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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

drame

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Docu-Fiction, #Drame, #Boris Lojkine
L'Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024)

Il s’appelle Souleymane Sangaré (Abou Sangare).

Il vient de Guinée Conakry.

Il est né le 17 août 1999.

Il travaille comme livreur de nourriture sur un vélo.

Il a fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

Il apprend consciencieusement l’histoire qu’il va leur servir pour pouvoir rester en France.

 

Trois jours, deux nuits d’un sans papier en France, c’est le pari (réussi !) de Boris Lojkine qui continue le travail commencé dix ans plus tôt avec Hope, qui voyait deux jeunes hommes traverser une partie de l’Afrique pour venir en Europe.

Cette fois-ci, Souleymane est déjà arrivé en Europe, et il travaille – clandestinement –pour s’assurer un (tout petit) minimum vital et préparer sa demande d’accueil. Parce que i Souleymane est aidé par Barry (Alpha Oumar Sow), ce n’est pas par philanthropie : ça coûte cher. Et Barry ne se prive pas d’en abuser puisqu’il reçoit plusieurs personnes en même temps, leur accordant tout juste un minimum de temps.

 

Nous assistons d’ailleurs à une de ces séances où une jeune femme raconte son expérience : mariée de force à un homme qui l’a violée – il faut consommer le mariage – elle est rejetée par sa famille puisque maintenant elle appartient (le terme n’est pas usurpé du tout) à son mari. Mais c’est rétrospectivement qu’on s’interroge sur ce récit : en effet, la situation qu’elle décrit est sordide et injuste, mais comme Barry a déjà élaboré l’histoire de Souleymane (celle du titre ?), qu’en est-il de celle de cette jeune femme ? A-t-elle réellement vécu tout cela ? Seule son hésitation à parler devant les autres joue en sa faveur, ainsi que son « aisance » (1) à en parler, mais le doute subsiste…

 

C’est donc une errance- surtout la deuxième nuit) que nous allons suivre, celle qui précède son « examen » : une sorte de « grand oral » sur lequel va se jouer – comme d’une certaine manière pour les candidats au baccalauréat – son avenir. Mais à la différence des élèves, s’il échoue, il n’y aura pas de rattrapage !

Souleymane va donc passer ces (presque) trois jours à apprendre une histoire, tout en sillonnant Paris pour livrer – le plus vite possible – des repas à vélo, avec les dangers que cela peut représenter.

Et Boris Lojkine le suit, non pas caméra au poing comme on pourrait l’imaginer dans un docu-fiction, mais avec une caméra toujours stable, et malgré tout au plus près.

Et surtout sans musique ! Ainsi les péripéties que va vivre Souleymane ne sont pas parasitées ou même d’une certaine manière commandées par un élément extérieur : à aucun moment on n’est distrait de cette histoire terrible et banale (2), voire terriblement banale !

 

Alors on suit avec empathie l’odyssée de Souleymane qui se poursuit : après son périple africain, le Parisien n’en est pas plus simple : entre la circulation dangereuse (euphémisme), les accidents, les récriminations des clients et les restaurateurs un tantinet racistes (3) et le temps qui joue contre le jeune homme. Et tout ça pour être exploité par un autre jeune homme pas tellement plus âgé que lui : au mieux il lui cède un tiers (un fixe hebdomadaire) de ses émoluments, mais ça doit plus souvent ressembler à la moitié…

Bref, une forme d’esclavage moderne qu’on peut croiser tous les jours dans la rue, et pas seulement à Paris…

 

Et puis il y a l’histoire qui donne son nom au titre. C’est très certainement cette histoire qui a valu à Abou Sangare son prix d’interprétation à Cannes : elle est aussi terrible qu’elle est magnifiquement interprétée. Et là encore, elle est certainement d’une banalité affligeante pour qui regarde de loin tout cela. Parce qu’elle est tout sauf  banale : celle d’un homme qui a souffert, qui souffre et qui souffrira encore.

C’est l’histoire de la misère humaine, à peine arrangée pour le cinéma.

Le cinéma, c’est la vie, même aussi quand elle n’est pas belle.

 

Merci Boris Lojkine pour ce superbe film.

Et merci aussi à tous ceux qui ont y contribué : interprètes et techniciens.

 

  1. Son débit de parole, ses silences et ses hésitations ne semblent absolument pas feints.
  2. Si pour Souleymane elle ne l’est pas, pour le spectateur, sans pour autant user de  mépris, elle l’est d’une certaine façon : tous les jours, de jeunes gens vivent cette même expérience, sans qu’on en parle…
  3. Celui qui nous est proposé est criant de vérité et haïssable à souhait : c’est Boris Lojkine lui-même qui l’interprète (rôle de composition, cela va sans dire !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker: Folie à deux (Todd Phillips, 2024)

Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est en prison depuis deux ans. Il est temps qu’il soit jugé.

Jugé pour cinq meurtres (dont deux avec préméditation), commis en novembre 1981.

L’opinion publique est partagée :

  • d’un côté c’est un criminel qui doit être puni (de mort), comme le pense le procureur Harvey Dent (Harry Lawty) ;
  • de l’autre c’est un schizophrène qui est dominé par son double sombre : le Joker ? C’est ce que veut montrer son avocate Maryanne Stewart (Catherine Keener).

Mais que pense donc Arthur Fleck, de ce procès, et surtout de ce qu’on pense de lui ? Est-il réellement ce malade ou joue-t-il la comédie ?

 

Il est clair que la fabuleuse performance d’Heath Ledger dans le film de Christopher Nolan (The dark Knight) a fait du tort (rétrospectivement) au deuxième opus de Todd Phillips. En effet, Ledger avait réussi à donner à son personnage une méchanceté exacerbée doublée d’une froideur adéquate : de l’essence de méchanceté.

Alors quand Joaquin Phoenix apparaît, amaigri et voûté, on ne retrouve aucune dose de la superbe attendue de ce personnage. Mais quand on voit le sort qui lui est réservé par les gardiens – dont l’ignoble Jackie Sullivan (Brendan Gleeson) – on en devrait pas être très étonné de le voir ainsi : la prison détruit les êtres. Et il ne reste plus grand chose de celui qui fit trembler Gotham City.

 

Mais surtout, le Joker n’est rien d’autre qu’un type minable qui a voulu attirer l’attention sur lui, avoir son quart d’heure de célébrité warholienne. Et ça a tellement bien marché que soin procès à venir est qualifié « du siècle » : un moment historique.

Un moment historique pour un homme qui n’est rien d’autre qu’un pauvre type. Mais malgré tout, pas n’importe quel pauvre type : il est bien clair qu’il n’est pas normal. Et son rire – inextinguible – en est une preuve absolue.

 

Et Todd Phillips ne perd jamais de vue l’aspect mineur de son personnage, tout en le filmant en ayant toujours en tête la chanson de Que le Spectacle commence (The band Wagon – Vincente Minelli, 1953) : That’s Entertainment. Nous en avons d’ailleurs droit à une diffusion télévisuelle dans ce film, dès le début, afin que le spectateur n’oublie jamais cet élément.

Dès lors, tout, pour Fleck, sera prétexte à un spectacle, jusqu’à son procès où, après un coup de théâtre, il va se défendre lui-même, maquillé comme il se doit. Ce procès devient alors un véritable spectacle, surtout qu’il est diffusé – là encore – en direct à la télévision : encore une fois, une tribune pour notre personnage.

 

Et cette référence est aussi reprise dans la forme du film qui devient donc une tragédie musicale, ou tout du moins un drame musical, avec les références obligées au genre hollywoodien. Après Jacques Audiard, c’est donc Todd Phillips  qui s’essaie au genre, et qui, à son tour s’en sort plus qu’honorablement. La musique habite le film autant que les deux personnages principaux, voire le gardien Sullivan : c’est lui qui favoriser la rencontre entre les deux principaux protagonistes en inscrivant Fleck à la chorale de l’établissement psychiatrique et pénitentiaire. Mais il nous y prépare avec la première séquence qui voit Fleck aller voir son avocate. Un plan en vue du dessus nous prévient : les parapluies (1) noirs des gardiens ont chacun pris une couleur pendant que Fleck se gorge de la pluie, seul élément extérieur qui lui est alors permis.

 

Et nous allons continuer à faire des aller-retour dans cette tête cassée (moralement), qu’il soit seul ou en couple, avec celle qu’il a rencontrée en allant chanter : (Har)Lee Quinzel (Lady Gaga). L’alchimie fonctionne (presque) tout de suite, et amène les seuls moments de joie du film : leur vie devient un véritable spectacle et Phillips accentue cet aspect jusqu’au bout.

L’arrivée de Fleck au procès est une véritable entrée en scène avec des projecteurs directement braqués sur lui. De la même façon, une émeute dans le réfectoire amène une procédure d’alarme où les gardiens, sans le vouloir, mettent plein feu sur les prisonniers, surtout que certains d’entre eux sont debout sur les tables, donnant la dimension show de cet incident violent.

Et la dernière rencontre entre Lee et Arthur est très certainement la plus belle et la plus spectaculaire, scellant définitivement le destin de ces deux personnages hors du commun.

 

Dès lors, la fin nous ramène au début : Arthur Fleck a toujours été un minable et le restera jusqu’au bout.

 

  1. Chantons sous la Pluie, encore et toujours !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mohammad Rasoulof
Les Graines du figuier sauvage (Danaye anjir-e moabad - Mohammad Rasoulof, 2024)

 

1er avril 1979 : Mise en place d’un régime théocratique islamiste en Iran.

16 septembre 2022 : Mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs iranienne pour « port de vêtements inappropriés ».

 

Iman (Missagh Zareh) est un bon musulman. Fonctionnaire pour la Justice depuis vingt ans, il vient d’accéder au poste d’enquêteur, qui correspond à peu près à ce que nous appelons juge d’instruction. Il n’est plus qu’à une marche de réaliser son rêve : devenir juge à part entière.

Mais cette nouvelle fonction exige de la discrétion, voire de l’anonymat : Iman l’apprend à ses dépens quand il doit signer l’ordre d’exécution de la peine capitale contre un homme, sans avoir consulté son dossier. Parce que ces enquêteurs ne sont ni plus ni moins que des bourreaux par contumace, aux ordres du pouvoir.

Alors Iman est armé, on ne sait jamais. Malheureusement pour lui, son arme disparaît.

Va alors se développer un climat de suspicion à l’intérieur de sa famille : qui a volé le pistolet ? Sa femme Najmeh (Soheila Golestani) ? Ses filles Rezvan (Mahsa Rostami) ou Sana (Setareh Maleki) ? Quelqu’un de jaloux qui veut le détruire ?

Et tout ça se passe après le 16 septembre 2022…

 

Impressionnant. Fort. Superbe.

Tels sont les trois qualificatifs qui me viennent à l’esprit au sortir de ce film bouleversant, qui mêle avec brio les images véritables de ces événements et certaines reconstitutions. A l’instar des véritables protagonistes de cette tragédie (1), on ne ressort pas indemne de cette extraordinaire réalisation de Mohammad Rasoulof. Il y a une authenticité puissante, quand il dénonce les différents agissements de ce pouvoir vacillant (2), et surtout la violence exercée par la police (officielle ou non !).

Bien sûr, Rasoulof n’est pas passé inaperçu avec ce film, surtout que le Festival de Cannes l’a retenu (3) pour sa programmation et son palmarès : il a été condamné à 8 ans de prison en janvier dernier. Heureusement, il a réussi à fuir son pays pour présenter son film.

Quand y retournera-t-il ?

Et ce film, c’est aussi la description d’un éveil (partiel) de la jeunesse face à un système qu’elle n’a pas choisi et qui se retrouve persécutée par des extrémistes au nom d’un Dieu qui, semble-t-il, est amour lui aussi.

 

Mais cette prise de conscience a d’autres effets qui affectent directement cette famille centrale. La société est-elle en train d’exploser ? Peut-être, mais ce qui est certain, c’est que cette famille part en morceaux depuis qu’Iman a signé le premier ordre : on peut presque dire qu’il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment !

En effet, la mort de Mahsa Amini entraîne la dislocation de sa famille, du fait de l’entêtement du père et de ses filles : la volonté d’émancipation et de liberté des unes et l’obscurantisme religieux de l’autre.

Et au milieu, la femme, qui est aussi mère.

Femme soumise à ce mari agréable qui gagne quand même bien sa vie, et mère de deux jeunes filles intelligentes qui l’aiment en retour. Bref, la mère d’une famille parfaite (3).

 

Et Rasoulof va prendre son temps (2 h 48 qu’on ne voit pas passer) pour montrer cette désagrégation inexorable, qui s’accélère même temps que celle que vivent les étudiants (et les autres) dans la rue. Iman s’enferme dans le dogme et se cache derrière l’Etat, pendant que ses filles commencent à regimber et remettre en question son autorité.

Et l’élément du destin, la disparition du pistolet va précipiter la destruction de la famille, jusqu’à un point de non retour. Et l’habileté (encore une fois) de Rasoulof, c’est la façon qu’il a de montrer Iman, qui n’apparaît pas – au début tout du moins – comme un intégriste, voire exalté. AU contraire, on peut ressentir une certaine sympathie pour ce bon père de famille qui fait tout pour mettre les siens à l’abri du besoin.

Mais quand il accepte de signer la première fois (ce que nous ne voyons pas), il met le doigt dans l’engrenage et ne peut plus se retirer, s’enfonçant toujours plus loin dans l’infamie. Parce qu’une fois qu’on a goûté au sang, on a envie d’y revenir. C’est bien connu, c’est la première fois qui est la plus difficile pour tuer quelqu’un. Parce que, en signant, même sous couvert d’une autorité, c’est tout de même la mort qu’on décide pour quelqu’un.

 

Alors on commence à douter de cet homme qui nous paraissait tout de même sympathique. Et quand son nom est publié (4), la fuite dans la maison familiale va sceller le destin de cette famille, montant encore d’un cran le degré de désagrégation, et surtout de violence.

Jusque là, la famille avait été à peu près épargnée – à part Sadaf (Nioushka Akhsti), l’amie de Rezvan qui reçoit une décharge de chevrotine avant d’être arrêtée (et tuée ?) – par la violence institutionnelle. Mais une fois la famille seule dans ses murailles (la propriété est fermée par un grand mur), Iman révèle sa vraie nature, celle du régime : les femmes sont mauvaises.

Mais, heureusement pour elles, les trois qui nous intéressent vont réussir à s’en sortir : à quel prix, certes, mais surtout, pour combien  de temps ?

 

La force du film de Rasoulof s’appuie certes sur les véritables témoignages, mais aussi, il a à sa disposition un quatuor d’interprètes phénoménal. Il y a une grande dose d’authenticité dans leur jeu. On y croit sans problème, et si on est époustouflé par le duo Rostami/Zareh qui sont admirables, il ne faut pas négliger la part de Setareh Maleki dans cette interprétation collective : bien sûr, elle est un tantinet en retrait, mais elle est aussi plus jeune et son éveil sera différent, sans être toutefois moindre. Quant à Soheila Golestani, sa prestation de cette femme « comblée » qui s’éveille elle aussi est là encore admirable. Son personnage évolue plus lentement que ses filles, mais une fois ses yeux dessillés, elle ne peut plus accepter aveuglément comme avant. Comme les autres femmes.

 

Et si la fin n’en est pas vraiment une – peut-il en être autrement ? – les dernières images – authentiques là encore – nous permettent d’espérer.

Vraiment ?

 

PS : a priori, il n’y a pas que moi qui ai vu une référence à Shining

 

  1. Qui malheureusement se poursuit…
  2. Un pouvoir qui est remis en question par la rue est naturellement vacillant…
  3. On peut déplacer cet adjectif dans la phrase…
  4. Avec adresse, etc.
Mahsa Amini (2000-2022)

Mahsa Amini (2000-2022)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Justice, #David Dobkin, #Robert Duvall
Le Juge (The Judge - David Dobkin, 2014)

Carlinville, Indiana.

Une ville où la seule chose dont on a envie, c’est d’en partir. Alors y aller, vous pensez bien…

Quant à y rester…

C’est pourtant ce qui va arriver à Henry « Hank » Palmer (Robert « Iron man » Downey Jr.) : parti (bien assez tôt) pour Chicago où il est un avocat de la défense brillant et un tantinet cynique, il apprend que sa mère vient de mourir.

Il retourne donc là-bas retrouver ses frères Glen (Vincent «  Whale » D’Onofrio) et Dale (Jeremy Strong), et surtout son père Joseph (Robert Duvall), qui l’accueille poliment.

Mais une fois l’enterrement fini et la nuit passée, l’information tombe : un homme a été retrouvé mort sur la route, renversé par une voiture. Et cette voiture porte les marques de l’accident, ainsi que le sang de la victime : c’est celle de Joseph, le juge de Carlinville depuis 42 ans.

Hank décide alors de défendre son père… Qui refuse !

 

Bien sûr, au final, le juge va accepter la présence de son fils à ses côtés. Ce n’est pas là le plus intéressant. Ce qui ressort, c’est avant tout la relation entre ce père et ce fils qu’il a aimé et qui aurait pu mal tourner. Encore qu’on peut se demander si pour Joseph, Hank n’aurait pas mal tourné finalement… Et évidemment, il n’en est rien : Hank va évoluer et retrouver ce père qu’il a toujours aimé, même s’il ne le savait plus. Mais Hank n’est pas le seul à changer : son père aussi, ce qui était là aussi prévisible.

 

Alors laissons le prévisible de côté, et regardons le reste : avec ce film, David Dobkin réussit à allier une affaire judiciaire et des éléments comiques qu’on attendait, surtout dans une telle intrigue. En effet, si l’histoire de ce juge amnésique (il ne sait pas s’il a vraiment écrasé ce type) est assez sombre, mais la présence de Robert Downey Jr., sans cesse affrontant ce père qui lui est devenu étranger, est des plus réjouissante : son cynisme s’effaçant progressivement pour laisser place à celui qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : le fils de Joseph.

Alors oui, nous apprenons les raisons qui ont fait que ces deux forts caractères s’éloignent, sans pour autant qu’il y ait de véritables reproches verbalisés. Et c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’ils se sont éloignés : trop de non-dits.

 

Qu’importe, ils sont à nouveau réunis et vont faire front ensemble, non sans heurt – ce qui était aussi prévisible. Et Dobkin nous montre le changement qui s’effectue entre ces deux hommes qui n’osent avouer qu’ils s’aiment, ou tout du moins se sont aimés, mais chacun, à sa manière va se rapprocher de l’autre, subtilement (encore que, le coup de la salle de bain…), et durablement.

Et si Downey & Duvall sont formidables, c’est aussi parce qu’autour d’eux, la distribution est à la hauteur de la rencontre. Vincent d’Onofrio est encore une fois impeccable, dans le rôle du grand frère – seulement en âge – et Jeremy Strong, en benjamin simplet – voire autiste – est lui aussi magnifique. La naïveté de Dale est touchante et comique à la fois, sans toutefois tomber dans l’excès. Et la dernière recommandation de Joseph qu’il reçoit en dit beaucoup plus long sur la relation qu’il a – ou montre – avec lui.

 

Et les femmes ? Elles ne sont pas nombreuses à avoir un r^pole important : outre la femme de Glen (Tamara Hickey) qui n’a qu’un rôle décoratif, elles sont trois.

Mary (Catherine Cummings), la mère qui vient de mourir, et qui, de ce fait va être une dernière fois (la bonne ?) la rassembleuse de cette famille un brin désorientée.

Mrs. Blackwell (Grace Zabriskie), la mère de la victime, accusatrice et effondrée, mais pas très claire tout de même.

Et enfin Samantha Powell (Vera Farmiga), ex petite amie de Hank, qui a eu une fille neuf mois après son départ (presque définitif). Cette relation, en plus de la certaine ambiguïté qu’elle pose (autre ressort comique), est aussi un élément dans l’évolution de Hank, voire le dernier argument quant à son avenir…

 

David Dobkin signe ici un film très équilibré où le tragique et le comique sont intimement liés, et où l’amour familial s’exprime bizarrement, voire aléatoirement, amenant une touche de complicité et de tendresse entre ces deux hommes qui n’avoueront jamais leur amour réciproque, sauf quand il sera (là encore presque) trop tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Werner Herzog
Les Nains aussi ont commencé petits (Auch Zwerge haben klein angefangen - Werner Herzog, 1970)

 

C’est le chaos dans le centre de redressement.

L’éducateur (Paul Glauer) a enfermé Pepe (Gerd Gickel) et l’a attaché sur une chaise : c’est lui qui mène habituellement ses co-détenus. Ces derniers sont furieux et, profitant de l’absence du directeur, mettent à sac le centre, essayant de pénétrer dans les locaux pour libérer leur ami et, par la même occasion, s’occuper de ce même éducateur.

Ce dernier menace d’appeler la police à la rescousse, mais comme les autres ont coupé les télécommunications…

J’oubliais : tous ces protagonistes sont des nains.

 

Pour un deuxième long métrage, Herzog ne fait pas dans la dentelle. Bien sûr, on pense à Freaks, mais pas longtemps, parce que le contexte n'a rien de commun, et ce même si la différence est présente. Encore que : la seule personne extérieure au centre est une femme en voiture qui s’est perdue et demande son chemin : elle aussi est naine !

Mais si tous ces gens sont des nains, l’espace dans lequel ils évoluent (?) est le monde des gens normaux, c'est-à-dire avec une taille standard. Et cette différence entre les personnes et leur décor est importante voire pertinente dans certains cas : l’utilisation de magazines par l’éducateur pour être plus haut aura son écho pendant le mariage de Hombré (Helmut Döring), par exemple.

 

Mais ce qui choque véritablement, c’est l’attitude de ces singuliers pensionnaires, encore que motivée par celle de l’éducateur envers Pepe. Il y a une violence verbale et physique dans ce centre. Verbale entre l’éducateur et les autres, physique entre les pensionnaires entre eux, surtout avec Chicklets (Hertel Minkner) et Azucar (Erna Gschwendter), qui en plus sont aveugles et vivent de l’autre côté des bâtiments.

Et puis aussi leur cruauté, surtout exprimée envers les animaux. Les cochons, les poules, le singe et le dromadaire subissent la violence des nains qui, d’une certaine façon se vengent de l’institution sur eux.

Avec en prime une critique de la religion, quand ils passent en procession suivant la Sainte Croix sur laquelle est crucifié le singe !

 

Bien sûr, le fantôme du passé nazi est présent, et ces cruels révoltés en sont rien d’autre que le reflet de ce qu’est l’institution envers eux. Seule la violence est utilisée : par l’éducateur dans sa solitude en insultant les pensionnaires et en les menaçant ; par les autres envers les animaux et les objets, et en particulier la camionnette.

La camionnette, à sa façon, symbolise cette institution qui n’a pas l’air de beaucoup redresser ses résidents. Certes, ce sont tous, à l’origine, des criminels ou tout du moins des délinquants. Mais cela autorise-t-il à mal se comporter avec eux ? Et cette camionnette va subir toute la colère et le déchaînement des nains. Après l’avoir fait tourner en rond, ils la bombarderont de divers projectiles avant de la terrasser définitivement.

 

Et puis ça rit.

Tous (sauf l’éducateur, bien évidemment) rient à longueur de film. Ils rient de leur supériorité par rapport à ce même éducateur ; ils rient du « mariage » de Hombré ; ils rient de leur liberté qui s’exprime par la création de ce chaos. Ils se rient des deux aveugles en les tourmentant continuellement. Sans oublier Pepe qui, quand il ne somnole pas, se rit de son geôlier occasionnel.

Les seuls qui ne rient pas sont les deux aveugles qui, en plus, ne disent pas un mot : chacune des incursions des autres dans leur monde de ténèbres devient un grand moment de silence, parfois ponctué par un élément de référence pour ces deux-là : leurs bâtons bien sûr, mais aussi les pots qu’ils utilisent pour jouer. Les autres sont alors les plus silencieux possible, jusqu’au moment où les deux aveugles se rendent compte de la présence de leurs ennemis et agitent leurs bâtons autour d’eux, espérant en toucher un au passage.

 

Enfin, il y a la bande-son. Régulièrement, nous entendons ce qui ressemble à des chants traditionnels du lieu (le tournage a eu lieu sur l’île de Lanzarote aux Canaries) : on pourrait alors imaginer un paradis tropical (ou presque), mais il n’en est rien, surtout quand sont évoqués l’aridité du paysage (champ volcanique), et surtout l’enfer que vont créer tous ces gens.

Les voix aussi créent cette atmosphère infernale : ces nains sont de véritables démons, et leurs voix, presque irréelle, donnent un plus grand sentiment de malaise (rappelez-vous Harry Earles dans Le Club des trois (Jack Conway, 1930), accentuant par là même l’aspect démoniaque de ces petites personnes.

Et cette bande-son pas toujours très agréable à entendre se coupe parfois, laissant seuls les objets s’exprimer, ou l’air siffler le long des bâtons des aveugles.

 

Un  film terrible… Dans tous les sens du terme !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Matthias Glasner
La Partition (Sterben - Matthias Glasner, 2024)

La partition dont il est question dans le titre français, c’est celle de Bernard (Robert Gwisdek), un compositeur exigeant et dépressif. Cette partition va bientôt être présentée à Berlin, dirigée par son ami Tom Lunies (Lars Eidinger).

Son titre (et celui du film en VO) : Sterben. Mourir. Tout un programme, me direz-vous. Mais c’est aussi le thème central de ce film rempli d’émotions (contrastées) et où malgré tout la vie l’emporte finalement.

 

Mais reprenons.

Les Lunies sont une famille très ordinaire. Ordinaire parce que certainement pas modèle. Les parents sont âgés et victimes de maladies, les enfants ont leurs propres problèmes et se sont éloignés de ces mêmes parents. Avec un père, Gerd (Hans-Uwe Bauer), atteint de la maladie de Parkinson et la mère, Lissy (Corinna Harfouch), qui a un cancer de l’utérus, on comprend que les enfants soient éloignés. Encore qu’on peut imaginer qu’ils les soutiennent un tantinet.

Seulement voilà, Tom n’aime pas sa mère qui le lui rend bien, et Ellen (Lilith Stangenberg) daigne seulement se déplacer pour son père, les deux autres ne l’intéressant pas.

Et puis le père meurt.

Et la partition ne convient toujours pas à Bernard.

 

Magnifique.

Mathias Glasner réussit le pari de réaliser un film de plus de trois heures (183 minutes) sans jamais lasser son public, sublimant des relations humaines plutôt compliquées, le tout accompagné d’une grande dose d’émotions sans jamais tomber dans le piège du pathétique. Bravo !

En effet, nous sommes dans une histoire qui est tout à fait banale où un personnage principal se retrouve piégé dans des situations complexes qu’il ne peut pas vraiment contrôler.

En effet, Tom :

  • aime son père mais déteste sa mère ;
  • aime son ami (son « partner ! ») Bernard mais déteste son intransigeance artistique qui tourne à l’obsession ;
  • aide son ex-compagne Liv (Anna Bederke) à accoucher et se partage la paternité de l’enfant avec son père biologique Moritz (Nico Holonics) ;
  • aime bien sa sœur mais déteste son alcoolisme ;
  • vit une relation amoureuse compliquée avec Ronja (Saskia Rosendahl).

Et encore, je prends le point de vue de Tom parce qu’il est le personnage central de l’intrigue, mais on pourrait faire la même chose avec chacun des membres de cette famille.

 

Parce que Mathias Glasner s’intéresse à chaque membre de cette famille dont le seul lien est le père, magnifiquement interprété par Hans-Uwe Bauer : sans jamais forcer le trait, il campe un homme malade dans son corps autant que dans sa tête, tout en montrant des signes qu’elle fonctionne encore très bien (la visite hypothétique de sa fille).

Les trois autres membres sont donc beaucoup plus complexes, parce que conscients plus longtemps. Et Glasner fractionne son film en chapitre qu’il interpénètre de situations communes. Nous avons donc plusieurs fois une même information, mais d’un point de vue différent, révélant en image une autre réalité qu’il ne nous était pas possible d’entrevoir autrement : il en va de même quand on téléphone à quelqu’un, l’absence d’expression du visage ne nous permet pas de toujours comprendre ce que veut dire son interlocuteur.

 

Et puis il y a les confrontations.

Entre les enfants et leur père, véritable pilier rassembleur de cette famille (encore que…), bien sûr. Puis entre les deux enfants. Elle est bien sûr inévitable, mais Glasner la rend obligatoire pour chacun d’eux parce qu’involontaire : c’est Sebastian (Ronald Zehrfeld), compagnon du moment d’Ellen, qui va les faire se retrouver deux fois. La première fois inopinément, puisqu’il s se croisent dans un entre commercial. Là, déjà, on ne sent aucun véritable enthousiasme entre eux. Mais la seconde entrevue – la représentation de la partition de Bernard – tourne au fiasco : l’attitude d’Ellen, plus ou moins consciente exprime un acte manqué formidablement réussi.

Mais c’est entre le fils et la mère que se situe la confrontation la plus importante. La mort du père seule pouvait amener ce point culminant de tension. Parce que nous sommes au moment le plus tragique du film, et les robinets de la conscience s’ouvrent, déversant un fiel que d’aucuns trouveraient salutaire.

Ce dialogue nous éclaire complètement sur les différentes relations dans cette famille, mais surtout sur l’attitude générale de Tom, (in)volontairement froide et distante. Ce que se disent les deux protagonistes est incroyablement dur, mais totalement compréhensible : ils sont pareils et leurs défauts qu’ils perçoivent dans l’autre les font se détester ou tout du moins ne leur permettent pas de s’aimer.

 

Et malgré cette noirceur relationnelle ambiante, le film est, comme annoncé plus haut, rempli d’émotions. La musique de Lorenz Dangel y est pour beaucoup : elle nous amènent deux moments de grâce suberbes, quand Tom exécute la partition de Bernard en répétition et en concert, donnant alors doublement toute la dimension à son titre. Le moment de suspend qui suit cette exécution, qui nous renvoie même à la citation de Guitry (1), prend même une dimension mystique très bien exprimée par le visage de Tom.

Mais cette accumulation grave n’empêche pas quelques envolées comiques, essentiellement provoquées par Ellen (et son alcoolisme, amenant plus qu’un sourire au spectateur : entre l’auto-arrachage de dent (Sebastian est dentiste) et la quinte de toux qui génère pendant le pianissimo de l’ouverture de la partition, les différents éléments émaillent cette intrigue dramatique sans pour autant la perturber. Encore un exemple de dosage réussi.

 

Et enfin la mort, inévitable si on en croit le titre original. Elle frappe trois fois, et nous est présentée de façons différentes. Celle de Gerd tout d’abord, terrassé sous nos yeux par la maladie, plutôt violemment. Puis celle de Bernard, volontaire et assumée, amenant l’un des rares gestes d’amour de Tom envers quelqu’un. Cette mort est très certainement la plus belle du film, même si on n’en voit que le résultat : elle donne alors une dimension absolue à l’œuvre du compositeur, interprétée (réellement ?) avec énormément de sensibilité par la violoncelliste Saerom Park (Mi-Do), dernière compagne de Bernard.

 

Bref. Un véritable chef-d’œuvre.

 

  1. « Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bertrand Tavernier
L'Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier, 1974)

[Une fois n’est pas coutume, de véritables morceaux de la résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce qui suit. Lisez à vos risques et périls...]

 

L’horloger, c’est Michel Descombes (Philippe Noiret. Et Saint-Paul, c’est un quartier de Lyon où il habite.

Nous sommes au début des années 1970, quand on ne mettait pas sa ceinture de sécurité en voiture, quand on faisait du Solex sans casque, quand la mortalité journalière était annoncée à la radio, quand les gauchistes étaient (déjà) mal considérés… Bref, nous sommes en fin de période Pompidou et il va falloir attendre encore un peu avant que les choses évoluent sérieusement…

Descombes est un artisan tranquille, séparé de sa femme puis veuf de fait, il s’est occupé seul d’élever son fils, Bernard (Sylvain Rougerie). Alors quand la police vient le chercher à son échoppe pour lui parler de ce cher fils, il tombe des nuies : Bernard a tué un homme, Razon, parce qu’il était « une ordure ».

Une fois la surprise passée, Descombes se rend compte que ce fils qu’il a élevé, tout compte fait, il ne le connaît pas.

 

A l’instar de Jacques Demy, Bertrand Tavernier, pour son premier long-métrage filme la ville qu’il connaît le mieux : Demy était à Nantes, Tavernier installe ses caméras et son équipe à Lyon. Et cette ville est très présente dans le film, parce que la plupart des séquences y sont tournées en extérieur, et on peut véritablement l’admirer. Tavernier aime sa ville et nous la partage, utilisant le vieux Lyon pour donner un cadre magnifique à cette histoire d’une relation – ou non-relation – entre un fils et son père. Non-relation parce que comme le dit Descombes à Madeleine (Andrée Tainsy), celle qui fut la nourrice de son fils : « Au fond tu le connais mieux que moi. »

 

Et cette ville devient le cadre d’une errance, celle de cet horloger qui découvre son fils sous un autre jour, celui d’un jeune homme révolté qui a tué par amour, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Mais ce n’est pas une errance solitaire. Régulièrement, il est accompagné par un « flic », commissaire de surcroît, Guiboud (Jean Rochefort). Ensemble, ils vont arpenter quelques rues lyonnaises, essayant de comprendre – chacun de son côté et à sa façon – ce jeune homme : Descombes parce que c’est son fils ; Guiboud parce que cela aurait pu être le sien.

La relation des deux hommes est assez étonnante, basée sur un fondement douteux, mais elle n’empêche pas une forme de respect. Mais on ne peut que se demander ce qui est vrai dans ce que dit Guiboud tant son contexte est flou (épisode du chien). Et à l’instar de Goitreau (Michel Bouquet) dans Deux Hommes dans la ville sorti l’année précédente, Guiboud suit de près le père de son meurtrier : mais sans qu’on en arrive à du harcèlement. Guiboud reste toujours dans la mesure, appréciant – semble-t-il – cet homme désemparé.

 

Bien sûr, il y a la rencontre entre le père et le fils.

Elle n’a lieu que dans la dernière demi-heure, et reste très superficielle : ce fils (indigne ?) ne veut pas voir son père. Pourtant, il le verra, et même lui parlera. Vraiment. [Et là, révèle un peu (trop ?) la résolution de l’intrigue. C’est seulement quand son fils a été condamné et emprisonné que le dialogue s’instaure. Et de quelle façon !

C’est au parloir, qui n’a jamais aussi bien porté son nom ! Ils sont entourés des autres détenus et de leurs relations, essayant de s’entendre parmi un brouhaha ambiant, ils vont commencer à tisser une véritable relation père-fils.

Et cette relation naissante est la goutte d’espoir sur laquelle se termine le film, quittant la prison Saint-Joseph, pour la gare, le 15 août.

Bertrand Tavernier, avec ce film s’impose déjà (il a vingt-sept ans quand le film sort) comme un grand cinéaste, maîtrisant parfaitement la technique et surtout la direction d’acteurs, soutenu alors par deux grands interprètes en haut de l’affiche, et aussi par une kyrielle de seconds rôles plus ou moins connu, sans oublier les anonymes de la ville qui donne au film un cachet authentique, à une histoire qui se passe, à l’origine, aux Etats-Unis (1).

 

Un régal à chaque visionnage.

 

  1. L’Horloger d’Everton (Georges Simenon, 1954)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Louis Malle
Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974)

13 juin 1944.

Les Alliés ont débarqué en Normandie depuis maintenant une semaine. Et Lucien Lacombe (Pierre Blaise) n’a toujours pas pris position. Il s’engagerait bien dans la Résistance, mais quand il en parle à l’instituteur du village (Jean Bousquet), celui-ci le décourage du fait de son jeune âge.

Alors il se tourne vers la Collaboration, un peu par hasard, puis par facilité. Il dénonce, bien sûr, ce même instituteur et participe aux opérations de terrain contre les résistant.

Et puis il rencontre France Horn (Aurore Clément), et tombe de suite amoureux d’elle. Elle aussi n’est pas insensible à ce jeune homme qui représente l’autorité (« la police allemande » comme il le répète à l’envi).

Seulement voilà, France est juive…

 

C’est une errance magnifique que nous montre Louis Malle. Celle de ce jeune garçon paumé qui se dit bien tardivement qu’il faut choisir un camp. Enfin, il ne se le dit pas explicitement, il le fait. Il n’y a aucune animosité envers les uns et les autres. D’ailleurs, le choix se fait presque malgré lui : il rôde autour du siège des collabos et est découvert puis amené à leur chef, Tonin (Jean Rougerie). Et il va rester jusqu’au bout : jusqu’à la mort, donc. Et la grande différence avec les vrais collabos, c’est son état d’esprit. Il n’y a aucune conscience politique chez lui, et s’éprendre d’une femme juive ne lui pose aucun problème : avec la famille Horn, on a l’impression qu’il découvre la judéité. De plus, quand il visite cette famille (réduite), il laisse toujours quelque chose, des fleurs ou de l’argent. L’argent qu’il donne à la mère de Horn (Therese Ghiese) renvoie à celui qu’il avait donné à sa mère au début du film : il fait des Horn sa nouvelle (belle-)famille et entend l’aider. Sa famille « à lui » étant bien évidemment la Milice où il installe ses quartiers. Et il vit entre ces deux adresses.

 

Bien sûr, quand le film est sorti, beaucoup de gens ont vu d’un mauvais œil cette histoire ordinaire d’un criminel (tuer et voler étaient les deux mamelles de la Milice…) dans une France où on avait tendance à rejeter ce passé trouble, considérant que la France avait été dans l’ensemble à l’image du Général. Et au pouvoir, ce sont d’ailleurs les gaullistes qui n’apprécient pas spécialement ce film. Et Louis devra s’exiler aux Etats-Unis pour ne revenir qu’une bonne douzaine d’années plus tard. Quoi qu’il en soit, le film, cinquante ans après, garde toute sa force et son ambiguïté due à son (anti)héros.

Mais son absence de conscience politique peut expliquer une telle dérive : nous n’entendons qu’une seule fois Radio-Londres tout comme Radio-Paris, ce qui ne permet pas à Lucien de se faire une idée de la situation de la Guerre. Pas une seule fois, nous ne voyons un journal. On peut même se demander si les habitants du village ont entendu parler du Débarquement.

Est-ce ce manque d’information qui justifie l’engagement de Lucien ? Peut-être. Mais malgré tout, je trouve que c’est bien tard pour choisir : on a entendu parler des « résistants de la vingt-cinquième heure », mais pas spécialement des collabos tardifs…

 

Quoi qu’il en soit, Pierre Blaise incarne magnifiquement ce paumé qui fait le mauvais choix au mauvais moment. Il correspond tout à fait au personnage, venant en plus de la même région que son rôle (Lot). Malheureusement, il ne tournera que quatre fois avant de mourir d’un accident de voiture. C’est bien dommage.

A ses côtés, on retrouve la formidable Aurore Clément, qui interprète avec brio cette femme juive tiraillée entre son amour pour un collabo et les (ex)actions de ce dernier.

Et bien sûr, on a plaisir à retrouver Jean Rougerie et sa magnifique tête de faux cul : Tonin est un bourgeois pépère qui profite d’une situation. Il s’enrichit sans vergogne et torture tout à fait naturellement, sans véritablement avoir d’état d’âme. Un parfait salaud.

 

Bref, Louis Malle décrit une situation peu reluisante pour la « France éternelle », décrivant avec justesse ces épisodes peu glorieux qu’on aurait préféré voir rester sous le tapis,surtout trois ans seulement après Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, qui n’avait pas beaucoup été apprécié par ces mêmes gaullistes et affidés…

Mais Louis Malle reviendra donc et fera un film qui sera le contrepoint de celui-ci : Au Revoir, les enfants.

Et bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame, #Denys de la Patellière
Le Comte de Monte-Cristo (Denys de la Patellière, 1979)

Avec le retour en force d’Alexandre Dumas sur les écrans français, et surtout le superbe Comte de Monte-Cristo de Mathieu Laporte et Alexandre de la Patellière, il m’a paru urgent de revoir la version du père de ce dernier, Denys, diffusée sur les petits écrans français fin 1979. L’histoire de cette vengeance implacable m’avait marqué à cette époque, et quarante-cinq ans après, mes sentiments sont les mêmes, et la prestation de Jacques Weber (Edmond Dantès) est à ce jour la meilleure que j’ai pu voir (1).

Mais souvenons-nous.

 

Edmond Dantès est envoyé au château d’If suite à un complot orchestré par l’infâme Danglars (Roger Dumas), avec la complicité de Caderousse (Claude Brosset) et Fernand Mondego (Manuel Tejada), le jour de ses noces avec la belle Mercedes (Carla Romanelli), et celle indispensable du substitut du procureur, Villefort (Jean-François Poron).

Dantès y rencontrera l’abbé Faria (Henri Virlojeux) qui lui permettra de retrouver un trésor perdu, celui de l’île de Monte-Cristo.

Une quinzaine d’années après son incarcération, Dantès débarque à Paris pour châtier ceux qui lui ont volé sa vie (les quatre) et sa fiancée (Mondego).

 

Bien évidemment, Denys de la Patellière n’a pas à sa disposition les moyens numériques qu’aura son fils, mais sa version du roman de Dumas reste magistrale. Il prend le temps de bien exposer les éléments qui vont entraîner cette terrible vengeance (ruine, déshonneur, mort), et en particulier le complot ourdi par l’ignoble Danglars : ce sera d’ailleurs lui qui conclura cette histoire (il survit !), Monte-Cristo s’occupant des quatre complices dans l’ordre des responsabilités, se gardant le comptable devenu banquier pour la fin.

 

De la même manière, il nous montre comment Monte-Cristo avance progressivement ses pièces dans cette partie d’échec qu’il est en train de jouer. Chacun des complices étant une pièce maîtresse adverse qu’il va éliminer avant de mettre Danglars mat. Ce sont différentes personnes qu’il va utiliser comme des pions : certaines iront à dame – Maximilien Morel (Diogo Dória) et Valentine de Villefort (Marie Matile) ; d’autres seront sacrifiées – Benedetto (Gerhard Acktun), Mercedes…

Et au final, comme on dit dans ces cas-là, c’est un mat imparable que Monte-Cristo inflige à ses adversaires, distribuant à ses adversaires un châtiment (mérité) à la hauteur de sa position sociale.

Bref, un coup de maître.

 

Et Jacques Weber traduit magnifiquement les sentiments de cet homme injustement puni, à qui on a volé quatorze ans de sa vie, par jalousie (Danglars, Mondego), bêtise (Caderousse) et lâcheté (Villefort). Son personnage possède la froideur implacable de la Némésis antique : cette déesse grecque de la juste colère et du châtiment céleste qui rétablit d’une certaine manière l’équilibre. Bien sûr, Dantès va un petit peu plus loin…

A ses côtés, on ne peut que saluer la prestation de Roger Dumas, en rondouillard bourgeois parvenu, pour qui une seule chose compte : l’argent. Pour elle il est prêt à tout et non seulement il le dit, mais il le fait. Jean-François Poron est lui aussi un Villefort abject à souhait, dont la lâcheté n’a d’égale que sa morgue : tout comme les deux autres qui ont réussi (Caderousse est à part), Villefort ne reconnaît pas Dantès dans cet homme richissime venu de nulle part. Il faut dire que nous sommes dans une partie de la société où l’argent ouvre toutes les portes et fait oublier ceux qui n’ont pas eu la fortune (c’est le cas de le dire) de naître  dedans. (2)

Quant aux autres personnages principaux, le doublage nous empêche d’apprécier à leur juste mesure les prestations des différents interprètes. Mais ne nous plaignons pas trop, le doublage français est l’un des meilleurs au monde.

 

Quoi qu’il en soit, cette version internationale reste, à mon avis, l’une des plus belles adaptations du chef-d’œuvre de Dumas.

 

  1. Je n’ai pas encore eu la possibilité de voir celle de Louis Jourdan dans la version de Claude Autant-Lara, dont on m’a dit du bien.
  2. Seule Mercedes le reconnaît (presque) tout de suite.

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