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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Drame, #Niccolò Ammaniti
Le Miracle (Il Miracolo - Niccolò Ammaniti, 2018)

 

Décidément, les ennuis s’accumulent autour de Fabrizio PietroMarchi (Guido Caprino), le Président du Conseil. Ca s’amoncelle, ou plutôt comme disait mon oncle Jean-René : « Ca s’accumoncelle. »

En effet, le pays (l’Italie, bien entendu) est à la croisée des chemins : va-t-il rester dans l’Europe ? Un referendum prochain (dans une semaine) doit répondre à cette question cruciale. Alors quand le général Votta (Sergio Albelli) requiert immédiatement sa présence, qu’il ne peut pas tout expliquer au téléphone, il s’inquiète.

Et il y a de quoi. Dans une piscine vide et abandonnée, on a trouvé une statue de ma Madone. Mais ce n’est pas tout. Elle a beau être en plastique, elle pleure, sans qu’on puisse expliquer pourquoi. Mais surtout, ce sont des larmes de sang !

Voilà déjà 600 litres qui ont été récupérés…

 

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qu’a (peut-être) dû penser Niccolò Ammaniti, qui s’est entouré de quelques professionnels du genre pour créer ce Miracle télévisuel : création de l’histoire, co-scénario (avec  S. Bises, F. Manieri & F. Marciano) & co-réalisation (avec F. Munzi & L. Pellegrini), et un peu de production au début…

Le résultat : huit jours qui ébranlent l’Italie sur ses bases, mêlant politique, religion et un soupçon de truanderie.

Et en plus, c’est assez formidable !

Parce que Ammaniti a conçu la série comme un de ces romans qui mêlent plusieurs histoires semble-t-il disparates mais qui se rejoignent à un moment : le « cercle rouge » cher à Melville !

 

Pendant que Fabrizio désespère, Marcello (Tommaso Ragno) a une crise foi : prêtre, il abuse (lui aussi) des jeunes filles et s’adonne aux jeux d’argent. Mais Marcello a assisté le père Fabrizio quand ce dernier mourait, alors le Président fait appel à lui : c’est la Révélation, fini de vivre dans le pécher. Enfin presque.

De son côté, le fils ravi de Salvo (Alessio Praticò), Nicolino ramène la (très) jeune Beatrice, morte. Bien sûr, on pense que c’est le jeune garçon qui l’a tué.

Et puis il y a Sandra (Alba Rohrwacher) une chercheuse militaire dont la mère se meurt et qui se dit que le sang qui coule est peut-être vraiment miraculeux…

Bref, c’est assez compliqué, et en plus il faut ajouter les infidélités de Sole (Elena Lietti), la femme Fabrizio !

 

Mais il n’y a pas que les différents imbroglios (imbroglii ? c’est italien pourtant) de l’intrigue pour nous tenir en haleine. Le jeu des différents interprètes est à la hauteur de l’enjeu, et si la plupart sont des inconnus (pour moi), il est dommage qu’ils le restent. Tommaso Ragno est un prêtre indigne à souhait, et la façon dont Ammaniti (& C°) le présente rappelle ces courtes histoires qui basculent à la fin.

De même le jeu de la (très) jeune Sara Ciocca (Alma, la fille de Fabrizio), entre sincérité et fourberie, est d’une très grande justesse. Amenant un doute final sur son véritable rôle : maladresse ? Jalousie ?

Sans oublier Sergio Albelli, tenaillé entre le secret d’état et la volonté de révéler ce miracle peu extraordinaire. Parce que, le seul miracle qui compte, et c’est Marcello qui le dit, c’est celui de Lazare (1).

C’est d’ailleurs ce général qui aura le dernier mot, pendant le mariage de sa mère de 86 ans.

 

  1. Tous sauf Lazare est d’ailleurs le titre du second épisode.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Cédric Jimenez
Novembre (Cédric Jimenez, 2022)

 

Vendredi 13 novembre 2015.

Une journée ordinaire se termine. Et pour certains, c’est même la fête : l’équipe de France de football joue au Stade de France, et les Eagles of Death Metal au Bataclan.

C’est au SDF que tout commence : trois terroristes se font exploser pendant que le match se poursuit.

Après, ce sera un commando qui va tuer des gens en terrasse de cafés, et un dernier pour les spectateurs du Bataclan.

Au total, 130 morts et 413 blessés. Il s’agit de l’une des rares fois où l’actualité m’a fait pleurer. Que voulez-vous, je suis sensible…

Le président (François Hollande) s’exprime, pendant qu’en coulisse la police anti-terroriste s’affaire, dirigée par Fred (Jean Dujardin) et Héloïse (Sandrine Kiberlain).

 

Encore une fois, Cédric Jimenez exploite un sujet d’actualité qui, 10 ans après, n’est pas près d’être oublié. Il faut dire que cette année 2015 a été marquée par les attentats islamistes : commencée le 7 janvier avec l’assassinat des membres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher (je n’oublie pas Ahmed Merabet & Clarissa Jean-Philippe), elle se termine par une tuerie de masse.

Mais là où Jimenez est habile, c’est de ne rien montrer véritablement de l’horreur : seuls quelques victimes hospitalisées sont (à peine) montrées : juste de quoi donner quelques éléments pour l’intrigue.

 

Parce que nous sommes au cinéma, ne l’oublions pas. Dès l’ouverture, d’ailleurs, nous sommes prévenus : c’est une fiction. Inspirée de faits réels, certes, mais ce n’est pas la vérité. D’ailleurs, cela ne nous intéresse pas.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’à nouveau Jimenez rend hommage aux forces de l’ordre qui ont opéré pendant les cinq jours qui ont suivi, découpant son film avec l’intertitre « NOVEMBRE », suivi du numéro du jour.

Et si Fred& Héloïse sont identifiés comme « héros » du film, c’est avant tout le travail des gens de l’ombre qui est ici exposé : infiltrés, anonymes…

On découvre progressivement le filet tendu par cette brigade dans les milieux islamistes.

 

Mais ces héros de l’ombre restent tout de même humains. Ils doutent et surtout se trompent. C’est le cas ici d’Inès (Anaïs Demoustier, formidable elle aussi) qui fait fi de la procédure pour privilégier l’initiative personnelle, avec le risque d’annuler toute l’action. Et cette précipitation va aussi se retourner contre elle quand un témoin spontané va se présenter : la méfiance engendrée par sa première « intuition » n’est pas étrangère au temps perdu à prendre au sérieux la jeune femme (Lyna Khoudri).

 

Au final, on a un film, encore une fois très bien ficelé où les différents protagonistes ne sont pas des personnes extra-ordinaires mais bel et bien des humains, avec leurs forces, mais aussi, heureusement (?), leurs faiblesses.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #François Truffaut
La Mariée était en noir (François Truffaut, 1968)

Julie Kohler (Jeanne Moreau) se déplace. Un jour à Cannes, un autre à Biviers, ou encore dans les Alpes, à Paris…

En fait, elle traque des hommes. Cinq hommes qui lui ont volé sa vie : alors qu’elle sortait de l’église Saint-Lambert de Vaugirard, un coup de feu retentit et David (Serge Rousseau), son mari, s’écroule, mort. Ces cinq hommes, un tantinet éméchés sont responsables de cette balle perdue.

Maintenant qu’elle les a trouvés, elle les élimine, froidement, obstinément.

 

Voici certainement l’un des meilleurs films de Truffaut. Il faut dire que déjà, il ne joue pas dedans… Toujours est-il qu’encouragé par son livre sorti l’année précédente, il se met à tourner à la façon de son maître cette histoire de vengeance dans le courant de 1967. Et il reprend Jeanne Moreau, l’une des égéries de cette « nouvelle vague », cinq ans après Jules et Jim pour interpréter cette tueuse envoûtante. Envoûtante certes, mais surtout froide. Un peu trop d’ailleurs ce qui se ressent sur son jeu : univoque et uniforme. On dirait (presque) qu’elle imite la diction du réalisateur !

 

Pourtant, tout le reste est impeccable, et comme chez Hitch, ce n’est pas la recherche du coupable qui nous intéresse – d’un côté, c’est elle, de l’autre ce sont eux - ni spécialement ses motivations qui arrivent lors du troisième meurtre – Morane (Michael Lonsdale) étouffé dans le cagibi sous l’escalier – mais bien son modus operandi, et surtout si elle arrivera au bout de son œuvre ! Parce que là, Truffaut glisse une difficulté imprévue dans son parcours : Delvaux (Daniel Boulanger), comme tout bon ferrailleur qui se respecte est un truand notoire arrêté par la police juste avant sa rencontre – fatale – avec Julie.

 

Quoi qu’il en soit, ça fonctionne plutôt bien pour elle – elle tue sans remords ni regret – et pour nous – la fascination mortifère est bien là. Mais il manque tout de même quelque chose. Il n’y a que très peu de suspense. En tout cas, beaucoup moins que chez Hitch, et surtout, la tension indispensable n’est pas assez élevée.

Et je pense que c’est là que le bât blesse : le jeu froid et invariable de Jeanne Moreau freine l’intrigue et peut lasser le spectateur – j’en connais !

 

Pour ma part, j’aurais aimé qu’il s’appesantisse plus sur ces cinq hommes qui deviennent meurtriers – et complices parce qu’un seul presse la détente – par accident : que ce soit après leur fuite (1) ou au moment de mourir. Le seul qui a la possibilité de s’exprimer – et qui nous explique donc la raison des voyages de Julie – c’est encore une fois Morane, véritable personnage pivot du film. Et celui qui aurait véritablement mérité un développement plus conséquent, c’est Fergus (Charles Denner) : si Morane exprime des regrets – tardifs – sincères, Fergus a été rongé par cette épreuve au point de ne pas reconnaître cette femme dont il a – involontairement – brisé la vie.

Tant pis.

 

Au final, c’est film de très bonne facture, mais malgré tout, un Canada Dry : ça ressemble à du Hitchcock, ça a la couleur du Hitchcock, mais c’est du Truffaut (2)…

 

  1. Qui est d’ailleurs très bien rendue.
  2. Comme disait mon ami le professeur  Allen John : « un Truffal, des Truffaut. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Drame, #David Cronenberg
The dead Zone (David Cronenberg, 1983)

Quand Stephen King, maître incontesté de l’épouvante, rencontre David Cronenberg, on peut s’attendre à une rencontre au sommet : c’est le cas.

 

Castle Rock, New Hampshire.

John Smith (Christopher Walken), professeur de littérature, est victime d’un accident de la route, dû à un routier somnolent. Quand il sort du coma, cinq ans se sont écoulés. Il n’a plus de boulot, et Sarah (Brooke Adams), sa fiancée, a refait sa vie : elle est mariée et a un enfant.

S’il a (presque) tout perdu, il a quand même gagné quelque chose : en touchant quelqu’un, il peut voir en cette personne. Son passé – le docteur Weizak (Herbert Lom) – son présent – l’infirmière – et son futur – Chris (Simon Craig). Mais si le passé et le présent ne sont plus contrôlables, le futur, quant à lui, l’est : c’est ça, la « dead zone »  du titre.

 

Le rencontre annoncée était donc inévitable. Et malgré une mésentente sur le scénario – celui de King, qui a travaillé dessus à un moment, était trop violent – le résultat est plus que probant. Il faut dire que les univers de ces deux maîtres sont très compatibles. Et le résultat est là. Il faut dire que la présence de Christopher Walken est l’un des atouts du film : son sourire, qu’on avait véritablement découvert dans Voyage au bout de l’Enfer, est tour à tour une défense comme un début d’attaque.

Et là encore, un bon premier rôle n’est rien s’il n’y a personne pour le soutenir : tous d’Herbert Lom à Martin Sheen (Stillson, le politicien aux méthodes syndicales éprouvées) sont à la hauteur de l’événement. Avec en prime quelques rôles plus effacés – Sonny (Géza Kovacs), pour ne citer que lui – indispensables à l’intrigue.

Bref, Cronenberg a à sa disposition des interprètes de (haute) qualité qui lui permettent de « dérouler ».

 

Le titre français est très trompeur, parce que si les prémonitions de John, pour la plupart, sont des situations en rapport avec la mort, cette dead zone se traduirait plutôt par angle mort, comme celui des voitures auquel vous devez faire attention quand vous déboîtez ! D’ailleurs, John utilise aussi l’expression « blind spot » (= endroit aveugle) qui s’y applique tout autant.

Et ce terme (original) est très bien choisi parce que, à l’instar de cet angle mort, John n’a aucun contrôle dessus. Mais ici, il prend de plus en plus de place, comme prévu par Weizak, avec les effets néfastes que je vous laisse découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Et le choix de l’adjectif dead (mort) n’est pas non plus anodin en ce qui concerne l’intrigue, puisque la mort est toujours au rendez-vous, plus ou moins manqué.

 

Et on sent que Cronenberg a pris du plaisir à réaliser ce film. On y retrouve la dimension un tantinet fantastique inhérente à nombre de ses films, qui se marie parfaitement avec l’univers de King. Certes, le personnage principal n’est pas écrivain mais il enseigne tout de même la littérature. D’ailleurs, l’utilisation récurrente du Corbeau de Poe est là encore très pertinente.

N’ayant pas lu la nouvelle originale, je ne m’étendrai pas sur son adaptation, mais je ferai tout de même un rapprochement avec un roman postérieur du même King : 22/11/63.

A nouveau, il est question d’abattre un homme politique, mais pas n’importe qui : celui qui fut tué à cette même date à Dallas, JFK.

Ici, Stillson n’a pas la même envergure puisqu’il n’est que candidat au sénat, mais Smith va tout de même tenter d’influencer son futur, qui s’annonce franchement noir !

Je ne vous dirai pas s’il y arrive ou non, même si vous pouvez en avoir une idée aisément. Et Martin Sheen est le méchant idéal dans ce genre d’histoire : sa façon de traiter avec la presse est un exemple magnifique de sa méthode d’arriver au pouvoir (« démocratiquement »), rappelant certaines pressions syndicales comme on en trouve chez Kazan, par exemple.

Et cet aspect social est accentué par le port systématique du casque (à son effigie) et sa tenue de chantier lors de ses sorties publiques.

Et l’analogie entre les deux histoires ne s’arrête pas là. Par contre, moi si, autrement je vais vous révéler toute l’intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ken Loach
The Old Oak (Ken Loach, 2023)

Murton, Durham County, England.

2016.

Un bus amène des réfugiés syriens dans cette « banlieue » éloignée (de Newcastle ou Sunderland ?). Tout de suite, une animosité point, qui ne quittera pas le « village » dont la principale activité était la mine, tombée en désuétude voire abandonnée à partir de 1984. Et pas seulement à cause des accidents.

T.J. Ballantyne (Dave Turner), qui tient le dernier pub – the old Oak – de la ville a vu ces changements, a servi les mineurs qui sont ensuite devenus des chômeurs. Mais lui accueille ces « migrants » (comme on dit), mettant même à leur disposition – ainsi qu’à la communauté – son arrière-salle qui n’a pas servi depuis une vingtaine d’années, quand l’activité syndicale était encore une réalité et l’espoir toujours dans les yeux des travailleurs menacés.

Aujourd’hui, l’espoir a disparu et ces étrangers sont mal perçus par ceux qui, malgré eux, sont dans la même situation : pauvreté, faim et désespoir.

Mais malgré tout, il reste un tout petit peu d’espoir dans l’œil d’une nouvelle arrivante, Yara (Ebla Mari), qui arrive avec sa famille – sans son père en prison – et son appareil photo. C’est avec cet œil qu’elle veut encore voir l’espoir.

 

Est-ce le dernier film de Ken Loach ? (1) J’espère que non, mais faute de savoir, il faut le voir – et le vivre –comme si c’était le dernier. Et – encore une fois, c’est une apothéose. On y retrouve tout ce qui a constitué son cinéma, l’aspect social des relations humaines, mâtiné d’une nouvelle dose d’actualité héritée de la mondialisation : les réfugiés. Et Loach, en plus de montrer certaines similitudes entre ces nouveaux arrivants et les « Anglais de souche » (2) : la misère essentiellement entre ceux qui ont tout perdu à cause de la guerre, et les autres à cause du capitalisme débridé (merci Thatcher et les autres !). Et il semble le seul à le voir !

Tout comme il est le seul – au début en tout cas – à voir cette similitude dans le combat pour la vie qu’il va ranimer avec Yara : il faut survivre et pour cela, il faut être ensemble et, comme le dit l’un des slogans des luttes passées, « manger ensemble » !

 

Parce que manger est la préoccupation première de tous. La réouverture de son arrière-salle en cantine devient alors le véritable espoir de cette banlieue lointaine qui l’est encore plus depuis que l’Etat s’en est retiré. Certes, nous sommes au nord-est de l’Angleterre, mais la situation ainsi que l’architecture des maisons rappelle des situations similaires dans le Nord de la France, ces Hauts-de-France que l’Etat français a peu à peu abandonné, diminuant progressivement les services publics comme peau de chagrin. Alors cette histoire de solidarité devient universelle, et Loach, malgré tout veut croire à cet espoir essaimé par Yara et TJ.

Et cet espoir va un tantinet à l’encontre de la tendance communautariste qui s’implante un peu partout dans l’Angleterre : c’est parce qu’on se tourne vers les autres, qu’on partage et qu’on est TOUS ensemble que les choses peuvent changer.

 

Mais la route est longue et semée d’embûche pour y arriver – si jamais on y arrive. La première difficulté est bien sûr la xénophobie qui s’exprime par un racisme plus ou moins ordinaire : « je ne suis pas raciste mais… » est là encore proféré, et s’il n’est pas question « étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche » (3), c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de pain !

Et cette situation de misère (cachée) est très bien exposée lors du premier repas servi dans cette cantine névralgique : le jeune Max (Alex White) prend son repas dehors, à l’abri des regards, parce qu’on a sa fierté, tout de même.

Et TJ exprime magnifiquement son geste : ce n’est pas de la charité, mais de la solidarité ! Ce que ses « amis » (4) du pub ne comprennent pas, regardant ces étrangers par le petit bout de la lorgnette et ne voyant en eux que des terroristes musulmans.

Et puis il y a les images. Loach a choisi des teintes grises qui donnent à son film une impression constante de noir et blanc, contredite sporadiquement par les pantalons en jean (5) ou encore les rares carrés d’herbe encore présents dans cet environnement urbain. Ces teintes colorées sont de (trop) rares bouffées d’oxygène dans cet univers de désespoir. C’est avant tout dans les couleurs qu’il faut donc trouver l’espoir qui manque à tous ces gens.

Et Loach va utiliser cela avec beaucoup de maîtrise réservant la plupart du temps les séquences colorées pour ces étrangers : à l’instar de l’œil de Yara, ils sont l’espoir pour cette communauté qu’ils viennent intégrer.

 

  1. A chaque fois, c’est ce qu’il annonce. Il a maintenant 88 ans, ça se pourrait bien.
  2. L’un d’eux, raciste notable violent, se prénomme Rocco (Neil Leiper)…
  3. Autre antienne nauséabonde fréquente dans certains pubs anglais et cafés français…
  4. « Clients » devient une acception plus juste alors, pour ces gens-là…
  5. Textile ouvrier s’il en est !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Rowland V. Lee
Le Comte de Monte Cristo (The Count of Monte Cristo - Rowland V. Lee, 1934)

Et de 15 !

Oui, c’est déjà la quinzième adaptation du roman de Dumas, cette « histoire immortelle » (comme annoncée dans le générique de début) de vengeance et d’amour, d’emprisonnement et de mort…

 

Edmond Dantès est interprété par Robert Donat et est toujours arrêté sur ordre du procureur Villefort (Louis Calhern), épaulé par deux jaloux dangereux : Danglars, qui n’a pas été nommé par Morrel (Walter Walker) qui lui a préféré le même Dantès ; et Mondego (Sidney Blackmer) qui aime la belle Mercedes (Elissa Landi) qui lui préfère (là encore !) le bel Edmond.

S’ensuivent bien sûr les seize ans au Château d’If, la rencontre de l’abbé Faria (O.P. Heggie), la mort de ce dernier et l’évasion qui s’ensuit.

Tout est donc prêt pour la vengeance, deuxième partie du film.

 

Rowland V. Lee, voilà maintenant quatre-vingt-dix ans (!) nous propose lui aussi une adaptation qui tient ses promesses, même si le terme adaptation est on ne peut plus pertinent ! En effet, exit Caderousse, la maison du scandale et le fils caché de Villefort. Pour le reste, Danglars est toujours aussi méprisable et sa fin n’a rien à envier à l’originale, tout comme le sort réservé à Villefort.

Lee, qui a participé à l’adaptation avec Philip Dunn & Dan Totheroh (le frère de Roland), s’en tire vraiment très bien et ce malgré une fin de film qui explique le choix de Josée Dayan dans sa version avec Depardieu (1) : nous avons donc droit à la happy end de rigueur (pour l’époque et le lieu) où Mercedes et Dantès peuvent enfin s’aimer.

 

Certes, Nous n’avons pas le sommet que représente le souper offert par Dantès à ses bourreaux avec la révélation qui va avec, mais la machination de ce dernier se défend et nous assistons à un final assez réjouissant qui se situe, encore une fois, au tribunal. Mais puisque le fils (maudit) de Villefort a été écarté de l’intrigue, c’est Dantès soi-même qui est jugé pour son évasion. Et Lee nous offre une séquence qui a tendance à nous faire sourire : la barre du témoin est sur roulette et Villefort, avant Dantès, s’en sert pour bien faire admirer au public et aux jurés la face (hideuse, cela va de soi) d’un être misérable et nuisible, espion bonapartiste de surcroît.

Donc le basculement final qui voit Villefort fustigé à son tour sur cette singulière « charrette d’infamie » est là encore une très belle trouvaille.

 

Comme Matthieu Laporte et Alexandre de la Patellière, Lee adapte avec intelligence le roman (immortel), privilégiant certains éléments, en enlevant d’autres pour arriver à une intrigue bien ficelée et logique, sauf en ce qui concerne la fameuse happy end (2). Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir.

Le principal est là, et le duel à l’épée tient ses promesses. Et la mort de Mondego (inévitable) n’est pas suggérée mais bel et bien montrée, sous les yeux de la populace venue l’insulter.

Et puis Donat campe un Dantès très crédible, même (surtout ?) avec tous ses poils autour de la tête.

 

Bref, une bonne adaptation.

 

  1. Je me demandais où elle l’avait trouvée !
  2. Dantès ne peut plus se mettre avec Mercedes, après tout ce qui vient de se passer.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mary Harron
American Psycho (Mary Harron, 2000)

Patrick Bateman (Christian Bale), 27 ans, vie saine est l’un des directeurs d’une grande firme. Tout va très bien pour lui… Le jour. La nuit, c’est autre chose : son visage n’a plus aucune humanité et les êtres vivants qu’il croise une espérance de vie très limitée.

Il tue sans discernement, hommes femmes et animaux. Sans discernement ni remords, ni regret.

Un psychopathe de la pire espèce.

Et comme tous les psychopathes, un désir plus ou moins conscient de se faire arrêter.

Alors quand il tue son collègue Paul Allen (Jared Leto) et qu’un enquêteur (Willem Dafoe) vient l’interroger…

 

Attention ! Eléments de résolution d’intrigue…

 

Terrible.

Christian Bale incarne ici avec beaucoup de maîtrise un phénoménal méchant. Personnage lisse le jour, complexe la nuit, il confirme l’idée qu’un psychopathe peut être n’importe qui, et ne ressemble à personne. Aucune distinction spéciale. Et le jeu très sobre de Bale accentue cet état de fait.

Et le fait qu’il soit le narrateur de cette histoire épouvantable ajoute beaucoup à son personnage. C’est sa réalité que nous suivons. Mais il n’y a nulle forfanterie dans son discours : les choses arrivent, un point c’est tout.

Malgré tout, son anormalité perce sous ses dehors proprets : son agressivité – naturelle – ressort, même si elle n’est que sporadique, voire illusion. En effet, les premiers « décrochages » de Bateman semblent irréels : menace de mort directe dès qu’une contrariété point.

 

Et la fin qui nous est proposée est dans la lignée de cette irréalité éventuelle. Nous sommes au point d’intersection de La Barbe bleue et Massacre à la tronçonneuse : d’un côté la découverte des corps des femmes assassinées par Bateman, ensachées et pendues dans ce qu’on pourrait appeler alors un cabinet ; de l’autre un Bateman nu qui lui court après, brandissant une tronçonneuse vrombissante.

Un véritable cauchemar à la puissance deux !

 

Et c’est là qu’est le talent de Mary Harron. Ressuscitant les années Reagan (ce dernier fait un caméo d’archives : il a alors 88 ans quand le film sort) et ses yuppies toujours à l’affût de la dernière tendance et du dernier gadget – les cartes de visite en sont un très bon exemple. Bateman brasse tellement d’argent qu’il est de plus en plus déconnecté d’une réalité qui lui est même étrangère, voire répugnante (les pauvres), que cela exacerbe ses besoins les plus inavoués – et en même temps inavouables : il tue parce que.

Mais tue-t-il vraiment ?

En effet, si nous assistons à l’exécution de Paul Allen – avec une hache étincelante – on peut tout de même se demander si tout ne relève pas de l’autosuggestion. Après le cauchemar au carré (voir plus haut), tout ce passe comme si rien ne s’était passé : Allen n’est plus là, mais tout le reste non plus. Pire, l’un des protagonistes soutient mordicus avoir déjeuné avec lui peu de temps auparavant (après sa disparition).

 

Alors que croire ? Qui croire ? Celui qui raconte – Bateman – ou celle qui nous raconte (Mary Harron, associée à Guinevere Turner pour le scénario) ? Les deux ?

Quant à son agenda, il ne nous éclaire pas tellement plus, sinon que Bateman aime dessiner…

Bref, nous ne sommes pas plus avancés et pour une fois, il n’y aura pas de rédemption. De toute façon, un personnage aussi inhumain peut-il (doit-il ?) être sauvé ?

Enfermé, certainement !

 

Brillant !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Gilles Lellouche
L'Amour ouf (Gilles Lellouche, 2024)

Un soir (une nuit ?) de 1999 (2000 ? Après ?), une bande de jeunes part en virée en Mercedes. Chacun a son arme. C’est du sérieux. Les voitures sortent de la ville. Le téléphone sonne.

C’est le point de basculement du film.

Déjà ? Oui.

 

« L’amour ouf » du film, c’est celui de Jacqueline « Jackie » (Mallory Wanecque puis Adèle Exarchopoulos) et Clotaire (Malik Frikah puis François « D’Artagnan » Civil). Deux ados que rien ne réunissait : si Jackie a été virée d’un bahut catho pour insolence, elle n’en est pas moins très scolaire ; Clotaire, lui, à l’instar de celui du Petit Nicolas, est un mauvais élève et s’est déscolarisé pour ne pas aller en CPPN (1).

Mais ça passe. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Et Jacqueline est moins scolaire, Clotaire plus civilisé. Ils sont amoureux. Mais Clotaire tombe irrémédiablement dans la délinquance, avec la case prison inévitable. Jackie n’étudie plus.

10 ans passent et ces dix années ont été perdues pour tous les deux.

Vont-ils se retrouver et s’aimer ?

 

Je ne répondrai pas à la question (directement), mais si vous voulez une réponse immédiate, allez sur wikipédia, il y a toute l’intrigue. Et ça va être difficile de ne pas en dévoiler quelques pans… Voilà, vous êtes prévenu(e)s.

 

Lellouche (Gilles, pas Pierre, heureusement) nous revient derrière la caméra, avec à nouveau une histoire un tantinet intimiste, mais bien loin de sa comédie précédente. On y retrouve tout de même quelques similitudes, avec la relation entre un père (Alain Chabat, formidable) et sa fille, et surtout la place prépondérante de la musique dans l’intrigue, devenant presque un personnage à part entière. Et tout y passe, des années 1970 (Deep Purple) aux années 1990 (Daft Punk), avec bien entendu Forest de Cure qui reste « leur chanson », comme disent les Anglo-saxons.

 

Mais surtout Gilles Lellouche surprend. Après la comédie douce-amère du Grand Bain, il s’agit cette fois-ci d’une tragédie annoncée puisque dès les cinq premières minutes, le personnage principal meurt. Violemment. Et le point de rupture annoncé ci-dessus amène un traitement de l’image un tantinet déstabilisant. En effet, le flashback qui suit commence par un plan qu’on pourrait juger anormal : ce n’est pas un cadrage classique puisque c’est un Clotaire de huit ans (Louis Raison) qui embête son grand frère (Lenny Castelein) vu à l’envers. Et le fait de tourner (retourner) l’image va se répéter plusieurs fois, comme s’il voulait bien nous signifier que ce qu’il se passe n’est pas normal. En effet, n’oublions pas que Clotaire est mort ou sur le point de l’être.

 

Pourquoi sur le point ? Parce que, et c’est le Lionel vieux (Jean-Pascal Zadi) qui l’exprime le mieux, en mourant, Clotaire voit défiler sa vie. Sa vie de délinquance de plus en plus marquée jusqu’au coup de téléphone fatidique susmentionné. A partir de ce moment – revu, donc – le fil de l’histoire se rompt et nous entrons dans une intrigue parallèle (2) qui voit ce qui ressemble à une fin heureuse. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le générique de fin contredit cette fausse fin : sur fond noir (de mort) se déroule la liste attendue écrite en rouge (sang). Il n’y a plus de doute possible : cet amour est irréversiblement mort avec Clotaire, dans ce qui ressemble à un entrepôt, d’une balle dans la tête. Inévitablement.

Et c’est peut-être parce que Lellouche est un spécialiste de la comédie qu’il voudrait nous faire croire à cette fausse fin…

 

Si François Civil et Adèle Exarchopoulos sont très bons tous les deux, ce sont, pour ma part, les deux ados que j’ai le plus appréciés. Ils interprètent avec beaucoup de justesse ces premières amours adolescentes complètement « ouf » (oufs ?). Et leur réapparition dans le cadre de la seconde éclipse de soleil (11 août 1999 ?) renforce ces amours perdues.

 

PS : j’aime beaucoup le traitement qui est fait de la mère de Jackie (Mélissandre Fortumeau). On ne la voit que très peu et pendant une brève séquence, celle de sa mort. Tout d’abord elle a la tête coupée (par le cadrage !), puis son visage se devine à travers la vitre de la voiture ainsi qu’à travers le pare-brise, flouté. Comme pour montrer que tout ça s’est passé il y a longtemps et que Jackie commence à oublier son visage avec le temps qui passe.

Habile.

 

PPS : Avez-vous remarqué le clin d’œil à West Side Story ? Et celui à Audiard (Faut pas prendre les Enfants du bon Dieu pour des canards sauvages) ?

 

  1. Classe Pré-Professionnelle de Niveau : on dirait (peut-être) SEGPA aujourd’hui. Tu peux me confirmer ça, Sophie ?
  2. Rappelez-vous ce qu’explique Doc à Marty dans Retour vers le Futur II : à partir du moment où un événement du passé est modifié, nous sommes sur une nouvelle ligne de vie, parallèle à la première.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Mulligan, #Robert Duvall
Du Silence et des ombres (To kill a Mockingbird - Robert Mulligan, 1962)

 

Maycomb, Alabama, début des années 1930 (1932 ?)

C’est l’été pour Scout (Mary Badham) et Jem (Phillip Alford) et leur petit voisin Dill (John Megna), et la maison des Radley, un peu plus loin est leur centre d’intérêt. Il faut dire que le fils de la maison, Arthur, est un personnage intriguant. On dit – enfin surtout cette commère de Stephanie (Alice Ghostley) – qu’il aurait poignardé son père pavec des ciseaux et que s’il n’était pas à l’asile, c’est que ce même père (Richard Hale) refuse d’envoyer un Radley chez les fous.

Et puis il y a Tom Robinson (Brock Peters). C’est un jeune homme noir qui est accusé de viol avec violence sur une jeune femme blanche. Pour le défendre, parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, le juge (Paul Fix) désigne Atticus Finch (Gregory Peck), le père de Scout & Jem.

Et le procès arrive…

 

Bien entendu, c’est avant tout un extraordinaire roman, celui de Harper Lee, où elle raconte à moitié son enfance, avec ce voisin qui n’est autre que Truman Capote, et le Sud ségrégationniste. Et là encore, Robert Mulligan et surtout Horton Foot (le scénariste) ont dû faire des choix pour cette adaptation. Même si nous parlons ici avant tout d’un film, on ne peut que reconnaître qu’il s’agit d’une très bonne adaptation de ce roman devenu (rapidement) un classique de la littérature américaine.

Tout comme dans le livre, l’intrigue est racontée à hauteur d’enfant, essentiellement du point de vue de Scout (Jean Louise,en vrai), avec ses excès, bien sûr,mais aussi ses interrogations et ses incompréhensions. Mais à chaque fois, ou presque, Atticus est là pour les rassurer, voire pour rendre la vie un (tout) petit peu plus facile.

 

Non seulement Robert Mulligan a réalisé une belle adaptation, mais les deux enfants – dont c’est la première apparition – jouent avec la justesse qu’il faut, animant ces deux personnages de papier avec beaucoup de brio. Là encore, nous avons véritablement un film d’enfants, comme chez Spielberg, ou Yves Robert (La Guerre des boutons). Des enfants libres, mais qui ont tout de même une ligne de conduite inspirée et surtout dirigée par Atticus, père veuf dont la femme est partie beaucoup trop tôt.

Mais surtout Mulligan décrit avec beaucoup de justesse cet état (& Etat) ségrégationniste, où les Blancs restent entre Blancs et les noirs entre Noirs, mais hors de la ville (1).

Les charges retenues contre Tom Robinson sont encore une fois celles de viol (et violence) d’un Noir sur une Blanche. C’est souvent le cas dans ce genre de film judiciaire qui traite de cela. Et cette fois-ci, Tom Robinson a la chance d’avoir un procès : dans They won’t forget (Mervyn LeRoy, 1937), Tump Redwine n’aura pas cette même chance.

Ce procès est une autre occasion de voir un élément de cette ségrégation sudiste : les Blancs sont tous dans le prétoire alors que les Noirs sont remisés en haut. Et de la même façon, ils sont les derniers à sortir. Certes, ils attendent qu’Atticus s’en aillent, mais cela permet d’éviter le mélange.

 

Si les enfants sont le centre de ce film, Gregory Peck exécute ici une de ses plus belles performances, incarnant l’un des personnages les plus humains du cinéma. Et d’une certaine façon, il y a une dimension christique chez cet homme : comme Jésus, en défendant Tom, il prend le péché de la petite ville, et c’est Maudie (Rosemary Murphy) qui l’exprime le mieux, devant la déception de Jem.

De plus, il est la véritable lumière qui luit dans les ténèbres (arriérées) ce cette petite ville du Sud, foncièrement raciste. Et Mulligan ne s’y trompe pas en le filmant dans la lumière alors que les partisans de la loi de Lynch viennent régler son sort à Tom Robinson : tous ces excités viennent des ténèbres et y retournent, quand ils ont compris l’inanité de leur démarche.

Il y a même tellement d’humanité chez Atticus que même ses enfants sont à peine gourmandés par lui : Calpurnia, bien que seulement domestique, exerce une autorité plus forte et plus physique sur les deux enfants. Alors oui, Les deux petit Finch sortent en cachette le soir, et font des bêtises. Mais ce n’est jamais dans de grandes proportions. Voire, leur sortie nocturne peut avoir de bons côtés…

Sauf quand il s’agit d’aller épier chez les Radley !

 

Bref, il s’agit – et pas seulement à mon avis – d’un film indispensable, dirigé avec beaucoup de talent et une interprétation à la hauteur de l’enjeu : n’oublions pas qu’en 1962, le combat pour les Droits Civiques prend de plus en plus d’importance (le pasteur King n’exprimera son rêve que l’année suivante) et qu’il faudra attendre encore deux ans avant que le Civil Rights Act soit (enfin) promulgué (2 juillet 1964).

Et la plaidoirie d’Atticus est un très grand moment de cinéma, et bien sûr d’émotion.

 

PS : on notera l’apparition d’un jeune acteur (il a alors 32 ans) dans un rôle muet mais décisif : Robert Duvall. Sa rencontre avec Scout conclut avec beaucoup de bonheur ce film, et justifie à elle seule le titre original. (2)

 

  1. Atticus doit prendre sa voiture pour aller voir la femme de Tom, ou raccompagner Calpurnia (Estelle Evans).
  2. Passons sur le

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #Clint Eastwood
Le Juré n° 2 (Juror #2 - Clint Eastwood, 2024)

Justin Kemp (Nicholas Hoult) est un homme heureux : il est marié à la belle Allison « Ally » Crewson (Zoe Deutch), et ils attendent un heureux événement. Seule (toute) petite ombre au tableau : Justin doit se présenter au tribunal pour participer à un jury, s'il est retenu. La procureure Faith Killebrew (Toni Collette) et l'avocat de la défense Eric Resnick (Chris Messina) le choisissent.

Mais c'est un procès presque pour la forme : un jeune homme, James Michael Sythe (Gabriel Basso) a « sauvagement » tué sa petite amie Kendall « Kenny »  Carter (Francesca Eastwood, la fille de) et l'a versé dans le lit d'un ruisseau après s'être rouspété un peu plus tôt.

Quand le procès commence et que les magistrats exposent les circonstances de la mort de la jeune femme, Justin sent monter en lui un malaise : ce jour-là, il a heurté ce qu'il croyait être un cerf. Sauf que ce n'était pas un cerf.

C'était bien Kendall Carter, la jeune femme dont il est question...

 

Deux films nous viennent en tête quand on visionne ce dernier opus eastwoodien :

- Le septième Juré (Georges Lautner, 1962), tout d'abord : tout comme Grégoire Duval (Bernard Blier), Justin Kemp est sûr de l'innocence de Sythe. Et pour cause ! Mais alors que Duval avait tué la jeune femme pour la faire taire, il s'agit ici d'un accident. Par contre, aux Etats-Unis, le jury n'a pas droit à la parole.

- 12 Hommes en colère (Sidney Lumet, 1957), ensuite, quand le jury se réunit : à l'instar du personnage interprété par Henry Fonda (juré n° 8), le personnage de Nicholas Hoult (juré n° 2) demande qu'on prenne le temps de discuter du cas de cet homme. A nouveau, il va retourner d'autres membres du jury.

Malgré tout, malgré quelques « emprunts  plus ou moins conscients (1), Clint Eastwood se démarque très rapidement des deux autres films pour donner une autre dimension : le dilemme d'un homme qui sait qu'il a tué un être humain et qui ne dit (2) rien. Et cette « tempête dans un crâne » donne tout son intérêt au film, amenant une situation inextricable pour Justin.

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ne se dénonce-t-il pas ? Parce qu'il est piégé. Il aurait fallu l'annoncer tout de suite, mais comme il pensait sincèrement qu'il avait heurté un animal, il est rentré chez lui, a fait réparer sa voiture et est passé à autre chose. Alors pourquoi quand il a compris l'enjeu du procès n'a-t-il là encore rien dit ? Il a autrefois souffert d'alcoolisme et participe toujours à un groupe de parole dirigé par Larry (Kiefer Sutherland, qui réalise là un de ses rêves : tourner avec Eastwood). Et le jour de l'accident, il revenait d'un bar : on conclura (trop) facilement qu'il était épris de boisson et s'est enfui à cause de cla, ce qui est une circonstance on ne peut plus aggravante.

 

Et Clint Eastwood prend son temps pour nous raconter cette histoire bien singulière.

Il en profite – à son tour – pour nous présenter le système judiciaire américain, vu cette fois-ci à travers l’œil d’un juré, en l’occurrence le n° 2. C’est très souvent à l’aide d’une caméra subjective qu’il montre le rôle des différents avocats (accusation & attaque), que ce soit lors de la désignation ou pendant le procès en lui-même. Et à la différence des films judiciaires habituels, il ne cesse d’utiliser un chassé-croisé entre les deux avocats : si Resnick avance un élément pour disculper son client, Killebrew en avance un identique pour l’enfoncer ; quand Killebrew plaide et argumente la culpabilité de Sythe, Resnickva donner une autre signification à ce qu’elle a voulu dire. Tout comme pour la désignation des témoins, c’est un jeu de ping-pong entre ces deux ténors du barreau.

Et comme au ping-pong, quelqu’un gagnera et quelqu’un perdra.

 

Si le film est avant tout le procès de John  Sythe, pour le spectateur que nous sommes, c’est aussi le procès du véritable coupable (accidentel). En effet, pendant que tous les membres du jury écoutent (religieusement ?) les débats, nous suivons celui qui se passe dans la tête de Justin : dans quelle(s) circonstance(s) véritable(s) s’est passé l’accident.

Et bien sûr, ces circonstances sont atténuantes – pour nous – mais comme expliqué plus tôt, il n’est lui pas possible d’en parler sans être sûr de se retrouver à la place de Sythe, voire à l’ombre pour un temps indéfini.

 

Alors, et puisque nous sommes dans un film américain, difficile d’exprimer une quelconque rédemption. Justin doit expier sa faute et il le sait très bien. Mais au vu des circonstances de ce procès et de sa révélation, il va être difficile d’y parvenir intact.

Alors, aura-t-il son expiation ? Oui.

Va-t-il se dénoncer ? Va-t-il sauver la tête de Sythe ? Autre chose ?

Je vous laisse découvrir…

 

(1)   La place qu'occupe Justin est la même que celle du n° 8 (Lumet) ; le jury qui se rend sur place pour voir le lieu du crime (Lautner), etc.

(2)   Le verbe dire a la même forme au présent et au passé simple de l'indicatif...

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