C’est vrai qu’il y a peu de rimes intéressantes avec « Aznavourian ». Tandis qu’avec « Aznavour »…
Comme quoi, il suffit parfois de pas grand-chose.
Et pas grand-chose, à ses débuts, c’est ce qu’on pense de Charles A. (Tahar Rahim) : un mètre soixante-quatre, voix voilée, voire éraillée…
Mais « quand on voit d’où on vient et où on est arrivé »…
De ses tous débuts sur une scène, enfant, où il prend l’accent africain (1) à la gloire américaine – le même cachet que Sinatra (Rupert Wynne-James) – ce sont environ cinquante années de sa vie qui nous sont présentées, sans fard ni strass ni paillettes. Une vie (pas toujours) simple d’un homme hors du commun : il avait tout pour ne pas réussir.
Après deux films réalistes, Mehdi Idir et Grand Corps Malade s’attaquent à un autre genre, le biopic. Sortant du quotidien de la jeunesse plus ou moins actuelle, c’est celle d’un immense artiste qu’ils exposent, ou plutôt son ascension irrésistible et phénoménale jusqu’au « haut de l’affiche » !
Parce que cette vie singulière est véritablement phénoménale : né dans l’entre-deux guerre, il fréquente les grands noms de la chanson française et en particulier Edith Piaf (Marie-Julie Baup) et bien sûr, l’incontournable Charles Trenet (Dimitri Michelsen), ainsi que d’autres personnages plus sérieux, dont Missak Manouchian, autre Arménien notoire, ami de la famille Aznavourian.
Bien entendu, il y a de l’admiration pour le chanteur de la part de GCM et Idir, et le premier sait ce qu’il lui doit, mais l’admiration ne suffit pas : comme je le dis et répète, de bonnes intentions ne font pas obligatoirement un bon film.
Mais, heureusement pour nous, les deux complices ont réussi à éviter cet écueil. En effet, forts de leurs deux premiers films, ils réalisent à nouveau l’exploit de nous raconter l’histoire de quelqu’un pour qui la vie n’est pas facile et qui doit se surpasser pour vivre, voire survivre : c’était le cas de Benjamin (Patients) qui devait se battre contre le handicap pour essayer de retrouver une vie (presque) normale ; tout comme Samia (La Vie scolaire) qui devait survivre dans un milieu hostile, un collège de REP et les personnes qui gravitent autour.
Avec Aznavour (la personne comme le film), c’est (encore ?) la même chose : la lutte d’un fils d’immigré arménien avec une voix « particulière » comme on dit de nos jours. Bien entendu, à cette particularité vocale se sont ajoutées les méchancetés habituelles aux forts relents nauséabonds : « métèque », « nabot », et même « sale Juif ». Bref, de ce côté-là, les mentalités n’ont pas évolué. Par contre, Aznavour, si ! Et on le voit bien quand La Bohème nous est présentée, montée comme le Tralala de Suzy Delair (Quai des Orfèvres) : des accords de la chanson naissante, un matin, à ses différentes interprétations en langues étrangères pour se conclure au Carnegie Hall !
Aznavour avait compris que l’adaptation étrangère était indispensable à l’évolution de sa carrière, voire à la notoriété internationale de ses œuvres. Et à part La Vie en rose (eh oui, encore Edith…) et Comme d’habitude, il y a peu de chansons qui ont été adaptées dans ce sens (2)… De même, sa rencontre avec Johnny (Victor Meutelet) n’a rien d’imaginaire puisqu’il a écrit pour lui Retiens la Nuit, présentée ici en duo.
Bref, c’est un très bel hommage rendu au « petit Arménien », dont les chansons ont aussi marqué les Français : Comme ils disent, remise dans son contexte, est un beau moment d’émotion.
Mais ce qui frappe le plus et donne un aspect authentique au film, c’est le travail effectué par Tahar Rahim qui ne se contente pas seulement d’interpréter le petit (!) Charles (3) : il est Aznavour, du début à la fin, avec ses gestes et attitudes, sans jamais tomber dans la caricature, avec ses doutes et ses erreurs, ses joies et ses peines : un homme, avant tout.
A ses côtés, difficile de rivaliser, et pourtant les différents interprètes tiennent leur rang, palliant l’inévitable manque de ressemblance totale (4) par un jeu et un travail vocal époustouflant.
Alors, pour Monsieur Aznavour, Merci Monsieur Idir et Monsieur Marsaud !
- O tempora, o mores !
- Avant de recevoir une flopée de remarques plus ou moins désobligeantes, je précise qu’il y a en a d’autres (Jacques Brel : Le Port d’Amsterdam, Le Moribond… pour ne citer que lui)
- Le grand portait un képi avec des étoiles !
- Seul Aznavour était Aznavour !
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)
/image%2F1589176%2F20251101%2Fob_280dd1_monsieur-aznavour.png)
/image%2F1589176%2F20251011%2Fob_113bd3_viva-zapata.png)
/image%2F1589176%2F20250709%2Fob_6f8710_lee-miller.png)
/image%2F1589176%2F20250709%2Fob_e70063_lee.png)
/image%2F1589176%2F20250503%2Fob_1902bf_homme-aux-mille-visages-l.png)
/image%2F1589176%2F20250503%2Fob_868e6b_lon.png)
/image%2F1589176%2F20250419%2Fob_74b1bc_brutaliste-the.png)
/image%2F1589176%2F20250315%2Fob_bdf9f9_ennemi-public-n-1-l.png)
/image%2F1589176%2F20250315%2Fob_6881e9_voiture-mesrine.png)
/image%2F1589176%2F20250312%2Fob_60bd5b_instinct-de-mort-l.png)
/image%2F1589176%2F20241019%2Fob_d571cf_prisonnier-d-alcatraz-le.png)
/image%2F1589176%2F20241019%2Fob_43ebc6_robert-stroud.png)
/image%2F1589176%2F20241009%2Fob_3b78ea_emilia-perez.png)
/image%2F1589176%2F20240710%2Fob_de8b2e_vie-cachee-une.png)
/image%2F1589176%2F20240710%2Fob_c7db54_franz-jaegerstaetter.png)