Au début il y avait le cinéma.
Ensuite est arrivé Robert Flaherty.
On prétend – à tort – que Flaherty est l’inventeur du film documentaire. C’est oublier qu’à la fin du XIXème siècle, entre autres, Albert Kahn finança des expéditions sur les cinq continents afin de filmer un état du monde au début du XXème siècle.
Mais venons-en au film.
Une introduction nous présente les conditions dans lesquelles Flaherty a réalisé ce film. Il s’agit donc d’une première expédition de 6 ans qui lui donna l’envie de filmer les conditions de vie dans le cercle polaire arctique (au nord du Canada). Il dut s’y prendre d’ailleurs à plusieurs reprises, les résultats n’étant pas toujours intéressants voire furent détruits par le feu.
Mais il s’agit avant tout d’une tranche de vie d’une communauté d’Eskimos, dirigée par le fameux Nanouk, de son vrai nom Allakariallak.
Ce sont alors des scènes de la vie quotidienne de ces Esquimaux, du lever au coucher (pas obligatoirement dans cet ordre d’ailleurs, avec certaines occupations traditionnelles, ou connues comme telles.
On peut voir la chasse au morse, la pêche au phoque ou au saumon, le piège à renard (1), ainsi que la fabrication d’un igloo, le commerce avec l’homme blanc et les différentes façons de se déplacer dans cette vaste étendue blanche.
Il y a chez Flaherty une volonté de transmettre les observations du mode de vie de ces gens tellement différents de ce qu’il connaissait avant de les découvrir. Et même si certaines situations sont un tantinet mises en scène (l’épisode du renard), elles ne dénaturent pas le propos du film.
Il y a avant tout un désir de montrer au monde ce qu’il a pu vivre en le suivant toute une année. C’est aussi pour montrer le courage de ces gens que ce film fut réalisé. Il faut reconnaître que toutes les péripéties sont impressionnantes.
La première séquence donne le ton : nous sommes chez des gens hors du commun, et qui vivent ainsi depuis presque toujours. On voit alors arriver Nanouk dans un long kayak à une place et en sortir toute sa famille, répartie à l’intérieur de l’embarcation.
Puis on évacue le passage – obligé ? – chez l’homme blanc : Nanouk échange le fruit de sa chasse (des peaux) contre des éléments indispensables ou non à sa survie (des outils/armes comme les couteaux ; des bonbons multicolores pour les enfants…).
Et puis il y a ce qui deviendra un élément classique des documentaires sur mles peuplades éloignées de la civilisation de l’homme blanc : le choc des cultures. Ici c’est la découverte du gramophone qui nous est montrée, avec un Nanouk qui ne comprend pas qu’un disque noir puisse reproduire les voix humaines (2).
Mais dans tout le reste du film, c’est au plus près que nous allons suivre cette petite communauté, se déplaçant continuellement pour trouver de quoi subsister. Si la chasse est omniprésente – il faut avant tout ne pas mourir de faim ! – la séquence la plus intéressante est très certainement celle où les adultes bâtissent un igloo à partir de la neige dure du sol avec pour seul outil un couteau d’ivoire, pendant que les enfants jouent à glisser sur la neige.
Ce sont à chaque fois des scènes de réjouissance que nous pouvons voir, mais avec toujours la menace de ne pas trouver de gibier et donc de mourir de faim.
D’ailleurs, dans le préambule de Robert Flaherty, on apprend que Nanouk est mort de faim pendant une expédition deux ans près la sortie du film.
Si ce film est important dans l’histoire du cinéma, c’est aussi – et surtout – parce qu’il va donner à Murnau l’envie de réaliser un film assez similaire, mais qui se passe dans un environnement totalement différent: Tabu, où l’intrigue – parce qu’elle est importante – se situe dans les mers du Sud, en zone intertropicale (3).
Mais la différence ne s’arrête pas à l’environnement : chez Murnau, il y a en plus une envie de raconter quelque chose, où le mode de vie devient alors un moyen de caractériser ses personnages et non plus le but du film.
Mais, bien entendu, ceci est une autre histoire.
- que les cruciverbistes connaissent sous le nom d’isatis.
- Ce n’est pas l’élément le plus intéressant du film…
- C’est une sorte de version en négatif de Nanouk…
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