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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Anthony Mann, #Erich von Stroheim
La Cible vivante (The great Flamarion - Anthony Mann, 1945)

Coups de feu dans un théâtre : une femme est morte. Son meurtrier, le grand Flamarion (Erich von Stroheim), est en train de mourir. Mais avant, il veut expliquer au comique Tony (Lester Allen) pourquoi il a tué Connie Wallace (Mary Beth Hughes), son ex-partenaire du numéro de cible vivante :

Flamarion est un tireur d’élite, et chaque soir il démontre son talent avec son couple partenaire, Connie et Al Wallace (Dan Duryea). Seulement Al boit, beaucoup trop. Et Connie aimerait se sortir de cette relation pesante. Il suffirait de trois fois rien pour qu’elle soit heureuse : que Flamarion rate sa cible.

Avec un partenaire ivre, ça devrait pouvoir se faire…

 

Erich von Stroheim, s’il était persona non grata derrière une caméra, n’en demeurait pas pour autant un grand interprète. Et ce grand Flamarion n’échappe pas à la règle. Ce personnage est quasiment du sur-mesure pour son talent. Elégant, distingué et tout en maîtrise, il campe cet artiste singulier avec beaucoup de brio, complétant sa performance avec certains regards (héritage de la période muette) très expressifs : un acteur complet. Et Anthony Mann a dû se régaler en le dirigeant tant il interprète avec conviction ce personnage que, cette fois-ci encore, on ne peut pas haïr.

 

Mais encore une fois, si Stroheim est impérial, c’et aussi dû au jeu de ses partenaires, Mary Beth Hughes et Dan Duryea en particulier. Avec une mention spéciale pour la jeune femme qui elle aussi interprète avec beaucoup de justesse cette garce manipulatrice extrêmement séduisante (1). Manipulatrice parce qu’elle arrive à ses fins, prenant et jetant les hommes qu’elle rencontre sans scrupule, sûre de son charme.

Duryea, pour sa part possède déjà cette nonchalance qu’on va trouver dans ses rôles suivants, mais avec ici un soupçon de désespoir qui s’exprime pleinement quand il vient trouver son patron pour lui demander de l’argent.

 

Et Mann filme au plus juste ce trio plutôt insolite, jusqu’à l’explication finale – que nous connaissons dès l’ouverture : la mort de Connie, puis de Flamarion. Et on comprend mieux les motivations de ce crime passionnel, qui porte bien son nom (2). Flamarion est un homme torturé : sa partenaire l’a envoûté, malgré sa répugnance envers les femmes suite à une expérience malheureuse quinze ans plus tôt. Et il veut y croire, malgré la différence d’âge. Son optimisme est avant tout de la naïveté : comment a-t-il pu croire que cette femme pût le désirer ?

 

Mais ce n’est pas cette question qui nous intéresse le plus, c’est le tourment constant qu’elle exerce sur cet homme qui, comme les autres, ne fait que passer dans sa vie. Jusqu’à ce qu’on l’arrête. Ce que fera le tireur d’élite. Et même pas avec une arme à feu.

 

  1. Oui, c’est la femme qui a le mauvais rôle.
  2. Passion signifie aussi souffrance.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #King Baggot
The notorious Lady (King Baggot, 1927)

Quelque part en Afrique du Sud, 192...

John Carewe (Lewis Stone) mène une expédition pour ramener des diamants de sa concession. A ses côtés, on trouve son associé (et financeur), Manuela Silvera (Francis McDonald), son serviteur et ami Williams (J. Gunnis Davis), son guide Carlos (Nick de Ruiz) et la fille de celui-ci, Kameela (Ann Rork). S’est joint à eux le jeune et fringant Anthony Walford (Earle Metcalfe), récemment fiancé à la belle Mary Brownlee (Barbara Bedford).

Mais cette dernière n’est pas ce qu’elle prétend : son vrai nom est Marlow, et un an plus tôt, pour innocenter son mari, elle avait faussement déclaré qu’elle était la maîtresse d’un homme peu recommandable que son époux avait accidentellement tué.

Détail : John Carewe s’appelle en réalité Patrick Marlow et a été annoncé pour mort des suites d’une fièvre maligne.

Oui, c’est son mari.

 

Nous sommes en 1927, et ce qu’on peut dire, c’est que ce (petit) film de King Baggot est bien léché, sinon un impérissable chef-d’œuvre. Tous les ingrédients sont là pour un succès au box-office, ce qui n’est pas pour déplaire :

  • de l’exotisme avec cette intrigue située aux antipodes ;
  • de la trahison avec Silvera et Carlos ;
  • de l’action (et des morts qui tombent) ;
  • et cette histoire d’amour éteint qui ne demande pas mieux qu’à repartir. (1)

Bien sûr, la résolution de l’intrigue est évidente (encore que) et ne comptez pas sur moi pour vous en faire part. Toujours est-il qu’on passe un moment très agréable avec cette histoire bien éloignée de nos préoccupations actuelles. Encore que…

 

Bien sûr, puisque l’intrigue est pliée (d’une certaine façon), l’intérêt du spectateur se porte ailleurs : la réunion des deux époux. Et c’est là qu’on peut saluer le savoir faire de Baggot. Servi par un scénario de Jane Murtin  (d’après la pièce de Patrick Hastings), Baggot ne va avoir de cesse de reculer cette réunion, usant sans abuser d’artifices superbement contrôlés. En effet, à plusieurs reprises, les conditions sont réunies pour que les deux protagonistes principaux se rencontrent mais à chaque fois, un grain de sable semble s’insérer dans la machine et faire capoter ce que tout le monde attend, et redoute en même temps.

Quand Mary arrive à destination en Afrique du Sud, Patrick est sur le quai, mais lui tourne le dos. Quand il se retourne, c’est elle qui s’est détournée. Puis Walford lui propose de la rencontrer – il lui annonce ses fiançailles avec elle – mais un coup de sirène le rappelle à son devoir et l’empêche de la voir ; puis c’est la veillée au coin du feu… Et une dernière occasion qui nous prépare quand même aux retrouvailles, que je vous laisse découvrir.

 

Bref, l’intérêt du spectateur est assuré et si l’intrigue principale est convenue, les prémices (tout le long du film) nous tiennent autant en haleine (sinon plus), amenant à chaque fois un sourire devant chaque nouveau retournement.

Ajoutez à cela la présence de l’immense Lewis Stone qui, avant de jouer pour la MGM les utilités dans la décennie suivante, était un (plus tout) jeune premier à la fière allure. Honorable, digne et à la prestance quasi aristocratique, il campe un Marlow superbe, affublé en outre d’un grand sens moral. Puisque son épouse en aime un autre, il est prêt à tout lui sacrifier pour son bonheur. Pas mal non ?

 

Bref, encore une fois, le film de Baggot n’est peut-être pas de la qualité de certaines autres productions de cette riche année 1927 (2), mais on passe une heure quinze en bonne compagnie, que demander de plus ?

C’est du cinéma. Du vrai !

 

  1. Le mélo était un genre très prisé par les spectateurs outre-atlantique.
  2. Wings, The King of Kings, Sunrise… J’en oublie, bien sûr : vous irez voir par vous-même !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Enfance, #Ray Ashley, #Morris Engel, #Ruth Orkin
Le petit Fugitif (Little Fugitive - Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, 1953)

Joey (Ritchie Andrusco) et Lennie (Richard Brewster) vivent avec leur mère (Winifred Cushing), dans un petit appartement, à New York. C’est l’été et donc les  grandes vacances et les journées sont longues pour les deux garçons, même si la télévision propose des westerns que Joey ne manque sous aucun prétexte.

Un jour, la grand-mère et malade et leur mère doit s’absenter pour la soigner. Lennie doit donc s’occuper de son petit frère. Mais ça tombe mal, il a prévu d’aller à Coney Island avec ses copains, et pas question d’emmener le petit, surtout qu’il y a cette nouvelle attraction, le parachute. Et Joey n’est pas en âge de la pratiquer.

Qu’à cela ne tienne, Lennie et ses copains ont une idée pour éloigner Joey : lui faire croire qu’il a tué son frère par accident.

Joey va donc fuir (d’où le titre) et se réfugier  dans un endroit qu’il connaît : Coney Island…

 

Quelle bouffée d’air frais !

Alors que l’industrie cinématographique fournit des films comme jamais, avec budget(s) conséquent(s) et stars à la pelle, voici un film qui ne paye pas de mine, laissant une immense part à la spontanéité, utilisant des enfants dans de véritables rôles d’enfant, avec une grande liberté de manœuvre. C’est une intrigue minimale qui est ici proposée, l’intérêt résidant dans les réactions des enfants. Et c’est magnifiquement réussi : Joey est formidable de naturel, en parfaite adéquation avec un rôle qui lui ressemble : il a sept ans quand le tournage a lieu et se comporte avec beaucoup de naturel face à une caméra qui est toujours placée au bon endroit.

On suit ses angoisses d’avoir (faussement) tué son frère et son périple dans ce haut lieu de l’amusement new-yorkais, avec différentes étapes.

Passé l’effroi procuré par la disparition de son frère, Joey va l’oublier en s’amusant. Mais comme cet amusement n’est pas gratuit (surtout les séances de poney), Joey va devoir se débrouiller : ramasser les bouteilles vides contre consigne. C’est d’ailleurs cette attraction qui va permettre la résolution de l’intrigue et ramener Joey à la maison avant le retour de sa mère, élément très important du point de vue de Lennie.

 

Il est clair que le budget est (très) réduit et qu’une grande liberté est laissée aux enfants dans leur jeu : certes, il y a une ligne de conduite mais on sent qu’ils se l’approprient pleinement, se comportant « comme tous les jours » : les repas tout comme les différentes séquences mettant en scène des jeux d’enfants nous le confirment. On y retrouve la cruauté légendaire de ces mêmes enfants dans ce jeu pervers dont Joey est la victime.

Et finalement, alors que l’objectif était d’éloigner le plus petit pour aller s’amuser, c’est ce dernier qui va profiter de tout cela. Mais sans jamais perdre de vue la (fausse) disparition de Lennie : chaque policier dans le camp est une menace, et à aucun prix il n’est question d’abandonner l’objet qui le relie à son frère présumé mort, son harmonica.

 

Le petit Fugitif, c’est avant tout une errance, celle d’un petit garçon qui n’a plus rien qui le relie à la vie telle qu’il la connaissait : il a tue son frère et a décidé de couper les ponts avec ce qui le reliait à lui. Même ‘évocation de sa mère par l’un des animateurs du poney club l’éloigne de l’endroit, comme s’il savait qu’il irait en prison en s’y attardant.

Mais cette errance permet aussi à Joey de grandir : seul, il doit se débrouiller et subsister seul.

Mais bien sûr nous savons bien que cette situation ne peut s’éterniser et l’animateur de poney va s’y prendre plus subtilement pour ramener Joey à sa maison, mais tout en restant dans cette même optique : Joey doit se débrouiller tout seul pour s’alimenter. Heureusement, l’action se situe pendant les vacances d’été, on n’aura pas la recherche d’un hébergement pour la nui, à l’abri sur la plage, cela suffit.

 

Bref, c’est un film totalement à contre-courant qui nous est ici proposé, véritable chronique de l’enfance où les seuls adultes présents sont ceux que peuvent rencontrer les enfants, celle des trois réalisateurs annoncés se réduisant à tout ce qui n’est pas jeu d’enfants : intrigue, positionnement de caméra, montage.

 

Pas étonnant que la Nouvelle Vague française se soit réjouie en voyant cette œuvre, et Truffaut (1) avec ses 400 coups  a voulu retrouver cette spontanéité. Seulement voilà, son acteur, c’est Jean-Pierre Léaut…

 

  1. Comme le disait mon ami le professeur Allen John : « un truffal, des truffaut. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame
Women talking (Sarah Polley, 2022)

A l’origine, un fait divers en Bolivie, dans les années 2000. Ensuite, un roman (1). Aujourd’hui, un film. Et quel film.

 

Huit femmes se retrouvent dans une grange pour prendre une décision.
Depuis de (trop) nombreuses années, les femmes d’une communauté mennonite sont agressées par les hommes : droguées, elles sont ensuite violées. Une nuit, elles identifient l’un des violeurs qui est arrêté et dénonce à son tour ses (nombreux) complices.

Mais les anciens du village ne voient pas d’un bon œil ce développement et surtout l’incursion du monde extérieur dans leur communauté : ils posent un ultimatum aux femmes pour qu’elles pardonnent à leurs agresseurs.

Trois choix s’offrent alors à ces femmes : ne rien faire (pardonner, donc) ; rester et se battre ; partir.

Après un vote (trop) serré, les huit femmes sont missionnées pour prendre une décision.

La décision.

 

Magnifique !

C’est un superbe film qu’a signé ici Sarah « Sally (2) » Polley, tout en subtilité et nuances, qu’elles soient morales ou physiques, voire lumineuses. C’est à l’origine une histoire banale pour ces femmes, mais avec la découverte des agresseurs, la donne change : ce ne sont pas des rôdeurs qui sont responsables mais bel et bien les propres membres de cette communauté sectaire qui sont impliquées. Et à la lumière des témoignages des plus anciennes, on se rend compte que cela a toujours existé, et a été sinon encouragé, du moins fut-ce couvert par les victimes elles-mêmes. On retrouve aisément dans cette partie de l’intrigue l’actualité #metoo qui a non seulement défrayé la chronique mais aussi (enfin) libéré la parole des femmes abusées sexuellement.

 

Mais revenons au film. Les premières minutes sont assez déstabilisantes, Sarah Polley jouant sur l’aspect archaïque de cette communauté où les femmes sont habillées sombrement et exclusivement de robes, quel que soit leur âge. Bien sûr, on pense à la communauté Amish qui nous avait été présentée par Peter Weir dans Witness, mais certains éléments sont là pour détoner par rapport à ce qu’on aurait pu attendre, et atténuer l’atemporalité : un frigo, un stylo à bille… Il faut dire que le choix du noir et blanc accentue l’effet suranné dégagé par ces femmes mennonites, ainsi que les tenues vestimentaires uniformisées : longtemps, on se demande quand peut bien se passer ce que nous voyons. Il faut dire que le fait que ces femmes n’aient reçu aucune éducation (seuls les garçons vont à l’école) là encore ajoutent dans l’ambiguïté temporelle : XIXème siècle (avant ?) ? Début XXème ? …

Outre le frigo, un autre indice nous est donné : August (Ben « Q » Whishaw) raconte une anecdote qui traite de la seconde Guerre Mondiale. Puis la vérité tombe : un pick-up passe dans la campagne, sa sono braillant qu’il faut se préparer au recensement de 2010 !

Nous sommes en 2010 (pour le monde) mais dans la tête de ces gens, nous sommes 150, voire 200 ans en arrière (sinon plus…).

 

Mais une voix ce premier cap franchi, on se plonge avec bonheur dans cette histoire – à l’origine sordide – qui nous permet de voir des esprits s’ouvrir enfin : ces huit femmes qui vont décider sont des pionnières, et de leur choix va découler un changement radical pour toutes les autres, sauf si elles décident de céder. Bien sûr, céder n’est qu’une option, rapidement balayée par une majorité avant l’unanimité. Et ce groupe de femmes est extraordinaire, de par ses réflexions (et donc sa décision) mais aussi par sa composition : trois générations se côtoient, donnant une parole qui diffère selon l’âge et l’expérience. Mais toutes se rejoignent sur un point : refuser la violence des hommes. Ces différences d’âge sont aussi égalitaires : autour de quatre jeunes femmes – Ona (Rooney Mara), Salome (Claire Foy), Mariche (Jessie Buckley) et Mejal (Michelle McLeod) – on trouve deux femmes plus âgées – Greta (Sheila McCarthy) et Agata (Judith Ivey), dont l’âge est contrebalancé par deux jeunes filles – Autje (Kate Hallett) et Nietje (Liv McNiel). On a ainsi trois niveaux de conscience qui vont s’affronter puis s’accorder. Et si Nietje ne parle jamais, son expression se fait par le dessin, croquant sur le vif la vie de ces femmes.

 

Si le film possède une forme de huis clos (bien que les portes de la grange sont ouvertes) resserré autour de ces femmes, la violence des hommes reste très présente et le sang y a une place prépondérante, rappelant le tribut mensuel et menstruel, amenant là encore des images fortes de réactions féminines à ces agressions devenues banales, sinon normales pour la communauté.

Et cette communauté est terrible dans son fonctionnement : outre le fait que seuls les garçons sont éduqués, on remarque une forme de ségrégation entre les deux sexes, qui se cristallise à l’adolescence. Avant, les enfants des deux sexes jouent et vivent ensemble, après, c’est une autre histoire, l’éveil des sens et par conséquent les viols amenant cette séparation de fait. Ici, on peut voir deux formes de cette ségrégation qui s’installe avec Salome et son fils Aaron (Nathaniel McParland) : chacun est de son côté de la table à manger, et si le contact est permis, le bois forme une barrière physique éloquente ; autre bois qui forme une autre séparation, effective celle-là, quand nous voyons les deux mêmes protagonistes se promener sur un chemin, chacun de son côté d’une véritable barrière.

 

Bien sûr, la religion est primordiale dans cette communauté, et donc pour ces femmes. C’est dans les Ecritures qu’elles trouveront des éléments de réponse ou tout au moins des pistes de réflexion(s) : leur absence d’éducation (scolaire) ne leur laisse que cette option, et quand la réflexion s’enclenche, on entend des remarques qui s’éloignent rapidement de cette religion très prégnante, voire l’attaquent. Dans un autre contexte, on pourrait même parler de blasphème, mais nous n’en sommes pas là et une pensée résume magnifiquement la situation, empêchant un retour à un « monde d’avant » : « un pardon forcé est-il un véritable pardon ? »

Evidemment, ces femmes ne peuvent plus rester dans cette communauté qui les a trop longtemps exploitées et leur départ est inévitable. Et ce départ en rappelle un autre bien célèbre, qui s’accorde pleinement avec leurs convictions : l’Exode. Tels les Hébreux fuyant Pharaon, elles fuient les hommes qui les traitent comme des moins que rien.

 

Mais elles ne partent pas pour « un pays où coulent le lait et le miel » (Exode 3 :08), et même, l’herbe n’y est pas plus verte : Sarah Polley a tourné pratiquement tout le temps en noir et blanc et les étendues qui s’offrent à cette procession finale restent grises.

Mais la couleur est présente dans le film, tranchant avec ce noir et blanc malgré tout très lumineux. C’est seulement quand la nuit tombe que les couleurs se révèlent. Ce ne sont pas, bien sûr, des couleurs franches, mais elles apportent une autre atmosphère à cette intrigue existentielle. Paradoxalement, c’est quand le nuit tombe et le noir s’installe que les couleurs se révèlent, comme si c’était à ce seul moment que la vie de ces femmes prenait enfin une teinte optimiste, comme un peu de répit avant une nouvelle journée grise et uniforme. Et les couleurs vont subsister jusqu’au dernier moment de la nuit, avant que cette nouvelle aube riche en promesse les chassent provisoirement, encore une fois, s’estompant alors que le soleil apparaît, blanc et froid.

Mais cette aube nouvelle est quand même chargée d’espoir, et c’est ça le plus important.

 

PS : on notera que le rôle androgyne de Nettie/Melvin a été confié à August Winter qui, avant s’appelait Abigail…

 

  1. Ce qu’elles disent (Minam Toews, 2018)
  2. Le Baron de Munchhausen (Terry Gilliam, 1988)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier, 1967)

 

Quand on est ivre et qu’on roule à
140 km/h, pas étonnant qu’on se retrouve dans le décor. Surtout sur une route de campagne.

C’est ce qui arrive à Georges Campo (Alain Delon). Amnésique, il n’a que de très vagues souvenirs. Il est marié ? Première nouvelle. Il revient de Hong-Kong ? Le mystère s’épaissit.

Mais qui est donc ce dénommé Pierre Lagrange qui hante ses cauchemars ? Et pourquoi son chine ne le reconnaît-il pas ? Mais surtout, quel est ce chien qu’on dit sien ?

Aidé de celle qui est présentée comme son épouse, Christiane (Senta Berger), et de l’ami de la famille, le docteur Launay (Sergio Fantoni), Georges va progressivement remettre en place les éléments de cette vie qu’on lui dit être sienne.

Mais l’est-elle vraiment : est-il ce Georges Campo, fraîchement de retour d’Extrême-Orient ?

 

Pour la dernière fois, Julien Duvivier nous brosse un tableau pessimiste, avec des gens peu recommandables, preuve de son dégoût des hommes et de leur soi-disant bonté. Et encore une fois, ce sont les femmes qui en font les frais, avec cette Christiane, femme on ne peut plus rouée. Mais encore une fois, c’est à travers un beau jeune homme qu’elle est vue, donc forcément à travers un prisme (1). A l’instar de Jean (Gabin) dans La belle Equipe, Campo est le jouet de la femme, Christiane, qui mène la danse de bout en bout du film. Il faut dire que son charme certain a tendance à faire tourner la tête, surtout celle d’un amnésique convalescent.

 

Et Duvivier s’en donne à cœur joie, manipulant son personnage ainsi que le spectateur vers le dénouement, fatalement tragique : cela ne peut pas se terminer bien, révisez vos classiques !

Et le grand Julien s’y prend progressivement, comme pour mieux sceller les destins vers un avenir qui n’a absolument rien de glorieux ni lumineux.

Et il va nous mettre dans la confidence, révéler cette machination dont est victime Campo, nous donnant un coup d’avance sur ce jeune homme. Mais toujours un coup de retard sur les véritables tireurs de ficelle, jusqu’à la résolution finale qui, et sinon ce en serait pas Duvivier, va aussi échapper à ces protagonistes troubles.

 

Il s’agit donc du dernier film du maître, terrassé par une crise cardiaque pendant qu’il conduisait, ce qui donne un aspect prémonitoire à la première séquence du film qui voit un décor défiler à toute allure, avec bruit de moteur – c’est donc Campo qui conduit, avant son accident – et insert du couloir de l’hôpital – le terminus du même Campo à l’issue du voyage – qui s’inscrit superbement dans la ligne droite du périple. Il faut dire que Duvivier a à ses côtés le grand Henri Decaë derrière l’objectif, ce qui ne gâche rien.

De plus, Alain Delon est en plein essor et va pleinement se réaliser dans la décennie qui vient. Aucune raison donc pour bouder son plaisir.

 

Mais malgré tout, on en vient à regretter ces petites gens qui émaillaient les tableaux brossés par le cinéaste autrefois. La mesquinerie des petites gens en devenant redondante, sinon pléonastique. Ces  gens aisés n’ont pas cette petitesse, l’argent étant là pour les en protéger. Mais au final, ils ne seront pas épargnés : à l’instar de la mort, ils seront frappés comme les autres, sans distinction. Et si ces personnages ne trépassent pas tous, ceux qui survivront n’en seront pas plus vivants.

 

  1. Déformant, sinon, ce ne serait pas un prisme.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Fielder Cook
Rapaces (Patterns - Fielder Cook, 1956)

Il est clair que le terme rapaces est plus accrocheur que structures. Mais en proposant ce titre, le traducteur empiète sur l’intrigue, réduisant le film à une histoire d’intérêt(s).

Parce qu’il s’y a des (gros) intérêts en jeu, ce n’est pas là qu’est le sel de cette intrigue…

 

Fred Staples (Van Heflin) vient d’être embauché par le magnat Walter Ramsey (Everett Sloane) : il vient de quitter un site dans l’Ohio pour la grande ville et une structure plus ambitieuse : ça tombe bien, il est un jeune homme dynamique et ambitieux. Mais dès son premier jour, une forme de malaise s’installe : la secrétaire qu’on lui a attribué, Marge Fleming (Elizabeth Wilson), travaillait depuis sept ans avec le numéro 2 de la boîte, Bill Briggs (Ed Begley). Par ailleurs, les fonctions de Staples empiètent sur celles de ce dernier.

Normal : Ramsey veut se débarrasser de Briggs, un de ceux qui ont créé le groupe avec son père.

Mais Biggs ne veut pas partir.

 

Adapter la télévision au cinéma n’est donc pas une chose nouvelle : ce film est basé sur un téléfilm de l’année précédente où certains interprètes ont rempilé – Sloane et Begley, pour ne citer qu’eux. Mais si le public a boudé ce film à sa sortie – les gens ne voulaient pas payer pour quelque chose qu’ils avaient vu gratuitement -  il a eu bien tort. Fielder Cook signe ici son premier long métrage et s’il s’appuie sur une distribution mitigée – peu de véritable star, excepté Van Heflin – il arrive tout de même à un très bon résultat, en partie dû à cette distribution, mais aussi à l’intemporalité de l’intrigue.

 

L’intrigue, pas les décors ni les costumes : nous sommes en pleines années 1950s, période faste par excellence – pour un peu moins de vingt ans encore – et l’argent est au cœur des préoccupations de ces hommes – les femmes se contentent d’être secrétaires ou femmes au foyer – à n’importe quel prix (c’est le cas de le dire).

Staples, tout comme Ramsey, représente l’avenir du groupe : du neuf et surtout plus de dividendes et de parts de marché. Briggs, c’est le passé. Il a 62 ans et se bat contre Ramsey au nom des vieilles valeurs qui ont fondé ce groupe. Ramsey, lui, est cet héritier qui devait ronger son frein en attendant que son « vieux » casse sa pipe pour pouvoir prendre sa place.

Une fois cette question résolue, il dirige d’une main de fer, défaisant systématiquement ce qu’avait pu faire son père avant lui. C’est là qu’est le fondement de l’opposition qui le voit affronter Briggs, ce vieux dinosaure d’une autre époque.

 

Et au milieu se trouve Staples : d’un côté, il apprécie beaucoup Briggs et sa dimension humaine, mais de l’autre, il ne peut oublier que le grand patron reste Ramsey. Et ses convictions se heurteront toujours à l’intransigeance de ce dernier qui n’a qu’une seule envie : que Staples remplace Briggs.

Et la manière utilisée par Ramsey pour écarter Briggs n’a rien de nouvelle et peut aisément se retrouver dans certaines entreprises actuelles où on pousse parfois certains cadres à la démission (1) : ici, Ramsey parviendra à ses fins avec brio (2), et Cook termine cette séquence par une caméra subjective très pertinente.

 

Seulement voilà : deux ans plus tôt, un certain Robert Wise avait signé Executive Suite où l’intrigue avait tendance à ressembler à celle-là et surtout où on assistait à un même plan subjectif… Plagiat ? Non (3). Mais on peut imaginer que Wise a inspiré Cook. Quoi qu’il en soit, le film de Wise avait une distribution autrement prestigieuse et il faut avouer que celle de Cook se défend bien.

Outre Van Heflin – qui a troqué son stetson et ses bottes pour un complet veston – qui réalise encore une fois une belle prestation, on ne peut que saluer celle d’Ed Begley (3) en Briggs tiraillé entre le passé et le présent – il ne parle à aucun moment d’avenir, ce qui lui sera donc fatal –, père sur le tard – son fils (Ronnie Welsh) est encore adolescent –, trop vieux dans ce monde en mouvement où l’argent reste la principale préoccupation.

Everett Sloane est, encore une fois, un personnage peu recommandable et ses affrontements avec Briggs sont superbes, réussissant à effacer le fait que Begley et lui n’avaient que huit ans d’écart, et même que Van Heflin était plus âgé que lui (1 an d’écart).

 

Au final un film fort sur ce que peuvent être les différentes structures d’un groupe industriel important, où l’argent règne en maître et où, pour éviter d’en perdre, on préfère sacrifier les travailleurs…

Près de 70 ans après, les choses ont peu évolué : les femmes ne sont plus seulement secrétaires.

 

  1. Quand ce n’est pas plus… Hélas !
  2. Si on se place de son côté, autrement on peut trouver cela abject.
  3. Ne l’ayant pas vu, je ne développerai pas. Quoi qu’il en soit, il n’y a eu aucune procédures judiciaires dans ce sens.
  4. On le retrouvera dans 12 Hommes en colère : c’est le juré n°10, bourré de préjugés.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Raoul Walsh, #Dolores del Rio
La Danse rouge (The red Dance - Raoul Walsh, 1928)

Ils s’aiment mais ne peuvent être réunis !

Elle, Tasia (Dolores Del Rio), a été promise au géant Ivan Petroff (Ivan Linow) contre un cheval. Lui, Eugene, doit épouser la douce Varvara (Dorothy Revier) sur ordre du Tsar. Parce que nous sommes dans la Russie tsariste, au milieu des années 1910s, alors que la guerre s’enlise à l’Ouest et que la grogne monte dans les campagnes.

Le véritable problème à leur relation (impossible, donc) c’est que lui est grand-duc alors qu’elle n’est qu’une moujik.

Mais la Révolution va rebattre les cartes et ce qui n’était pas possible le devient. Mais qui dit révolution, dit prise de pouvoir et le général Tanaroff (Andrés de Segurola) veut éliminer tous ceux qui se placent en travers de son chemin. Et Eugene est l’un d’eux…

 

Voilà une dizaine d’années que les Rouges ont pris le pouvoir en Russie et la période de la Révolution de 17 inspire toujours Hollywood. Cette fois-ci, c’est donc Raoul Walsh qui s’y attelle, dans une histoire d’amour très convenue à l’intrigue sans beaucoup de surprise. Par contre, la bonne surprise, ce sont les différents protagonistes et en particulier Ivan Linow. Walsh utilise à merveille sa stature (1), mais sans pour autant en faire un grand benêt. Petroff est un personnage plutôt repoussant de prime abord – surtout qu’il ne s’est pas rasé depuis un moment – mais qui évolue très bien : après avoir dessoûlé, il ne compte plus épouser Tasia, préférant rester un homme à femmes (2). Plus tard, il sera même l’instrument du destin qui scellera le destin des deux amoureux.

 

C’est d’ailleurs l’aboutissement de cet amour qui nous le rend vraiment sympathique : complètement remis de ses beuveries en prenant du galon (il devient général), il se rend compte véritablement du pouvoir (plus ou moins volontaire) de séduction de Tasia et c’est malgré tout à regret qu’il l’aide à partir avec celui qu’elle aime : peut-on rêver meilleure preuve d’amour que celle-ci ?

Quant à Dolores Del Rio, elle est, encore une fois, superbe, interprétant une jeune femme forte – il faut quand on est chez Walsh – et intelligente, dont la beauté n’a d’égal que l’engagement. Elle campe un Tasia fière et lucide, véritable chantre de la liberté après ces siècles d’oppression tsariste.

Et on peut aussi dire qu’elle incarne aussi le ressentiment américain quant à ce nouveau gouvernement communiste : elle ne peut suivre cette bande de menteurs et de meurtriers, incarnés par Tanaroff.

 

Alors face à ces deux personnages, Charles Farrell est beaucoup plus mièvre, incarnant un noble de haute lignée et de haute position : il ne fait pas beaucoup le poids face à la truculence de Petroff et l’engagement de Tasia ! Mais il demeure cet acteur subtil et délicat, et Eugene devient alors celui qui peut amener le calme et la sérénité à cette fougueuse danseuse.

Parce que Tasia danse, mais la « Danse rouge » du titre ne la concerne pas : il s’agit de la révolution russe à proprement parler, avec ses combats, sa violence, ses débordements. Walsh nous gratifie d’une longue séance de bataille de rue avec morts à répétition, charges de cavalerie et pillage, d’une grande portée.

 

Mais malgré tout cela, et aussi une grande maîtrise technique des deux chefs opérateurs – Charles Clarke et Jack Marta – le film reste tout de même mineur, certainement du fait de l’intrigue amoureuse trop présente, reléguant au second plan ce qui aurait pu devenir une grande épopée historique (3), la Révolution Russe.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Walsh sait faire du cinéma, et c’est ce qui importe le plus !

 

 

  1. Deux ans plus tard, il sera Hercule dans le remake de The unholy Three : encore un colosse.
  2. Par contre, Eugene épouse la princesse Varvara…
  3. Hollywoodienne, donc avec des approximations, bien entendu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Oliver Hermanus
Vivre (Living - Oliver Hermanus, 2022)

Que cela soit clair tout de suite : non, je n’ai pas vu le film de Kurosawa (Ikiru, 1952) (1) dont est tiré ce remake magnifique d’Oliver Hermanus. Bien entendu, je n’ai qu’une envie maintenant : le voir ! Mais ceci sera une autre histoire.

 

[Attention, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce qui suit…]

 

Londres, juillet 1953.

Pendant que d’aucuns préparent leur vacances (à Bournemouth, par exemple), Mr. Williams (Bill Nighy) se rend chez son docteur.

Monsieur Williams est un fonctionnaire de la mairie qui dirige un service dont la principale activité semble être de faire durer les projets, les écartant résolument afin de s’en occuper plus tard. Comme le dit Miss Harris (Aimee Lou Wood), plus la pile de dossiers sur votre bureau est importante et plus vous êtes un fonctionnaire productif.

Mais cette visite chez le docteur est différente des autres : le résultat des analyses est sans conteste, Mr. Williams est atteint d’un cancer en phase terminale. Il en lui reste que six mois à vivre. Huit ou neuf tout au plus.

Alors Mr. Williams va changer…

 

Et quel changement: c’est là tout le sel du film, qui voit cet être somme toute insignifiant donner un véritable sens à sa vie. C’est toujours pareil, me direz-vous, quand on sent sa fin proche, on a envie d’employer au mieux ces derniers instants. Encore que… La tentation d’en profiter une dernière fois est là, bien sûr, avec cette séquence qui le voit (à son tour) à Bournemouth, lieu de villégiature de la classe moyenne anglaise (entre autres) dans ce début des années 1950. Mais cette envie de s’amuser (2) va tourner court : tout d’abord, Williams a passé l’âge de ce genre de choses, mais aussi son interprétation de The rowan Tree dans un pub/cabaret le renvoie à son passé, avec sa femme qu’il a perdue si jeune. On sent poindre tout son désespoir quand il interrompt sa chanson : oubli des paroles ? Impossibilité de la mener au bout ? La fin du film répondra à cette question.

Si cette expérience est plutôt malheureuse, elle n’en demeure pas le déclencheur du véritable changement de vie que va opérer Williams : ça commence par un chapeau qui détone par rapport à celui qu’il portait auparavant (un melon, cela va de soi), puis c’est au tour de son travail qu’il va abandonner le temps de se reprendre, comme une courte dépression qui l’empêche de fouler à nouveau l’espace de son bureau. Mais une fois que sa résolution est prise, il va se décider : vivre pleinement ce qu’il connaît le plus, son travail.

 

Hermanus, dès la séquence d’introduction – un film d’archives (en couleur) un tantinet dépoussiéré de cette époque où la guerre est encore un souvenir fort – nous met dans le bain. Le format choisi pour ce film (1.48 : 1) n’est d’ailleurs pas anodin, il rappelle ceux de la période évoquée, bien loin des résolutions extra larges qui constituent la majorité des films actuels. Et la reconstitution qui va avec est de toute beauté. On suit avec délectation les pérégrinations de ce jeune employé de la mairie de Londres, Wakeling (Alex Sharp) qui débarque dans ce service en pleine mutation (3) : il voit le fonctionnement avant le changement de Williams et une fois ce dernier parti.

Parce que l’une des forces de la narration de Hermanus, c’est de ne pas avoir terminé son film sur la mort – annoncée, donc – de son personnage principal : après sa mort, son influence – toute relative selon ses propres mots – se fait toujours sentir dans ce qu’il a fait pour remplir sa vie (ou tout du moins ses derniers six mois).

 

Et Hermanus illustre très bien le principe qui voit sa vie décliner alors que son engagement se renforce, comme s’il ne dépendait plus que de cet ultime projet pour exister. Mais cette idée de rattraper le temps perdu – vieille chimère qui nous prend tous à un moment ou à un autre – se produit à la suite d’une double rupture : le changement d’attitude de Williams et surtout sa mort brutale – dans sa présentation – après avoir décidé d’agir.

Mais cette brusquerie – sa disparition semble nous empêcher de voir ce qu’il a fait une fois au parti – se fait malgré tout en douceur, le temps d’un travelling avant qui se termine sur la photo de Williams, celle qui est posée sur son cercueil. Cette photo est superbement amenée parce que même si on sait que c’est Williams qui repose devant nous, il nous faudra attendre les dernières secondes pour en être sûr : la netteté s’affinant à mesure que nous approchons, jusqu’au couperet que représente cette photo sans plus aucune contestation : Williams est mort.

Et c’est au moment où nous avons donc la preuve qu’il est mort qu’il devient vivant et que le titre du film prend toute sa dimension.

 

Bien sûr, le film de Hermanus repose aussi sur une interprétation irréprochable, Bill Nighy en tête. Il est un Williams magnifique, véritable produit de l’establishment britannique, flegmatique à souhait, mais dont la prise de conscience de sa fin proche va réveiller son instinct de survie. Et cet instinct va surtout se retrouver dans son visage qui, s’il reste (la plupart du temps) impassible n’en est pas moins remplie de cette vie qui lui aurait fait défaut tout ce temps. De plus, sa voix feutrée, à peine plus élevée qu’un murmure fait toute sa force (4) : son autorité et sa réserve, tout comme sa détermination.

Bien sûr, ceux qui l’accompagnent dans ce film – Aimee Lou Wood, Alex Sharp, Adrian Rawlins (Middleton), pour ne citer qu’eux – se hissent au même niveau d’excellence, faisant de ce film un remake qui, je pense, n’a rien à envier à son original.

 

[Il y a un parallèle troublant entre le personnage de Wakeling et celui de Joe Lampton (5), à propos de l’attitude de ce dernier dans le roman : le surnom que Miss Harris donne à Williams n’y est pas étranger. On notera aussi dans cette même idée le vœu que Middleton exprime après la mort de son chef de service : une fois sa place prise, il n’en sera plus rien, et tout rentrera dans l’ordre, ou plutôt le train-train quotidien de ce service. Et même Wakeling s’y résoudra.]

 

  1. C'est fait ! (4-4-2024)
  2. Est-ce que profiter de la vie c’est s’amuser ? Cela semble être en partie la façon de penser du jeune homme qui l’accompagne (Tom Burke).
  3. Encore que…
  4. D’où l’intérêt de voir le film en VO !
  5. Les Chemins de la Haute Ville (Room at the Top – John Braine, 1957)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Mathieu Vadepied
Tirailleurs (Mathieu Vadepied, 2022)

Pourquoi doit-on toujours attendre aussi longtemps un film présenté à Cannes : Tirailleurs a été projeté le 18 mai 2022 et ce n’est que le 4 janvier de l’année suivante qu’on peut enfin le voir !

Et pour le voir, ça valait tout de même le coup d’attendre : cela faisait plus de 15 ans (1) qu’on n’avait pas eu une autre version de la Guerre - j’entends différente de celle des livres d’histoires édités dans la métropole.

 

1917, quelque part au Sénégal.

Bakary Diallo (Omar Sy) vit paisiblement avec sa famille et il s’occupe de son troupeau avec son fils Thierno (Alassane Diong), jusqu’au jour où les Blancs se rappellent à leur souvenir, et en particulier la France qui a besoin de chair à canons pour son front des Ardennes. Thierno est malheureusement attrapé et enrôlé. Bakary décide alors de lui venir en aide et s’engage volontairement, pour rester près de son fils.

Et il y restera jusqu’au bout, comme le père qu’il est : il doit protéger son fils coûte que coûte.

 

Si la Guerre fut un déracinement pour les soldats de Bretagne, Auvergne (etc.), que dire de ces Sénégalais enrôles de force pour défendre « Maman Patrie » ? Parce qu’ils ne sont pas vraiment partis la fleur au fusil, eux…

Mais il est alors impossible de faire marche arrière deux solutions s’offrent à eux pour en sortir : la fin du conflit (hasardeuse) ou la désertion. C’est cette dernière que choisit Bakary : normal, ce conflit ne le concerne en rien et il n’est là que pour ramener son fils. De son côté, ce même fils n’a pas la même opinion : certes, son père reste son père mais des responsabilités lui sont confiées et malgré la présence de son père, cette guerre va le sortir violemment de l’enfance. Comme il le lui dit : les enfants ne tuent pas des gens.

 

[Attention : la résolution de l’intrigue va être en partie révélée. Vous pouvez encore partir et revenir quand vous aurez vu le film (si vous le désirez). Autrement, vous continuez à vos risques et périls…]

 

Dans ce film, 1917 est une longue parenthèse entre la découverte d’un cadavre et la mise en bière des os retrouvés. Et c’est, bien sûr la situation de guerre qui reste centrale pour le décor parce que ‘accent est mis sur la relation entre un père et son fils, et pas seulement en ce qui concerne les deux Sénégalais. Et cette relation va évoluer vite, trop vite bien sûr pour Bakary, mais le contexte oblige à cette évolution rapide : la guerre transforme voire transfigure les hommes et ceux qui en reviennent ne sont plus les mêmes. C’est pareil ici : et le lieutenant Chambreau (Jonas Bloquet) va précipiter les événements entre le père et le fils en nommant caporal le jeune homme. Son père va devoir lui obéir, malgré sa position. C’est une nouvelle raison qui va amener Bakary à fuir – avec son fils – ce lieu terrible.

 

Mais la fuite n’a jamais été une solution, et on s’en rendra compte dans les dernières séquences : les « étranges fruits » qui se balancent… Et c’est en restant que Bakary va se réaliser pleinement : en sauvant son fils d’une mort certaine, il va trouver la sienne (2), « aux champs d’honneur » comme ils disent.

L’éloge funèbre qui suit est une séquence-clé du film : le général Chambreau (François Chattot) rend hommage au lieutenant du même nom qui est tombé, lui aussi. Mais aucune émotion, aucun chagrin pour cet homme qui enterre son fils. Alors que dans le même temps, le fils Diallo pleure un père qui ne sera pas honoré, son corps restant pourrir sur le champ de bataille. IL y a dans cette séquence une émotion palpable ainsi qu’un échange incongru : l’hommage funèbre du général à son fils n’a même pas une connotation personnelle et elle peut donc s’appliquer aisément à Bakary.

Si la vision de la guerre n’est pas spectaculaire, il y a (au moins) deux raisons : la relation père fils est le nœud de l’intrigue, mais aussi parce que la guerre n’est spectaculaire qu’au cinéma… C’est une guerre ordinaire, avec des morts qui s’entassent, qu’on entasse… Et tout ça pour avoir droit à un discours lénifiant et creux qui était de mise à l’époque : « si vous vous battez bien, vous serez des citoyens français. » Parce que ces braves tirailleurs restaient sénégalais, ils n’étaient français qu’une fois morts. Et encore…

 

Alors la pirouette finale (dernière séquence) est un magnifique pied de nez à cette « patrie » qui n’acceptait les autres (ceux des colonies) que s’ils voulaient bien mourir pour elle…

 

  1. Indigènes (Rachid Bouchareb, 2006)
  2. J'avais prévenu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Paul Schrader
The card Counter (Paul Schrader, 2021)

William Tell (Oscar Isaac) – c’est bien sûr un pseudonyme – est, comme l’indique le titre (1), un joueur : black jack et poker n’ont aucun secret pour lui. Pendant une de ses virées au casino, il fait la connaissance de Cirk Baufort (Tye « Cyclops » Sheridan) : le père du jeune homme ont un passé commun. Et ce passé est tout sauf reluisant : ils étaient interrogateurs à Abou Ghraib (Irak). En clair, ils ont torturé sans vergogne ni limite de nombreux prisonniers irakiens.

Mais ils ont été rattrapés par ces exactions : Tell a passé huit ans et demi en prison militaire. Pendant que leurs supérieurs s’en tiraient sans égratignure.

Et c’est là qu’intervient véritablement Cirk (2) : il propose à Tell de séquestrer, torturer et tuer l’un des pires supérieurs du lieu : John « Gordo » Rogers (Willem Dafoe).

Tell n’est pas très enthousiaste et propose à Cirk une tournée des casinos. Mais ce projet reste bien ancré dans la tête du jeune homme.

 

Pas étonnant que Martin Scorsese ait participé à la production du film : non seulement Paul Schrader lui avait écrit le scénario de Taxi Driver, mais en plus, ce William Tell est un héros très scorsesien : ne vous attendez pas à une quelconque élévation, ou alors elle ne peut être que temporaire et il retournera d’où il vient.

Tell est un homme seul, hanté par son passé de bourreau : il en rêve la nuit, bien sûr, mais ses souvenirs surgissent aussi le jour, surtout depuis l’apparition du jeune.

Et Oscar Isaac est impeccable dans ce personnage torturé (à son tour !), aux yeux tristes, bien loin de Poe Dameron (Starwars, troisième cycle) : sous ses dehors plutôt sympathiques se cache cet affreux personnage qu’il fut et qu’il essaie tant bien que mal d’exorciser.

Bien entendu, il n’y arrive pas complètement et sa proposition à Cirk est des plus glaçantes : en peu de mots et surtout grâce à une attitude accentuée par ce même regard (moins) triste, il nous montre qu’il reste toujours cet être abject qu’il pensait avoir laissé en prison.

 

ATTENTION la suite risque de révéler la résolution de l’intrigue.

Continuez à vos risques et périls !

 

Mais Schrader lui donne une chance : la rédemption. Et cette rédemption va passer par deux personnes : Cirk, bien sûr, qui lui offrira la possibilité de se venger (acceptera-t-il ?) ; et La Linda (formidable Tiffany Hadish), avec qui il retrouvera un peu de son amour propre, et même d’amour tout court.

Mais comme annoncé plus haut, il ne faut pas s’attendre à une fin heureuse : il retournera en prison pour la même raison que la première fois, torture ayant entraîné la mort.

Et Paul Schrader va filmer la séquence, d’une façon remarquable – à mon avis – restant dans la pièce que les deux protagonistes viennent de quitter, n’accompagnant les _images que des sons qui sortent de la pièce où a lieu le supplice.

Cette dernière séquence (avant la finale qui se veut un peu emplie d’espoir) fait écho au film de Scorsese susnommé : mais alors que nous suivons Travis Bickle (Robert de Niro jusqu’au bout de sa nuit, nous restons donc ici sur le pas de la porte, laissant la violence hors champ.

Cette analogie avec le héros de T. D. ne s’arrête pas là : tout comme Bickle, Tell est poursuivi par son passé militaire.

 

Mais malgré tout ça, je garde ma préférence pour le grand Martin. Le scénario n’est pas tout et parfois, la façon de filmer de Schrader est un tantinet lente, s’attardant un petit peu trop sur certains détails.

Mais qu’importe, le film se laisse regarder sans déplaisir, et on notera que l’ouverture du film se fait à l’ancienne, avec le générique principal avant que tout commence.

 

  1. Le compteur de cartes.
  2. Ca se prononce « Kirk », mais avec un C.
  3. La facilité aurait été de livrer crûment cette mise à mort

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