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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

frank borzage

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Frank Borzage
The Pilgrim (Frank Borzage, 1916)

Bien sûr que ce « pèlerin » n’a rien à voir avec celui de Chaplin qui sortira sept ans plus tard.

Ici, il s’agit d’un homme qui vient d’ailleurs et qui y retournera.

Nous sommes dans l’Ouest américain, encore à moitié sauvage, et un étranger (Frank Borzage) vient d’arriver avec sa mule. Sans le sou, il troque ses éperons contre une flasque de rhum. Il est alors remarqué par Jim Niles (Dick La Reno), qui dirige un ranch local à la recherche d’aides. L’étranger, rapidement surnommé « Le Pèlerin » va accepter.

Mais un jour, débarque la promise de Niles, la belle Nita Dudley (Ann Little), venue s’aguerrir en vivant les conditions rudes des cow-boys de l’Ouest…

 

Voilà trois ans que Borzage tourne… Des courts-métrages. Cette année 19196 le verra réaliser son premier long, mais n’anticipons pas. Toujours est-il que ce film sort le lendemain de Matchin’ Jim autre court western qu’il a réalisé. Bref, il s’agit d’un film parmi d’autres, dans cette industrie cinématographique qui propose des courts-métrages à tire-larigot.

Mais pourtant, c’est un film de Borzage, alors il mérite très certainement le détour. En effet, ce dernier n’est pas encore le réalisateur talentueux que nous connaissons, mais on ne peut pas se tromper quant à ses intentions.

 

Avant tout, c’est un western humain où la force n’est pas la qualité première de ce curieux héros. Curieux parce qu’il n’a pas de nom ni de prénom, et aussi parce qu’il n’a pas la prestance d’un William S. Hart, d’un Tom Mix ou d’un Harry Carey qui tiennent le haut de l’affiche dans le genre. Pas de grand chapeau ni de revolver non plus, même si, au vu du film, on imagine facilement qu’il doit être un as de la gâchette. Mais surtout, il se déplace avec une mule, avec laquelle il a une relation très fusionnelle.

Et à l’instar d’autres personnages borzagiens, il est un tantinet inadapté au monde dans lequel il évolue : c’est une sorte de tumbleweed caractéristique du paysage américain : vous savez ces « virevoltants » végétaux qui roulent au gré du vent dans les westerns. Il est même ostracisé par les autres cow-boys du ranch, obligé de dormir avec sa mule, dehors.

 

Et puis il y a l’élément féminin : la jeune Nita que son père a envoyé dans l’Ouest pour qu’elle s’endurcisse. Elle a la tenue pour – son père est riche et possède le ranch – mais ne semble pas vraiment adaptée à cette nouvelle vie : elle se perd dès sa première sortie seule. Cette sortie renforce cette idée d’inadaptée parce que son objectif est d’aller soigner Joe Mex (Jack Richardson) qui a été poignardé par « le Pèlerin » (1) : nous sommes donc bien loin de ce concept de vie rude de l’Ouest.

De la même façon, quand elle se promène avec le Pèlerin, c’est lui qui « se mouille » pour lui permettre de boire ! On est bien loin d’une autre femme du film : Little Eva (Mary Gladding). Cette dernière n’arrive pas de chez Harriet Beecher Stowe, mais une de ces femmes endurcies qu’on trouve dans nombre de westerns (d’avant et d’après) : elle est la compagne de Joe Mex mais ce dernier n’étant pas un modèle de fidélité, elle n’hésite pas à faire de même avec « le Pèlerin » (encore lui), amenant la rixe au couteau…

 

Bref, un western mineur du fait avant tout des son format (28 minutes), et de son histoire (forcément) convenue, mais où le savoir faire de Borzage est déjà là.

Et même si le soleil ne se couche pas, ce singulier héros repart, seul bien sûr, vers une autre destination inconnue et anonyme…

 

  1. Joe Mex est l’agresseur dans cette affaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Reginald Barker, #Thomas H. Ince, #Frank Borzage
La Colère des dieux (The Wrath of the gods - Reginald Barker, 1914)

Toya San (Tsuru Ayoki) est une belle jeune fille japonaise qui souffre de la malédiction familiale : alors que les hommes la trouvent désirable, il est toujours un prophète – le vieux Takeo (Kisaburô Kurihara) – pour le rappeler à ses concitoyens. Malheureuse, elle s’ouvre à son père Yamaki (Sessue Hayakawa) qui confirme cette ancienne malédiction annonçant la fin de sa lignée (personne ne doit épouser sa fille).

Alors qu’elle renie ses dieux puissants, une tempête se lève qui va faire échouer un schooner sur lequel naviguait Tom Wilson (Frank Borzage). Seul rescapé, ce dernier est accueilli par Yamaki et sa fille. Rapidement, il va tomber amoureux d’elle et vouloir l’épouser. Seulement voilà, le vieux prophète ne l’entend pas de cette oreille-là et rameute les villageois…

 

Quelle distribution : Barker, Borzage et Hayakawa ! Sans oublier Ince, bien sûr à l’écriture et la production (1). Et comme c’est Barker qui réalise, nous pouvons être sûrs de l’honnêteté de cette dernière. Il y a un souci de réalisme et d’authenticité dans ses films qu’on va trouver dès la séquence d’ouverture qui voit les personnages se positionner progressivement. Cette honnêteté se traduit aussi par la présentation des différents interprètes du film qui, par un fondu enchaîné, nous apparaissent tels qu’ils sont dans le film. Ces interprètes saluent le public d’entrée, amenant une proximité entre le spectateur et ce qu’il se passe sur l’écran.

Autre élément de cette volonté d’authenticité : le choix des interprètes principaux. Outre les trois premiers Japonais cités précédemment, on trouve aussi dans un rôle secondaire mais important, Kuraichi « Henry » Kotani : ces quatre interprètes sont tous de véritables japonais, à l’opposé de Richard Barthelmess dans Broken Blossoms qui aura un rôle de « yellow face » (3).

 

Par contre, nous sommes en 1914, et la technique, déjà bien rôdée depuis près de 20 ans qu’existe le cinéma, a encore quelques progrès à faire, surtout pendant la séquence-catastrophe : enfin surtout les plans d’ensemble qui montrent les différentes explosions d’un volcan, parce que quand le cadrage se resserre sur des éléments particuliers des effets de ces explosions, le charme agit et on y croit ! (2)

Bien entendu, on n’échappe pas au caractère édifiant du film et ses rapports aux religions : bouddhiste et chrétienne. Et la norme sociale et morale de l’époque ne pouvait laisser le bouddhisme vaincre le christianisme, même à plusieurs milliers de kilomètres de Jérusalem (berceau des religions monothéistes)…

 

Par contre, ce qui est remarquable dans ce film, c’est le mariage mixte : une jeune femme d’origine asiatique et un jeune homme américain (ou le contraire) ne se mélangent pas beaucoup en 1914 aux Etats-Unis.

Et l’émeute provoquée par le prophète et qui se termine dans le sang ressemble beaucoup à ce qu’il se passait alors aux mêmes Etats-Unis quand il était question de mariage mixte (4).

Et encore une fois, Barker filme avec beaucoup de justesse cet épisode tragique, qui me fait dire que la bêtise et l’intolérance n’ont pas de frontière.


Et comme c’est Reginald Barker qui dirige, nous avons droit à un plan qui lui ressemble : celui qui conclut le film et montre Toya San et Tom Wilson, sains et saufs sur le bateau.

 

  1. C’est presque obligatoire dès qu’on parle de Reginald Barker.
  2. Les plans d’ensemble du volcan montrent vraiment trop qu’il s’agit d’une maquette. Patience, dans quelques décennies, nous aurons les effets spéciaux numériques…
  3. Puisqu’on parle de « black face » pour les acteurs blancs de l’époque qui interprétaient des personnages noirs, peut-on parler de « yellow faces » pour ceux qui interprètent des Asiatiques ?
  4. Entre deux personnes de couleurs différentes

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Frank Borzage
Notre Héros (Lazybones - Frank Borzage, 1925)

Steve Tuttle (Buck Jones) est un paresseux (titre original). Il passe son temps allongé, les pieds au mur, pendant que rien ne se fait. Pourtant, la belle Agnes Fanning (Jane Novak) lui trouve énormément de charme, et si ce n’était sa mère (Emily Fitzroy), il y a longtemps qu’elle l’aurait épousé.

Mais voilà : il y a la mère Fanning. C’est une mégère à voilette qui ne voit pas d’un très bon œil ce bon à rien de Tuttle. Pire. Elle a une autre fille plus âgée, Ruth (Zasu Pitts), qu’elle veut marier au jeune Elmer Ballister (William Bailey) qui a réussi (normal, il travaille).

Seulement voilà, Ruth a déjà été mariée et en a même eu un enfant. Malheureusement, le mari est mort en mer. Alors ce nouveau mariage, avec un enfant déjà là, ce n’est pas bien possible. Alors qu’elle tente de se tuer, elle est sauvée par « notre héros » (Steve), qui veut bien s’occuper de l’enfant en attendant que la mégère soit prête à entendre la vérité.

Autant dire jamais.

 

C’est une intrigue un tantinet complexe qui est sortie de la plume de la grande Frances Marion – tout du moins à raconter – pour un film qui se présente de prime abord comme une comédie : Steve «  Lazybones » ne bouge tellement pas que les araignées ont le temps de tisser leur toile entre le mur et ses pieds !

Mais cette comédie n’est qu’apparente, le cœur du problème – la présence de la jeune Kit, la fille de Ruth Fanning – fait basculer l’intrigue et le film dans le drame. Et ce malgré quelques retours constants du comique dont la guerre de Steve (1917-18).

 

Encore une fois, nous retrouvons une intrigue familiale (comme souvent chez Borzage), et un héros solitaire – malgré la présence de sa mère (Edythe Chapman) – du fait ici de sa paresse notoire. Et cette intrigue, sur certains aspects annonce un grand film : L’Heure suprême. On y retrouve la guerre et le personnage sadique – Nana dans le film ultérieur – en la personne de Mrs. Fanning qui n’hésite pas à tâter du fouet les épaules de sa fille pour la faire taire et cacher la présence de l’enfant. Et la petite Kit (Madge Bellamy quand elle est grande), à l’instar de Diane (Janet Gaynor) chez Chico (Charles Farrell), se retrouve en sécurité chez Steve, loin de cette femme violente qui régente sa mère.

 

Mais là s’arrête le parallèle, et surtout les limites de l’intrigue. En effet, Borzage – par l’entremise de Marion – ne va pas jusqu’au bout de cette intrigue, oscillant constamment entre comédie et tragédie (avec une préférence pour cette dernière) sans aller franchement dans aucune des deux. Avec pour résultat un film malheureusement un peu bancale, heureusement filmé avec maîtrise par Glen McWilliams et Frank Schneiderman, alternant caméra fixe et mobile, dans des travellings qui soutiennent la tension du film.

 

Et cette incertitude entre la comédie et la tragédie va durer jusqu’au bout, donnant, au final, un film au goût d’inachevé, faute d’avoir pu se résigner à choisir un camp. Avec une conclusion en queue de poisson, et pas seulement par ce qu’on y voit (1). Sans oublier la sous-intrigue concernant Agnes et Steve qui n’a pas de véritable résolution.

Et c’est bien dommage parce que l’interprétation est solide : de Buck Jones à Madge Bellamy, en passant de Zasu Pitts et Emily Fitzroy, chacun interprète son personnage avec conviction, jusqu’à Edythe Chapman, en vieille mère de Steve qui excuse tout de son petit.

Oui, dommage.

 

(1) C’est plus compréhensible quand on l’a vu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
The Circle (Frank Borzage, 1925)

Katherine (Lucille Le Sueur) (1), s’ennuie auprès de son mari, Lord Clive Cheney (Derek Glynne). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Hugh Porteus (Frank Braitwood).
Un jour, ils franchissent le pas et s’enfuient, laissant le jeune lord seul avec leur fils Arnold (Buddy Smith).

Trente ans plus tard, Lady Elizabeth Cheney (Eleanor Boardman, bientôt madame Vidor à la ville) s’ennuie de son mari, Lord Arnold Cheney (Creighton Hale). Elle trouve réconfort dans les bras de son meilleur ami, et témoin du mariage, Lord Edward Luton (Malcolm McGregor).

Profitant de l’absence de son beau-père (Alec B. Francis), elle invite sa belle-mère (Eugenie Besserer) – qu’elle n’a jamais vue – et son compagnon (George Fawcett) à la résidence Cheney, pour voir ce qu’ils sont devenus après ces trente années écoulées.

Arnold est inquiet, mais moins quand il s’aperçoit que son père est rentré et que les invités ne vont pas tarder.

L’histoire va-t-elle se répéter ?

 

On connaît Frank Borzage pour ses comédies dramatiques magnifiques, usant des éclairages avec beaucoup d’habileté, et proposant de véritables joyaux en noir et blanc. On le connaît moins dans un registre très différent : la comédie.

Le film est ainsi annoncé par un intertitre de présentation : « Chaque homme peut se choisir une femme, mais doit faire attention à qui elle est. » Le ton est donné.

Ce n’est pas du burlesque, mais une très agréable comédie de mœurs. En effet, Borzage réussit à nous amuser avec une histoire qui s’annonce à première vue crapuleuse. Il faut dire qu’il a deux vétérans qui s’en donnent à cœur joie : George Fawcett et Alec B. Francis. Chacun dans son domaine est très bon, l’un goguenard voire ironique (Francis), l’autre bougon et un tantinet vulgaire (Fawcett).

Et si Elizabeth conduit cette rencontre au début, rapidement, la situation va lui échapper, jusqu’au coup de théâtre final (assez prévisible tout de même).

La plupart du temps, c’est son point de vue qu’on observe : ses attentes, puis ses craintes et ses espoirs.

 

En effet, le couple qui débarque dans sa vie est assez pittoresque. D’un côté Katherine qui a bien profité de la vie et qui ressemble très peu à son portrait de jeunesse ; de l’autre un Porteus qui s’est empâté, fume le cigare et a des rhumatismes.

A première vue, Elizabeth est bien déçue de voir ces deux énergumènes qui allient vulgarité et mésentente, amenant une scène inévitable avec crise de larmes qui découle d’une partie de bridge où ils se disputent, ce qui semble tout à fait habituel : « elle va encore pleurer », dira Porteus.

 

On a connu Borzage plus inspiré, certes, mais c’est surtout dans des histoires beaucoup moins légères. En ce qui concerne les aspects techniques du film, on n’a rien à dire, les plans sont très bien travaillés et variés, donnant un bon rythme à cette comédie.

L’attente des deux amants qui reviennent trente ans après est très bien menée. D’un côté, une tension qui monte au château, pendant que nous suivons la voiture et ses deux occupants que nous voyons de dos.

Quel contraste quand on voit enfin leurs visages. Et surtout, quelle duo que celui qui prend ses aises dans la résidence : elle qui ne cesse d’embrasser son fils, digne lord britannique à la « lèvre supérieure rigide », le mettant rapidement mal à l’aise.

Bref ces deux nouveaux arrivants ne sont pas ce qu’Elizabeth attendait.

Mais… Et c’est là qu’est la complication de l’intrigue : il ne faut pas oublier la place de l’amour.

 

Alors, restera-t-elle ou  partira-t-elle avec le séduisant Teddie ?

Vous irez voir par vous-mêmes…

 

 

(1) Lucille Lesueur a réussi sous un autre nom : Joan Crawford.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
Back Pay (Frank Borzage, 1922)

Hester Bevins (Seena Owen) vit à Demopolis (1), trop loin de la grande ville (New York) pour une jeune femme comme elle.

Elle n’est pas faite pour cette vie routinière : loger dans la pension de famille de Mrs. Simmons ; participer aux événements locaux.

Même son fiancé, Jerry Newcombe (Matt Moore), n’arrive pas à la retenir, malgré sa nouvelle voiture (un buggy tiré par un cheval).

Alors Hester part pour New York.

Cinq ans après, elle est une femme riche. Mais surtout, c’est une femme entretenue. Alors quand elle retourne à Demopolis, comme ça, pour voir, personne ne la reconnaît : on l’a oublié.

Sauf, bien entendu Jerry.

 

Nous sommes chez Borzage, alors la belle Hester, qui est toujours entourée, se sent inlassablement seule.

La vie à Demopolis, et en particulier à la pension de Mrs Simmons est d’un ennui incroyable pour cette jeune femme qui ne rêve que de luxe et d’excitation. Sa vie est vide parmi ces braves gens.

Le seul qui comprend les sentiments d’Hester, c’est bien entendu Jerry. C’est lui qui l’accompagne quand elle part définitivement.

C’est bien connu, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils sont difficiles à supporter.

 

Alors que les réalisateurs de l’époque s’accordent à montrer la corruption de la Ville (1), Borzage fait une ellipse de cinq ans résumés par un intertitre : Hester a bien réussi, mais pas spécialement en travaillant.

On a alors un aperçu de ce que sont ses occupations, essentiellement des fêtes bien arrosées avec ses nouveaux amis Kitty (Ethel Duray) et Speed (Charles Craig), et bien sûr, celui qui l’entretient : Charles G. Wheeler (J. Barney Sherry).

Mais elle est seule, toujours.

Alors quand elle passe près de son ancienne ville, elle y retrouve Jerry, le seul qui ne l’a pas oublié, mais malgré cela, elle repart vers sa vie frivole, laissant une nouvelle fois le pauvre Jerry.

 

Mais le revoir va en fait changer doucement sa vie : elle voit en Jerry un ami fidèle, mais tellement à l’opposé de ce qui est son existence. Mais un ressort s’est cassé, et elle se sent de plus en plus triste, de plus en plus seule.

Et pendant que les fêtes s’enchaînent toutes plus folles les aunes que les autres, Jerry est parti en France, combattre.

Quand il revient, c’est un homme brisé, ravagé par les gaz et aveugle (3), à qui le chirurgien ne donne que trois semaines à vivre.

On retrouve alors la rédemption chère à Borzage (et aux Américains en général) dans cet amour bref mais ô combien intense, qui la sauvera de sa vie dissolue : la morale est sauve.

 

Au-delà de la fin un tantinet moralisatrice, on retrouve l’atmosphère des films de Borzage, avec ce souci constant de l’éclairage : le soleil qui est voilé par un nuage et qui assombrit la scène, annonçant la lente déchéance d’Hester ; le dernier crépuscule de Jerry, où le soleil a beau briller, ma  la lumière est grise, froide. On retrouvera cet éclairage chez Murnau dans Sunrise, mais est-ce bien étonnant ?

 

Encore une fois, un très beau mélodrame qui annonce les derniers films muets du maître : le thème de la solitude, les éclairages expressifs et deux solitudes qui sont de prime abord différentes mais qui ne peuvent que se retrouver le temps de vivre quelque chose de grand.

Du Borzage, quoi !

 

 

  1. Etymologiquement « ville du peuple ».
  2. New York est presque toujours le symbole de la perdition.
  3. Il annonce le personnage de Chico (Charles Farrell) dans Seventh Heaven.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage
Humoresque (Frank Borzage, 1920)

Humoresque, c’est une pièce de l’immense Anton Dvořák (1). C’est une œuvre qui allie la gaité et la tristesse, parce que les pleurs peuvent masquer le rire comme le rire peut dissimuler les pleurs…C’est comme ça que l’envisage Mama Kantor (Vera Gordon), quand son fils – préféré – Leon (Gaston Glass) part pour la guerre en Europe (nous sommes en 1917).

 

Reprenons. Brooklyn (New York) début du XXème siècle.

Dans le quartier juif (2), nous suivons la vie des Kantor, émigré russes suite aux pogroms de la fin du XIXème qui les ont touchés : leur fils aîné  Mannie (Sidney Carlyle) (3) a toujours les mêmes réactions qu’à sa naissance, son esprit n’ayant pas évolué.

Dans ce même quartier vit la petite Gina Ginsberg (Miriam Battista, 7 ans), orpheline de mère et qui a recueilli un petit chat… Mort.
Dans ce quartier, Leon (Bobby Connelly) (4) est souvent la cible des autres enfants, mais quand ces derniers s’en prennent à Gina, il s’empresse de la défendre.

L’intrigue commence le jour de l’anniversaire de Léon : encouragé par Mama Kantor, il reçoit ce dont il rêve, un violon.

A 23 ans, Leon est devenu un virtuose, mais il s’engage dans la première Guerre mondiale et revient avec un bras blessé : il ne pourra plus jouer.

 

Ne nous y trompons pas, la Guerre n’intervient qu’à la fin et les complications qui en découlent n’occupent qu’une toute petite partie du film.

Car si Leon est le héros du film, il n’est pas pour autant le personnage principal : c’est Mama Kantor qui tient le film d’un bout à l’autre. C’est elle qui croit en ses enfants, même si pour Mannie, la situation est désespérée. Et Vera Gordon est une mère formidable. Sans tomber dans la caricature de la mère juive, elle interprète tout de même un archétype : elle est douce et aimante comme elle peut se fâcher si on ne lui obéit pas. C’est elle qui donne le véritable sens du titre du film (voir plus haut), pleurant le départ de son fils, mais déclarant qu’elle pleure de rire, pour cacher sa fierté. C’est d’ailleurs un grand moment que la séquence des adieux, où Leon leur joue à tous une dernière fois Humoresque (3) avant de partir. Même Mannie réagit à cette musique entraînante où point tout de même un soupçon de mélancolie.

 

On a raison de dire que Frank Borzage est l’un des meilleurs cinéastes de mélodrames. Cette histoire le prouve encore une fois. On y trouve aussi son thème de prédilection, la solitude.

Solitude de Leon de Gina face aux autres enfants, solitude de Mama Kantor qui doit s’occuper seule de sa maisonnée ; solitude de Leon revenu invalide de la Guerre et de Gina (encore) rejetée par ce même Leon…

 

Ce film est une très belle peinture de ce que pouvait être la vie au début du XXème siècle à New York dans ce quartier de Brooklyn dont on nous montre quelques images (ré&elles) en ouverture. Mais si la vie n’est pas facile pour tous ces gens, on assiste tout de même à une élévation de leur niveau de vie, presque 15 ans après : Leon est adulé par le public et le père de Gina a réussi dans ses affaires.

Si Mama Kantor est le personnage central de cette belle histoire, il ne faut pas oublier son mari Abrahm (Dore Davidson), véritable caricature d’un négociant juif, obnubilé par l’argent. De plus, il a une certaine tendance à l’avarice. Mais il n’y a pas de charge contre ce personnage qui, au bout du compte est plus humain qu’il veut le montrer. Il est très fier de la réussite de son fils (et pas seulement financière), et son départ l’affecte tout autant que son épouse.

 

 

(1) Composée en 1894

(2) Les intertitres vont même jusqu’à parler de « Ghetto ».

(3) Il est très rare de voir représenté ainsi un enfant, puis un adulte handicapé dans les films de cette période.

(4) 10 ans pendant le tournage, il meurt en 1922 (hypertrophie du cœur + bronchite).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Frank Borzage
L'Adieu aux armes (A Farewell to arms - Frank Borzage, 1932)

Les cloches de l’Armistice résonnent pendant que le jeune homme porte sa femme. Morte (1).

 

C’est une fin d’une tristesse absolue, mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour que nous propose Frank Borzage.

Ce sont encore deux personnes très différentes qui rencontrent. Et qui au final ne sont pas si différentes que ça. Ce sont à nouveau deux solitaires qui évoluent devant nos yeux dans cette adaptation – un tantinet libre (2) – du roman d’Hemingway.

Catherine (Helen Hayes) et Frederic (Gary Cooper) ne sont pas très différents des autres grands personnages de Borzage. Ce sont des gens seuls qui se rencontrent et se trouvent. Mais si Angela et Gino (Street Angel) ou Tim et Mary (The lucky Star) peuvent vivre leur amour, il n’en est rien pour Catherine et Frederic.

 

Tout les sépare : la vie, mais surtout la guerre. Il est soldat-ambulancier sur le front italien pendant qu’elle soigne les blessés qu’il lui ramène.

Mais cette guerre omniprésente ne nous est jamais présentée comme telle : aucune charge, aucun combat ne nous est présenté. Ce sont essentiellement des bombardements ou des foules qui fuient l’enfer guerrier. Même la blessure de Frederic n’est pas une vraie blessure de guerre : pas d’acte d’héroïsme, juste de la malchance. Mais est-ce vraiment de la malchance ?

 

Cette blessure va rapprocher les amoureux et déterminer cette fin tragique annoncée.

C’est à l’hôpital que tout se joue : leur véritable rencontre, débarrassée des vapeurs de l’alcool ingurgité par Frederic ; leur alliance (morale) pendant la convalescence de ce même Frederic.

Et c’est cette réunion, sous les yeux de l’aumônier (Jack La Rue), qui nous amène l’une des plus belles séquences du film.

On y ressent tout le poids et l’inquiétude générée par la guerre qui oblige les amoureux à vivre intensément leurs différentes rencontres : à chaque fois, c’est peut-être la dernière. Et l’action de l’aumônier va dans ce sens, même s’il sait que religieusement parlant, ce n’est pas très orthodoxe

Cet acte – une bénédiction nuptiale – est le ferment de leur amour, celui qui altère et grandit leur relation.

Dès lors, leur sort est scellé, la tragédie peut se mettre en place : de cette union s’ensuit une situation incompatible pour une infirmière de guerre, célibataire et qui plus est en Italie.

 

Mais malgré tout, ces barrières qui se dressent devant ces deux amants seront éliminées et ils se retrouveront. Trop tard, bien entendu, c’était trop beau : une infirmière fautive et un déserteur ne peuvent pas gagner sur la vie.

Alors on espère un dernier sursaut, une dernière étincelle de bonheur : une ultime rencontre. Elle se fera, mais tout de même, quel gâchis !

 

En plus des personnages qui appartiennent sans hésitation au monde de Borzage, on retrouve sa manière de filmer avec de constantes utilisations de la lumière et bien évidemment de l’ombre, la nuit prenant progressivement le contrôle de l’écran, s’installant pendant que les amoureux, séparés, entrent dans la nuit de leur amour. Le jour ne reviendra que quand ils se retrouveront, mais pour tellement peu de temps.

Qu’importe le temps. Ces deux-là ne le vivent pas de façon ordinaire. Les rares moments où ils furent réunis furent tellement intenses qu’au final, ils ont vécu un amour extraordinaire, plus fort que tout, réussissant presque à repousser la mort.

 

Dernière chose enfin. Il y a un traitement de la guerre très particulier dans ce film. En effet, outre l’absence des combats, elle nous est toujours présentée selon le point de vue de Frederic (3). Sa désertion se combine à un raid aérien particulièrement meurtrier où de nombreuses victimes s’effondrent, pendant qu’il traverse tant bien que mal les lieux. Mais ces attaques ne paraissent pas réelles. Elles n’atteignent pas Frederic, alors que les autres personnes, si.

Cette vision distordue s’explique par ce point de vue énoncé plus haut : Frederic vient d’annoncer à son ami, le Major Rinaldi (Adolphe Menjou superbement humain) que la guerre n’avait plus de réalité pour lui. Il nie totalement cette guerre, ce qui explique sa progression, indemne au milieu des cadavres qui s’accumulent.

Brillant.

 

 

(1) désolé d’avoir gâché votre surprise, mais, si comme moi vous avez lu le livre, vous n’avez aucune raison d’être surpris. De toute façon, ce n’est pas l’issue malheureuse qui importe, c’est comment elle est mise en images…

 

(2) Rappelez-vous, nous sommes au cinéma !

 

(3) A propos de son point de vue, on assiste à deux très belles séquences de caméra subjective quand Frederic est dans l’hôpital, blessé.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Borzage, #Drame
Liliom (Frank Borzage, 1930)

Julie (Rose Hobart)

Une jeune femme, servante dans la haute société.

Son rayon de soleil : Liliom (Charles Farrell), le bonimenteur du carrousel.

Mais Liliom est un paresseux, un bon à rien...

Pourtant, Julie l'aime.

 

Il s'agit de la deuxième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár La première parlante. Pourtant, c'est celle de Fritz Lang qu'on connaît plus. Alors que...
Alors que Frank Borzage nous propose une très belle version. Il reprend son acteur fétiche du muet, Charles Farrell pour jouer un Liliom dans la lignée de ses personnages antérieurs. C'est un grand échalas, maladroit dans ses gestes, et surtout avec Julie, l'amour de sa vie. Il a toujours ce regard intense, mais il n'a pas ne sait pas exprimer son amour. Pourtant Julie ne s'en formalise pas. Elle sait qu'il l'aime.
Là encore, l'esthétisme de Borzage est merveilleux. Le rapport entre l'ombre et la lumière est toujours aussi présent et beau. La scène de la mort de Liliom (ah oui, il meurt, c'est le déclencheur vers la rédemption) est à ce propos sublime. Une bougie au second plan - lumière ou présence divine ? - amène cette touche d'espoir dans une histoire malgré tout très triste. Et quand Julie se penche sur le corps de son amour, la bougie devient un halo, une auréole pour une femme qui devient madone. Parce que l'image de la Vierge est là encore présente. Rappelez-vous Janet Gaynor dans Street Angel (par exemple). Cette fois encore, cette madone est triste. Les yeux de Rose Hobart (trop grands pour ne pas être bleus...) sont formels. Il y a une mélancolie terrible. Ce n'est pas le désespoir de ne pas être aimé. Non, c'est la tristesse de voir Liliom encore plus triste qu'elle. Une sorte de cercle vicieux où chacun devient plus triste à son tour de voir l'autre se morfondre.
Pourtant, Liliom a un bon fond. Elle le sait, nous aussi. Il faut le voir annoncer la future naissance de son bébé pour s'en convaincre. C'est certainement le jour le plus beau de sa vie. Mais là encore, il ne sait pas le dire à Julie...
Borzage signe ici son deuxième film parlant. Mais cette fois, Borzage refait un « vrai » film, sans prétexte musical. Et quand la musique intervient dans l'intrigue, c'est quand Liliom et Julie se rencontrent. Pour le reste, elle ne tient qu'à l'ambiance du lieu ou de l'histoire, seulement un accompagnement. Mais malgré l'essor du parlant, les vieux réflexes du cinéma muet perdurent : des intertitres émaillent l'intrigue.
Quant à l'utilisation du parlant, elle laisse parfois à désirer : la scène d'introduction manque cruellement de vie, les deux interprètes (Rose Hobart et surtout Mildred van Dorn) ayant plus tendance à réciter leur texte qu'à le jouer. Mais rapidement, cela s'améliore. Par contre, Charles Farrell n'a pas la voix qui va avec son physique : beaucoup trop haut perchée. J'avais rêvé à une voix un tantinet plus grave (plus virile ?).
Et puis pour les habitués du cinéma américain des années 1925-30, il y a le plaisir de retrouver Bert Roach (The Crowd...), ou Guinn Williams (Lucky Star...), avec un plaisir certain.

Une version à découvrir sans tarder !
Pour les autres, à revoir avec beaucoup de plaisir...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Frank Borzage, #Télévision, #Comédie dramatique
A Ticket for Thaddeus (Frank Borzage, 1956)

On frappe à la porte. Thaddeus (Edmond O'Brien) se réveille en sursaut. Ils l'ont retrouvé. Thaddeus est paniqué. Il appelle sa femme, Kathi (Narda Onyx). Elle ne répond pas. Les hommes forcent la porte qui s'éventre dans un bruit terrible. Thaddeus continue de se décomposer.

Les hommes pénètrent dans la chambre. Ils ont tout de noir vêtus. Ce sont des Allemands. Des SS. Ils viennent arrêter Thaddeus pour l'envoyer dans un camp. Thaddeus continue d'appeler sa femme.

Elle le réveille. Ce n'était qu'un (mauvais) rêve. C'est juste un livreur qui s'est trompé de nom.

Thaddeus et Kathi sont deux Américains fraîchement naturalisés (14 novembre 1955, à 14 heures 27 !). Avant, ils vivaient en Pologne, où Thaddeus a réellement été arrêté et envoyé dans un camp de concentration. Il a même une trace de son passage : un tatouage sur le bras.

Mais maintenant, il travaille en Amérique - il est menuisier ébéniste - et restaure des meubles anciens.

Ca, c'est quand tout va bien. Parce que dès qu'un uniforme pointe à l'horizon, Thaddeus perd tous ses moyens : il a peur d'être à nouveau envoyé dans un camp.

Alors quand il reçoit une convocation pour passer au tribunal, il prépare sa va       lise et une dernière lettre pour sa femme.

 

Cette histoire est tirée de la série Le Choix de... (en VO : Screen directors Playhouse) qui proposait des courts-métrages signés par des grands noms du cinéma, interprétés par d'autres grands noms, entre 1955 et 1956, à l'initiative de Hal Roach.

C'est donc ici Frank Borzage qui s'y colle et qui nous propose une histoire très américaine qui parle... D'immigré polonais !

La séquence d'introduction (l'intervention nazie) est très convaincante, et c'est la disposition de la pièce, autant que la voix rassurante de Kathi qui nous explique qu'il s'agissait d'un rêve : nous pouvons admirer les lits séparés !

Dans un souci de préservation des bonnes mœurs, nos amis Américains faisaient dormir un couple marié (même très récemment !) dans deux lits séparés par un bon mètre ! [Katherine Hepburn et Spencer Tracy, réellement mariés dans la vie, avaient droit à un traitement de faveur]

Quoi qu'il en soit, une fois passée cette anomalie, nous assistons à ce qui aurait pu être une injustice : un homme accusé à tort d'avoir embouti une autre voiture. Mais ce qui rend cette histoire singulière, c'est le décalage entre la gravité de l'infraction et l'état d'esprit de Thaddeus. Pour ne plus avoir affaire à la police - et plus généralement aux gens en uniforme - il est capable d'avouer sa culpabilité et régler tout à l'amiable, perdant par là-même toute fierté, voire dignité. Mais les policiers arrivent et ils sont habillés tout en noir.

Heureusement, nous sommes chez Borzage, et notre « héros » va évoluer, et ce en bien.

 

Il s'agit donc d'une œuvre mineure, pour la télévision, le fameux « petit écran ». Et on se demande si ce qualificatif n'a pas influé sur le sujet traité. En effet, rien de grandiose dans cette histoire. Il s'agit d'un « petit » fait divers, avec des « petites » gens (souvent chez Borzage). Mais malgré tout, Borzage transforme cette « petite » histoire en grande (r)évolution pour cet homme poursuivi par ses démons.

 

Comme quoi, il n'y a jamais de « petite » histoire !

 

 

[NB : ce court-métrage est en complément du Bluray Street Angel du même Borzage.]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Ange de la rue (Street Angel - Frank Borzage, 1928)

L'Italie. Naples. Naples éternelle, hors du temps. Celle des opérettes. Parce que ça commence comme une opérette, avec ses décors peints, et ses carabinieri plus vrais que nature, leur bicorne bien ajusté et leurs boutons d'uniformes lustrés. L'Italie ou chacun s'exprime avec ses mains et où un petit incident devient rapidement catastrophe nationale.

Mais rapidement, nous nous apercevons que c'est plutôt l'envers du décor. Angela (Janet Gaynor) vit avec sa mère qui est en train de mourir, dans un appartement sordide, la vielle femme dormant à même le sol. Seul un remède - cher - peut la sauver. Mais elles sont pauvres. Alors Angela tente le tout pour le tout : elle descend dans la rue afin d'y proposer ses appas. Or, personne ne la remarque. Dépitée, elle n'a plus qu'une solution : voler l'argent qui lui permettrait l'achat du médicament.

Elle est surprise et arrêtée et rapidement jugée : un an de « maison de travail ».

Mais elle réussit à s'évader et rejoint un cirque qui va la protéger. Elle devient rapidement équilibriste dans cette troupe itinérante, et au moment où la voyante lui prédit l'amour, elle rencontre Gino (Charles Farrell), un peintre itinérant qui se joint au cirque.

Bien entendu, ils tombent amoureux. Un jour, apercevant des policiers, Angela tombe et se brise la cheville : elle doit quitter le cirque pour se soigner. Gino l'emmène. Où ? A Naples, bien entendu. Là où elle est toujours recherchée...

 

Borzage aurait dû être allemand. En plus des acteurs Janet Gaynor et Charles Farrell, il partage avec Murnau une technique d'éclairage où l'ombre et la lumières sont terriblement pertinents. Les ombres sur les murs : la taille immense des barreaux de la prison, des gardiens, celle des filles sur le mur carcéral... Et puis il y a le brouillard : épais et mystérieux, qui emmène Angela et Gino vers l'inconnu, après l'accident. Celui qui les fera se retrouver...

Il y a un jeu d'impressions dans cette façon de tourner. Pas étonnant qu'on assiste, en sous-intrigue à une histoire de maquillage de tableau, cherchant à faire passer une toile de Gino en œuvre de vieux maître italien.

Tout n'est qu'impression. En plus du faux tableau de maître, on assiste à une série de mensonges plus ou moins gros. Ca commence avec la saucisse dérobée par le directeur du cirque, provoquant la destruction de la grosse caisse « la plus musicale d'Italie ». Et ça continue avec Angela, essayant de ressembler à un « ange de la rue » (d'où le titre), espérant séduire quelque homme de passage. Mais le plus gros mensonge (par omission), c'est celui d'Angela qui ne dit pas à Gino son passé, le laissant espérer un mariage prochain, alors qu'elle est attendue par un policier qui l'emmènera - évidemment - à l'ombre.

Le point culminant étant la séquence des adieux : Gino vient de trouver un gros engagement, mais Angela a été retrouvée par un policier. S'ensuit une scène bouleversante où Angela - incapable d'avouer son infortune - embrasse son amant comme si elle partait pour toujours, alors que lui pense tout naturellement la retrouver au réveil.

Notons enfin la parfaite entente entre Janet Gaynor et Charles Farrell. Lui, artiste, lunaire, elle femme-enfant, mais tout de même pragmatique. Complémentaires, formidables.

Une alchimie qui se poursuivra pendant encore dix films, avec ou sans Borzage.

 

 

 

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