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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

biopic

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Joe Wright
Les Heures sombres (Darkest Hour - Joe Wright, 2017)

Nous sommes en mai 1940 : les armées allemandes s’enfoncent irrésistiblement dans l’Europe occidentale. Neville Chamberlain (Ronald Pickup) est contraint à la démission et pour le remplacer, on ne trouve qu’un seul homme consensuel : Winston Churchill (Gary Oldman).

Seul problème : pendant la première Guerre Mondiale, en tant que Lord de l’Amirauté » on lui reproche le fiasco de Gallipoli.

Mais la voix sinon du peuple du moins de ses représentants amène Sir Winston (1) au premier plan.

 

Alors que Joe Wright signe ici un magnifique de guerre, à aucun moment nous ne verrons un quelconque combat : nous restons dans les arcanes du pouvoir, dans ces cabinets qui façonnèrent le monde que nous connaissance. Même l’internationalisation du conflit restera circonscrit à la Grande Bretagne et pour être plus précis Londres.

 

Pourtant le film s’ouvre sur une vision de l’armée allemande. Alors qu’on devrait y voir une menace, il n’en est rien. Il faut dire que la Grande Bretagne à cette époque était dirigée par Neville Chamberlain et son cabinet, dont le mot d’ordre était – et restera – la paix. Rappelez-vous, vous avez tous en tête Chamberlain brandissant les accords de Munich que vous avez vu dans vos livres d’Histoire. Mais alors que Daladier eut cette réflexion ô combien prémonitoire – « Les cons ! – Chamberlain reste campé sur ses positions pacifistes, relayées par Halifax (Stephen Dillane), l’homme du moment dans cette mouvance (2).

Il est à noter que seul Churchill, à ce moment avait compris la dangerosité du régime nazi, et de son vassal le fascisme de Mussolini.

 

Nous allons alors suivre ce qu’il s’est presque passé – on n’est jamais à l’abri d’une approximation (3) – à partir du moment où l’offensive allemande fut déclenchée, le 10 mai 1940. Les jours vont alors s’égrener (irrégulièrement) jusqu’aux opérations de sauvetage et surtout d’évacuation des troupes anglaises à Dunkerque et alentour.  De cette opération – qualifiée de suicidaire – on est obligé d’associer le film de Christopher Nolan  (Dunkirk) qui se situe exactement au même moment. De plus, dans ce film, à aucun moment on n »e voit quelque membre de l’état-major prendre quelque décision que ce soit.

 

Mais Ce film est avant tout une performance d’acteur : Gary Oldman est extraordinaire. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, je vous renvoie à ses différentes prestations dans les films antérieurs, mais sachez qu’il fut Sirius Black, le parrain d’Harry Potter (rien que ça),  le Dracula de Coppola, ou encore George Smiley dans La Taupe.

Il faut dire que le maquillage est époustouflant : non seulement on a l’impression d’avoir affaire à Winston, mais les autres protagonistes – Chamberlain en tête – sont du même acabit.

La plongée dans ces années terribles est compète.

 

Et puis il y a les envolées lyriques: elles sont deux et se passent au Parlement, avec la rigueur et la gravité qui est de mise.

On vibre en entendant Churchill nous proposer que « des larmes, du sang et de la sueur » quand il doit officier en tant que premier ministre, et surtout on vibre encore plus quand il annonce qu’il n’y aura jamais aucune négociation.


Cette condition nous amène à l’une des scènes emblématiques du film : Churchill, qui n’a jamais pris le métro se retrouve dedans, un tantinet perdu. Son contact avec les différents occupants du wagon dans lequel il se trouve va être le terreau de son discours final : on le voit alors transformer (4) les propos qu’il a entendus dans son bref – et malgré tout long – passage dans ce véhicule souterrain, les reprenant à son compte et amenant le magnifique discours qui fut – entre autres – emprunté dans Fool’s Overture de l’album Even in the quietest Moments de Supertramp (1977).

 

Gary Oldman est Churchill, secondée par la toujours belle Kristin Scott-Thomas (Clementine, sa femme), et vu (en partie) à travers Elizabeth Layton (Lily James) qui ne souffre pas de la comparaison avec la précédente.

 

Décidément, le cinéma britannique est véritablement dans une phase de renouveau, et à ce niveau, on peut décemment considérer que cette « tendance » s’est installée sur le cinéma mondial.

Dont acte.

 

 

  1. Bien sûr, ce titre n’est pas venu en même temps…
  2. Neville Chamberlain mourut six mois après les événements décrits dans le film.
  3. Nous sommes au cinéma, ne l’oubliez jamais…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gus Van Sant, #Biopic
Harvey Milk (Gus Van Sant, 2008)

C’est un homme, dans sa cuisine, qui s’enregistre parler. Il se présente et explique cet enregistrement : s’il était tué, il veut que ce qu’il a à dire soit tout de même entendu.

Et que raconte-t-il ? La naissance d’un mouvement pour l’égalité des droits ces homosexuels.

La séquence suivante nous annonce que cet homme et Georges Moscone (Victor Garber) le maire de San Francisco ont été tués.

Il s’appelait Harvey Milk (Sean Penn).

 

Harvey Milk (1930-1978) n’est pas bien connu de tous. Pourtant, dans les années 1970s, il a mené un combat extraordinaire pour l’égalité des droits des homosexuels à San Francisco, et par ricochet dans le reste de l’Amérique. Il est même devenu le premier homosexuel (affiché) à être élu à un poste important.

Pourtant, ce n’était pas gagné : les homosexuels ont été brimés, humiliés voire tués dans quasiment toutes les régions du monde. Et malheureusement, cet acharnement meurtrier ne s’est pas arrêté avec la mort de Milk.

 

Ca commence presque toujours comme ça : une rencontre. C’est une rencontre qui amène un changement, lui-même en amenant un plus grand, un plus beau.

Et ici, c’est un soir – 21 mai 1970 – en rentrant du travail que Harvey rencontre Scott Smith (James Franco),  qu’ils vont s’aimer, et qu’ensemble ils vont quitter New York pour habiter San Francisco : havre de paix et de liberté qui comprend entre autres Haight-Ashbury, berceau du fameux Summer of Love de l’été 1967.

C’est dans Castro, le quartier gay, qu’ils ouvrent une boutique de photographie. Mais si les gays sont nombreux, les rapports avec la police ne sont pas amicaux, cette dernière s’acharnant trop souvent sur cette communauté.

 

La séquence générique nous montre une descente de police dans un bar-restaurant, brutalisant et arrêtant les clients, homosexuels cela va de soi.

L’arrivée de Harvey, qui assume enfin pleinement son homosexualité va transformer la vie de ce quartier, prenant fait et cause pour les homos ainsi que pour la grande masse des laissés-pour-compte. Après plusieurs échecs, il devient même conseiller pour la ville, pouvant alors véritablement s’engager pour tous ceux qu’il représente.

 

Gus van Sant a mis longtemps avant de pouvoir faire ce film auquel il tenait beaucoup. IL y a deux temps dans son intrigue : le temps de la narration, qui voit revenir plusieurs fois Harvey dans sa cuisine, et le temps linéaire qui se déroule, de la rencontre entre Harvey et Scott, jusqu’à la marche blanche après le double assassinat (1).

C’est un film magnifique, comme le cinéma américain sait nous en proposer : il y a la grandeur des petits et l’émotion des luttes gagnées à force de courage. Bref, c’est un grand moment d’histoire que nous regardons avec un grand plaisir, et une certaine émotion (voire une émotion certaine !).

Bien sûr, Sean Penn est magnifique, mais comme toujours dans ces cas-là, les autres qui lui donnent la répliques sont aussi d’un très haut niveau, dont James Franco toujours impeccable.

 

Gus van Zant nous brosse un portrait très complet de cet homme atypique sur bien des points, dans une société qui a du mal à accepter la différence, et ce malgré la campagne des Droits Civiques des années 1960s.

Non seulement on partage les défaites, puis la victoire de Harvey, mais on a aussi son parcours sentimental, amoureux même, avec Scott puis avec Jack Lira (Diego Luna).  Ce sont des moments de pause surtout, sauf quand Harvey rentre tard une fois de trop. Le dernier rapport amoureux qu’il a se fait au téléphone, alors que le soleil se lève. Ce sera le dernier, et on sent que la mort arriver alors que c’est habituellement la nuit qui est meurtrière.

Mais on peut aussi voir ça comme sa dernière aube, puisque les condamnés à mort sont exécutés aux premières heures : depuis le début du film, nous savons qu’il en sera ainsi. Et cet adieu qui n’en est pas vraiment un, est absolument magnifique et très émouvant.

 

Dix ans après le film, et bientôt quarante ans après la mort de Harvey, on peut se demander si les mentalités ont tant évolué que ça, quand on voit ce qui se passe dans le monde : nombre de pays refusent de considérer les homosexuels comme des êtres humains, et certains les condamnent même à mort.

Cela peut sembler étrange aux plus jeunes de voir cette campagne inique qui fut menée par Anita Bryant – une chanteuse très réactionnaire qui a vu sa carrière s’arrêter rapidement après ces événements – et le sénateur Briggs (Denis O’Hare), qui a bien failli réussir à faire passer la fameuse proposition 6 : celle qui interdisait aux homosexuels d’enseigner.

Mais le film reflète très bien les mentalités et les attitudes des Américains (et pas seulement eux !) envers la communauté homosexuelle.

Et encore une fois, San Francisco fut le théâtre d’un grand mouvement social voire sociétal et qui a essaimé dans le monde, avec plus ou moins de réussite, pour une reconnaissance des homosexuels.

 

Pas besoin d’aller bien loin, d’ailleurs, quand on voit en France les arguments fallacieux et rétrogrades des manifestants anti-PMA (ou AMP : Assistance Médicale à la Procréation). Qui sont aussi anti-GPA (Grossesse Pour Autrui), et anti IVG : ce sont les mêmes.

Hélas.

 

 

(1) Dan White (Josh Brolin, avec son regard ténébreux), le meurtrier n’a pas été condamné pour assassinat, malgré ce que montre le film, et qui retranscrit bien la préméditation.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Phyllida Lloyd, #Biopic
La Dame de fer (The iron Lady - Phyllida Lloyd, 2011)

Décidément, Meryl Streep est vraiment une actrice extraordinaire.

En deux heures moins le quart, elle réussit – et c’est un exploit ! – à presque nous faire aimer Margaret Thatcher.

 

C’est d’abord une vieille dame que nous voyons, à l’épicerie du coin de la rue tenue par une Pakistanaise ou une Indienne. Elle achète du lait et s’étonne du prix.

Rentrée chez elle, cette vieille dame redevient celle qu’elle a toujours été : la femme du XXème siècle, sinon s le monde entier, au moins en Europe.

Mais à quel prix…

 

Je ne vais pas révéler ce prix, il suffit de consulter une encyclopédie ou quelque documentaire télévisé qui le fera mieux que moi.

Non, ce qui m’intéresse, c’est comment Phyllida Lloyd réussit le tour de force de montrer une femme tellement forte qu’on la surnomma « de fer » mais qui reste pendant tout le film une femme.

L’ascension de la jeune Margaret Roberts (Alexandra Roach), sa rencontre avec Denis Thatcher (Harry « Viserys » Lloyd) qui la soutiendra jusqu’au bout et même après.

Bref, c’est une vie qui passe, rappelée à sa protagoniste au hasard des objets, des mots, des situations.

 

Ce n’est pas une critique ou une hagiographie de la femme, mais bel et bien un film qui joue sur l’émotion comme sur l’indignation ou le comique de chaque situation, et cela ne doit en aucun cas être une quelconque apologie. De plus, la mort de MT n’étant intervenue que 2 ans après la sortie du film, il était difficile d’en faire un éloge funèbre.

C’est juste l’histoire d’une femme en inadéquation avec son temps : son élection à Dartford est la première marche qui l’amènera au 10, Downing Street et où chaque événement de sa vie trouve une répercussion dans sa conception de la politique.

 

Et si Meryl Streep est phénoménale dans ce rôle, c’est aussi par l’optique prise par la réalisatrice : MT était unique et l’a toujours revendiquée.

Son arrivée au Parlement est tout à fait caractéristique. En effet, tous les hommes, habillés de sombre, la regarde passer à contrecourant parmi eux, affichant doublement sa différence : elle est femme et habillée de couleur (bleu je suppose, mais je n’en suis pas certain, mon daltonisme m’empêchant de nommer avec précision cette couleur). En plus de cette apparence, deux plans triviaux mais essentiels concernant les commodités s’insèrent brièvement dans la narration : le lieu des hommes ne fait aucun doute sur sa destination première ; celui des femmes nous montre une table et un fer, à repasser tous les deux…

 

Mais ce qui donne à Maggie sa dimension humaine – son action politique ne nous aidait p&as toujours à la cerner – c’est son rapport avec Denis, cet homme qui accepta de jouer les doublures, assumant le rôle qui était d’habitude laissé à la femme. Mais ce Denis est tout aussi incontrôlable en privé que sa femme l’est en public. C’est un homme fantaisiste – dans le bon sens du terme – qui sait lui amener un sourire (n’en demandons pas plus, c’est Thatcher, tout de même), et la ramener un petit peu sur terre. Et avoir choisi Jim Broadbent et son visage d’illuminé fut un très bon choix.

C’est le dernier qui l’abandonnera dans sa croisade ultime autour de la Poll Tax dont on peut voir les effets des manifestations hostiles à son application (1).

 

Ce combat est le combat de trop : pour les Anglais qui refusent un impôt injuste ; et pour le gouvernement qui se sent exclu du pouvoir par cette femme qui a oublié – malgré son intime conviction – qu’elle devait écouter ce peuple qui l’avait élu.

Sa fin inéluctable se solde sur un échec, amenant une démission qui lui évite l’humiliation d’une défait électorale.

 

Le reste, c’est une vie (presque) normale pour une femme totalement atypique, sombrant peu à peu dans une folie, mais pourrait-il en être autrement, pour une telle femme ?

 

 

(1) J’ai assisté personnellement à une de ces manifestations où la « CRS » (Compagnie Royale de Sécurité) a chargé la foule : il est terrible de voir ces gens matraqués pour avoir exprimé leur mécontentement, surtout d’une façon aussi violente et sadique. Ce jour-là, le flegme britannique en a pris un sacré coup, en ce qui me concerne.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Richard Attenborough, #Biopic
Gandhi (Richard Attenborough, 1982)

Un jeune homme s’avance dans la foule. Il guette quelques signes dans la foule : il est suivi par ses complices qui l’approuvent.

Soudain le voilà, pénétrant la foule jusqu’au jeune homme.

Un signe est échangé et l’homme se jette aux pieds du vieillard. Il se relève, le pistolet à la main : le vieil homme n’a rien d’autre que « oh, mon Dieu ».

Mohandas Karamchand Gandhi (Ben Kingsley) a été assassiné.

A son enterrement, tous ceux qui ont compté dans sa vie et pour lesquels il a compté sont là, sauf sa femme qui est morte quatre ans plus tôt.

 

Retour en arrière, en 1893, en Afrique du Sud, dans un train : le jeune Gandhi rentre chez lui. Mais il est (presque) aussitôt jeté hors du train : on ne mélange pas les couleurs de peau, dans ce pays.

Ce traitement peu humain est le point de départ d’une longue lutte qui mènera à l’indépendance de l’Inde, quelques mois avant mort de Gandhi.

 

Richard Attenborough nous propose ce qu’on pourrait appeler le film de sa vie : cette biopic (comme on ne disait pas encore à l’époque) est une fresque extraordinaire de l’histoire du Mahatma. On sent l’implication du réalisateur dans cette production colossale.

Mais surtout, ce film a révélé un immense acteur : Ben Kingsley (1).

Il n’interprète pas Gandhi, il EST Gandhi. Sa ressemblance est bluffante : on oublie très rapidement que ce petit bonhomme est in acteur, tant le jeu de Kingsley est phénoménal.

 

Mais ce n’est pas tout : les différents protagonistes ont été choisi avant tout pour leur physique : Roshan Seth et Alyque Padamsee – respectivement Nehru et Jinnah – sont eux aussi très ressemblants.

D’une manière générale, la reconstitution des lieux et des luttes engagées est absolument magnifique, amenant un réalisme assez impressionnant : on a la véritable impression de vivre le parcours de Gandhi.


En face de lui, on trouve une Angleterre aveugle et sourde aux doléances légitimes des Indiens. Ce sont des militaires qui se succèdent, de l’Afrique du Sud à l’Inde, avec toujours cette rigidité que leur fonction exige, allant jusqu’à fusiller des centaines de personnes pour faire respecter l’ordre.

On sent en eux l’arrogance envers les colons, cette arrogance qui les fait se considérer comme les plus évolués mais qui tuent comme de véritables barbares.

On y retrouve toute cette engeance propre sur elle et méprisante, qui garde sa lèvre supérieure bien rigide. Il ne manquerait plus que John Gielgud, mais – heureusement – il est là, du mauvais côté cette fois-ci, mais pouvait-il en être autrement ?

 

Finalement, ce sont un peu plus de trois heures qui s’écoulent naturellement, le personnage principal étant devenue une icône mondiale, respecté dans le monde entier pour sa lutte non-violente. Mieux, Martin Luther King utilisera les mêmes armes pour l’égalité des droits aux Etats-Unis, avec un destin similaire, vingt ans après le Mahatma.

 

Pour toutes ces raisons, il me semble que ce film restera comme le plus important de son réalisateur.

Mais je peux aussi me tromper.

 

P.S. : on peut reconnaître, au détour d’une ruelle un jeune acteur – 24 ans quand le film sort – qui fera bientôt parler de lui : Daniel Day-Lewis.

A noter aussi que Roshan Seth  (Nehru) et Amrish Puri (Khan) se retrouveront – du mauvais côté à leur tour – dans Indiana Jones et le Temple maudit.

 

(1) Ce n’est que son deuxième film, mais il a beaucoup tourné pour la télévision.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Martin Scorsese
The Aviator (Martin Scorsese, 2004)

Un ballet d’avions dans le ciel alors que résonnent les accords de Toccata et fugue en ré mineur de J-S Bach, voilà le summum du bonheur pour cet « aviateur », le tycoon Howard Hughes (Leonardo di Caprio) : homme d’affaire, cinéaste, producteur et bien sûr pilote de renom.

 

Deux heures cinquante pour nous raconter vingt ans de la vie de ce magnat atypique, finalement, ce n’est pas si long que ça. Surtout qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le rythme du film est à l’image de son personnage : sans cesse en mouvement, toujours en quête d’absolu, toujours regardant vers l’avant.

 

Mais si vingt ans passent sous nos yeux, ce n’est pas de manière linéaire. On suit la genèse de Hell’s Angels jusqu’à sa sortie (1927-1930), puis on fait un bond en avant sur le tournage de Sylvia Scarlett (1935) où Howard rencontre l’une des femmes de sa vie* : Katharine Hepburn (Cate Blanchett).

Puis nous faisons un nouveau bond et nous nous retrouvons pendant la deuxième guerre mondiale, et un dernier saut qui nous emmène en 1947 avec la tentative de décollage d’un titan des airs, le Hercules, véritable aboutissement de Hughes dans l’aviation.

A chaque fois, si in sous-titre ne nous prévient pas, ce sont les dialogues qui nous indiquent le temps passé, rappelant des succès précédents au cinéma (Hell’s Angels, Scarface) ou encore la situation internationale.

 

Mais à chaque période, la reconstitution est absolument merveilleuse, jusque dans le choix des personnages réels utilisés. En effet, il était toujours possible de trouver un sosie mais que ce sosie sache tourner pour le cinéma, c’est souvent une autre affaire. Ici, Scorsese assume totalement la vague ressemblance entre les personnages réels et leurs interprètes. C’est avant tout leur action dans la vie de Hughes qui est le plous important.

Si Jean Harlow n’est reconnaissable qu’à sa coiffure de blonde platinée, ses postures ne font aucun doute : c’est bien elle qu’on retrouve aux bras de Hughes pour la première de Hell’s Angels.

Et c’est pareil pour Ava Gardner. Avant tout il faut savoir une chose : il n’y a eu il n’ya aura qu’une Av a Gardner ! Mais le charme et la classe de Kate Beckinsale nous font (presque) oublier ce postulat. Mais il en va tout autrement pour Katharine Hepburn. Cate Blanchett est la grande Katharine. En quelques répliques elle nous fait oublier qui elle est vraiment et fait revivre la rande actrice. Elle a la diction élaborée et particulière de son modèle et le port altier qu’on lui retrouve dans ses plus grands films. On retrouive ce mélange de distinction et de folie qu’avait Katharine. C’est un véritable enchantement. Et cet épisode toruve son point culminant quia nd Howard est invité dans sa famille : on se croirait chez les Sycamore de You can’t take it with you !

 

Et puis il y a Howard Hughes. Martin Scorsese ne pouvait que s’approprier un tel personnage. Car le Hughes du film n’est pas très différent des personnages scorsesiens habituels. EN effet, on assiste à une ascension irrésistible à laquelle succède une décadence atout aussi irrésistible, et une fois le film terminé, ce personnage n’est pas plus avancé qu’au début, même s’il entrevoit une possible amélioration.

Il faut dire que le personnage réel est absolument incroyable. On en arriverait presque à douter qu’un tel homme ait existé tant ce qu’on nous montre paraît invraisemblable. Hughes est un grand malade rongé et ravagé par un TOC (trouble obsessionnel du comportement), qui semblerait remonter à son enfance où sa mère (Amy Sloan) voulait le protéger contre les agressions physiques microbiennes. La séquence d’ouverture est d’ailleurs extrêmement pertinente et amène les comportements de Hughes par la suite. On y découvre un savon neuf, sec que cette femme utilise pour laver son fils (Jacob Davich), et l’image du savon dans sa boîte en fer reviendra à plusieurs reprises.


Ensuite, il y a le jeu de Leonardo di Caprio. C’est sa deuxième collaboration avec Martin Scorsese et il nous donne à voir toute l’étendue de son talent. Il y a chez di Caprio le même sens du jeu que pouvait avoir Robert de Niro dans des rôles similaires quelques années auparavant. On retrouve cet engagement intense dans un personnage qui en devient hors du commun, s’élevant pour mieux retomber. Là encore, il ne fait pas que jouer, il est Howard Hughes. Il y a un accent mis sur son TOC qui amène un dérèglement de la personnalité incroyable. Di Caprio est époustouflant de justesse à chaque fois qu’il « part en vrille », répétant inlassablement une même phrase jusqu’à ce qu’on l’évacue pour l’aider à retrouver ses esprits. De plus, l’utilisation d’une lumière blanche saturant progressivement l’écran de sa blancheur aveuglante rajoute dans la tension qu’éprouve Hughes.

Ce sont des flashes qui crépitent alors qu’il marche sur les ampoules usagées de ces mêmes flashes, ou encore des éclairages qui accompagnent des prises de vue qui ajoutent à cette confusion mentale un effet irréel.

Et surtout, cette saturation est accentuée par la teinte de la pellicule.

En effet, l’image qui nous est proposée rappelle le Technicolor avec ses couleurs criardes et surtout le rouge qui ressort fortement : le drapeau du green, la robe d’Ava…

On retrouve dans ces images la teinte des films de cette période, avec en plus l’ajout d’images d’actualités qui se fondent naturellement dans le film.

 

Magnifique.

 

 

* Bien entendu, il y en aura d’autres, Ava Gardner (Kate Beckinsale), pour ne citer qu’elle.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame historique, #Guerre, #Stanley Kubrick
Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)

Angleterre, XVIIIème siècle.

Grandeur et décadence de Redmond Barry, jeune Irlandais opportuniste, à travers une Europe en guerre.

 

Il y a chez Kubrick une faculté au renouvellement assez extraordinaire. EN effet, après s’être essayé aux films de gangsters, péplum, de guerre ou d’anticipation, il nous propose ici un film en costume d’une grande maîtrise technique et esthétique. Bref, c’est du Kubrick.

Mais ce qui marque le plus dans ce film, c’est  la recréation de ce dix-huitième siècle pictural qu’on peut admirer dans les œuvres de Constable, Gainsborough ou encore Hogarth : on y retrouve des éclairages similaires et comme chez ce dernier des tableaux à l’intérieur de ses toiles. Et c’est surtout dans la seconde partie qu’on peut faire ce parallèle : la première partie se passe la plupart du temps en extérieur alors que la seconde a tendance à enfermer les personnages, physiquement et moralement.

D’une manière générale, on retrouve une dualité tout au long du film, divisé en deux parties nous montrant deux facettes d’un même homme.

 

Dans la première partie donc, on découvre le jeune Redmond Barry (Ryan O’Neal), naïf et passionné, et qui se retrouve à parcourir les routes suite à un duel remporté sur un personnage influent qui voulait épouser sa cousine : le capitaine John Quin (Leonard Rossiter).

Ce sont d’ailleurs deux duels qui vont marquer les limites de la vie cinématographique de Barry : le premier l’envoie vers son destin, et le second le ramène à ce qu’il a toujours été, un homme de rien.

Ce n’est pas une révélation que de le dire : le narrateur (Michael Ordern) rappelant régulièrement la fin tragique et inéluctable de Barry. Et ce qui intéresse Kubrick c’est tout ce qui se passe entre ces deux coups de feu qui bordent la vie de son (anti ?) héros : comme une longue parenthèse dans sa vie de rien.

 

L’ascension de Barry voit le jeune homme passer d’une vie en extérieur, marquée par la Guerre de 7 ans (1756-1763). Barry y voit de suite une façon d’échapper à la justice suite au duel, et il s’engage donc dans les troupes de George III. Mais cette situation est tout de même périlleuse, les combats y étant fort meurtriers. La seconde opportunité qui s’offre à lui, la désertion, ne va réussir qu’à le faire changer de camp rejoignant donc les troupes prussiennes. Mais c’est ce revirement qui va amener toute la suite de l’intrigue, scellant définitivement son destin. De soldat il devient agent secret, espionnant un compatriote, le chevalier de Balibari (Patrick Magee, qui jouait déjà dans le film précédent de Kubrick). Et autre exemple de la dualité du film, de même que par opportunisme, il est agent double, trouvant ainsi une autre manière de quitter cette situation.

 

De retour en Angleterre avec Balibari, ils écument toutes les tables de jeu. C’est ainsi qu’il fera la rencontre la plus capitale de sa vie : la comtesse de Lyndon (la belle Marisa Berenson), qui semble échappée d’un tableau de Gainsborough.

Cette rencontre, qui se soldera par un mariage coïncide avec l’époque la plus heureuse de sa vie et terminera la première partie du film. Barry a atteint son apogée, et quand le film reprend, un titre nous annonce sa chute. Et elle est d’autant plus spectaculaire que Barry est monté haut dans la société anglaise.

C’est après la naissance de son fils que les choses se précipitent. En effet, parvenu à son objectif, il n’a plus rien à attendre de sa femme, et mène donc une double vie faite de jouissance et de plaisir. Mais cette deuxième vie va aussi stigmatiser la relation qu’il a avec son beau-fils, Lord Bullingdon  (Dominic Savage, puis Leon Vitali, qui deviendra un proche de Kubrick).

 

Cette relation faite de rancœur et d’hostilité amènera le deuxième duel, mettant ainsi un terme aux prétentions de Redmond.

Ce duel, en outre se situe dans une grange – alors que le premier était en plein air – signe ultime de l’enfermement de Barry : prisonnier de ce destin qu’il a lui-même créé et qui le renvoie à sa condition primaire.

 

En plus d’une reconstitution magnifique de l’Angleterre du XVIIIème siècle, Kubrick adopte un rythme lent. Même dans les scènes de batailles, il prend le temps : les fusillades possèdent aussi ce rythme lent du fait du temps nécessaire aux soldats pour recharger leurs armes, et de l’avancée des armées qui se fait dans l’ordre et le calme. Cette lenteur accentue le caractère inéluctable du destin de Barry. En effet, c’est une force incontrôlable qui le mène vers sa chute. Et la lenteur, faite de petits éléments mis bout à bout, cache à Redmond sa chute prochaine, jusqu’à l’intervention de trop contre son beau-fils, qui en plus se fait en public.

Dès lors, la chute s’accélère jusqu’au duel final.

 

Et c’est paradoxalement ce duel final qui va donner à Barry ce qui lui a manqué dans son ascension et aurait dû faire de lui un homme comblé : de la grandeur d’âme. Mais cette grandeur tardive scelle aussi définitivement sa déchéance, le jeune Lord Bullingdon le renvoyant à sa condition initiale, tant physique que morale.

Quoi qu’il eût pu tenter, il ne pouvait pas réussir.

 

La parenthèse se referme. L’ordre immuable de la société anglaise est respecté.
Et si la toute dernière séquence nous annonce que nous sommes en 1789, il ne faut rien y voir d’extraordinaire : c’est en France que l’ordre immuable fut bouleversé.

La déchéance de Barry - Marriage-A-la-Mode #2 (W. Hogarth, 1745)

La déchéance de Barry - Marriage-A-la-Mode #2 (W. Hogarth, 1745)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Drame, #Franklin J. Schaffner
Papillon (Franklin J. Schaffner, 1973)

Un représentant de l’Etat explique, à des hommes, que la France les a reniés.

Ils n’ont plus de patrie.

Le plan s’élargit, les hommes sont de dos, nus. Ils n'ont plus rien. Ils ne sont plus rien.

Ils embarquent alors, après avoir traversé la ville*. Leur destination : la Guyane française et son bagne.

Parmi les détenus, deux figures nous intéressent : Louis Delga (Dustin Hoffman), faussaire génial, et Henri Charrière, dit Papillon (Steve McQueen).

Entre eux va se développer une amitié étrange, entrecoupée par des tentatives d’évasion.

 

Nous sommes en 1973 quand Franklin J. Schaffner tourne cette épopée pénitentiaire. Même Henri Charrière, auteur du roman éponyme, est encore en vie (il mourra le 29 juillet de cette année-là). Au scénario (entre autres) Dalton Trumbo, qui récrit l’histoire – déjà sujette à caution – de l’ancien bagnard.

Mais Papillon, c’est avant tout la rencontre de deux légendes du cinéma : Steve McQueen, l’un des acteurs les plus cools d’Hollywood, dont le talent n’est plus à prouver ; et Dustin Hoffman, découvert quelques années plus tôt (Le Lauréat, 1967), qui entame une carrière d’homme-caméléon avec ce rôle d’un homme très myope et à la calvitie naissante.

 

Mais ce film, c’est avant tout une critique acerbe du système pénitentiaire français. Et comme pour la première Guerre Mondiale, il faut attendre que ce soient les Américains qui en abordent les côtés sombres (Les Sentiers de la gloire, 1958). Deux ans après Johnny got his gun, on peut faire confiance à ce scénariste (Trumbo), anciennement placé sur la Liste noire, pour dénoncer quelque chose.

 

Steve McQueen et Dustin Hoffman sont formidables de bout en bout : McQueen en éternel rebelle à l’autorité, toujours en quête d’une occasion pour s’évader. Quant à Hoffman, il fait de Delga, qui est un homme assez quelconque au premier abord, un personnage attachant, même si on est quasiment sûr – Comme Paillon – qu’il ne partira jamais du bagne. Et la relation entre ces deux personnages en devient émouvante, à chacune de leurs retrouvailles.

 

Et puis il y a le jeu de McQueen, pas si « cool » que ça. Les aventures (romancées, certes) sont éprouvantes et McQueen donne une autre dimension à son personnage : Charrière, s’il n’a pas tué le souteneur comme le tribunal la reconnu, était tout de même un (petit) criminel. Et Papillon/McQueen ne s’en cache pas. Mais sa composition tout au long du film nous fait oublier ces « erreurs de jeunesse ». Il y a une humanité chez ce Papillon-là qu’on ne retrouve pas obligatoirement dans le livre*. Le passage dans l’Ile des Lépreux est un très bon exemple de cette humanité véhiculée par McQueen.

Autre grand moment du film : l’incarcération de Papillon dans une cellule pendant deux ans qui se durcit quand on lui diminue sa ration alimentaire et on lui enlève la lumière (il reste juste un tout petit puits qui éclaire à peine son visage). La survie de Papillon va plus loin que ce qu’on avait pu voir dans les autres films pénitentiaires, les conditions de survie étant ce qu’elles furent. Nous sommes véritablement dans la cellule, et vivons de très près ce que vit Papillon, et surtout sa lente progression vers la folie, son esprit se désagrégeant pendant que son corps vieillit prématurément.

 

Mais comme on est dans un film qui dénonce certains « dysfonctionnements », on en arrive à une galerie de personnages plus ou moins antipathiques : le porte-clés (Allen Jaffe), homosexuel notoire qui alerte la garde ; les chasseurs d’hommes, d’anciens bagnards qui sont restés et traquent les évadés ; et les innombrables gardiens, plutôt des fonctionnaires consciencieux que de véritables méchants. Le gardien-chef  (William Smithers) de la section « réclusion » en un bon exemple du fonctionnaire consciencieux. Il n’y a aucune haine dans son action (parfois rude). Il fait ce pourquoi il est payé, sans en tirer ni joie ni peine. On peut même se demander si cet homme a des émotions.

 

Mais s’il fallait désigner la personne la plus « mauvaise », ce serait pour moi la mère supérieure (Barbara Morrison) : Papillon, aidé par une jeune religieuse est hébergé au couvent, laissant en gage sa fortune. Ce répit ne dure qu’un temps, dès le lendemain, il est arrêté et reconduit à son point de départ…

La dernière remarque qu’elle lui fait avant qu’il s’en aille est magnifique de rosserie et de malfaisance : un comble pour une personne religieuse dont le but est l’aide aux plus nécessiteux. En moins de trois minutes, elle arrive à se faire détester de Papillon et des spectateurs ! Un personnage inoubliable.

 

Papillon est un film fort, servi par une distribution impeccable, dont certaines séquences sont difficilement soutenables : la guillotine au milieu de la cour n’est pas qu’une menace, et encore moins un élément de décoration qui sert à couper du bois. Un bagnard repris pour la troisième fois en fera la triste expérience. Là encore, un moment inoubliable du film.

 

 

* Pas un mot n'est échangé, seul le bruit des sabots battant le pavé. On pense à une autre chiourme célèbre, celle que Jean Valjean et Cosette voient passer dans Les Misérables de Raymond Bernard, encore plus terrible. Rien n'a beaucoup évolué en 100 ans...

 

** Dans le livre, la troisième tentative est la bonne (comme dans le film), mais le livre raconte ce qu’il se passe ensuite : une nouvelle occasion de raconter d’autres histoires plus ou moins vraies mais tellement palpitantes, elles aussi !

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Drame, #Biopic, #Milos Forman
Amadeus (Milos Forman, 1984)

Dix ans.

Dix ans de la vie d'un homme. C'est peu.

Mais quand cet homme, c'est Mozart (Tom Hulce), alors c'est tout.

Il a vingt-six ans quand le film commence. Et normalement toute la vie devant lui.

Mais ce n'est pas le cas. Devant lui, il y a l'école italienne. Et avec, la jalousie.

La jalousie d'être moins bien, de ne pas avoir le don qui fait toute la différence entre un artisan et un artiste.

 

Cette jalousie, c'est Salieri (F. Murray Abraham) qui+ l'exprime. Mais avec en même temps une admiration sans borne. Jaloux certes, mais conscient de la valeur de cette « créature » comme il l'appelle.

Et puis il y a le rire. Ce rire idiot, qui ne colle tellement pas avec le personnage, cette icône qu'on nous a présenté pendant près de deux siècles (nous sommes en 1984, quand le film sort). D'ailleurs, le Mozart qu'on nous présente n'a rien d'académique, si ce n'est sa musique. Mais est-ce si étonnant ? pourquoi Mozart n'aurait-il pas été humain ? Parce que - comme le dit Salieri - sa musique est divine ?

 

Quand le film est sorti, beaucoup de critiques - britanniques entre autres - reprochaient le caractère scatologique du personnage. A priori, ce furent des gens qui n'ont pas dû regarder le film en entier, la scatologie s'effaçant rapidement pour laisser la place à l'expression du génie. Parce qu'il faut tout de même le reconnaître : je ne suis pas un grand admirateur de Mozart, mais tout de même, quel talent, quelle virtuosité !

 

Quant à ses frasques : en quoi sont-elles plus choquantes qu'un Iggy Pop se baladant nu à la télévision, ou qu'un Keith Moon propulsant une Rolls Royce dans une piscine ? Mozart est jeune, il a besoin de vivre, de jouir de la vie. Alors il brûle sa jeunesse, donnant le meilleur de lui-même dans des œuvres impérissables : « hope I'll die before I get old » (My Generation, The Who). Mozart écrivait la musique de son époque, c'est tout. Quant au reste, quelle importance.

 

Mais revenons au film. Le duo Salieri-Mozart est, bien entendu, le clou du spectacle. Cette admiration - ouverte chez Mozart, cachée et réprimée chez Salieri - est magnifiquement montrée. Mais c'est malgré tout Salieri-Abraham qui retient l'attention. Il est magnifique. Son personnage duel est une réussite. Et même si la séquence finale qui le voit assister Mozart dans le Requiem n'a jamais eu lieu, qu'importe, nous sommes au cinéma [« Au cinéma, tout est possible. » (Tex Avery)] Et plus Mozart monte en puissance créatrice, plus Salieri s'enfonce dans la bassesse, sans toutefois se départir de son admiration. Un beau numéro d'acteur (avec Oscar à la clé, évidemment !).

 

Alors que Salieri assiste Mozart, qu'il l'aide à mourir - parce c'est ce qu'il fait, finalement, et sa confession initiale n'est pas si erronée - que nous importe. Nous avons eu un moment d'émotion, indispensable au cinéma : quand l'image se mêle à la musique pour éblouir le spectateur.

 

Parce que quand le film se termine, terriblement - Mozart est mort, son corps déversé à la fosse commune - le spectateur n'est que plus admiratif de ce génial compositeur, en avance sur son temps sur certains points, et avant tout un homme vivant dans un monde en mouvement : quand Mozart meurt, en 1791, la Révolution française a déjà deux ans et s'exporte, ou tout du moins son esprit, qui va changer les mentalités, réveillant un monde ancien qui s'endormait peut-être...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Biopic, #Abel Gance
Napoléon (Abel Gance, 1927)

Phénoménal.

Après Les deux Orphelines (David Wark Griffith, 1921) et Scaramouche (Rex Ingram, 1923), il était temps que les Français donnent leur version de leur Révolution.

Et là, on n'est pas déçu. Certes, Robespierre a toujours le mauvais rôle. Mais cette fois-ci, les ténors de la Révolution sont tout de même plus ressemblants. Et c'est aussi l'occasion d'avoir une séquence d'anthologie : La Marseillaise (voir plus bas).

Et c'est avant tout de Napoléon qu'il est question. De 1783 à 1796, nous allons suivre l'évolution dans le temps et dans la tête du dictateur le plus célèbre au monde.

 

Ca commence à Brienne, où Napoléon (Vladimir Roudenko) était interne. Il dirige une bataille de boules de neige, à quatorze ans, (déjà) comme un stratège. Et ça se termine aux portes de l'Italie, avant de commencer la Campagne.

Et entre les deux ? Des épisodes tirés des livres d'histoire. Tout y est : la boule de neige piégée ; la traversée de la méditerranée avec un drapeau tricolore en guise de voile ; la prise de la Redoute de Toulon ; et bien entendu Joséphine de Beauharnais (Gina Manès).

 

En plus d'un biopic, nous avons droit (encore une fois) à une leçon magistrale de cinéma.

Comme dans L'Aurore, nous avons droit à toutes les techniques cinématographiques existant : travellings, panoramiques, gros plans, caméra subjectives, montages parallèles, flashbacks... N'en jetez plus ! Et en prime, une séquence finale constitué par l'assemblage de trois plans côte à côte, accentuant le côté grandiose du personnage et de son destin.

C'est une féérie d'image. En plus de Gance, on note la présence de deux « migrants » russes (et pas des moindres !) : Victor Tourjanski et Alexandre Volkoff.

La caméra est presque toujours en mouvement, le montage est extrêmement rythmé, les images sont parfois teintées (rouge, bleu, jaune...). On en a plein les yeux.

Il y a une frénésie dans ce film que les images traduisent parfaitement : lors de la bataille de boules de neige, pendant la Marseillaise, le 10 août 1792...  C'est incroyable. A cela s'ajoutent des surimpressions d'images - jusqu'à cinq plans différents - qui terminent de nous submerger.

Et puis comme c'est Abel Gance, on a droit à une scène orgiaque : c'est le Bal des Victimes, qui tourne rapidement à la bacchanale, avec vin à gogo et danseuses dénudées. Du pur Gance, quoi !

 

Et Napoléon, c'est aussi - et surtout - celui qui l'interprète : Albert Dieudonné. Il ne joue pas Napoléon, il est Napoléon. Tout, dans son allure, sa démarche, son regard, sont les caractéristiques de « l'Empereur ». L'exaltation de Dieudonné suffit à amener le souffle épique qui manquait aux soldats qui feront la Grande Armée. Il y a dans ses yeux toute l'éloquence que ne nous permet pas d'entendre le cinéma muet. Et c'est pour ça que le cinéma muet est plus riche que le parlant.

Et puis il y a aussi le Napoléon plus intime : celui qui ne sait pas parler aux femmes qu'il désire, celui qui accepte une partie de colin-maillard avec les enfants de Joséphine. Il a autant de gaucherie que d'aptitude stratégique. Il en redevient humain, voire accessible. Ce sont d'ailleurs les seuls moments. Même en famille, il y a chez lui une supériorité que tous lui concèdent. Même avec sa mère, il est au-dessus. Ce n'est pas un fils normal.

 

Et bien sûr, il y a les moments de bravoures : les séquences « cultes », comme ils disent...

- La bataille de boules de neige : certes, elle fait partie de la légende dorée du Corse, mais il faut reconnaître que Gance en fait l'événement fondateur de la carrière de Napoléon. Comme lors de chaque grand moment du film, Gance a choisi d'utiliser une caméra au plus près de l'action, parfois subjective, parfois fixe, mais le plus souvent en mouvement. Cette séquence nous permet en outre de présenter un personnage qui sera témoin de l'ascension du héros, de Brienne à l'Italie : Tristan Fleury (Nicolas Koline).

- La Marseillaise : il y a trois grandes exploitation de cette chanson au cinéma. Celle de Michael Curtiz dans Casablanca, celle de Jean Renoir dans La grande Illusion, et celle-ci. Nous assistons à la naissance d'un hymne. Là encore, le montage de Gance et Marguerite Beaugé crée la magie. L'image est partagée en quatre puis en neuf parties avec tous ces gens qui chantent. Pour un peu, on entendrait Danton (Alexandre Koubitzky) chanter.

- La nuit du 10 août 1792 : c'est un montage parallèle entre la fin de la royauté et la fuite en bateau à travers la tempête. Il y a sans cesse un passage de l'Assemblée Nationale à la Méditerranée avec un mouvement de vagues. Le bateau est secoué par les flots pendant que l'Assemblée est secouée par les événements. Mais en plus, il y a un mouvement pendulaire de la caméra auquel s'ajoute une confusion des images due à la surimpression de cinq plans différents, le dernier apparaissant étant la guillotine !

- La veillée dans la Convention : Napoléon va partir pour l'Italie. Il vient une dernière fois se recueillir dans cette salle vide. C'est là qu'il rencontre les fantômes de la Révolution, Danton, Robespierre (Edmond van Daël), Marat (Antonin Artaud) et Saint-Just (Abel Gance soi-même) en particulier. C'est l'occasion de rappeler les garanties que donnait Napoléon quant à la sauvegarde de la Révolution - on sait ce qu'elles ont valu. Là encore, nous assistons à des surimpressions ( ce sont des esprits avant tout), mais il y a aussi cet homme face à son destin et son héritage.

- Aux portes de l'Italie : on change de format. Au lieu d'un 35mm habituel, on passe à un triptyque 3x35mm avec continuité (ou non) de l'image. Cela permet de grands panoramas mais aussi trois foyers d'actions dans une guerre qui s'annonce. C'est aussi là que Dieudonné-Napoléon prend toute sa dimension.

 

Trois cent trente-deux minutes de grand cinéma : du bonheur et beaucoup d'émotion.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Peplum, #Biopic, #Stanley Kubrick, #Charles Laughton
Spartacus (Stanley Kubrick, 1960)

Seul. Désespérément seul.

Au plus fort de l’engagement, quand ses troupes sont au maximum, prêtes à lancer l’assaut contre les armées de Crassus, il est seul. Même auprès de Varinia, sa femme (Jean Simmons), il est seul. Et bien entendu, comme prévu, il mourra seul, crucifié.

Spartacus (Kirk Douglas) est un esclave qui eut la (mal)chance de se trouver sur la route du laniste Batiatus (Peter Ustinov). Chance parce qu’il échappe à une longue agonie, mais malchance parce que la vie de gladiateur n’est pas non plus la panacée.

Le film est une tragédie classique qui comporte trois parties : la vie de gladiateur, la vie de chef des esclaves, l’affrontement.

 

Pendant la première partie, Kubrick met en place ses personnages. Il révèle les liens qui les unissent ou les séparent. La deuxième partie correspond au temps de la tragédie, quand tout semble sourire au héros. Puis, la troisième partie, l’affrontement amène l’issue funeste inéluctable.

Kirk Douglas a retrouvé Kubrick avec qui il avait fait les Sentiers de la gloire. (C’est bien lui qui a engagé le metteur en scène, et pas le contraire). Ensemble, ils font un péplum qui ne ressemble pas aux autres. C’est dans la démesure que le film prend toute sa saveur. Il faut voir ces très nombreux figurants s’élancer vers le port de Brindisi. On n’a pas vu un tel cortège depuis Les dix Commandements en 1956. Mais cette fois-ci, il n’y a pas la fausse anarchie du peuple hébreu. Tout est calculé. Il faut aussi voir les armées romaines se déployer pour en être convaincu. Parce que ce film est précis dans son exécution (pour ce qui est des anachronismes… Passons !). C’est normal, c’est Kubrick. Tout est pensé, exécuté avec précision. Les combats de gladiateurs devenant – comme l’affrontement des deux bandes dans Orange mécanique – des ballets. L’entrainement est synchronisé, les duels chorégraphiés.

 

Cette démesure arrive à son paroxysme quand Crassus parcourt le camp de batailles où sont mêlés les corps des victimes du conflit. Une impression de gigantisme nous submerge, plus encore que dans la séquence des blessés d’Atlanta dans Autant en emporte le Vent.

La démesure enfin dans le générique : outre Kirk Douglas et Jean Simmons, on trouve quelques grands noms : Charles Laughton (Gracchus), Laurence Olivier (Crassus), Peter Ustinov, John Ireland(Crixus), Woody Strode (Draba) et bien entendu Tony Curtis (Antoninus), qui retrouve Douglas deux ans après les Vikings.

Alors que Laurence Olivier a un rôle très fort en face de Kirk Douglas, c’est tout de même ce dernier qui porte le film. Spartacus n’est pas seulement un esclave. Il est un nouvel espoir pour les opprimés. Et cette dimension christique ne peut mieux s’exprimer que par le crucifiement final – supplice alors vil, réservé aux esclaves.

 

Quant au côté péplum, nous nous en éloignons : même si les franges chères à Roland Barthes sont encore (un peu) là, l’apparition du sang amène une dimension réaliste qu’on ne trouvait pas dans les années 1950. De plus, le côté ambigu de Crassus quant à sa sexualité est finement amené et peu courant à cette époque (tout comme la relation entre Messala et Ben Hur, dans le film éponyme de William Wyler).

[NB : Gracchus inspirera Goscinny et Uderzo pour le préfet Pleindastus, dans La Serpe d’or]

 

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