Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #F. W. Murnau, #Karl Freund

La mise en scène magnifique de Friedrich Wilhelm Murnau, la caméra vivante de Karl Freund et les décors semi-expressionnistes de Walter Röhrig. Plus le jeu tout en subtilité du grand Emil Jannings. Tous les ingrédients pour faire un film inoubliable.

Certainement le film muet par excellence. Ici, seulement des images. Pas d’intertitre d’explication. Une mise en garde au début et une annonce de fin alternative. Pour le reste, un film universel.

L’histoire est très simple : le portier d’un hôtel de luxe sombre dans la déchéance en y devenant le « monsieur-pipi ».

Mais c’est la façon de la raconter qui est magnifique.

Chaque degré de cette déchéance est filmé avec justesse. Murnau transforme cette petite histoire banale en tragédie classique. Ce portier devenant pour l’occasion le chef de l’armée de l’hôtel : ceux qui accueillent les clients. De son sifflet, il dirige grooms, porteurs et valets. Le tout dans un habit de brandebourg doré. Ce n’est plus un portier, c’est le maréchal Hindenburg lui-même.

Mais le temps laisse des traces et la vieillesse s’installe. Le portier, devenu faible est « dégradé ». On lui ôte son uniforme de lumière qui ira moisir dans un placard. Et lui ira s’occuper des toilettes, au sous-sol. Cette descente professionnelle s’accompagne donc d’une descente physique : les autres sont au-dessus, lui est en-dessous. Il n’y a pas plus bas dans l’hôtel : il est devenu le dernier. Et comme si ce n’était pas suffisant, il doit en plus faire son travail à quatre pattes. Il n’est presque plus un homme.

Mais il faut sauver la face. Alors il subtilise son habit de lumière et rentre chez lui comme si de rien n’était. L’honneur est sauf.

Sauf ? Sauf que le mensonge est éventé et la nouvelle se propage dans son quartier où chacun se gausse de sa déchéance, d’autant plus franchement qu’elle permet à tous d’oublier ses tracas. Cette nouvelle se répand comme une traînée de poudre et quand notre homme rentre chez lui, il est méprisé de tous, sa fille y compris. Il ne pourra plus parader dans son habit prestigieux. Il n’a plus sa place parmi eux.

Il doit retourner dans les bas-fonds.

Ceci était la première fin. Jugé trop pessimiste (réaliste ?), le film comporte donc une autre fin (alternative, dirait-on aujourd’hui) : mais elle est trop peu crédible pour tenir la route. Je préfère en rester là.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #F. W. Murnau, #Drame, #Fantastique

Le diable est sur la ville. Il apporte la peste, la fumée noire, les ténèbres.

Faust, c’est avant tout une légende allemande. Marlowe et Goethe en ont écrit une version, mais Murnau l’a mise en image. [Magnifiques images de Carl Hoffman sur des décors qui ne sont pas sans rappeler ceux du Cabinet du Dr Caligari]

Il y a tout : un diable malfaisant, un vieillard à la recherche de sa jeunesse, une pure jeune fille, les bijoux (Ah ! Je ris…), le rouet, l’archange. Tout est là.

Mais Faust, ce sont avant tout deux personnages : Méphisto et Marguerite.

Méphisto, c’est – évidemment – Emil Jannings. C’est du sur mesure. Il est le diable sous toutes ses formes. Et bien entendu, il est méchant. Après avoir trompé Faust, il va s’employer à détruire son bonheur, et – bien entendu – y arriver.

Le bonheur de Faust ? C’est Marguerite (Camilla Horn). La belle, la blonde, la pure Marguerite. On ne peut que tomber sous son charme. Mais dès le moment où elle tombe sous le charme de Faust ? Sa déchéance se déclenche : sa mère meurt, son frère est tué par Méphisto – en faisant croire (ben tiens…) que c’est Faust le meurtrier – et quand vient l’hiver, son bébé meurt et elle est condamnée au bûcher. Il y a de quoi devenir folle. D’ailleurs, elle le devient.

Mais le pilier du film, c’est Jannings. Il est un Faust cruel. Mais il sait aussi être comique. Et pendant que Faust et Gretchen flirtent, Faust en fait de même avec la tante Marthe. Et ce jeu amoureux est une pause avant la tempête qui s’annonce.

Parce que Faust va déclencher une tempête et détruire tout ce que Faust aura entrepris.

Mais Méphisto, c’est un être noir. Seule sa figure est blanche et ressort. Et Jannings se déchaîne pour accentuer cette noirceur. Un an après Le dernier des Hommes (F. W. Murnau, 1925), où il jouait un portier en pleine déchéance, il se lâche : son visage s’anime, il fait moult grimaces qui collent à son personnage. Il rappelle celui de Tartuffe dans le film éponyme (encore de Murnau !), quand il montrait sa véritable personnalité. Mais ici, il en fait dix fois, cent fois, mille fois plus. Et ça marche !

Et Faust, dans tout ça ? C’est un prétexte. Il n’a que peu d’épaisseur. Il est égoïste et insouciant. Il a une belle gueule, certes, mais c’est bien tout. Il faut dire que devant Méphisto-Jannings, il ne fait pas le poids.

Il n’empêche, quel film fantastique ! (dans tous les sens du terme !)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #F. W. Murnau, #Karl Freund

Avec Murnau, on ne peut pas être déçu. Là encore, on ne s'ennuie pas. Pourtant, c'est une histoire ancienne, celle de ce faux dévot. Mais Murnau l'actualise, et la fait sienne. Il y avait la pièce de Molière (1664), et puis ensuite le film de Murnau. Et les autres ? Ils n'ont pas d'importance.

Quand Molière, en alexandrins, dénonce l'hypocrisie, Murnau utilise son arme : le cinéma. L'histoire de Tartuffe - celle de Molière - c'est un film dans le film, une géniale mise en abyme.

Et puis, il y a Karl Freund derrière la caméra. Alors tout de suite, le film devient dynamique, il vit. La caméra suit les comédiens, elle entre dans le trou des serrures, elle suit l'œil deTartuffe sur la théière, elle est partout !

Et puis il y a les acteurs : la belle Lil Dagover, le sérieux Werner Krauss, la sournoise Rosa Valetti... Et l'immense Emil Jannings dans le rôle-titre.

Tartuffe a beau n'intervenir qu'à la moitié du film environ, on ne peut pas l'oublier.

On pourrait aussi sous-titrer ce film : les trois visages de Jannings.

En effet, Jannings, en interprétant Tartuffe, nous montre trois aspects de son talent.

Il est d'abord la façade de Tartuffe : le nez dans son bréviaire, il ne veut voir rien d'autre. Il est digne, austère, droit comme la justice.Un saint ! Son regard est franc, assuré, et ses remarques paroles d'évangile. Pourtant... Pourtant sa véritable nature perce : il ne mange pas comme un saint homme et a une drôle de conception de la méditation (dans un hamac).

Ensuite, il est lui-même : il boit, il paillarde, il a ce regard lubrique qui lui déforme son visage de saint homme. On reconnaît difficilement la façade qu'il s'est construite.

Enfin, une fois découvert, qu'il a perdu toute assurance, il nous montre son dernier visage : celui de la peur, mêlée de lâcheté et d'épouvante.

Finalement, ce « monsieur Tartuffe » n'a plus rien de cette façade qu'il entretenait.

Je terminerai sur l'avertissement final : « Et toi ? Sais-tu à côté de qui tu es assis ? »

Là, nous retrouvons cette prémonition du cinéma allemand qui sent une menace se préciser, qui fait dire que n'importe quelle personne n'est pas celle qu'on pourrait croire : que le mal rôde mais qu'il sera difficile à cerner et combattre.

Nous savons tous comment ça s'est - hélas - terminé en 1933.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tim Burton, #Science-Fiction, #Comédie, #Danny DeVito

Au début, c’est un jeu de cartes des années 60.

Avec Tim Burton, c’est devenu un jeu de dominos : il les a bien alignés avant de les faire tomber un par un.

Le casting est éblouissant. Les effets spéciaux sont à la pointe et le film se situe dans la vague de films catastrophe de la deuxième moitié des années 90 : Independance Day, Armaggedon, Deep Impact.

Mais à la différence de ces trois films, les effets spéciaux servent le film et surtout, Burton ne se prend pas au sérieux.

Le film s’ouvre sur une image que j’ai toujours trouvée surréaliste : des vaches en feu qui courent.

Surtout, le ton du début est des plus sérieux : comme pour X-Files, nous avons des situations précises à des horaires précis, afin d’injecter un peu de réalisme. Le décor se plante et nous sommes sans cesse ballotés d’une époque à l’autre.

En effet, tout ce qui concerne les Martiens est daté années 60, alors que sur terre, la limite est plus floue. Alors qu’une ère numérique s’ouvre, le traducteur sophistiqué utilise des bandes magnétiques ! Les téléphones sont filaires et la vie dans le Kansas est un tantinet arriérée.

Mais c’est cette absence de limite franche qui fait la réussite de ce film.

Nous avons l’impression d’être dans un de ces films de science fiction des années 50, avec les techniques des années 90.

Et tout y est :

  • les Martiens hideux ;
  • l’attaque inopinée contre les Etats-Unis ;
  • les expériences scientifiques douteuses ;
  • le président américain arrogant ;
  • les scientifiques optimistes même devant l’évidence ;
  • la destruction des grands monuments par les Martiens (Obélisque de Washington, Tour Eiffel, Taj-Mahal et surtout Big Ben) ;
  • et même le monologue humaniste et pacifiste par ce même président, avec en prime la larme dans l’œil du méchant extraterrestre.

Pour le reste, c’est 1h45 de plaisir. Le casting permet des seconds rôles interprétés par des pointures, ce qui ne nous donne aucun instant de répit. Je donnerai même une mention spéciale à Danny deVito, en avocat rustre et égoïste.

Rien n’est pris au sérieux, et c’est pour ça que ça marche. Mais aussi, parce que les moyens sont là. Il faut, pour réussir une parodie, s’en donner les moyens et ne pas lésiner sur la production, ce que Burton fait avec brio.

Alors on savoure.

Je n’ajouterai qu’une chose : « Ak ak, ak, ak ak ak, ak ! »

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Carol Reed, #Drame
Le troisième Homme (The third Man - Carol Reed, 1949)

Un film d’ambiance et de ténèbres.

L’ambiance d’abord. C’est Viennes, au sortir de la seconde guerre mondiale. Mais pas la Viennes romantique ou celle des cartes postales. C’est la vraie, celle des vaincus de la guerre. La ville a été bombardée et beaucoup de ruines figurent dans les plans du film. Et au milieu de toute cette désolation, la grande roue, symbole de ce que fut Viennes avant-guerre, une ville de plaisirs.

Mais cette ville n’est plus, et Carol Reed nous fait entrevoir ce qu’elle est devenue : ruines, gens pauvres, ville quadrillée par les armées victorieuses. On aperçoit un homme qui fouille dans les poubelles ; la logeuse de Anna Schmidt (Alida Valli) qui se promène avec sa vieille couverture sur le dos ; un ancien aristocrate qui joue du violon dans un restaurant pour subsister ; l’importance des cigarettes dans ce monde où sévit le marché noir ; un marchand de ballons.

C’est une Viennes sombre, noire, ténébreuse.

 

Parlons alors des ténèbres.

L’ombre, par opposition à la lumière, est le personnage le plus important du film. C’est aussi l’ombre des protagonistes de cette histoire. La plupart du film se déroule la nuit, et Reed joue avec talent de l’opposition entre la lumière et l’ombre. Ce sont presque toujours des silhouettes démesurées sur des murs rarement blancs. Ce sont aussi d’autres profils noirs se découpant en contre-jour dans de longs couloirs. C’est aussi le mélange entre les personnes et leurs ombres dans les égouts de la ville.

C’est aussi l’âme noire de Harry Lime (Orson Welles) qui s’est enrichi de manière ignoble. Et c’est un chat noir et blanc qui le dénonce à son ancien ami Holly Martins (Joseph Cotten). Sans ce chat, Holly n’aurait pas crié et réveillé une femme qui allume et éclaire ainsi le visage doux et ironique de Harry, le sortant de l’ombre où il s’était réfugié.

 

L’endroit le plus lumineux du film se situe à l’hôpital. C’est là que sont a litées les enfants victimes de Harry et de sen trafic mortifère. Reed nous suggère ce que peuvent être ces enfants ravagés par de faux médicaments.

Dernier lieu de ténèbres, les égouts. Cette scène illustre à elle seule qui était Harry Lime. Il fut l’ami de Holly, mais depuis leur séparation, alors que l’un écrivait des histoires de cowboys, l’autre s’enfonçait dans un marché noir de plus en plus terrible. Mais là, sa descente, après avoir été morale devient physique. Il se retrouve dans l’enfer des égouts. Un lieu noir où se déversent les eaux corrompues – comme lui – de la ville. Et sa tentative ultime de s’en sortir – de remonter vers le ciel – est vouée à l’échec, ce qui n’est que justice, tellement l’âme de ce personnage est noire.

 

Quand il arrive à Viennes, tout est réuni pour annoncer à Holly que ça va mal se passer : Harry n’est pas là pour l’accueillir. Ensuite, en se rendant chez son ami, il passe sous une échelle. Le major Calloway (Trevor Howard) lui conseille de repartir d’où il vient et de passer à autre chose.

Mais il ne sait pas lire ce qui l’entoure et va tout de même enquêter sur ce drôle d’ami. Jusqu’à le perdre totalement.

Et pour quoi ? Pour rien. La femme qu'il convoiterait passe devant lui sans s’arrêter.

Il reste aussi seul qu’au début. Peut-être même plus.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Max Linder, #Muet, #Cinéma, #Comédie

Encore une adaptation du best seller de Dumas père. Il s’agit ici de la sixième adaptation au cinéma, deux ans après l’incontournable version de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks. Il est clair que Douglas Fairbanks qui joua dans The Mystery of the leaping Fish (1916) ne put que se réjouir d’une telle adaptation.

Le début semble fidèle au roman, mais rapidement, les choses dégénèrent. L’épée du père de d’Artagnan (Dart-in-Again) est aussi la broche pour le déjeuner, et la vieille carne est un baudet. Qu’importe. Mais quand on aperçoit les fils électriques dans la campagne qui se veut française au XVIIème siècle, ça ne va plus.

Même si l’intrigue de la première moitié du roman semble à peu près respectée, il est clair qu’elle n’est qu’un prétexte. Rochefort (Roquefort) n’est là que pour permettre un jeu de mots dans les intertitres, et Milady n’apparaît même pas.

Ensuite, ça s’emballe.

D’Artagnan prévient ses amis par téléphone, un homme de Richelieu (Richie-Loo) se déplace en moto, les bâtiments de Paris sont en briques rouges, on voit une voiture et même des destroyers quand d’Artagnan est censé traverser la Manche (à cheval !).

Bref, tout part dans tous les sens. Même Richelieu est victime de ces débordements.

Quel plaisir !

Les duels à l’épée contre les gardes du cardinal n’ont rien à envier à ceux de George Sidney. Ca ferraille, ça bondit, ça s’amuse.

Même les morts ne le sont pas vraiment. Max Linder nous rappelle ainsi que c’est du cinéma, que c’est pour de faux.

Ce qui retient mon attention, c’est la relation de Richelieu et de son éminence grisâtre – un religieux qui a quatre poils sur le caillou – : on est loin du Père Joseph. Le montage parallèle entre les embuscades et Richelieu qui lui arrache ses poils au fur et à mesure que les mousquetaires tombent est du plus bel effet comique.

Parlons des embuscades. Si les trois premières semblent plausibles, la dernière voit les gardes du cardinal bloquant la route à l’aide d’un vieux pickup tels des hillbillies armées de vieillies pétoires.

Malgré tout, on arrive à la fin de la pseudo-intrigue où les bijoux sont retrouvés et tout est bien qui finit bien. Mais qui s’en soucie encore ?

Il s’agit de la seule parodie connue au cinéma du classique de Dumas (père). En effet, cette histoire – ô combien célèbre – n’a pas été parodiée à nouveau. Mais il faut dire que Max Linder a fait très fort dans son adaptation. Que pourrait-on apporter de plus dans une nouvelle parodie ? On ne pourrait que comparer et se désoler.

Bien joué, Max !

P. S. : Là encore, il faut être peu regardant sur la traduction française...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fred Niblo, #Muet, #Péplum
Ben Hur (Ben Hur: a Tale of the Christ - Fred Niblo, 1925)

 

Et si Ben Hur n’était qu’un film de femmes…

Même si Judah Ben Hur est le beau Ramon Novarro, et que Messala est l’athlétique Francis X. Bushman, regardons-le comme un film de femmes.

Qui sont ces femmes ?

  • Au commencement (je pèse mes mots), il y a Marie (Betty Bronson). Celle des Evangiles. Elle a son visage de jeune vierge occidentale, les cheveux blonds et les yeux clairs (bleus ?) et regarde les autres avec son regard de commisération. Et ça marche. Que ne ferait-on pas pour ce regard ? Elle apaise tous ceux qu’elle croise. Elle rayonne au figuré puis au propre : lors de la Nativité (en technicolor !), son halo est éblouissant.
  • Miriam (Claire McDowell), princesse de Hur arrive ensuite. C’est elle qui commande la maison. Elle n’a d’yeux que pour son fils. Elle ne vit que pour lui. Même lépreuse, elle nous montre son amour maternel en évitant de le contaminer, allant jusqu’à embrasser le sol que ses pieds fouleront.
  • Tirzah (Kathleen Key), autre princesse de Hur. Petite sœur de Judah, elle n’a d’yeux elle aussi que pour son frère. Même si elle fut un temps amoureuse de Messala, elle ne voit que son frère.
  • Esther enfin (May McAvoy), l’amoureuse, la future de Ben Hur. C’est elle qui est à l’origine des grandes décisions pour les gens autour d’elle. C’est elle qui convainc son père de ne plus mentir et de rappeler son lien d’esclave de la maison de Hur au jeune prince. Et par là même, assumer son propre statut d’esclave, ce qui ne change en rien les sentiments de Judah : il l’aime et l’épousera. C’est elle enfin qui va chercher les deux lépreuses que Judah croit mortes afin de les amener à Jésus, celui qui guérit les malades et ressuscite les morts. Et malgré les protestations de Miriam et Tirzah, elle les emmène suivre le chemin de croix, les sauvant ainsi de la maladie, et les ramenant à la vie pour leur fils.
  • Dernière femme importante du film, Iras (Carmel Myers). C’est la « fiancée » de Messala. C’est une femme belle, libre et sensuelle. Elle va espionner pour Messala afin de connaître l’aurige qu’il aura à battre le lendemain. Elle est prête à touèt pour arriver à ses fins, allant jusqu’à s’abandonner dans les bras de Judah.

Le titre original Ben Hur: a Tale of the Christ, annonce aussi la couleur religieuse du film. Et ce n’est pas un hasard si les scènes tirées des évangiles sont en Technicolor. Un peu comme si c’était La Vérité et que cette merveilleuse histoire devait être parée des plus belles couleurs. Alors chaque épisode religieux flamboie (entre autres) de magnifiques rouges : capes et panaches des romains. Et comme pour le remake de William Wyler en 1959, le visage de Jésus n’est jamais montré. Même pendant la Cène – inspirée de celle de Léonard de Vinci – son visage est caché par un apôtre, son auréole illuminant le centre de la (s)cène. Seule sa main est importante : elle soulage la soif de Judah, elle ramène à la vie un bébé, elle guérit Miriam et Tirzah.

Pour le reste, se rapporter à ma critique précédente.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jacques Tourneur, #Horreur

D’un côté, les rationnels, de l’autre, les superstitieux.

Voici un résumé du film. Mais, comme c’est Jacques Tourneur, c’est plus que ça.

C’est l’Angleterre. Et c’est un Américain qui y débarque. L’autre opposition du film. Bien entendu, c’est l’Américain le rationnel, le sceptique. Et donc, c’est l’Anglais le superstitieux.

C’est l’Ancien Monde et le Nouveau Monde qui se rencontrent. Et bien entendu, c’est le Vieux Monde médiéval du docteur Karswell contre le Nouveau Monde moderne personnifié par le professeur Holden (Dana Andrews).

Car l’Américain, c’est Dana Andrews. S’il n’était pas psychologue, on le croirait détective. Un de ces durs-à-cuire du film noir. Parce qu’on ne la lui fait pas. Mais nous sommes dans un film d’épouvante. Ou plutôt d’ambiance. Parce que c’est l’ambiance qui est la plus importante. Une ambiance paranormale, surnaturelle. Mais pas tant que ça. Parce que le personnage principal n’y croit pas. Jamais. Ou presque.

Et puis il y a les séquences de terreur. Et un monstre tout droit échappé des enfers. Baal, Moloch, enfin quelqu’un dans ce genre. Mais il faut avouer que ce monstre n’impressionne plus. Si jamais il terrifia les spectateurs de 1957. Non, la terreur est ailleurs. Elle est dans cette main qui suit notre héros dans le manoir. Et même si cette main a un propriétaire, il est clair que son apparition impressionne. Et c’est là qu’est le talent de Tourneur : faire d’une chose banale un élément terrible.

Mais Tourneur s’amuse aussi. Surtout avec ce qui aurait pu être un grand moment paranormal du film : la « séance » (en français dans la VO). Non seulement nous suivons le professeur Holden et adhérons à ses idées, mais en plus, Tourneur tourne en ridicule cette séance. Il faut chanter pour appeler les esprits : alors nous voyons deux rombières se mettre à chanter au son d’un phonographe. Et là, le medium entre en transe. [Entre nous, on comprend les simagrées du medium quand on entend les deux femmes chanter. C’est assez insupportable.] Ensuite la séance commence réellement. Le premier esprit est un Ecossais débonnaire. Puis nous entendons une petite fille et enfin, celui que nous attendions, le professeur qui est mort au début du film. Et quand la séance prend son véritable essor, Holden l’interrompt brutalement. Mais il reste cette peur de mourir que notre héros n’a jamais et que son « ennemi » a voulu lui inculquer. Et quand le film se résout, il n’y a pas d’explication rationnelle.

Et comme le dit Holden : « il vaut peut-être mieux ne pas savoir. » Peu importe, le film est là, magnifique.

Par contre, la traduction du titre, bof.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Edward Sutherland, #Muet, #Cinéma, #Comédie, #Guerre

Encore un film sur la guerre 14-18.

Mais pour changer, les deux héros n’en sont pas.

Ca commence comme La grande Parade : on suit deux types que l’on sait proches de s’engager dans la guerre en Europe. On les prend différents. Et là s’arrête la comparaison.

Parce que si ces deux personnages sont différents, ils sont complémentaires : Riff Swanton est policier (Wallace Beery), Shorty McKee est voleur (Raymond Hatton).

Le film s’ouvre sur une poursuite après le vol d’une montre. Le voleur atterrit dans une maison où une jeune femme recrute de futurs soldats pour la guerre en Europe.

Elle se présente comme future marraine à nos deux loustics. Ils s’engagent, sûrs de son amour.

Puis c’est le voyage, assis sur le plancher du train. Nos deux protagonistes se croisent et sympathisent. Avec un doute tout de même pour le policier.

Va s’ensuivre une histoire d’amitié pendant près de deux ans de guerre.

La guerre qui commence derrière les barreaux suite à une inspection calamiteuse.

Puis c’est le Front. Les deux zigotos sont envoyés en reconnaissance mais se trompent et finalement prennent possession d’un char : enfin une action d’éclat !

Sauf que l’armistice a été signé et qu’ils sont à nouveau arrêtés pour fait de guerre en temps de paix !

On comprendra que ce film est avant tout comique. Wallace Beery, que l’on connaît surtout pour des rôles sérieux (The Champ, Grand Hotel) nous montre ici un autre aspect de son talent. Il est accouplé à Raymond Hatton et leur duo improbable fonctionne. Ils sont complémentaires à la ville comme à l’armée.

Et surtout, cette association d’un colosse avec un maigrichon annonce un duo célèbre qui arrivera un an après : Laurel & Hardy.

Mais nous n’en sommes pas encore à Block-Heads (Tête de Pioche, 1938). Et ne sont pas Laurel et Hardy qui veulent.

Tout de même ce film se démarque par la bêtise de deux troufions dans un cadre ô combien sérieux. Alors que Chaplin, avec Shoulder Arms (Charlot Soldat, 1918) décrivait un personnage comique héros plus ou moins malgré lui, ici, pas de grandeur. Pas de gloire. Même pas un soupçon de gloriole. Des pauvres types, ni courageux, ni lâches. Et même pas capables de faire un tout petit coup d’éclat.

Mais tout de même un plaisir à regarder. Et puis Wallace Beery en abruti, un autre plaisir.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #G.W. Pabst, #Louise Brooks
Loulou (Die Büchse der Pandora - Georg-Wilhelm Pabst, 1929)

Tout le monde aime Loulou (Louise Brooks) : le Dr Schön (Fritz Kortner), Alwa (Francis Lederer), Schigolch (Carl Goetz), la comtesse Geschwitz (Alice Roberts) et même Jack (Gustav Diessl).

Le Docteur Schön, c’est l’amant attitré. Sa relation avec elle est de notoriété publique, même si ça le gêne un peu aux entournures. Surtout qu’il aimerait se marier avec une autre jeunesse.

Alwa, c’est le fils du précédent. Il est donc jeune et beau. Il semble distant au début, mais en fin de compte, lui aussi aime Loulou.

Schigolch, c’est l’instrument du destin. C’est lui qui mène Loulou. Tour à tour son père ou son premier client, on peut même penser qu’il est son souteneur quand il entre chez elle et se sert dans son pot d’économies. C’est un homme simple, Schigolch, il aime le confort, son bien-être et le pudding.

Geschwitz, c’est la Comtesse. Elle aussi aime Loulou, mais ce n’est pas très bien vu à la fin du XIXème siècle (ni en 1929 !). Elle aime Loulou sans retour et sans espoir. Mais elle l’aide quand elle peut.

Jack, c’est l’éventreur. Il aime les femmes. Alors Loulou…

 

Loulou, ce sont trois phases : la liberté, le mariage, la déchéance.

On aurait pu appeler ce film Grandeur et décadence d’une jeune fille allemande, mais non. C’est La boîte de Pandore, le titre original. Et qui est Pandore ? Loulou, bien entendu.

Autrement, Pandore, c’est celle qui ouvre la boîte où sont enfermés tous les maux de la terre, et qui la referme avant que l’espoir puisse en sortir.

Alors pas étonnant que tout se délite, et que l’issue sera fatale.

Et tout dans le film nous indique la déchéance annoncée de la jeune femme.

 

Au début, Loulou est une femme libre, installée dans un appartement lumineux ouvert. Elle reçoit, surtout le Dr Schön, son régulier.

Ensuite, elle épouse Schön, mais celui-ci la force à le tuer. La maison où ils auraient dû vivre est plus foncée. Loulou est mariée, elle n’est plus aussi libre.

Puis, ils sont à Londres, dans la nuit, dans le brouillard. Elle n’a plus le choix, elle doit se prostituer pour subsister.

Et donc, elle meurt.

 

Le film se teinte de sombre progressivement pour emporter Loulou dans la mort et Alwa dans la nuit, à la suite de l’Armée du Salut.

Et Schigolch, dans tout ça ?

Il poursuit son chemin. Il s’en sort toujours.

C’est lui qui met la puce à l’oreille de Schön dans l’appartement de Loulou, quand il apparaît. Il est alors son « premier client ».

Puis, il a Loulou sur ses genoux après le mariage, alors que Schön entre dans la chambre. Il est alors son « père ».

Enfin, c’est lui qui la fait évader, lui qui l’encourage à se prostituer pour « goûter une dernière fois » au pudding.

Et quand Loulou est morte, que le malheureux Alwa part avec l’Armée du Salut, il déguste un énorme pudding, une matrone souriante à ses côtés.

 

Loulou, c’est tout ça à la fois. Mais c’est surtout cette femme libre qui s’enferme de plus en plus et qui perd son sourire. Malgré tout, tous l’aiment. Même l’éventreur qui en lâche son couteau, subjugué par cette femme extraordinaire au sourire incomparable. Parce que c’est ce sourire qui la perd. Sans lui, Jack repartait.

Loulou, c’est Louise Brooks, et Louise Brooks, c’est Loulou, tellement ce rôle lui a collé à la peau. Mais c’est aussi une jeune femme moderne. Elle n’est pas de son temps. Quand les hommes séduisants sont des notables ou des gens fortunés et installés bien en chair, elle est mince, fraîche et légère. Quand la société aime les unions préparées dans une même caste (Marx dirait « classe »), elle aime qui lui plaît, quelle que soit son origine.

 

Quand les bourgeoises ont toute une allure convenue et standardisée, elle a des cheveux courts coupés au carré. Alors que les rombières sont couvertes jusqu’au cou, elle a des vêtements légers et (très) aérés. Elle n’est pas de son temps. Surtout quand on apprend que « son temps », c’est aux alentours de 1888… (Jack l’Eventreur oblige)

Mais Loulou, en plus de son sourire, ce sont des yeux qui brillent. Ils ne cesseront de briller que quand elle sera morte. Même quand elle a touché le fond et monte avec Jack, elle le regarde avec ses yeux pétillants.

 

Alors oui, j’aime ce film. J’aime Louise Brooks, et puis c’est tout.

 

P. S. : Il est dommage d’avoir comparé cette femme avec Pandore – l’Ève de de la mythologie grecque – parce qu’elle n’en a ni l’ignorance ni les défauts. Mais à la fin du XIXème siècle, quand on était une femme hors norme, malheureusement, on était considérée comme une créature maléfique.

 

Voir les commentaires

1 2 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog