Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gilles Lellouche
L'Amour ouf (Gilles Lellouche, 2024)

Un soir (une nuit ?) de 1999 (2000 ? Après ?), une bande de jeunes part en virée en Mercedes. Chacun a son arme. C’est du sérieux. Les voitures sortent de la ville. Le téléphone sonne.

C’est le point de basculement du film.

Déjà ? Oui.

 

« L’amour ouf » du film, c’est celui de Jacqueline « Jackie » (Mallory Wanecque puis Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (Malik Frikah puis François « D’Artagnan » Civil). Deux ados que rien ne réunissait : si Jackie a été virée d’un bahut catho pour insolence, elle n’en est pas moins très scolaire ; Clotaire, lui, à l’instar de celui du Petit Nicolas, est un mauvais élève et s’est déscolarisé pour ne pas aller en CPPN (1).

Mais ça passe. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Et Jacqueline est moins scolaire, Clotaire plus civilisé. Ils sont amoureux. Mais Clotaire tombe irrémédiablement dans la délinquance, avec la case prison inévitable. Jackie n’étudie plus.

10 ans passent et ces dix années ont été perdues pour tous les deux.

Vont-ils se retrouver et s’aimer ?

 

Je ne répondrai pas à la question (directement), mais si vous voulez une réponse immédiate, allez sur wikipédia, il y a toute l’intrigue. Et ça va être difficile de ne pas en dévoiler quelques pans… Voilà, vous êtes prévenu(e)s.

 

Lellouche (Gilles, pas Pierre, heureusement) nous revient derrière la caméra, avec à nouveau une histoire un tantinet intimiste, mais bien loin de sa comédie précédente. On y retrouve tout de même quelques similitudes, avec la relation entre un père (Alain Chabat, formidable) et sa fille, et surtout la place prépondérante de la musique dans l’intrigue, devenant presque un personnage à part entière. Et tout y passe, des années 1970 (Deep Purple) aux années 1990 (Daft Punk), avec bien entendu Forest de Cure qui reste « leur chanson », comme disent les Anglo-saxons.

 

Mais surtout Gilles Lellouche surprend. Après la comédie douce-amère du Grand Bain, il s’agit cette fois-ci d’une tragédie annoncée puisque dès les cinq premières minutes, le personnage principal meurt. Violemment. Et le point de rupture annoncé ci-dessus amène un traitement de l’image un tantinet déstabilisant. En effet, le flashback qui suit commence par un plan qu’on pourrait juger anormal : ce n’est pas un cadrage classique puisque c’est un Clotaire de huit ans (Louis Raison) qui embête son grand frère (Lenny Castelein) vu à l’envers. Et le fait de tourner (retourner) l’image va se répéter plusieurs fois, comme s’il voulait bien nous signifier que ce qu’il se passe n’est pas normal. En effet, n’oublions pas que Clotaire est mort ou sur le point de l’être.

 

Pourquoi sur le point ? Parce que, et c’est le Lionel vieux (Jean-Pascal Zadi) qui l’exprime le mieux, en mourant, Clotaire voit défiler sa vie. Sa vie de délinquance de plus en plus marquée jusqu’au coup de téléphone fatidique susmentionné. A partir de ce moment – revu, donc – le fil de l’histoire se rompt et nous entrons dans une intrigue parallèle (2) qui voit ce qui ressemble à une fin heureuse. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le générique de fin contredit cette fausse fin : sur fond noir (de mort) se déroule la liste attendue écrite en rouge (sang). Il n’y a plus de doute possible : cet amour est irréversiblement mort avec Clotaire, dans ce qui ressemble à un entrepôt, d’une balle dans la tête. Inévitablement.

Et c’est peut-être parce que Lellouche est un spécialiste de la comédie qu’il voudrait nous faire croire à cette fausse fin…

 

Si François Civil et Adèle Exarchopoulos sont très bons tous les deux, ce sont, pour ma part, les deux ados que j’ai le plus appréciés. Ils interprètent avec beaucoup de justesse ces premières amours adolescentes complètement « ouf » (oufs ?). Et leur réapparition dans le cadre de la seconde éclipse de soleil (11 août 1999 ?) renforce ces amours perdues.

 

PS : j’aime beaucoup le traitement qui est fait de la mère de Jackie (Mélissandre Fortumeau). On ne la voit que très peu et pendant une brève séquence, celle de sa mort. Tout d’abord elle a la tête coupée (par le cadrage !), puis son visage se devine à travers la vitre de la voiture ainsi qu’à travers le pare-brise, flouté. Comme pour montrer que tout ça s’est passé il y a longtemps et que Jackie commence à oublier son visage avec le temps qui passe.

Habile.

 

PPS : Avez-vous remarqué le clin d’œil à West Side Story ? Et celui à Audiard (Faut pas prendre les Enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) ?

 

  1. Classe Pré-Professionnelle de Niveau : on dirait (peut-être) SEGPA aujourd’hui. Tu peux me confirmer ça, Sophie ?
  2. Rappelez-vous ce qu’explique Doc à Marty dans Retour vers le Futur II : à partir du moment où un événement du passé est modifié, nous sommes sur une nouvelle ligne de vie, parallèle à la première.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Mulligan, #Robert Duvall, #Alan J. Pakula
Du Silence et des ombres (To kill a Mockingbird - Robert Mulligan, 1962)

Maycomb, Alabama, début des années 1930 (1932 ?)

C’est l’été pour Scout (Mary Badham) et Jem (Phillip Alford) et leur petit voisin Dill (John Megna), et la maison des Radley, un peu plus loin est leur centre d’intérêt. Il faut dire que le fils de la maison, Arthur, est un personnage intriguant. On dit – enfin surtout cette commère de Stephanie (Alice Ghostley) – qu’il aurait poignardé son père pavec des ciseaux et que s’il n’était pas à l’asile, c’est que ce même père (Richard Hale) refuse d’envoyer un Radley chez les fous.

Et puis il y a Tom Robinson (Brock Peters). C’est un jeune homme noir qui est accusé de viol avec violence sur une jeune femme blanche. Pour le défendre, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, le juge (Paul Fix) désigne Atticus Finch (Gregory Peck), le père de Scout & Jem.

Et le procès arrive…

 

Bien entendu, c’est avant tout un extraordinaire roman, celui de Harper Lee, où elle raconte à moitié son enfance, avec ce voisin qui n’est autre que Truman Capote, et le Sud ségrégationniste. Et là encore, Robert Mulligan et surtout Horton Foot (le scénariste) ont dû faire des choix pour cette adaptation. Même si nous parlons ici avant tout d’un film, on ne peut que reconnaître qu’il s’agit d’une très bonne adaptation de ce roman devenu (rapidement) un classique de la littérature américaine.

Tout comme dans le livre, l’intrigue est racontée à hauteur d’enfant, essentiellement du point de vue de Scout (Jean Louise,en vrai), avec ses excès, bien sûr,mais aussi ses interrogations et ses incompréhensions. Mais à chaque fois, ou presque, Atticus est là pour les rassurer, voire pour rendre la vie un (tout) petit peu plus facile.

 

Non seulement Robert Mulligan a réalisé une belle adaptation, mais les deux enfants – dont c’est la première apparition – jouent avec la justesse qu’il faut, animant ces deux personnages de papier avec beaucoup de brio. Là encore, nous avons véritablement un film d’enfants, comme chez Spielberg, ou Yves Robert (La Guerre des boutons). Des enfants libres, mais qui ont tout de même une ligne de conduite inspirée et surtout dirigée par Atticus, père veuf dont la femme est partie beaucoup trop tôt.

Mais surtout Mulligan décrit avec beaucoup de justesse cet état (& Etat) ségrégationniste, où les Blancs restent entre Blancs et les noirs entre Noirs, mais hors de la ville (1).

Les charges retenues contre Tom Robinson sont encore une fois celles de viol (et violence) d’un Noir sur une Blanche. C’est souvent le cas dans ce genre de film judiciaire qui traite de cela. Et cette fois-ci, Tom Robinson a la chance d’avoir un procès : dans They won’t forget (Mervyn LeRoy, 1937), Tump Redwine n’aura pas cette même chance.

Ce procès est une autre occasion de voir un élément de cette ségrégation sudiste : les Blancs sont tous dans le prétoire alors que les Noirs sont remisés en haut. Et de la même façon, ils sont les derniers à sortir. Certes, ils attendent qu’Atticus s’en aillent, mais cela permet d’éviter le mélange.

 

Si les enfants sont le centre de ce film, Gregory Peck exécute ici une de ses plus belles performances, incarnant l’un des personnages les plus humains du cinéma. Et d’une certaine façon, il y a une dimension christique chez cet homme : comme Jésus, en défendant Tom, il prend le péché de la petite ville, et c’est Maudie (Rosemary Murphy) qui l’exprime le mieux, devant la déception de Jem.

De plus, il est la véritable lumière qui luit dans les ténèbres (arriérées) ce cette petite ville du Sud, foncièrement raciste. Et Mulligan ne s’y trompe pas en le filmant dans la lumière alors que les partisans de la loi de Lynch viennent régler son sort à Tom Robinson : tous ces excités viennent des ténèbres et y retournent, quand ils ont compris l’inanité de leur démarche.

Il y a même tellement d’humanité chez Atticus que même ses enfants sont à peine gourmandés par lui : Calpurnia, bien que seulement domestique, exerce une autorité plus forte et plus physique sur les deux enfants. Alors oui, Les deux petit Finch sortent en cachette le soir, et font des bêtises. Mais ce n’est jamais dans de grandes proportions. Voire, leur sortie nocturne peut avoir de bons côtés…

Sauf quand il s’agit d’aller épier chez les Radley !

 

Bref, il s’agit – et pas seulement à mon avis – d’un film indispensable, dirigé avec beaucoup de talent et une interprétation à la hauteur de l’enjeu : n’oublions pas qu’en 1962, le combat pour les Droits Civiques prend de plus en plus d’importance (le pasteur King n’exprimera son rêve que l’année suivante) et qu’il faudra attendre encore deux ans avant que le Civil Rights Act soit (enfin) promulgué (2 juillet 1964).

Et la plaidoirie d’Atticus est un très grand moment de cinéma, et bien sûr d’émotion.

 

PS : on notera l’apparition d’un jeune acteur (il a alors 32 ans) dans un rôle muet mais décisif : Robert Duvall. Sa rencontre avec Scout conclut avec beaucoup de bonheur ce film, et justifie à elle seule le titre original. (2)

 

  1. Atticus doit prendre sa voiture pour aller voir la femme de Tom, ou raccompagner Calpurnia (Estelle Evans).
  2. Passons sur le

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Clint Eastwood
Le Juré n° 2 (Juror #2 - Clint Eastwood, 2024)

Justin Kemp (Nicholas Hoult) est un homme heureux : il est marié à la belle Allison « Ally » Crewson (Zoe Deutch), et ils attendent un heureux événement. Seule (toute) petite ombre au tableau : Justin doit se présenter au tribunal pour participer à un jury, s'il est retenu. La procureure Faith Killebrew (Toni Collette) et l'avocat de la défense Eric Resnick (Chris Messina) le choisissent.

Mais c'est un procès presque pour la forme : un jeune homme, James Michael Sythe (Gabriel Basso) a « sauvagement » tué sa petite amie Kendall « Kenny »  Carter (Francesca Eastwood, la fille de) et l'a versé dans le lit d'un ruisseau après s'être rouspété un peu plus tôt.

Quand le procès commence et que les magistrats exposent les circonstances de la mort de la jeune femme, Justin sent monter en lui un malaise : ce jour-là, il a heurté ce qu'il croyait être un cerf. Sauf que ce n'était pas un cerf.

C'était bien Kendall Carter, la jeune femme dont il est question...

 

Deux films nous viennent en tête quand on visionne ce dernier opus eastwoodien :

- Le septième Juré (Georges Lautner, 1962), tout d'abord : tout comme Grégoire Duval (Bernard Blier), Justin Kemp est sûr de l'innocence de Sythe. Et pour cause ! Mais alors que Duval avait tué la jeune femme pour la faire taire, il s'agit ici d'un accident. Par contre, aux Etats-Unis, le jury n'a pas droit à la parole.

- 12 Hommes en colère (Sidney Lumet, 1957), ensuite, quand le jury se réunit : à l'instar du personnage interprété par Henry Fonda (juré n° 8), le personnage de Nicholas Hoult (juré n° 2) demande qu'on prenne le temps de discuter du cas de cet homme. A nouveau, il va retourner d'autres membres du jury.

Malgré tout, malgré quelques « emprunts  plus ou moins conscients (1), Clint Eastwood se démarque très rapidement des deux autres films pour donner une autre dimension : le dilemme d'un homme qui sait qu'il a tué un être humain et qui ne dit (2) rien. Et cette « tempête dans un crâne » donne tout son intérêt au film, amenant une situation inextricable pour Justin.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ne se dénonce-t-il pas ? Parce qu'il est piégé. Il aurait fallu l'annoncer tout de suite, mais comme il pensait sincèrement qu'il avait heurté un animal, il est rentré chez lui, a fait réparer sa voiture et est passé à autre chose. Alors pourquoi quand il a compris l'enjeu du procès n'a-t-il là encore rien dit ? Il a autrefois souffert d'alcoolisme et participe toujours à un groupe de parole dirigé par Larry (Kiefer Sutherland, qui réalise là un de ses rêves : tourner avec Eastwood). Et le jour de l'accident, il revenait d'un bar : on conclura (trop) facilement qu'il était épris de boisson et s'est enfui à cause de cla, ce qui est une circonstance on ne peut plus aggravante.

 

Et Clint Eastwood prend son temps pour nous raconter cette histoire bien singulière.

Il en profite – à son tour – pour nous présenter le système judiciaire américain, vu cette fois-ci à travers l’œil d’un juré, en l’occurrence le n° 2. C’est très souvent à l’aide d’une caméra subjective qu’il montre le rôle des différents avocats (accusation & attaque), que ce soit lors de la désignation ou pendant le procès en lui-même. Et à la différence des films judiciaires habituels, il ne cesse d’utiliser un chassé-croisé entre les deux avocats : si Resnick avance un élément pour disculper son client, Killebrew en avance un identique pour l’enfoncer ; quand Killebrew plaide et argumente la culpabilité de Sythe, Resnickva donner une autre signification à ce qu’elle a voulu dire. Tout comme pour la désignation des témoins, c’est un jeu de ping-pong entre ces deux ténors du barreau.

Et comme au ping-pong, quelqu’un gagnera et quelqu’un perdra.

 

Si le film est avant tout le procès de John  Sythe, pour le spectateur que nous sommes, c’est aussi le procès du véritable coupable (accidentel). En effet, pendant que tous les membres du jury écoutent (religieusement ?) les débats, nous suivons celui qui se passe dans la tête de Justin : dans quelle(s) circonstance(s) véritable(s) s’est passé l’accident.

Et bien sûr, ces circonstances sont atténuantes – pour nous – mais comme expliqué plus tôt, il n’est lui pas possible d’en parler sans être sûr de se retrouver à la place de Sythe, voire à l’ombre pour un temps indéfini.

 

Alors, et puisque nous sommes dans un film américain, difficile d’exprimer une quelconque rédemption. Justin doit expier sa faute et il le sait très bien. Mais au vu des circonstances de ce procès et de sa révélation, il va être difficile d’y parvenir intact.

Alors, aura-t-il son expiation ? Oui.

Va-t-il se dénoncer ? Va-t-il sauver la tête de Sythe ? Autre chose ?

Je vous laisse découvrir…

 

(1)   La place qu'occupe Justin est la même que celle du n° 8 (Lumet) ; le jury qui se rend sur place pour voir le lieu du crime (Lautner), etc.

(2)   Le verbe dire a la même forme au présent et au passé simple de l'indicatif...

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Docu-Fiction, #Drame, #Boris Lojkine
L'Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024)

Il s’appelle Souleymane Sangaré (Abou Sangare).

Il vient de Guinée Conakry.

Il est né le 17 août 1999.

Il travaille comme livreur de nourriture sur un vélo.

Il a fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

Il apprend consciencieusement l’histoire qu’il va leur servir pour pouvoir rester en France.

 

Trois jours, deux nuits d’un sans papier en France, c’est le pari (réussi !) de Boris Lojkine qui continue le travail commencé dix ans plus tôt avec Hope, qui voyait deux jeunes hommes traverser une partie de l’Afrique pour venir en Europe.

Cette fois-ci, Souleymane est déjà arrivé en Europe, et il travaille – clandestinement –pour s’assurer un (tout petit) minimum vital et préparer sa demande d’accueil. Parce que i Souleymane est aidé par Barry (Alpha Oumar Sow), ce n’est pas par philanthropie : ça coûte cher. Et Barry ne se prive pas d’en abuser puisqu’il reçoit plusieurs personnes en même temps, leur accordant tout juste un minimum de temps.

 

Nous assistons d’ailleurs à une de ces séances où une jeune femme raconte son expérience : mariée de force à un homme qui l’a violée – il faut consommer le mariage – elle est rejetée par sa famille puisque maintenant elle appartient (le terme n’est pas usurpé du tout) à son mari. Mais c’est rétrospectivement qu’on s’interroge sur ce récit : en effet, la situation qu’elle décrit est sordide et injuste, mais comme Barry a déjà élaboré l’histoire de Souleymane (celle du titre ?), qu’en est-il de celle de cette jeune femme ? A-t-elle réellement vécu tout cela ? Seule son hésitation à parler devant les autres joue en sa faveur, ainsi que son « aisance » (1) à en parler, mais le doute subsiste…

 

C’est donc une errance- surtout la deuxième nuit) que nous allons suivre, celle qui précède son « examen » : une sorte de « grand oral » sur lequel va se jouer – comme d’une certaine manière pour les candidats au baccalauréat – son avenir. Mais à la différence des élèves, s’il échoue, il n’y aura pas de rattrapage !

Souleymane va donc passer ces (presque) trois jours à apprendre une histoire, tout en sillonnant Paris pour livrer – le plus vite possible – des repas à vélo, avec les dangers que cela peut représenter.

Et Boris Lojkine le suit, non pas caméra au poing comme on pourrait l’imaginer dans un docu-fiction, mais avec une caméra toujours stable, et malgré tout au plus près.

Et surtout sans musique ! Ainsi les péripéties que va vivre Souleymane ne sont pas parasitées ou même d’une certaine manière commandées par un élément extérieur : à aucun moment on n’est distrait de cette histoire terrible et banale (2), voire terriblement banale !

 

Alors on suit avec empathie l’odyssée de Souleymane qui se poursuit : après son périple africain, le Parisien n’en est pas plus simple : entre la circulation dangereuse (euphémisme), les accidents, les récriminations des clients et les restaurateurs un tantinet racistes (3) et le temps qui joue contre le jeune homme. Et tout ça pour être exploité par un autre jeune homme pas tellement plus âgé que lui : au mieux il lui cède un tiers (un fixe hebdomadaire) de ses émoluments, mais ça doit plus souvent ressembler à la moitié…

Bref, une forme d’esclavage moderne qu’on peut croiser tous les jours dans la rue, et pas seulement à Paris…

 

Et puis il y a l’histoire qui donne son nom au titre. C’est très certainement cette histoire qui a valu à Abou Sangare son prix d’interprétation à Cannes : elle est aussi terrible qu’elle est magnifiquement interprétée. Et là encore, elle est certainement d’une banalité affligeante pour qui regarde de loin tout cela. Parce qu’elle est tout sauf  banale : celle d’un homme qui a souffert, qui souffre et qui souffrira encore.

C’est l’histoire de la misère humaine, à peine arrangée pour le cinéma.

Le cinéma, c’est la vie, même aussi quand elle n’est pas belle.

 

Merci Boris Lojkine pour ce superbe film.

Et merci aussi à tous ceux qui ont y contribué : interprètes et techniciens.

 

  1. Son débit de parole, ses silences et ses hésitations ne semblent absolument pas feints.
  2. Si pour Souleymane elle ne l’est pas, pour le spectateur, sans pour autant user de  mépris, elle l’est d’une certaine façon : tous les jours, de jeunes gens vivent cette même expérience, sans qu’on en parle…
  3. Celui qui nous est proposé est criant de vérité et haïssable à souhait : c’est Boris Lojkine lui-même qui l’interprète (rôle de composition, cela va sans dire !).

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker: Folie à deux (Todd Phillips, 2024)

Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est en prison depuis deux ans. Il est temps qu’il soit jugé.

Jugé pour cinq meurtres (dont deux avec préméditation), commis en novembre 1981.

L’opinion publique est partagée :

  • d’un côté c’est un criminel qui doit être puni (de mort), comme le pense le procureur Harvey Dent (Harry Lawty) ;
  • de l’autre c’est un schizophrène qui est dominé par son double sombre : le Joker ? C’est ce que veut montrer son avocate Maryanne Stewart (Catherine Keener).

Mais que pense donc Arthur Fleck, de ce procès, et surtout de ce qu’on pense de lui ? Est-il réellement ce malade ou joue-t-il la comédie ?

 

Il est clair que la fabuleuse performance d’Heath Ledger dans le film de Christopher Nolan (The dark Knight) a fait du tort (rétrospectivement) au deuxième opus de Todd Phillips. En effet, Ledger avait réussi à donner à son personnage une méchanceté exacerbée doublée d’une froideur adéquate : de l’essence de méchanceté.

Alors quand Joaquin Phoenix apparaît, amaigri et voûté, on ne retrouve aucune dose de la superbe attendue de ce personnage. Mais quand on voit le sort qui lui est réservé par les gardiens – dont l’ignoble Jackie Sullivan (Brendan Gleeson) – on en devrait pas être très étonné de le voir ainsi : la prison détruit les êtres. Et il ne reste plus grand chose de celui qui fit trembler Gotham City.

 

Mais surtout, le Joker n’est rien d’autre qu’un type minable qui a voulu attirer l’attention sur lui, avoir son quart d’heure de célébrité warholienne. Et ça a tellement bien marché que soin procès à venir est qualifié « du siècle » : un moment historique.

Un moment historique pour un homme qui n’est rien d’autre qu’un pauvre type. Mais malgré tout, pas n’importe quel pauvre type : il est bien clair qu’il n’est pas normal. Et son rire – inextinguible – en est une preuve absolue.

 

Et Todd Phillips ne perd jamais de vue l’aspect mineur de son personnage, tout en le filmant en ayant toujours en tête la chanson de Que le Spectacle commence (The band Wagon – Vincente Minelli, 1953) : That’s Entertainment. Nous en avons d’ailleurs droit à une diffusion télévisuelle dans ce film, dès le début, afin que le spectateur n’oublie jamais cet élément.

Dès lors, tout, pour Fleck, sera prétexte à un spectacle, jusqu’à son procès où, après un coup de théâtre, il va se défendre lui-même, maquillé comme il se doit. Ce procès devient alors un véritable spectacle, surtout qu’il est diffusé – là encore – en direct à la télévision : encore une fois, une tribune pour notre personnage.

 

Et cette référence est aussi reprise dans la forme du film qui devient donc une tragédie musicale, ou tout du moins un drame musical, avec les références obligées au genre hollywoodien. Après Jacques Audiard, c’est donc Todd Phillips  qui s’essaie au genre, et qui, à son tour s’en sort plus qu’honorablement. La musique habite le film autant que les deux personnages principaux, voire le gardien Sullivan : c’est lui qui favoriser la rencontre entre les deux principaux protagonistes en inscrivant Fleck à la chorale de l’établissement psychiatrique et pénitentiaire. Mais il nous y prépare avec la première séquence qui voit Fleck aller voir son avocate. Un plan en vue du dessus nous prévient : les parapluies (1) noirs des gardiens ont chacun pris une couleur pendant que Fleck se gorge de la pluie, seul élément extérieur qui lui est alors permis.

 

Et nous allons continuer à faire des aller-retour dans cette tête cassée (moralement), qu’il soit seul ou en couple, avec celle qu’il a rencontrée en allant chanter : (Har)Lee Quinzel (Lady Gaga). L’alchimie fonctionne (presque) tout de suite, et amène les seuls moments de joie du film : leur vie devient un véritable spectacle et Phillips accentue cet aspect jusqu’au bout.

L’arrivée de Fleck au procès est une véritable entrée en scène avec des projecteurs directement braqués sur lui. De la même façon, une émeute dans le réfectoire amène une procédure d’alarme où les gardiens, sans le vouloir, mettent plein feu sur les prisonniers, surtout que certains d’entre eux sont debout sur les tables, donnant la dimension show de cet incident violent.

Et la dernière rencontre entre Lee et Arthur est très certainement la plus belle et la plus spectaculaire, scellant définitivement le destin de ces deux personnages hors du commun.

 

Dès lors, la fin nous ramène au début : Arthur Fleck a toujours été un minable et le restera jusqu’au bout.

 

  1. Chantons sous la Pluie, encore et toujours !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mohammad Rasoulof
Les Graines du figuier sauvage (Danaye anjir-e moabad - Mohammad Rasoulof, 2024)

 

1er avril 1979 : Mise en place d’un régime théocratique islamiste en Iran.

16 septembre 2022 : Mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs iranienne pour « port de vêtements inappropriés ».

 

Iman (Missagh Zareh) est un bon musulman. Fonctionnaire pour la Justice depuis vingt ans, il vient d’accéder au poste d’enquêteur, qui correspond à peu près à ce que nous appelons juge d’instruction. Il n’est plus qu’à une marche de réaliser son rêve : devenir juge à part entière.

Mais cette nouvelle fonction exige de la discrétion, voire de l’anonymat : Iman l’apprend à ses dépens quand il doit signer l’ordre d’exécution de la peine capitale contre un homme, sans avoir consulté son dossier. Parce que ces enquêteurs ne sont ni plus ni moins que des bourreaux par contumace, aux ordres du pouvoir.

Alors Iman est armé, on ne sait jamais. Malheureusement pour lui, son arme disparaît.

Va alors se développer un climat de suspicion à l’intérieur de sa famille : qui a volé le pistolet ? Sa femme Najmeh (Soheila Golestani) ? Ses filles Rezvan (Mahsa Rostami) ou Sana (Setareh Maleki) ? Quelqu’un de jaloux qui veut le détruire ?

Et tout ça se passe après le 16 septembre 2022…

 

Impressionnant. Fort. Superbe.

Tels sont les trois qualificatifs qui me viennent à l’esprit au sortir de ce film bouleversant, qui mêle avec brio les images véritables de ces événements et certaines reconstitutions. A l’instar des véritables protagonistes de cette tragédie (1), on ne ressort pas indemne de cette extraordinaire réalisation de Mohammad Rasoulof. Il y a une authenticité puissante, quand il dénonce les différents agissements de ce pouvoir vacillant (2), et surtout la violence exercée par la police (officielle ou non !).

Bien sûr, Rasoulof n’est pas passé inaperçu avec ce film, surtout que le Festival de Cannes l’a retenu (3) pour sa programmation et son palmarès : il a été condamné à 8 ans de prison en janvier dernier. Heureusement, il a réussi à fuir son pays pour présenter son film.

Quand y retournera-t-il ?

Et ce film, c’est aussi la description d’un éveil (partiel) de la jeunesse face à un système qu’elle n’a pas choisi et qui se retrouve persécutée par des extrémistes au nom d’un Dieu qui, semble-t-il, est amour lui aussi.

 

Mais cette prise de conscience a d’autres effets qui affectent directement cette famille centrale. La société est-elle en train d’exploser ? Peut-être, mais ce qui est certain, c’est que cette famille part en morceaux depuis qu’Iman a signé le premier ordre : on peut presque dire qu’il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment !

En effet, la mort de Mahsa Amini entraîne la dislocation de sa famille, du fait de l’entêtement du père et de ses filles : la volonté d’émancipation et de liberté des unes et l’obscurantisme religieux de l’autre.

Et au milieu, la femme, qui est aussi mère.

Femme soumise à ce mari agréable qui gagne quand même bien sa vie, et mère de deux jeunes filles intelligentes qui l’aiment en retour. Bref, la mère d’une famille parfaite (3).

 

Et Rasoulof va prendre son temps (2 h 48 qu’on ne voit pas passer) pour montrer cette désagrégation inexorable, qui s’accélère même temps que celle que vivent les étudiants (et les autres) dans la rue. Iman s’enferme dans le dogme et se cache derrière l’Etat, pendant que ses filles commencent à regimber et remettre en question son autorité.

Et l’élément du destin, la disparition du pistolet va précipiter la destruction de la famille, jusqu’à un point de non retour. Et l’habileté (encore une fois) de Rasoulof, c’est la façon qu’il a de montrer Iman, qui n’apparaît pas – au début tout du moins – comme un intégriste, voire exalté. AU contraire, on peut ressentir une certaine sympathie pour ce bon père de famille qui fait tout pour mettre les siens à l’abri du besoin.

Mais quand il accepte de signer la première fois (ce que nous ne voyons pas), il met le doigt dans l’engrenage et ne peut plus se retirer, s’enfonçant toujours plus loin dans l’infamie. Parce qu’une fois qu’on a goûté au sang, on a envie d’y revenir. C’est bien connu, c’est la première fois qui est la plus difficile pour tuer quelqu’un. Parce que, en signant, même sous couvert d’une autorité, c’est tout de même la mort qu’on décide pour quelqu’un.

 

Alors on commence à douter de cet homme qui nous paraissait tout de même sympathique. Et quand son nom est publié (4), la fuite dans la maison familiale va sceller le destin de cette famille, montant encore d’un cran le degré de désagrégation, et surtout de violence.

Jusque là, la famille avait été à peu près épargnée – à part Sadaf (Nioushka Akhsti), l’amie de Rezvan qui reçoit une décharge de chevrotine avant d’être arrêtée (et tuée ?) – par la violence institutionnelle. Mais une fois la famille seule dans ses murailles (la propriété est fermée par un grand mur), Iman révèle sa vraie nature, celle du régime : les femmes sont mauvaises.

Mais, heureusement pour elles, les trois qui nous intéressent vont réussir à s’en sortir : à quel prix, certes, mais surtout, pour combien  de temps ?

 

La force du film de Rasoulof s’appuie certes sur les véritables témoignages, mais aussi, il a à sa disposition un quatuor d’interprètes phénoménal. Il y a une grande dose d’authenticité dans leur jeu. On y croit sans problème, et si on est époustouflé par le duo Rostami/Zareh qui sont admirables, il ne faut pas négliger la part de Setareh Maleki dans cette interprétation collective : bien sûr, elle est un tantinet en retrait, mais elle est aussi plus jeune et son éveil sera différent, sans être toutefois moindre. Quant à Soheila Golestani, sa prestation de cette femme « comblée » qui s’éveille elle aussi est là encore admirable. Son personnage évolue plus lentement que ses filles, mais une fois ses yeux dessillés, elle ne peut plus accepter aveuglément comme avant. Comme les autres femmes.

 

Et si la fin n’en est pas vraiment une – peut-il en être autrement ? – les dernières images – authentiques là encore – nous permettent d’espérer.

Vraiment ?

 

PS : a priori, il n’y a pas que moi qui ai vu une référence à Shining

 

  1. Qui malheureusement se poursuit…
  2. Un pouvoir qui est remis en question par la rue est naturellement vacillant…
  3. On peut déplacer cet adjectif dans la phrase…
  4. Avec adresse, etc.
Mahsa Amini (2000-2022)

Mahsa Amini (2000-2022)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #David Dobkin, #Robert Duvall
Le Juge (The Judge - David Dobkin, 2014)

Carlinville, Indiana.

Une ville où la seule chose dont on a envie, c’est d’en partir. Alors y aller, vous pensez bien…

Quant à y rester…

C’est pourtant ce qui va arriver à Henry « Hank » Palmer (Robert « Iron man » Downey Jr.) : parti (bien assez tôt) pour Chicago où il est un avocat de la défense brillant et un tantinet cynique, il apprend que sa mère vient de mourir.

Il retourne donc là-bas retrouver ses frères Glen (Vincent «  Whale » D’Onofrio) et Dale (Jeremy Strong), et surtout son père Joseph (Robert Duvall), qui l’accueille poliment.

Mais une fois l’enterrement fini et la nuit passée, l’information tombe : un homme a été retrouvé mort sur la route, renversé par une voiture. Et cette voiture porte les marques de l’accident, ainsi que le sang de la victime : c’est celle de Joseph, le juge de Carlinville depuis 42 ans.

Hank décide alors de défendre son père… Qui refuse !

 

Bien sûr, au final, le juge va accepter la présence de son fils à ses côtés. Ce n’est pas là le plus intéressant. Ce qui ressort, c’est avant tout la relation entre ce père et ce fils qu’il a aimé et qui aurait pu mal tourner. Encore qu’on peut se demander si pour Joseph, Hank n’aurait pas mal tourné finalement… Et évidemment, il n’en est rien : Hank va évoluer et retrouver ce père qu’il a toujours aimé, même s’il ne le savait plus. Mais Hank n’est pas le seul à changer : son père aussi, ce qui était là aussi prévisible.

 

Alors laissons le prévisible de côté, et regardons le reste : avec ce film, David Dobkin réussit à allier une affaire judiciaire et des éléments comiques qu’on attendait, surtout dans une telle intrigue. En effet, si l’histoire de ce juge amnésique (il ne sait pas s’il a vraiment écrasé ce type) est assez sombre, mais la présence de Robert Downey Jr., sans cesse affrontant ce père qui lui est devenu étranger, est des plus réjouissante : son cynisme s’effaçant progressivement pour laisser place à celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le fils de Joseph.

Alors oui, nous apprenons les raisons qui ont fait que ces deux forts caractères s’éloignent, sans pour autant qu’il y ait de véritables reproches verbalisés. Et c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’ils se sont éloignés : trop de non-dits.

 

Qu’importe, ils sont à nouveau réunis et vont faire front ensemble, non sans heurt – ce qui était aussi prévisible. Et Dobkin nous montre le changement qui s’effectue entre ces deux hommes qui n’osent avouer qu’ils s’aiment, ou tout du moins se sont aimés, mais chacun, à sa manière va se rapprocher de l’autre, subtilement (encore que, le coup de la salle de bain…), et durablement.

Et si Downey & Duvall sont formidables, c’est aussi parce qu’autour d’eux, la distribution est à la hauteur de la rencontre. Vincent d’Onofrio est encore une fois impeccable, dans le rôle du grand frère – seulement en âge – et Jeremy Strong, en benjamin simplet – voire autiste – est lui aussi magnifique. La naïveté de Dale est touchante et comique à la fois, sans toutefois tomber dans l’excès. Et la dernière recommandation de Joseph qu’il reçoit en dit beaucoup plus long sur la relation qu’il a – ou montre – avec lui.

 

Et les femmes ? Elles ne sont pas nombreuses à avoir un r^pole important : outre la femme de Glen (Tamara Hickey) qui n’a qu’un rôle décoratif, elles sont trois.

Mary (Catherine Cummings), la mère qui vient de mourir, et qui, de ce fait va être une dernière fois (la bonne ?) la rassembleuse de cette famille un brin désorientée.

Mrs. Blackwell (Grace Zabriskie), la mère de la victime, accusatrice et effondrée, mais pas très claire tout de même.

Et enfin Samantha Powell (Vera Farmiga), ex petite amie de Hank, qui a eu une fille neuf mois après son départ (presque définitif). Cette relation, en plus de la certaine ambiguïté qu’elle pose (autre ressort comique), est aussi un élément dans l’évolution de Hank, voire le dernier argument quant à son avenir…

 

David Dobkin signe ici un film très équilibré où le tragique et le comique sont intimement liés, et où l’amour familial s’exprime bizarrement, voire aléatoirement, amenant une touche de complicité et de tendresse entre ces deux hommes qui n’avoueront jamais leur amour réciproque, sauf quand il sera (là encore presque) trop tard…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Werner Herzog
Les Nains aussi ont commencé petits (Auch Zwerge haben klein angefangen - Werner Herzog, 1970)

 

C’est le chaos dans le centre de redressement.

L’éducateur (Paul Glauer) a enfermé Pepe (Gerd Gickel) et l’a attaché sur une chaise : c’est lui qui mène habituellement ses co-détenus. Ces derniers sont furieux et, profitant de l’absence du directeur, mettent à sac le centre, essayant de pénétrer dans les locaux pour libérer leur ami et, par la même occasion, s’occuper de ce même éducateur.

Ce dernier menace d’appeler la police à la rescousse, mais comme les autres ont coupé les télécommunications…

J’oubliais : tous ces protagonistes sont des nains.

 

Pour un deuxième long métrage, Herzog ne fait pas dans la dentelle. Bien sûr, on pense à Freaks, mais pas longtemps, parce que le contexte n'a rien de commun, et ce même si la différence est présente. Encore que : la seule personne extérieure au centre est une femme en voiture qui s’est perdue et demande son chemin : elle aussi est naine !

Mais si tous ces gens sont des nains, l’espace dans lequel ils évoluent (?) est le monde des gens normaux, c'est-à-dire avec une taille standard. Et cette différence entre les personnes et leur décor est importante voire pertinente dans certains cas : l’utilisation de magazines par l’éducateur pour être plus haut aura son écho pendant le mariage de Hombré (Helmut Döring), par exemple.

 

Mais ce qui choque véritablement, c’est l’attitude de ces singuliers pensionnaires, encore que motivée par celle de l’éducateur envers Pepe. Il y a une violence verbale et physique dans ce centre. Verbale entre l’éducateur et les autres, physique entre les pensionnaires entre eux, surtout avec Chicklets (Hertel Minkner) et Azucar (Erna Gschwendter), qui en plus sont aveugles et vivent de l’autre côté des bâtiments.

Et puis aussi leur cruauté, surtout exprimée envers les animaux. Les cochons, les poules, le singe et le dromadaire subissent la violence des nains qui, d’une certaine façon se vengent de l’institution sur eux.

Avec en prime une critique de la religion, quand ils passent en procession suivant la Sainte Croix sur laquelle est crucifié le singe !

 

Bien sûr, le fantôme du passé nazi est présent, et ces cruels révoltés en sont rien d’autre que le reflet de ce qu’est l’institution envers eux. Seule la violence est utilisée : par l’éducateur dans sa solitude en insultant les pensionnaires et en les menaçant ; par les autres envers les animaux et les objets, et en particulier la camionnette.

La camionnette, à sa façon, symbolise cette institution qui n’a pas l’air de beaucoup redresser ses résidents. Certes, ce sont tous, à l’origine, des criminels ou tout du moins des délinquants. Mais cela autorise-t-il à mal se comporter avec eux ? Et cette camionnette va subir toute la colère et le déchaînement des nains. Après l’avoir fait tourner en rond, ils la bombarderont de divers projectiles avant de la terrasser définitivement.

 

Et puis ça rit.

Tous (sauf l’éducateur, bien évidemment) rient à longueur de film. Ils rient de leur supériorité par rapport à ce même éducateur ; ils rient du « mariage » de Hombré ; ils rient de leur liberté qui s’exprime par la création de ce chaos. Ils se rient des deux aveugles en les tourmentant continuellement. Sans oublier Pepe qui, quand il ne somnole pas, se rit de son geôlier occasionnel.

Les seuls qui ne rient pas sont les deux aveugles qui, en plus, ne disent pas un mot : chacune des incursions des autres dans leur monde de ténèbres devient un grand moment de silence, parfois ponctué par un élément de référence pour ces deux-là : leurs bâtons bien sûr, mais aussi les pots qu’ils utilisent pour jouer. Les autres sont alors les plus silencieux possible, jusqu’au moment où les deux aveugles se rendent compte de la présence de leurs ennemis et agitent leurs bâtons autour d’eux, espérant en toucher un au passage.

 

Enfin, il y a la bande-son. Régulièrement, nous entendons ce qui ressemble à des chants traditionnels du lieu (le tournage a eu lieu sur l’île de Lanzarote aux Canaries) : on pourrait alors imaginer un paradis tropical (ou presque), mais il n’en est rien, surtout quand sont évoqués l’aridité du paysage (champ volcanique), et surtout l’enfer que vont créer tous ces gens.

Les voix aussi créent cette atmosphère infernale : ces nains sont de véritables démons, et leurs voix, presque irréelle, donnent un plus grand sentiment de malaise (rappelez-vous Harry Earles dans Le Club des trois (Jack Conway, 1930), accentuant par là même l’aspect démoniaque de ces petites personnes.

Et cette bande-son pas toujours très agréable à entendre se coupe parfois, laissant seuls les objets s’exprimer, ou l’air siffler le long des bâtons des aveugles.

 

Un  film terrible… Dans tous les sens du terme !

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Matthias Glasner
La Partition (Sterben - Matthias Glasner, 2024)

La partition dont il est question dans le titre français, c’est celle de Bernard (Robert Gwisdek), un compositeur exigeant et dépressif. Cette partition va bientôt être présentée à Berlin, dirigée par son ami Tom Lunies (Lars Eidinger).

Son titre (et celui du film en VO) : Sterben. Mourir. Tout un programme, me direz-vous. Mais c’est aussi le thème central de ce film rempli d’émotions (contrastées) et où malgré tout la vie l’emporte finalement.

 

Mais reprenons.

Les Lunies sont une famille très ordinaire. Ordinaire parce que certainement pas modèle. Les parents sont âgés et victimes de maladies, les enfants ont leurs propres problèmes et se sont éloignés de ces mêmes parents. Avec un père, Gerd (Hans-Uwe Bauer), atteint de la maladie de Parkinson et la mère, Lissy (Corinna Harfouch), qui a un cancer de l’utérus, on comprend que les enfants soient éloignés. Encore qu’on peut imaginer qu’ils les soutiennent un tantinet.

Seulement voilà, Tom n’aime pas sa mère qui le lui rend bien, et Ellen (Lilith Stangenberg) daigne seulement se déplacer pour son père, les deux autres ne l’intéressant pas.

Et puis le père meurt.

Et la partition ne convient toujours pas à Bernard.

 

Magnifique.

Mathias Glasner réussit le pari de réaliser un film de plus de trois heures (183 minutes) sans jamais lasser son public, sublimant des relations humaines plutôt compliquées, le tout accompagné d’une grande dose d’émotions sans jamais tomber dans le piège du pathétique. Bravo !

En effet, nous sommes dans une histoire qui est tout à fait banale où un personnage principal se retrouve piégé dans des situations complexes qu’il ne peut pas vraiment contrôler.

En effet, Tom :

  • aime son père mais déteste sa mère ;
  • aime son ami (son « partner ! ») Bernard mais déteste son intransigeance artistique qui tourne à l’obsession ;
  • aide son ex-compagne Liv (Anna Bederke) à accoucher et se partage la paternité de l’enfant avec son père biologique Moritz (Nico Holonics) ;
  • aime bien sa sœur mais déteste son alcoolisme ;
  • vit une relation amoureuse compliquée avec Ronja (Saskia Rosendahl).

Et encore, je prends le point de vue de Tom parce qu’il est le personnage central de l’intrigue, mais on pourrait faire la même chose avec chacun des membres de cette famille.

 

Parce que Mathias Glasner s’intéresse à chaque membre de cette famille dont le seul lien est le père, magnifiquement interprété par Hans-Uwe Bauer : sans jamais forcer le trait, il campe un homme malade dans son corps autant que dans sa tête, tout en montrant des signes qu’elle fonctionne encore très bien (la visite hypothétique de sa fille).

Les trois autres membres sont donc beaucoup plus complexes, parce que conscients plus longtemps. Et Glasner fractionne son film en chapitre qu’il interpénètre de situations communes. Nous avons donc plusieurs fois une même information, mais d’un point de vue différent, révélant en image une autre réalité qu’il ne nous était pas possible d’entrevoir autrement : il en va de même quand on téléphone à quelqu’un, l’absence d’expression du visage ne nous permet pas de toujours comprendre ce que veut dire son interlocuteur.

 

Et puis il y a les confrontations.

Entre les enfants et leur père, véritable pilier rassembleur de cette famille (encore que…), bien sûr. Puis entre les deux enfants. Elle est bien sûr inévitable, mais Glasner la rend obligatoire pour chacun d’eux parce qu’involontaire : c’est Sebastian (Ronald Zehrfeld), compagnon du moment d’Ellen, qui va les faire se retrouver deux fois. La première fois inopinément, puisqu’il s se croisent dans un entre commercial. Là, déjà, on ne sent aucun véritable enthousiasme entre eux. Mais la seconde entrevue – la représentation de la partition de Bernard – tourne au fiasco : l’attitude d’Ellen, plus ou moins consciente exprime un acte manqué formidablement réussi.

Mais c’est entre le fils et la mère que se situe la confrontation la plus importante. La mort du père seule pouvait amener ce point culminant de tension. Parce que nous sommes au moment le plus tragique du film, et les robinets de la conscience s’ouvrent, déversant un fiel que d’aucuns trouveraient salutaire.

Ce dialogue nous éclaire complètement sur les différentes relations dans cette famille, mais surtout sur l’attitude générale de Tom, (in)volontairement froide et distante. Ce que se disent les deux protagonistes est incroyablement dur, mais totalement compréhensible : ils sont pareils et leurs défauts qu’ils perçoivent dans l’autre les font se détester ou tout du moins ne leur permettent pas de s’aimer.

 

Et malgré cette noirceur relationnelle ambiante, le film est, comme annoncé plus haut, rempli d’émotions. La musique de Lorenz Dangel y est pour beaucoup : elle nous amènent deux moments de grâce suberbes, quand Tom exécute la partition de Bernard en répétition et en concert, donnant alors doublement toute la dimension à son titre. Le moment de suspend qui suit cette exécution, qui nous renvoie même à la citation de Guitry (1), prend même une dimension mystique très bien exprimée par le visage de Tom.

Mais cette accumulation grave n’empêche pas quelques envolées comiques, essentiellement provoquées par Ellen (et son alcoolisme, amenant plus qu’un sourire au spectateur : entre l’auto-arrachage de dent (Sebastian est dentiste) et la quinte de toux qui génère pendant le pianissimo de l’ouverture de la partition, les différents éléments émaillent cette intrigue dramatique sans pour autant la perturber. Encore un exemple de dosage réussi.

 

Et enfin la mort, inévitable si on en croit le titre original. Elle frappe trois fois, et nous est présentée de façons différentes. Celle de Gerd tout d’abord, terrassé sous nos yeux par la maladie, plutôt violemment. Puis celle de Bernard, volontaire et assumée, amenant l’un des rares gestes d’amour de Tom envers quelqu’un. Cette mort est très certainement la plus belle du film, même si on n’en voit que le résultat : elle donne alors une dimension absolue à l’œuvre du compositeur, interprétée (réellement ?) avec énormément de sensibilité par la violoncelliste Saerom Park (Mi-Do), dernière compagne de Bernard.

 

Bref. Un véritable chef-d’œuvre.

 

  1. « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. »

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog