Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

biopic

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Prison, #John Frankenheimer
Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman from Alcatraz - John Frankenheimer, 1962)

Robert Stroud (Burt Lancaster) est à Alcatraz : il a tué un homme quand il était jeune, puis un gardien, quand il était à la prison de Leavenworth (Texas).

Nous sommes en 1959, et Stroud quitte cet enfer californien pour sa dernière demeure, une autre prison. A sa mort (en 1963), il aura passé cinquante-quatre ans derrière les barreaux dont quarante-deux à l’isolement !

Mais s’il est célèbre, c’est aussi parce qu’à Leavenworth, il a élevé des oiseaux – surtout des canaris – qu’il revendait, tout en devenant un grand spécialiste en ornithologie.

C’est cette vie d’oiseleur (d’où le titre original) qui est développée dans le film.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : si le personnage du film est un homme bon, ce n’était pas obligatoirement le cas du véritable Robert Stroud qui fut diagnostiqué comme psychopathe. Et le début du film nous montre – un peu – la véritable nature de ce prisonnier : violent et surtout isolé des autres (sinon, il y avait bagarre).

Bien sûr, c’est avant tout la performance de Burt Lancaster qui retient l’attention : malgré le handicap (moral) du personnage, il réussit à nous le faire trouver sympathique, le « méchant » devenant le directeur de la prison, Harvey Shoemaker (Karl Malden).

L’opposition entre les deux hommes est l’autre intérêt du film : Stroud ne se laisse pas faire, appelant même ce haut personnage par son prénom, ce qui est totalement nouveau par rapport films précédents en univers carcéral.

Cette opposition est d’autant plus forte que les deux hommes vont se côtoyer dans les deux prisons, avec toujours le même sentiment.

 

Et ça fonctionne : Frankenheimer réussit tellement bien que l’opinion public va s’intéresser à cette histoire au point de faire circuler une pétition pour sa libération qui atteindra 50 000 signatures !

Mais Robert Stroud ne sortira pas, ne lira jamais le livre de Tom Gaddis (Edmond O’Brien) ni verra le film qui lui sont consacrés. De même, la poignée de mains échangée entre l’auteur et le prisonnier lors de son transfert est plus que symbolique, puisqu’elle n’a pas eu lieu !

 

Mais le plus important, c’est cette nouvelle représentation de l’univers carcéral qui nous est ici proposé. Si la violence est l’élément commun avec les autres films, elle n’est pas montrée de la même façon, devenant presque accessoire par rapport à l’humanité retrouvée de Stroud. Peu de violence physique (après la mort du gardien, on n’en voit plus), et pas de sadisme chez les gardiens comme c’est souvent le cas. Au contraire, Stroud, en s’humanisant, développe une relation amicale avec son geôlier de Leavenworth (Neville Brand), surtout après les reproches – justifiés – qu’il lui fait.

 

Et encore une fois, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Karl Malden, bien que moins présent, est au même niveau que Lancaster qui signe ici l’une de ses plus belles prestations. On notera aussi les performances des autres interprètes, celle d’un « encore » débutant de 40 ans : Telly Savalas (Feto Gomez), qui a encore des cheveux !

Et encore une fois, Thelma « Birdie » Ritter est formidable dans le rôle de cette mère qui va jusqu’en haut des institutions pour sauver son fils, avant de se retourner contre lui et refuser qu’il sorte.

 

Bref, c’est un film magnifique que signe ici Frankenheimer, son deuxième (sur cinq) avec Lancaster, où, même si la vérité historique n’est pas respectée, il nous montre une autre facette de la prison, qui devient alors aussi un lieu d’humanité.

Comme toujours, au cinéma, tout est possible !

Robert Stroud (1890-1963)

Robert Stroud (1890-1963)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Guerre, #Terrence Malick
Une Vie cachée (A hidden Life - Terrence Malick, 2019)

C’est un homme dans une voiture, sur une place de passager. La fenêtre est ouverte et une main pend tranquillement, lui permettant de s’aérer le temps du (court) déplacement.

Cet homme, c’est Franz Jägerstätter (August Diehl), et son « voyage » l’emmène vers la mort : autrichien, il a refusé de prêter serment au nouveau maître de son pays, Adolf Hitler.

Franz Jägerstätter est un paysan de Sankt Radegund, dans l’Inn (Nord-Ouest de l’Autriche). Marié avec Fani (Valerie Pachner), ils ont trois petites filles.

Mais Franz refuse ce nouveau maître de l’Autriche, qui mène une guerre injuste. Personne, au village, ni ailleurs, ne semble comprendre son geste : tous lui reprochent un vain sacrifice. Mais Franz tient bon, jusqu’au 9 août 1943, date de son exécution : il est guillotiné.

 

Magistral. Peut-il en être autrement d’un film de Malick ? Peut-être, mais je suis mauvais juge dans ce cas, aimant beaucoup les (trop rares) réalisations de cet immense cinéaste. Il faut dire qu’ici, outre une intrigue solide et phénoménale, on assiste à une maîtrise technique incroyable, soutenue par le merveilleux travail de Jörg Widmer derrière la caméra. Mais là encore, cela ne suffit pas : la musique de James Newton Howard et les différents emprunts classiques qu’on y trouve est en parfaite adéquation avec ce que nous voyons. Et bien sûr, le montage d’une lenteur pertinente permet pleinement d’apprécier ce qui nous est montré : les mains qui se croisent, la nature qui se renouvelle, le travail au champ, la détention… Tout a son importance, sans qu’il y ait un élément qui prime sur un autre.

Franz Jägerstätter est un homme bon, simple et très pieux. Son attitude est avant tout en parfait accord avec ce qu’il pense et croit : il est un objecteur de conscience oublié, une de ses vies cachées dont fait référence le titre du film. Et ce n’est qu’en 2007 que l’Eglise se rappellera à son bon souvenir : lui qui est mort dans la confiance absolu du Rédempteur, il aura donc fallu plus de soixante ans pour qu’on daigne lui accorder une reconnaissance.

Et cette même Eglise n’est pas épargnée au vu de cette vie sacrifiée : l’attitude de ses différents ministres reste sinon molle, du moins très frileuse, voire penchant du côté des forts (1). Mais Franz reste sur sa position et l’assume pleinement, jusqu’à la mort. Et ce sacrifice ne sera pas vain : je vous laisse découvrir en quoi.

 

Pendant près de trois heures, nous allons donc suivre cette passion moderne (2), d’un homme qui va mourir pour ses idées, et de mort lente : cinq ans séparent sa première position (ratification de l’Anschluss) de sa mort, même si Malick s’intéresse plus aux derniers mois. A partir du moment où il refuse officiellement (3), c’est un véritable calvaire qui l’emmènera de Linz (ville de naissance de Hitler) à Berlin où : il est exécuté, à l’instar de Jésus, dans la capitale.

Et la lenteur assumée du montage de Malick (c’est ce qui a pris le plus de temps) prend toute sa mesure dans l’incarcération de Franz. Il l’explique d’ailleurs dans une de ses lettres (4) : le temps ne passe pas vite en prison. En effet, la routine immuable (sévices compris) amène la longueur, surtout quand on n’a rien à faire : rien à lire à part les lettres de Fani. Et l’impression donnée par cette partie du film correspond pleinement à ce que raconte Franz : ces quelques mois semblent des années.

 

Et puis il y a les prises de vue : Malick a pris le parti d’utiliser une lentille qui amène une certaine déformation de l’image sur les bords, donnant une autre dimension aux faits et gestes de ses protagonistes. Il y a comme une distorsion de la réalité, tant cet acharnement semble disproportionné : il va mourir tout simplement pour avoir dit non. (Malheureusement, d’autres ont eu ce même sort aussi injuste)

Le marteau du tribunal aussi est affecté par cette distorsion, donnant une importance démesurée à la décision finale : la sentence délivrée par le juge (Bruno Ganz) est totalement disproportionnée au vu du fait bénin qui la provoque. D’ailleurs, la rare séquence qui voit Ganz et Diehl ensemble (le juge et l’accusé) résume à elle seule la position de certains militaires par rapport à ce régime inique. Mais il ne peut rien faire, le véritable maître du tribunal, c’est le SS (Thomas Mraz). Toute la lâcheté de la période s’exprime ici.

Parce qu’il s’agit avant tout de lâcheté : celle de Franz pour les autres qui ne comprennent pas qu’il refuse de servir son pays, ou pour son avocat qui parle lui aussi de sacrifice vain. On y parle aussi de conscience qui amène la lâcheté, ce qui est assez paradoxal : le véritable courage, c’est bel et bien celui de Franz. En effet, il est toujours plus facile de faire comme les autres, même le mal, que d’aller au bout de ses idées et de mourir pour elles.

 

Et si Franz revêt d’une certaine façon – et malgré lui – une dimension christique, il reste absolument humain de bout en bout, respectant même ceux qui vont le conduire à la mort. Et cette humanité a pleinement sa place dans les images qui nous sont montrées. Jusqu’au dernier moment, Franz va profiter de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Et Malick ne nous épargne que sa mort, tellement convenue et attendue qu’elle en devient inintéressante en elle-même. Mais tous les détails qui la précèdent sont là : les portes, les habits de l’assistant du bourreau (Leonard Kuntz) et de son supérieur (Alexander Radszun), l’arbre hors de l’enceinte, le soleil rayonnant, le ciel bleu ennuagé.

Parce que le soleil est à chaque fois rayonnant, mais le ciel toujours nuageux. Celui de Sankt Radegund semble toujours annoncer l’orage (qui va s’abattre surtout sur les Jägerstätter), celui de Berlin et d’ailleurs n’est jamais clair, comme si la menace mortelle était omniprésente.

 

Je terminerai sur un détail concernant cette fin tragique. Il y a dans les derniers instants un aspect spectaculaire inattendu : c’est derrière un rideau que se trouve la guillotine fatale. Il y a un côté théâtral dans cette exécution qui ne fait malgré tout pas fléchir Franz, et cette invitation au spectacle est accentuée par les tenues « impeccables » du bourreau et son assistant. Seul le sol détrempé (et rouge, évidemment) dément cet aspect spectaculaire de mauvais goût. Sans oublier l’évacuation de la tête précédente… Ignoble.

 

Au final, un véritable chef-d’œuvre signé Malick, qui revient au linéaire après presque quinze ans, soutenu par une interprétation magnifique et de superbes images.

Certes, les festivaliers cannois ont hué l’absence de Malick au palmarès 2019. Pour ma part, je m’en contrefiche, n’aimant pas spécialement ce déballage médiatique. Et n’oublions jamais que John Ford n’a pas eu d’Oscar pour La Chevauchée fantastique

 

  1. Il semble que ce n’est pas la première fois…
  2. On peut entendre l’ouverture de celle de Bach selon Matthieu.
  3. Il avait voté contre l’Anschluss dans son village (il était le seul), mais le résultat avait été arrangé : une seule voix contre faisait mauvais effet…
  4. Ce sont ses véritables et celles de son épouse qui sont lues par leurs interprètes.
Franz Jägerstätter (1907-1943)

Franz Jägerstätter (1907-1943)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Olivier Casas
Frères (Olivier Casas, 2024)

Ca aurait pu s’appeler Deux Frères, si Annaud n’avait pas intitulé son film ainsi vingt ans plus tôt (eh oui, déjà vingt ans !).

Donc, ils sont deux : Michel « Mick » (Victor Escoudé-Oury, puis Viggo Ferreira-Redier et enfin Yvan Attal) et Patrice « Pat » (Enzo Bonnet, puis Fernand Texier et enfin Mathieu Kassovitz). Leur mère (Alma Jodorowsky) les a oubliés le jour de la sortie de la pension. Mais le problème, c’est que directeur de la pension se suicide : Pat va tenter de le décrocher mais l’homme tombe sur le couteau utilisé.

Panique : les deux frères s’enfuient se réfugier en forêt. Ils y resteront sept ans, à l’écart de tout et de tous.

Plusieurs décennies après, Michel raconte cette enfance hors du commun.

 

C’est très beau. Nous suivons avec plaisir et étonnement l’histoire – véridique ! – de ces deux garçons, avant de succomber à l’émotion qui nous submerge sans pour autant nous noyer, comment ces deux laissés pour compte (à différents niveaux) ont survécu en plein cœur de la nature. Hostile, cela va de soi, mais pas que. Parce que cette vie rude est un extraordinaire souvenir pour ces deux demi-frères (1) dont la disparition au monde n’est une priorité pour personne. Bien sûr il y a le froid et la faim, mais il y aussi le plaisir d’avoir un toit fabriqué soi-même, le bonheur d’avoir attrapé du gibier au collet (ou au lance-pierres) et surtout le véritable soutien qu’ils sont l’un pour l’autre, amenant une sorte de gémellité qui se développera tout au long de leur aventure sauvage (2) et atteindra son paroxysme dans la dernière partie. Et cette gémellité est très bien rendue : j’en ai eu confirmation par une demi paire de jumeaux qui est venue voir le film avec moi !

 

Et cette relation extrêmement fusionnelle est protée à chaque fois par un duo d’interprètes à la hauteur de l’enjeu. A chaque fois, que ce soient les enfants ou les adultes, on retrouve le même degré d’intimité et d’amour fraternel. Sans oublier une certaine ressemblance physique entre chaque membre de ce duo : le fait qu’ils soient présentés comme demi-frères autorise une différence, mais malgré tout, même Attal et Kassovitz ont comme un air de famille…

Et le plus amusant dans ce détail, c’est que c’est Attal le benjamin alors qu’il est –dans la réalité – de deux ans l’aîné de l’autre…

 

Pour le reste, on suit avec beaucoup de plaisir cette narration empreinte d’émotion, par celui qui, comme il le dit (3), qui « doit la vie » à son frère. Ce petit jeune qui abandonne famille et travail pour retrouver au Canada celui qui avait dit que c’était là-bas qu’il voulait y mourir. C’est absolument incompréhensible pour la famille de Michel, mais en tant que spectateur, nous savons pourquoi, et mieux : nous comprenons !

Cette incompréhension est aussi un des ressorts de l’intrigue : à la base, il y a un secret. C’est un secret lourd à porter pour les deux enfants qui – dans l’histoire originale – sont nés dans les années 1940 : les secrets étaient bien gardés dans les familles et aujourd’hui encore, des pans d’ombre subsistent et disparaissent régulièrement… De plus, leur autonomie forcée leur a ôté une part d’éducation indispensable, ils ignorent donc bien des éléments de convenance qu’ils auraient dû acquérir dans un milieu familial plus ou moins normal.

 

Je terminerai en évoquant une polémique qui a secoué la sortie du film dans la région où l’intrigue est censée se dérouler : d’aucuns doutent de ce qui nous est montré voire disent que cette histoire est incohérente. Peut-être. Et oui, il y a quelques incohérences, mais à ceux-là j’oppose toujours la même réponse : nous sommes au cinéma.

Alors, tout est permis. Non ?

 

PS : A propos de cette mère (on ne peut plus volage) et de ces/ses enfants, j’ouvre une parenthèse finale.

(Si Michel a 4 ans quand le film commence et Patrice 5, on en déduit qu’ils sont nés pendant l’Occup’. De là à dire qu’ils sont issus d’un père allemand, il y a un (petit) pas que je n’ose franchir : ce n’est pas le propos du film, mais cela ne me semble pas spécialement fantaisiste…)

 

  1. Sur de nombreux points, leur mère n’était une maman modèle…
  2. Oui, on pense à Victor de l’Aveyron !
  3. C’est présenté dans la bande-annonce.
Michel « Mick » de Robert

Michel « Mick » de Robert

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Guerre, #Ken Loach
Land and Freedom (Ken Loach, 1995)

16 février 1936 : le Frente Popular remporte les élections générales, ouvrant la voie à une politique nationale de gauche.

17 juillet 1936 : tentative de coup d’état par l’armée. Début de la Guerre Civile.

1er avril 1939 : fin de la Guerre Civile qui voit l’instauration de l’Etat Espagnol dirigé par le général Franco.

Entre ces deux dernières dates, un conflit d’abord national puis international avec l’arrivée de militants de gauche qui viennent renforcer les rangs des loyalistes pour lutter contre les nationalistes.

C’est la première année de ce conflit que nous raconte Ken Loach, à travers le témoignage de David Carr (Ian Hart), jeune Anglais de Liverpool qui a rejoint les rangs des milices loyalistes.

 

Dix ans (environ) avant son magnifique film Le Vent se lève, Ken Loach nous raconte déjà l’histoire d’une révolution qui tourne mal pour les petits, ces militants de la première heure qui sont partis se battre contre le fascisme sans arrière-pensée calculatrice et se sont retrouvés d’une certaine façon piégés par la hiérarchie et en particulier le parti communiste alors très stalinien. Encore une fois, ce sont de (très) jeunes gens qui se battent pour un idéal et seront broyés par l’autorité supérieure. Et comme nous sommes chez Loach, ce ne sont pas les grands noms qui sont mis en vedette, mais des anonymes qui ont donné leur vie pour leurs convictions.

 

Et c’est avec beaucoup de maîtrise qu’il amène ce témoignage passionnant et émouvant (inspiré du livre de George Orwell – Hommage à la Catalogne, 1938) : d’une situation tout à fait ordinaire, il amène une épopée au souffle héroïque, sans pour autant masquer les aspects sombres de l’événement. En effet, si en général on vante le courage de tous ces guerriers qui sont allés combattre le fascisme en Espagne, on n’insiste pas beaucoup sur les rivalités politiques internes au camp républicain avec les effets néfastes qui en sont sortis : le déchirement et la défaite.

 

C’est à la suite de la mort – naturelle – de David (il doit avoir 80 ans ou plus) que sa petite-fille Kim (Suzanne Maddock) découvre, en rangeant ses papiers, l’échange épistolaire de ce dernier avec sa fiancée Kitty (Angela Clarke) : tous les détails plus ou moins intimes de ce qu’il pouvait vivre pendant cette année-là. Bien sûr, sa relation avec Blanca (Rosana Pastor, formidable elle aussi) est extrapolée par rapport aux lettres consultées par la jeune fille, mais les photos qu’il envoya permettent à cette dernière d’avoir une image des gens dont il parle.

Le personnage de Blanca est central dans la guerre de David. C’est, comme le disent les personnages du film Les Insurgés, sa « Femme de Guerre ». C’est aussi son autre cause pour et avec laquelle il se bat. C’est aussi celle qui, telle Cassandre, parle vrai, mais qu’il refuse de croire. C’est aussi elle qui lui fera abandonner le conflit et rentrer chez lui, retrouver sa vie d’avant qui ne pourra pourtant plus être la même.

 

En voyant ce film, deux éléments me sont venus en tête.

Le premier, le personnage de Blanca. Est-ce dû au choix de l’interprète (à mon avis, oui), mais en voyant Blanca porter un fusil, on pense à Marina Ginestà (voir ci-dessous) photographiée à la même période par Juan Guzmán à Barcelone. On retrouve chez Blanca la jeunesse et l’assurance de cette militante qui domine la capitale catalane.

Le second, c’est un clin d’œil à un autre film marquant sur cette même période : Pour qui sonne le Glas, quand la milice délivre un petit village des franquistes et de leur curé collabo (Ricard Arilla), on croise une jeune femme qui a été tondue par ces mêmes fascistes, tout comme Maria (Ingrid Bergman) dans le film de Sam Wood (1943).

Un film magnifique, encore une fois.

 

Marina Ginestà (1919-2014)

Marina Ginestà (1919-2014)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Jonathan Glazer
La Zone d'intérêt (The Zone of interest - Jonathan Glazer, 2023)

Cette « zone d’intérêt », c’est celle qu’on ne verra presque jamais précisément. Elle est toujours présente quand on est sur le site, même si on ne la voit pas : on l’entend, inexorablement. Un bruit sourd et continu qui ne cesse que quand on est ailleurs, plus ou moins loin de la ville polonaise d’ Oświęcim que le reste du monde désigne par son appellation allemande : Auschwitz. L’antichambre de l’enfer.

Mais reprenons.

 

C’est un dimanche (?) après-midi, au bord d’un lac, très certainement après un pique-nique, que nous découvrons Rudolf (Christian Friedel), Hedwig (Sandra Huller), leurs cinq enfants et leurs gouvernante (Medusa Knopf). Une famille allemande tout à fait banale, comme on en croise tout le temps. Sauf que.

Sauf que c’est la famille Höss. Et Rudolf, le père, n’est autre que le commandant du camp de concentration d’Auschwitz. Finie donc la banalité familiale (faussement) annoncée. Place à la banalité quotidienne d’un monstre : exterminer des femmes et des hommes qui ont eu la malchance de naître juifs.

 

A part pour voir la préparation avant l’ouverture du camp pour y accueillir des visiteurs, nous n’entrons jamais dans cette « zone d’intérêt ». Ce ne sont que ses toits que nous pouvons un peu observer, à longueur de film, ainsi que ses prisonniers, mais là encore avec parcimonie : rarement plus de deux à la fois. La seule fois où nous voyons un groupe, c’est en partie masqué par la végétation. Non, ce qui intéresse Jonathan Glazer (et le regretté Martin Amis dont le roman éponyme est adapté), c’est le quotidien normal d’un monstre, qui semble avoir trouvé un inexplicable équilibre personnel entre une vie de famille heureuse dans une belle maison et la mort omniprésente du camp jouxtant le jardin de cette même maison. Avec en prime des projets d’avenir : « quand la guerre sera finie… », dit son épouse.

 

Et la grande force de ce film, l’exploit, peut-on dire, c’est d’avoir réussi à rendre cette zone d’intérêt omniprésente sans jamais rien véritablement montrer. IL faut attendre une vingtaine de minutes avant qu’on puisse faire un lien entre le bruit sourd mentionné ci-dessus et ce qu’il représente : une immense cheminée qui fume jour et nuit, débarrassant ainsi le camp de cadavres encombrants de toutes ces victimes innocentes. De même, cette cheminée dont les flammes ressortaient par son extrémité ne sera vue qu’à travers le reflet d’une vitre, une nuit tout aussi angoissante que les autres. Angoissante pour le spectateur qui sait ce qu’il se passe de l’autre côté, mais qui ne semble pas beaucoup affecter ces deux parents et une partie des enfants.

Parce que ces parents sont des monstres. Chacun à leur manière.

 

Lui, froid et calculateur, obnubilé par l’efficacité tout autant que l’apparence. A l’entendre, ce camp est avant tout un lieu de vie et (bien sûr) de bien-être. C’est un homme très calme, ne haussant jamais la voix, même dans les moments de tension (son départ du camp pour s’occuper du massacre à un plus haut niveau, par exemple). Et surtout qui n’est absolument pas importuné par le ronronnement des fours, les cris des victimes et de leurs bourreaux, ou encore les coups de feu plus ou moins proches qui font l’environnement sonore du camp.

Pire (?) il se balade dans le camp et ses environs à cheval, comme le faisaient les seigneurs médiévaux sur leurs terres, disposant de la vie des occupants à leur convenance.

 

Elle, pour sa part, n’imagine même pas de vivre ailleurs, refusant de le suivre dans ce nouveau projet (et obtenant même le droit de rester dans cette demeure hautement symbolique). On a d’ailleurs beaucoup de mal à imaginer comment on peut s’habituer à un tel environnement, aussi mortifère. Mais ce qui frappe aussi, c’est la méchanceté qui se dégage d’elle, quand elle a un œil sur ses domestiques. Des prisonnières, cela va de soi. Elle n’hésite pas à les menacer, assumant fièrement d’être la femme du commandant.

Là encore, on peut se demander comment on peut vivre ainsi. Cette femme, de par son statut d’épouse est la complice de son mari, et seule la menace d’être séparée de ses enfants l’amènera à dénoncer ce dernier aux Soviétiques.

Malgré tout, elle mourra de vieillesse, en 1989…

 

Au final, un film magistral qui en dit beaucoup plus qu’il n’en montre. Indispensable.

 

PS : je ne saurai que trop vous recommander de lire les pseudo-mémoires de Rudolf Höss  écrits par Robert Merle (La Mort est mon métier, 1952), afin de comprendre l’autre facette de cet homme monstrueux, celle qui concerne de (très) près la « zone d’intérêt ».

 

Les enfants Höss sur le toboggan

Les enfants Höss sur le toboggan

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Tom Hooper
Le Discours d'un roi (The King's Speech - Tom Hooper, 2010)

La Guerre vient d’être déclarée : Hitler a envahi la Pologne. Le roi George VI (Colin Firth) doit prononcer un discours d’importance assurant l’unité et la cohésion du pays. Seulement George a toujours eu du mal à parler en public : il est atteint d’un irrépressible bégaiement. Il a pourtant bénéficié des conseils et cours du singulier Lionel Logue (Geoffrey Hunter), acteur raté qui ne possède même pas un diplôme d’orthophoniste.

Mais il a l’expérience, et ça, ça ne se monnaye pas. Et en plus, il réussit à faire parler ce souverain timoré, allant jusqu’à s’en faire un ami…

 

Soixante-dix ans (et même beaucoup plus aujourd’hui) après les faits, on a beaucoup de mal à imaginer un roi comme le fut George VI. Surtout quand, comme moi, on n’a connu que sa fille Elizabeth (Freya Wilson) à sa place qui, en plus d’avoir des chapeaux singuliers, s’exprimait avec beaucoup de naturel. Tout comme ceux qui ont précédé ce drôle de roi. Et l’interprétation de Colin Firth est absolument remarquable, exprimant avec beaucoup de justesse le tour à tour désarroi, l’hésitation, l’énervement et toute sorte de sentiments plus ou moins coutumiers d’un monarque : c’est avant tout un homme seul sure lequel repose l’Eglise anglicane, sans oublier son (petit) rôle dans la formation d’un gouvernement.

Et si l’interprétation de Firth est admirable, c’est encore une fois grâce à tous ceux qui l’entourent : de Helena Bonham Carter (Elizabeth Bowles-Lyon, duchesse d’York et future « Queen Mom ») à Timothy Spall (Churchill), sans oublier bien sûr Michael « Dumbledore » Gambon (George V) ni Guy Pearce (Edward VIII), ces deux derniers illustrant magnifiquement l’aisance orale liée à leur fonction.

 

Mais c’est avant tout Geoffrey Hunter qu’il faut saluer, mettant lui aussi formidablement en valeur le personnage de Firth, de par sa simplicité (feinte) et son assurance (pas vraiment plus authentique). Non seulement, il met en valeur le bégayeur, mais leur relation atteint un niveau d’intimité – même si on parle ici d’un roi – que le pauvre Bertie (le vrai prénom de George VI est Albert, mais il est jugé un tantinet trop germanique pour la période) n’a pas l’habitude de vivre. On sent tout le poids de l’étiquette dans les premières confrontations entre ces deux personnages si dissemblables : Bertie ne possède même pas un shilling sur lui !

Et bien sûr, ces confrontations tournent presque à l’affrontement tant George est mal à l’aise face à cet homme de rien qui, lui, sait parler !

Et comme nous sommes pleinement chez les Britanniques, nous n’échappons (heureusement) pas à cet humour subtil qui fait leur force.

 

Bref, on savoure pleinement cette histoire qui semble tellement incroyable qu’elle ne peut qu’être vraie. Et au-delà de cette relation entre ces deux hommes, c’est aussi toute la recréation de ce monde britannique de l’Entre deux Guerres qu’il faut saluer, et la pertinence des différents protagonistes : certes, on ne passe pas à côté d’un aspect un brin caricatural (Churchill et son sempiternel cigare à la main), mais cela est avant tout afin de permettre au spectateur de reconnaître sans hésiter les personnages historiques, rendant la narration plus fluide et le spectateur plus attentif des autres enjeux du film (1).

 

Bref, c’est un grand film, mené de main de maître et servi par de grands interprètes, et ses (très) nombreuses récompenses sont hautement justifiées.

 

  1. Il existe des gens – dont je fais partie – qui essaient de les reconnaître, voire croient le faire (et se trompent parfois, ou souvent…)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Vincent Pérez
Une Affaire d'honneur (Vincent Pérez, 2023)

17 juillet 1887

Le maître d’armes français Clément Lacaze (Roschdy Zem) rencontre – amicalement – le maître d’armes espagnol Gustave de Borda (Pepe Lorente) devant le « tout Paris » (comprenez les riches Parisiens). Lacaze est vainqueur.

Dans le même temps, le jeune Adrien Lacaze (Noham Edje), neveu du précédent, provoque le colonel Berchère (Vincent Pérez) à cause de la dernière conquête du militaire. Ce dernier décide d’un duel où il tue le jeune homme.

De son côté, la féministe Marie-Rose Astié de Valsayre (Doria Tillier) demande l’abrogation d’une loi qui interdit aux femmes de porter un pantalon. Moquée, vilipendée, insultée, elle demande réparation auprès de ses détracteurs qui refusent à chaque fois : elle est une femme.

Pourtant, elle va l’obtenir son duel…

 

Bien sûr, le duel d’Astié, s’il est un moment fort du film, n’est pas le nœud de l’intrigue. Il s’agit plutôt de l’antagonisme entre Lacaze et Berchère, mais la place de la jeune femme reste toutefois centrale dans ce très beau film de Vincent Pérez.

Je l’ai souvent écrit ici, quand un acteur passe derrière la caméra, on ressent, en tant que spectateurs, une générosité envers ceux dont il faisait partie auparavant. Et ce film n’y échappe pas : l’interprétation est formidable, Roschdy Zem et Doria Tillier en tête, bien évidemment, mais tous ceux qui les entourent sont au diapason,condition sine qua non pour réussir une grande interprétation. Et pourtant, Pérez n’en est pas à son coup d’essai derrière la caméra (c’est son quatrième long métrage).

 

Et à l’instar des différents duels auxquels nous assistons, le film semble une immense chorégraphie bien réglée, au rythme équilibré et qui relève du film de cape et d’épée tout en restant très réaliste. Chacune des escarmouches est bien entendu un véritable ballet, les effets comiques en étant absolument exclus, donnant au duel sa véritable signification : une volonté de mort. Et cette volonté mortifère s’exprime pleinement dans les différents combats que va mener Berchère, véritable méchant du film. Méchant feutré et maniéré, mais méchant quand même !

Et comme un combat à l’épée au cinéma (ou au théâtre) est une affaire de ballet, le film tout entier est lui aussi réglé avec beaucoup d’équilibre et de changements de rythme : on n’a pas le temps de s’ennuyer sans être pour autant bombardé d’images plus ou moins spectaculaires. Il y a une maîtrise formidable du rythme, due aussi au montage de Sylvie Lager, qui sert pleinement l’intrigue du film.

 

Et question intrigue, ce n’était pas gagné : on se dit qu’on va assister au clou du film avec le duel entre Astié& et un homme – Ferdinand Massat (Damien Bonnard) en l’occurrence – et Pérez nous surprend complètement puisque le film est loin d’être fini à ce moment-là.

Alors on savoure l’instant et on attend avec impatience ce qui va suivre, amenant de nouveaux aspects de cette institution que fut le duel et qui perdura pendant un millénaire en France, et ce malgré différentes interdictions (1).

Parce que Vincent Pérez, et son complice cascadeur et chorégraphe Michel Carliez ont voulu nous offrir une page d’histoire du duel, à travers quelques éléments caractéristiques. De ce côté, c’est très réussi.

 

Mais le plus de l’intrigue – et donc du film – c’est le personnage de Marie-Rose Astié, se battant même à l’épée pour faire triompher ses idées. Ou son honneur. Montrant alors un courage qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’une vertu seulement virile.

Mais, et c’est là le (tout petit) bémol qu’on peut objecter quant au propos du film, comme le dit mon ami Thierry : « l’égalité homme femme, je suis pour et c’est un vrai progrès. » Mais que la femme égale l’homme dans la volonté de tuer, je ne trouve pas ça si progressiste que ça.

Et là-dessus, je ne peux que lui donner raison et terminerai en paraphrasant Christophe Alévèque à ce propos en guise de conclusion (un peu d’humour ne nuit pas) : «  Pourquoi les femmes veulent-elles absolument être les égales des hommes, alors qu’elles leur sont largement supérieures ? »

 

  1. C’est bien connu, les interdictions sont faites pour être enfreintes.
Claire-Léonie Ferdinande Tastayre (1846-1915) alias Marie-Rose Astié de Valsayre

Claire-Léonie Ferdinande Tastayre (1846-1915) alias Marie-Rose Astié de Valsayre

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Christopher Nolan, #Kenneth Branagh
Oppenheimer (Christopher Nolan, 2023)

6 août 1945 : la première bombe atomique militaire explose sur Hiroshima, faisant des dizaines de milliers de victimes, sur le coup et dans les semaines qui suivent. Trois jours plus tard, Harry Truman ordonne un deuxième lâcher de bombe A sur Nagasaki, faisant les mêmes dégâts.

A l’origine de ces deux machines infernales (1), un groupe de scientifiques menés par J. Robert Oppenheimer (Cillian Murphy) qui œuvra dans le village fermé de Los Alamos (Nouveau Mexique) sur le Projet Manhattan : créer une arme suprême qui permettra (aussi) de mettre un terme à la guerre en Europe.

Le film nous raconte cette course (en tête) aux armements, ponctuée par deux autres événements : le renouvellement de l’habilitation d’Oppenheimer auprès de la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, et l’audience sénatoriale qui doit valider la nomination de Lewis Strauss (Robert Downey Jr.) à un poste ministériel.

 

Impressionnant.

Christopher Nolan nous revient avec un film fleuve (180 minutes) retraçant un moment-clé de l’histoire géopolitique humaine : l’utilisation de l’arme suprême sur des civils. Cette arme n’a plus été utilisée à cette intention depuis, mais avec l’homme, on peut s’attendre à tout (2). Il faut dire que Nolan est en plein dans son élément : la science. Mais ici, il fait revivre ce programme singulier avec beaucoup de maîtrise, jouant sur la lumière et le son – normal, on est au cinéma – avec beaucoup de bonheur.

De plus, il alterne à bon escient la couleur et le noir et blanc pour conter cette histoire peu banale de celui qu’on a aussi appelé Prométhée, puisqu’il a amené le feu divin aux autres hommes (3).

 

Et malgré tout, on a du mal à le considérer comme un immense méchant, et Harry Truman (Gary « Churchill » Oldman) résume bien cette position en disant que c’est lui, Président des Etats-Unis, qui a ordonné les bombardements, et personne d’autre. Quoi qu’il en soit, la recherche scientifique de ce projet, grâce au talent de Nolan, devient passionnante, bien qu’on ressente un certain malaise – voire un malaise certain – quand le projet est mené à terme, et surtout quand on voit les réactions de cette communauté scientifique qui exulte après Hiroshima.

Et comme Nolan sait faire du cinéma, il n’a pas oublié qu’il faut un méchant digne de ce nom, et Robert Downey Jr. incarne magnifiquement ce rôle : Strauss est celui sur lequel va se déverser l’antipathie du spectateur, épargnant donc Oppenheimer, d’une certaine façon. R. D. Jr. a-t-il basculé du côté obscur (4) ?

 

Mais revenons sur les éléments visuels et sonores : régulièrement, un grondement se fait entendre, jusqu’à ce qu’on ait son explication. Et ce grondement va régulièrement parasiter les répliques des personnages, voire certaines réactions collectives, laissant Oppenheimer dans une forme de silence isolant jusqu’à l’explosion inévitable. Tout comme la première explosion (Trinity, en juillet 1945) va d’abord être une sorte de feu d’artifice diabolique et silencieux, où le temps semble s’être arrêté avant de se faire entendre et de ramener tout le monde – interprètes et spectateurs – dans la réalité de l’instant (5). On retrouvera donc ce même décalage lumière/son dans le discours qui suit le premier largage, avec la même intensité.

Quant au noir et blanc, il concerne essentiellement les autres personnages de l’intrigue, Nolan réservant la couleur à son héros : cela permet aussi d’avoir plusieurs points de vue d’un même événement, mettant en évidence le ressentir des différents personnages.

 

On sent que Nolan a eu beaucoup de plaisir à raconter cet épisode  très particulier, recréant avec justesse une époque mettant en scène des personnages plus ou moins prestigieux – on peut  même y voir Einstein (Tom Conti) à différentes reprises – interprétés avec justesse (eux aussi) et conviction par quelques pointures qu’on aura plaisir à reconnaître, ou pas !

Bref, un grand film, sur un personnage fascinant, mené de main de maître.

Que demander de plus ?

 

  1. C’est véritablement le cas de le dire.
  2. Oui, c’est aussi à ça qu’on le reconnaît…
  3. Pandore aurait peut-être été plus approprié : il a ouvert une boîte et laissé s’échapper la calamité suprême.
  4. Il n’est pourtant pas encore trop vieux pour incarner des méchants, comme disait mon ami Jean…
  5. Oui, je sais, nous sommes au cinéma !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Biopic, #George Tillman Jr., #Robert de Niro
Les Chemins de la dignité (Men of Honor - George Tillman Jr., 2000)

Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un jeune homme qui a passé ses loisirs – enfant – à plonger dans le lac d’à côté désire devenir plongeur-sauveteur (scaphandrier) en mer. C’est à ça que rêve Carl Brashear (Cuba Gooding Jr.). Alors quand il a l’âge de postuler, il le fait. Mais nous sommes en 1950 et il n’y a que trois possibilités pour un soldat noir sur un navire : cuisinier, valet d’officier ou tout simplement démissionner et rentrer chez lui. Parce que Carl Brashear est noir.

Mais pour Brashear il n’en est pas question : il veut devenir Major scaphandrier, tout comme Billy Sunday (Robert De Niro) qui laisse sa place suite à une plongée qui a mal tourné.

A force de persévérance, il parvient à intégrer l’école de plongée de la Navy. Et à nouveau, il se heurte au racisme ambiant de ce corps d’armée. Et comme si cela ne suffisait pas, l’instructeur n’est autre que Sunday, un homme exigeant. Et encore plus pour un soldat de couleur.

 

Non seulement George Tillman Jr. réussit un brillant biopic, mais en plus il réussit à nous montrer des soldats qui ne tirent pas un seul coup de feu : ils sont forts ces Américains ! Mais surtout, il montre le courage et l’abnégation (ainsi qu’un peu d’entêtement) d’un homme qui a dû batailler ferme pour arriver à son but. Parce que bien sûr, Brashear va devenir plongeur pour la Navy, malgré le racisme affiché des autres postulants ainsi que du grand chef de l’école, Pappy (Hal Holbrook).

Mais une fois son statut en poche, le film n’est pas encore fini : parce que Brashear n’est pas seulement célèbre (et célébré) pour avoir été le premier Afro-Américain à devenir scaphandrier, il a un autre fait d’arme à son palmarès. Il est en plus le premier plongeur handicapé (amputation d’une jambe) à servir dans la Navy.

A chaque fois, son combat s’est modifié, le laissant à chaque fois endosser le (mauvais) rôle du paria : noir quand tous les autres étaient blancs, handicapé quand tous les autres étaient valides.

 

Et Cuba Gooding Jr. interprète avec beaucoup de justesse ce personnage hors du commun, qui a toujours dû en faire plus que les autres pour arriver au même niveau. Et même une fois arrivé, nous savons très bien que ce n’est pas pour autant gagné. Il suffit de voir la séquence où le postulant Rourke (Hoolt McCallany) est honoré par la hiérarchie militaire (médaille pour bravoure) pour comprendre le gouffre qui sépare Brashear des autres.

Cette séquence est aussi celle du basculement de Sunday en faveur de ce jeune homme lésé. Et De Niro nous gratifie d’une très belle performance dans le rôle de cet instructeur qui n’a rien à envier à Hartman (R. Lee Hermey) dans Full Metal Jacket, ou Highway (Clint Eastwood) dans Heartbreak Ridge. Sunday est sévère mais tout de même juste, allant même à l’encontre des ordres de Pappy (ce qui lui vaudra sa place, bien entendu). Et surtout, dans cet univers très codé, il est l’un des rares à ne pas céder au racisme ambiant : aucune réflexion sur sa couleur, ni geste déplacé de ce genre. Mais il n’empêche pas l’attitude des autres jeunes recrues.

 

De plus, son personnage est un homme très particulier : interdit de plonger, il en souffre et se réfugie dans l’alcool. Et comme nous sommes dans un film américain, il ne faut pas oublier la rédemption. Parce que c’est lui qu’elle va concerner et de très belle manière – enfin de manière soldatesque quand même. Toujours est-il qu’il va contribuer à la réussite finale de Brashear, gagnant par là-même ce salut qui lui faisait défaut.

Bref, une happy end. Attendue certes, mais méritée. Surtout quand on sait que le scénario s’inspire de faits réels…


Et les femmes là-dedans ? Elles sont deux et pas spécialement effacée. La première, c’est Jo (Aunjanue Ellis-Taylor), celle qui va devenir la femme de Brashear : elle est volontaire et elle aussi doit se battre pour être quelqu’un. Quand ils se rencontrent, elle veut devenir médecin.

L’autre, c’est Mrs. Sunday (Charlize Theron), la femme de l’instructeur. Et sa vie est tout sauf amusante avec un tel mari : s’ajoute à la frustration de Billy une différence d’âge flagrante entre les deux époux qui n’est pas pour faciliter leur vie.

 

Et George Tillman Jr. réussir à diriger tout ce beau monde, gardant De Niro dans ce qu’il sait faire le mieux – c’est-à-dire jouer son rôle sans faire du De Niro (le sourire inversé est tout de même là, rassurez-vous, sinon ce ne serait plus DeNiro !) – et nous emmène jusqu’au bout de cette fabuleuse histoire.
Une bonne surprise (1).

 

  1. Pour moi en tout cas !
Carl Maxie Brashear (1931-2006)
Carl Maxie Brashear (1931-2006)

Carl Maxie Brashear (1931-2006)

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog