Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

biopic

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Mehdi Idir, #Grand Corps Malade
Monsieur Aznavour (Grand Corps Malade & Mehdi Idir, 2024)

C’est vrai qu’il y a peu de rimes intéressantes avec « Aznavourian ». Tandis qu’avec « Aznavour »…

Comme quoi, il suffit parfois de pas grand-chose.

Et pas grand-chose, à ses débuts, c’est ce qu’on pense de Charles A. (Tahar Rahim) : un mètre soixante-quatre, voix voilée, voire éraillée…

Mais « quand on voit d’où on vient et où on est arrivé »…

De ses tous débuts sur une scène, enfant, où il prend l’accent africain (1) à la gloire américaine – le même cachet que Sinatra (Rupert Wynne-James) – ce sont environ cinquante années de sa vie qui nous sont présentées, sans fard ni strass ni paillettes. Une vie (pas toujours) simple d’un homme hors du commun : il avait tout pour ne pas réussir.

 

Après deux films réalistes, Mehdi Idir et Grand Corps Malade s’attaquent à un autre genre, le biopic. Sortant du quotidien de la jeunesse plus ou moins actuelle, c’est celle d’un immense artiste qu’ils exposent, ou plutôt son ascension irrésistible et phénoménale jusqu’au « haut de l’affiche » !

Parce que cette vie singulière est véritablement phénoménale : né dans l’entre-deux guerre, il fréquente les grands noms de la chanson française et en particulier Edith Piaf (Marie-Julie Baup) et bien sûr, l’incontournable Charles Trenet (Dimitri Michelsen), ainsi que d’autres personnages plus sérieux, dont Missak Manouchian, autre Arménien notoire, ami de la famille Aznavourian.

 

Bien entendu, il y a de l’admiration pour le chanteur de la part de GCM et Idir, et le premier sait ce qu’il lui doit, mais l’admiration ne suffit pas : comme je le dis et répète, de bonnes intentions ne font pas obligatoirement un bon film.

Mais, heureusement pour nous, les deux complices ont réussi à éviter cet écueil. En effet, forts de leurs deux premiers films, ils réalisent à nouveau l’exploit de nous raconter l’histoire de quelqu’un pour qui la vie n’est pas facile et qui doit se surpasser pour vivre, voire survivre : c’était le cas de Benjamin (Patients) qui devait se battre contre le handicap pour essayer de retrouver une vie (presque) normale ; tout comme Samia (La Vie scolaire) qui devait survivre dans un milieu hostile, un collège de REP et les personnes qui gravitent autour.

 

Avec Aznavour (la personne comme le film), c’est (encore ?) la même chose : la lutte d’un fils d’immigré arménien avec une voix « particulière » comme on dit de nos jours. Bien entendu, à cette particularité vocale se sont ajoutées les méchancetés habituelles aux forts relents nauséabonds : « métèque », « nabot », et même « sale Juif ». Bref, de ce côté-là, les mentalités n’ont pas évolué. Par contre, Aznavour, si ! Et on le voit bien quand La Bohème nous est présentée, montée comme le Tralala de Suzy Delair (Quai des Orfèvres) : des accords de la chanson naissante, un matin, à ses différentes interprétations en langues étrangères pour se conclure au Carnegie Hall !

Aznavour avait compris que l’adaptation étrangère était indispensable à l’évolution de sa carrière, voire à la notoriété internationale de ses œuvres. Et à part La Vie en rose (eh oui, encore Edith…) et Comme d’habitude, il y a peu de chansons qui ont été adaptées dans ce sens (2)… De même, sa rencontre avec Johnny (Victor Meutelet) n’a rien d’imaginaire puisqu’il a écrit pour lui Retiens la Nuit, présentée ici en duo.

 

Bref, c’est un très bel hommage rendu au « petit Arménien », dont les chansons ont aussi marqué les Français : Comme ils disent, remise dans son contexte, est un beau moment d’émotion.

Mais ce qui frappe le plus et donne un aspect authentique au film, c’est le travail effectué par Tahar Rahim qui ne se contente pas seulement d’interpréter le petit (!) Charles (3) : il est Aznavour, du début à la fin, avec ses gestes et attitudes, sans jamais tomber dans la caricature, avec ses doutes et ses erreurs, ses joies et ses peines : un homme, avant tout.

A ses côtés, difficile de rivaliser, et pourtant les différents interprètes tiennent leur rang, palliant l’inévitable manque de ressemblance totale (4) par un jeu et un travail vocal époustouflant.

 

Alors, pour Monsieur Aznavour, Merci Monsieur Idir et Monsieur Marsaud !

 

  1. O tempora, o mores !
  2. Avant de recevoir une flopée de remarques plus ou moins désobligeantes, je précise qu’il y a en a d’autres (Jacques Brel : Le Port d’Amsterdam, Le Moribond… pour ne citer que lui)
  3. Le grand portait un képi avec des étoiles !
  4. Seul Aznavour était Aznavour !

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Guerre
Lee Miller (Lee - Ellen Kuras, 2023)

Saint-Malo, été 1944.

Une femme en tenue militaire essaie d’éviter les bombes qui pleuvent dans la rue. Cette femme, c’est Elizabeth Miller, plus connue sous le nom de Lee (Kate Winslet). Après avoir été mannequin, modèle et même muse de Man Ray (Seán Dugan), elle est passée derrière l’objectif, réalisant d’incroyables photographies. Mais surtout, elle fut la première femme correspondante de guerre (pour Vogue), couvrant le déploiement des Alliés après le débarquement jusqu’à la fin du conflit, avec – en prime, hélas – la visite des camps de concentration de Buchenwald et Dachau, dont elle tira les premières photos publiées par ce même magazine (aux Etats-Unis).

Chiddingly (Sussex), été 1977.

Un jeune homme (Josh O’Connor) interviouve la photographe, peu de temps avant sa mort (qui survient le 21 juillet). Elle se souvient, alors…

 

Si les premiers souvenirs – outre Saint-Malo, furtivement (voir ci-dessus) – sont teintés de nonchalance – des airs de vacances sur la riviera – la réalité crue va bientôt prendre le dessus, donnant à la guerre un point de vue différent : féminin. Comme le montrent les séquences anglaises, il n’est pas bon d’être une femme pour nos amis british : des boulots subalternes malgré l’énergie et l’engouement déployés par ces femmes. Mais heureusement pour elle, Lee est américaine et il lui est plus facile d’obtenir quelques accréditations pour débarquer en Normandie.

 

Ellen Kuras, d’après le livre du propre fils de Lee va développer cette période relativement courte sur une vie, mais qui justifie pleinement son titre : The Lives of Lee Miller (1). On pourrait presque parler de road-movie dans ce cas-là tant elle a parcouru de distances et a changé pendant un petit peu plus d’un an : la Lee qui sort de la guerre n’est plus la jeune femme qui se prélasse avec ses amies, aussi prestigieuses soient elles, entourées d’artistes incroyables (Picasso, Eluard, Man Ray…).

Et Kate Winslet est encore une fois phénoménale, interprétant avec justesse cette femme hors du commun, « libérée » comme on ne disait pas encore à l’époque. Bien sûr, cette Lee Miller que nous voyons ressemble beaucoup aux femmes d’aujourd’hui, mais par petites touches, Ellen Kuras nous la remet dans le milieu attendu pour les femmes d’alors : la cuisine. Mais, heureusement, cela ne dure pas.

Lee est sur le front, capturant des moments de vie et de mort.

 

Bien sûr, le film de Kuras n’est pas parfait et on peut lui reprocher un démarrage un brin laborieux. Mais très rapidement, alors que la guerre commence et surtout arrive dans sa dernière phase (été 44), le film prend son rythme de croisière et nous décrit avec beaucoup de justesse cette période, sans pour autant entrer dans un voyeurisme qui aurait été facile. C’est là la grande différence avec le véritable journalisme pratiqué par cette femme hors du commun. Nous restons toujours sur le point de vue de Lee qui, femme avant tout, ne voit pas les choses comme ses confrères et les différents soldats qu’elle va rencontrer : normal, ce  ne sont que des hommes (2).

Par contre, d’un point de vue esthétique, c’est admirable. Il faut dire que même si c’est le premier film de cinéma réalisé par Kuras, elle a tout de même une trentaine d’années passées derrière la caméra.

 

Bref, un film fort, porté de bout en bout par l’incroyable Kate Winslet qui s’est battue contre un milieu plutôt viril pour imposer ce film de femmes : par des femmes, sur une femme, pour tous !

 

  1. Les Vies de Lee Miller (1988)
  2. Double sens possible…
Elizabeth « Lee » Miller (1907-1977)

Elizabeth « Lee » Miller (1907-1977)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Joseph Pevney, #Lon Chaney
L'Homme aux mille visages (Man of a thousand Faces - Joseph Pevney, 1957)

« Ne marchez pas sur cette araignée, c’est peut-être Lon Chaney ! »

Cette plaisanterie, qui circulait dans et hors les studios d’Hollywood, est à elle seule un véritable hommage à celui dont on a dit qu’il possédait mille visages : Leonidas Frank  Chaney (1883-1930). Parce qu’au-delà de la moquerie qui amène le sourire, il y a la reconnaissance unanime de son don de transformation qui fit sa renommée de son vivant et depuis, avec un sursaut en 1957, l’année où est donc sorti ce film.

 

Tout commence à Colorado Springs, comté d’El Paso (Co.), où le jeune Chaney (Jerry Hatleben) rentre de l’école après s’être battu : il est dénigré parce que ses parents sont sourds-muets. Mais ce double handicap, s’ils ne lui gagne pas la sympathie de ses camarades effrayés par la « différence », va lui permettre de gagner sa vie : nous le retrouvons au music-hall, où il se produit dans un numéro de pantomime à succès. Il a épousé Cleva Creighton (Dorothy Malone, belle et toujours terrible), et ensemble, ils attendent un heureux événement. Mais cet événement est troublé par une rencontre : celle des parents de Lon. L’enfant sera-t-il normal ?

Oui. Mais le couple se défait et divorce. Chaney s’exile à Los Angeles et intègre le studio Universal, afin de se faire une situation et avoir la garde de son fils qui a été placé.

C’est alors qu’il commence à se maquiller, afin de pouvoir plus facilement décrocher des rôles.

J’oubliais : c’est James Cagney qui l’interprète.

 

Si de nombreux éléments de cette biographie cinématographique sont avérés – le handicap de ses parents, son mariage avec Cleva – n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un film, et que le scénario prend beaucoup de libertés avec la réalité de ce que fut la vie de cet extraordinaire acteur, on ne peut pas en vouloir à Joseph Pevney, ni même aux scénariste : au cinéma, tout est possible !

Et de toute façon, il s’agit avant tout de rendre hommage au père du maquillage cinématographique, alors la vérité historique pèse beaucoup moins que le travail qu’il a pu effectuer afin de se hisser tout en haut de l’affiche.

Et pour ce faire, Pevney n’hésite pas à recréer certaines séquences qui ont fait le mythe Chaney : le pilori dans Notre-Dame de Paris (1923) ou la révélation du Fantôme de l’Opéra (1925) en ce qui concerne le maquillage ; l’arrivée de Frog dans Le Miracle (1919), film qui va vraiment le lancer dans ses rôles de personnages « différents » (handicapés, quoi).

 

Et James Cagney, bien que ne ressemblant pas du tout à son modèle, nous livre ici une magnifique performance, en tant que Chaney ou ses (rares) personnages. Bien sûr, il ne pourra jamais avoir le visage méchant de Lon (1), mais on y retrouve la même détermination à exprimer le mal, dans les moments durs de sa vie (de cinéma)

Et ça fonctionne de bout en bout, pour notre plus grand plaisir. Et tant pis pour la vérité. Revivre cet âge d’or du cinéma est plus précieux, surtout qu’on peut y retrouver – fugacement –quelques têtes connues, à défaut des vrais interprètes, pour beaucoup déjà disparus : Snub Pollard, Hank Mann, John George…

 

Bien sûr, Cagney ne porte pas les mêmes maquillages que Chaney, et c’est surtout visible pour le Fantôme : tant mieux parce que c’était une véritable torture puisqu’il n’était pas question d’un masque comme c’est le cas ici. Alors oui, l’effet n’est peut-être pas aussi saisissant, mais pris dans son contexte, cela reste tout de même une très belle re-création.

Par contre, on a du mal à croire à une séquence : alors qu’on a vu que Chaney avait enchaîné quelques rôles emblématiques de sa carrière dont Tito dans Ris donc, Paillasse !, sorti en avril 1928 Irving Thalberg (Robert Evans) vient le voir et lui annonce qu’il vient de voir Le Chanteur de Jazz, et qu’ils vont tourner une version parlante du Club des trois.

On ne peut qu’avoir du mal imaginer que Thalberg ait attendu si longtemps pour voir le film de Crosland sorti en octobre 1927 !

Et comme en plus, on enchaîne sur le tournage de ce remake – dernier film de Lon – le décalage  temporel n’en paraît que plus incroyable, ou tout du moins fort peu crédible

 

Quoi qu’il en soit, on ne peut que se réjouir de cet hommage brillant à cet immense acteur. En espérant que d’autres le (re)verront et auront envie d’aller voir tous ces films impressionnants qui ont émaillé sa trop courte carrière : avec la décennie qui allait commencer conjuguée à la consécration du parlant, il n’aurait pas crevé l’écran, il l’aurait explosé !

 

  1. Je n’ai jamais vu un autre acteur avec un visage aussi mauvais.
Lon Chaney (1883-1930)

Lon Chaney (1883-1930)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Brady Corbet
The Brutalist (Brady Corbet, 2024)

Que les choses soient claires tout de suite : un brutaliste est un architecte qui a développé un style essentiellement pendant la période 1950-1970, où le dépouillement et le béton brut (d’où le terme générique) ont une grande importance. Les bâtiments ont souvent servi de décors à des films d’anticipations voire post-apocalyptiques tels que Brazil ou encore Le Labyrinthe

 

Ici, le « brutaliste », c’est László Toth (Adrian Brody), Juif hongrois émigré de Budapest aux Etats-Unis qu’il rejoint en 1947. Après des débuts difficiles et jusqu’en 1960, il va travailler sur un projet d’architecture inédit et novateur : le centre communautaire Mary van Buren, du nom de la mère du magnat Harrison van Buren (Guy Pearce), tout en essayant de faire venir sa femme qu’il a laissée au pays, Erzsébet Toth (Felicity Jones), ainsi que sa nièce Zsófia (Raffey Cassidy, puis Ariane Labed).

Le tout dans un contexte un tantinet antisémite malgré les horreurs « découvertes » (1) à la fin de la guerre. D’ailleurs, on comprend rapidement que László, en tant que Juif et artiste « dégénéré » (2) les a subies.

 

Magnifique. Trois heures trente-six qui passent plus vite qu’un film de Rohmer… Non (?), ça c’est pour être désagréable. Mais  en tout cas, nous sommes bien loin de l’ennui (mortel ?) de L’Arbre aux papillons d'or déjà évoqué ici, et qui dure presque une demi-heure de moins !

Et ce qui frappe quand on voit ce film pour la première fois, c’est la méthode « à l’ancienne  qui a été utilisée.

A l’instar des superproductions hollywoodiennes des années 1950-1960, le film est scindé en deux parties séparées par un entracte. Quinze minutes pour digérer les 100 premières minutes (environ) du film, et surtout à une deuxième partie qui s’annonce plus forte.

Plus forte en tension, plus forte en images et surtout en violence : cette violence latente pendant la première partie et qui s’exprime surtout par la musique d’une grande pertinence de Daniel Blumberg, fort justement récompensée (Oscars & BAFTA).

 

Et nous ne sommes pas déçus par cette partie attendue : Brady Corbet déroule son film avec la même vitesse que la première partie mais on sent en plus monter la tension jusqu’à la nuit fatale de Carrare, véritable point culminant de l’affrontement entre László et Harrison.

Parce que ces deux hommes sont trop différents, et si Harrison agit en bienfaiteur, c’est aussi dans une démarche égocentrique. Alors on se dit que la première impression était la bonne : Harrison est un salaud mâtiné d’un antisémite soft.

Et Guy Pearce, encore une fois, est dans un rôle peu flatteur d’un point de vue moral, mais tellement bien interprété. La palme de l’ignominie revenant tout de même à Harry van Buren Jr. (John Alwyn), le digne fils de son père.

De son côté, Adrian Brody est (à nouveau) phénoménal, dans la lignée Wladek Szpilman (Le Pianiste). Mais le contexte de guerre en moins. De plus, sa mère étant hongroise (Sylvia Plachy), il s’exprime aisément dans la langue de son personnage, imitant aussi avec aisance l’accent de László.

 

Et puis il y a cette intrigue sous-jacente qui nous ramène à la guerre et la Shoah. On en sent les prémices dans la première séquence du film qui voit László arriver à New York – l’« ouverture » du film, autre élément « à l’ancienne » : tout va très vite, comme si la vie du personnage en dépendait (ce qui est le cas), pendant que la voix d’Erzsébet lit la lettre qu’elle a envoyée à László. Une fois à New York, l’ouverture est terminée, le film peut commencer.

La Shoah est donc sous-jacente et Corbet va même au-delà de la suggestion en nous montrant un train à vapeur qui sillonne une campagne jusqu’à l’explosion qui coïncide avec le réveil brutal de László : tout le monde y a vu autre chose qu’un train qui avance !

 

Et, comme souvent, c’est dans un épilogue (distinct lui aussi comme l’était l’ouverture) que nous avons la révélation qui explique tout, celle qui exprime pleinement le travail de ce brutaliste de génie.

Et cette biennale dans laquelle nous est exposée la « révélation » se déroule à Venise. Pourquoi ? Parce que nous sommes aux antipodes de l’architecture sobre et étouffante de László.

 

  1. Ce n’était pas une découverte pour tout le monde.
  2. Il a un passage au Bauhaus, qui fut rapidement fermé par les nazis (11 avril 1933).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Prison, #John Frankenheimer
Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman from Alcatraz - John Frankenheimer, 1962)

Robert Stroud (Burt Lancaster) est à Alcatraz : il a tué un homme quand il était jeune, puis un gardien, quand il était à la prison de Leavenworth (Texas).

Nous sommes en 1959, et Stroud quitte cet enfer californien pour sa dernière demeure, une autre prison. A sa mort (en 1963), il aura passé cinquante-quatre ans derrière les barreaux dont quarante-deux à l’isolement !

Mais s’il est célèbre, c’est aussi parce qu’à Leavenworth, il a élevé des oiseaux – surtout des canaris – qu’il revendait, tout en devenant un grand spécialiste en ornithologie.

C’est cette vie d’oiseleur (d’où le titre original) qui est développée dans le film.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : si le personnage du film est un homme bon, ce n’était pas obligatoirement le cas du véritable Robert Stroud qui fut diagnostiqué comme psychopathe. Et le début du film nous montre – un peu – la véritable nature de ce prisonnier : violent et surtout isolé des autres (sinon, il y avait bagarre).

Bien sûr, c’est avant tout la performance de Burt Lancaster qui retient l’attention : malgré le handicap (moral) du personnage, il réussit à nous le faire trouver sympathique, le « méchant » devenant le directeur de la prison, Harvey Shoemaker (Karl Malden).

L’opposition entre les deux hommes est l’autre intérêt du film : Stroud ne se laisse pas faire, appelant même ce haut personnage par son prénom, ce qui est totalement nouveau par rapport films précédents en univers carcéral.

Cette opposition est d’autant plus forte que les deux hommes vont se côtoyer dans les deux prisons, avec toujours le même sentiment.

 

Et ça fonctionne : Frankenheimer réussit tellement bien que l’opinion public va s’intéresser à cette histoire au point de faire circuler une pétition pour sa libération qui atteindra 50 000 signatures !

Mais Robert Stroud ne sortira pas, ne lira jamais le livre de Tom Gaddis (Edmond O’Brien) ni verra le film qui lui sont consacrés. De même, la poignée de mains échangée entre l’auteur et le prisonnier lors de son transfert est plus que symbolique, puisqu’elle n’a pas eu lieu !

 

Mais le plus important, c’est cette nouvelle représentation de l’univers carcéral qui nous est ici proposé. Si la violence est l’élément commun avec les autres films, elle n’est pas montrée de la même façon, devenant presque accessoire par rapport à l’humanité retrouvée de Stroud. Peu de violence physique (après la mort du gardien, on n’en voit plus), et pas de sadisme chez les gardiens comme c’est souvent le cas. Au contraire, Stroud, en s’humanisant, développe une relation amicale avec son geôlier de Leavenworth (Neville Brand), surtout après les reproches – justifiés – qu’il lui fait.

 

Et encore une fois, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Karl Malden, bien que moins présent, est au même niveau que Lancaster qui signe ici l’une de ses plus belles prestations. On notera aussi les performances des autres interprètes, celle d’un « encore » débutant de 40 ans : Telly Savalas (Feto Gomez), qui a encore des cheveux !

Et encore une fois, Thelma « Birdie » Ritter est formidable dans le rôle de cette mère qui va jusqu’en haut des institutions pour sauver son fils, avant de se retourner contre lui et refuser qu’il sorte.

 

Bref, c’est un film magnifique que signe ici Frankenheimer, son deuxième (sur cinq) avec Lancaster, où, même si la vérité historique n’est pas respectée, il nous montre une autre facette de la prison, qui devient alors aussi un lieu d’humanité.

Comme toujours, au cinéma, tout est possible !

Robert Stroud (1890-1963)

Robert Stroud (1890-1963)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Guerre, #Terrence Malick
Une Vie cachée (A hidden Life - Terrence Malick, 2019)

C’est un homme dans une voiture, sur une place de passager. La fenêtre est ouverte et une main pend tranquillement, lui permettant de s’aérer le temps du (court) déplacement.

Cet homme, c’est Franz Jägerstätter (August Diehl), et son « voyage » l’emmène vers la mort : autrichien, il a refusé de prêter serment au nouveau maître de son pays, Adolf Hitler.

Franz Jägerstätter est un paysan de Sankt Radegund, dans l’Inn (Nord-Ouest de l’Autriche). Marié avec Fani (Valerie Pachner), ils ont trois petites filles.

Mais Franz refuse ce nouveau maître de l’Autriche, qui mène une guerre injuste. Personne, au village, ni ailleurs, ne semble comprendre son geste : tous lui reprochent un vain sacrifice. Mais Franz tient bon, jusqu’au 9 août 1943, date de son exécution : il est guillotiné.

 

Magistral. Peut-il en être autrement d’un film de Malick ? Peut-être, mais je suis mauvais juge dans ce cas, aimant beaucoup les (trop rares) réalisations de cet immense cinéaste. Il faut dire qu’ici, outre une intrigue solide et phénoménale, on assiste à une maîtrise technique incroyable, soutenue par le merveilleux travail de Jörg Widmer derrière la caméra. Mais là encore, cela ne suffit pas : la musique de James Newton Howard et les différents emprunts classiques qu’on y trouve est en parfaite adéquation avec ce que nous voyons. Et bien sûr, le montage d’une lenteur pertinente permet pleinement d’apprécier ce qui nous est montré : les mains qui se croisent, la nature qui se renouvelle, le travail au champ, la détention… Tout a son importance, sans qu’il y ait un élément qui prime sur un autre.

Franz Jägerstätter est un homme bon, simple et très pieux. Son attitude est avant tout en parfait accord avec ce qu’il pense et croit : il est un objecteur de conscience oublié, une de ses vies cachées dont fait référence le titre du film. Et ce n’est qu’en 2007 que l’Eglise se rappellera à son bon souvenir : lui qui est mort dans la confiance absolu du Rédempteur, il aura donc fallu plus de soixante ans pour qu’on daigne lui accorder une reconnaissance.

Et cette même Eglise n’est pas épargnée au vu de cette vie sacrifiée : l’attitude de ses différents ministres reste sinon molle, du moins très frileuse, voire penchant du côté des forts (1). Mais Franz reste sur sa position et l’assume pleinement, jusqu’à la mort. Et ce sacrifice ne sera pas vain : je vous laisse découvrir en quoi.

 

Pendant près de trois heures, nous allons donc suivre cette passion moderne (2), d’un homme qui va mourir pour ses idées, et de mort lente : cinq ans séparent sa première position (ratification de l’Anschluss) de sa mort, même si Malick s’intéresse plus aux derniers mois. A partir du moment où il refuse officiellement (3), c’est un véritable calvaire qui l’emmènera de Linz (ville de naissance de Hitler) à Berlin où : il est exécuté, à l’instar de Jésus, dans la capitale.

Et la lenteur assumée du montage de Malick (c’est ce qui a pris le plus de temps) prend toute sa mesure dans l’incarcération de Franz. Il l’explique d’ailleurs dans une de ses lettres (4) : le temps ne passe pas vite en prison. En effet, la routine immuable (sévices compris) amène la longueur, surtout quand on n’a rien à faire : rien à lire à part les lettres de Fani. Et l’impression donnée par cette partie du film correspond pleinement à ce que raconte Franz : ces quelques mois semblent des années.

 

Et puis il y a les prises de vue : Malick a pris le parti d’utiliser une lentille qui amène une certaine déformation de l’image sur les bords, donnant une autre dimension aux faits et gestes de ses protagonistes. Il y a comme une distorsion de la réalité, tant cet acharnement semble disproportionné : il va mourir tout simplement pour avoir dit non. (Malheureusement, d’autres ont eu ce même sort aussi injuste)

Le marteau du tribunal aussi est affecté par cette distorsion, donnant une importance démesurée à la décision finale : la sentence délivrée par le juge (Bruno Ganz) est totalement disproportionnée au vu du fait bénin qui la provoque. D’ailleurs, la rare séquence qui voit Ganz et Diehl ensemble (le juge et l’accusé) résume à elle seule la position de certains militaires par rapport à ce régime inique. Mais il ne peut rien faire, le véritable maître du tribunal, c’est le SS (Thomas Mraz). Toute la lâcheté de la période s’exprime ici.

Parce qu’il s’agit avant tout de lâcheté : celle de Franz pour les autres qui ne comprennent pas qu’il refuse de servir son pays, ou pour son avocat qui parle lui aussi de sacrifice vain. On y parle aussi de conscience qui amène la lâcheté, ce qui est assez paradoxal : le véritable courage, c’est bel et bien celui de Franz. En effet, il est toujours plus facile de faire comme les autres, même le mal, que d’aller au bout de ses idées et de mourir pour elles.

 

Et si Franz revêt d’une certaine façon – et malgré lui – une dimension christique, il reste absolument humain de bout en bout, respectant même ceux qui vont le conduire à la mort. Et cette humanité a pleinement sa place dans les images qui nous sont montrées. Jusqu’au dernier moment, Franz va profiter de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Et Malick ne nous épargne que sa mort, tellement convenue et attendue qu’elle en devient inintéressante en elle-même. Mais tous les détails qui la précèdent sont là : les portes, les habits de l’assistant du bourreau (Leonard Kuntz) et de son supérieur (Alexander Radszun), l’arbre hors de l’enceinte, le soleil rayonnant, le ciel bleu ennuagé.

Parce que le soleil est à chaque fois rayonnant, mais le ciel toujours nuageux. Celui de Sankt Radegund semble toujours annoncer l’orage (qui va s’abattre surtout sur les Jägerstätter), celui de Berlin et d’ailleurs n’est jamais clair, comme si la menace mortelle était omniprésente.

 

Je terminerai sur un détail concernant cette fin tragique. Il y a dans les derniers instants un aspect spectaculaire inattendu : c’est derrière un rideau que se trouve la guillotine fatale. Il y a un côté théâtral dans cette exécution qui ne fait malgré tout pas fléchir Franz, et cette invitation au spectacle est accentuée par les tenues « impeccables » du bourreau et son assistant. Seul le sol détrempé (et rouge, évidemment) dément cet aspect spectaculaire de mauvais goût. Sans oublier l’évacuation de la tête précédente… Ignoble.

 

Au final, un véritable chef-d’œuvre signé Malick, qui revient au linéaire après presque quinze ans, soutenu par une interprétation magnifique et de superbes images.

Certes, les festivaliers cannois ont hué l’absence de Malick au palmarès 2019. Pour ma part, je m’en contrefiche, n’aimant pas spécialement ce déballage médiatique. Et n’oublions jamais que John Ford n’a pas eu d’Oscar pour La Chevauchée fantastique

 

  1. Il semble que ce n’est pas la première fois…
  2. On peut entendre l’ouverture de celle de Bach selon Matthieu.
  3. Il avait voté contre l’Anschluss dans son village (il était le seul), mais le résultat avait été arrangé : une seule voix contre faisait mauvais effet…
  4. Ce sont ses véritables et celles de son épouse qui sont lues par leurs interprètes.
Franz Jägerstätter (1907-1943)

Franz Jägerstätter (1907-1943)

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog