Nous sommes en mai 1940 : les armées allemandes s’enfoncent irrésistiblement dans l’Europe occidentale. Neville Chamberlain (Ronald Pickup) est contraint à la démission et pour le remplacer, on ne trouve qu’un seul homme consensuel : Winston Churchill (Gary Oldman).
Seul problème : pendant la première Guerre Mondiale, en tant que Lord de l’Amirauté » on lui reproche le fiasco de Gallipoli.
Mais la voix sinon du peuple du moins de ses représentants amène Sir Winston (1) au premier plan.
Alors que Joe Wright signe ici un magnifique de guerre, à aucun moment nous ne verrons un quelconque combat : nous restons dans les arcanes du pouvoir, dans ces cabinets qui façonnèrent le monde que nous connaissance. Même l’internationalisation du conflit restera circonscrit à la Grande Bretagne et pour être plus précis Londres.
Pourtant le film s’ouvre sur une vision de l’armée allemande. Alors qu’on devrait y voir une menace, il n’en est rien. Il faut dire que la Grande Bretagne à cette époque était dirigée par Neville Chamberlain et son cabinet, dont le mot d’ordre était – et restera – la paix. Rappelez-vous, vous avez tous en tête Chamberlain brandissant les accords de Munich que vous avez vu dans vos livres d’Histoire. Mais alors que Daladier eut cette réflexion ô combien prémonitoire – « Les cons ! – Chamberlain reste campé sur ses positions pacifistes, relayées par Halifax (Stephen Dillane), l’homme du moment dans cette mouvance (2).
Il est à noter que seul Churchill, à ce moment avait compris la dangerosité du régime nazi, et de son vassal le fascisme de Mussolini.
Nous allons alors suivre ce qu’il s’est presque passé – on n’est jamais à l’abri d’une approximation (3) – à partir du moment où l’offensive allemande fut déclenchée, le 10 mai 1940. Les jours vont alors s’égrener (irrégulièrement) jusqu’aux opérations de sauvetage et surtout d’évacuation des troupes anglaises à Dunkerque et alentour. De cette opération – qualifiée de suicidaire – on est obligé d’associer le film de Christopher Nolan (Dunkirk) qui se situe exactement au même moment. De plus, dans ce film, à aucun moment on n »e voit quelque membre de l’état-major prendre quelque décision que ce soit.
Mais Ce film est avant tout une performance d’acteur : Gary Oldman est extraordinaire. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, je vous renvoie à ses différentes prestations dans les films antérieurs, mais sachez qu’il fut Sirius Black, le parrain d’Harry Potter (rien que ça), le Dracula de Coppola, ou encore George Smiley dans La Taupe.
Il faut dire que le maquillage est époustouflant : non seulement on a l’impression d’avoir affaire à Winston, mais les autres protagonistes – Chamberlain en tête – sont du même acabit.
La plongée dans ces années terribles est compète.
Et puis il y a les envolées lyriques: elles sont deux et se passent au Parlement, avec la rigueur et la gravité qui est de mise.
On vibre en entendant Churchill nous proposer que « des larmes, du sang et de la sueur » quand il doit officier en tant que premier ministre, et surtout on vibre encore plus quand il annonce qu’il n’y aura jamais aucune négociation.
Cette condition nous amène à l’une des scènes emblématiques du film : Churchill, qui n’a jamais pris le métro se retrouve dedans, un tantinet perdu. Son contact avec les différents occupants du wagon dans lequel il se trouve va être le terreau de son discours final : on le voit alors transformer (4) les propos qu’il a entendus dans son bref – et malgré tout long – passage dans ce véhicule souterrain, les reprenant à son compte et amenant le magnifique discours qui fut – entre autres – emprunté dans Fool’s Overture de l’album Even in the quietest Moments de Supertramp (1977).
Gary Oldman est Churchill, secondée par la toujours belle Kristin Scott-Thomas (Clementine, sa femme), et vu (en partie) à travers Elizabeth Layton (Lily James) qui ne souffre pas de la comparaison avec la précédente.
Décidément, le cinéma britannique est véritablement dans une phase de renouveau, et à ce niveau, on peut décemment considérer que cette « tendance » s’est installée sur le cinéma mondial.
Dont acte.
- Bien sûr, ce titre n’est pas venu en même temps…
- Neville Chamberlain mourut six mois après les événements décrits dans le film.
- Nous sommes au cinéma, ne l’oubliez jamais…
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