Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Charles Chaplin, #Comédie dramatique, #Muet
Les Temps modernes (Modern Times - Charles Chaplin, 1936)

Voici la dernière véritable apparition du vagabond. Lors du prochain film, ce ne sera plus un vagabond. Ce sera un barbier établi dans le quartier juif d'une grande ville.

Profitons-en, alors.

Il s'agit d'un film muet parlant (à ne pas confondre avec Extase, qui est un film parlant muet).

Muet parce que la plupart du temps, les personnages ne s'expriment que par geste. Et parlant parce que finalement, le rouleau compresseur du cinéma parlant a eu raison de Charles Chaplin. Même le vagabond fera entendre le son de sa voix.

 

Les Temps modernes sont ceux que Chaplin connaît : il lui suffit de lire le journal et il peut trouver tous les éléments pour faire ce film. A cette époque, aux Etats-Unis (et dans le reste du monde, c'est la grande dépression. Une crise sans précédent qui a plongé les gens dans un marasme économique terrible, ne laissant que le désespoir et la tristesse.

Pourtant, Chaplin va faire rire de cette situation. Mais s'il se moque, c'est avant tout de ceux qui possèdent. Il y a du respect - d'une certaine façon - pour les véritables victimes de cette crise. Dès la séquence d'ouverture, le ton est donné : des moutons se précipitent hors champ (vers l'abattoir ?). Parmi eux, un mouton noir. Tout de suite après, un fondu sur des hommes qui vont travailler, dans une de ces grandes usines sidérurgiques. Leur patron, quand il ne donne pas des ordres, essaie de résoudre un puzzle. Il a en outre une jolie secrétaire qui veille sur sa santé.

Pendant ce temps, ses ouvriers turbinent. Nous nous intéressons à la section 5, où travaille un petit homme à moustache. Le mouton noir, c'est lui. C'est une chaîne de gestes élémentaires : il tourne deux écrous d'un quart de tour, pendant qu'un deuxième frappe l'un et un troisième frappe l'autre (écrou). Bref, rien de très palpitant. Surtout qu'à la cadence sans cesse s'accélérant, s'arrêter pour se gratter met en péril la production. Et le petit homme pète les plombs. Qui ne le ferait à sa place ?

 

Nous sommes donc dans un univers totalement absurde, une espèce de temple de la productivité où le travail est la finalité. Jamais on n'a d'idée de ce qui est produit dans cette usine : on voit les fameux boulons, des tubes d'acier, et c'est tout. Notre héros, à la différence d'autres films, est tout à fait intégré dans cette société : il pointe comme tous l'es autres, fait son travail consciencieusement. Bref, le vagabond s'est rangé.

Alors Chaplin le sort de cet environnement pour le renvoyer à la rue. Il y a tout d'abord ce burn out, comme on dit de nos jours, puis ce sera une arrestation suivie d'un séjour en prison qui le rendront irrémédiablement à la rue. Mais c'est aussi dans la rue qu'il rencontrera sa nouvelle complice : une gamine (Paulette Goddard, merveilleuse !), qui, chose rare chez Chaplin, possède un état civil - Ellen Peterson. C'est une jeune orpheline - son père a été tué pendant une manifestation -  recherchée par les services sociaux, qui ont prévu de s'occuper d'elle.

 

Il n'y avait pas eu une telle complicité entre le vagabond et un autre personnage depuis The Kid, avec Jackie Coogan. Quand Coogan était le pendant enfant du vagabond, nous pouvons dire qu'ici, la gamine est son pendant féminin : elle a les mêmes mimiques, la même moralité quant à la société : peu de scrupules. D'ailleurs, il est obligé de la reprendre quand elle vole leur pitance.

Alors ils s'installent ensemble. Rassurez-vous, le Code Hays est passé par là et ils font chambre à part : lui dans un réduit qui ressemble plus à une niche, elle par terre, au milieu de leur taudis.

Parce que la majorité des personnages rencontrés dans ce film sont pauvres. Le père de la gamine, ses sœurs, les autres employés de l'usine qui se retrouveront au chômage, ceux qui manifestent contre les conditions de travail (ou de non-travail).

Malgré tout, le vagabond et la gamine vont tenir bon et vouloir s'en sortir. Parce que le vagabond ne l'est plus, il aspire à une vie stable, dans un foyer digne de ce nom.

Et quand finalement, ils y arrivent, la Loi retrouve la trace de la jeune orpheline et veut s'en occuper. Là encore le vagabond va tout faire pour qu'elle lui échappe. Voici un autre parallèle avec The Kid : quand la société décide de s'occuper de ses laissés-pour-compte.

 

Je dis toujours que les films de Chaplin ne se terminent pas bien. Sauf La Ruée vers l'or.

Les Temps modernes n'échappent pas à cette règle : après une nuit passée à échapper aux représentant de la Loi, ils sont sur le bord du chemin, se reposant rapidement.

Puis ils repartent, sur la route, vers une destination inconnue, l'épée de Damoclès des services sociaux se balançant au-dessus de leurs têtes.

Il n'y aura pas d'autres alternative que la fuite en avant. En attendant que - peut-être - elle soit en âge de s'assumer et que par conséquent l'administration la laisse tranquille.

 

Pour la première fois - et aussi la dernière - nous entendons la voix du vagabond. Chaplin a reculé le plus possible le passage au parlant de son personnage. Même dans l'intrigue, tout est fait pour que ça arrive le plus tard possible : malgré sa réticence, il doit chanter. Il fait tout (consciemment ou non) pour y échapper : il ne se souvient plus des paroles, ce n'est pas grave elle les lui notes sur ses manchettes ; il perd ses manchettes, pas d'importance, elle l'encourage à chanter n'importe quoi, du moment qu'il chante. Alors il fait attendre le public - celui du restaurant et celui du cinéma...

Et il chante. C'est une chanson qui lui ressemble, un compromis entre le cinéma muet et le cinéma parlant : des mots issus d'un grand nombre de langues, accompagnés de gestes pertinents et comiques. Tout le monde est content : le patron du restaurant (Henry Bergman), la gamine, et bien entendu nous, les spectateurs, et surtout ceux de 1936 qui attendaient depuis presque dix ans que Chaplin se mette au parlant et par conséquent pouvoir enfin entendre la voix du vagabond.

Ayant accepté que le vagabond s'exprime, il devient clair que ce fut sa dernière apparition en tant que tel. Le barbier dans le Dictateur lui ressemble, certes, mais c'est une autre sorte de personnage.

 

Le vagabond a trouvé celle qui lui ressemblait. Il est parti et ne reviendra pas.

Chaplin a tiré un trait définitif sur le cinéma muet.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Victor Fleming, #Comédie, #Fantastique
Le Magicien d'Oz (The Wizard of Oz - Victor Fleming, 1939)

Dorothy (Judy Garland) vit dans une ferme du Kansas, avec son oncle Henry (Charley Grapewin) et sa tante Em (Clara Blandick). Elle a aussi un chien : Toto. Toto est un chien qui chasse les chats, surtout celui d'une voisine : miss Gulch (Margaret Hamilton), une vieille fille acariâtre (ici, c'est un véritable pléonasme) qui veut éliminer ce même chien.

Mais comme tout ce petit monde vit dans le pays des tornades, l'une d'entre elles arrive et emporte la maison où Dorothy s'était réfugiée. Quand la maison a fini de voler, elle se pose sur la Méchante Sorcière de l'Est qui ressemble comme deux gouttes d'eau à miss Gulch.

Dorothy est arrivée par-delà l'arc-en-ciel, au pays d'Oz. En chemin pour rencontrer le grand Magicien de cet endroit (Frank Morgan), elle fait la connaissance d'un épouvantail (Ray Bolger), d'un homme en fer-blanc (Jack Haley) et d'un lion peureux (Bert Lahr). Ensemble, ils partent pour la cité d'émeraude, où vit le magicien. Mais sur sa route se dresse l'autre Méchante Sorcière (celle de l'Ouest), la sœur (jumelle ?) de la précédente, bien résolue à se débarrasser de cette petite fille et de son insupportable cabot.

 

Le film - pourtant annoncé en Technicolor - s'ouvre en noir et blanc. Et tout ce qui concerne le Kansas sera tourné en noir et blanc. De là à conclure que le Kansas est sans couleur, il n'y a qu'un pas, que d'ailleurs je ne franchirai pas.

Mais quand Dorothy sort de sa maison et entre au pays d'Oz, la couleur apparaît. Tout devient magique. D'ailleurs, des sorcières interviennent régulièrement : l'une bonne (Billie Burke), l'autre méchante (vous savez qui).

Il ne s'agit pas de la première adaptation du roman de L. Frank Baum. Ceux qui me lisent régulièrement ont déjà entendu parler de la magnifique version de Larry Semon, qui fut la première, soit dit en passant.

 

Mais cette nouvelle version laisse de côté le burlesque cher à Larry Semon pour se concentrer sur la magie de l'histoire. Tout n'est que couleur : les souliers sont rouges (rubis), la méchante sorcière est verte, l'eau est bleue et le chemin de briques, bien sûr, jaune.

Les décors ne sont pas naturels ? La belle affaire. Ce qui nous intéresse, c'est le rêve. A ce propos, j'espère ne pas trop dévoiler en disant que Dorothy rêve. On peut donc en conclure qu'elle rêve en couleurs ! Et c'est surtout ce qui donne l'effet évidemment faux des paysages.

 

D'une certaine façon, c'est tout à fait normal : nous sommes dans une sorte d'opérette où les personnages évoluent en musique, et surtout en chanson. Les costumes aussi sont ceux d'une opérette. Tout est léger, aérien, même la méchante sorcière sur son balai. Et comme c'est le rêve de Dorothy, on retrouve les personnes qui font son quotidien dans les protagonistes qui l'accompagnent, chacun ayant les mêmes caractéristiques en vrai comme en faux. Même le grand sorcier Oz (Frank Morgan).

Bien sûr, Judy Garland est la star du film. On ne voit qu'elle. Elle est une magnifique Dorothy aux souliers de rubis. Non, ce n'était pas son premier film. Mais c'est tout de même celui qui fera d'elle une star incontournable.

 

Et puis si on regarde bien, on aperçoit un frère et sa sœur, dans une foule incroyable de nains : Harry et Daisy Earles : Hans et Frieda de Freaks.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Terry Gilliam, #Comédie, #Fantastique
Les Aventures du Baron de Münchhausen (The Adventures of Baron Munchausen - Terry Gilliam, 1988)

Fin XVIIIème siècle. Une ville côtière, assiégée par les Turcs.

Sally (Sarah Polley) en a assez : elle est la fille d'un célèbre acteur qui n'arrête pas d'écrire sur ses affiches de spectacles qu'il a un fils. En fait, c'est surtout parce que c'est vendeur. Qui irait voir un spectacle d'un acteur « et fille » ?

Surtout que le spectacle proposé n'est pas n'importe quel spectacle : il s'agit de la vie et l'œuvre d'un personnage local, le Baron de Münchhausen, héros extraordinaire et accessoirement  sauveur de la ville.

Malgré la guerre, le spectacle continue. Il faut dire que c'est une guerre plutôt convenue, avec des tractations - elles aussi - convenues. Un coup la ville se rend aux Turcs, le coup suivant, ce sont les Turcs qui reconnaissent leur défaite.

Il faut dire que nous sommes en fin de siècle des lumières, celui qui vit triompher la raison. Voilà pourquoi Horatio Jackson (Jonathan Pryce), élu au service de la cité, organise des foin de guerre on ne peut plus rationnels, alternant les défaites et les victoires avec le sultan.

Mais ce soir, le spectacle ne se passe pas comme convenu : en effet, afin de soulager la population des affres de la guerre, le gouvernement a autorisé la tenue de spectacles, permettant de maintenir un moral haut dans une cité assiégée. Et voici qu'arrive un témoin e dernière minute : le Baron de Münchhausen (John Neville) soi-même !

Evidemment, ça remet tout en cause : le spectacle, mais aussi les tractations.

Quoi qu'il en soit, une fois la surprise passée, Münchhausen décide d'expliquer à tous - spectateurs et acteurs - les véritables raisons du conflit, pourquoi on est toujours en guerre après autant d'années.

 

Et c'est vraiment là qu'intervient Terry Gilliam, le cinéaste rêveur. Nous allons vivre une épopée merveilleuse, où chaque épisode annoncé du baron (dans la pièce de théâtre initialement jouée) va se réaliser. Mais.

Mais ses héros son fatigués. Si Münchhausen rajeunit à l'envie, il n'en va pas de même de ses compagnons extraordinaires : abandonnés successivement en fonctions de ses divers exploits, chacun a vieilli en attendant un éventuel retour de ce héros fantasque, surtout porté sur les jupons de la première femme venue que sur la survie de ses compagnons...

Mais celle qui donne du corps à ce personnage haut en couleur, c'est la jeune Sally. C'est elle, la véritable héroïne des aventure du Baron. C'est elle qui relance à chaque fois l'action, empêchant ce vieux brigand de succomber à un jupon. Elle a toujours en tête le sort de sa ville, des siens.
Il s'agit d'un remake. Enfin,  d'une nouvelle adaptation. Vu que la dernière adaptation de référence fut réalisée en 1943, pour les vingt-cinq ans de la UFA, sur ordre de Goebbels, j'ai du mal à parler de « remake ».

Et si la scène incontournable du boulet de canon est commune, pour le reste, nous sommes dans un film ultra-gilliamien (je sais, c'est un néologisme, mais que voulez-vous, c'est un mot qui manquait à notre vocabulaire).

Nous passons de la lune à l'Etna, du ventre d'une baleine à la ville initiale. Et tout ça grâce à un scénario tout à  fait plausible. [Comme disait Boris Vian : « cette histoire est vraie puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. »]

Et nous jubilons. Que faire d'autre ?

John Neville est un baron extraordinaire, plus vraie que sa statue, et toujours un tantinet troublé dès qu'une (jolie) femme apparaît. Tour à tour vieux, puis jeune, il incarne ce baron légendaire avec beaucoup de malice. Heureusement, Sally veille sur lui, et nous irons vers une fin heureuse, même si cela inclut la mort de ce cher Baron. On est un personnage de légende ou on ne l'est pas !

Ce film est aussi l'occasion de (re)dé&couvrir quelques acteurs : Oliver Reed en Vulcain ; Uma Thurman, à ses débuts (déjà très belle !) ; Valentina Cortese ; et bien entendu l'incontournable Ray D. Tutto, roi de la lune et accessoirement Robin Williams.

 

Féérique, grandiose, magique. Bref, INCONTOURNABLE !

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frères Lumière, #Documentaire
Arrivée d'un Train en gare à La Ciotat (Auguste & Louis Lumière, 1895)

Le quai d'une gare. Pas n'importe quelle gare : celle de La Ciotat (Est de Marseille). Un bagagiste dégage son chariot. Un train arrive. Des gens attendent, tous bien habillés. Des grosses dames en grandes robes (les canons de la beauté ont évolué), quelques hommes. L'un d'entre eux porte une espèce de sac. Tous ont un chapeau, c'était l'usage.

Le train. Le voilà qui arrive. Doucement (c'est un vapeur). Une bonne dizaine de wagons. Une femme tenant un enfant par la main se presse : il va falloir vite monter. Pour l'instant, on descend. Des voyageurs sont étonnés et nous regardent : «qui sont ces hommes avec cette drôle de boîte ? » semblent-ils se demander.

Puis, c'est la montée. Beaucoup de femmes montent ou se préparent à le faire.

Et puis ? Rien. Un cinquantaine de secondes et c'est fini.

 

C'est fini, mais c'est là que tout a commencé. Voici ce qui est considéré comme le film fondateur du cinéma (rien que ça).

C'est en janvier 1896 qu'il fut projeté pour la première fois. Imaginez la stupeur des spectateurs quand le train s'approche, silencieusement. Comme dans la vie. Mis à part ceux qui avaient assisté à la projection du 28 décembre 1895, peu s'attendaient à un tel résultat. De là à dire que ce fut la panique, c'est un tantinet exagéré.

Tout de même.Cent vingt ans après, ce film paraît d'une très grande banalité. Mais ce fut le même effet pour les spectateurs que pour moi quand nous avons eu la télévision en couleur.

Une véritable révolution.

On comprend maintenant pourquoi les gens regardent l'objectif en descendant du train. Ils ne savaient pas - et pour cause ! - qu'ils étaient filmés.

Il faudra un peu de temps encore, avant que le cinéma s'impose en France (surtout après l'incident du Bazar de la Charité de 1897, où un incendie - dû au cinéma - a fait des ravages !)

Peu nous importe. Le cinéma est en marche. Bientôt, un génie s'en emparera : George Méliès.

Mais ceci est une autre histoire.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #King Vidor, #Drame
La Foule (The Crowd - King Vidor, 1928)

John (James Murray) et Mary (Eleanor Boardman) sont deux anonymes dans la foule. Ils se rencontrent, ils se marient. Ils ont des enfants.

Une histoire banale. Mais au cinéma, rien n'est banal, sinon on n'en ferait pas un film.

 

Ici, nous suivons surtout John. C'est un petit garçon plein de promesses : d'ailleurs, son père fait tout pour qu'il soit un jour quelqu'un. Mais à 12 ans, Sim senior meurt, laissant John orphelin.

On échange les chiffres, et on retrouve John - 21 ans - prend New York d'assaut : il sera quelqu'un.

En attendant, il travaille comme comptable dans une grosse compagnie d'assurances. Mais il travaille le soir, pour gagner son paradis financier !

U n soir, d'ailleurs, Bert (Bert Roach) l'invite à l'accompagner à Coney Island s'amuser avec lui et deux jeunes femmes. John, réticent, accepte. Il fait la connaissance de Mary. Dans le Tunnel de l'Amour, ils s'embrassent : ils vont se marier.

Malgré le pessimisme de l'impayable Bert, leur union tient, et ils ont deux enfants.

Et quand une idée publicitaire est payée à John 500 dollars, c'est l'explosion de joie. Alors on appelle les enfants qui jouent dehors, afin qu'ils profitent de la fête. Mais c'est le moment que le destin attendait : leur petite fille se fait écraser.

Les malheurs vont s'enchaîner et John va se retrouver contre la foule des autres, ceux qui sont rentrés dans le rang.

 

Rien de bien joyeux dans ce film de King Vidor. Et c'est aussi pour ça qu'il se distingue des autres productions de la MGM. Il n'était pas de bon ton de montrer des situations ordinaires avec une fin triste. Mais Vidor s'est accroché. Et si nous voyons cette fin, c'est parce qu'elle fut l'une des neuf proposées. C'est sans doute la moins triste (la moins pire ?). Peut-être, parce que finalement, John n'atteint pas son but : il ne sera pas quelqu'un. Juste un clampin dans la foule, parmi tant d'autres.

Car c'est là que réside tout l'intérêt de ce film. On assiste à la naissance d'une romance rapide. Rapide, parce que la société l'exige : tout va vite : les voitures, les trains, les gens qui vont travailler. Alors on n'a que peu de temps pour soi, pour fonder quelque chose. On est sans cesse happé par cette marée humaine. Il faut voir la débauche pour s'en rendre compte : les gens qui sortent pile à l'heure : pas une seconde de rab. Et ça s'engouffre dans les ascenseurs, et ça s'en va bras dessus, bras dessous, vers son quotidien.

Pourtant, John n'a toujours eu qu'une envie : sortir du lot. Il se sent supérieur. Il se croit investi d'une mission, d'un but formidable. Il en devient même pénible pour son entourage. Il se croit supérieur et se moque du pauvre type obligé de jongler, habillé en clowns alors qu'il fait l'homme sandwich pour un resto-grill. Alors qu'il sera bientôt heureux de pouvoir prendre sa place pour subsister !

Dès que nous entrons dans New York, les choses sérieuses commencent. Vidor choisit un building, nous fait monter le long de la façade vers une fenêtre. Nous entrons : des bureaux à perte de vue. Alors il s'approche (magnifique travelling avant) vers un homme : John Sim, 137. Et cet individu, un nombre parmi tant d'autres, il va le sortir, le mettre en lumière. Il va lui faire vivre toutes ces péripéties, raconter son quotidien : sa rencontre, son mariage, son voyage de noces, sa vie quotidienne, sa belle famille (pas si belle que ça), ses enfants, ses malheurs. [A ce propos, il y a une émotion lors de la mort de la petite fille qu'on retrouvera dans Hallelujah, lors de la mort d'un autre enfant]

Mais si un enfant amène le malheur et la désolation, un autre ramène l'espoir. C'est complètement désespéré, proche du suicide que la révélation se fait : son fils l'aime ! Son fils voudrait être comme lui. C'était tout ce dont il avait besoin. Il va remonter la pente.

Mais pour cela, il devra tout de même rentrer dans le rang. Il devra retrouver sa place dans cette foule qui régit la vie de la société.

Alors il l'accepte. L'histoire est terminée. Et Vidor finit comme il a commencé. La caméra, dans un travelling arrière progressif, s'éloigne de ce couple à l'amour retrouvé, révélant la foule immense autour, jusqu'à le perdre complètement, happé - encore une fois - par la foule.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Frank Borzage, #Télévision, #Comédie dramatique
A Ticket for Thaddeus (Frank Borzage, 1956)

On frappe à la porte. Thaddeus (Edmond O'Brien) se réveille en sursaut. Ils l'ont retrouvé. Thaddeus est paniqué. Il appelle sa femme, Kathi (Narda Onyx). Elle ne répond pas. Les hommes forcent la porte qui s'éventre dans un bruit terrible. Thaddeus continue de se décomposer.

Les hommes pénètrent dans la chambre. Ils ont tout de noir vêtus. Ce sont des Allemands. Des SS. Ils viennent arrêter Thaddeus pour l'envoyer dans un camp. Thaddeus continue d'appeler sa femme.

Elle le réveille. Ce n'était qu'un (mauvais) rêve. C'est juste un livreur qui s'est trompé de nom.

Thaddeus et Kathi sont deux Américains fraîchement naturalisés (14 novembre 1955, à 14 heures 27 !). Avant, ils vivaient en Pologne, où Thaddeus a réellement été arrêté et envoyé dans un camp de concentration. Il a même une trace de son passage : un tatouage sur le bras.

Mais maintenant, il travaille en Amérique - il est menuisier ébéniste - et restaure des meubles anciens.

Ca, c'est quand tout va bien. Parce que dès qu'un uniforme pointe à l'horizon, Thaddeus perd tous ses moyens : il a peur d'être à nouveau envoyé dans un camp.

Alors quand il reçoit une convocation pour passer au tribunal, il prépare sa va       lise et une dernière lettre pour sa femme.

 

Cette histoire est tirée de la série Le Choix de... (en VO : Screen directors Playhouse) qui proposait des courts-métrages signés par des grands noms du cinéma, interprétés par d'autres grands noms, entre 1955 et 1956, à l'initiative de Hal Roach.

C'est donc ici Frank Borzage qui s'y colle et qui nous propose une histoire très américaine qui parle... D'immigré polonais !

La séquence d'introduction (l'intervention nazie) est très convaincante, et c'est la disposition de la pièce, autant que la voix rassurante de Kathi qui nous explique qu'il s'agissait d'un rêve : nous pouvons admirer les lits séparés !

Dans un souci de préservation des bonnes mœurs, nos amis Américains faisaient dormir un couple marié (même très récemment !) dans deux lits séparés par un bon mètre ! [Katherine Hepburn et Spencer Tracy, réellement mariés dans la vie, avaient droit à un traitement de faveur]

Quoi qu'il en soit, une fois passée cette anomalie, nous assistons à ce qui aurait pu être une injustice : un homme accusé à tort d'avoir embouti une autre voiture. Mais ce qui rend cette histoire singulière, c'est le décalage entre la gravité de l'infraction et l'état d'esprit de Thaddeus. Pour ne plus avoir affaire à la police - et plus généralement aux gens en uniforme - il est capable d'avouer sa culpabilité et régler tout à l'amiable, perdant par là-même toute fierté, voire dignité. Mais les policiers arrivent et ils sont habillés tout en noir.

Heureusement, nous sommes chez Borzage, et notre « héros » va évoluer, et ce en bien.

 

Il s'agit donc d'une œuvre mineure, pour la télévision, le fameux « petit écran ». Et on se demande si ce qualificatif n'a pas influé sur le sujet traité. En effet, rien de grandiose dans cette histoire. Il s'agit d'un « petit » fait divers, avec des « petites » gens (souvent chez Borzage). Mais malgré tout, Borzage transforme cette « petite » histoire en grande (r)évolution pour cet homme poursuivi par ses démons.

 

Comme quoi, il n'y a jamais de « petite » histoire !

 

 

[NB : ce court-métrage est en complément du Bluray Street Angel du même Borzage.]

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Comédie dramatique
L'Ange de la rue (Street Angel - Frank Borzage, 1928)

L'Italie. Naples. Naples éternelle, hors du temps. Celle des opérettes. Parce que ça commence comme une opérette, avec ses décors peints, et ses carabinieri plus vrais que nature, leur bicorne bien ajusté et leurs boutons d'uniformes lustrés. L'Italie ou chacun s'exprime avec ses mains et où un petit incident devient rapidement catastrophe nationale.

Mais rapidement, nous nous apercevons que c'est plutôt l'envers du décor. Angela (Janet Gaynor) vit avec sa mère qui est en train de mourir, dans un appartement sordide, la vielle femme dormant à même le sol. Seul un remède - cher - peut la sauver. Mais elles sont pauvres. Alors Angela tente le tout pour le tout : elle descend dans la rue afin d'y proposer ses appas. Or, personne ne la remarque. Dépitée, elle n'a plus qu'une solution : voler l'argent qui lui permettrait l'achat du médicament.

Elle est surprise et arrêtée et rapidement jugée : un an de « maison de travail ».

Mais elle réussit à s'évader et rejoint un cirque qui va la protéger. Elle devient rapidement équilibriste dans cette troupe itinérante, et au moment où la voyante lui prédit l'amour, elle rencontre Gino (Charles Farrell), un peintre itinérant qui se joint au cirque.

Bien entendu, ils tombent amoureux. Un jour, apercevant des policiers, Angela tombe et se brise la cheville : elle doit quitter le cirque pour se soigner. Gino l'emmène. Où ? A Naples, bien entendu. Là où elle est toujours recherchée...

 

Borzage aurait dû être allemand. En plus des acteurs Janet Gaynor et Charles Farrell, il partage avec Murnau une technique d'éclairage où l'ombre et la lumières sont terriblement pertinents. Les ombres sur les murs : la taille immense des barreaux de la prison, des gardiens, celle des filles sur le mur carcéral... Et puis il y a le brouillard : épais et mystérieux, qui emmène Angela et Gino vers l'inconnu, après l'accident. Celui qui les fera se retrouver...

Il y a un jeu d'impressions dans cette façon de tourner. Pas étonnant qu'on assiste, en sous-intrigue à une histoire de maquillage de tableau, cherchant à faire passer une toile de Gino en œuvre de vieux maître italien.

Tout n'est qu'impression. En plus du faux tableau de maître, on assiste à une série de mensonges plus ou moins gros. Ca commence avec la saucisse dérobée par le directeur du cirque, provoquant la destruction de la grosse caisse « la plus musicale d'Italie ». Et ça continue avec Angela, essayant de ressembler à un « ange de la rue » (d'où le titre), espérant séduire quelque homme de passage. Mais le plus gros mensonge (par omission), c'est celui d'Angela qui ne dit pas à Gino son passé, le laissant espérer un mariage prochain, alors qu'elle est attendue par un policier qui l'emmènera - évidemment - à l'ombre.

Le point culminant étant la séquence des adieux : Gino vient de trouver un gros engagement, mais Angela a été retrouvée par un policier. S'ensuit une scène bouleversante où Angela - incapable d'avouer son infortune - embrasse son amant comme si elle partait pour toujours, alors que lui pense tout naturellement la retrouver au réveil.

Notons enfin la parfaite entente entre Janet Gaynor et Charles Farrell. Lui, artiste, lunaire, elle femme-enfant, mais tout de même pragmatique. Complémentaires, formidables.

Une alchimie qui se poursuivra pendant encore dix films, avec ou sans Borzage.

 

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Julien Duvivier, #Comédie dramatique
Un Carnet de bal (Julien Duvivier, 1937)

Monsieur est mort. Un suicide, peut-être : il reste encore une balle dans le fusil.

Madame - Christine (Marie Belle) - est triste, mais pas plus que d'habitude. Cela fait presque vingt ans (dix-huit pour être précis) qu'elle est triste. Depuis ce bal.

C'était le dix-huit juin 1919. Elle avait seize ans et assistait à son premier bal, à Bordeaux.

Ce jour-là, tous ses cavaliers ont découvert une magnifique jeune fille qui profitait à fond de chaque instant.

Chacun avait un mot gentil pour elle. Chacun n'avait jamais aimé avant : elle était celle qu'ils devaient aimer.

Mais ça, c'était avant. Avant qu'elle épouse un homme riche et s'en aille vivre sur les bord 'un lac italien.

Alors quand Monsieur est mort, elle a retrouvé son carnet de bal, par hasard.

Commence alors une quête, pour s'occuper d'abord et ensuite pour se retrouver, pour revivre sa jeunesse.

Christine va revoir chaque cavalier - encore vivant - dans sa nouvelle vie.

 

Il s'agit avant tout d'un film à sketch, comme on dit. Ce sont des histoires indépendantes les unes des autres dont le seul fil rouge est Christine, en quête de sa jeunesse perdue.

Une fois éliminés les cavaliers morts, elle va visiter tous ses hommes qui, à un moment où à un autre ont voulu tout quitter pour elle, qui étaient même prêts à mourir pour elle.

D'ailleurs, l'un d'eux s'est tué. Certainement pour elle. Par dépit, par regret. Le regret de ne pas avoir été capable de lui dire qu'il l'aimait, peut-être.

Dès la première histoire, Duvivier fait fort. Et Françoise Rosay y est pour beaucoup. Elle est extraordinaire. Elle campe une mère aimante, prête à tout pour son fils. Tellement qu'elle en vient à nier la mort d'icelui. Nous assistons à une crise de démence entrecoupée de brefs moments de lucidité. Non seulement Françoise Rosay joue une femme complètement folle, mais en plus, elle fait peur dans son délire. Formidable.

Puis les histoires s'enchaînent. Les moins malheureuses pour commencer, puis nous entrons dans une partie de plus en plus noire. C'est normal, c'est Duvivier, c'est un film français, c'est l'entre-deux-guerres.

Il y a pourtant une tentative comique, quand Raimu, maire d'un village varois, doit se marier à Milly Mathis. Nous retrouvons deux partenaire de la trilogie marseillaise de Pagnol. On se dit alors que Raimu va nous refaire son grand numéro de gueulard. Et c'est presque vrai. Mais bien entendu, ça ne se passe pas comme prévu, et l'aspect noir se manifeste, au moment le plus heureux : pendant le repas de noces.
Et que dire de l'épisode avec Pierre Blanchar, médecin plus ou moins radié, qui aide les femmes à effacer certaines traces (extrêmement criminel en 1937 !) ? Il vit dans un vieil appartement, avec une femme vieillissante (Sylvie, terrible elle aussi en vieille gloire décadente).D'autant plus que Duvivier choisit des angles de caméra penchés, accentuant l'état d'esprit du docteur, en proie à l'alcool, voire autre chose (il a fait les colonies et en a aussi ramené le paludisme). C'est certainement le moment le plus noir du film.

Alors quand arrive Fernandel et ses tours de cartes éculés, on a l'impression de revivre. Mais c'est à ce moment que Christine ne se sent plus bien. Son passé lui apparaît dans toute sa rudesse, dans sa triste réalité.

Finalement, c'est peut-être le moment le plus noir pour elle.

 

Mais il lui reste un espoir : le dernier cavalier.

 

Et nous sommes dans un film de Duvivier...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Charles Chaplin, #Drame
L'Opinion publique (A Woman of Paris - Charles Chaplin, 1923)

Attention. Ceci est un film sérieux.
Ce n'est pas moi qui le dis, mais Monsieur Chaplin soi-même, comme prélude au film.

Alors, pas de vagabond, pas de coup de pied au derrière, ni tarte à la crème.

Du sérieux. C'est tout.

Marie (Edna Purviance, magnifique) aime Jean (Carl Miller) qui l'aime en retour. Ils pourraient vivre une très belle histoire d'amour, mais...

Mais ils ont des parents.

Le père de Marie (Clarence Geldart) tout d'abord, est une espèce de vieux tromblon qui préfère l'enfermer (dedans comme dehors) pour lui passer le goût des fréquentations masculines.

Mais ça ne marche pas. Elle s'en va avec Jean.

Chez Jean, c'est aussi le père (Charles K. French) qui pose problème. Il refuse que Jean vive sa vie avec Marie.

Mais de guerre lasse, et aussi grâce à l'intervention de sa femme (Lydia Knott) il le laisse partir.

C'est là que le destin entre en scène : alors que Jean et Marie doivent partir, le père de Jean meurt (de chagrin ? de vieillesse ? autre ?), compromettant le départ de son fils.

Alors Marie part pour Paris, seule, triste.

Mais à Paris, elle a complètement refait sa vie. Ce n'est plus la petite Marie qui embrassait fugacement Jean à la nuit tombée. C'est maintenant une femme en vue, vivant dans une grande maison, sortant au bras du plus riche célibataire de Paris : Pierre Revel (Adolphe Menjou, comme toujours impeccable).

IL faut dire que Pierre Revel, en plus d'être un homme très riche, est aussi un personnage très intéressant : toujours à l'aise quelle que soit la situation, irrésistible (toutes les femmes rêvent de lui), sans gêne (il se sert sans vergogne chez Marie), et surtout arrogant (son attitude envers Jean étant franchement indigne). Bref, il a tout du riche oisif un tantinet imbuvable.
Et puis un soir, le destin s'invite à nouveau : Marie se rend à une soirée parisienne et se trompe de porte : elle frappe chez Jean, qui s'est installé à Paris, qui vit avec sa mère dans son atelier de peinture. Ils renouent, Jean propose de faire son portrait...

Mais la mère de Jean ne voit pas d'un très bon œil cette femme aux mœurs légères.

 

C'est plus qu'un film sérieux : c'est un film noir. Noir comme la nuit qui domine le film, noir comme les pensées des parents, noir comme la mort qui frappe deux fois.

Mais c'est malgré tout un film de Chaplin, alors il n'a pas pu s'empêcher de le saupoudrer de gags :

- Au restaurant, Revel visite la cuisine où les normes d'hygiène laissent fortement à désirer : le gibier n'étant pas d'une grande fraîcheur, les cuisiniers fument en travaillant au-dessus des marmites... Le patron du restaurant (Henry Bergman) est - avec Edna Purviance - le seul lien avec les films burlesques habituels. Sa façon de s'adresser à ses subalternes est assez éloquente.

- Chez Marie, quand la masseuse vient, et qu'elle masse sans perdre une miette des commérages de Marie et son amie Fifi (Betty Morrissey).

- Un beau jeu de mots quand les enfants annoncent l'arrivée de leur « père » : il s'agit d'un abbé qui leur rend visite.

Et puis il y a Edna Purviance, qui est extraordinaire. Elle est femme et libre. Libre de recevoir qui elle veut, de se comporter comme elle le veut. Elle fume ouvertement. Bref, c'est une vraie Parisienne (d'où le titre original).

Mais on ne peut s'empêcher de penser que nous assistons à un grand gâchis. Ces deux jeunes gens que tout réunissait ont vu leur relation détruite par leurs parents. Le père de Marie au début, mais surtout celui de Jean, ainsi que sa mère.

Ces gens qui semblent personnifier l'opinion publique du titre français, font un mal terrible et amènent le malheur sur leurs enfants.

La mère de Jean, si compréhensive au début devient une terrible mégère, n'hésitant pas à user de chantage affectif pour garder son fils auprès d'elle, quitte à le rendre malheureux, définitivement.

Et puis le destin intervient une dernière fois. Il suffit parfois de trois fois rien pour qu'une rencontre ne se fasse pas : une carriole qui emmène Marie et son fils adoptif, et la voiture continue son chemin vers l'oubli.

Alors elle retourne à sa nouvelle vie, tellement plus épanouissante pour elle...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #F. W. Murnau, #Horreur
Nosferatu (F. W. Murnau, 1922)

Encore Nosferatu ?

Oui.

C'est un film dont on ne se lasse pas. (je ne parle pas de celui de Werner Herzog).

Il y a toujours quelque chose à découvrir, quelque chose à aimer. Nous sommes dans une histoire qui est devenu un incontournable de la littérature mondiale. Mais pourtant, en voyant de ce film, on redécouvre cette histoire.

Là où Browning, et même Coppola se focalisaient sur le vampire, Murnau, quant à lui, s'intéresse plus aux conséquences de la venue de cet être maléfique.

La peste, les morts, la ville qui se replie sur elle-même afin d'éviter la contagion.

Jamais auparavant on n'avait aussi bien illustré les années de chien qui arrivaient. Nous assistons à l'installation d'un  mal  insidieux, diffus, mais ô combien terrible.

Nosferatu (il n'a pas le droit de s'appeler Dracula, question de droits) tisse sa toile doucement, sans que ses (futures) victimes s'en rendent compte.

Et quand il est trop tard, certains se rendent compte de son influence néfaste. Mais c'est trop tard, le mal s'est installé et ronge le lieu de son expansion.

SI les rôles de Hutter, Orlock (Nosferatu) et Ellen son bien définis, il n'en va pas de même pour Knock, le commanditaire originel du projet : en effet, on ne comprend pas vraiment son rôle dans cette histoire. Il faudra attendre Browning pour avoir plus d'explication (Coppola sera encore plus explicite). Mais peu importe. Son allure, qui n'est pas sans rappeler celle des Juifs dans les publications antisémites accentuent sa dimension mauvaise. Et quand la peste se propage, c'est vers lui que les soupçons se portent (ce qui n'est pas totalement faux, d'ailleurs).

Mais attention : Nosferatu n'est en rien une œuvre antisémite.

Pourtant...

Pourtant le personnage d'Orlock, avec son nez crochu et ses oreilles surdimensionnées est - lui aussi - l'archétype du Juif.

Mais quatre-vingt-quinze ans après, nous savons quel péril il a pu représenter.

Revenons sur cette menace apparue dans Le Cabinet du docteur Caligari et qui n'a cessé de hanter la production cinématographique allemande.

Caligari hypnotisait ses victimes (Cesare, en l'occurrence) pour leur faire faire ce qu'il voulait.

Ici, Orlock agit la nuit - quand tout le monde dort - et se livre à des exactions des plus abjectes : il vide ses victimes de leur substance vitale - leur sang - afin de survivre, voire vivre plus intensément. Il y a une corrélation entre ces deux personnages (Caligari et Orlock). Chacun se nourrit de ses victimes pour exister.
Avançons dans le temps et allons retrouver Lang :

- Metropolis :

Ici, c'est un robot qui prend les commandes et fait faire au petit peuple des exactions qu'ils n'auraient pas eu obligatoirement l'idée de faire.

- Les Espions :

Là, le rôle du méchant est encore plus évident. Haghi règne en maître sur une armée de l'ombre. Il maîtrise tous les secteurs clés et a - bien entendu - dans l'intention de diriger un beau (?) jour cette société, en attendant de diriger le monde.

 

Ces exemples pour montrer que le monstre national-socialiste est en train de s'installer en Allemagne pendant ces années de la République de Weimar.

Bien entendu, les leaders nazi n'avaient pas (encore) le vent en poupe dans toute la société allemande. Mais force est de constater que la menace était présente. C'était insidieux, comme un poison qui se répand doucement dans un organisme, le temps qu'il s'habitue. Et quand l'accoutumance s'est installée, c'est tout naturellement que le véritable mal prend en main la destinée du pays visé.

 

Mais Murnau nous laisse une lueur d'espoir dans cet avenir sombre : il faut distraire la bête, quitte à en perdre son âme afin de la terrasser.

C'est ce que fera Ellen, au grand dam de Hutter.

Mais si ce sacrifice peut nous aider à nous débarrasser de cette malfaisance...

 

Pour le reste, reportez-vous à :

http://djayesse.over-blog.com/nosferatu.html

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog