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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame
Une Etoile est née (A Star is born (William Wellman, 1937)

Esther Blodgett (Janet Gaynor) est une jeune fille du Dakota qui a un rêve : devenir actrice. Mais dans une famille rurale, ça a du mal à passer. Heureusement, sa grand-mère (May « Annie » Robson) est là qui lui fournit les moyens (financiers) de commencer à réaliser son rêve.

Mais une fois à Hollywood, elle déchante : les jeunes filles comme elle sont innombrables. Jusqu’au jour où Danny McGuire (Andy Devine) lui trouve un extra en tant que serveuse pour la fête de fin d’un film : elle y rencontre la star masculine du moment – même s’il commence à décliner (alcool oblige) – Norman Maine (Fredric « Jekyll » March).

Il va lui permettre de pleinement réaliser ce rêve d’une vie : elle devient une star !

 

Il s’agit de l’œuvre originale – déjà retouchée quatre fois (dont une version Bollywood) – et cette histoire tragique est absolument phénoménale. Non seulement, il s’agit de l’une des plus belles mises en abyme du cinéma qui existe, mais aussi c’est un festival d’interprètes à la hauteur de l’événement. Outre le couple vedette, on peut y retrouver – voire apercevoir une kyrielle de grands noms : Adolphe Menjou (Oliver Niles, producteur), Lionel Stander (Libby), Guinn « Big Boy » Williams (que Gaynor retrouve), Francis Ford (un ivrogne…)…

Et Wellman, fort d’un sujet en or et d’une distribution prestigieuse, déroule pour notre plus grand plaisir. C’est magnifique, à tout point de vue.

 

L’intrigue est une très belle histoire d’amour entre une star montante et son pendant masculin déclinant, ce qui n’a pas échappé à Michel Hazanavicius. Un amour absolu entre deux personnes qui se sont trouvées mais, malheureusement se perdront irrémédiablement. Il faut dire que leur monde – Hollywood et l’industrie cinématographique en général – est impitoyable et qu’il suffit de peu de choses pour tomber dans la déchéance, voire l’oubli.

C’est une histoire on ne peut plus réaliste quand on se souvient de ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt : la fin du muet et l’avènement du parlant. D’ailleurs, on retrouve cette idée chez Donen et Kelly qui restent dans la comédie, alors que Wellman, malgré quelques éléments comiques disséminés tout au long de son film, reste dans le drame.

 

Bien sûr, Maine est le seul responsable de sa déchéance, mais l’attitude- non dissimulée – de Libby est le véritable déclencheur de sa fin. Leur ultime rencontre est lourde de conséquences et marque la véritable fin de Maine : le scandale inévitable arrive et les spectateurs (involontaires) sont choqués quand ils comprennent de qui il s’agit.

Malgré l’aspect tragique de cette histoire d’amour, Wellman lui donne une dimension supérieure, faisant de Maine un personnage expiatoire voire christique.

En effet, il est le Rédempteur cher au cinéma américain. Il se sauve lui-même (1) puisqu’il met un terme – définitif – à ses problèmes, tout en permettant à celle qu’il aime de poursuivre son rêve. Bref, une fausse sad end (2)…

 

Bien évidemment, Gaynor & March sont encore une fois formidables. March est à nouveau un personnage tragique et marqué par le destin, donnant un Maine totalement dépassé par les événements et surtout le poids de sa notoriété (3). A ses côtés, non seulement Janet Gaynor est sensationnelle, mais en plus, il faut se rappeler qu’elle est la première actrice qui a reçu la statuette (4), huit ans plus tôt. Et lors de cette toute première cérémonie, c’est sa propre sœur qui, éméchée, a fait le spectacle !

Bref, Elle est ici en territoire connu.

Et on peut même imaginer aisément que le (tout) petit discours que prononce Esther n’est pas très éloigné de celui qu’elle a pu faire lors de sa récompense.

 

Alors précipitez-vous sur cette très belle version restaurée (image & son) de ce chef-d’œuvre qui, à force d’être repris, est devenu intemporel…

Et en plus, ils ne chantent pas !

 

  1. Ne voulant pas révéler toute l’intrigue, je pense tout de même que son acte n’est pas très bien vu des religieux…
  2. Le contraire de « happy end »…
  3. Le terme « has been » est d’ailleurs prononcé.
  4. C’est d’ailleurs la sienne qui est utilisée…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Lon Chaney
Monsieur Wu (Mr. Wu - William Nigh, 1927)

Il y a deux monsieur Wu : le père (Lon Chaney), mandarin réputé et respecté, et son fils (Lon Chaney), autre mandarin qui succède à son père après avoir bénéficié d’une éducation mixte auprès de Mr. Muir (Claude King).

Le fils s’est marié à la fille d’un autre mandarin (Toshia Mori) mais elle est morte prématurément, lui laissant une fille, elle aussi belle comme le jour : Nang Ping (Renée Adorée).

Comme le veut la tradition, Nang Ping doit bientôt épouser son futur mari (qu’elle ne connaît pas). Mais Nang Ping, par hasard, fait la connaissance de Basil Gregory (Ralph Forbes). Ils tombent amoureux et se promettent un avenir commun.

Mais ça, ce n’est pas possible : Mr. Wu veille et doit empêcher qu’une telle chose se fasse.

 

Nous sommes en 1927, et même William Nigh nous le rappelle : son film est d’une facture technique très honorable, avec en prime « l’homme aux 1000 visages », Lon Chaney. Cinq ans après le phénoménal Shadows, il nous revient dans un rôle d’Asiatique emblématique : Mr. Wu. S’il a des ressemblances avec Yen Sin – je parle du fils – c’est surtout le père qu’on retient, dans une courte séquence qui le voit pronostiquer sa disparition. C’est un très vieux mandarin qu’il interprète, grimé à l’occasion, avec moustache tombante et barbe fine sans oublier les inévitables ongles démesurés. Encore une fois : phénoménal.

 

Parce que nous sommes dans un de ces films exotiques qui n’est pas sans rappeler Mme Butterfly sur certains aspects, mais dans une Chine éternelle et un tantinet stéréotypée. Encore une fois, nous retrouvons un thème sociétal cher aux Américains : la rencontre entre l’Est et l’Ouest. Et encore une fois, cette rencontre conduit à une tragédie, empêchant un quelconque rapprochement.

C’est à nouveau le décalage culturel entre ces deux mondes qui explique cet échec. Les deux enfants – Nang Ping & Basil – qui pourtant représentent l’avenir des deux familles sont les victimes des préjugés et autres conventions.

D’un côté la tradition oblige Wu à marier sa fille à un inconnu (de bonne famille, cela va de soi), empêchant le bonheur des deux jeunes gens ; de l’autre, les préjugés – avec racisme – du père de Basil (Holmes Herbert) ainsi que les réflexions de sa mère (Louise Dresser) nous font comprendre ainsi qu’à Nang Ping qu’elle ne doit pas se faire d’illusion.

Bref, même si l’amour ne connaît pas de frontière, la situation le rappelle à la raison : les deux amoureux ne finiront pas ensemble. (1)

 

Si nous sommes dans une Chine d’opérette, on ne peut tout de même pas nier le soin mis dans les décors et les costumes, et ceux de Mr. Wu, surtout : jusque dans le blanc qu’il porte pour marquer le deuil. Rien n’est laissé au hasard, jusqu’au jardin (japonais ?) qui voit s’aimer les deux jeunes gens. Certes, Renée Adorée a les yeux beaucoup trop clairs pour être pleinement chinoise, mais son jeu pallie cette difficulté. Anna May Wong (Loo Song, sa demoiselle de compagnie) aurait été certainement plus crédible, mais n’aurait peut-être pas transmis les mêmes émotions.

Quant à Chaney, il est encore une fois impeccable, troquant temporairement son regard mauvais – ça ne dure pas, rassurez-vous – contre un bienveillant, jusqu’au point de non retour. Là, il redevient tel que nous le connaissons, avec toujours cette méchanceté dans le regard qui a fait son succès.

Bien sûr, lui non plus n’est pas asiatique, mais encore une fois, le maquillage est performant, et il est un Mr. Wu plus chinois que l’original.

 

Alors on savoure…

 

  1. N’oublions pas que les mariages mixtes ne sont pas très bien vus pour une grande majorité de la population américaine de l’époque… Et pas seulement dans le Sud.
Lon Chaney & Claude King

Lon Chaney & Claude King

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Drame, #Niccolò Ammaniti
Le Miracle (Il Miracolo - Niccolò Ammaniti, 2018)

 

Décidément, les ennuis s’accumulent autour de Fabrizio PietroMarchi (Guido Caprino), le Président du Conseil. Ca s’amoncelle, ou plutôt comme disait mon oncle Jean-René : « Ca s’accumoncelle. »

En effet, le pays (l’Italie, bien entendu) est à la croisée des chemins : va-t-il rester dans l’Europe ? Un referendum prochain (dans une semaine) doit répondre à cette question cruciale. Alors quand le général Votta (Sergio Albelli) requiert immédiatement sa présence, qu’il ne peut pas tout expliquer au téléphone, il s’inquiète.

Et il y a de quoi. Dans une piscine vide et abandonnée, on a trouvé une statue de ma Madone. Mais ce n’est pas tout. Elle a beau être en plastique, elle pleure, sans qu’on puisse expliquer pourquoi. Mais surtout, ce sont des larmes de sang !

Voilà déjà 600 litres qui ont été récupérés…

 

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est ce qu’a (peut-être) dû penser Niccolò Ammaniti, qui s’est entouré de quelques professionnels du genre pour créer ce Miracle télévisuel : création de l’histoire, co-scénario (avec  S. Bises, F. Manieri & F. Marciano) & co-réalisation (avec F. Munzi & L. Pellegrini), et un peu de production au début…

Le résultat : huit jours qui ébranlent l’Italie sur ses bases, mêlant politique, religion et un soupçon de truanderie.

Et en plus, c’est assez formidable !

Parce que Ammaniti a conçu la série comme un de ces romans qui mêlent plusieurs histoires semble-t-il disparates mais qui se rejoignent à un moment : le « cercle rouge » cher à Melville !

 

Pendant que Fabrizio désespère, Marcello (Tommaso Ragno) a une crise foi : prêtre, il abuse (lui aussi) des jeunes filles et s’adonne aux jeux d’argent. Mais Marcello a assisté le père Fabrizio quand ce dernier mourait, alors le Président fait appel à lui : c’est la Révélation, fini de vivre dans le pécher. Enfin presque.

De son côté, le fils ravi de Salvo (Alessio Praticò), Nicolino ramène la (très) jeune Beatrice, morte. Bien sûr, on pense que c’est le jeune garçon qui l’a tué.

Et puis il y a Sandra (Alba Rohrwacher) une chercheuse militaire dont la mère se meurt et qui se dit que le sang qui coule est peut-être vraiment miraculeux…

Bref, c’est assez compliqué, et en plus il faut ajouter les infidélités de Sole (Elena Lietti), la femme Fabrizio !

 

Mais il n’y a pas que les différents imbroglios (imbroglii ? c’est italien pourtant) de l’intrigue pour nous tenir en haleine. Le jeu des différents interprètes est à la hauteur de l’enjeu, et si la plupart sont des inconnus (pour moi), il est dommage qu’ils le restent. Tommaso Ragno est un prêtre indigne à souhait, et la façon dont Ammaniti (& C°) le présente rappelle ces courtes histoires qui basculent à la fin.

De même le jeu de la (très) jeune Sara Ciocca (Alma, la fille de Fabrizio), entre sincérité et fourberie, est d’une très grande justesse. Amenant un doute final sur son véritable rôle : maladresse ? Jalousie ?

Sans oublier Sergio Albelli, tenaillé entre le secret d’état et la volonté de révéler ce miracle peu extraordinaire. Parce que, le seul miracle qui compte, et c’est Marcello qui le dit, c’est celui de Lazare (1).

C’est d’ailleurs ce général qui aura le dernier mot, pendant le mariage de sa mère de 86 ans.

 

  1. Tous sauf Lazare est d’ailleurs le titre du second épisode.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Cédric Jimenez
Novembre (Cédric Jimenez, 2022)

 

Vendredi 13 novembre 2015.

Une journée ordinaire se termine. Et pour certains, c’est même la fête : l’équipe de France de football joue au Stade de France, et les Eagles of Death Metal au Bataclan.

C’est au SDF que tout commence : trois terroristes se font exploser pendant que le match se poursuit.

Après, ce sera un commando qui va tuer des gens en terrasse de cafés, et un dernier pour les spectateurs du Bataclan.

Au total, 130 morts et 413 blessés. Il s’agit de l’une des rares fois où l’actualité m’a fait pleurer. Que voulez-vous, je suis sensible…

Le président (François Hollande) s’exprime, pendant qu’en coulisse la police anti-terroriste s’affaire, dirigée par Fred (Jean Dujardin) et Héloïse (Sandrine Kiberlain).

 

Encore une fois, Cédric Jimenez exploite un sujet d’actualité qui, 10 ans après, n’est pas près d’être oublié. Il faut dire que cette année 2015 a été marquée par les attentats islamistes : commencée le 7 janvier avec l’assassinat des membres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher (je n’oublie pas Ahmed Merabet & Clarissa Jean-Philippe), elle se termine par une tuerie de masse.

Mais là où Jimenez est habile, c’est de ne rien montrer véritablement de l’horreur : seuls quelques victimes hospitalisées sont (à peine) montrées : juste de quoi donner quelques éléments pour l’intrigue.

 

Parce que nous sommes au cinéma, ne l’oublions pas. Dès l’ouverture, d’ailleurs, nous sommes prévenus : c’est une fiction. Inspirée de faits réels, certes, mais ce n’est pas la vérité. D’ailleurs, cela ne nous intéresse pas.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’à nouveau Jimenez rend hommage aux forces de l’ordre qui ont opéré pendant les cinq jours qui ont suivi, découpant son film avec l’intertitre « NOVEMBRE », suivi du numéro du jour.

Et si Fred& Héloïse sont identifiés comme « héros » du film, c’est avant tout le travail des gens de l’ombre qui est ici exposé : infiltrés, anonymes…

On découvre progressivement le filet tendu par cette brigade dans les milieux islamistes.

 

Mais ces héros de l’ombre restent tout de même humains. Ils doutent et surtout se trompent. C’est le cas ici d’Inès (Anaïs Demoustier, formidable elle aussi) qui fait fi de la procédure pour privilégier l’initiative personnelle, avec le risque d’annuler toute l’action. Et cette précipitation va aussi se retourner contre elle quand un témoin spontané va se présenter : la méfiance engendrée par sa première « intuition » n’est pas étrangère au temps perdu à prendre au sérieux la jeune femme (Lyna Khoudri).

 

Au final, on a un film, encore une fois très bien ficelé où les différents protagonistes ne sont pas des personnes extra-ordinaires mais bel et bien des humains, avec leurs forces, mais aussi, heureusement (?), leurs faiblesses.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #François Truffaut
La Mariée était en noir (François Truffaut, 1968)

Julie Kohler (Jeanne Moreau) se déplace. Un jour à Cannes, un autre à Biviers, ou encore dans les Alpes, à Paris…

En fait, elle traque des hommes. Cinq hommes qui lui ont volé sa vie : alors qu’elle sortait de l’église Saint-Lambert de Vaugirard, un coup de feu retentit et David (Serge Rousseau), son mari, s’écroule, mort. Ces cinq hommes, un tantinet éméchés sont responsables de cette balle perdue.

Maintenant qu’elle les a trouvés, elle les élimine, froidement, obstinément.

 

Voici certainement l’un des meilleurs films de Truffaut. Il faut dire que déjà, il ne joue pas dedans… Toujours est-il qu’encouragé par son livre sorti l’année précédente, il se met à tourner à la façon de son maître cette histoire de vengeance dans le courant de 1967. Et il reprend Jeanne Moreau, l’une des égéries de cette « nouvelle vague », cinq ans après Jules et Jim pour interpréter cette tueuse envoûtante. Envoûtante certes, mais surtout froide. Un peu trop d’ailleurs ce qui se ressent sur son jeu : univoque et uniforme. On dirait (presque) qu’elle imite la diction du réalisateur !

 

Pourtant, tout le reste est impeccable, et comme chez Hitch, ce n’est pas la recherche du coupable qui nous intéresse – d’un côté, c’est elle, de l’autre ce sont eux - ni spécialement ses motivations qui arrivent lors du troisième meurtre – Morane (Michael Lonsdale) étouffé dans le cagibi sous l’escalier – mais bien son modus operandi, et surtout si elle arrivera au bout de son œuvre ! Parce que là, Truffaut glisse une difficulté imprévue dans son parcours : Delvaux (Daniel Boulanger), comme tout bon ferrailleur qui se respecte est un truand notoire arrêté par la police juste avant sa rencontre – fatale – avec Julie.

 

Quoi qu’il en soit, ça fonctionne plutôt bien pour elle – elle tue sans remords ni regret – et pour nous – la fascination mortifère est bien là. Mais il manque tout de même quelque chose. Il n’y a que très peu de suspense. En tout cas, beaucoup moins que chez Hitch, et surtout, la tension indispensable n’est pas assez élevée.

Et je pense que c’est là que le bât blesse : le jeu froid et invariable de Jeanne Moreau freine l’intrigue et peut lasser le spectateur – j’en connais !

 

Pour ma part, j’aurais aimé qu’il s’appesantisse plus sur ces cinq hommes qui deviennent meurtriers – et complices parce qu’un seul presse la détente – par accident : que ce soit après leur fuite (1) ou au moment de mourir. Le seul qui a la possibilité de s’exprimer – et qui nous explique donc la raison des voyages de Julie – c’est encore une fois Morane, véritable personnage pivot du film. Et celui qui aurait véritablement mérité un développement plus conséquent, c’est Fergus (Charles Denner) : si Morane exprime des regrets – tardifs – sincères, Fergus a été rongé par cette épreuve au point de ne pas reconnaître cette femme dont il a – involontairement – brisé la vie.

Tant pis.

 

Au final, c’est film de très bonne facture, mais malgré tout, un Canada Dry : ça ressemble à du Hitchcock, ça a la couleur du Hitchcock, mais c’est du Truffaut (2)…

 

  1. Qui est d’ailleurs très bien rendue.
  2. Comme disait mon ami le professeur  Allen John : « un Truffal, des Truffaut. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Drame, #David Cronenberg
The dead Zone (David Cronenberg, 1983)

Quand Stephen King, maître incontesté de l’épouvante, rencontre David Cronenberg, on peut s’attendre à une rencontre au sommet : c’est le cas.

 

Castle Rock, New Hampshire.

John Smith (Christopher Walken), professeur de littérature, est victime d’un accident de la route, dû à un routier somnolent. Quand il sort du coma, cinq ans se sont écoulés. Il n’a plus de boulot, et Sarah (Brooke Adams), sa fiancée, a refait sa vie : elle est mariée et a un enfant.

S’il a (presque) tout perdu, il a quand même gagné quelque chose : en touchant quelqu’un, il peut voir en cette personne. Son passé – le docteur Weizak (Herbert Lom) – son présent – l’infirmière – et son futur – Chris (Simon Craig). Mais si le passé et le présent ne sont plus contrôlables, le futur, quant à lui, l’est : c’est ça, la « dead zone »  du titre.

 

Le rencontre annoncée était donc inévitable. Et malgré une mésentente sur le scénario – celui de King, qui a travaillé dessus à un moment, était trop violent – le résultat est plus que probant. Il faut dire que les univers de ces deux maîtres sont très compatibles. Et le résultat est là. Il faut dire que la présence de Christopher Walken est l’un des atouts du film : son sourire, qu’on avait véritablement découvert dans Voyage au bout de l’Enfer, est tour à tour une défense comme un début d’attaque.

Et là encore, un bon premier rôle n’est rien s’il n’y a personne pour le soutenir : tous d’Herbert Lom à Martin Sheen (Stillson, le politicien aux méthodes syndicales éprouvées) sont à la hauteur de l’événement. Avec en prime quelques rôles plus effacés – Sonny (Géza Kovacs), pour ne citer que lui – indispensables à l’intrigue.

Bref, Cronenberg a à sa disposition des interprètes de (haute) qualité qui lui permettent de « dérouler ».

 

Le titre français est très trompeur, parce que si les prémonitions de John, pour la plupart, sont des situations en rapport avec la mort, cette dead zone se traduirait plutôt par angle mort, comme celui des voitures auquel vous devez faire attention quand vous déboîtez ! D’ailleurs, John utilise aussi l’expression « blind spot » (= endroit aveugle) qui s’y applique tout autant.

Et ce terme (original) est très bien choisi parce que, à l’instar de cet angle mort, John n’a aucun contrôle dessus. Mais ici, il prend de plus en plus de place, comme prévu par Weizak, avec les effets néfastes que je vous laisse découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Et le choix de l’adjectif dead (mort) n’est pas non plus anodin en ce qui concerne l’intrigue, puisque la mort est toujours au rendez-vous, plus ou moins manqué.

 

Et on sent que Cronenberg a pris du plaisir à réaliser ce film. On y retrouve la dimension un tantinet fantastique inhérente à nombre de ses films, qui se marie parfaitement avec l’univers de King. Certes, le personnage principal n’est pas écrivain mais il enseigne tout de même la littérature. D’ailleurs, l’utilisation récurrente du Corbeau de Poe est là encore très pertinente.

N’ayant pas lu la nouvelle originale, je ne m’étendrai pas sur son adaptation, mais je ferai tout de même un rapprochement avec un roman postérieur du même King : 22/11/63.

A nouveau, il est question d’abattre un homme politique, mais pas n’importe qui : celui qui fut tué à cette même date à Dallas, JFK.

Ici, Stillson n’a pas la même envergure puisqu’il n’est que candidat au sénat, mais Smith va tout de même tenter d’influencer son futur, qui s’annonce franchement noir !

Je ne vous dirai pas s’il y arrive ou non, même si vous pouvez en avoir une idée aisément. Et Martin Sheen est le méchant idéal dans ce genre d’histoire : sa façon de traiter avec la presse est un exemple magnifique de sa méthode d’arriver au pouvoir (« démocratiquement »), rappelant certaines pressions syndicales comme on en trouve chez Kazan, par exemple.

Et cet aspect social est accentué par le port systématique du casque (à son effigie) et sa tenue de chantier lors de ses sorties publiques.

Et l’analogie entre les deux histoires ne s’arrête pas là. Par contre, moi si, autrement je vais vous révéler toute l’intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ken Loach
The Old Oak (Ken Loach, 2023)

Murton, Durham County, England.

2016.

Un bus amène des réfugiés syriens dans cette « banlieue » éloignée (de Newcastle ou Sunderland ?). Tout de suite, une animosité point, qui ne quittera pas le « village » dont la principale activité était la mine, tombée en désuétude voire abandonnée à partir de 1984. Et pas seulement à cause des accidents.

T.J. Ballantyne (Dave Turner), qui tient le dernier pub – the old Oak – de la ville a vu ces changements, a servi les mineurs qui sont ensuite devenus des chômeurs. Mais lui accueille ces « migrants » (comme on dit), mettant même à leur disposition – ainsi qu’à la communauté – son arrière-salle qui n’a pas servi depuis une vingtaine d’années, quand l’activité syndicale était encore une réalité et l’espoir toujours dans les yeux des travailleurs menacés.

Aujourd’hui, l’espoir a disparu et ces étrangers sont mal perçus par ceux qui, malgré eux, sont dans la même situation : pauvreté, faim et désespoir.

Mais malgré tout, il reste un tout petit peu d’espoir dans l’œil d’une nouvelle arrivante, Yara (Ebla Mari), qui arrive avec sa famille – sans son père en prison – et son appareil photo. C’est avec cet œil qu’elle veut encore voir l’espoir.

 

Est-ce le dernier film de Ken Loach ? (1) J’espère que non, mais faute de savoir, il faut le voir – et le vivre –comme si c’était le dernier. Et – encore une fois, c’est une apothéose. On y retrouve tout ce qui a constitué son cinéma, l’aspect social des relations humaines, mâtiné d’une nouvelle dose d’actualité héritée de la mondialisation : les réfugiés. Et Loach, en plus de montrer certaines similitudes entre ces nouveaux arrivants et les « Anglais de souche » (2) : la misère essentiellement entre ceux qui ont tout perdu à cause de la guerre, et les autres à cause du capitalisme débridé (merci Thatcher et les autres !). Et il semble le seul à le voir !

Tout comme il est le seul – au début en tout cas – à voir cette similitude dans le combat pour la vie qu’il va ranimer avec Yara : il faut survivre et pour cela, il faut être ensemble et, comme le dit l’un des slogans des luttes passées, « manger ensemble » !

 

Parce que manger est la préoccupation première de tous. La réouverture de son arrière-salle en cantine devient alors le véritable espoir de cette banlieue lointaine qui l’est encore plus depuis que l’Etat s’en est retiré. Certes, nous sommes au nord-est de l’Angleterre, mais la situation ainsi que l’architecture des maisons rappelle des situations similaires dans le Nord de la France, ces Hauts-de-France que l’Etat français a peu à peu abandonné, diminuant progressivement les services publics comme peau de chagrin. Alors cette histoire de solidarité devient universelle, et Loach, malgré tout veut croire à cet espoir essaimé par Yara et TJ.

Et cet espoir va un tantinet à l’encontre de la tendance communautariste qui s’implante un peu partout dans l’Angleterre : c’est parce qu’on se tourne vers les autres, qu’on partage et qu’on est TOUS ensemble que les choses peuvent changer.

 

Mais la route est longue et semée d’embûche pour y arriver – si jamais on y arrive. La première difficulté est bien sûr la xénophobie qui s’exprime par un racisme plus ou moins ordinaire : « je ne suis pas raciste mais… » est là encore proféré, et s’il n’est pas question « étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche » (3), c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de pain !

Et cette situation de misère (cachée) est très bien exposée lors du premier repas servi dans cette cantine névralgique : le jeune Max (Alex White) prend son repas dehors, à l’abri des regards, parce qu’on a sa fierté, tout de même.

Et TJ exprime magnifiquement son geste : ce n’est pas de la charité, mais de la solidarité ! Ce que ses « amis » (4) du pub ne comprennent pas, regardant ces étrangers par le petit bout de la lorgnette et ne voyant en eux que des terroristes musulmans.

Et puis il y a les images. Loach a choisi des teintes grises qui donnent à son film une impression constante de noir et blanc, contredite sporadiquement par les pantalons en jean (5) ou encore les rares carrés d’herbe encore présents dans cet environnement urbain. Ces teintes colorées sont de (trop) rares bouffées d’oxygène dans cet univers de désespoir. C’est avant tout dans les couleurs qu’il faut donc trouver l’espoir qui manque à tous ces gens.

Et Loach va utiliser cela avec beaucoup de maîtrise réservant la plupart du temps les séquences colorées pour ces étrangers : à l’instar de l’œil de Yara, ils sont l’espoir pour cette communauté qu’ils viennent intégrer.

 

  1. A chaque fois, c’est ce qu’il annonce. Il a maintenant 88 ans, ça se pourrait bien.
  2. L’un d’eux, raciste notable violent, se prénomme Rocco (Neil Leiper)…
  3. Autre antienne nauséabonde fréquente dans certains pubs anglais et cafés français…
  4. « Clients » devient une acception plus juste alors, pour ces gens-là…
  5. Textile ouvrier s’il en est !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mary Harron
American Psycho (Mary Harron, 2000)

Patrick Bateman (Christian Bale), 27 ans, vie saine est l’un des directeurs d’une grande firme. Tout va très bien pour lui… Le jour. La nuit, c’est autre chose : son visage n’a plus aucune humanité et les êtres vivants qu’il croise une espérance de vie très limitée.

Il tue sans discernement, hommes femmes et animaux. Sans discernement ni remords, ni regret.

Un psychopathe de la pire espèce.

Et comme tous les psychopathes, un désir plus ou moins conscient de se faire arrêter.

Alors quand il tue son collègue Paul Allen (Jared Leto) et qu’un enquêteur (Willem Dafoe) vient l’interroger…

 

Attention ! Eléments de résolution d’intrigue…

 

Terrible.

Christian Bale incarne ici avec beaucoup de maîtrise un phénoménal méchant. Personnage lisse le jour, complexe la nuit, il confirme l’idée qu’un psychopathe peut être n’importe qui, et ne ressemble à personne. Aucune distinction spéciale. Et le jeu très sobre de Bale accentue cet état de fait.

Et le fait qu’il soit le narrateur de cette histoire épouvantable ajoute beaucoup à son personnage. C’est sa réalité que nous suivons. Mais il n’y a nulle forfanterie dans son discours : les choses arrivent, un point c’est tout.

Malgré tout, son anormalité perce sous ses dehors proprets : son agressivité – naturelle – ressort, même si elle n’est que sporadique, voire illusion. En effet, les premiers « décrochages » de Bateman semblent irréels : menace de mort directe dès qu’une contrariété point.

 

Et la fin qui nous est proposée est dans la lignée de cette irréalité éventuelle. Nous sommes au point d’intersection de La Barbe bleue et Massacre à la tronçonneuse : d’un côté la découverte des corps des femmes assassinées par Bateman, ensachées et pendues dans ce qu’on pourrait appeler alors un cabinet ; de l’autre un Bateman nu qui lui court après, brandissant une tronçonneuse vrombissante.

Un véritable cauchemar à la puissance deux !

 

Et c’est là qu’est le talent de Mary Harron. Ressuscitant les années Reagan (ce dernier fait un caméo d’archives : il a alors 88 ans quand le film sort) et ses yuppies toujours à l’affût de la dernière tendance et du dernier gadget – les cartes de visite en sont un très bon exemple. Bateman brasse tellement d’argent qu’il est de plus en plus déconnecté d’une réalité qui lui est même étrangère, voire répugnante (les pauvres), que cela exacerbe ses besoins les plus inavoués – et en même temps inavouables : il tue parce que.

Mais tue-t-il vraiment ?

En effet, si nous assistons à l’exécution de Paul Allen – avec une hache étincelante – on peut tout de même se demander si tout ne relève pas de l’autosuggestion. Après le cauchemar au carré (voir plus haut), tout ce passe comme si rien ne s’était passé : Allen n’est plus là, mais tout le reste non plus. Pire, l’un des protagonistes soutient mordicus avoir déjeuné avec lui peu de temps auparavant (après sa disparition).

 

Alors que croire ? Qui croire ? Celui qui raconte – Bateman – ou celle qui nous raconte (Mary Harron, associée à Guinevere Turner pour le scénario) ? Les deux ?

Quant à son agenda, il ne nous éclaire pas tellement plus, sinon que Bateman aime dessiner…

Bref, nous ne sommes pas plus avancés et pour une fois, il n’y aura pas de rédemption. De toute façon, un personnage aussi inhumain peut-il (doit-il ?) être sauvé ?

Enfermé, certainement !

 

Brillant !

 

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