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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

greta garbo

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Fred Niblo, #Greta Garbo
La Tentatrice (The Temptress - Fred Niblo, 1926)

Manuel Robledo (Antonio Moreno), ingénieur en Argentine, est de passage à Paris. Lors d’un bal masqué, il rencontre une superbe femme dont il tombe éperdument amoureux. Et cet amour est partagé. Le lendemain, visitant son ami le marquis de Torre Bianca (Armand Kaliz), il fait la connaissance de la femme de ce dernier, Elena (Greta Garbo).

Bien entendu, c’est la femme qu’il a rencontrée la veille.

Cette dernière sera fustigée lors d’un dîner d’adieu du riche Fontenoy (Marc McDermott), la traitant de tentatrice pour avoir abusé de sa fortune.

Robledo repart alors en Argentine terminer son chantier, fuyant aussi cette femme qui semble amener le malheur et dont les intentions ne lui semblent pas honnêtes.

Quelques temps plus tard le marquis et sa femme débarquent chez Robledo, fuyant le scandale à Paris.

 

Deuxième film hollywoodien de Garbo, c’est aussi le premier de trois avec Fred Niblo, qui sort d’un extraordinaire Ben Hur. A nouveau, derrière la caméra, on trouve William H. Daniels qui la cadrera magnifiquement (ce sera le cas à chaque fois), assisté ici de Tony Gaudio). Au trio masculin annoncé plus haut s’ajoute Roy D’Arcy (Manos Duras), un bandit de grand chemin aux yeux incroyablement bleus. Bref, nous sommes en très bonne compagnie (2), et c’est ce qui compte.

Par contre, Dorothy Farnum (qui a signé le scénario) n’est pas tendre avec la sublime Garbo : Elena est (très) rapidement traitée de « tentatrice » par Fontenoy, ce qui va entacher son personnage définitivement et lui refusera un quelconque bonheur.

 

Oui, elle aime passionnément Robledo comme elle le lui annonce au début, et d’une certaine façon, c’est une femme libre d’aimer qui elle veut, même si elle est mariée. Il suffit pour s’en convaincre de voir le marquis se comporter avec sa servante, l’embrassant sans vergogne alors que sa femme est à l’étage. De même, si Elena a « tenté » Fontenoy, c’est avant tout parce que ce dernier l’a jetée dans ses bras, espérant certaines retombées (sonnantes et trébuchantes) de cette relation. Ce sont d’ailleurs les divers cadeaux du défunt qui vont leur permettre de fuir le scandale… Mais malgré cet exil, le destin veillera à précipiter la chute de cette femme : les morts vont continuer à s’entasser autour d’elle.

 

Et ce genre de personnage maudit va accompagner Garbo dans plusieurs films, comme si sa beauté était synonyme de Mal : combien de rôles a-t-elle interprétés qui ne faisaient pas vraiment honneur aux femmes, la rabaissant irrémédiablement ? Son film suivant (présenté deux mois plus tard) est des plus éloquents : La Chair et le diable, où elle personnifie, bien sûr, le diable…

Et pourtant, quelle injustice frappe cette femme ! Un dialogue (par intertitres interposés) plaide pour elle et montre très bien que le problème, ce n’est pas elle, mais bien les hommes qui l’entourent :

« Mon mari… m’a vendue… A Fontenoy. (My husband – – sold me – – to Fontenoy)

   - Des hommes sont morts pour vous… ont abandonné leur travail et leur honneur… pour vous ! (Men have died for you – forsaken work and honor – for you!)

   - Pas pour moi… mais pour mon corps ! Pas pour mon bonheur, mais pour le leur. (Not for me – but for my body! Not for my happiness, but for theirs!)

 

Donc, quand elle annonce à Robledo (lors de leur première rencontre) qu’elle est libre de l’aimer, ce n’est pas vraiment un mensonge. Mais nous sommes en 1926 quand le film sort, et une telle attitude est inadmissible pour l’opinion publique et surtout la Motion Pictures Producers and Distributors Association qui pondra moins de 10 ans plus tard le célèbre Code Hays. Alors Elena est destinée à la déchéance : elle ne meurt pas cette fois-ci, mais son sort est tout de même peu enviable, même filmée par Daniels.

Heureusement, la vision des femmes au cinéma a changé (3), même si l’association femme fatale/Mal a longtemps perduré.

Mais que ce fut long !

 

  1. Marc McDermott est un (petit) peu le Sean Bean de l’époque : ici encore, il meurt (bien) avant la fin du film.
  2. En prime, nous avons l’immense Lionel Barrymore (Canterac, une sorte d’exilé fiscal…).
  3. Ce n’est pas encore le cas partout, hélas.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Greta Garbo
La Légende de Gösta Berling (Gösta Berlings Saga - Mauritz Stiller, 1924)

Grandiose.

Le roman de la grande Selma Lagerlöf (1) est ici adapté avec beaucoup de brio et servi par une interprétation impeccable. Mais surtout, La Légende de Gösta Berling, c’est le film qui a révélé l’une des plus grandes actrices de tous les temps : la Divine, Greta Garbo.

 

Nous sommes au début du 19ème siècle et la propriété d’Ekeby est dirigée avec beaucoup de bienveillance par Margaretha Celsing (Gerda Lundequist), la femme du Major (Otto Elg-Lundberg), et accueille une troupe de convives fort singuliers et bons vivants : les Cavaliers. Ce sont des aventuriers, la plupart du temps en rupture de ban, des nobles déchus. Bref, des SDF comme on dit de nos jours. Parmi ces jouisseurs, se trouve Gösta Berling, un ancien pasteur qui fut révoqué pour son alcoolisme et qui a la malchance de porter malheur à toutes les femmes qu’il touche.

Alors quand le comte Dohna (Torsten Hammarén) revient d’Italie avec sa jeune épouse Elizabeth (Greta Garbo), on sait que le destin (toujours lui) va les faire rencontrer Berling.

 

Il est très difficile de résumer l’intrigue du film sans se perdre dans des méandres littéraires et finalement prendre toute la place de cet article. Il faut dire qu’il y a de nombreux personnages pertinents qui habitent des sous-intrigues autour de l’histoire de Gösta Berling. Le titre original parle de saga et Mauritz Stiller prend son temps pour nous l’’exposer, sans rien occulter, amenant les différents épisodes les uns après les autres pour former un grand film (2).

Mais si le personnage principal est Berling, ce sont tout de même les femmes qui sont les différents révélateurs du film, voire les moteurs de l’intrigue.

Certes Berling est celui qui va grandir et s’améliorer tout au long du film, mais ce sont avant tout les femmes qui vont le faire avancer, amener son changement.

Et la première est étonnamment Elizabeth qui va lui révéler la machination ourdie par l’un des personnages les pus fourbes du film : la comtesse Dohna (Ellen Hartman-Cederström), belle mère d’Elizabeth. Ce sera la dernière fuite de Berling qui deviendra alors un Cavalier.

Autre femme importante, la femme du Major qui va amener à nouveau Berling vers son destin : en brûlant Ekeby elle va définitivement l’amener à se réformer, poussé en prime par Elizabeth (encore elle).

Dernière femme d’importance, la jeune et belle Marianne Sinclaire (Jenny Hasselquist) qui par son audace (punie, ça ne se fait pas dans les milieux aristocrates suédois du début 19ème siècle) envers Berling va l’amener sur la pente ascendante du rachat (3).

Berlin est entouré de femmes qui l’aiment et qu’il aime (les jeunes !), mais il faut attendre le moment des résolutions d’intrigues pour bien comprendre l’implication de ces femmes dans la vie et surtout le renouveau de Berling.

 

Et puis il y a dans cette Légende un souffle épique magnifique, soutenu par un montage impeccable. Si Stiller prend son temps pour raconter cette belle histoire, il n’empêche pas le rythme de s’accélérer quand l’intrigue le demande, donnant au film un tempo varié et surtout qui ne décourage pas le spectateur actuel (4).

De plus, les images de Julius Jaenzon (5) sont superbes (encore une fois), donnant à certains cadrages des allures de tableaux : Margaretha Celsing dans sa prison en est l’une des plus belles illustrations, l’éclairage faisant beaucoup pour la beauté de la scène.

Cette retransmission d’effets picturaux n’empêchent pas la caméra de se déplacer, là encore quand l’intrigue le demande, surtout dans l’épisode qui voit Marianne reniée par son père qui l’abandonne dans le froid. Encore une fois : superbe.

 

Et puis donc il y a Garbo.

Il faut attendre 36 minutes pour la voir enfin, épluchant quelques fruits qu’elle a rapportés d’Italie et qu’elle déguste avec son mari dans le carrosse qui la ramène en Suède.

Elle n’a que 18 ans quand le film sort, mais déjà elle possède ce qui fera sa notoriété : ses beaux yeux tristes et son jeu sobre. Mais elle n’est pas encore la Divine que nous connaissons, ses rondeurs étant bien visibles surtout dans les tenues qu’elle porte. Quoi qu’il en soit, elle ne va pas laisser les gens indifférents puisque l’année suivante on la retrouvera dans La Rue sans joie de Pabst avant qu’elle parte pour Hollywood…

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire.

 

  1. Elle a aussi écrit Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-1907).
  2. Dans la longueur aussi : 183 minutes !
  3. J’aurais pu écrire « rédemption », n’oublions pas que Berling était pasteur…
  4. Le film sortit en deux parties quasiment de même longueur (à une minute près) à une semaine d’intervalle, permettant au spectateur de souffler dans cette longue histoire, mais donnant irrémédiablement envie de voir la suite une fois la première partie achevée…
  5. Rappelez-vous, La Charrette fantôme, c’est lui !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Rouben Mamoulian, #Greta Garbo
La Reine Christine (Queen Christina - Rouben Mamoulian, 1933)

La caméra (1) se rapproche du visage de Greta Garbo, à la proue du navire qui l’emmène en Espagne : un visage lisse ni triste, ni gai, mais où les yeux ont cette étincelle d’espoir qu’on trouve malgré tout quand tout est perdu, mais qu’on ne peut pas descendre plus bas.

 

Garbo retourne en Suède.

En fait, elle interprète la reine Christine du titre, cette reine qui abdiqua au profit de son cousin Charles (Reginald Owen).

Et comme nous sommes à Hollywood, Rouben Mamoulian, par l’intermédiaire de son équipe de scénaristes (2), explique l’abdication par une volonté de liberté et surtout un amour magnifique avec l’envoyé de Philippe IV – Antonio (John Gilbert) – venu lui demander sa main pour le souverain.

 

Encore une fois, l’introduction du personnage interprété par Garbo est retardée au maximum, la découverte aiguisant l’envie du spectateur de découvrir la star dans un nouveau grand rôle.

Si nous rencontrons Christine dès le début, elle n’est qu’une enfant (1) !

Par contre, il faut attendre que la sixième minute soit entamée pour voir enfin la belle Greta. Voir est un tantinet exagéré puisqu’on ne peut que la distinguer, à cheval d’abor puis à pied et dans des habits d’homme (plus pratiques pour chevaucher). Et alors que la caméra la suit à travers le palais, son visage reste toujours occulté : la caméra est derrière et en plus, elle porte un chapeau.

Et quand enfin son visage va nous être révélé, c’est encore avec un léger temps d’attente, le chapeau s’effaçant au tout dernier moment.

Et croyez-moi, l’attente valait le coup : Greta Garbo est magnifique dans le rôle de cette femme libre au destin peut-être trop grand pour elle (4).

 

Mais surtout, ce film, ce sont avant tout les (dernières) retrouvailles de Garbo et Gilbert au cinéma. Je passerai sur leur histoire d’amour compliquée qui amena d’une certaine façon la déchéance de Gilbert, grâce surtout au gros Mayer, et me concentrerai sur ce duo extraordinaire qu’étaient ces deux immenses stars.

Certes, John Gilbert a été oublié, son souvenir se cantonnant au cinéma muet. Mais sa prestation – sonore – est tout à fait convaincante. On retrouve d’ailleurs la même intensité que dans les films communs antérieurs qu’il a tournés avec Garbo.

Sa voix n’est pas désagréable, mais surtout son regard n’a pas perdu de son éclat, et on sent bine qu’il n’a pas dû beaucoup se forcer pour interpréter ce gentilhomme amoureux de la belle Christine.

De son côté, la Divine porte encore une fois très bien son surnom, interprétant un personnage qui lui tient beaucoup à cœur – elle était suédoise, ne l’oubliez pas ! – une femme avant d’être une souveraine. Une femme, ce que Garbo était avant tout !

 

Bien sûr, ce fut l’un des plus gros succès de l’année pour la MGM, et même l’Impératrice rouge qui sortira quelques mois plus tard n’arrivera pas à le détrôner (c’est ce qu’on dit dans ce cas-là, non ?).

La Reine Christine est avant tout un film qui se savoure. Tout d’abord pour Garbo, toujours aussi magistrale, mais là aussi pour son partenaire naturel le grand Jack Gilbert, où leurs confrontations ne sont pas sans rappeler celles du temps où le cinéma était silencieux (5), et où tout passait – comme ici – par le regard.

Mais c’est aussi une très belle histoire d’amour, tragique bien sûr, où Garbo dégage la même sensualité que d’habitude. La séquence d’adieux dans la chambre que Christine a partagée avec Antonio est un grand moment sensuel du film : ses différents sens y sont mis à contribution afin qu’elle se remémore éternellement cet endroit : magnifique.

 

PS : Aussi curieux que cela puisse paraître, et la séquence d’intronisation le confirme, Christine portait le titre de « Roi de Suède ».

 

  1. De William H. Daniels, bien sûr !
  2. Dont l’ami de Garbo, Salka Viertel, qui collaborera à l’écriture de plusieurs films de la Divine à partir de celui-ci.
  3. Cora Sue Collins, qui aura 93 ans le 19 avril prochain…
  4. Toujours est-il que c’est ainsi que cela nous est proposé.
  5. Traduction littérale de « silent cinema », qu’on appelle chez nous « cinéma muet ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Ernst Lubitsch, #Greta Garbo
Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939)

1930 : Garbo parle (1).

1939 : Garbo rit (2).

Enfin, il faut tout de même attendre la 47ème minute du film pour la voir enfin rire. Et attention : elle ne fait pas semblant (3). C’est un rire franc et massif suite à une situation burlesque. C’est un rire qui dévaste tout et surtout qui libère son personnage de camarade soviétique des plus austères.

Mais reprenons.

 

Iranoff (Sig Ruman), Buljanoff (Felix Bressart) et Kopalski (Alexander Granach) débarquent à Paris pour vendre les bijoux de la famille impériale. Mais la grande duchesse Swana (Ina Claire) n’entend pas les laisser faire : elle envoie le comte Leon d’Algout (Melvyn Douglas) négocier avec les trois soviétiques. Acculés, ces trois compères font appel à Moscou qui leur envoie un agent spécial pour reprendre la main et mener à bien les négociations : Nina Ivanovna Yashukova (Greta Garbo), une camarade rigoureuse et dogmatique.

Cette dernière rencontre fortuitement d’Algout et ne semble pas totalement insensible à son charme…

 

Il aura fallu attendre 15 ans pour voir enfin la Divine rire et surtout jouer dans une comédie. On se dit alors qu’on a perdu tout de même beaucoup de temps : on aurait aimé la voir participer à d’autres, mais malheureusement, c’était l’avant-dernier film de la star qui tournera un dernier film (une autre comédie) avant de tirer un trait définitif sur sa carrière (prestigieuse).

C’est bien dommage, parce qu’elle nous montre ici qu’elle savait aussi faire rire (4), sans pour autant perdre son charme extraordinaire. Les trois premiers quarts d’heure semblent d’ailleurs un supplice pour Ninotchka (diminutif de Nina) d’avoir à conserver un visage de marbre face à un d’Algout en verve et séduisant.

 

Mais revenons sur l’éclat de rire. Jamais cette expression n’a aussi été pertinente parlant de Garbo. Avec ce rire sonore, c’est comme une libération pour la belle Greta, reniant toutes ces tragédies auxquelles elle participa et dont elle fut (enfin son personnage) la plupart du temps la cause. C’est le sérieux indispensable de tous ces autres films qui est évacué par ce rire que tout le monde attend dès les rugissements du lion (5).

Et pourtant ce n’était pas gagné : alors que les trois camarades qui ouvrent le film font immanquablement sourire, l’arrivée de Garbo est un grand moment d’austérité et de visage froid. Bien sûr, le contraste avec ses trois compatriotes nous amuse, mais son masque est éloquent : elle n’est pas venue pour rigoler, surtout quand elle va s’apercevoir de la situation dont elle hérite, sans oublier les dépenses somptuaires liées à l’hôtel fréquenté et surtout sa « suite royale ».

 

Mais nous sommes chez Lubitsch, et tout va s’éclairer. Ce seront tout d’abord des petits riens qui vont s’accumuler (un chapeau notamment), des petites touches que Lubitsch va étaler sur sa toile (6) pour nous proposer une comédie subtile sans tomber dans un anticommunisme primaire qu’on aurait pu craindre.

Il faut dire qu’il a aussi à sa disposition deux pointures au scénario : Charles Brackett et Billy Wilder (rien que ça !) qui va bientôt repasser derrière la caméra (7) pour notre plus grand plaisir.

 

Alors on s’amuse. Beaucoup. De cette histoire un tantinet absurde où malgré tout l’actualité reste présente et baigne certaines conversations : les conditions liberticides de la Russie soviétique, la famine, les conditions pas tellement plus reluisantes de l’ancien régime… Et en prime la présence de deux nazis dans la gare pendant que les trois hurluberlus attendent leur camarade. Cette anecdote jette un froid dans le film, et pas seulement pour le trio. Quand on sait que Lubitsch et Wilder n’étaient pas les bienvenus dans leur propre pays…

Oui, on s’amuse beaucoup, mais on ne peut s’empêcher de regretter de ne pas avoir proposé plus tôt à Garbo des rôles plus légers qui l’auraient certainement rendue plus humaine. A moins que ce ne soit « laissé plus tôt Garbo tourner dans des comédies un tantinet légères »…

Elle en eût été plus humaine, mais alors : moins divine ? (8)

 

  1. Anna Christie.
  2. Entre nous, elle rit déjà dans Queen Christina
  3. Si, quand même : nous sommes au cinéma…
  4. D’aucuns (dont je fais partie) vous diront qu’il est beaucoup plus difficile de faire rire que pleurer.
  5. Garbo était à la MGM.
  6. Analogie pertinente.
  7. Il avait tourné un premier film en 1934 (Mauvaise Graine) avant de se concentrer sur l’écriture.
  8. Ca fait beaucoup de notes de bas de page, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Fitzmaurice, #Greta Garbo, #Espionnage
Mata Hari (George Fitzmaurice, 1931)

Mata Hari.

Ce nom seul évoque à la fois aventure et mystère, dans et espionnage.

Alors si en plus, c’est Greta Garbo qui l’interprète, nous passons dans une dimension supérieure, légendaire, voire mythique...

 

Il faut dire aussi que le 5 mars 1931 sortait Agent X 27, où Marlene Dietrich – la concurrente directe de Garbo à la Paramount  – interprète un même rôle d’espionne pendant la même guerre.

Qu’importe, la MGM veut proposer (toujours) plus grand. Ce sera un film sur une véritable figure de l’espionnage et de la séduction : Mata Hari (1).

Et qui d’autre que Greta Garbo pour interpréter une figure aussi charismatique ?

Depuis le succès d’Anna Christie où elle parlait enfin, Greta Garbo continue sa prodigieuse carrière et enchaîne les films plus mythiques les uns que les autres. Mais dans le même temps, elle se rapproche inexorablement de la fin de sa carrière, Mata Hari entrant parmi les dix derniers films tournés par l’actrice.

 

A ses côtés, Ramon Novarro est un jeune officier russe (tiens, tiens, l’agent X 27 espionnait auprès des soldats russes…), idéaliste et naïf, bien sûr, mais irrésistible malgré tout pour cette immense séductrice.

On trouve aussi deux piliers de la MGM : Lionel Barrymore (le général Shubin) et Lewis Stone (Andriani, le chef de l’intelligence allemande). Ces deux-là seront à nouveau avec Garbo dans son film suivant – Grand Hotel mais cette fois-là ce sera John, le petit frère de Lionel, qui la séduira.

Bref, rien n’est laissé au hasard pour produire un grand film, et accessoirement un succès au box-office. Ce fut un grand succès, mais malheureusement, le Code Hays, une fois entré en vigueur refusa d’accepter la re-sortie du film sans certaines coupes indispensables : la scène de la danse des voiles (il n’y en a pas 7) est bien sûr censurée, la performance de Garbo par là même édulcorée, voire amoindrie.

 

Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est sublime, encore une fois, dans ce rôle de femme réputée forte – sa seule maîtresse, déclare-t-elle – qui tombe amoureuse de ce jeune homme (2).

Et à cela deux raisons :

  • les tenues vestimentaires du célèbre Adrian (1903-1959), qui rappellent celles de la véritable Mata Hari, et qui étincelle à chaque ondulation du corps de Garbo. Et ces tenues extrêmement élaborées qu’elle porte en société, n’ont d’égal que la sobriété de son dernier costume – celui qu’elle porte en partant vers la mort – un ensemble entièrement noir, où seuls la tête et les mains ressortent, lui donnant une allure très moderne, au-delà de la période où sortit le film.
  • La caméra de William Daniels (3). Encore une fois, on ne peut que louer les différents cadrages du chef-opérateur utilisant avec bonheur (comme d’habitude) les jeux d’ombres et de lumière. Deux ombres ressortent du film : celle des soldats au tribunal alors que la sentence doit être prononcé ; et celle de Mata qui descend l’escalier avant de se rendre à l’exécution.

 

Si George Fitzmaurice n’est pas Clarence Brown (le meilleur selon moi pour diriger Garbo), il n’en demeure pas moins un grand réalisateur – The Son of the Sheik en témoigne – tournant à nouveau une très belle histoire d’amour avec la flamboyance nécessaire et surtout la grande star du moment (3).

Et si Ramon Novarro est un tantinet trop naïf, et tranche avec d’autres rôles précédents un petit peu plus viriles, Barrymore est toujours aussi magnifique, roué comme il faut dans cette histoire de faux semblants. Quant à Lewis Stone, il reste toujours aussi digne, malgré son appartenance au camp adverse.

 

Bref, l’année 1931 se termine très bien pour la MGM…

 

  1. Ce’ n’est pas la première apparition de cette femme au cinéma : en 1927, le cinéaste autrichien Friedrich Fehér propose déjà sa version, Mata Hari, die rote Tänzerin.
  2. Il a bien existé un jeune pilote qui devint aveugle après un accident d’avion, mais ce dernier n’a pas souhaité aller plus loin avec Mata Hari (la vraie) une fois ses forfaits révélés.
  3. Même quand elle se réveille, elle est magnifique…
  4. Après Rudolph Valentino, la Divine !
Margaretha Geertruida Zellei alias Mata Hari - Greta  Lovisa Gustafsson alias Greta Garbo

Margaretha Geertruida Zellei alias Mata Hari - Greta Lovisa Gustafsson alias Greta Garbo

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Brown, #Greta Garbo, #Drame
La Chair et le diable (Flesh and the Devil - Clarence Brown, 1926)

Clarence Brown à la mise en scène, William H. Daniels à la photographie, John Gilbert et Lars Hanson , et enfin Greta Garbo !

C’est un film mythique à plus d’un titre : une nouvelle légende se crée.

 

Près de vingt ans avant Bacall et Bogart – dans Le Port de l’angoisse – nous assistons donc à un couple de cinéma qui se crée : Greta Garbo et John Gilbert.

Si Gilbert fait figure de vétéran du cinéma, sa partenaire, découverte deux ans plus tôt dans le merveilleux film de Mauritz Stiller – La Légende de Gösta Berling – fait ici sa troisième apparition américaine (1), mais surtout la première d’une série de films avec Clarence Brown, le réalisateur des femmes. C’est aussi le premier avec Daniels qui saura toujours photographier la Divine avec beaucoup de soin et surtout de talent.

La légende qui naît va durer quelques années, avec des hauts et des bas, et surtout Louis B. Mayer qui gâchera tout, poussant par la suite Gilbert vers la sortie avant son décès en 1936, à même pas 39 ans.

Mais ceci est une autre histoire.

 

Ici, l’histoire est celle d’une amitié entre deux hommes qui ont grandi ensemble : Ulrich (Lars Hanson) et Leo (John Gilbert). Après avoir grandi ensemble, ils sont à nouveau réuni pour leur service militaire où ils vont même jusqu’à partager les corvées.

Inséparables.

Jusqu’au jour où lors d’une permission, Leo remarque une très belle femme : Felicitas Raden (Greta Garbo). Il la retrouve au bal et l’invite : c’est tout de suite l’amour fou entre eux deux. Mais la belle est mariée, et quand les amants sont surpris, Leo est provoqué en duel par le mari (Marc McDermott).

Le comte Raden tué (2), Leo doit s’exiler, laissant la belle Felicitas aux bons soins de son ami Ulrich.

Trois ans après, quand il revient, c’est pour voir que Felicitas a épousé Ulrich.

Mais ils s’aiment encore…

C’est donc un film sulfureux qui nous est exposé : un amour fou qui en arrive à toutes les extrémités, et donc une histoire qui se termine mal.

 

Ca commence comme une comédie, avec une série de gags qui plante le décor et nous fait connaître les personnages, dont l’un d’eux va devenir important dans cette histoire dont il n’est pas un protagoniste : le pasteur Voss (George Fawcett), qui sera toujours au mauvais endroit et au mauvais moment.  Du point de vue des deux amants s’entend.

Ce qui frappe le plus quand on (re) voit ce film, c’est la photographie de Daniels, et dans une majeure partie la caméra mobile. Brown réalise ici son film le plus inspiré (en attendant les autres qui viendront dès l’année suivante), utilisant absolument toutes les ressources de la caméra.

 

Ce sont des travellings, des gros plans qui retiennent l’attention sur des détails (3), et même une caméra subjective quand Ulrich tient en joue son ami.

Les points de vue sont absolument merveilleux, dont la main de Raden qui enserre les amants découverts, ou encore les surimpressions du visage de Felicitas pendant que Leo rentre d’Afrique, ce visage apparaissant en alternance avec le prénom dont l’écriture se greffe même à la perspective des roues du train…

C’est absolument éblouissant.

Sans oublier le souci constant de Brown de jouer avec l’ombre et la lumière. La (deuxième) rencontre entre les deux amants se fait au bal, où Leo invite la belle à danser, la caméra suivant leur évolution sur la piste jusqu’au moment où ils sortent sur la terrasse, dans l’ombre. Vient alors la scène (4) de la cigarette. L’allumette grattée par Leo éclaire seulement leurs visages jusqu’à ce qu’elle souffle dessus, plongeant les deux visages dans une pénombre relative. Relative parce que l’éclairage est fait à contre-jour et nous apercevons alors leurs deux visages s’embrasser…

Magnifique !

 

Et puis il y a Garbo. Le soin qui est mis à la photographier est d’une grande précision, mettant en valeur sers yeux bleus (5), et son visage d’une grande finesse, dont on a l’impression qu’il vieillit ou rajeunit en fonction des circonstances. Et à propos d’âge, on peut s’amuser de la voir considérer Leo comme un jeune homme, alors que John Gilbert avait tout de même huit ans de plus que Garbo. Pas étonnant que Gilbert soit tombé fou amoureux d’elle : comment résister ?

Garbo est absolument fabuleuse, d’une très grande sensualité, alliée à une légère teinte de scandale : lors de la communion, elle tourne le calice que lui tend le pasteur – calice sur lequel Leo a tout juste posé ses lèvres – pour pouvoir y boire exactement au même endroit.

Pas étonnant alors que la fin soit malheureuse…

 

 

  1. Et en plus, dans la même année !
  2. Encore une fois, Marc McDermott meurt avant la fin, et encore une fois avec Clarence Brown…
  3. Comme toujours chez Brown.
  4. D’anthologie, cela va sans dire…
  5. Ses yeux clairs, le film est en noir et blanc…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Greta Garbo
Anna Christie (Clarence Brown, 1930)

Garbo parle !

C’est avec cet argument que la MGM fit la promotion du film à sa sortie.

Il faut dire que le parlant a déjà deux ans quand sort ce film, et qu’on n’a toujours pas entendu la Divine.

Du fait que la star était avant tout suédoise et possédait, bien entendu un fort accent, les cadres de la MGM craignaient – avec raison – que son passage au parlant soit un fiasco total.

Alors ils ont attendu jusqu’au dernier moment, et ils se sont débrouillés pour mettre toutes les chances de leur côté.

 

C’est pourquoi Clarence Brown, sur un scénario de Frances Marion (adaptée d’une pièce déjà portée à l’écran en 1923), a préparé soigneusement l’apparition de la star : elle n’apparaît qu’une fois le premier quart d’heure passé !

Mais surtout, elle est fille d’un marin suédois, ce qui explique son accent (1).

Pour le restez, c’est un film quasiment sur mesure que nous propose Clarence Brown, retrouvant l’actrice pour la troisième fois (2), filmée magnifiquement par l’indispensable William H. Daniels.

 

Comme écrit plus haut, Garbo n’apparaît pas tout de suite. C’est d’abord une série de fausses pistes qui préparent le terrain pour son arrivée.

Le lion – Leo, le bien nommé – présente le film, bien sûr, mais sans rugissement, tout du moins audible, comme pour un film muet.

Puis la séquence d’ouverture nous présente l’intérieur d’une barge, où Marthy (Marie Dressler), écoute un disque entre deux verres.

Puis apparaît Chris Christofferson (George F. Marion), le père d’Anna. On comprend rapidement que ces deux-là vivent ensemble et ont la même propension à la boisson : ils vont d’ailleurs rapidement au bar du coin écluser quelques verres.

C’est là que le Destin intervient – ou ce satané océan (comme l’appelle Christofferson) – par l’intermédiaire d’une lettre : sa fille Anna va arriver.


Et dès qu’elle apparaît, la magie opère : “Gimme a whisky, ginger ale on the side, and don't be stingy, baby!”.

Elle a son accent, comme prévu, mais elle a surtout une voix chaude et légèrement grave qui va avec son personnage de femme fatale et ajoute au mythe.

C’est réussi : Garbo sait parler.

 

Mais si Garbo nous enchante avec sa voix, c’est le duo Dressler-Marion qui nous enchante. Marie Dressler surtout, en femme alcoolisée, plus toute jeune mais assumant son âge avancé, et essayant de maintenir un semblant de dignité malgré son ivresse.

Quant çà George F. Marion, il est un drôle de père, alcoolisé lui aussi (3), mais obligé, un moment, de jouer le rôle du père digne et à peu près sobre, ce qui amène une belle scène de retrouvailles : le père, déjà bien avancé, et la fille (qui a déjà bu deux whiskies) qui trinquent avec une petite bière (pour lui) et deux doigts de Porto (pour elle), chacun des deux voulant sauvegarder les apparences.

 

Et puis il y a le deuxième instrument du Destin : Matt Burke (Charles Bickford). C’est un marin qui a fait naufrage et que les Christofferson recueillent dans leur barge.

C’est un homme fort, un tantinet fruste, qui ressemble – physiquement – au McTeague de Stroheim (4).

Dès leur première rencontre, il essaie d’abuser d’elle. Mais c’est mal connaître Anna, et surtout oublier que le scénario a été écrit par Frances Marion, proposant, comme d’habitude, une femme qui est tout sauf faible, l’aura de la star ajoutant à la force de son personnage.

 

Ce sera alors une suite de confrontations entre Anna et les deux hommes, ou les deux hommes entre eux – la jalousie du père voyant d’un mauvais œil sa fille le quitter – ou le jeune homme imposer sa loi à une relique du passé… Mais à chaque fois, Anna aura le dernier mot : c’est elle, et elle seulement, qui commande ces deux hommes.

 

Autrement, les images de Daniels sont toujours aussi belles, il filme Garbo comme lui seul savait le faire, donnant une autre dimension de sa mélancolie, et donnant de l’éclat à ses moments heureux.

On sent encore l’influence du cinéma muet, des intertitres venant s’ajouter à la narration, et on retrouve quelques plans un tantinet trop longs, ralentissant l’intrigue sans raison apparente.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Garbo est belle, Garbo est une femme forte, mais surtout Garbo parle, ce qui nous ramène au début…

 

 

P.S. : à noter une vue panoramique de New York avec l’Empire State Building en fin de construction. Il sera inauguré un an plus tard, le 5 mai 1931.

 

  1. En partie, après 15 ans passés aux Etats-Unis, son accent aurait dû un tantinet disparaître : elle n’avait que 5 ans quand son père l’a confiée à sa famille.
  2. Il y en aura quatre autres.
  3. Ces deux-là ne sont jamais montrés sobres
  4. Cf. Les Rapaces.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Greta Garbo, #Monta Bell, #Muet, #Drame
Le Torrent (The Torrent - Monta Bell, 1926)

Elle est jeune et belle. Elle est amoureuse. Elle s’appelle Leonora (Greta Garbo).

Il est jeune et beau. Il est amoureux. Il s’appelle Rafael (Ricardo Cortez).

Entre eux deux – parce que ce n’est pas un amour heureux – Doña Bernarda Brull (Martha Mattox), la mère de Rafael.

Doña Bernarda, c’est l’archétype de la duègne : sèche et mauvaise. Son ambition : faire de son fils un député comme l’était son père.
Alors pour ça, il faut écarter Leonora…

 

« La vie ne vaut d’être vécue sans amour, et c’est vous qui l’avez voulu, mon amour. » Ce vers de Gainsbourg s’applique très bien à ce film de Monta Bell. Car nous assistons à un incroyable gâchis, dû au manque d’amour.
Leonora et Rafael auraient dû s’aimer. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Mais la vieille Doña Bernarda veillait et va tout faire pour s’opposer cet amour « honorable », comme le qualifie Rafael. L’honorabilité est d’ailleurs le seul moteur de la famille Brull. Et C’est en son nom que Rafael va renoncer à son bonheur.

Il faut ajouter que Doña Bernarda est conseillée par l’infâme Don Andrés (Tully Marshall), abject à souhait. C’est à chaque fois lui qui tue l’amour dans l’œuf, à chaque renaissance.

Reste un amour contrarié avec une Greta Garbo qui tournait là son premier film aux Etats-Unis. Belle, toujours belle, mais triste, comme souvent. Cette femme sublime qui souffre pour celui qu’elle aime : coiffée d’un châle noir, et filmée par William H. Daniels, elle est magnifique (Ce dernier tournera encore beaucoup avec Garbo, pour notre plus grand plaisir).

Quant au torrent dont il est question, il fait des siennes et nous permet de vivre une belle séquence de catastrophe, quand il déborde et engloutit tout sur son passage.

Le mythe Garbo va naître : elle est déjà (très) belle (je crois que je l’ai déjà dit), et joue un rôle de femme fatale à la moralité douteuse. Cette moralité douteuse qui ne devrait pas l’être sera – déjà – sa perte, ou plutôt celle des amants.

Il est dommage que ce ne soit que Ricardo Cortez qui partage la vedette avec elle (il est d’ailleurs en tête d’affiche. Mais la MGM n’a pas voulu prendre trop de risque avec cette jeune Suédoise qui débarquait à Hollywood. Dommage. Un latin lover comme Ramon Novarro (ou mieux encore, Rudolph Valentino) aurait pu donner un peu plus d’épaisseur à cet homme faible, dirigé par sa mère.

 

Mais rassurons-nous : les deux films suivants de Garbo seront à la hauteur et créeront le mythe !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Edmund Golding, #Greta Garbo, #Joan Crawford, #John Barrymore, #Lionel Barrymore, #Drame
Grand Hotel (Edmund Golding, 1932)

Berlin, au Grand Hotel (il y en a un dans chaque grande ville du monde !).

Senf, le chef des chasseurs, est inquiet : sa femme doit accoucher.

Preysing (Wallace Beery), PDG d’une fabrique de tissus, est inquiet : une réunion en vue d’une fusion doit se tenir, qui sauverait son entreprise.

Fraulein Flaemm (Joan Crawford) – Flaemmchen pour les intimes – n’est  pas inquiète : elle est là pour servir de sténo à Preysing.

Otto Klingelein (Lionel Barrymore) n’est plus inquiet : il sait qu’il est condamné pour la maladie, alors il profite de la vie une dernière (première ?) fois en s’installant dans l’hôtel.

Otternschlag (Lewis Stone) est un docteur font le visage a été ravagé par une grenade pendant la grande Guerre. Absolument pas inquiet. De toute façon, pour éviter de l’être, il y a l’alcool.

Grusinskaya (Greta Garbo) est une danseuse étoile en tournée dans la ville : elle a beau être une grande artiste, elle est seule, et ne veut plus danser.

Enfin, le Baron Felix Benvenuto Frihern von Geigern (John Barrymore) est le plus inquiet : car s’il n’est baron que par le titre, il est en grand danger s’il ne rembourse pas ses dettes de jeu.

Tous ces gens se trouvent, se retrouvent, se croisent au Grand Hotel.

Tous ces destins épars ont un dénominateur commun : le baron. Un gentleman pour les uns, un insolent pour Preysing, un ami pour Klingelein, un amant pour Grusinskaya, un rat d’hôtel pour le spectateur. Mais c’est surtout le révélateur de l’intrigue. C’est par lui que les destins s’accomplissent, sacrifiant son propre bonheur pour les petits : Klingelein et Flaemmchen.

Parce que ces deux-là n’ont pas l’habitude du train de vie du Grand Hotel. Ce sont des occasionnels : Klingelein avant de mourir, Flaemmchen sur commande de Preysing. Mais ce sont eux les véritables gagnants de cette histoire. Peut-être parce qu’ils n’appartiennent pas à ce monde d’opulence, tout simplement.

Tous cherchent le bonheur – sauf le docteur qui préfère l’alcool – chacun à son niveau : Klingelein veut s’amuser une dernière fois – et finalement, ce sera aussi la première fois ; Flaemmchen, séduite par le baron, rêve d’une vie meilleure et surtout de plus d’argent ; Preysing rêve d’une fusion pour renflouer son affaire ; Grusinskaya rêve d’amour ; Geigern rêve de trouver un moyen de se tirer de l’embarras ; et Senf espère que l’accouchement de sa femme sera vite terminé.

Mais le destin veille et tous ne seront pas exaucés.

En attendant la résolution finale de ces tranches de vie, on prend beaucoup de plaisir avec ce casting de rêve :

- Greta Garbo est plus divine que jamais, toujours enveloppée dans des tenues, qui, si elles sont raffinées, sont tout de même bien fines : n’oubliez pas que c’était une Scandinave pour qui la nudité n’était pas honteuse… Mais le code Hays va changer tout ça…

- Joan Crawford est encore dans une période où elle sourit facilement, mais ce n’est pas une « petite » sténo. Elle sait ce qu’elle veut et est prête à tout pour ça, même à être agréable à ce gros salaud de Preysing.

Et puisqu’on parle de Wallace Beery, il était sur une pente ascendante depuis The Champ et était des rôles burlesques du cinéma muet.

- Lewis Stone est toujours impeccable, tiré à quatre épingles, mais irrésistible quand une bouteille pointe son nez.

- Les frères Barrymore enfin, dans deux rôles opposés mais quand on dit que les contraires s’attirent, on en a une très belle illustration. John est un magnifique « grand seigneur », alors que Lionel est un homme d’une bonté merveilleuse. De plus, on sent une complicité et une émotion passer entre eux dans les scènes qui les réunissent.

 

Et à la fin, quand on voit Klingelein et Flaemmchen partir, vite remplacés par un couple de jeunes mariés, on se dit que le docteur Otternschlag a peut-être raison : « Les gens vont, les gens viennent, il ne se passe jamais rien. »

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