Bien sûr que ce « pèlerin » n’a rien à voir avec celui de Chaplin qui sortira sept ans plus tard.
Ici, il s’agit d’un homme qui vient d’ailleurs et qui y retournera.
Nous sommes dans l’Ouest américain, encore à moitié sauvage, et un étranger (Frank Borzage) vient d’arriver avec sa mule. Sans le sou, il troque ses éperons contre une flasque de rhum. Il est alors remarqué par Jim Niles (Dick La Reno), qui dirige un ranch local à la recherche d’aides. L’étranger, rapidement surnommé « Le Pèlerin » va accepter.
Mais un jour, débarque la promise de Niles, la belle Nita Dudley (Ann Little), venue s’aguerrir en vivant les conditions rudes des cow-boys de l’Ouest…
Voilà trois ans que Borzage tourne… Des courts-métrages. Cette année 19196 le verra réaliser son premier long, mais n’anticipons pas. Toujours est-il que ce film sort le lendemain de Matchin’ Jim autre court western qu’il a réalisé. Bref, il s’agit d’un film parmi d’autres, dans cette industrie cinématographique qui propose des courts-métrages à tire-larigot.
Mais pourtant, c’est un film de Borzage, alors il mérite très certainement le détour. En effet, ce dernier n’est pas encore le réalisateur talentueux que nous connaissons, mais on ne peut pas se tromper quant à ses intentions.
Avant tout, c’est un western humain où la force n’est pas la qualité première de ce curieux héros. Curieux parce qu’il n’a pas de nom ni de prénom, et aussi parce qu’il n’a pas la prestance d’un William S. Hart, d’un Tom Mix ou d’un Harry Carey qui tiennent le haut de l’affiche dans le genre. Pas de grand chapeau ni de revolver non plus, même si, au vu du film, on imagine facilement qu’il doit être un as de la gâchette. Mais surtout, il se déplace avec une mule, avec laquelle il a une relation très fusionnelle.
Et à l’instar d’autres personnages borzagiens, il est un tantinet inadapté au monde dans lequel il évolue : c’est une sorte de tumbleweed caractéristique du paysage américain : vous savez ces « virevoltants » végétaux qui roulent au gré du vent dans les westerns. Il est même ostracisé par les autres cow-boys du ranch, obligé de dormir avec sa mule, dehors.
Et puis il y a l’élément féminin : la jeune Nita que son père a envoyé dans l’Ouest pour qu’elle s’endurcisse. Elle a la tenue pour – son père est riche et possède le ranch – mais ne semble pas vraiment adaptée à cette nouvelle vie : elle se perd dès sa première sortie seule. Cette sortie renforce cette idée d’inadaptée parce que son objectif est d’aller soigner Joe Mex (Jack Richardson) qui a été poignardé par « le Pèlerin » (1) : nous sommes donc bien loin de ce concept de vie rude de l’Ouest.
De la même façon, quand elle se promène avec le Pèlerin, c’est lui qui « se mouille » pour lui permettre de boire ! On est bien loin d’une autre femme du film : Little Eva (Mary Gladding). Cette dernière n’arrive pas de chez Harriet Beecher Stowe, mais une de ces femmes endurcies qu’on trouve dans nombre de westerns (d’avant et d’après) : elle est la compagne de Joe Mex mais ce dernier n’étant pas un modèle de fidélité, elle n’hésite pas à faire de même avec « le Pèlerin » (encore lui), amenant la rixe au couteau…
Bref, un western mineur du fait avant tout des son format (28 minutes), et de son histoire (forcément) convenue, mais où le savoir faire de Borzage est déjà là.
Et même si le soleil ne se couche pas, ce singulier héros repart, seul bien sûr, vers une autre destination inconnue et anonyme…
- Joe Mex est l’agresseur dans cette affaire.
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