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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

martin scorsese

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gangsters, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
Killers of the Flower Moon (Martin Scorsese, 2023)

Phénoménal.

Scorsese nous revient avec une nouvelle histoire sombre, émaillée de morts pas toujours très naturelles, et surtout ses deux acteurs fétiches : Robert DeNiro (Bill « King » Hale) et Leonardo DiCaprio (Ernest Burkhart).

Et surtout la formidable Lily Gladstone (Mollie Brown ép. Burkhart).

Mais reprenons.

 

[Je vous conseille de voir le film avant de lire ce qui suit, bicôze il n’y aura plus beaucoup de surprise : mais qu’importe, le film est tellement magnifique…]

 

Fraîchement démobilisé après la première Guerre Mondiale et survivant à la Grippe Espagnole, Ernest Burkhart débarque à Fairfax (Oklahoma) pour travailler avec son oncle, Bill « King » Hale. Ce dernier est l’un des soutiens les plus importants des Indiens Osages : après avoir été chassés toujours plus à l’Ouest, ils se sont établis en Oklahoma et y ont découvert du pétrole, devenant immensément riches, et donc la proie privilégiée des convoitises.

L’Oklahoma semble l’état rêvé : on y pratique des mariages mixtes (Indiennes & Blancs), et tout le monde s’entend très bien. Sauf que les Indiennes ont tendance à mourir prématurément sans qu’on s’étende beaucoup sur les causes de ces décès. Et bien sûr, les maris – blancs – héritent de leurs parts…

Alors qu’il travaille comme chauffeur de taxi, Ernest rencontre Mollie Brown et tombe amoureux. Il va même l’épouser, malgré la maladie : elle est atteinte de diabète, et en plus ses sœurs meurent l’une après l’autre… Et pas spécialement naturellement.

 

C’est absolument remarquable. Scorsese est à son plus haut ni veau, réalisant, en plus d’un film superbe, une véritable synthèse de son œuvre, allant même jusqu’à y apparaître un petit peu plus que d’habitude. Et la présence du duo vedette n’y est pas non plus pour rien. En utilisant ces deux monstres, Scorsese mélange son passé et son présent avec deux des acteurs qui ont su le mieux évoluer dans son univers cinématographique. Et la présence de Lily Gladstone pourrait presque envisager son avenir s’il n’avait déjà 81 ans… (1)

Avec ce film, une nouveauté tout de même : d’une certaine façon, Scorsese intègre des éléments du western qu’il mêle avec un univers plus fréquent chez lui, les gangsters.

Western parce que nous retrouvons les grands espaces et une lutte entre le Bien (les Osages) et le Mal (les Blancs). Et si nous n’avons pas un duel aux revolvers au soleil (levant ou couchant), nous en avons tout de même un entre les deux hommes dont un seul sortira vainqueur.

Et comme nous sommes chez Scorsese, ne vous attendez pas à une fin glorieuse pour le héros : il ne terminera pas plus haut qu’il n’était au départ.

 

La première force du film, c’est avant tout son intrigue : une histoire authentique avec un peuple indien opprimé, trompé, voire éliminé. Et des Blancs d’une incroyable méchanceté, mais toujours à la manière de Scorsese : avec beaucoup de religion et de famille. Ce dernier élément étant le moteur de Hale qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Et ses pratiques n’ont rien à envier à celle de Paulie (Paul Sorvino) & C° dans Goodfellas. Et si Joe Pesci n’est pas là – l’âge, que voulez-vous – Scott Shepherd (Byron Burkhart) est un substitut plus qu’honorable, la frénésie en moins, cela va de soi.

De plus, Scorsese insiste sur l’inexorabilité du sort des Osages, montrant le chemin de fer qui amène toujours plus de Blancs qui viennent travailler dans les concessions dont les propriétaires ont tendance à pâlir… Ceci couplé avec une utilisation intelligente du temps : en tant qu’immense cinéphile, il va utiliser le cinéma de Fairfax pour montrer le temps qui passe. Les premiers films d’actualité qu’on voit sont bien sûr muets puis tout d’un coup, des paroles se font entendre : nous sommes après 1927.

Et cette utilisation du cinéma permet aussi une première transition brillante : les actus montrées sur l’écran du cinéma laissent place naturellement à la réalité de l’intrigue, et quand Ernest est identifié par les spectateurs (tout le monde connaît Leonardo, ou presque), la couleur s’installe en même temps.

On va retrouver plusieurs de ces magnifiques transitions tout au long du film : saluons au passage le travail de montage de Thelma Schoonmaker.

Soulignons aussi le travail de Rodrigo Prieto derrière la caméra : c’est superbe, en particulier l’incendie accidentel du champ de pétrole de Hale.

 

Quant à l’interprétation, elle est à un très très haut niveau, en particulier (comme déjà dit) Lily Gladstone qui donne une authenticité _incroyable à cette femme torturée par ces Blancs sans scrupule. Là encore, on mettra en exergue sa dernière rencontre avec DiCaprio, où son visage est tout.

Bien sûr, DeNiro est impeccable mais pas au sens premier du terme : il est un salaud magnifique doublé d’un hypocrite talentueux. Je rejoins l’avis de mon ami Jean B. qui me disait que les acteurs, en vieillissant, rejoignent le côté obscur. C’est le cas ici de DeNiro, mais c’est aussi un début pour Leonardo qui reste tout de même plus une victime – de la rouerie de son oncle – qu’un véritable bourreau. Encore que…Le problème d’Ernest, c’est que c’est avant tout un imbécile facilement influençable et manipulable. Il y a dans ce personnage autant d’intelligence que chez Travis Bile (Robert DeNiro, tiens, tiens…) dans Taxi Driver, même si le contexte est différent.

 

Et puisqu’on en est aux références, une petite dernière : Raging Bull. Je ne vous dis pas où. Vous chercherez, et bien entendu trouverez !

 

PS : vous avez remarqué que le générique de fin ne comporte aucune musique, seulement des sons naturels. Et parmi eux, un rappel de ce que nous avons vu...

 

  1. Ne nous emballons pas : Eastwood a 93 ans et il n’a pas encore sorti son dernier film (attention, il arrive bientôt !) : 12 ans, l’espoir reste donc permis !
William « King » Hale (1874-1962)

William « King » Hale (1874-1962)

Ernest Burkhart (1892-1986)

Ernest Burkhart (1892-1986)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
New York, New York (Martin Scorsese, 1977)

15 août 1945.
Jimmy Doyle (Robert De Niro) troque sa chemise de militaire pour une hawaïenne, ses rangers pour des chaussures bicolores et il part à la chasse. Son gibier ? Une jeune femme qui voudra bien de lui en cette grande occasion. Il rencontre Francine Evans (Liza Minnelli) qui n’est absolument pas sensible à son baratin.

Mais il y a la musique qui va les rassembler, et ils vont écumer les patelins de l’Amérique avant de se séparer : Francine est enceinte et doit se ménager.

L’orchestre continue mais doit s’arrêter, faute de public, pendant que Francine effectue quelques enregistrements, qui se révèlent de qualité.

Francine et Jimmy s’éloignent l’un de l’autre.

 

Bien sûr, on attend avec impatience la chanson éponyme, et quand elle arrive enfin, c’est presque une délivrance, pour le spectateur et les protagonistes. Il faut dire qu’elle est magnifiquement amenée, et Liza Minnelli la chante avec beaucoup de classe (1).

Mais New York, New York, c’est aussi – et surtout – un hommage aux musicals américains de l’après-guerre, et une parenté avec Singin’ in the Rain (2), autre film hommage au cinéma d’antan (les débuts du parlant). Mais, à la différence du film de Donen & Kelly, la noirceur a tendance à primer, et quand Francine s’ouvre aux couleurs (3), cela conduit à l’une des séquences les plus tragiques du film, avec la séparation inévitable. Pas étonnant alors que Scorsese parle de film musical noir.

 

On notera aussi que la dernière séquence voit Jimmy s’éloigner dans une rue sous la pluie, armé d’un parapluie qu’il ne va pas ouvrir lui non plus, mais il ne peut pas y avoir l’explosion de joie qui voyait Don Lockwood (Gene Kelly, donc) dans une situation (géographique) similaire : nous sommes chez Scorsese et la fin ne peut être une apothéose pour son personnage.

Certes, Jimmy Doyle progresse, grâce à son tube (éponyme, donc), et possède même son propre club où il reçoit quelques pointures de swing, mais au final, il n’a pas beaucoup évolué : ses chaussures sont unicolores, mais il est seul, comme au début. Et difficile de l’imaginer accompagné un jour.

 

Pour la troisième fois, Robert De Niro suit Scorsese dans cette nouvelle histoire un tantinet tragique, interprétant avec beaucoup de brio ce saxophoniste doué et on en arrive presque à croire que c’est lui qui joue vraiment à chaque fois (4) tant la posture est juste.

A ses côtés, il a une véritable chanteuse qui est – encore une fois – incroyable ! Liza Minnelli est elle aussi à la hauteur de l’enjeu, avec en point d’orgue son interprétation de ce qui est devenu depuis un standard. Encore une fois, ce sont des partitions signées par John Kander & Fred Ebb (la fois d’avant, c’était Cabaret). On vibre, et c’est ça le plus important.

Alors tant pis si ce fut un échec commercial, la musique est là, les stars aussi, et on a en prime le plaisir de voir le regretté Clarence Clemons, qui interprète Cecil Powell, un trompettiste ! (5)

 

Un film qu’on aime beaucoup, ou pas du tout.

Pour ma part, j’aime.

 

  1. Je sais que c’est Sinatra qui l’a véritablement popularisée, mais il n’empêche, je préfère Liza.
  2. On retrouve ici You are my lucky Star qui est conclut 
  3. Un cocktail qui devrait les lui faire découvrir.
  4. C’est Georgie Auld en fait qu’on entend, ce dernier interprétant aussi Frankie Harte, celui avec qui Jimmy part en tournée avant de récupérer son orchestre.
  5. Pour les néophytes, Clarence Clemons est surtout connu pour avoir joué du saxophone ténor (comme Doyle) pour le groupe qui accompagne son ami Bruce Springsteen, the E-Street Band.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Martin Scorsese, #Jon Favreau, #Rob Reiner, #Spike Jonze
Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street - Martin Scorsese, 2013)

1987. Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio entre dans une société de courtage de haut niveau. Malheureusement, une crise le renvoie à la rue.

Il se tourne alors vers une société de (beaucoup) moindre importance. Rapidement, il dégage des commissions faramineuses qui l’amènent à créer sa propre boîte de courtage.

Cinq ans plus tard, il se fait 49 millions de dollars par an.

Mais une telle réussite ne suscite pas seulement les jalousies : la brigade financière du FBI et en particulier Patrick Denham (Kyle Chandler) s’intéressent de très près à ses pratiques franchement illégales.

Qu’importe, Jordan avance toujours plus loin, vers encore plus d’argent.

 

Comme nous sommes chez Scorsese, nous savons d’entrée que ce que nous allons voir va mal se terminer. Au mieux, le « héros » se retrouvera à son point de départ, au pire…

Et ça ne manque pas. Nous suivons l’ascension irrésistible de ce jeune homme ambitieux (euphémisme) vers des sommets qui confirment que plus on monte et plus dure est la chute.

Et comme toujours quand il s’agit de Scorsese, c’est dans la manière de traiter cet échec inévitable que se concentre tout son art.

 

Encore une fois, c’est un destin formidable qui nous est proposé, celui – réel – de Jordan Belfort qui vécut tout ça et eut même droit à un séjour à l’ombre tous frais payés par l’Etat.

Et s’il existe une maxime pour résumer ce destin, c’est bien la suivante : « sex & drugs & rock’n’roll. »

Le sexe et la drogue parce que Belfort est accro aux deux à un degré très élevé, et le rock’n’roll pare qu’il était impensable que Scorsese n’utilise pas l’une de ses musiques préférées ! On retrouve d’ailleurs quelques standards dans des reprises qui ont une certaine pertinence. A l’instar de Jordan qui va jouer dans la cour des grands pour les égaler voire les surpasser, ce sont des (bonnes) reprises qui essaient d’apporter autre chose que les versions originales, avec toujours le souci d’en faire quelque chose d’encore mieux (1).

Et le dénominateur commun de ces reprises tient dans l’aspect extrême inhérent au personnage principal qui se retrouve dans une rythmique très souvent endiablée. Il ne manque que What a wonderful World repris par Joe Ramone.

 

On retrouve dans le traitement de cette intrigue la même verve que ses films de gangsters les plus célèbres : Goodfellas et Casino. Parce que Jordan Belfort est, d’une certaine manière, un gangster. Et le FBI ne s’y trompe pas qui va le poursuivre jusqu’à l’erreur qui va tout déclencher. C’est d’ailleurs aussi cette erreur que le spectateur attend pour que commence le fiasco annoncé (2). De toute façon, le caractère du personnage, la démesure de son entreprise ne pouvait qu’amener une fin comme celle-là.

Jordan Belfort est de la même trempe que ses deux prédécesseurs scorsesiens : Henry Hill (Ray Liotta) et Sam »Ace » Rothstein (Robert de Niro). Son mode de vie rappelle beaucoup celui du premier, reprenant les deux premiers principes de la maxime citée plus haut.

 

Et encore une fois, Scorsese dirige avec beaucoup de bonheur Leonardo di Caprio, véritable successeur de Robert de Niro dans l’œuvre du maître. On retrouve le même genre de personnage mais avec un atout supplémentaire que n’avait pas de Niro : Leonardo est un jeune premier. Vieillissant certes, mais il conserve encore en partie son aspect juvénile qui ajoute grandement dans l’aspect séducteur du personnage.

Mais pour le reste, c’est un magnifique perdant qui avance inexorablement vers sa chute, et même ici qui la précipite, au grand dam de ceux qui l’entourent.

 

Alors Scorsese s’en donne à cœur joie, basant son film sur le jeu – formidable – de Leonardo di Caprio comme il le faisait avec de Niro et traite toujours avec la même flamboyance ce destin tragique et inévitable.

 

Ce fut un succès. Normal. C’est, encore une fois, du grand Scorsese.

 

  1. J’en veux pour exemple – rien à voir avec le film – la chanson Hallelujah de Leonard Cohen et la version sublime qu’en tira Jeff Buckley, au point qu’on en a oublié l’originale…
  2. Rappelez-vous la réplique de Nicky Santoro dans Casino : « A la fin on a tout fait foirer ! » (« in the end we fucked it all up »)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Gangsters, #Robert de Niro
Mean Streets (Martin Scorsese, 1973)

Little Italy, New York (New York).

Charlie (Harvey Keitel) est un petit truand qui travaille pour son oncle Giovanni Cappa (Cesare Danova), avec l’espoir de gravir les échelons : il travaille dans la mafia new-yorkaise.

Mais malheureusement pour Charlie, il y a Johnny Boy (Robert de Niro), qui doit de l’argent à tout le monde, surtout à Michael (Richard Romanus), et ce dernier perd patience.

 

Pour son troisième long métrage, Martin Scorsese fait ses premiers pas dans le film de gangsters, avec bien sûr l’incontournable mafia qu’il reprendra une quinzaine d’années plus tard dans Goodfellas.

Mais ici, pas de rituels mafieux ni de parrain. Charlie et ses « amis » sont des truands de petite envergure, l’oncle de Charlie n’étant pas vraiment un grand ponte du système.

Et déjà on retrouve des éléments qu’il développera à nouveau ultérieurement : l’amitié, l’ambition et la religion (catholique, bien sûr).

 

La religion est omniprésente dans le film. En effet, on voit une procession dans Little Italy, avec la statue d’un saint (François d’Assise ?) qui défile, ainsi que les différentes réjouissances qui se déroulent pendant le temps de l’intrigue. En effet, l’intrigue ne se déroule pas sur une période bien longue, ce resserrement temporel permettant de plus se concentrer sur ce qu’il se passe pendant ces quelques jours.

De plus, la religion est aussi un soutien dans la vie de Charlie, donnant un sens à sa vie et surtout lui permettant d’accéder à une rédemption temporaire grâce à la confession.

 

L’amitié, qui est déjà couplée avec un sentiment d’honneur (la parole donnée), est omniprésente. Les différents protagonistes sont amis, ce qui amène toutefois quelques échauffourées, surtout entre Johnny et Michael, pour cette histoire d’argent, bien sûr.

On retrouve tout de même cette amitié virile et presque indéfectible qui marquera les protagonistes de Goodfellas ou encore Casino : l’analogie avec Casino devenant plus que pertinente. En effet, tout comme Sam Rothstein (Robert de Niro) par rapport à Nicky Santoro (Joe Pesci), son amitié avec Johnny Boy est de plus en plus difficile puisque ce dernier s’enfonce de plus en plus vers une issue déjà fatale.

 

Mais c’est avant tout l’ambition de Charlie qui est le moteur de l’intrigue. Charlie veut sortir des petites combines qu’il a montées avec ses amis et veut plaire à Cappa qui peut l’introduire dans un milieu plus important que ces petits larcins.

Mais l’amitié avec Johnny va sérieusement compromettre son avenir, son oncle n’approuvant pas son choix. Alors quand Johnny découvre que Charlie sort avec sa cousine Teresa (Amy Robinson), la situation se complique dangereusement.

 

Et puis il y a la violence.

C’est Johnny qui tire des coups de feu du haut d’un toit pour effrayer le voisinage ; c’est aussi la rixe dans le bar où  Charlie est venu encaisser les frais de « protection ». Et c’est bien sûr les coups de feu tirés sur Johnny par un tueur répondant au nom de Shorty, mais qui est surtout interprété par Martin Scorsese, qui aime à apparaître dans ses films.

 

Et déjà, dans ce premier film de gangsters, tout comme dans ceux qui suivront, Charlie aura beau tout tenter pour se hisser dans la « famille » de son oncle, il n’y arrivera pas. La fin le ramènera à sa situation initiale, voire plus bas : comment expliquer à son oncle la dernière séquence avec ces mêmes coups de feu, surtout après les mises en garde…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Martin Scorsese
The Aviator (Martin Scorsese, 2004)

Un ballet d’avions dans le ciel alors que résonnent les accords de Toccata et fugue en ré mineur de J-S Bach, voilà le summum du bonheur pour cet « aviateur », le tycoon Howard Hughes (Leonardo di Caprio) : homme d’affaire, cinéaste, producteur et bien sûr pilote de renom.

 

Deux heures cinquante pour nous raconter vingt ans de la vie de ce magnat atypique, finalement, ce n’est pas si long que ça. Surtout qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le rythme du film est à l’image de son personnage : sans cesse en mouvement, toujours en quête d’absolu, toujours regardant vers l’avant.

 

Mais si vingt ans passent sous nos yeux, ce n’est pas de manière linéaire. On suit la genèse de Hell’s Angels jusqu’à sa sortie (1927-1930), puis on fait un bond en avant sur le tournage de Sylvia Scarlett (1935) où Howard rencontre l’une des femmes de sa vie* : Katharine Hepburn (Cate Blanchett).

Puis nous faisons un nouveau bond et nous nous retrouvons pendant la deuxième guerre mondiale, et un dernier saut qui nous emmène en 1947 avec la tentative de décollage d’un titan des airs, le Hercules, véritable aboutissement de Hughes dans l’aviation.

A chaque fois, si in sous-titre ne nous prévient pas, ce sont les dialogues qui nous indiquent le temps passé, rappelant des succès précédents au cinéma (Hell’s Angels, Scarface) ou encore la situation internationale.

 

Mais à chaque période, la reconstitution est absolument merveilleuse, jusque dans le choix des personnages réels utilisés. En effet, il était toujours possible de trouver un sosie mais que ce sosie sache tourner pour le cinéma, c’est souvent une autre affaire. Ici, Scorsese assume totalement la vague ressemblance entre les personnages réels et leurs interprètes. C’est avant tout leur action dans la vie de Hughes qui est le plous important.

Si Jean Harlow n’est reconnaissable qu’à sa coiffure de blonde platinée, ses postures ne font aucun doute : c’est bien elle qu’on retrouve aux bras de Hughes pour la première de Hell’s Angels.

Et c’est pareil pour Ava Gardner. Avant tout il faut savoir une chose : il n’y a eu il n’ya aura qu’une Av a Gardner ! Mais le charme et la classe de Kate Beckinsale nous font (presque) oublier ce postulat. Mais il en va tout autrement pour Katharine Hepburn. Cate Blanchett est la grande Katharine. En quelques répliques elle nous fait oublier qui elle est vraiment et fait revivre la rande actrice. Elle a la diction élaborée et particulière de son modèle et le port altier qu’on lui retrouve dans ses plus grands films. On retrouive ce mélange de distinction et de folie qu’avait Katharine. C’est un véritable enchantement. Et cet épisode toruve son point culminant quia nd Howard est invité dans sa famille : on se croirait chez les Sycamore de You can’t take it with you !

 

Et puis il y a Howard Hughes. Martin Scorsese ne pouvait que s’approprier un tel personnage. Car le Hughes du film n’est pas très différent des personnages scorsesiens habituels. EN effet, on assiste à une ascension irrésistible à laquelle succède une décadence atout aussi irrésistible, et une fois le film terminé, ce personnage n’est pas plus avancé qu’au début, même s’il entrevoit une possible amélioration.

Il faut dire que le personnage réel est absolument incroyable. On en arriverait presque à douter qu’un tel homme ait existé tant ce qu’on nous montre paraît invraisemblable. Hughes est un grand malade rongé et ravagé par un TOC (trouble obsessionnel du comportement), qui semblerait remonter à son enfance où sa mère (Amy Sloan) voulait le protéger contre les agressions physiques microbiennes. La séquence d’ouverture est d’ailleurs extrêmement pertinente et amène les comportements de Hughes par la suite. On y découvre un savon neuf, sec que cette femme utilise pour laver son fils (Jacob Davich), et l’image du savon dans sa boîte en fer reviendra à plusieurs reprises.


Ensuite, il y a le jeu de Leonardo di Caprio. C’est sa deuxième collaboration avec Martin Scorsese et il nous donne à voir toute l’étendue de son talent. Il y a chez di Caprio le même sens du jeu que pouvait avoir Robert de Niro dans des rôles similaires quelques années auparavant. On retrouve cet engagement intense dans un personnage qui en devient hors du commun, s’élevant pour mieux retomber. Là encore, il ne fait pas que jouer, il est Howard Hughes. Il y a un accent mis sur son TOC qui amène un dérèglement de la personnalité incroyable. Di Caprio est époustouflant de justesse à chaque fois qu’il « part en vrille », répétant inlassablement une même phrase jusqu’à ce qu’on l’évacue pour l’aider à retrouver ses esprits. De plus, l’utilisation d’une lumière blanche saturant progressivement l’écran de sa blancheur aveuglante rajoute dans la tension qu’éprouve Hughes.

Ce sont des flashes qui crépitent alors qu’il marche sur les ampoules usagées de ces mêmes flashes, ou encore des éclairages qui accompagnent des prises de vue qui ajoutent à cette confusion mentale un effet irréel.

Et surtout, cette saturation est accentuée par la teinte de la pellicule.

En effet, l’image qui nous est proposée rappelle le Technicolor avec ses couleurs criardes et surtout le rouge qui ressort fortement : le drapeau du green, la robe d’Ava…

On retrouve dans ces images la teinte des films de cette période, avec en plus l’ajout d’images d’actualités qui se fondent naturellement dans le film.

 

Magnifique.

 

 

* Bien entendu, il y en aura d’autres, Ava Gardner (Kate Beckinsale), pour ne citer qu’elle.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese, #Paul Schrader
A Tombeau ouvert (Bringing out the Dead - Martin Scorsese, 1999)

« Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; ses vêtements devinrent resplendissants, et d'une telle blancheur qu'il n'est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi. » (Marc, 9 :2-3)

 

Trois nuits.

Trois nuits de la vie de Frank Pierce (Nicolas Cage), ambulancier, à New York, au début des années 1990.
Trois nuit dans celle de New York : les petits, les sans-grade, les bas-fonds. Et la violence.

 

Martin Scorsese revient à New York qu’il avait quittée après Les Affranchis. Et encore une fois, la Ville est un lieu de violences et de désespoir.

Violence des truands, trafiquants de drogues, mais aussi violence de ceux qui essaient parfois de les sauver.
Chaque nuit est une descente aux enfers pour Frank, torturé par les esprits de ceux qu’il n’a pas pu sauver.


Et Frank essaie de se sortir de cet enfer. Chaque jour il espère qu’il sera viré. Mais chaque jour il doit reprendre le chemin des morts.

Parce qu’ils meurent tous. Sauf un : Burke (Cullen O. Johnson). Pourtant il devrait. Mais non. Il ne peut pas mourir. Le veut-il ? C’est là tout le débat dans la tête de Frank : et si Burke voulait mourir ?

Et Frank a beau s’enfoncer dans la nuit de New York, à chaque fois il revient vers Burke. Pour Burke, mais aussi pour sa fille, Mary (Patricia Arquette).

 

Frank est un Christ moderne. Il prend sur lui non pas les péchés du monde, mais la souffrance des gens. Chaque mort est une avancée de plus dans la nuit, dans sa nuit. Sa seule échappatoire : dormir. Dormir, parce que dormir, c’est mourir un peu. Mais la réalité le réveille, même dans ses rêves. Alors il boit. Il essaie trouver dans l’alcool le soulagement qu’il n’obtient pas dans le sommeil.

Et cette dimension religieuse de Frank est renforcée par l’utilisation de blancs saturés, transfiguration furtive de ce Christ, descendu dans les bas-fonds pour essayer de sauver une nouvelle vie.  Frank est le Sauveur. Mais il ne sauve personne. Ou il sauve ceux qui ne le veulent pas : Noel (Marc Anthony). Noel qui passe son temps en transit dans la salle d’urgence mais en sort toujours avant d’être soigné, jusqu’à la dernière hospitalisation.

Et puis il y a Rose (Cynthia Roman). Celle qu’il n’a pas pu sauver et qui le poursuit, qui le hante. Mais c’est normal, lui disent ses collègues Larry (John Goodman) et Marcus (Ving Rhames). Tout le monde passe par là. Il faut juste passer au-dessus.

Et c’est pour ça que Frank ne va pas bien : il revient sans cesse à ses échecs, incapable de retrouver la sensation magique d’avoir sauvé quelqu’un : quand ils donnent naissance à deux bébés, Marcus se réjouit de l’arrivée du petit garçon, alors que Frank ne retient que celui qui meurt.

 

Il y a un lien de parenté entre Frank et Travis (Taxi Driver). Tous les deux sont des oiseaux de nuit, témoins de cette nuit new-yorkaise. Mais si Travis utilise la violence pour chasser la nuit et ses démons, Frank, lui, subit cette violence et doit à un moment la vivre.

Et le paradoxe est là : la violence dont Frank et ses collègues essaient d’annuler l’effet se traduit chez eux par la conduite. Rarement on n’a conduit avec autant de violence. Le rythme des images s’accélère, la musique se fait plus forte et plus rythmée (l’incontournable rock’n’roll des films de Scorsese), et le trajet vers une victime à sauver devient une virée agressive, toujours dans cette nuit noire. Les vitesses craquent, le moteur hurle, le cadrage se déforme.

Stade ultime de cette violence routière : l’accident qui laisse un premier véhicule couché sur le flanc, puis Tom frappant le sien avec une matraque.

 

 

Et il en va ainsi jusqu’à la rédemption (je ne vous l’explique pas), toujours cette même rédemption si chère au cinéma américain. Et cette rédemption amène la transfiguration finale. Celle qui libère Frank et l’amène vers une autre vie.

Mais nous sommes chez Scorsese. Frank aura beau retrouver ce petit moment de félicité éprouvée après avoir sauvé quelqu’un, comme il l’explique au début du film, il n’en retournera pas moins dans son quotidien nocturne où se côtoient clochards et junkies, flot de malades et de familles régulé par Griss (Afemo Omilami), derrière ses inamovibles lunettes de soleil.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Martin Scorsese, #Georges Méliès
Hugo Cabret (Martin Scorsese, 2011)

Quand deux génies se rencontrent...

 

Paris, 1930s.

Hugo (Asa Butterfield), fils de son père (Jude Law), a repris, malgré lui, la suite de son oncle, alcoolique notoire qui n'a pas supporté un séjour prolongé dans la Seine (qui le ferait ?).
Mais surtout, Hugo est le fils d'un horloger qui a su préserver un automate formidable : un tour de clé, et il dessine l'une des images les plus célèbres du cinéma...

C'est normal, cet automate a été créé par le grand Georges. Méliès.

 

Martin Scorsese est  - en plus d'un cinéaste génial - le président de la Film Foundation, un organisme de préservation du cinéma : une espèce de Cinémathèque américaine.

Pas étonnant alors qu'un tel film ait lieu. Du roman de Brian Selznick, Scorsese fait un véritable hommage (c'était déjà le cas) à cet immense maître qu'était Georges Méliès (ici Ben Kingsley, toujours magnifique !).
Et la magie de Méliès transpire dans ce film : non seulement Scorsese réutilise les images des films de son maître, mais en plus il va jusqu'à les recréer ! C'est un festival pour les cinéphiles et une découverte pour les autres. Ben Kingsley est un Méliès plus vrai que nature. Non seulement il accepte la paternité - lourde - des films, mais en plus, il revit les grandes expériences de sa vie.

Et c'est là qu'est la magie. Scorsese nous fait revivre cette époque de création cinématographique où tout était - encore - à inventer. Et Méliès fut le grand magicien du cinéma.

En effet, à partir de 1914, année de la « retraite » de Méliès, que restait-il à inventer ? le parlant,  ? La belle affaire. Tout était prêt. Mis à part peut-être une technique qui fera la gloire (méritée) de King Kong. Mais bon, revenons à nos moutons...

 

Et Scorsese ne résiste pas à cette occasion de célébrer l'un de ses maitres : il se permet (comme souvent) une apparition (le photographe), dans le film, histoire d'être sûr de participer à ce grand moment ! On s'accroche à ce qu'on peut. Et qui pourrait lui en vouloir ?

Pour le reste, c'est un film à portée d'enfant(s) : un roman pour enfant d'abord, et ensuite raconté en suivant Asa Butterfield - alors âgé de 13 ans - un Hugo Cabret plus que convaincant : il faut le voir plaider sa cause auprès de Gustave (Sacha Baron Cohen), le policier de la gare (de Lyon), pour se laisser convaincre.

Mais Hugo Cabret, c'est avant tout un film pour remettre au goût du jour Méliès : ce grand cinéaste disparu et pionnier des effets spéciaux, à une époque où le cinéma s'écrivait, Méliès avait compris les possibilités de ce nouvel art.

 

Mais on a beau tourner cette histoire dans tous les sens, c'est avant tout une histoire pour enfants. Inspirée d'un roman éponyme (j'ai réussi à le placer), c'est un témoignage de ce que fut le cinéma/ Avait. Avant ce que nous connaissons, nous spectateurs du XXIème siècle, mais surtout - et avant tout ! - les spectateurs des années 1920s-1930s. Oui, l'action est supposée se tenir en 12931. Mais qu'importe ? Hugo et son amie Isabelle (Chloë Grace Moretz) sont des enfants ,de cette période et en profite : ils vont au cinéma (les chanceux !) et se gorgent d'images formidable : Le Voleur de Bagdad, Le Mécano de la General, le Kid, Monte là-dessus... sont parmi les films qu'ils peuvent regarder. Alors qu'ils en profitent. Et si la vie les ramène à des choses plus terre à terre, qu'importe : ils ont été heureux à se gorger de chefs-d'œuvre muets, qui peut leur en vouloir ?

 

Pour le reste : savourez...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese
Silence (Martin Scorsese, 2016)

Les bruits de la nature.

Et puis d'un coup, le silence.

Silence dans la salle, « SILENCE » sur l'écran.

 

Deux jeunes pères jésuites, Rodrigues (Andrew Garfield) et Galupe (Adam Driver) veulent retrouver celui qui fut leur guide spirituel, le père Ferreira (Liam Neeson), qu'on dit avoir abjuré sa foi. Leur enthousiasme juvénile refuse cette nouvelle et ils décident d'aller au Japon se rendre compte par eux-mêmes.

Mais au Japon, en 1640,  la religion chrétienne est interdite et les prêtres et les fidèles suppliciés, à moins qu'ils abjurent...

 

Scorsese est un réalisateur catholique. Et son œuvre porte les stigmates de ses réflexions théologiques : de la culpabilité, de la souffrance, du sacrifice...

Presque trente ans après La dernière Tentation du Christ, il nous propose un nouveau film théologique, inspiré du roman éponyme, de Shūsaku Endō, écrivain japonais catholique lui aussi. Mais si la dernière Tentation fit polémique, il n'en est rien de ce film..

Mais derrière cette histoire du dix-septième siècle, c'est bien de foi qu'il s'agit. Peut-on tout accepter au nom de sa foi ? Le doit-on ? Et si oui, jusqu'où doit-on aller ? Y a-t-il une limite ?

Ce sont ces questions qui reviennent sans cesse à l'esprit de Rodrigues, véritable personnage principal du film.

Et le film nous montre la lente évolution de l'esprit de ce jésuite, au commencement pétri de bonnes intentions et prêt à tout pour transmettre sa foi.

 

Mais quand ses fidèles meurent à cause de cette même foi, ces certitudes s'effritent, avec sa foi.

Mais comme l'annonce le titre, l'élément le plus important, c'est le silence. Ce silence synonyme de solitude qu'éprouvent Rodrigues et Galupe. Ce silence oppressant, parfois rompu par les gémissements des suppliciés.

Mais ce silence, c'est surtout le résultat de l'abandon de ce prêtre. Et c'est ce même silence qui allonge le temps et lui permet de questionner sa foi, et se rendre compte de plus en plus de sa solitude.

Rodrigues - comme Galupe - a été abandonné par son Dieu dans un pays qui n'est pas prêt, de par sa culture, à accueillir cette nouvelle religion. Et le grand Inquisiteur Inoue (Issei Ogata) exprime très bien la différence entre cette religion importée et déracinée et le bouddhisme traditionnel et multiséculaire.

 

Parce que c'est un film où on parle beaucoup, mais sans pour autant posséder le bavardage d'un Tarantino. On parle beaucoup, mais le titre est amplement justifié : peu de musique, beaucoup de monologues intérieurs. Et un grand absent : Dieu. Rodrigues, avec le temps, a beau ressembler de plus en plus à Jésus, il n'en est que plus seul. Et c'est cette identification - plus ou moins consciente - qui est la clé de son salut (le terme n'est peut-être pas bien choisi...).

Alors le temps passe, magnifié par les superbes prises de vue de Rodrigo Prieto, rappelant régulièrement, par un détachement aérien, la futilité de l'homme et sa petite place dans le monde.

 

Ce silence, cet abandon, sont les atouts de l'inquisiteur : il a la patience de celui qui est déjà passé par là, pour qui l'issue ne fait aucun doute.

Seul Rodrigues ne le sait pas.

 

Et puis le Silence est rompu. Et Rodrigues franchit le pas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Martin Scorsese
Shutter Island (Martin Scorsese, 2010)

1954.

Edward « Ted » Daniels (Leonardo diCaprio) arrive sur Shutter Island (au large de Boston) avec son partenaire Chuck Aule (Mark Ruffalo).

Sur Shutter Island, on garde les criminels très dangereux pour les soigner.

Mais une pensionnaire s'est échappée. Daniels et Aule sont là pour la retrouver.

Mais que se cache-t-il derrière cet établissement aussi particulier ? Traite-t-on réellement les patients pour leurs symptômes, ou essaie-t-on d'autres expériences, comme ont pu le faire - par exemple - les nazis dans les camps de concentration ?

 

Cette histoire se situe à la fin de la Peur Rouge : quand les Américains avaient peur d'une invasion communiste et qu'ils recherchaient au sein de leurs administrations et autres organismes d'éventuels espions, le tout chapeauté par l'ineffable MacCarthy...

Mais si cette pseudo-menace est évoquée, c'est avant tout une autre expérience traumatisante qui est présente dans l'esprit de Daniels : la libération du camp de concentration de Dachau, en avril 1945.

C'est cette expérience traumatisante qui donne la tonalité du film. Daniels rêve du camp, éveillé ou non. Il ne peut chasser de son esprit les cadavres dans la neige. Le film, prenant surtout le point de vue de Daniels, montre le complexe de santé comme un nouveau camp de concentration : l'arrivée dans une allée bordée de lampadaires noirs, l'entrée par une grille à double battant derrière laquelle se tient le bâtiment principal... Tout est là pour rappeler l'expérience traumatisante de Daniels. Cela va aussi nous donner une orientation pour l'histoire terrible que nous allons voir.

 

Cette évasion devient un prétexte pour Daniels : retrouver le dingue qui a tué sa femme en incendiant leur maison.

Mais les portes se ferment et les esprits aussi. Il n'y a pas de véritable collaboration. Finalement, les deux hommes doivent lutter seuls pour découvrir une vérité qu'on leur cache.

Martin Scorsese nous livre un nouveau thriller assez déroutant. Mais c'est surtout parce qu'il se passe dans un institut psychiatrique pour criminels endurcis. Et plus Daniels avance dans son enquête (et nous avec), plus la situation s'embrouille. Mais il faut dire qu'il y a de quoi devenir fou. Et les deux pontes qui semblent diriger l'établissement - Ben Kingsley et Max von Sydow - sont inquiétants à souhait. Surtout von Sydow.

Et petit à petit, Scorsese place les indices nécessaires à la révélation finale (parce qu'il y en a une). Ce sont des détails, des histoires, des personnes : des clés permettant de trouver la solution de cette énigme.

 

Et cette révélation finale (qui ne devrait donc pas en être une) tombe sur Daniels comme la foudre pendant la tempête qui secoue l'île. Et sur nous aussi. Pourtant, si on est bien attentif...

La scène-clé est celle où Daniels rencontre George Noyce (Jackie Earle Haley), dans le pavillon des patients (encore) plus dangereux. Et comme Noyce n'est pas là par hasard, il est difficile de suivre le fil de cette histoire tellement décousue. Mais qui pourtant se tient admirablement.

Il faut aussi dire que la distribution est à la hauteur de l'intrigue : Leonardo diCaprio est extrêmement convaincant de ce rôle de policier déphasé. Après vingt ans avec Robert de Niro, Scorsese a trouvé son remplaçant : de Gangs of New York au Loup de Wall Street, Leonardo nous offre des personnages que de Niro ne pouvait plus jouer, l'âge étant un facteur irrémédiable...

 

Mais là encore, n'attendez pas de happy ending, c'est Scorsese. Au mieux, il retournera à son point de départ, au pire...

Mais là encore, cette « fin » peu glorieuse est totalement assumée par Daniels. Comme elle l'avait été par Henry Hill (les Affranchis) ou encore Sam Rothstein (Casino).

Un film à revoir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Martin Scorsese
Les Infiltrés (The Departed - Martin Scorsese, 2006)

Un rat, sur la rambarde d'un balcon quitte l'écran par la gauche, nous laissant admirer le dôme du Massachussetts State House de Boston, siège du gouvernement de l'Etat.

Voici la véritable fin de ce film.

En anglo-américain, un « rat », c'est une balance, un donneur, un mouchard*.

A la fin, le « rat » quitte l'écran : force reste à la Loi.

 

C'est un remake. D'accord. Mais c'est Scorsese. Il y a donc toujours cette fascination pour la violence - jamais gratuite - qui aide à s'élever, mais qui finalement fait retomber ses personnages, au moins là d'où ils sont partis, sinon plus bas.

Ses personnages, ce sont Colin Sullivan (Matt Damon) et William « Billy » Costigan (Leonardo diCaprio). Ce sont deux jeunes recrues de la police. Mais si l'un est un policier exemplaire, l'autre est rapidement déchu et renvoyé dans les bas-fonds d'où il vient, et se retrouve truand « malgré lui ».

Mais tous les deux ont un point commun : ce sont les infiltrés du titre. L'un chez les truands, l'autre chez les policiers.

 

On va suivre - avec beaucoup d'intérêt - leurs parcours croisés d'indicateurs, chacun dans son domaine. Et pourtant, on sait que le résultat ne sera pas au niveau de leurs espérances : on est chez Scorsese !

Ces deux « rats » sont les deux parties du tàijí tú, ce symbole représentant le yin et le yang : l'un du côté blanc (les « gentils » policiers), mais avec une part de noir en lui ; l'autre du côté noir (les « méchants » truands), mais avec une part de blanc.

Ces deux éléments d'une même personnalité devaient se rencontrer. Ils se rencontreront lors d'une scène magnifique : ils ne se voient pas et ne se parlent pas. Sullivan appelle Costigan. Costigan, après hésitation, décroche. Le contact est fait. Mais personne ne parle. On passe d'un visage à l'autre, dans un silence absolu. Même pas une respiration. Puis Costigan raccroche. Formidable. Il n'y a qu'au cinéma qu'on peut avoir un tel duel !

 

 En plus de ces deux formidables acteurs, Scorsese a choisi, pour incarner le super -méchant (le truand en chef), Jack Nicholson. Et là, c'est un sacré coup de génie : Nicholson, que l'on connaît prompt à jouer de son visage, est d'une sobriété absolue. A peine un sourire. On est loin des têtes de dingues qu'il a pu incarner pendant sa carrière. Et cette sobriété faciale tranche avec la noirceur de sa personnalité. C'est vraiment un grand acteur.

Alors évidemment, les trois autres têtes d'affiche - Charlie Sheen, Alec Baldwin et Mark Wahlberg - font pâle figure face à un tel monstre.

 

Et puis, il y a la musique, toujours importante chez Scorsese. Et les inévitables Rolling Stones chantant Gimme Shelter, comme dans Les Affranchis ou Casino : la musique des truands ! Quant aux autres titres, ils sont un écho de l'instant de l'intrigue : Comfortably Numb (Pink Floyd) quand Costigan trouve du réconfort dans les bras de sa psy (Vera Farmiga) ; Baby Blue (Bad Finger) quand une naissance se profile...

Mais surtout, c'est la musique entrée qui donne le ton : un mélange de cornemuses et de guitare électrique tendance hard rock : les cornemuses irlandaises de la police (c'est bien connu, tous les policiers américains sont irlandais !), mélangées aux sons lourds de guitare des mauvais garçons.

Et puis il y a surtout Leonardo DiCaprio. Après Gangs of New York et Aviator, il retrouve Scorsese pour un rôle qui aurait convenu à Robert de Niro s'il avait eu le même âge. C'est véritablement son successeur. Il joue les rôles que l'autre ne peut plus jouer, l'âge l'ayant rattrapé. Et comme lui, il est d'origine italienne ! Cette parenté cinématographique est indiscutable. Certes, il n'a pas le sourire unique du grand Robert, mais il a un autre charme, et autant de talent.

 

Encore une fois, Scorsese filme le Milieu avec brio et - comme d'habitude - sans concession. La moindre erreur de ces hommes est fatale, et les cadavres qui se succèdent sont là pour le rappeler.

 

* Et quel film passe à la télévision ? Le Mouchard, de John Ford (1935)...

 

 

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