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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

documentaire

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Politique, #Gilles Perret, #François Ruffin
Debout les Femmes ! (Gilles Perret & François Ruffin, 2021)

Ca commence comme un film documentaire. Ca tombe bien, c’en est un. Il s’agit du parcours de François Ruffin pour faire adopter une loi sur les métiers qui ont tendance à être effacés par les gros sous : ceux qui créent du lien.

Lesquels ? Auxiliaire de Vie Sociale (AVS), Accompagnant des Elèves en Situation de handicap (AESH), Animatrice périscolaire, Femmes de Ménage... Bref, tous ces métiers que notre cher président a mis un jour (pas un de plus) en évidence alors que le covid faisait rage et que le pays tournait au ralenti. Six mois après les annonces de cette même personne, au moment de faire véritablement un geste pour elles, la proposition de loi présentée est mise de côté, confirmant le peu d’intérêt de « la France d’en Haut » pour la « France d’en bas ». (1)

 

Au départ de cette initiative, on trouve François Ruffin, à qui on a acoquiné un personnage qui n’a que très peu de rapport avec lui : Bruno Bonnell. Si Ruffin est un chantre de la gauche, Bonnell est plutôt de l’autre côté du miroir (2) out tout du moins de l’autre côté de l’échiquier politique : chef d’entreprise macroniste (est-il besoin de développer plus ?)… On ne peut rêver meilleur contraire.

Sauf que cette association fonctionne, et au-delà de ce qu’aurait pu rêver Ruffin – et le spectateur déjà conquis par ce dernier (3) – Bonne nous démontrant (avec bonheur) qu’il a quand même une fibre humaine développée malgré ses sorties préalables (Ruffin les exprime dans le film), même s’il reste tout de même dans un registre différent de celui de son acolyte occasionnel.

Parce que réussir à accorder deux visions aussi différentes de la société est une sacrée gageure. Mais comme ledit M. R., à partir du moment où l’élément humain entre en ligne de compte, les différences politiques ont tendance à disparaître.

 

Nous allons donc suivre l’évolution de cette mission parlementaire qui repose sur ces deux hommes, en vadrouille dans les Hauts de France (Dieppe, Amiens), sur des terres ruffinesques, quoi, rencontrant les acteurs de ces métiers de lien social comme l’aurait voulu reconnus ce duo atypique. On va donc suivre des rencontres autour d’une table avec les personnes concernées par ces métiers, des déplacements chez des « vrais » gens qui n’ont parfois que ces aides de vie sociale et on se rend tout de suite compte d’une chose : ce sont avant tout des femmes qui sont concernées. Les rares hommes que nous voyons sont des élus, si ce ne sont pas ceux qui ont fait le film. Et encore une fois, on ne peut que regretter que ces métiers – mal payés, cela va de soi – sont encore réservés aux femmes, accroissant encore plus la différence de traitement homme/femme, avec évidemment des revenus pour celles-ci qui ne sont pas là pour faire remonter la moyenne nationale.

 

Et Ruffin – qui coréalise le film, donc – s’appuie avant tout sur le discours – creux ? – du président à propos de ces métiers « oubliés » comme dit Bonnell (« exploités » dit Ruffin) que le chef de l’Etat a mis en évidence dans un de ses discours « covidiens ». Bien entendu, vous pouvez imaginer la suite : non seulement tous ces métiers ne seront pas reconnus à leur juste valeur, mais en plus, on n’évoluera pas vraiment.

Il n’en demeure pas moins que pendant un instant, on a laissé la parole à ces femmes exploitées (je ne suis pas complètement d’accord avec Bonnell), et surtout, on leur a permis, le temps d’un film, d’exprimer leur véritable ressenti quant à leur activité professionnelle.
Et ça fait du bien ! D’abord à elles, parce que ce n’est vraiment pas tous les jours qu’on les laisse s’exprimer – surtout sans limite – et aussi parce que cela nous permet, à nous, les nantis qui ont un travail (relativement) bien payé de à rendre la mesure de leur détresse, même si la plupart d’entre elles ne regrettent absolument pas leur choix.

 

Mais cette satisfaction personnelle ne peut que les desservir. Ceux qui décident, voyant leur satisfaction (modérée) n’auront pas tendance à faire un geste pour elles : elles sont heureuses, de quoi se plaignent-elles ?

Et c’est justement parce qu’elles ne se plaignent pas de leur sort qu’elles sont extraordinaires : elles font ce que beaucoup sont incapables de faire à leur place.

 

Et quel retour ont-elles eu à propos du discours de ce même président qui voulait qu’on les mette à l’honneur ? Rien. Ou presque. Les dernières images rendent compte des rares gratifications qu’elles ont pu avoir exceptionnellement.

Quant à la proposition de loi déposée par Ruffin et Bonnell, non seulement elle a été vidée de tout son sens en commission, mais les quelques amendements proposés in extremis ont bien sûr été rejetés (pour la plupart : le seul que nous voyons adopté l’est pour une bonne raison : il ne coûte rien). Vous comprenez, ça coûte cher tout ça, et il n’y a pas d’argent magique.

Pour les pauvres.

 

Un film à voir de toute urgence (sociale) !

 

PS : nous aussi, spectateurs, n’avons qu’on seule envie à la fin du film, de chanter avec elles cet hymne du MLF, adaptation du Chant des Marais, ô combien de circonstance : oui,  DEBOUT LES FEMMES !

 

  1. La formule n’est pas de moi…
  2. Vous remarquerez que je n’ai pas parlé de côté sombre…
  3. Pour les autres, allez sur le site de Les Echos (je ne vous mets pas le lien, vous l’avez déjà dans votre barre de favoris)…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Docu-Fiction, #Jean-Jacques Annaud
Notre-Dame brûle (Jean-Jacques Annaud, 2022)

Ca commence par une cigarette qu’on allume et que son propriétaire va consommer le temps d’arriver à son nouveau travail : Moumet (Oumar Diolo) est agent de sécurité-incendie à la cathédrale Notre-Dame. Il va passer la journée dans un petit bureau l’œil vissé sur le panneau électrique d’alerte incendie. Et bien entendu, l’alerte va s’activer. Mais pas comme il faudrait : « une fausse alerte », comme ils disent. Enfin c’est plutôt un dysfonctionnement parce que le feu s’est déclaré, suite à un court-circuit (comme dans La Tour infernale) et non une cigarette comme semblait l’annoncer la séquence d’ouverture.

Ensuite, c’est l’apocalypse. Huit siècles d’histoire qui partent (presque) en fumée, devant le regard fasciné et effaré des badauds, à Paris et ailleurs.

 

Encore une fois, c’est la faute à pas de chance : un court-circuit de rien du tout (un pigeon qui picore un câble et c’est une catastrophe effroyable, mais comme l’a senti Annaud dès le début : quel spectacle !

Et ce spectacle va être alimenté (comme le feu) par des plans de coupe qui s’attardent sur des détails (presque) dérisoires (sculpture sur une poutre qui se consume, eau sur une cloche…) qui vont émailler cette gigantesque et sublime catastrophe. Avec parfois un peu d’excès : la goutte d’eau qui tombe pile sous l’œil de la statue de Notre-Dame et qui la fait pleurer.

C’est absolument impressionnant et on ne peut que saluer l’exploit technique, se demandant à longueur de film : mais comment ont-ils fait. Et là, on est obligé de saluer le travail d’Adrien Durand (assistant au réalisateur) et Dominique Moisan et leur équipe qui ont en outre dû reconstruire une autre cathédrale à l’échelle, pour la faire brûler elle aussi !

 

Mais la véritable prouesse du film, c’est de combiner les images d’archives avec celles (re)créées pour les besoins du scénario, donnant une dimension très réaliste de l’événement. Et surtout de mettre en avant les « soldats du feu » : les seuls soldats acceptables parce que leur devoir, c’est avant tout de sauver des vies humaines.

Et là encore, le réalisme est de mise : les conditions infernales (le mot est on ne peut plus adéquat) rencontrées accentuent l’exploit de ces héros anonymes (1). A ce propos, L’Enfer au Paradis aurait été un sous-titre plutôt acceptable : du fait du télescopage des deux substantifs antithétiques et aussi parce que l’incendie se déclare tout là-haut… (1)

 

Et cette déclaration, qui va durer jusqu’à la première flamme visible, va occuper un peu plus de la première demi-heure du film, est à mon humble avis le meilleur moment du film, Annaud prenant le temps d’installer une tension qui ne va se dissiper qu’avec l’incendie, une fois que tout sera éteint. Bien sûr, la cigarette initiale est une fausse piste, tout comme celle de l’ouvrier sur l’échafaudage sous le sigle d’interdiction de fumer. D’ailleurs cette deuxième cigarette va amener la « fausse » alerte. Mais c’est la fumée qui va faire monter cette tension, à mesure qu’elle va se développer, grandir et s’épaissir : « il n’y a pas de fumée sans feu » répète-t-on à l’envi, et c’est ce que nous montre cette première demi-heure. Nous savons que le feu se développe, mais nous ne le voyons jamais. Et la première flamme qu’il nous est possible de voir va être une libération pour le spectateur, le véritable signal de cette catastrophe annoncée.

Ensuite, c’est le sauvetage de ce qui peut l’être : le trésor, bien sûr, mais aussi la structure qui aurait pu s’effondrer (3).

 

Et comme Notre-Dame n’est pas un monument anodin, on pense bien sûr à Hugo et aux différentes adaptations cinématographiques qui l’ont mise en valeur : on retrouve le plomb fondu qui s’évacue par les gargouilles, le clocher où Quasimodo vivait et vibrait… Et aussi d’une certaine façon un clin d’œil à un autre film d’Annaud où un autre haut lieu culturel brûlait déjà : Le Nom de la Rose.

 

  1. Bien sûr, ils ont tous un nom, mais ces noms se perdent dans l’esprit de corps véhiculé par cette institution prestigieuse.
  2. ♪ « Plus près de toi mon Dieu » ♫…
  3. Surtout si on avait écouté un président américain…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Jean Vigo, #Boris Kaufman
A propos de Nice (Jean Vigo & Boris Kaufman, 1930)

« So nice in Nice », chantaient les Stranglers, et c’est presque ce qu’on pourrait penser de ce film qui nous montre cette ville balnéaire au début de l’année 1930. Nous sommes au moment des derniers préparatifs du carnaval qui va devenir la pièce centrale du film, mêlant l’insouciance des joyeux fêtards et un sujet beaucoup plus sérieux, la mort.

Et tout ça sans un mot, sans un bruit.

 

Ca commence par une prise de vue aérienne de Nice, survolée quelques instants (pour nous) avant que la caméra s’y installe et nous fasse découvrir certains aspects plus ou moins reluisants de cette ville, au temps où les congés payés n’étaient qu’une chimère. Vous l’aurez compris, ces gens oisifs qui se prélassent sur les chaises de la Promenade des Anglais, s’ils sont des vacanciers, sont avant tout des riches. Et la jeune mendiante qui s’approche d’eux détonne complètement, mais passant (presque) inaperçue aux regards de ces nantis.

Et Vigo enfonce le clou à leur propos, insérant un plan d’autruche après avoir montré une de ces élégantes.


Et c’est ainsi que va se dérouler le film. Des images qui se suivent sans ordre, à première vue et qui sont interrompues par un plan isolé qui va changer le point de vue du spectateur. C’est le cas de ce haut palmier qu’on entretient et autour duquel Kaufman fait tourner sa caméra avant de se concentrer sur un autre plus petit : normal, il est encore dans un pot !

Ce sera le cas du carnaval qui verra défiler à sa suite un régiment, entrecoupé par un plan de cimetière (celui du Château), rappelant que les soldats sont avant tout là pour tuer (2).

 

Et cet insert d’images presque contradictoire va donner tout son intérêt au film, cassant cette image faussement heureuse de cette ville de nantis. Enfin d’une minorité de nantis : Vigo et Kaufman laissent une place aux petits, les plus nombreux dans cette ville (3), à travers les balayeurs qui maintiennent le niveau de propreté de la ville, les vendeurs de socca, cette spécialité niçoise, amenée dans d’immenses plateaux sur leur tête, ou encore les enfants qui jouent avec passion, autant que leurs aînés pendant la pétanque (« sport » incontournable, cela va de soi, quand on est dans le Midi).

 

Et puis il y a donc ce carnaval qui est source de joie et d’insouciance, où les gens sont heureux de voir défiler chars et grosses têtes, Kaufman allant même jusqu’à filmer des bouts de visage de ceux qui les portent à travers la (petite) lucarne qui leur permet de se diriger (4). C’est aussi le cadre d’une étonnante bataille de fleurs, les gens s’envoyant des petits bouquets à la figure, avec le sourire, bien entendu, jusqu’à ce qu’un participant reçoive le bouquet de trop et devienne menaçant. On y trouve aussi une étonnante reine (elle n’est ni jeune ni belle) qui est régulièrement bombardée de ces bouquets.

 

Et puis il y a les jeunes filles. Elles sont jeunes et belles, insouciantes et la jambe légère, découvrant sans vergogne leurs dessous (affriolant, évidemment), entraînées par cette liesse populaire. Mais cette insouciance n’échappe pas aux regards des deux complices et vont s’insérer des plans de ce même cimetière entrevu avec les militaires, tandis que la vitesse de défilement des jeunes et jolies carnavalières va ralentir, comme un avertissement : profitez maintenant, car la mort vous attend inexorablement (1).

 

Et d’ailleurs, nous avons droit à un autre défilé, corroborant cette idée : un enterrement qui voit les gens sortir d’une église et suivre un corbillard. Mais encore une fois avec un élément qui va à l’encontre des images qui nous sont montrées, et que je vous laisse découvrir…

 

  1. Seul le titre de la chanson est adéquat. Les circonstances de son écriture n’ont absolument rien à voir avec le film de Vigo & Kaufman.
  2. Dans notre société où la mort est devenue un tabou, on s’étonne de voir que la guerre fait des victimes.
  3. Ce déballage de riches(ses) n’empêche pas Nice d’être une belle ville. Enfin c’est le souvenir que j’en ai…
  4. L’ayant fait plusieurs années de suite, cette lucarne est indispensable mais n’empêche pas tout, surtout les enragés qui veulent y enfouir leur paquet de confettis.
  5. « Cueillez, cueillez votre jeunesse… » (Pierre de Ronsard)
A propos de Nice (Jean Vigo & Boris Kaufman, 1930)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Louis Lumière
L'Arrivée du train en gare de La Ciotat (Louis Lumière, 1896)

J’ai déjà parlé ici de ce film, vous pouvez d’ailleurs aller consulter ce que j’avais écrit ici.

Mais j’ai eu le plaisir de voir la restauration en 4k (1) réalisée par une intelligence artificielle.

C’est absolument extraordinaire.

 

Tous ces gens un tantinet voilés reprennent vie sous nos yeux. On a le temps de distinguer les traits des visages, de scruter le visage du jeune garçon qui regarde la caméra, légèrement interloqué par la présence de cet appareil à cet instant.

Ces gens qui étaient un peu plus que des formes redeviennent des individus et c’est bien une (courte) tranche de vie à laquelle nous assistons : l’effervescence de cette arrivée tant attendue : pour ceux qui attendaient sur le quai comme pour ceux qui avaient hâte que leur voyage se termine.

 

Et l’autre facteur d’importance dans cette restauration concerne la vitesse de défilement des images, ramené à une allure beaucoup plus naturelle.

Certes, on se précipite, mais il en a toujours été ainsi quand un train atteignait une étape,  et on peut encore observer ce même phénomène lors des arrêts-minutes (2).

Autre élément marquant qui est accentué par la netteté retrouvée (3) : les différentes tenues portées par les voyageurs. C’est un festival de belles tenues, des femmes portant robes à fanfreluches et des hommes à l’élégance raffinée (toujours ce même jeune homme).

 

On peut s’étonner aujourd’hui de ces beaux affiquets dans une gare, alors qu’il ne semble pas que ce film fut tourné un dimanche.

C’est alors oublier un fait important à cette époque : prendre le train n’était une habitude. C’était un événement en soi et comme pour tous les événements et autres sorties dans le monde, on se devait d’être bien mis.

Et si j’insiste sur ces éléments, c’est parce que la restauration nous permet – enfin – de bien voir comment étaient habillés ceux qui ne sont plus seulement des ombres mais de véritables êtres humains affairés dans une situation qui, malgré la vétusté du train, reste tout de même très actuelle.

 

Par contre, je ne peux que condamner LA faute de mauvais goût de cette entreprise : une sonorisation inutile et surtout un tantinet insultante : sommes-nous idiots au point de ne pas être capables de voir un film muet sans ajout de son ?

Et entre nous, qu’est-ce que cela apporte : le seul intérêt de ce nouveau film réside dans la beauté et surtout la netteté des images et non dans une artificialisation qui se veut encore plus réaliste.

 

  1. 4096 pixels de résolution
  2. Qui portent très bien leur nom !
  3. Les différentes projections de ce film primitif nous ont amené une copie légèrement floue due à l’usure naturelle de la pellicule.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Documentaire, #Walter Ruttmann, #Karl Freund
Berlin, Symphonie d'une grande ville (Berlin, Die Sinfonie der Großstadt - Walter Ruttmann, 1927)

Décidément, 1927 est une année riche pour le cinéma. Dans tous les pays, on assiste à la sortie de films magnifiques, de genres fort différents.

C’est le cas de cette Symphonie qui voit une journée – ordinaire ? – dans la capitale allemande.

Le film ce décompose en cinq parties, interrompues par un intertitre, présentant les différentes parties de la journée.

 

Tout commence par l’eau d’une rivière (Spree ou Havel ?) qui ondule doucement, rapidement remplacée par des lignes horizontales et en mouvement constant, s’effaçant progressivement pour laisser la place à un train qui arrive à Berlin.

Les premières images que nous avons de cette grande ville nous exposent un Berlin vide, désertée, où rien ne se passe, à part un morceau de papier qui volète sur le sol.

Mais rapidement, les habitants apparaissent, de plus en plus nombreux, et les machines se mettent en marche, anticipant sur la seconde partie qui voit les gens aller travailler.

Viennent ensuite les différents corps de métiers qui voient leurs salariés arriver, ainsi que les différents éléments des écoles, les professeurs bien sûr, mais surtout les enfants qui ne vont pas à la même vitesse que leurs aînés qui vont travailler.

Puis c’est la pause déjeuner, la reprise et enfin les activités post travail qui nous emmènent au bout de la nuit, avant que tout recommence le lendemain.

 

Nous sommes deux ans avant L’Homme à la caméra, et e qui frappe le plus dans ce film, c’est le mouvement. Le scénario de Ruttmann et Karl Freund (1) ne laisse que très peu de place à l’immobilité. De plus, le montage rapide et dynamique acccentue la frénésie de cette grande ville. Si la mise en train peut paraître lente voire poussive, une fois que la machine est lancée, elle ne va plus s’arrêter. Ce sont de plus en plus de véhicules et de gens qui se déplacent, amenant de nouvelles lignes horizontales et verticales.

 

C’est sans cesse une alternance de lignes horizontales et verticales la plupart du temps amenées par les différentes modes de locomotion à disposition : train, tram, voitures, vélos…

Parfois Ruttmann mixe des deux, grâce à l’architecture urbaine ou la présence des humains : la rue devient le lieu du croisement entre les lignes horizontales des trajectoires des voitures alors que s’y mélangent les silhouettes verticales des différents piétons qui traversent, donnant une autre verticalité à ces images.

 

A propos de la frénésie qui gagne progressivement le film, la période de travail après midi atteint un paroxysme dans la vitesse et l’intensité de l’activité. Et l’addition d’images extérieures – deux chiens qui se battent ou la caméra posée à l’avant d’un wagonnet de montagnes russes quand il prend de la vitesse – donne presque le vertige au spectateur qui se sent alors brinqueballé dans un tourbillon de plus en plus rapide.

Heureusement, la fin d’après-midi laisse la place aux activités de loisirs de ces différents travailleurs (adultes comme enfants). C’est une pause salutaire pour le spectateur, mais elle est de courte durée parce que les différents sports montrés tournent bien vite à la compétition et on retrouve le rythme soutenu des séquences précédentes.

 

Mais alors que le soir s’installe, et qu’on aurait pensé voir les gens rentrer tranquillement chez eux, c’est la vie nocturne qui se met en place, où si les déplacements sont moins visibles, il n’en demeure pas que le rythme va encore une fois en s’accélérant, la pénombre étant rapidement chassée au profit des enseignes des différents lieux de vie nocturne : au cinéma on lit Tom Mix, mais on voit les pieds du vagabond de Chaplin ; les différents réclames et enseignes, nouvelles lignes lumineuses cette fois, se mélangent les unes avec les autres zébrant la nuit de leurs lumières plus ou moins clignotantes ; les différentes revues nous proposent des alignement de danseuses lançant en l’air leurs jambes (2), jusqu’au tombé définitif du rideau marquant le début de la fin de la journée.

Ces attractions sont, bien entendu, fréquentées par les gens aisés de la ville : pendant ce temps, les moins riches s’entassent dans les différents cafés, s’amusant, riant et buvant de la bière.

 

C’est une succession d’images absolument magnifiques : il faut dire que la présence de Karl Freund est pour beaucoup dans les cadrages, même s’il n’est pas crédité en tant que chef-opérateur comme la plupart du temps.

De plus, à différents moments du film, Ruttmann insère des plans qui se démarquent de l’ambiance générale de frénésie et d’insouciance, ramenant régulièrement le spectateur à la réalité froide et tragique : c’est un corbillard qui évolue doucement parmi les voitures qui transportent rapidement les uns et les autres. C’est aussi cette mère avec ses deux enfants, assise sur des marches, le regard triste ; c’est aussi cette vendeuse à la sauvette qui glane quelques pfennigs en vendant quelque camelote ; et puis aussi cette jeune femme par-dessus le parapet d’un pont et qui après avoir fixé les eaux tumultueuses va se jeter et disparaître dans le courant.

 

Avec ce film, Ruttmann est le témoin de son époque, tout comme le sera Vertov deux ans plus tard. Mais alors que Vertov filme avec des arrière-pensées politiques, Ruttmann ne veut rien démontrer. De plus, il est le témoin qui ne prend pas non plus part aux images qu’il montre.

D’une manière générale, la démarche de Ruttmann et Freund est beaucoup plus artistique : la symphonie du titre est d’ailleurs d’une grande pertinence, classant le film dans une œuvre d’art alliant images et musique par leur point commun, le rythme.

Et il est bien dommage qu’on encense autant Vertov et qu’on ait tendance à oublier ce film.

La participation de Ruttmann dans le régime nazi qui se met en place quelques années plus tard peut l’expliquer, mais ce serait alors pénaliser Freund voire Mayer qui n’ont pas suivi le même chemin.

 

Berlin est un film qu’il est urgent de faire (re)découvrir.

 

  1. Sur une idée de l’immense Carl Mayer, excusez du peu…
  2. Est-il besoin de préciser que ce sont de nouvelles lignes qui nous sont alors proposée ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Documentaire, #Xavier Liébard
Les Voix du large (Xavier Liébard, 2017)

L’Ile d’Yeu au fil du temps.


Pour moi, l’Ile d’Yeu a toujours signifié deux choses : la tombe de Pétain et savoir s’il fera beau. Comme nous allions en vacances à Saint-Jean de Monts, apercevoir l’île était synonyme de mauvais temps.

Alors quand Xavier Liébard a proposé ce film documentaire, j’étais fortement intéressé. Et je n’ai pas été déçu. Enfin si, un (tout) petit peu, mais j’y reviendrai.

 

Pendant cinquante-deux minutes (pas une de plus, budget et format obligent) nous suivons un morceau de la vie associative de l’île : la radio Neptune FM, associative et qui émet depuis bientôt 35 ans.

Cette radio, qu’elle l’ait voulu ou non est le véritable lien social des Ilais (et îliens !) : en plus de donner des informations concernant exclusivement l’île, elle s’invite chez chacun et accompagne chaque vie.

 

Parce que comme le dit Xavier – je l’appelle Xavier parce que je le connais personnellement – quand on vit sur une île, on est amené à croiser plusieurs fois les mêmes gens, comme sur un bateau. Alors si un lien ne se crée pas, ça va être difficile de vivre ensemble.

Mais ceux qui ont monté cette radio prennent de l’âge. Et l’avenir de cette radio ne peut passer que part le renouvellement. Alors on assiste à ce renouvellement. Ce sont des nouveaux animateurs – surtout des hommes, c’est comme ça, mais rassurez-vous, il y a des femmes ! – dont l’un d’eux va devenir salarié !

 

Les Voix du large, c’est avant tout « un film de bonheur » (dixit Xavier Liébard lui-même) : on y suit avec plaisir un groupe d’individus qui ont la même passion, qui ont le même objectif : partager. Partager leur temps, partager leur musique. Faire quelque chose pour les autres.

C’était déjà ce thème qui était abordé dans un précédent films, les joyeux Compagnons : une troupe de théâtre de personnes âgées jouant dans les maisons de retraites, apportant un peu plaisir à ces résidents parfois totalement coupés de la société.

On suit alors les animateurs historiques dans ce qu’ils ont toujours fait, mais aussi les « petits nouveaux » qui apportent autre chose : ce que les anciens ne connaissent pas. On s’amuse des publicités de Gérard, mais on sourit aussi en voyant José avec ses dreadlocks et ses chansons totalement à l’opposé de ce que peuvent proposer les autres.

Il est clair que les anciens ne sont pas très sensibles à sa musique (plutôt death metal que valse musette) mais qu’importe : vivre ensemble, c’est aussi accepter les autres et aller vers eux pour les découvrir. Et c’est ce point qui est accentué par le réalisateur.

 

Ici, c’est l’île entière qui est coupée de la société. La mer – l’un des éléments les plus présents du film – entoure ce microcosme. Chaque petite élément, chaque histoire est ponctué par un retour à l’essentiel : la mer. Quoi que l’on fasse, on y retourne toujours.

Ces incursions maritimes sont un passage obligé dans la vie de l’île. On ne peut pas l’imaginer autrement. Ce sont alors de magnifiques images de la grève,k de la houle, de l’écume (etc.) : l’Ile d’Yeu est avant tout une destination touristique.

 

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, c’est trop court. On aurait aimé voir développé certains aspects.
La scène où  Jean-Yves chante, accompagné par un jeune guitariste est pleine d’émotion… Mais trop courte. Dommage.

C’est comme le siège des associations : l’ancienne prison de Pétain (on y arrive tout même…). C’est un lieu formidable pour les associations de l’île : chacun a la place de se réunir, de répéter dans une ancienne cellule… Mais c’est une prison.

Un seul plan réussit à capturer cette impression carcérale : c’est une porte, ouverte sur une ancienne cellule. Ca dure moins d’une seconde, et pourtant l’atmosphère est là. Impressionnant.

 

Xavier nous a dit qu’il est actuellement en repérage autour d’un nouveau groupe…

Alors j’attends.

Mais je me sens devenir impatient !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frères Lumière, #Documentaire
Arrivée d'un Train en gare à La Ciotat (Auguste & Louis Lumière, 1895)

Le quai d'une gare. Pas n'importe quelle gare : celle de La Ciotat (Est de Marseille). Un bagagiste dégage son chariot. Un train arrive. Des gens attendent, tous bien habillés. Des grosses dames en grandes robes (les canons de la beauté ont évolué), quelques hommes. L'un d'entre eux porte une espèce de sac. Tous ont un chapeau, c'était l'usage.

Le train. Le voilà qui arrive. Doucement (c'est un vapeur). Une bonne dizaine de wagons. Une femme tenant un enfant par la main se presse : il va falloir vite monter. Pour l'instant, on descend. Des voyageurs sont étonnés et nous regardent : «qui sont ces hommes avec cette drôle de boîte ? » semblent-ils se demander.

Puis, c'est la montée. Beaucoup de femmes montent ou se préparent à le faire.

Et puis ? Rien. Un cinquantaine de secondes et c'est fini.

 

C'est fini, mais c'est là que tout a commencé. Voici ce qui est considéré comme le film fondateur du cinéma (rien que ça).

C'est en janvier 1896 qu'il fut projeté pour la première fois. Imaginez la stupeur des spectateurs quand le train s'approche, silencieusement. Comme dans la vie. Mis à part ceux qui avaient assisté à la projection du 28 décembre 1895, peu s'attendaient à un tel résultat. De là à dire que ce fut la panique, c'est un tantinet exagéré.

Tout de même.Cent vingt ans après, ce film paraît d'une très grande banalité. Mais ce fut le même effet pour les spectateurs que pour moi quand nous avons eu la télévision en couleur.

Une véritable révolution.

On comprend maintenant pourquoi les gens regardent l'objectif en descendant du train. Ils ne savaient pas - et pour cause ! - qu'ils étaient filmés.

Il faudra un peu de temps encore, avant que le cinéma s'impose en France (surtout après l'incident du Bazar de la Charité de 1897, où un incendie - dû au cinéma - a fait des ravages !)

Peu nous importe. Le cinéma est en marche. Bientôt, un génie s'en emparera : George Méliès.

Mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Dziga Vertov, #Documentaire

Frénétique. C’est ce qui caractérise le mieux ce film.

En effet, pas de repos pendant toute la durée de la projection. Ca remue, ça grouille, ça fourmille, ça va dans tous les sens. C’est un raz de marée cinématographique.

L’histoire ? Il n’y en a pas. Ou si peu. Une journée dans une grande ville soviétique (un mélange de plusieurs d’entre elles).

Mais derrière cette pseudo-histoire, une thèse très soviétique :

« Nous, les Soviétiques, n’avons peut-être pas inventé le cinéma, mais nous le maîtrisons parfaitement ! »

Parce que ce film est une suite de prouesses techniques. (Presque) Toutes les possibilités qu’offrait le cinéma en 1929 sont utilisées :

  • Ralenti ;
  • Accéléré ;
  • Plan d’ensemble ;
  • Plan moyen ;
  • Plan américain ;
  • Gros plan (visage) ;
  • Très gros plan (lavage de dents) ;
  • Travelling ;
  • Panoramique ;
  • Partage de l’écran ;

Comme on disait chez Marks & Spencer : “Name it, we’ve got it!”

Il ne manque que la couleur et le parlant.

Alors on gobe. On ingurgite, on avale, jusqu’à en être repu. Parce qu’à un moment, c’est l’overdose.

Parce que ce n’est rien d’autre qu’un film de propagande.

Bienvenue au Paradis du Communisme ! Ici, pas de répit. Tout est continuellement en mouvement. Et quand ce n’est pas la caméra, ce sont les gens. Dans ce paradis, non seulement tout le monde participe, mais en plus, les gens sont heureux. Tous sourient (ou presque !)

Au début du film, on suit le cortège allant enterrer un homme. Mais dans le même temps, une femme accouche, dans la douleur. Le bébé sort (images crues – naturelles, véritables – de la libération) et la femme sourit. L’équilibre est maintenu.

Et puis c’est la journée de labeur. Tout le monde participe, et ça travaille ! Ca coud. Même les standardistes cousent, à l’aide de leurs fils téléphoniques. [A ce propos, on remarque que les couturières utilisent des machines à coudre impérialistes : ce sont des Singer !]

Et quand la journée est terminée, tout le monde se délasse : sport, plage, manège, illusionniste…

C’est le retour de l’innocence paradisiaque.

Ensuite, quand le soir tombe, les gens vont boire (de la bière) ou au cinéma.

Et que voient-ils au cinéma ? Leur vie – tout ce que nous avons vu – en accéléré.

Il y a tout de même un arrière-goût de déjà vu. Deux ans plus tôt, Walter Ruttmann sortait Berlin: Die Sinfonie der Großstadt (Berlin, Symphonie d’une grande ville).

Mais là où l’Allemand nous montrait le faste et la démesure de Berlin, faisant de cette symphonie une véritable féérie d’images, le Russe, ici, nous montre la réalité. Pas de rêve. Tout est pragmatique. Les gens sont normaux, ni riches ni pauvres et ont des goûts et des occupations raisonnables. S’il y a des danseuses, cela reste très normal.

Autre différence de taille avec le film allemand, c’est la place de l’Homme à la caméra.

Nous assistons au film et en même temps au making of ! A chaque nouveau plan, nous avons la mise en place de l’appareil. Mais à un moment, ce n’est plus redondant, c’est lourd !

Parce qu’avec ce film, Vertov se lance dans une quête.

Stendhal écrivait : « un roman, c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin. »

Mais Vertov n’utilise pas de miroir. Il filme la réalité. Et même la vérité. Les gens sont vrais, les lieux existent, les situations sont rationnelles. Il ne manque que Staline pour compléter le tableau (en 1929, il n’est pas encore le chef suprême). Mais si vous n’êtes pas convaincu que les Soviétiques savent faire du cinéma et que leur pays et leur système politique sont les meilleurs du monde, alors Vertov a raté son coup.

Le cameraman est omniprésent. Partout : dans la rue, sur le marchepied d’un train, entre deux voix de tramway, en haut d’un immeuble, dans l’eau… Le seul endroit où il n’est pas, c’est sur les avions qui s’envolent. [Mais il n’a pas la drôlerie de Keaton !]

C’est d’abord l’homme À la caméra. Ensuite, l’homme A la caméra. Et finalement, l’homme EST la caméra.

Et même : la caméra devient autonome et se déplace seule.

Et au final, l’homme à la caméra apparaît en surimpression sur ses propres images, sur le monde qu’il vient de filmer. Il est Dieu, un dieu qui voit tout, qui sait tout.

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