du maître italien. Mais...

Mais il y a une femme. Elle s'appelle Jane (Natalie Portman), vit retirée avec son « mari » Bill Hammond (Noah Emmerich), qui rentre après avoir eu une explication avec un vieil ennemi, John Bishop (Ewan McGregor, méchant distingué). Résultat : cinq balles dans le buffet, avec en prime une chasse à l'homme. Alors Jane, seule, va trouver son seul allié potentiel, Dan Frost (Joel Edgerton), qui fut en outre son premier fiancé.

Pendant que Bishop recherche Bill, Jane et Ned préparent le siège qui aura inévitablement lieu.

 

Pendant longtemps, les rôles de femmes dans les westerns étaient restreints. On trouvait la jeune fille/femme courtisée avec qui le héros s'en allait fonder une famille. Il y avait aussi la femme mûre qui s'occupait des autres, et l'incontournable prostituée (au cœur plus ou moins grand). Et puis Calamity Jane. Mais comme cette dernière portait un flingue, le était plutôt asexuée.

Alors quand on annonce que Jane a reçu un flingue (titre francisé), on pouvait craindre une femme dans le genre hommasse, prompte à la gâchette, et flinguant à vue. Or Jane, c'est Natalie Portman. Difficile donc de faire hommasse...

Jane est une vraie femme : elle s'occupe de son intérieur, fait la lessive, des bocaux... Bref, une vraie femme de l'Ouest qui attend le retour de son mari. Mais.

Mais elle sait se servir d'un revolver (d'où le titre).

En plus du siège qui se prépare, Jane se trouve à la croisée des chemins. D'un côté son mari moribond, de l'autre son ex-fiancé qui est revenu. Alors Jane se souvient. Elle se souvient de Ned, et aussi de Bill, comment ils sont entrés et sortis de sa vie, pour se retrouver dans le cercle rouge : tous les trois dans cette maison isolée. Mais les souvenirs qui remontent touchent aussi Dan, qui lui aussi se souvient : comment il a quitté Jane (« quelle connerie la guerre »), et comment il l'a perdue...

Et le lien entre leurs deux vies séparées : John Bishop, méchant distingué. Bishop est élégant, parle avec distinction. Mais ne vous y fiez pas, c'est une magnifique crapule, réduisant à la prostitution les jeunes femmes faibles qu'il était censé protéger.

Tout est donc prêt pour un règlement de compte formidable. Et on n'est pas déçu.

Et ça se termine bien (enfin, ça dépend du point de vue).

Mais on a un léger regret quant au film : il manque cette pointe d'humour qui pimentait les westerns des grands maîtres (Ford, Walsh & Hawks, pour ne citer qu'eux...).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Huston, #Marilyn Monroe, #Western
Les Désaxés (The Misfits - John Huston, 1961)

Film culte. Encore une fois.

Mais il faut bien avouer que l'affiche est alléchante. On retrouve trois sex-symbols : Clark Gable, pour les année 1930, Montgomery Clift, pour les années 1940 (sur tout la fin), et Marilyn Monroe, pour les années 1950.

Et John Huston pour diriger tout ce monde-là.

Et ça devient formidable.

Dès le générique, le ton est donné. Les noms s'enchaînent sur un fond noir et blanc de trois pièces de puzzles qui ne peuvent s'emboîter. C'est là qu'il faut chercher la signification du titre américain. Nous allons suivre les destins de personnes qui n'arrivent pas à s'emboîter. A s'emboîter ensemble, et aussi à trouver leur place dans la vie.

 

Gay Langland (Clark Gable) est un vieux cowboy : pas d'attache, pas de foyer, des enfants quelque part. Un homme libre. Libre de vivre et surtout libre d'errer.

Guido Dellinni (Eli Wallach) est un pilote d'avion. Peut-être aussi le seul ami de Gay. Lui aussi zone de petit boulot en petit boulot en attendant que son vieux pote l'entraîne dans une chasse aux mustangs. La vie l'a rendu libre. Alors il erre, lui aussi.

Perce Howland (Montgomery Clift) est un autre cowboy. Plus jeune. Spécialisé dans le rodéo. Lui aussi est seul, mais ce fut son choix, quand sa mère s'est remarié à un type peu recommandable. Alors, lui aussi erre, de rodéo en rodéo, avec parfois une petite chasse aux mustangs.

Et puis il y a Roslyn Taber (Marilyn Monroe). Son sourire, c'est le soleil du matin. Elle est empathique, follement. Mais surtout, elle vient de divorcer de Raymond (Kevin McCarthy), et se retrouve à son tour perdue. Elle vit avec Isabelle Steers (Thelma Ritter), une autre âme errante, spécialisée dans les témoignages de divorce (soixante-dix-sept à son actif !).

Alors évidemment, il arrive un moment où tous ces gens se trouvent. Et vont errer ensemble.

Mais c'est la dernière virée. Peut-être celle de trop.

 

Mais cette errance est vitale. Chacun de ces personnages va la vivre pleinement, comme une journée faste. Parce que ces deux heures et quatre minutes d'errance sont structurées comme une journée faste. Même si plusieurs jours passent pour les protagonistes de cette histoire, le film est structuré comme une journée.

 Tout commence un matin, avant la décision du tribunal pour Roslyn. Cette décision lui étant favorable, Roslyn se retrouve seule, libre. Elle peut, à son tour, errer. C'est à ce moment qu'ils se rencontrent. Et comme une journée qui commence sous le soleil, on se dit qu'on va passer un bon moment ensemble, qu'on va pouvoir oublier ses errances, et pourquoi pas faire de belles choses. Mais la journée n'est pas totalement ensoleillée, et le temps se gâte : Perce se blesse, Isabelle s'en va retrouver son ex-mari et sa femme pour un étrange ménage à trois.

 

Alors ceux qui restent continuent à avancer dans cette journée particulière. La chasse aux mustangs est le clou du film. C'est aussi le révélateur implacable pour les quatre qui restent.

« Ce n'est plus comme avant ! », regrette Gay. Mais cette chasse dérisoire devient aussi le passage obligé vers le crépuscule. Plus rien ne sera comme avant, bien entendu. Il n'y a pas d'avenir. Chacun repart de son côté, vers sa propre errance, vers sa propre solitude.

 

Oui, c'est le dernier film (achevé) de Marilyn. Oui, Clark Gable est mort peu de temps après le tournage. Oui, il y a une forme de prémonition.

Il n'empêche, nous avons vu une belle fresque de l'errance et du temps qui passe, implacable, et qui finalement sépare les hommes : on meurt toujours seul.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Alex Garland, #Science-Fiction

Loin des tribulations erratiques de David Swinton dans A. I. Intelligence Artificielle, voici un film fantastique (dans tous les sens du termes), sur cet aspect de la science, prétexte aux extrapolations les plus folles, maintes fois exploité au cinéma et dans la littérature d'anticipation.

C'est le plus beau jour de la vie de Caleb (Domhnall Gleeson). Il vient de remporter le premier prix d'un concours. Et pas n'importe quel prix : il a gagné une semaine avec son (grand) patron : Nathan, (ultra) génie informatique.

Bien entendu, Nathan (Oscar Isaac), multimillionnaire (milliardaire ?), est un homme qui vit en ermite dans sa (super) grande propriété (très) isolée en (haute ?) montagne. Mais cessons là les parenthèses.

Evidemment, tout est automatisé chez Nathan. Une clé électronique permet un accès illimité à (presque) toutes les parties de la maison. Alors Caleb est enthousiaste. Surtout que Nathan n'est pas le mauvais bougre. Chaque soir, il se poivre consciencieusement la tête à coups de bière et de vodka.

Mais Caleb n'est pas seulement venu pour boire, ni pour tenir compagnie à Nathan. Il est là pour évaluer une intelligence artificielle. Cette intelligence est un androïde créé par Nathan et répond au nom évocateur de Ava (Alicia Vikander).

Nous allons donc assister aux différentes confrontations entre Caleb et Ava.

Le premier mot qui m'est venu, une fois la projection terminé est : « magnifique ».

Voici un film de science fiction où le rythme est normal et les images sublimes. Mais malgré les rares incursions en montagne, l'atmosphère reste pesante. Nous sommes dans un huis clos étouffant. On ne peut sortir de la propriété, voire surtout de la maison. Parce que dans cette maison, tout est automatique, propre, aseptisé. Une sorte de prison moderne. Prison pour l'androïde, mais aussi prison pour Caleb. Parce que sous ses aspects débonnaires, Nathan n'est rien d'autre qu'un geôlier, surveillant sans cesse sa maisonnée grâce à son réseau de surveillance.

Et puis il y a Ava. Elle est belle, malgré ses circuits visibles, et surtout, elle gagne en épaisseur à mesure que ses entretiens avec Caleb évoluent, approchant de plus en plus la qualité « humaine ». Et plus Ava s'humanise, plus Nathan se déshumanise, Barbe-bleue des temps modernes...

Et quand le film se termine, la première règle d'Asimov nous revient en tête : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Taylor, #Harold Lloyd, #Muet, #Comédie

Une rencontre d'extrêmes.

D'un côté, la société de Slattery Square, lieu pauvre et mal famé de la ville, avec le frère Paul (Paul Weigel) et sa fille Hope (Espérance - la belle Jobyna Ralston) qui essaient d'aider les plus démunis. De l'autre, la haute société, celle des riches, représentée par Harold Manners (Harold Lloyd), jeune homme riche et oisif, capable d'acheter une voiture neuve quand la sienne a un accident, et aussi capable de la ruiner en moins d'une heure. Avec en prime le gag célèbre de la voiture enfoncée par un train.

Rien ne pouvait rassembler ces deux univers. Il suffit d'un (premier) quiproquo. Harold se trompe de lieu de rendez-vous, sa cigarette mal éteinte enflamme des papiers et pour l'éteindre il utilise le liquide dans un seau. Deuxième quiproquo, il s'agissait de combustible. La pauvre installation du frère Paul part en fumée. Harold veut réparer et sort son carnet de chèque. Paul croyant que ce jeune homme veut l'aider à bâtir une mission (troisième quiproquo) lui annonce le prix qu'elle couterait. Perplexe, Harold s'exécute. Il y aura une mission. Elle portera son nom.

Sauf que notre ami Harold ne veut pas de cette publicité et va trouver les organisateurs de ce lieu, arrachant au passage la banderole portant son nom.

Quatrième quiproquo : la fille de Paul le voyant détruire la devanture s'en prend à lui.

Mais heureusement, elle est très jolie, alors il se laisse entraîner...

Cette rencontre improbable est le prélude d'une série incroyable de quiproquos et de faux semblants. Ceux listés ci-dessous sont les plus importants de la première partie, mais il faut savoir que le film regorge de méprises.

Mais pour nous spectateurs, c'est une avalanche de gags qui s'offre à nous. C'est un festival ininterrompu, surtout à partir du moment où il met le pied dans la mission. Tout yeux pour la jeune femme, il devient acteur de cet endroit, amenant même les plus durs truands du voisinage, dont leur chef Bull (l'incontournable Noah Young, complice récurrent de Harold Lloyd).

Il serait trop long de lister tout ce qui se passe, mais le retour avec les truands ivres vaut à lui seul son pesant de whisky. Et si Harold Lloyd use (sans abuser) des ficelles burlesques (coups pieds au cul, peau de banane...), c'est au service de l'action et non comme un passage obligé de ce genre de comédie.

Bien sûr, l'ivresse caractérisée des cinq truands est une bonne occasion de se laisser aller dans la surenchère comique. Elle a lieu, bien entendu, mais avec beaucoup de brio.

Un véritable feu d'artifice burlesque !

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