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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

biopic

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Espace, #Damien Chazelle
First Man (Damien Chazelle, 2018)

 

Tout commence en 1961, quand Neil Armstrong (Ryan Gosling) effectue un vol supersonique hors de l’atmosphère, avec les difficultés inhérentes à son retour sur terre. Et si ce vol ne fut pas complètement une réussite, cela ne l’empêcha pas de participer aux programmes Gemini puis Apollo qui avaient comme objectif le premier alunissage : ces messieurs de la NASA en avaient assez d’être à la traîne derrière les Russes dans la course à l’espace…

Nous assistons alors aux différentes étapes de ce challenge incroyable. Incroyable à un tel point que des gens aujourd’hui encore, plus de 52 ans après qu’il se soit déroulé, pense que tout a été monté de toute pièce.

Ce « premier homme », c’est donc Neil Alden Armstrong, celui qui posa le premier le pied sur la Lune, énonçant l’une des citations les plus connues depuis. Je vous en fais grâce, rassurez-vous.

 

Mais ce premier homme, s’il fut le premier, reste avant tout un homme. Et c’est ce que montre le film de Damien Chazelle, qui retrouve l’interprète principal de son film précédent. Et cette association est encore une fois gagnante, Gosling étant un Armstrong fabuleux, homme avant héros, comme l’illustre bien la conférence de presse qui précède la mission Apollo 11. Et Chazelle insiste sur l’aspect humain de cet homme devenu depuis le 20 juillet 1969, une légende mondiale (1). Et aidé de Linus Sandgren (lui aussi sur son film précédent, il va prendre le parti de rester très proche de son personnage principal, usant (et abusant ?) de la caméra sur l’épaule. Ce parti pris accentue la dimension humaine du personnage et si la prouesse reste gigantesque pour l’humanité, elle ne prend que très peu cet état, seulement quand on voit que l’événement fut suivi partout dans le monde (ou presque).

 

Utiliser la caméra sur l’épaule pendant presque tout le film a un côté parfois agaçant (2), mais elle fait partie d’un tout et se justifie une fois l’espace atteint : le calme s’installe alors et la caméra se stabilise, accompagné d’un silence incroyable qui tranche abruptement avec les secousses éprouvées le reste du temps.

Mais ce calme s’explique de deux manières :

  1. Le module s’est posé sur la Mer de la Tranquillité ;
  2. Son escapade lunaire est l’occasion de faire totalement le deuil de sa fille Karen (Lucy Stafford).

Et quand il revient, la caméra a fini de bouger et surtout tressauter. Même le décollage de la Lune s’effectue sur un plan fixe, avec aucun retour dans la cabine : cela aurait été en outre plutôt redondant, voir lourd.

 

Bien sûr, on pense à Kubrick et son 2001, a space Odyssey pendant le projet Gemini, surtout avec l’arrimage des deux parties de la fusée. Et la musique de Justin Hurwitz a le bon goût de ne pas reprendre Le beau Danube bleu : les images suffisent. Autre référence, le film de Philip Kaufman, The right Stuff. D’ailleurs, on retrouve les mêmes personnages, à un niveau moindre cela va de soi : c’est une autre génération d’explorateur qui est arrivée, même si peu d’années les séparent et que leurs progrès ont été contemporains, et que les dirigeants sont les mêmes !

 

Bref, Chazelle réussit son pari en nous retraçant cette conquête spatiale américaine, et ce malgré les images cent fois vues à la télévision ou ailleurs : on y croit encore une fois, et on applaudit à cet exploit hors du commun. Mais à la différence de Kubrick et Kaufman, Chazelle reste au niveau humain et ne s’en éloigne que pour mieux y retourner : (très) gros plans, caméras subjectives, visages incomplets où ne se voient que les éléments les plus importants…

C’est beau. C’est grand.

C’est du cinéma.

 

  1. Un mythe, bien entendu, pour ceux qui n’y croient pas…
  2. L’image est rarement table, la mise au point pas toujours nette, et toute cette sorte de choses…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Danny Boyle, #Aaron Sorkin
Steve Jobs (Danny Boyle, 2015)

1984.

Steve Jobs (Michael Fassbender) lance le Mac(Intosh) pour la firme Apple. Echec.

1988.

Steve Jobs lance NeXT, en free lance. Nouvel échec.

1998.

Steve Jobs, de retour à Apple lance l’IMac. Un succès.

14 ans pour en arriver là. Quatorze années d’incompréhension, d’erreurs et surtout de solitude.

Parce que Steve Jobs est seul (1). Mais peut-il en être autrement avec un tel personnage ?

 

Nous sommes quatre ans après la mort du personnage principal quand sort le film de Danny Boyle. Et ce qu’on peut dire c’est que le (peu de) temps qui a passé n’a pas vraiment estompé les souvenirs. Et le scénario d’Aaron Sorkin n’est pas vraiment une hagiographie. Au contraire, cette période de quatorze années dans la vie de Jobs, à travers trois dates emblématiques nous montre un homme dur, toujours (trop) sûr de lui, persuadé d’avoir raison quoi qu’il arrive. Et franchement, c’est un personnage qu’on n’a pas tellement envie de rencontrer tant son entêtement est grand et sa relation aux autres difficile.

 

Mais nous sommes au cinéma, et Danny Boyle réussit malgré tout à en faire un personnage attachant, s’appuyant sur l’interprétation impeccable de Michael Fassbender. Mais pas seulement. Tous ceux qui gravitent autour de lui font ce qu’il est et comme je le dis régulièrement ici : c’est parce que les seconds rôles sont réussis que la vedette peut donner le meilleur de lui-même. Outre Kate Winslet (Joanna Hoffman) toujours aussi magnifique, on retrouve un Michael Stuhlbarg (Andie Herzfeld) – grand second rôle du cinéma américain s’il en est – tout aussi formidable, tout comme Seth Rogen (Steve Wozniak).

Bref, une interprétation au meilleur niveau pour servir un destin singulier.

 

Et Danny Boyle va prendre son temps pour raconter cette descente aux enfers annoncée avant qu’éclate pleinement le génie de Jobs en 1998. Et bien qu’il soit britannique, Boyle réussit un film totalement américain : dans les thèmes abordés ainsi que dans la résolution de son intrigue, amenant son personnage à la Rédemption inévitable.
Parce que Steve Jobs sera sauvé, tout comme il va sauver Apple du désastre initié en 1984 (2). Et cela va passer par une certaine remise en question, chose peu commune pour cet homme : se serait-il trompé ?  Toujours est-il que tout s’efface d’un coup, comme le suggère John Sculley (Jeff Daniels), ancien PDG d’Apple : même si Jobs ne reconnaît pas ouvertement – un bel échange avec Rogen/Wozniak par ailleurs – qu’il s’est trompé, on peut penser qu’il y songe et qu’il va changer.

C’est en tout cas ce qui est suggéré.

 

Dernière chose : j’aime beaucoup le parti pris de Danny Boyle de ne choisir de montrer un Steve Jobs à son meilleur niveau – dans le succès comme dans l’échec – laissant de côté sa maladie et sa mort : parce que c’est cela qui a fait de Steve Jobs cette légende de l’informatique moderne, accessible à tous (3).

 

  1. L’affiche du film montre un Steve Jobs petit et seul sur un fond blanc : une très belle illustration de ce personnage.
  2. D’un autre côté, s’il avait amené – malgré lui – le déclin d’Apple, il était normal qu’il remette la firme sur les rails…
  3. Par contre, les produits de sa firme ne le sont pas toujours, financièrement parlant…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Comédie dramatique, #Peter Farrelly, #Viggo Mortensen
Green Book (Peter Farrelly, 2018)

Ca commence comme un film de gangsters, de type Cotton Club : nous sommes au Copacabana, en 1962. Tony « Lip » Vallelonga (Viggo Mortensen) est chargé des relations publiques. En clair, il s’occupe de ceux qui font du scandale dans le club, n’hésitant pas à user d’arguments frappants.

Mais le club doit fermer pour travaux, alors Tony doit trouver du travail pendant ce temps-là. Avec ses relations, ça ne devrait pas poser de problème. Seulement voilà, Tony a beau être un véritable Italien de New York, il n’accepte pas n’importe quoi. C’est pourquoi il est embauché pour conduire Don « Doc » Shirley (Mahershala Ali) dans sa tournée de concerts dans le Sud. Le seul problème, c’est que Don Shirley est noir, et en 1962, il ne fait pas bon d’être « de couleur » dans le Sud, et ce malgré la présence des frères Kennedy au sommet de l’Etat.

 

Quand Peter Farrelly se lance en solo derrière la caméra, il ne fait pas semblant, et en plus, il y réussit divinement. Ce livre vert (1) en est un exemple magnifique. Il s’agit d’un formidable road movie, avec tous les codes attendus du genre : les pérégrinations de deux voyageurs – très dissemblables – qui vont s’enrichir mutuellement de leur expérience, et aussi (et surtout) de celle de l’autre. Et en plus, c’est d’après une histoire vraie.

 Peter Farrelly, avec ce film, réussit à recréer ces années 1960 qui ont vu l’imposition – dans la douleur quand ce n’était pas la mort – de ces fameux Droits civiques qui se résumaient essentiellement aux droits des Noirs, alors considérés comme des citoyens de seconde zone (dans le meilleur des cas), voire plus bas que des chiens (2).

Et Shirley est le digne héritier de Luther King, refusant l’affrontement à chaque occasion, et ce malgré ce qu’en pense son chauffeur si singulier.

 

Pourtant, Tony n’est pas un type extraordinaire. Mais c’est avant tout un homme loyal, qui a été embauché pour un travail et qui l’intention de l’effectuer jusqu’au bout, malgré ce qu’il peut penser.

Parce que Tony n’st ni pire ni meilleur qu’un autre. Quand des ouvriers noirs viennent effectuer un travail chez eux et que sa femme leur offre un verre, son premier réflexe, c’est de jeter les deux verres « souillés », au grand dam de cette dernière. Oui, Tony est raciste, comme la majorité des gens de l’époque. Même dans le Nord.

 

Alors ce boulot de chauffeur, c’est aussi une révélation pour lui : les Noirs, quoi qu’il en pense, sont avant tout des gens comme lui, voire meilleurs que lui. Parce que Don est cent fois supérieur à Tony : mieux éduqué, maîtrisant le piano comme peu, il est tout ce que Tony n’est pas. Tony es un être ordinaire, je l’ai déjà dit, fruste et plutôt vulgaire, il n’a absolument rien de commun avec ce pianiste distingué. Et leur première entrevue insiste sur ce point : non seulement Don est assis sur un trône, mais en plus, ce trône est (très) surélevé par rapport au fauteuil où se trouve Tony. Mais cette supériorité n’y fait rien : Tony ne se laisse pas démonter et impose ses règles, que Don va accepter. Mais a-t-il le choix ? (3)

 

Mais si Don est supérieur – tout au long du film, il est ce que Tony ne sera jamais – il n’en demeure pas moins redevable de cet homme qui va lui apporter autant que lui va donner en retour : Don est un homme seul – son frère ne lui parle plus, sa femme l’a quitté. Et l’emplacement de son appartement – au-dessus du Carnegie Hall (vrai ou non) – n’est pas anodin. Il est véritablement dans sa tour d’ivoire, ne sortant que pour ses concerts, mais surtout dominant ce qui se fait de mieux du point de vue musical à New York. Et ce périple dans le Sud va faire vaciller ce piédestal : les lieux qui vont l’accepter, au-delà de la Ligne déjà mentionnée n’ont plus rien à voir avec ce qu’il connait dans le Nord. Ce sont des bouges miteux ou des motels minables qu’il doit accepter, et avec le sourire (4).Ce sont ces lieux que recommande le fameux Livre vert du titre : The Negro motorist Green book. Ce livre écrit par Victor H. Green qui eut cours de 1936 à 1966. Un guide de voyage pour ne pas faire de scandale ni s’attirer des ennuis dans le Sud (ou ailleurs aux Etats-Unis).

 

Et ce film, s’il est un choc entre deux hommes, est aussi un choc culturel pour les deux hommes. Pour Tony, je l’ai déjà dit, c’est une révélation : cet homme noir lui est infiniment supérieur et il devient prêt à tout pour lui, devenant, malgré lui, un défenseur des Droits civiques, même si on peut se demander s’il sait que cela existe.

Mais le choc le plus fort est pour Don. Ce n’est pas la rencontre de Tony qui le marque le plus dans ce voyage, mais cet arrêt pour cause de radiateur vide. Alors que Tony s’affaire pour le remplir d’eau, juste à côté, des Noirs travaillent le champ. Rapidement, ces derniers s’arrêtent pour contempler un tableau absolument incongru pour eux : un Noir conduit par un blanc et qui en plus lui tient la portière pour qu’il s’installe.

Autre choc culturel : l’entrée de Don et Tony dans un bar « pour gens de couleurs » à Birmingham. Non seulement Tony est accepté par les clients malgré sa différence évidente, mais il faut voir Don monter sur la scène et se positionner derrière le piano (droit, bien loin d’un Steinway) et jouer.

Un grand moment.

 

Un grand film.

 

PS : suis-je le seul à avoir vu Tim Robbins ?

 

  1. « Green book » en VO.
  2. Sous la Mason-Dixon Line, cette frontière qui marquait la différence entre le Nord et le Sud pendant la Guerre Civile.
  3. Le film ne répond pas à cette question.
  4. Ca, c’est moi qui le dis, mais je ne suis pas bien loin de la réalité.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Animation, #Biopic, #Drame, #Marjane Satrapi, #Vincent Paronnaud
Persepolis (Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud, 2007)

15 ans.

Quinze ans d’une vie marquée par la révolution, la guerre, et surtout la mort. Quinze ans dans la vie d’une femme, de son enfance à son entrée dans l’âge adulte.

Tout commence en 1978, à Téhéran, capitale de l’Iran, qui fut autrefois la Perse, d’où le titre (1).

Quand éclate la révolution, elle a 9 ans. Quand elle arrive à Paris, elle en a 24. Entre les deux, une vie chaotique, rythmée par la violence, physique et bien sûr morale.

Il faut dire que l’Iran, en quelques années est tombé de Charybde en Scylla, la dictature du shah s’effaçant pour laisser la place à celle des barbus de Khomeiny qui n’est d’ailleurs à aucun moment cité dans le film (2). Sans oublier le conflit qui opposa le pays à l’Irak de Saddam et qui fit un million de victimes. Pour quoi ? Pour rien. Normal, c’est la guerre.

 

Voici un nouveau dessin animé pour adultes, loin de l’univers magique des studios Disney ou encore des délires de Crumb et son Fritz the Cat. Et du point de vue de l’animation, nous sommes aussi très loin de Pixar et de ses réalisations bien léchées et colorées.

L’animation reprend le style du dessin de Marjane Satrapi, qui coréalise le film donc avec Vincent Paronnaud, et suit l’intrigue de la bande dessinée de l’auteure parue entre 2000 et 2003.

Mais si l’animation semble, somme toute, assez sommaire, les images qui y sont présentées ont une force fantastique. La preuve ? Le film a été interdit dans de nombreux pays où l’Islam est religion d’état. On se demande bien pourquoi (3)…

 

Le film consiste en l’évocation des souvenirs de la jeune Marjane lors de son émigration – forcée – à Paris et s’illustre par deux éléments visuels bien distincts : le présent de la narratrice est en couleur alors que l’évocation est en noir et blanc, couleurs de la tragédie s’il en est.

Et effectivement, c’est une véritable tragédie qui s’abat sur le pays et la vie de Marjane, avec des proches qui meurent, pendant que le régime enferme de plus en plus les gens et surtout les esprits. Et comme Marjane vient d’une famille où la liberté est une base de vie, la situation de vient vite intenable, les barbus inventant toujours de nouveaux tourments pour ce peuple soumis malgré lui.

 

C’est un film magnifique, qui devrait être montré souvent, surtout à ceux et celles qui répètent, telle la professeure de religion que le voile est une liberté pour les femmes. Pour leur rappeler aussi qu’aujourd’hui, des femmes iraniennes bravent l’interdit en posant sans voile.

Mais pas que. Il faut voir le film parce que malgré sa technique semble-t-il sommaire, les images sont très belles, sublimées par ce noir et blanc propice à des effets de lumière. Sans oublier certains éléments de dessin qui rappellent l’art traditionnel perse et un style parfois très épuré qui se marie très bien avec les deux teintes.

 

Bref : un chef-d’œuvre.

 

  1. Non, Persépolis n’est pas l’ancien nom de Téhéran !
  2. Nul besoin de le citer, son empreinte sur la société suffit pour l’identifier derrière ce régime.
  3. Oui, ceci est ironique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Western, #John Ford
Vers sa Destinée (Young Mr. Lincoln - John Ford, 1939)

Près de 75 ans avant Spielberg (1) et son formidable Lincoln, ce même président apparaissait pour la seconde fois chez John Ford, cette fois-ci sous les traits d’Henry Fonda. On y trouvait déjà la silhouette longiligne et un tantinet dégingandée de ce président hors norme, mais dans une intrigue somme toute très fordienne, inspirée des débuts du grand homme. Inspirée – nous sommes au cinéma ne l’oublions pas – et non recréée, puisque cet épisode n’est jamais arrivé.

C’est la troisième fois que ce grand personnage historique s’invite dans les films du maître (2).

 

En marge de la Fête Nationale, et alors qu’on brûle les tonneaux goudronnés – la fin des réjouissances – deux hommes se battent : Matt Clay (Richard Cromwell), un jeune paysan, et Scrub White (Fred Kohler Jr.), un bon à rien qui traine du côté de Springfield (Illinois) avec son acolyte pas spécialement mieux que lui, J. Palmer Cass (Ward Bond). Lors de l’échauffourée, Scrub sort un revolver, amenant Adam Clay à intervenir. Le coup de feu part. Scrub reste allongé. Les deux frères sont alors incarcérés en attendant un procès équitable (3). Leur avocat est un jeune homme plein d’avenir : Abraham Lincoln.

 

L’histoire des Etats-Unis est un thème récurrent dans l’œuvre de John Ford, et spécialement l’histoire autour de la Guerre de Sécession. Et ce film n’échappe pas à la règle puisqu’on y trouve celui qui, indirectement, sera à l’origine de cette guerre : Abraham Lincoln. Et on trouve, malgré les arguments que le réalisateur a adressés à Fonda pour qu’il accepte le rôle, un grand respect pour cet homme exceptionnel qu’était Lincoln (4). Et le jeu subtil, voire discret de ce même Fonda, accentue ce respect, faisant de chacune de ses interventions un moment de solennité et parfois même d’émotion. La diction de Fonda s’accorde très bien avec son personnage, retenant l’attention de son auditoire, pendant le procès comme dans chacune de ses interventions. La meilleure illustration en étant celle qui le voit réfréner l’ardeur de ses concitoyens qui veulent lyncher les deux frères.

 

Et comme nous sommes chez John Ford, nous retrouvons le microcosme dans lequel baigne ses films, où la famille a un rôle important, et la fête, primordial. Le 4 juillet et ses festivités est l’occasion de retrouver la truculence habituelle des membres de la communauté fordienne – celle de Springfield ici – dans des situations où l’humour a sa place, Lincoln n’étant pas le dernier pour participer aux réjouissances.

Mais on retrouvera aussi cette même communauté un brin exubérante pendant le procès : les spectateurs vivent le procès, réagissant fortement à chaque nouveau coup de théâtre, sans oublier les hommes qui se désaltèrent, en plein prétoire, directement au goulot d’une jarre remplie d’un quelconque tord-boyaux.


Et bien entendu, on retrouvera parmi cette communauté quelques têtes connues : outre Ward Bond, on reconnaît Donald Meek (le procureur John Felder), Russell Simpson («  Brother » Woolridge), l’indéfectible Jack Pennick (Big Buck Troop), et bien sûr Francis, le frère de John Ford, dans un rôle encore une fois de (très) peu de mots.

N’oublions pas non plus la séquence de danse : elle n’est pas populaire cette fois-ci. C’est un square-dance très particulier qui nous est proposé puisque c’est lors d’une soirée donnée par un notable de la ville qu’il a lieu. C’est l’occasion pour le jeune avocat de danser avec une jeune femme qui va compter dans sa vie : Mary Todd (Marjorie Weaver).

 

Et comme toujours chez Ford, les femmes ont un rôle très important. Outre Mary Todd, qui deviendra madame Lincoln en 1842, on trouve les femmes de la famille Clay, avec en tête la mère Abigail (Alice Brady). C’est elle aussi une de ces femmes fortes qui jalonnent l’œuvre de Ford, déchirée par cette affaire de meurtre qui voit ses deux fils menacés de la corde. Et comme toutes les autres (avant et après ce film), elle fait front face à l’adversité, spécialement dans son affrontement avec le procureur Felder, un tantinet abject quant à lui.

A ses côtés, les deux autres femmes (Arleen Whelan et Dorris Bowdon) sont des soutiens de la même trempe pour Abigail autant que pour les deux hommes avec lesquels elles sont liées. Ce lien trouve son apogée dans la prison où les trois femmes sont venues réconforter les deux frères.

 

Et Lincoln ?

Henry Fonda est – encore une fois – magnifique dans un rôle à la mesure de son talent. Même s’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la taille de son modèle (il porte des bottes spéciales pour le rehausser), il interprète un Lincoln très convaincant, de par son jeu et surtout sa diction comme je l’ai dit plus tôt. Le choix de Fonda, préféré à Tyrone Power un moment envisagé, fut crucial dans le résultat : la séquence du procès en est la meilleure illustration de par ses déplacements et ses différentes interventions, alternant l’humour et le sérieux avec pertinence pour arriver à ses fins. Un grand moment.

On notera aussi la position de Fonda-Lincoln, assis dans la même pose que sa statue dans son Mémorial à Washington comme nous le confirme le dernier plan du film.


Quant au titre français, il pourrait n’illustrer que la dernière séquence qui voit Lincoln sortir du palais de justice, franchissant une porte ouverte (5) qui mène à la lumière. En la franchissant, il prend cette stature nationale qu’on lui connaît, l’aboutissement de tout le film. Et cette destinée prestigieuse est soulignée par le déclenchement d’un orage, prémonition évidente de celui qui va secouer le pays après son élection de 1860, la terrible Guerre Civile qui va enflammer les états pendant quatre ans.

 

Un très grand film, par un très grand réalisateur, pour un TRES grand personnage.

 

PS : il s’agit du dernier film d’Alice Brady, terrassée par un cancer le 28 octobre de cette même année. Elle avait 46 ans.

 

  1. 73 ans seulement, mais 75 ça marque plus !
  2. The iron Horse (1924) ; The Prisoner of Shark Island (1936) furent les deux précédentes. Lincoln apparaîtra une dernière fois dans le segment de How the West was won dirigé par Ford.
  3. C'est-à-dire : qui devrait se terminer par une pendaison légale.
  4. Fonda ne voulait pas interpréter Lincoln, le comparant au Christ. Mais Ford lui expliqua qu’il s’agissait du même homme, jeune et pas encore bien dégrossi : « C'est uniquement un sacré plouc d'avocat de Springfield ! »
  5. Ford se souviendra-t-il de cette porte ouverte pour le plan final de The Searchers ? Poser la question, c’est déjà y répondre, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Steven Spielberg
Lincoln (Steven Spielberg, 2012)

Janvier 1865.

Alors que la Guerre de Sécession (« Guerre Civile » en VO) s’éternise (quatre ans), Abraham Lincoln (Daniel Day-Lewis) et ses partisans veulent faire voter un treizième amendement à la Constitution de leur pays, cette même constitution qui perdure depuis 1783 (1)

Le 13ème amendement  la Constitution des Etats-Unis, c’est l’abolition pure et simple de l’esclavage dans toute l’Union.

Seulement voilà : cette Union est déchirée depuis 1861, et parmi les Nordistes qui constituent la quasi unanimité des protagonistes du film, il est de farouches opposants à cette émancipation voulue par ce président devenu légendaire.

C’est ce combat final avant la paix d’Appomattox que nous livre ici Steven Spielberg, dans un film magistral. Encore une fois.

 

Evacuons tout de suite les approximations, voire les erreurs historiques : nous sommes (encore) au cinéma, et il n’est pas question d’une quelconque reconstitution historique irréprochable. IL existe des livres et des documentaires pour y remédier. Et encore une fois, Spielberg nous offre du cinéma, dans la plus belle acception du terme : grandiose, superbe, émouvant.

Certes, il est servi par une distribution prestigieuse - comme on dit, et c’est le cas ici (2) – puisque, outre Daniel Day-Lewis, on y retrouve quelques ténors hollywoodiens tels Tommy Lee Jones ou Hal Holbrook, ainsi qu’un magnifique diva (3) en la présence de Sally Field qui a la lourde tâche d’interpréter Mary Lincoln, la femme, obligatoirement effacée par cet immense homme qu’était Lincoln.

 

Parce que Lincoln était un homme extraordinaire, qu’on le veuille ou non. IL a laissé une empreinte à son pays qui est telle qu’aujourd’hui encore de nombreux Américains se déplacent à Washington pour se recueillir au Lincoln Memorial, espérant y trouver une inspiration dans leur vie.

Et Spielberg, avec ce Lincoln, va réussir à faire revivre cet homme au-delà de ce que nous avions pu déjà voir pendant toutes ces décennies cinématographiques : de The martyred Presidents (Edwin S. Porter, 1909) à The Conspirator (Robert Redford, 2011, l’année précédant le film). Avec une mention spéciale à John Ford qui l’inclut dans quatre de ses films…

 

Mais à la différence des autres, Spielberg ne se contente pas de nous faire revivre un moment-clé de l’histoire américaine : il ressuscite pour nous Lincoln, en la personne de Daniel Day-Lewis qui ne se contente pas d’interpréter ce personnage : il est Lincoln, dans toute sa dimension, physique et morale. Lincoln n’est plus une légende, il est avant tout un homme.

Et Daniel Day-Lewis est un Lincoln plus vrai que nature, avec ses certitudes et surtout ses doutes et ses faiblesses, toujours en proie avec son passé que lui rappelle constamment Mary « Molly » Lincoln.

 

Il n’est alors pas étonnant de voir le nombre de récompenses attribuées à Daniel Day-Lewis tant sa performance est époustouflante (4). Parce que Spielberg réussit la prouesse d’emmener son personnage vers son destin (tragique) en conjuguant les deux aspects de ce grand homme : légendaire et humain. La ressemblance physique est frappante – tout comme celle de Jared « Moriarty » Harris avec Ulysses S. Grant pour ne citer que lui – et sa stature, sa silhouette sont constamment exploitées dans les différentes prises de vue. On retrouve le Lincoln qu’on a pu voir sur les photos et autres documents iconographiques qui nous ont été transmis avec le temps.

Mais, et c’est là qu’est l’immense talent de Spielberg, sans pour autant basculer dans une hagiographie facile quand il s’agit d’un personnage de cet acabit.

Et en plus, il réussit à éviter la séquence que tout le monde attend, maintes fois représentée depuis que le cinéma existe : l’assassinat du président. Avec en prime une superbe fausse piste qui accentue encore la portée tragique de l’événement.

 

Encore une fois : merci, monsieur Spielberg.

 

  1. En France, nous en sommes à la cinquième. Pour combien de temps encore ? Je me garderai bien de répondre…
  2. On aura plaisir à reconnaître Adam Driver dans un petit rôle…
  3. Restons dans le vocabulaire de l’opéra.
  4. N’oublions pas pour autant ceux qui lui donnent la réplique, indissociable de sa brillante performance.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Sacha Gervasi, #Alfred Hitchcock, #Anthony Hopkins
Hitchcock (Sacha Gervasi, 2012)

Tout juste sorti de North by Northwest, Alfred Hitchcock (Anthony Hopkins) se lance dans un nouveau film, et ce malgré certains journalistes qui lui conseillent de se retirer alors qu’il est arrivé à son plus haut niveau.

Certes, ce film était son plus haut niveau… En 1959.

Un an plus tard, il montrera qu’il pouvait encore aller plus haut : Psycho.

 

Ce film est celui de la genèse et de la réalisation de l’un des plus grands films du cinéma (1), et très certainement le meilleur de son auteur. Nous assistons à l’élaboration de cet immense chef-d’œuvre, avec ses moments d’exaltation, tout comme ceux de doutes et de découragement, avec en point d’orgue l’attaque qu’essuie le maître qui va l’éloigner quelques jours du tournage, au profit de son épouse Alma (Helen Mirren) qui va le remplacer le temps qu’il se remette (2).

 

Sacha Gervasi nous propose ici un très bel hommage à l’un des plus grands cinéastes de tous les tons, le maître incontesté du suspense (3), nous plongeant dans l’univers créatif de son chef-d’œuvre absolu (ça, c’est mon point de vue). Et comme nous sommes au cinéma, tout est possible, même d’inventer quelques épisodes, voire carrément faire d’Hitch celui qui fait semblant de poignarder Janet Leigh (Scarlett Johansson) pour les besoins du tournage.

Inventé ? Oui, pour les besoins de l’intrigue et une de ses créations : Ed Gein (Michael Wincott). Gein serait le véritable modèle de Norman Bates (Anthony Perkins – James d’Arcy), mais là encore, la vérité est ailleurs.

 

Si nous suivons avec beaucoup de plaisir les affres du tournage et retrouvons une magnifique adaptation de ce qu’il fut, c’est encore une fois ailleurs qu’il faut regarder, dans les relations – compliquées plus ou moins pour les besoins du tournage – entre Hitch et sa complice et épouse Alma. Et comme nous chez le grand Alfred, il faut ‘attendre à le voir réellement : ‘est chose fait à un moment : je vous laisse le découvrir.

 

Sacha Gervasi nous livre une vision – sa vision ? – de ce qui a(urait) dû se passer pendant le tournage, stimulant l’intérêt des fans de cet immense réalisateur dont je fais partie, mais le fait de façon toute britannique – c’est normal Hitch et Alma, tout comme lui viennent de Grande Bretagne – avec l’humour qui va avec et rappelle celui des films. Bien entendu, aucun suspense, nous savons que le film fut réalisé et le succès qu’il remporta, mais qu’importe : passer un peu plus de temps auprès de ceux qui l’ont créé est inappréciable. ON en redemande.

 

Question interprétation, Anthony Hopkins est presque méconnaissable – les yeux sont bine les siens ! – et campe un Alfred Hitchcock très convenable, même si on remarque une propension à jouer de son profil un tantinet exagérée. Ca peut lasser…

Helen Mirren est encore une fois magnifique dans ce rôle de femme de l’ombre qui, comme c’est toujours le cas, est la véritable patronne : la séquence où elle vient remplacer son mari sur le plateau est un magnifique exemple de l’aura que le réalisateur (Gervasi) a pu lui donner pour les besoins de son film.

Quant à Scarlett Johansson et James d’Arcy, il y a un véritable travail de ressemblance avec leurs modèles originaux qui va au-delà de l’aspect physique. Et d’une manière générale, la diction et la démarche (l’attitude) sont privilégiés dans ce biopic particulier, dont la structure n’est pas sans rappeler celle des épisodes de la série Alfred Hitchcock presents. Avec même la musique (4) !

 

Nous sommes de retour chez Hitchcock, et ça, ça n’a pas de prix !

 

  1. Je l’ai déjà dit ici…
  2. Bien sûr, ceci n’est jamais arrivé. Mais comme toujours, ça aurait pu…
  3. Hitchcock-Hopkins y fait référence de manière fort pertinente, d’ailleurs.
  4. Faut-il préciser que celle du film, signée par Danny Elfman est formidable ? Tiens, c’est fait.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Jérôme Salle
L'Odyssée (Jérôme Salle, 2016)

1949-1979

Trente ans de la vie de Jacques-Yves Cousteau (Lambert Wilson), océanaute patenté qui révolutionna – mais pas tout seul – la vision du fond des océans et contribua, dès 1960 (1) à la protection de ces derniers en montrant les beautés que recèlent les différents fonds marins.

Ces trente ans couvrent la période de son émancipation de l’armée jusqu’à la mort de son fils cadet Philippe (Pierre Niney), à bord de son hydravion Calypso II.

 

Le souhait de Jérôme Salle était de faire découvrir aux nouvelles générations ce personnage haut en couleur (2) et qui a presque complètement disparu du paysage français en moins d’une vingtaine d’années (3) : longtemps il fut l’une des personnalités les plus plébiscitées par l’opinion publique.

Et la crainte que j’avais par rapport à ce film était la dérive hagiographique inhérente à ce genre de personnage : on ne retient que les bons côtés, histoire de ne pas trop abîmer le mythe.

 

Mais Jérôme Salle ne tombe pas dans ce piège et brosse un portrait sans concession de cet homme ambigu : sa relation houleuse avec ce même fils et ses différentes conquêtes féminines ne sont pas passées sous silence.

Certes, ce dernier point concernant les relations avec sa femme Simone (Audrey Tautou) est un tantinet erroné, mais ce n’est pas là l’aspect le plus important du film, et surtout cela permet à Audrey Tautou (4) d’avoir un rôle un peu plus étoffé que celui de son modèle, effacée publiquement malgré sa plus grande longévité à bord du bateau mythique du commandant.

N’oublions pas que ce film n’est pas un documentaire sur JYC mais avant tout un film, reflet de la vision de son réalisateur. Surtout que Jérôme Salle s’est en plus impliqué dans l’écriture du scénario (avec Laurent Turner). Les approximations sont alors normales, même si la base de l’intrigue résulte de biographies solides dont celle de Jean-Michel Cousteau (Benjamin Lavernhe), l’autre fils.

 

Et puis il y a la mer. Si la Côte d’Azur a été recréée en Croatie, l’équipe du film s’est tout de même déplacée dans différents endroits du monde dont l’Antarctique qui nous offre des images sous-marines aussi magnifiques que celles de la Méditerranée.
On y retrouve l’aspect merveilleux qui sera développé dans les films du marin pendant toutes ces décennies. Mais avec une thématique aérienne particulière.

En effet, il est fait référence au passé d’aviateur de Cousteau dont Philippe va reprendre le flambeau et qui amènera sa disparition : Cousteau-Wilson fait le parallèle pertinent entre l’apesanteur spatiale et celle de l’eau. Pertinent parce que les différents astro/cosmo/spationautes se sont tous un jour (et même plusieurs) entraîné·e·s dans l’élément aqueux.

 

On va alors retrouver cette idée dans les images de ces scaphandriers immergés qui évoluent librement au milieu de l’eau limpide qui disparaît alors. Le bleu de cette eau devient alors le ciel où le plongeur devient aérien, évoluant librement dans cet élément qui de tout temps a été le symbole de la vie.

 

  1. Ce n’est pas suggéré dans le film.
  2. Et pas seulement le rouge de son bonnet
  3. Cela faisait 19 ans qu’il était mort quand est sorti le film.
  4. Comment pourrait-elle devenir « vieille et moche » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Maurice Cloche
Monsieur Vincent (Maurice Cloche, 1947)

1617.

Monsieur Vincent de Paul (Pierre Fresnay) arrive à Châtillon-sur-Chalaronne où il vient d’être nommé curé. Il y est reçu par des jets de pierres par les habitants cloîtrés chez eux (1), l’une d’entre eux étant pestiférée.

Aidé de son sacristain (Marcel Pérès), il va enterrer dignement cette femme et révéler qu’elle n’est pas morte de la peste.

C’est le début d’une grande vocation auprès des petits et des pauvres qui commence et qui l’amènera à Paris créer la Compagnie des Filles de la Charité (qui perdurera jusque dans les années 1970), qui accueillera les indigents de Paris et alentour.

 

Bien sûr, il s’agit d’un film édifiant à la gloire de celui qu’on appelait d’abord Monsieur de Paul, dont le parcours fortement atypique méritait tout de même un film (2). Et le Vatican l’a même qualifié parmi les 45 plus importants films religieux.

Mais c’est avant tout le jeu d’acteur de Pierre Fresnay qui est remarquable, Maurice Cloche – obscur réalisateur français qui réalisa tout de même jusqu’en 1983 (pour la télévision) – réalisant un film très honnête (3) qui se concentre essentiellement sur la véritable vocation de M. Vincent de s’occuper encore et toujours des indigents.


Pierre Fresnay y est comme à son habitude magnifique dans ce rôle d’homme humble. De plus, le maquillage d’Igor Keldich est remarquable : dans les dernières séquences du film (en 1660, l’année de sa mort) la ressemblance est frappante entre l’acteur et les diverses reproductions qu’on peut consulter du saint homme (4).

Une affiche de l’époque annonçait que sa prestation serait une grande date dans sa carrière : ce fut le cas. En plus d’interpréter avec beaucoup de justesse ce personnage fascinant, il fut récompensé à Venise pour sa prestation et salué un peu partout dans le monde entier.

 

Et la religion dans tout ça ?

Eh bien nous sommes bien loin de ce que nous proposaient les réalisateurs américains de cette époque voire après (voyez chez Cecil B. DeMille, par exemple). Il n’y a rien de grandiose dans cette histoire, seulement la foi de ce petit curé qui accomplit de grandes choses. Et les dialogues d’Anouilh (excusez du peu) se contentent du minimum religieux nécessaire. Il n’y a aucune volonté prosélyte affirmée, seulement un hommage appuyé à un prêtre qui s’éleva contre les mentalités fatalistes de l’époque (qui perdurent, malheureusement chez certains) : si les pauvres sont pauvres et malheureux, c’est la volonté de Dieu.

 

Et en plus, cet homme fit des émules à travers le monde. Cela valait tout de même bien un film, non ?

 

  1. Déjà !
  2. C’est le mécréant qui vous parle !
  3. Normal quand on aborde la religion, non ?
  4. Il fut canonisé en 1737.

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Publié le par Djayesse
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Le Loup de Wall Street (The Wolf of Wall Street - Martin Scorsese, 2013)

1987. Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio entre dans une société de courtage de haut niveau. Malheureusement, une crise le renvoie à la rue.

Il se tourne alors vers une société de (beaucoup) moindre importance. Rapidement, il dégage des commissions faramineuses qui l’amènent à créer sa propre boîte de courtage.

Cinq ans plus tard, il se fait 49 millions de dollars par an.

Mais une telle réussite ne suscite pas seulement les jalousies : la brigade financière du FBI et en particulier Patrick Denham (Kyle Chandler) s’intéressent de très près à ses pratiques franchement illégales.

Qu’importe, Jordan avance toujours plus loin, vers encore plus d’argent.

 

Comme nous sommes chez Scorsese, nous savons d’entrée que ce que nous allons voir va mal se terminer. Au mieux, le « héros » se retrouvera à son point de départ, au pire…

Et ça ne manque pas. Nous suivons l’ascension irrésistible de ce jeune homme ambitieux (euphémisme) vers des sommets qui confirment que plus on monte et plus dure est la chute.

Et comme toujours quand il s’agit de Scorsese, c’est dans la manière de traiter cet échec inévitable que se concentre tout son art.

 

Encore une fois, c’est un destin formidable qui nous est proposé, celui – réel – de Jordan Belfort qui vécut tout ça et eut même droit à un séjour à l’ombre tous frais payés par l’Etat.

Et s’il existe une maxime pour résumer ce destin, c’est bien la suivante : « sex & drugs & rock’n’roll. »

Le sexe et la drogue parce que Belfort est accro aux deux à un degré très élevé, et le rock’n’roll pare qu’il était impensable que Scorsese n’utilise pas l’une de ses musiques préférées ! On retrouve d’ailleurs quelques standards dans des reprises qui ont une certaine pertinence. A l’instar de Jordan qui va jouer dans la cour des grands pour les égaler voire les surpasser, ce sont des (bonnes) reprises qui essaient d’apporter autre chose que les versions originales, avec toujours le souci d’en faire quelque chose d’encore mieux (1).

Et le dénominateur commun de ces reprises tient dans l’aspect extrême inhérent au personnage principal qui se retrouve dans une rythmique très souvent endiablée. Il ne manque que What a wonderful World repris par Joe Ramone.

 

On retrouve dans le traitement de cette intrigue la même verve que ses films de gangsters les plus célèbres : Goodfellas et Casino. Parce que Jordan Belfort est, d’une certaine manière, un gangster. Et le FBI ne s’y trompe pas qui va le poursuivre jusqu’à l’erreur qui va tout déclencher. C’est d’ailleurs aussi cette erreur que le spectateur attend pour que commence le fiasco annoncé (2). De toute façon, le caractère du personnage, la démesure de son entreprise ne pouvait qu’amener une fin comme celle-là.

Jordan Belfort est de la même trempe que ses deux prédécesseurs scorsesiens : Henry Hill (Ray Liotta) et Sam »Ace » Rothstein (Robert de Niro). Son mode de vie rappelle beaucoup celui du premier, reprenant les deux premiers principes de la maxime citée plus haut.

 

Et encore une fois, Scorsese dirige avec beaucoup de bonheur Leonardo di Caprio, véritable successeur de Robert de Niro dans l’œuvre du maître. On retrouve le même genre de personnage mais avec un atout supplémentaire que n’avait pas de Niro : Leonardo est un jeune premier. Vieillissant certes, mais il conserve encore en partie son aspect juvénile qui ajoute grandement dans l’aspect séducteur du personnage.

Mais pour le reste, c’est un magnifique perdant qui avance inexorablement vers sa chute, et même ici qui la précipite, au grand dam de ceux qui l’entourent.

 

Alors Scorsese s’en donne à cœur joie, basant son film sur le jeu – formidable – de Leonardo di Caprio comme il le faisait avec de Niro et traite toujours avec la même flamboyance ce destin tragique et inévitable.

 

Ce fut un succès. Normal. C’est, encore une fois, du grand Scorsese.

 

  1. J’en veux pour exemple – rien à voir avec le film – la chanson Hallelujah de Leonard Cohen et la version sublime qu’en tira Jeff Buckley, au point qu’on en a oublié l’originale…
  2. Rappelez-vous la réplique de Nicky Santoro dans Casino : « A la fin on a tout fait foirer ! » (« in the end we fucked it all up »)

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