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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

steven spielberg

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Indiana Jones, #Aventure, #James Mangold, #Steven Spielberg, #George Lucas
Indiana Jones et le Cadran dela destinée (Indiana Jones and the Dial of destiny - James Mangold, 2023)

Indiana Jones (Harrison Ford) revient. Une dernière fois ?

« Avec lui, c’est le retour de la grande aventure : celle qui fait hurler, celle qui fait frémir, dans la nuit, dans le vent et dans la froidure. » (1)

Enfin, de la froidure, c’est un tantinet exagéré vu que l’intégralité de l’intrigue se situe en plein été, et surtout plus de la moitié dans le bassin méditerranéen.

 

Après avoir retrouvé l’Arche d’Alliance, les pierres de Sankara, le Graal et le crâne de cristal, que restait-il à cet aventurier vieillissant à découvrir, surtout avec l’homme qui vient de faire les premiers pas sur la lune ?...

Et bien heureusement, les frères Butterworth (Jez & John-Henry), James Mangold (qui n’a pas que réalisé le film) et l’incontournable David Koepp nous ont concocté un scénario à la hauteur de l’événement (son retour) et surtout du personnage : la quête du temps. Parce que le cadran de la destinée, c’est la possibilité de prévoir les failles spatio-temporelles et donc pouvoir agir sur le cours de l’Histoire. Et qui sont les méchants dans cette nouvelle histoire ? Ceux du début : les nazis ! (2)

Et le retour d’Indiana Jones, c’est aussi le temps des bilans et la possibilité de voir une dernière fois ceux qui ont réussi à survivre à une trentaine d’années d’aventures (ils ne sont que deux en plus de notre héros)…

 

Oui, Spielberg ne réalise pas ce dernier épisode, mais avoir confié cette tâche à James Mangold ne fut pas une mauvaise idée, puisque ce nouvel opus tient ses promesses, confirmant le fait que les films impairs – Raiders of the lost Ark, Indiana Jones and the last Crusade – sont supérieurs aux autres. Attention, je ne remets pas en question la qualité des deux autres films, mais je les trouve tout de même un cran au-dessous. Il faut dire aussi que les producteurs exécutifs étant George Lucas et Steven Spielberg, le travail de Mangold est très balisé.

Mais le véritable tour de force du film, c’est d’avoir réussi à remettre en selle Harrison Ford pour une ultime aventure archéologique : il a 80 ans bien sonnés quand est présenté le film pour la première fois. Et en plus, à l’instar de Carrie « Leïa » Fisher dans Rogue One: A Starwars Story, la première séquence nous montre Indiana Jones comme nous l’avions laissé (ou presque) après sa quête du Graal : merci aux effets numériques !

Et pourtant, il tient la route, plus qu’

Honorablement. Et puisqu’on en est à « l’âge du capitaine », si on calcule d’après les éléments en notre possession depuis 1981 (et surtout le film de 1989), Harrison Ford reste quand même plus âgé que ne le serait son personnage qui semble être né aux alentours de 1895…

 

Quoi qu’il en soit, pour la cinquième fois, on savoure pleinement cette aventure hautement improbable (3), qui fait référence, bien entendu aux épisodes précédents, directement –le bilan énoncé par Henry Walton Jones Jr. (son nom complet comme on peut le voir sur une convocation) pendant qu’il escalade une paroi, par exemple – ou en reprenant quelques passages obligés –la poursuite en voiture inévitable, entre autres choses – tout en restant dans son domaine de prédilection : l’archéologie. La découverte d’un tombeau nous rappelle celui du chevalier sous Venise ou encore l’emplacement de l’Arche, mais surtout, comme véritable apothéose de ce dernier opus, Indiana Jones va – enfin ? – vivre ce qu’il a passé sa vie à étudier : l’Histoire.

Et comme nous sommes dans une histoire temporelle, nous avons droit à l’incontournable interaction du voyage dans le temps, mais à rebours. (4)

 

Bref, pour cette nouvelle (et dernière ?) aventure, Indiana Jones reste encore en forme, et il ne semble pas prêt à passer le relais (le chapeau ?) à quelqu’un…

 

Un régal.

 

  1. Le Retour de Gérard Lambert (Renaud, 1981)
  2. « C’est marrant, c’est toujours les nazis qui ont le mauvais rôle. » (Oss 117 : Le Caire, Nid d’espion)
  3. Nous sommes au cinéma : tout est possible !
  4. Je ne m’expliquerai pas sur cette remarque : voyez le film, vous comprendrez.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Espionnage, #Austin Powers, #Jay Roach, #Steven Spielberg
Austin Powers dans Goldmember (Austin Powers in Goldmember - Jay Roach, 2002)

Jamais deux sans trois !

Voici le retour du plus célèbre agent (pas très) secret britannique : Austin Powers (Mike Myers). Celui à côté duquel James Bond n’est qui amuseur de foire et surtout un représentant de la technique du MI 6.

A nouveau, Austin Powers est aux prises avec le terrible Dr. Evil (Mike Myers) et sa clique de méchants : Mini-Moi (Vern Troyer), Frau Farbissina (Mindy Sterling), Numéro 2 (Robert Wagner & Rob Lowe), Fat Bastard (Mike Myers) et un nouveau qui donne son nom au titre du film, Goldmember (Mike Myers). Notons au passage que la traduction littérale de son nom n’est pas du tout usurpée.

Cette fois-ci, le Dr. Evil a l’intention de submerger la Terre en faisant fondre la calotte glaciaire du Pôle Nord.

Evidemment, Austin Powers, aidé de Foxxy Cleopatra (Beyoncé) va l’en empêcher.

 

Il semble que ce soit la fin des aventures du super espion, ce qui n’est pas plus mal, vu le déclin (amorcé dans l’opus précédent) des films. On s’amuse toujours autant mais on sent que cela s’émousse. On y retrouve bien sûr les gags pas toujours élégants mais drôles, et on peut quand même regretter la réduction de la dimension sexuelle du personnage principal qui n’est véritablement évoquée qu’au début. Avouons aussi une première séquence qui réserve une belle surprise (1) avec quelques invités prestigieux. Même Spielberg est de la fête !

Mais malgré tout, on peut se lasser. C’est absolument foutraque et cela se ressent dans le scénario qui part un peu (trop) dans tous les sens.

 

Mais comme nous marchons dans la parodie (et pas seulement du pied gauche),l’exagération devient donc une arme dont Mike Myers – et donc Jay Roach qui a rempilé lui aussi – use et parfois abuse.

Encore une fois, le jeu de Myers est phénoménal, et à ses côtés, Beyoncé n’est pas mal non plus. En plus des clins d’œil, à James Bond, on a droit à un rappel de l’épisode précédent qui est carrément évoqué par les acteurs eux-mêmes (on n’est jamais mieux servi que par soi-même).

 

Alors une dernière fois, laissez vous faire et entraîner aux côtés de cet agent très spécial qui, à l’instar d’Indiana Jones a amené son père (Michael Caine) dans cette aventure : lui aussi était dans la même branche, et avait le même succès auprès des femmes.

Le Mojo, c’est héréditaire !

 

  1. Je ne vous dirai rien, sinon, ce n’en serait plus une !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Steven Spielberg, #David Lynch
The Fabelmans (Steven SPielberg, 2022)

1952.

Les parents du petit Sam Fabelman (Mateo Zoryan) l’emmènent pour la première fois au cinéma. Ce n’est pourtant pas l’envie qui l’étouffe et les deux adultes ont beaucoup de mal à le persuader d’y aller. Mais une fois dans la salle obscure, c’est la révélation : Sam veut un train électrique pour Hanoucca. Pendant huit jours, il va recevoir un élément, jusqu’au dernier, le transformateur qui fait fonctionner le jouet.

Pourquoi un train ? Dans le film, Sous le plus grand Chapiteau du monde (1), nous assistons à une formidable catastrophe ferroviaire.

Et avec ce train, le petit Sam va (enfin) pouvoir recréer cet événement fort (traumatisant ?) : l’accident. Seulement voilà, ce n’est pas vraiment du goût de son père, Burt Fabelman (Paul Dano). Qu’à cela ne tienne, Maman, Mitzi (Michelle Williams) lui propose un marché : il va recréer cet accident (en cachette de son père cela va de soi) et le capturer sur caméra, comme ça, il pourra le regarder autant de fois qu’il le souhaite.

Le doigt est dans l’engrenage, Sam va devenir l’un des plus grands cinéastes au monde. Mais bien sûr, cela ne se fera pas sans mal, heurts et autres déceptions…

 

Bien sûr, Sam Fabelman, c’est Steven Spielberg, et cette passion, c’est celle qui l’a étreint toutes ces années, jusqu’à ce dernier film, véritable aboutissement de tout son travail. Un retour aux sources qui illustre formidablement plus de 50 ans de production cinématographique.

Et il commence par ce qu’il a toujours su (bien) montrer : l’enfance. Mais pas seulement, on y trouve aussi ce qui éloigne cet enfant des adultes qui l’entourent, d’autant plus que la relation entre les deux parents est ambiguë. Dès les premières images de ce couple à la maison, on ressent une sorte de malaise du fait de la présence d’un troisième personnage, l’oncle Bennie (Seth Rogen).

 

Bennie est « le meilleur ami » de Burt avec qui il collabore étroitement dans ce qui promet d’être la technique d’avenir : les ordinateurs. Mais très rapidement, la présence de ce « troisième homme » ne nous paraît pas très innocente, et il apparaît qu’il y a quelque chose entre lui et Mitzi qui n’est pas dit mais fortement sous-entendu. Et ce n’est que beaucoup plus tard qu’on aura l’explication de ce malaise : quand les parents divorceront et que Mitzi retournera vers Bennie qu’ils avaient laissé en Arizona alors qu’il s’installait en Californie.

Et cette histoire qui ronge le jeune Fabelman éclaire magnifiquement l’œuvre du cinéaste tous ces enfants qui aspirent au bonheur et qui se heurtent plus ou moins violemment à l’incompréhension de leurs parents, voire ces parents qui s’éloignent l’un de l’autre, amenant des situations dramatiques pour ces familles qui, à l’instar de celle du réalisateur, se délitent :

  • Roy Neary (Richard Dreyfus dans Rencontres du 3ème Type) qui se conduit bizarrement depuis l’événement lumineux, délaissant tout ce qui faisait sa vie pour construire cette structure ;
  • Jack Banning (Charlie Korsmo dans Hook) et son père (Robin Williams) absorbé par son travail au point de ne plus voir son fils qui s’éloigne de lui jusqu’à se réfugier auprès d’un personnage des moins recommandables (Dustin Hoffman) ;
  • Robbie Ferrier (Justin Chatwin dans La Guerre des mondes), un cran au-dessus de Jack, qui ne veut surtout pas ressembler à son père (Tom Cruise), docker plus ou moins raté qui n’est pas sans rappeler Roy Neary. ;
  • Et bien sûr Elliott (Henry Thomas dans E.T. l’Extraterrestre) déconstruit par un divorce et  qui semble se réfugier dans l’imaginaire (comment croire à cette histoire d’extraterrestre tombé de la lune quand on est un adulte ?)…

Et tous ces enfants qui sont au centre de l’œuvre de Spielberg, petits ou/et grands.

 

Il va être difficile, à mon avis, pour Spielberg de retourner au travail après un tel film : c’est une extraordinaire mise en abyme qui nous est présentée ici. Non seulement il réalise un film sur le cinéma, mais en plus, il s’y inclut, et de quelle manière : avec ce film, nous trouvons tout Spielberg et en plus, nous y trouvons Spielberg lui-même !

Encore une fois, il nous emmène dans une histoire exceptionnelle, la sienne ! Bien sûr, il y a un parti pris et la vérité est distordue : quel intérêt à voir la vraie vie puisque nous sommes au cinéma ! Mais ces éléments autobiographiques prennent magnifiquement leur place dans une histoire qui en devient alors fabuleuse, avec en point d’orgue la rencontre avec celui qui est alors l’une des dernières légendes en activité : John Ford (David Lynch). On a du mal à croire à cette rencontre, tout comme le jeune Sam (Gabriel LaBelle), mais rappelez-vous une chose : au cinéma, tout est permis.

Et cela permet, en outre, une dernière pointe d’humour…

 

  1. Vous allez dire que je fais une fixation, mais encore une fois, la traduction dessert l’intrigue : ce titre si reluisant à sa sortie tombe à plat ici. La traduction (plus fidèle) « le plus grand spectacle au monde » cadrait parfaitement avec cet éveil au cinéma : pouvait-on rêver meilleur titre ?

 

PS : on notera la présence d’un certain Josh McLaglen dans la production du film. Ultime clin d’œil à John Ford qui a souvent dirigé son grand-père Victor ?

PPS : à l’évocation de Hogan’s Heroes (Stalag 13), la première des photos des acteurs principaux est celle de Robert Clary (Caporal LeBeau), le dernier encore en vie au moment de la première présentation du film à Toronto, le 10 septembre 2022. Clary décédera deux mois plus tard, le 22 novembre. Lui aussi était juif, ayant même survécu à la déportation.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Steven Spielberg
West Side Story (Steven Spielberg, 2021)

Soixante ans se sont écoulés, et l’histoire n’a pas pris une ride. C’était déjà le cas en 1961 d’ailleurs, quand Wise a sorti son propre film : le thème de Roméo & Juliette (publié en 1597 d’après une histoire encore plus ancienne…) reste indémodable : cet amour fou qui se termine (très) mal continue d’émouvoir les spectateurs, dont votre serviteur (1).

Donc, dans le New York de la fin des années1950, deux bandes rivales se disputent le territoire du West Side (2) : les Jets et les Sharks. La seule différence entre ces deux bandes rivales : la couleur de la peau. En effet, les Sharks ont le teint plus halé puisqu’ils viennent de Porto Rico. Les autres ont le teint plus clair, puisqu’ils descendent pour la plupart des colons européens : mais tous ont un véritable point en commun : ils ne sont pas les véritables indigènes de ce grand pays.

A côté de ces deux bandes de voyous qui passent leur temps à se chercher, se développe un amour entre une fille de Porto Rico – Maria (Rachel Zegler) – et un de ces descendants de colons blancs – Anton « Tony » (Ansel Egort).

Mais bien sûr, cet amour n’est pas possible.

 

La première question qui me vint à l’esprit quand le film est sorti fut la suivante : un tel film était-il nécessaire ? Même si c’est Spielberg… Bien sûr que non (3), mais on en va pas bouder son plaisir pour autant ! Parce que ce film, s’il n’est pas « nécessaire », reste tout de même un très beau moment de cinéma comme sait (toujours ou presque) le faire Steven Spielberg. Certes, on n’imagine pas une issue différentes de l’intrigue, et donc pour une fois, cela se termine mal (4), et puisque l’intrigue est rebattue, encore une fois, c’est la façon de faire qui prime. Et là, on est servi !

 

Suivant la pratique actuelle qui veut que tous les écrits viennent en fin de film, Spielberg entre tout de suite dans le sujet, évitant l’Ouverture initialement prévue, celle qui annonçait clairement les différents thèmes qu’on allait trouver tout au long de l’histoire. C’est un quartier désolé qui nous est montré, attaqué par les boules de chantier qui détruisent ce qui furent des taudis, en attendant l’expulsion totale des différents habitants afin de créer un nouveau West Side, plus conforme à l’air du temps. Alors les bisbilles entre les deux bandes rivales semblent tout à coup bien mesquines : si un des deux clans l’emporte, des toute façon, ils seront tous envoyés ailleurs…

 

Mais c’est cet aspect bien petit par rapport à cette immense ville en mutation qui va donner cette dimension grandiose à cet amour tragique : certes, ces deux jeunes gens ne pèsent pas bien lourd face à cette transformation, mais le seul fait qu’ils existent les rend uniques et de ce fait dignes d’attention.

Et Spielberg réussit là où Wise s’était arrêté : ses acteurs ont une apparence plus jeune, comme si Spielberg avait restauré cette histoire, lui redonnant toute la jeunesse des protagonistes (5), bien qu’Ansel Elgort soit plus âgé que Richard Beymer quand il a interprété Tony en 1961 ! Et cela peut s’expliquer par un élément « signe des temps » :les jeunes gens de 1960 étaient plus mûrs que ceux de 2020. Et puis n’oublions pas non plus les effets du maquillage conjugués à ceux du numérique.

 

Et au final, ce nouveau West Side Story est une très belle surprise :non seulement Spielberg nous confirme qu’il est un très grand réalisateur, mais surtout, il donne une teinte colorée et brillante qui rehausse cette intrigue sombre, donnant, malgré l’artificialité des pas de danse un certain réalisme qui s’exprime dans les différentes séquences de violence : il réussit la synthèse adéquate entre les ballets de Wise et ceux de Kubrick dans Orange Mécanique ! (Musique : la Pile voleuse).

Et tout cela avec une profusion de couleurs qui teintent chaque moment du film : entre les tenues des protagonistes, les tentures ou même les projections solaires des vitraux, tout donne un aspect plus chatoyant que dans le premier film. A cela s’ajoute un jeu de lumières pertinent où c’est la multiplication des sources lumineuses qui accentue le grandiose de cette petite histoire, illustrant avec beaucoup de subtilité les paroles de Tonight, la chanson de la scène du balcon :

      « Tonight, tonight, the world is full of light (Ce soir, ce soir, le monde est rempli de lumières)

         with suns and moons all over the place. » (avec partout des soleils et des lunes)

Même la séquence de combat qui voit Mercutio (Riff – Mike Faist) être tué par Thibault (Bernardo – David Alvarez), lui-même tué par Roméo (Tony) reste lumineuse, et ce malgré les lumière éteintes (pour faire plus discret).

 

Et bien sûr, l’interprétation est à la hauteur de l’enjeu. Les différents interprètes sont des artistes complets : ils jouent, ils dansent et ils chantent (6). Même Rita Moreno (Valentina) peut enfin faire entendre sa voix. Elle qui fut une inoubliable Anita nous démontre pourquoi on ne pouvait pas l’entendre chanter en 1961 : sa tessiture est trop haute !

Et puisqu’on parle d’Anita, elle est ici interprétée avec brio par Ariana de Bose, formidable en tout point dans ce rôle difficile parce que déjà interprété avec beaucoup de brio…

Et si Ansel Elgort est un Tony un peu plus dégourdi que ne l’était Beymer, on notera la très belle prestation (encore une) de Rachel Zegler encore plus Maria que ne l’était l’irrésistible Natalie Wood (c’est dire !).

 

Alors oui, précipitez-vous sur cette nouvelle version, pour toutes ces qualités visuelles, mais aussi pour la musique éternelle de Leonard Bernstein !

 

  1. Je n’arrive pas à ne pas verser une larme à la fin. C’est mon côté midinette…
  2. Ce n’est pas loin de chez Aloysius Pendergast.
  3. Poser la question, c’est déjà y répondre.
  4. Ca reste rare, chez Spielberg, une fin tragique.
  5. Roméo & Juliette sont des adolescents, ne l’oublions pas.
  6. Natalie Wood (Maria) et Richard Beymer étaient doublés (7).
  7. J’espère que vous ne vous lassez pas des notes de bas de page…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Steven Spielberg
Lincoln (Steven Spielberg, 2012)

Janvier 1865.

Alors que la Guerre de Sécession (« Guerre Civile » en VO) s’éternise (quatre ans), Abraham Lincoln (Daniel Day-Lewis) et ses partisans veulent faire voter un treizième amendement à la Constitution de leur pays, cette même constitution qui perdure depuis 1783 (1)

Le 13ème amendement  la Constitution des Etats-Unis, c’est l’abolition pure et simple de l’esclavage dans toute l’Union.

Seulement voilà : cette Union est déchirée depuis 1861, et parmi les Nordistes qui constituent la quasi unanimité des protagonistes du film, il est de farouches opposants à cette émancipation voulue par ce président devenu légendaire.

C’est ce combat final avant la paix d’Appomattox que nous livre ici Steven Spielberg, dans un film magistral. Encore une fois.

 

Evacuons tout de suite les approximations, voire les erreurs historiques : nous sommes (encore) au cinéma, et il n’est pas question d’une quelconque reconstitution historique irréprochable. IL existe des livres et des documentaires pour y remédier. Et encore une fois, Spielberg nous offre du cinéma, dans la plus belle acception du terme : grandiose, superbe, émouvant.

Certes, il est servi par une distribution prestigieuse - comme on dit, et c’est le cas ici (2) – puisque, outre Daniel Day-Lewis, on y retrouve quelques ténors hollywoodiens tels Tommy Lee Jones ou Hal Holbrook, ainsi qu’un magnifique diva (3) en la présence de Sally Field qui a la lourde tâche d’interpréter Mary Lincoln, la femme, obligatoirement effacée par cet immense homme qu’était Lincoln.

 

Parce que Lincoln était un homme extraordinaire, qu’on le veuille ou non. IL a laissé une empreinte à son pays qui est telle qu’aujourd’hui encore de nombreux Américains se déplacent à Washington pour se recueillir au Lincoln Memorial, espérant y trouver une inspiration dans leur vie.

Et Spielberg, avec ce Lincoln, va réussir à faire revivre cet homme au-delà de ce que nous avions pu déjà voir pendant toutes ces décennies cinématographiques : de The martyred Presidents (Edwin S. Porter, 1909) à The Conspirator (Robert Redford, 2011, l’année précédant le film). Avec une mention spéciale à John Ford qui l’inclut dans quatre de ses films…

 

Mais à la différence des autres, Spielberg ne se contente pas de nous faire revivre un moment-clé de l’histoire américaine : il ressuscite pour nous Lincoln, en la personne de Daniel Day-Lewis qui ne se contente pas d’interpréter ce personnage : il est Lincoln, dans toute sa dimension, physique et morale. Lincoln n’est plus une légende, il est avant tout un homme.

Et Daniel Day-Lewis est un Lincoln plus vrai que nature, avec ses certitudes et surtout ses doutes et ses faiblesses, toujours en proie avec son passé que lui rappelle constamment Mary « Molly » Lincoln.

 

Il n’est alors pas étonnant de voir le nombre de récompenses attribuées à Daniel Day-Lewis tant sa performance est époustouflante (4). Parce que Spielberg réussit la prouesse d’emmener son personnage vers son destin (tragique) en conjuguant les deux aspects de ce grand homme : légendaire et humain. La ressemblance physique est frappante – tout comme celle de Jared « Moriarty » Harris avec Ulysses S. Grant pour ne citer que lui – et sa stature, sa silhouette sont constamment exploitées dans les différentes prises de vue. On retrouve le Lincoln qu’on a pu voir sur les photos et autres documents iconographiques qui nous ont été transmis avec le temps.

Mais, et c’est là qu’est l’immense talent de Spielberg, sans pour autant basculer dans une hagiographie facile quand il s’agit d’un personnage de cet acabit.

Et en plus, il réussit à éviter la séquence que tout le monde attend, maintes fois représentée depuis que le cinéma existe : l’assassinat du président. Avec en prime une superbe fausse piste qui accentue encore la portée tragique de l’événement.

 

Encore une fois : merci, monsieur Spielberg.

 

  1. En France, nous en sommes à la cinquième. Pour combien de temps encore ? Je me garderai bien de répondre…
  2. On aura plaisir à reconnaître Adam Driver dans un petit rôle…
  3. Restons dans le vocabulaire de l’opéra.
  4. N’oublions pas pour autant ceux qui lui donnent la réplique, indissociable de sa brillante performance.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Steven Spielberg
Cheval de Guerre (War Horse - Steven Spielberg, 2011)

Au début, c’est un roman de Michael Morpurgo (1982). Puis ce fut une adaptation sur scène par Nick Stafford (2007).

Et depuis 2011, c’est un film inoubliable du grand Steven, qui retourne au film de guerre avec à nouveau beaucoup de talent et de bonheur.

 

Devon, 1914.

Outre d’être le décor de la plus célèbre romancière de policiers d’Angleterre, c’est aussi le théâtre d’une grande histoire d’amour entre un jeune garçon – Albert Narracott (Jeremy Irvine) – et un cheval – Joey.

Joey est une bête splendide, ces chevaux qui gagnent – haut la main – les courses. Mais Ted Narracott (Peter Mullan) l’a acheté pour en faire un cheval de trait, quitte à finir sur la paille. C’est donc Albert qui va l’entraîner. Et y parvenir.

Mais la guerre arrive et Joey est incorporé et Albert reste seul (il n’est pas encore d’âge à partir).

 

Comme je l’écrivais plus haut, Spielberg retourne au film de guerre et en deux assauts, il nous rappelle qu’il maîtrise le genre, comme il nous l’avait déjà montré dans Save Private Ryan une douzaine d’années plus tôt (1). On retrouve, sinon les mêmes assauts, du moins le même résultat : des morts. Bien sûr, on pense à Kubrick et ses Sentiers de la gloire quand Albert fonce vers la tranchée ennemie, mais c’est une autre référence qui a retenu mon attention :

Après la première charge – pour de vrai – à laquelle participe Joey, Spielberg prend de la hauteur pour nous montrer l’étendue des dégâts : ce sont plusieurs, puis des dizaines de chevaux et de cavaliers qui s’offrent à notre regard, accentuant l’aspect dérisoire de la guerre. Et le mouvement de caméra n’est pas sans rappeler celui de Gone with the Wind quand nous découvrons l’ampleur des combats d’Atlanta.

Mais surtout, Spielberg, en filmant les deux assauts nous gratifie d’une ellipse temporelle magistrale : quatre ans ont passé entre la charge des officiers britanniques et la prise de la tranchée adverse par les Tommies, mais c’est avant tout une nouvelle ère qui vient de commencer, reléguant à l’âge de pierre ce premier fait d’armes pour entrer de plain pied dans le XXème siècle et surtout la guerre moderne.

En prime, nous avons une image superbe du premier assaut qui voit les mitrailleuses allemandes crépiter pendant que les chevaux sans cavaliers leur sautent par-dessus. Magnifique.

 

Et comme nous sommes chez Spielberg, il faut chercher l’enfant. Et il n’y a pas beaucoup à chercher pour le trouver. Il prend trois formes.

La première, c’est bien sûr Albert, qui voit grandir Joey avant de l’adopter. Leur relation est une véritable relation d’amitié, plus forte que celle qui le lie avec son ami Andrew (Matt Milne), avec ses promesses illusoires qu’on espère tenir malgré tout.

La seconde concerne la jeune Emilie (Céline Buckens) qui, à l’instar d’Albert va nouer une relation forte avec Joey – qu’elle appelle François – et qui aura une incidence sur le final où intervient le grand-père de la petite jeune fille (2). Elle est un mélange de naïveté et de gravité qui lui donne une épaisseur intéressante : à la croisée des chemins entre l’enfance et l’adolescence.

La troisième forme est plus subtile et concerne les soldats eux-mêmes : il est de coutume pour les Anglo-Saxons d’appeler leurs militaires « boys », ce qui signifie « garçons ». Et Spielberg ne s’y trompe pas : tous ces jeunes gens qui sont partis se battre – et surtout mourir – ne sont que de grands enfants, à peine sortis des jupons de leurs mères. Il suffit de voir la rencontre entre le Britannique Colin (Tobby Kebbel) et l’Allemand Peter (Hinnerk Schönnemann) pour s’en convaincre : la relation qu’ils nouent en peu de temps abolit les frontières et nous fait oublier ce conflit – qui arrive à son terme. Ce ne sont plus deux soldats qui évoluent devant nous mais bien deux copains qui s’allient pour se sortir d’une situation inextricable.

Et c’est là que l’on retrouve la dimension merveilleuse du cinéma de Spielberg : sans artifice ni effet numérique spectaculaire, il nous sort de cette guerre sordide et amène un espoir de paix.

J’ajouterai une quatrième forme avec les deux jeunes soldats allemands qui vont déserter. Si Günther (David Kross) semble avoir l’âge requis, Michael (Leonard Carow), son frère, n’a que 14 ans (3). Et la désertion ne s’explique que par la même raison qui fait promettre Albert à Joey de se retrouver quand tout sera terminé : Günther a promis à sa mère de veiller sur son jeune frère. Et c’est précisément cette promesse qui va précipiter leur mort : vous connaissez le sort des déserteurs en temps de guerre.

 

Bref, Spielberg réussit à nouveau un grand film, servi par une intrigue originale et habile : voir la guerre à travers les yeux d’un cheval (4). A cette belle histoire s’ajoute le talent de Spielberg, mais pas que : la musique de son complice John Williams crée elle aussi l’ambiance, et l’interprétation est à la hauteur de l’événement : outre les personnes déjà citées, j’ajouterai Emily Watson (la mère d’Albert) ou encore David « Lupin » Thewlis, ou encore Tom « Loki » Hiddleston et Dominic « Sherlock » Cumberbatch qui se retrouvent tous, finalement, dans des seconds rôles.

La vraie vedette, c’est Joey !

 

  1. Treize pour être précis.
  2. Niels Arestrup, formidable.
  3. La fin de la guerre vit entrer dans le conflit des très jeunes soldats.
  4. Et on les voit ces yeux : ils appartiennent même aux 14 chevaux qui ont été nécessaires pour interpréter Joey…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #Steven Spielberg, #Peter Jackson
Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (The Adventures of Tintin - Steven Spielberg, 2011)

J’ai parlé ici la dernière fois de la difficulté d’adapter les bandes dessinées francophones, ce qui fut déjà le cas pour Tintin au cinéma voilà une cinquantaine d’années. Mais je parlais de film « en chair et en os », ce qui n’est pas le cas de cette (très) belle adaptation des aventures de Tintin (1).

En effet, Spielberg nous propose ici un film entièrement numérique reprenant le jeune reporter du Petit Vingtième, dans une intrigue – complexe puisqu’il y a trois albums concernés – qui permet aussi de présenter Tintin et son univers pour les spectateurs qui ne le connaissaient pas lors de la sortie du film (2) : une sorte de mise à jour.

 

Tintin (voix de Jamie «  Billy Elliot » Bell), après s’être fait tirer le portrait par un dessinateur de rue qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Hergé, découvre au marché aux puces une maquette de la Licorne, un vaisseau du 17ème siècle. Une fois le bateau acheté, Tintin est sollicité pour le revendre, ce qu’il refuse.

Mais le bateau est volé chez lui et Tintin va faire la rencontre de Sakharine (vois de Daniel « James Bond » Craig), un homme trouble et fortement antipathique.

En achetant ce bateau, Tintin a mis le pied dans une affaire qui l’amènera en Afrique et surtout sur la piste d’un trésor fabuleux : le trésor de Rackham le Rouge.

Et surtout, il va rencontrer un marin alcoolique au verbe fort : le capitaine Haddock (voix de Andy « Gollum » Serkis), qui deviendra son meilleur ami.

 

Si l’adaptation de l’univers tintinesque est très réussie, il ne faut pas trop en demander au scénario. En effet, alors que l’intrigue principale concerne l’album Le Secret de la Licorne, on y trouve des références et des personnages qui viennent du Crabe aux Pinces d’or – Allan (voix de Daniel Mays) & Omar Ben Salaad (voix de Gad Elmaleh) – et un final qui rappelle celui du Trésor de Rackham le Rouge. L’utilisation (détournée) du Crabe permet surtout la rencontre entre Tintin et Haddock sur le Karaboudjan, le mythique bateau du capitaine. Parce qu’à la différence d’Alexandre Coffre et ses Aventures de Spirou (voir précédemment), Spielberg et ses scénaristes ne dénaturent pas le personnage de Tintin et le montrent tel qu’il fut imaginé par Hergé, voilà maintenant plus de 90 ans !

Et le résultat est à la hauteur de nos espérances !

 

En effet, si on dévie inévitablement de l’intrigue originale du Secret, Spielberg réussit tout de même à capturer l’esprit de la bande dessinée de Georges Rémi. On y retrouve les rebondissements habituels, des méchants qui le sont beaucoup, un capitaine très imbibé et la paire de détectives Dupond et Dupont, appelés ici (en VO) Thompson (voix de Simon Pegg) & Thomson (voix de Nick Frost) et aussi maladroits et ahuris que leurs modèles de papier. On notera en prime un détail savoureux : les deux acteurs qui doublent ces policiers forment un duo célèbre en Angleterre (et ailleurs) et ont tourné dans une série de trois films dont j’ai déjà parlé ici.

On pourra s’étonner de la présence incongrue à première vue de Bianca Castafiore (voix de  Kim Stengel) mais son rôle est indispensable dans l’intrigue.

 

Et avec Tintin, Spielberg renoue avec la grande aventure celle d’Indiana Jones qui est un héritier assumé de Tintin : Spielberg a toujours été un grand fan du petit Belge et ne s’en est jamais caché.

Tout comme l’archéologue, Tintin est très courageux et il sait se servir d’une arme à feu, n’hésitant d’ailleurs pas à s’en servir quand il le faut. Mais les péripéties qui s’offrent à nous ici ne sont pas sans rappeler celles du professeur Jones : pilotage d’avion en panne d’essence et course-poursuite en side-car en sont les principales ressemblances.

Autre référence à l’univers de Spielberg : un détail qui n’est pas sans rappeler Jaws, dans la sous-intrigue du Crabe.

 

Bref, c’est du grand Spielberg (encre une fois) et on prend beaucoup de plaisir à suivre ces aventures – ô combien improbables – du jeune reporter en culottes de golf, et tant pis si les albums ne sont pas respectés à la lettre : nous sommes au cinéma !

Tel Alfonso Cuarón pour Harry Potter & the Prisoner of Azkaban, Spielberg saisit l’esprit dans lequel évolue son personnage principal et en fait un film de grande qualité sans dénaturer en rien l’histoire originale.

C’est spectaculaire, amusant et bien rythmé (sans tomber dans l’excès) : que demander de plus ?

 

  1. Trois d’un coup, mais à des degrés différents.
  2. Il en existe beaucoup, surtout aux Etats-Unis, pays du comix, à des années-lumière de la ligne claire belge.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Histoire, #Steven Spielberg
Munich (Steven Spielberg, 2005)

Munich, septembre 1972.

Alors que les JO battent leur plein, le groupe Septembre Noir prend en otage les athlètes israéliens.

Bilan : les onze athlètes sont tués et les preneurs d’otage abattus ou arrêtés

Dans l’année qui suit, le Mossad met en place un groupe de cinq hommes dont la mission est d’éliminer les commanditaires de cet assassinat.

Ce groupe est dirigé par Avner Kaufmann (Eric Bana).

 

Evacuons tout de suite ce qui pourrait fâcher : no, ce n’est pas une vraie reconstitution, même si Spielberg s’appuie sur des éléments authentiques pour construire son film (1). D’ailleurs, la reconstitution du calvaire des athlètes est encore une fois magnifique, montrant que ces derniers n’avaient aucune chance de s’en sortir. Mais il ne nous le livre pas d’un seul bloc, amenant les images à mesure que son personnage principal évolue dans sa mission particulière. La dernière partie – à l’aéroport – amenant un basculement final inattendu, mais tout de même prévisible quand il s’agit d’une opération organisée par des services secrets, de quelque nationalité qu’ils soient.

Parce que si Kaufmann et ses hommes ont des objectifs bien précis, le monde continue de tourner et la diplomatie de s’organiser. Et surtout, ces hommes ont le tort de croire qu’ils sont les seuls en chasse : Septembre Noir et ceux qui sont derrière ne peuvent pas laisser tuer leurs hommes sans réagir. A leur tour, ils sont traqués par ceux qu’ils chassent.

 

Quand Spielberg abandonne ses enfants – petits et grands – c’est presque toujours pour réaliser un film plus sérieux, voire une reconstitution (Schindler’s List, Amistad...). Encore une fois, c’est le cas, et pour notre plus grand plaisir.

On retrouve toujours ce même soin pour la reconstitution que ce soit les différents décors costumes ou même coupes de cheveux, tout est d’époque, et nous replongeons dans ces années 1970s (1973 pour être plus précis) avec en fin de film une vue sur les Tours Jumelles du World Trade Center qui viennent d’être inaugurée (4 avril 1973).

 

Bien sûr, c’est la traque qui nous intéresse. C’est palpitant à souhait mais surtout ces agents du Mossad – qui n’en sont pas, c’est très compliqué – ne sont pas des experts, loin de là : il suffit de voir leur première exécution pour s’en convaincre. Pourtant, ils vont parvenir à leurs cibles et gagner en efficacité, même si, comme le dit Robert (Mathieu Kassovitz) leur artificier : « ma spécialité n’est pas de créer des bombes, mais de les démonter ».

Mais la grande différence avec les homes qu’ils pourchassent, reste malgré tout leur humanité : les victimes collatérales sont évitées autant que possible (séquence de Paris).

 

C’est donc du très bon Spielberg qui nous est proposé là, mêlant intrigue d’espionnage et chasse aux criminels, avec toujours cet aspect humain propre à ses personnages : ici Avner doit en même temps assumer une femme et leur fille qui va naître pendant sa mission. On retrouve d’ailleurs cette humanité dans le souci de ne pas faire de victimes inutiles (voir ci-dessus).

Mais nous sommes tout de même un cran au-dessous de l’admirable Liste de Schindler : le sujet en lui-même est moins lourd de sens, même si les faits qui en sont à l’origine (l’exécution des athlètes) restent un moment fort du film : un faux noir et blanc qui décrit sans concession la violence de cette nuit meurtrière.

Et d’une manière générale, tout ce qui relève de la violence dans le film reste sans concession, comme l’attitude de Golda Meir (Lynn Cohen) et du gouvernement qu’elle dirigeait. Cette violence est crue et spectaculaire, montrant – s’il y avait besoin – que Spielberg n’est pas obligatoirement un cinéaste gentil, comme on peut parfois le lire ou l’entendre : son premier long métrage, Duel, l’avait déjà bien démontré.

 

  1. Spielberg le précise d’ailleurs dans la présentation qu’il fait du film (en prime sur la version blu-ray) : il ne s’agit en rien d’une véritable reconstitution. Une extrapolation sur ce qui a dû arriver et sur la suite donnée par Israël contre ces assassins.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Steven Spielberg
Attrape-moi si tu peux (Catch me if you can - Steven Spielberg, 2002)

Frank Abagnale Jr. (Leonardo DiCaprio) est pilote de ligne.

Ou médecin.

A moins que ce soit avocat.

Toujours est-il qu’une chose est sure : Frank Abagnale Jr. est un escroc notoire aux Etats-Unis, après avoir usurpé plusieurs fausses identités (et les professions qui vont avec) et détourné quelques millions de dollars. Et tout ça avant l’âge de 20 ans…

 

« D’après une histoire vraie »…

Il y a toujours un côté jouissif quand on lit ces quelques mots d’introduction à un film : surtout quand les faits racontés sont d’aussi haute volée.

Certes, les choses ne se sont pas passées exactement comme ça, mais tout de même : quel numéro !

Il faut dire qu’il a de qui tenir : son père, Frank Abagnale Sr. (Christopher Walken) a lui aussi un côté embobineur très marqué mâtiné d’une propension au mensonge.

Pas étonnant alors que Frank Jr. tourne ainsi.

Tout commence avec l’usurpation d’un professeur remplaçant de français en 1963 (il a alors 15 ans) et se termine 6 ans plus tard, en France, avec son extradition.

C’est d’ailleurs cette extradition qui introduit ces six années, le reste n’est qu’un long flashback qui met aux prises Frank avec Carl Hanratty (Tom Hanks), agent du FBI.

 

Il est clair que Frank est un personnage de Spielberg à part entière : tout comme Roy Neary (Rencontres du 3ème Type) ou Ray Ferrier (La Guerre des mondes), Frank est un grand gamin. Mais à l’inverse de ses deux aînés, quand commencent ses exploits, il n’a que 15 ans ! Il est un grand ado sans cesse dans une fuite en avant : fuite de sa famille, fuite de sa condition, mais surtout fuite de ses responsabilités.

La fuite de sa famille s’explique surtout par un divorce qui le met pour la première fois face à ses responsabilités : il doit choisir entre ses deux parents celui qui l’accueillera. Ce choix lourd et d’une certaine manière inhumain va conditionner les six années qui vont suivre, cette fuite en avant perpétuelle et fatigante qui l’amènera dans une prison de Marseille, en décembre 1969.

La fuite de sa condition s’explique tout d’abord par le manque d’argent et l’audace : fauché il va commencer à usurper les fonctions lucratives avec un opportunisme qui force le respect, s’appuyant sur le personnel – essentiellement féminin – en reprenant la technique de séduction de son père (encore lui).

Mais cette fuite est avant tout une fuite de ses responsabilités, qui va culminer quand le FBI va se rapprocher un petit peu trop de lui. Frank se rend compte que ce qu’il a fait pendant toutes ces années a des conséquences : on ne peut narguer les autorités impunément.

 

Bien sûr, les acteurs sont impeccables – pouvait-on attendre autre chose ? – et le duel à distance entre Leonardo DiCaprio et Tom Hanks est très réjouissant, leurs différences de caractères et de fonctions auxquelles s’ajoutent le thème récurrent de la vérité est très savoureux.

Bref, si ce n’est peut-être pas le meilleur film de Spielberg, c’en est tout de même un bien sympathique qui nous est proposé ici. On s’amuse autant que Frank le fait au début et on prend vite fait et cause avec ce personnage tout de même haut en couleur dont la maxime dantonnienne (dantonnesque ?) semble faite pour lui : « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! »

 

Je ne terminerai pas sans mentionner le générique animé qui présente les différents participants du film : à l’instar d’une ouverture d’opéra, on y trouve un résumé de l’intrigue du film dans lequel on identifie clairement les deux principaux protagonistes : Frank et Carl. On assiste déjà à la poursuite de l’un par l’autre jusqu’à l’imminence de l’arrestation : là encore, on ne sait pas (encore) s’il sera arrêté. Ce qui est un peu normal aussi puisque le titre indique « si tu peux » !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Steven Spielberg
Artificial Intelligence: A.I. (Steven Spielberg, 2001)

L’an 2000 fut longtemps considéré comme une date symbolique, prétexte à toute sorte de visions futuristes qui s’estompèrent en même temps que l’année approchait.

Et c’est cette année-là que Spielberg tourna l’un de ses plus beaux films, l’un de ses plus adultes, et surtout l’un de ses plus noirs.

 

Nous sommes dans un futur plus ou moins proche où le professeur Hobby (William Hurt), avec une armée de collaborateurs va mettre au point un robot doté d’amour. Pour le reste, tout a déjà été inventé (1).

Quelques années après, Monica (Frances O’Connor) et Henry (Sam Robards), dont le fils Martin (Jake Thomas) est cryogénisé le temps que sa maladie se résorbe, vont acquérir un enfant-robot, David (Haley Joel Osment), qui va peu à peu remplacer ce fils endormi, jusqu’au réveil de ce dernier qui va entraîner l’abandon de David et le livrer à un monde corrompu, sale et impitoyable, surtout pour les robots.

 

Bien sûr, l’analogie est évidente avec le Pinocchio de Carlo Collodi, et Spielberg ne s’en cache pas, structurant son film en reprenant librement la structure du roman et en partie sa chronologie.

Mais si ce n’était que cela…

En effet, derrière cette histoire (pessimiste) de science-fiction se trouve une réflexion très intéressante sur l’homme et son devenir : sa descendance physique (ses enfants) et morale (son humanité).

 

Et il faut l’avouer, la critique est féroce et fort pertinente.

Dès le début, le narrateur nous prévient : la fonte des glaces a amené des inondations terribles, rayant des villes de la carte, dont New York (2).

Les humains restants sont conditionnés ou livrés à leurs bas instincts (par exemple : Rouge City est la ville des plaisirs), et la haine que portent une partie de cette humanité aux robots amènent des réactions d’une violence et d’une cruauté incroyables. Les robots, bien qu’étant des êtres artificiels sont sacrifiés avec une sauvagerie terrible.

Alors quand David se retrouve au milieu d’un de ces sacrifices, on assiste à un des climax du film : le public, dans un sursaut après cette débauche de violence, va prendre fait et cause pour David. Pourquoi ? Parce qu’il est un enfant.

 

Mais c’est justement cet état qui donne tout son sens au film. Et la séquence d’introduction ou Hobby (3) est primordiale : en introduisant l’amour dans une intelligence artificielle, c’est compléter définitivement l’androïde. « Le rire est le propre de l’homme », disait le truculent Rabelais. Et n’oubliez jamais qu’amour ne rime pas avec toujours mais avec humour. Et le basculement de David du robot à l’humain a lieu pendant le repas, alors que Monica se bat avec un spaghetto trop long déclenchant le rire de David, rire communicatif qui va totalement changer la maison où la tristesse due au fils éloignée était permanente.

David devient alors un fils idéal : toujours aimant, jamais malade, toujours obéissant.

 

Et cette trop grande humanité va causer sa perte. Parce que le professeur Hobby a négligé un aspect primordial dans ce qu’est l’enfant : la cruauté. David va alors se confronter à cette cruauté par l’intermédiaire de Martin d’abord puis par ses camarades, amenant à chaque fois une situation tragique certes, mais dont les parents ignorent la cause et concluent hâtivement à la dangerosité de cet enfant-robot.

S’ensuit alors une errance où David-Pinocchio va se retrouver, accompagné par un Jiminy-Cricket (la voix de sa conscience dans le film Disney) inattendu en la personne de Gigolo Joe (Jude Law, toujours magnifique), un robot sexuel pour femmes délaissées (ou déçues).

Joe-Cricket va alors accompagner Davide dans ses épreuves les plus éprouvantes qui sont analogues à celles du pantin jusqu’à la fête foraine : Coney Island (inévitablement), engloutie où un espace Pinocchio l’attend, avec la fée bleue, objet ultime de la quête du garçon.

 

Après, David devient-il un petit garçon ? Bien sûr que non, mais il n’empêche que la fin – encore plus pessimiste – amène une séquence des plus belles, où le trop-plein amour de David va pouvoir se déverser.

Bref, Steven Spielberg ré »alise ici l’un de ses plus beaux films, traitant avec beaucoup d’adresse ce sujet existentiel primordial – l’humanité – par le prisme de son personnage préféré : l’enfant. Nous restons presque toujours au niveau de David, la caméra se plaçant souvent à sa hauteur, donnant une impression de découverte partagée par David au spectateur.

Mais malgré tout, il réussit aussi à nous montrer les limites de l’invention de Hobby : la rencontre, chez ce dernier d’un autre robot identique à lui-même.


Je ne vous en dirai pas plus, sinon la dernière réplique de Gigolo Joe, ouvrant un débat sans fin que je ne développerai pas ici : « Je suis… j’étais. »

 

 

PS : la voix de Dr Know est celle de Robin « Peter Pan » Williams.

 

  1. Même des robots sexuels, c’est vous dire.
  2. Le film étant sorti en juin, nous pouvons alors voir les Tours Jumelles en partie émergées (le Chrysler Building, lui, est totalement englouti).
  3. En français : occupation, loisir. On peut se demander en quoi son nom reflète ce qu’il est, et ce qu’il a cherché à faire en créant ce nouveau genre de robot.

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