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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jacques Prévert, #Jean Gabin, #Drame
Le Quai des brumes (Marcel Carné, 1938)

Le Havre. Son port, ses quais, ses transatlantiques, sa rue commerçante. A l’écart, chez Panama (1906). Et puis son brouillard. Pire qu’au Tonkin.

Au milieu de tout ça, Gabin (Jean). Ses yeux bleus, sa mélancolie, son petit bout de rêve.

Autour de lui, du beau monde : Quart-Vittel, Panama (1906), Michel, et surtout Nelly. Et puis du moins beau : Lucien, ses hommes de main, et surtout Zabel.

C’est la troisième collaboration entre Prévert et Carné, et ça, c’est inestimable. L’histoire est implacable. Jean ne s’en sortira pas. Mais peu importe, on veut quand même savoir comment il ne s’en sortira pas.

Alors on rêve avec lui et Nelly. Et on y croit, jusqu’au bout. Malgré Zabel, et malgré Lucien.

 

Après la comédie Drôle de drame, voici un film qui respire le réalisme poétique à plein nez. Et c’est tant mieux. Une distribution magnifique, des dialogues (encore) ciselés. Du grand œuvre.

 

La distribution d’abord.

Autour de Gabin, de grands noms du cinéma, qu’ils soient au premier plan ou un peu en retrait. Ils sont là, comme il faut, bien dirigés et bien servis :

  • Michèle Morgan : Nelly, avec ses grands yeux bleus. Que dire d’autre que ce que lui dit Jean ? « T’as d’beaux yeux, tu sais. » Comme Nelly, elle a dix-sept ans. Elle est déjà magnifique. Dire qu’il va falloir attendre encore 16 ans avant de voir ses yeux vraiment bleus sur grand écran…
  • Pierre Brasseur : Lucien, petite gouape sans envergure. Il surjoue un tantinet, mais s’il ne le faisait pas, ce ne serait pas Brasseur.
  • Michel Simon : Zabel. Il est toujours grandiose dans un personnage de salaud. Avec sa sale gueule et sa voix éraillée. Non, il n’est pas beau. Mais il est tellement juste dans ce rôle.
  • Aimos : Quart-Vittel, dans la lignée de la belle Equipe. Jovial, gouailleur, avec son rêve de lit aux draps blancs, « un dessus, un dessous »…
  • Delmont : Panama, comme quand il y est allé, en 1906. Un solitaire, qui tient un rade, où les gens viennent boire le coup et le distraire. Personne ne paie. Qu’est-ce que ça peut faire ?
  • Pérez : il n’est pas encore le directeur des Funambules, mais c’est lui qui amène Jean au Hâvre.
  • Génin (et sa moustache) : le docteur Mollet, celui qui doit emmener Jean loin du Havre, celui qui devait boucler le cycle havrais de Jean.
  • Le Vigan, enfin : Michel Krauss, le porte-parole de Prévert. Celui qui exprime le mieux ce fameux réalisme poétique. Un artiste. Un désespéré. Mais si on peut rendre service…

Et tout ce beau monde gravite autour de Jean.

 

Et Prévert dialogue, c’est beau :

« Tu verrais un crime dans une rose. (Aimos) - C’est ce qu’on appelle la peinture au couteau. (Le Vigan) »

« Je peins malgré moi les choses cachées derrière les choses. Un nageur pour moi, c’est déjà un noyé. (Le Vigan) »

« C’est curieux, sur les vêtements, le sang reste longtemps, mais sur les mains, il s’en va très vite. (Simon) »

« Quand tu parles, on dirait qu’tu patauges dans la vase avec des vieilles espadrilles. (Gabin) »

« Les grandes décisions doivent être prises devant des p’tits flacons. (Génin) »

« Donnez m’en tout d’même un p’tit. - Un p’tit quoi ? - Un p’tit rhum, mais un tout p’tit... Oh, dans un grand verre ! (Aimos) »

« J’avais été heureux dans la vie à cause de toi. (Gabin) »

 

Et puis il y a le chien. Il est comme Jean, seul, perdu au milieu de nulle part. Alors il le suit, il s’attache. Et Jean aussi s’attache. Et Jean l’attache et s’en va mourir.

Alors le chien, désormais seul, s’échappe et quitte Le Havre (1).

Et Nelly reste seule.

 

          1. Ce chien m'a toujours fait penser aux nuages de Brest, à la fin de Barbara...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Josef von Sternberg, #Muet, #Comédie dramatique

Bill Roberts (George Bancroft) est un marin. Un soutier. Il travaille dans le ventre des navires, nourrissant continuellement les machines. C’est un homme, un vrai, un tatoué. Il ne se laisse pas faire, ni marcher sur les pieds. Il ne fait pas dans le détail. Il boit la bière dirctement au fût. Et si besoin est, il a deux arguments frappants, un à chaque bout de bras.

Il n’est pas spécialement beau, mais il est fort. Très fort.

Il débarque à New York, pour la soirée, départ le lendemain matin.

Et là, sa vie bascule.

Mae (Betty Compson), une prostituée en bout de course, se jette à l’eau.

Bill la sauve.

Il la vêt.

Il va même jusqu’à l’épouser, sous l’œil noir de Lou (formidable Olga Baclanova), une femme de marin trop souvent abandonnée.

Mais Bill est marin et n’a jamais renoncé à l’appel du large. Alors, pourquoi le ferait-il maintenant ?

Et pourtant…

Un an après Underworld, Sternberg dirige à nouveau George Bancroft. Cette fois-ci encore, c’est un type bien. Et du bon côté de la barrière. Mais là encore, il n’est pas complètement bien. Son mariage ? Une folie de jeunesse. Une passade.

Sauf que pour Mae, ça ne l’est pas. Il faut la voir essayer d’enfiler une aiguille avec les larmes aux yeux, ce que Sternberg montre magnifiquement avec une caméra subjective…

Trois lieux importants dans ce film : la salle des machines, la taverne, la chambre.

La salle des machines nous plonge dans un enfer de feu et de fureur, que Sternberg accentue avec des effets de fumée. La puissance des pistons donne le vertige. Soixante-dix ans plus tard, James Cameron fera de même – le son en plus – dans le ventre de son Titanic.

La taverne est le lieu de vie du film. Même la caméra s’anime dans cet espace : travellings et panoramiques s’enchaînent dans ce lieu d’insouciance et de plaisirs. C’est aussi le lieu du rêve et de l’avenir pour Mae. Alors que pour Bill, c’est un lieu de boisson et de folie(s).

La chambre, c’est tout d’abord le refuge pour Mae, après son plongeon. Elle y est soignée et vêtue. C’est aussi le lieu du couple. Les amants s’y réveillent enlacés, et des gestes conjugaux s’y déroulent : raccommodage d’une poche, puis scène de ménage. L’état de la chambre est aussi le reflet des personnages : c’est un lieu aux murs lézardés, ouvert à tous vents, un peu comme Mae, qui a besoin de se reconstruire.

Là encore, la traduction du titre laisse à désirer. En quoi Mae et Bill sont-ils damnés ?...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Akira Kurosawa, #Western

Bien entendu, il s’agit du plus célèbre film de Kurosawa. Il se situe au milieu de son œuvre, le septième avec son acteur fétiche : Toshiro Mifune. Ce film est aussi célèbre pour l'adaptation qui en fut faite par John Sturges : Les 7 Mercenaires. Sturges déplaçant la même histoire dans l’Ouest américain, avec, bien entendu des codes différents.

Mais le film japonais est plus qu’un western, c’est une réflexion sur l’honneur et le sens de la vie. Et pour nous européens, c’est aussi une façon d’appréhender une culture très différente, où le temps s’il est important, n’est pas la valeur suprême. Les samouraïs se hâtent de former leur équipe, mais « avec lenteur ».

L’accent est mis sur les paysans. Ce sont les véritables héros de l’histoire. Les samouraïs ne sont que de passage. S’ils restent, c’est malheureusement (pour quatre sur les cinq), parce qu’ils sont morts. Les paysans représentent la vie, alors que les samouraïs sont la mort. Ils viennent pour tuer ou être tués. Et une fois l’orage passé, la vie reprend, les samouraïs reposent ou s’en vont. Kanbei, le sensei (Maître) déclarant, comme le fera plus tard Yul Brynner : « ce sont les paysans qui ont gagné ».

La recherche des samouraïs par les paysans et le sensei est aussi plus laborieuse. Les paysans ne proposant que de la nourriture, pas d’argent ni de trésor. On suit leur découragement dans la ville, leur pauvreté source de moquerie, la misère des autres… Jusqu’à l’arrivée de Kanbei, un ronin – samouraï sans maître. Qui a toujours perdu ses combats. Ce qui nous semble bizarre, vu son attitude face à un voleur d’enfant. Mais la fin du film nous explique pourquoi nombre de ses combats furent des échecs.

Chaque samouraï engagé a sa propre personnalité : Kanbei est le sage, Kyuzo l’expert, Heihachi le jovial, Katsushiro le novice… Et bien entendu, Kikuchiyo (Toshiro Mifune), l’usurpateur fanfaron. Mais si Kikuchiyo n’est pas un vrai samouraï, il le devient de par sa conduite par rapport aux paysans et au combat.

La dernière heure est dominée par les affrontements contre les bandits.

La violence dépeinte est plus forte que dans le remake américain. Dans le film de Sturges, les mercenaires sont des pistoleros, et tuent leur adversaire à distance alors qu’ici, chaque mercenaire doit approcher voire toucher sa victime. De plus, l’usage de sabres rend la mise à mort plus terrible, plus sanglante (même si ce n’est que suggéré).

Mais ce qui donne la force du film, ce sont les cadrages. Beaucoup de gros plans sur des visages. Seul Leone fera encore plus près pour exprimer la tension.

Ici, chaque personnage cadré de près a une émotion à partager. Le visage devient essentiel. C’est un retour au cinéma muet, même si les dialogues perdurent.

La profondeur de champ est toujours nette. Chaque élément d’une scène est important. Pas de flou devant ou derrière. La caméra a l’œil humain. (Ce procédé sera repris par Lautner dans Les Tontons flingueurs)

Et Kurosawa déroule son histoire d’honneur et d’amour. Parce qu’il y a de l’amour. Entre un samouraï et une paysanne. A la fin, elle l’a.

Normal, les paysans gagnent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #René Clair, #Comédie dramatique

Emile et Louis sont deux amis. Ils fabriquent ensemble des chevaux de bois pour des petits enfants… A la prison.

Mais la prison, ça va bien un moment. Alors nos deux compères décident de s’évader. Mais seul Louis réussit. Il réussit tellement bien, qu’il devient propriétaire d’une grosse firme de disques qui produit aussi des phonographes.

Et Louis ? Après la prison, il flâne. Il jouit de la vie, de chaque petit plaisir que lui procure la nature : un grand champ, des fleurs… Sous le regard sévère des cheminées d’usine.

Mais comme le travail, c’est la liberté, il est envoyé en prison – encore – parce qu’il ne fait rien !

Mais il s’évade et se fait embaucher dans l’usine de Louis.

Et là, cinq ans avant Chaplin, ce sont les temps modernes !

Un magnifique processus de taylorisation, où, dès que quelqu’un rate son coup, c’est la chaîne entière qui est sens dessus dessous.

Et bien entendu, Emile, magnifique rêveur, est la cause des plantages successifs… Surtout quand une jolie femme passe !

Afin d’échapper à ses supérieurs, il court se réfugier… Dans les bras de son ami ! Qui lui-même est bien embarrassé…

Mais peu importe, ils se retrouvent, et tout va bien.

Dans ce film, René Clair a du mal à abandonner le cinéma muet. Il faut dire que le sujet s’y prête. Les deux univers décrits – la prison et l’usine – ne sont pas des lieux réjouissants. Dans chacun, les hommes y sont résignés, tristes, silencieux. Et Clair insiste sur ce point : « le travail, c’est la liberté » fait-il dire à un instituteur très IIIème République. La satire est féroce, mais ça fait moins rire maintenant, après avoir vu la grille d’entrée d’Auschwitz…

Mais ce film est iconoclaste. Le travail – cette liberté – est autant, sinon plus liberticide que la prison. Et quand Louis donne son usine aux ouvriers, ces derniers peuvent enfin se laisser aller (pêche à la ligne, jeu de cartes, bal), pendant que les machines font leur boulot.

Rien de réaliste dans ce film. Seulement du rêve. Alors, ça chante. Tout le monde chante : les détenus, les ouvriers, et bien entendu, le ténor pendant le repas officiel : « Ah lalala Ah lalala mon amour… » Terrible.

Même les décors sont ceux de l’opérette.

Qu’importe. On rêve encore mieux. Et puis Clair nous régale de quelques scènes burlesques savoureuses.

Il est évident que Chaplin a vu ce film, et plusieurs fois. Parce qu’il a repris la situation et a poussé encore plus loin l’absurdité de la situation : alors que nous voyons très bien ce que fabriquent les ouvriers de René Clair, dans l’usine de Chaplin, les gestes répétitifs n’ont rien de constructifs.

Alors évidemment, la fin s’impose à René Clair. Il ne peut y en avoir une autre (je vous laisse la découvrir). Et beaucoup d’entre nous seraient assez tentés par une telle issue.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Capra, #Comédie dramatique

Avant, il y a eu Wings de William Wellman. Après, il y aura Hell’s Angels, de Howard Hughes.

Mais là, c’est Capra, alors on se dit que ça va être drôle.

Oui, et non.

Oui, parce que Capra sait tirer le côté comique des situations.

D’ailleurs ça commence par une scène emblématique : Lefty Phelps (Ralph Graves), joueur de football américain de seconde zone, est envoyé sur le terrain comme coureur. Et il fait la course de sa vie… Vers son propre camp !

Alors évidemment, après la campagne de presse sur son exploit, il ne reste que deux choix : la corde ou l’armée. Et ça tombe bien, il rencontre un pilote : Panama Williams (Jack Holt). Et s’il n’est pas vraiment sûr, une affiche d’enrôlement finit de le décider. Il sera pilote.

Son instructeur, c’est Panama. Panama, c’est un pilote, un guerrier, un dur-à-cuire… Un homme, un vrai. Sauf qu’il a le cœur tendre, ce qui sauvera aussi notre héros.

Sauf que, là encore, ça ne va pas très bien : lors de son vol test, son avion ne décolle pas. A l’hôpital, il rencontre Elinor (Lila Lee), la belle infirmière dont Panama est amoureux transi depuis longtemps. Alors, évidemment, il y a rivalité. Mais le devoir avant tout : une guérilla a éclaté au Nicaragua, et les Marines y sont pris pour cible.

Comme dans les autres films de Capra, le héros – ici Lefty – n’est pas un superman. Plutôt un type normal, avec un je-ne-sais-quoi de sympathique qui annonce qu’il pourrait devenir quelqu’un de formidable et de grand. Et Lefty ne déroge pas : il court à contresens, est malade en avion, ne décolle pas…

Mais malgré tout, c’est lui que l’infirmière aime. A cause de son je-ne-sais-quoi, justement.

Comme dans Wings, c’est une histoire d’amitié. Ce sont (presque) deux pilotes qui sont compagnons d’armes. L’amour pour l’infirmière aurait pu les séparer, mais finalement l’honneur prévaut. Sans oublier la devise des marines : « semper fidelis ».

Et comme dans Wings, il y a la mort, celle d’un pilote, pendant l’opération contre le chef guérillero. Là encore, Lefty montre qu’il est un type bien.

Flight est un film parlant tourné en 1929 (avec une copie muette, on ne savait jamais…) et garde les scories du muet dans ses quelques intertitres et ses scènes de bataille sonorisées.

L’épisode de guérilla fait plutôt penser à l’attaque d’un fortin par les Indiens dans un western. Mais c’est surtout un prétexte pour des scènes aériennes acrobatiques qui, si elles n’ont pas la fougue de celles de Wings, n’ont pas à en rougir.

Et puis il y a le comique de Capra, malgré l’histoire plutôt sérieuse, quand on la compare à d’autres films (Mr Deeds, You can’t take it with you…).

Ca commence par le match de football, mais il y a d’autres moments réjouissants :

  • Après une séance de vol acrobatique, Lefty n’a qu’une envie : vomir. Mais il y a la cérémonie du drapeau qui le retarde, puis le seau qu’il avait lorgné qui lui est enlevé au dernier moment ;
  • La dernière scène d’instruction de pilotage (etc.)

Ce n’est pas Wings, certes. Qu’importe. Les cent dix minutes se laissent regarder agréablement, ce qui est le principal.

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