21 juin 1964, comté de Jessup (Mississipi).
James Chaney, Andrew Goodman & Michael Schwerner, trois militants pour les Droits civiques sont poursuivis et tué par les autochtones.
Le FBI envoie deux agents pour enquêter : Alan Ward (Willem « Grodin » Dafoe) et Rupert Anderson (Gene « Popeye » Hackman). Si le premier est un défenseur convaincu des Droits civiques et de leur application auprès des minorités de couleur, le second est plus ambigu : le milieu du Ku Klux Klan (les assassins) et leurs chanson n’est pas une découverte. Normal, il a grandi dans un autre coin de ce même état ségrégationniste.
Bien entendu, les deux agents se heurtent à un mur de silence : tout le monde sait qui a tué les trois militants, mais comme c’étaient des « amoureux des nègres » (1), on préfère les protéger.
SI le film s’appuie sur histoire vraie – la disparition pour cause d’assassinat des trois militants (qui ne sont jamais nommés mais ressemblent à leurs modèles) – Alan Parker et Chris Gerolmo (scénario) ont choisi d’embellir le rôle du FBI qui ne fut pas toujours très reluisant dans cette affaire. Pour deux raisons : ne pas en rajouter sur l’image (ternie) de l’administration et surtout pour concentrer l’attention du spectateur sur les véritables coupables de cette affaire sordide, les membres du Klan. Comme toujours, au cinéma, tout est possible.
Et Parker qui vient de quitter la Louisiane (Angel Heart) pour un autre aspect du Sud, réussit a recréer cette atmosphère de haine ordinaire qui baignait cette époque (et continue pour certains, évidemment). C’est le Sud profond, pour ne pas dire « bouseux » qui est présenté là, avec ses traditions raciales violentes : l’ouverture du film nous montre une église qui brûle, justifiant d’entrée le titre.
Et cette violence est partout, le plus souvent latente, créant un climat de peur pour les victimes désignées (les Noirs), annoncée presque à chaque fois par les cagoules blanches (mais pas pointues !) qui caractérisent l’organisation criminelle sus nommée. Et là encore, Parker brosse un tableau peu flatteur pour les habitants de ce comté (fictif) : il faut dire que les membres de la police font eux aussi partie du Klan…
Bref, c’est un travail de titan que doivent abattre les agents du FBI, nécessitant beaucoup plus de personnes que les deux prévues initialement. Et Parker insiste sur les méthodes employées par son duo d’enquêteurs : d’un côté, le très académique Ward, pur produit de l’Est (les Yankees pour les gens du crû) et de l’autre le vieux briscard Anderson, familier de cet univers raciste.
Et c’est l’interprétation qui donne au film sa touche d’authenticité indispensable pour emmener le spectateur. Les deux policiers principaux – le shérif Stuckey (Gailard Sartain) et son adjoint Pell (Brad « Wormtongue » Dourif, encore une fois formidable), tout comme leurs acolytes – Bailey (Michael « Yondu » Rooker) ou Townley (Stephen « Ned » Tobolowsky) – sont répugnants à souhait et focalisent rapidement l’antipathie, donnant à cette intrigue des méchants magnifiques. Ion notera aussi la présence de R. Lee « Harman » Ermey dans le rôle du maire, autre personnage fort peu recommandable.
Bien sûr, le duo des « gentils » est lui aussi réussi, avec, bien entendu, une mention spéciale pour Gene Hackman, dont le personnage peut rappeler Popeye Doyle pour certaines de ses pratiques. Son personnage nous apparaît ambigu au départ : il faut dire que son origine mississippienne joue en sa défaveur face à ce pur produit de l’administration héritée des frères Kennedy. Et surtout, sa connaissance des chants du Klan est franchement déplacée dans le contexte de leur arrivée. Mais, tout comme Doyle, Anderson a ses méthodes personnelles qui déplaisent fortement à Ward : dès le début, on sent un affrontement latent entre ces deux hommes qui passeront à l’acte, sans toutefois mettre en péril leur enquête. On peut presque dire que la lutte physique – courte – qui les oppose va les rapprocher, devenant alors le point de basculement de leur enquête, comme si se battre leur aura permis de véritablement se mesurer et s’apprécier. Et la dernière parole de Ward envers Anderson confirme cet état de fait.
Et puis il y a la femme. Celle qui va faire basculer l’intrigue et permettre de neutraliser les méchants : Mrs. Pell (Frances McDormand). Elle est (encore) jeune mais désabusée depuis longtemps, surtout avec un mari comme le sien (voir plus haut). Et Frances McDormand est encore une fois formidable.
Alan Parker a encore frappé. Et encore une fois, c’est magistral.
- « Nigger lover » : insulte commune qui servit d’abord à fustiger les abolitionnistes pendant la Guerre de Sécession, puis les défenseurs des Droits civiques.
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