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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

suspense

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Suspense, #Henry Hathaway
A vingt-trois Pas du mystère (23 Paces to Baker Street - Henry Hathaway, 1956)

Phillip Hannon (Van Johnson) vit dans un appartement londonien, au bord de la Tamise. Un jour qu’il va au pub, il surprend une conversation entre deux personnes. Il y est question d’une Mary et d’une entreprise criminelle.

Intrigué, il rentre chez lui et prévient la police. Bien entendu elle ne le croit pas : Hannon est un dramaturge célèbre et on attribue ce complot à son imagination fertile.

Et surtout, si on ne le prend pas vraiment au sérieux, c’est parce qu’il est aveugle…

 

Hitchcock a fait un émule !

En effet, l’intrigue, par certains aspects rappelle Fenêtre sur Cour sorti deux ans plus tôt : un personnage handicapé soupçonne une entreprise criminelle. Mais alors que John Michael Hayes (James Stewart) avait les jambes (provisoirement) paralysées et observait, Hannon se déplace mais ne voit rien. Ici aussi, il est aidé par une belle jeune femme, Jean Lennox (Vera Miles). Quant au final, il oppose encore une fois notre héros handicapé et le méchant dans son appartement.

Bref, une intrigue hitchcockienne à souhait, filmé avec beaucoup de maîtrise par Hathaway, servi par un trio à la hauteur de l’enjeu.

 

Van Johnson interprète cet aveugle qui joue au détective avec beaucoup de crédibilité, tout en s’en amusant : la séquence qui donne son titre au film voit un homme perdu dans le brouillard à cause de ses lunettes (épaisses), et c’est lui, aveugle, qui indique le chemin ! Mais la plupart du temps, il se comporte comme un véritable aveugle, même si nous ne nous en rendons pas tout de suite compte : à l’instar de la tenancière du pub (Estelle Winwood), nous découvrons fortuitement sa cécité. En effet, c’est une fois la conversation surprise et ses protagonistes partis que nous comprenons qu’il n’a pu qu’entendre ces deux personnes.

A ses côtés, Vera Miles est impeccable en femme amoureuse d’un homme qui devait l’épouser mais n’a pas pu suite à un accident qui lui a coûté la vue (en 1941). Elle ne se contente pas d’accompagner cet homme, mais participe à cette enquête singulière, devenant momentanément ses yeux. Sa prestation avant la séquence d’affrontement entre Hannon et le chef du complot est pleine de force et de conviction. Elle est aussi un autre lien avec Hitchcock, après avoir joué dans Revenge l’année passée, elle sera à nouveau à l’affiche à la fin de l’année dans Le faux Coupable (décembre 1956).

Mais c’est Cecil Parker (Bob Matthews, majordome de Hannon) qui remporte mes suffrages. Il représente magnifiquement l’archétype du majordome british, flegmatique à souhait tout en étant très attachant. On sent d’ailleurs des liens forts entre Hannon et Matthews. Son rôle d’ange gardien de Phillip couplé à celui d’être ses yeux le rendent indispensable à l’intrigue, De plus, Cecil Parker a lui aussi tourné avec Hitchcock (The Lady vanishes, 1938).

 

Quant aux méchants, ils sont trois aux pratiques radicales (un cadavre à l’arrivée, une femme tuée à coups de couteau), mais manquent tout de même d’épaisseur. Il faut dire que la cécité de Hannon prend le pas sur le reste de l’intrigue, laissant moins de place aux autres protagonistes.

La séquence (presque) finale qui voit Hannon attaqué par une personne qui lui veut du mal est magnifiquement rendue, jouant sur la lumière et surtout son absence, permettant à Hannon d’avoir une chance de s’en sortir face à un adversaire voyant : tous les deux sont dans le noir, sans oublier l’utilisation des bandes magnétiques pour susciter le trouble dans l’esprit de son agresseur.

 

Un dernier mot à propos du titre : si le traducteur a préféré parler de mystère, le titre original fait référence à la rue Baker (Baker Street) dont le locataire du 221B n’est autre que le célèbre Sherlock Holmes. C’est donc cette rue que recherche l’homme aux lunettes épaisses que Hannon conduit. Cette référence est tout sauf anodine : à l’instar du célèbre détective, c’est de chez lui Hannon résout cette énigme, et c’est chez lui qu’a lieu l’affrontement final qui voit, bien entendu, le Bien triompher du Mal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Alfred Hitchcock
L'Homme qui en savait trop (The Man who knew too much -Alfred Hitchcock, 1934)

Jill & Bob Lawrence (Edna Best & Leslie « Zaroff » Banks) sont à Saint Moritz avec leur fille Betty (Nova Philbeam). Jill (Edna Best, donc) y participe à un concours de tir aux pigeons (d’argile). Il y a aussi un concours de ski où un ami des Lawrence fait une descente remarque, Louis Bernard (Pierre Fresnay).

Plus tard dans la soirée, Bernard est tué et laisse un message étrange à Jill : il était agent secret et quelque chose de terrible se tramait. Mais Jill et Bob n’ont pas le temps d’avertir qui que ce soit : leur fille est enlevée et ne leur sera rendue vivante que s’ils se taisent…

 

Après le terrible Chant du Danube (Waltzes from Vienna), Hitchcock est de retour dans son domaine de prédilection : le suspense. Et malgré l’acharnement du producteur C.M. Woolf qui n’aimait pas le film, Hitchcock non seulement s’en tire magnifiquement, mais en plus le film fut un succès (mérité). Il faut dire que le grand Alfred fait montre ici d’une grande maîtrise, utilisant les différents éléments qui font son cinéma : des mouvements de caméra, détails pertinents et bien sûr, une héroïne blonde.

De plus, on y découvre un méchant plutôt réussi : Abbott (Peter Lorre) avec cicatrice et mèche de cheveux blancs. Et ce méchant est d’autant plus réussi que Lorre ne parlait pas vraiment l’anglais, ayant appris une version phonétique de son rôle. Et grâce à lui, Hitchcock confirme que la réussite du méchant entraîne celle du film. Mais Abbott ne suffit pas, puisqu’il lui a été adjoint quelques acolytes dont Ramon Levine (Frank Vosper), champion du concours de tir face à Jill.

 

Et ce concours de tir, qui ne semble qu’anecdotique va devenir la séquence primordiale du film. Non seulement on y rencontre tous les protagonistes importants, mais en plus, se met en place toute l’intrigue criminelle qui commencera par l’assassinat de Bernard et se terminera par l’exécution du même Abbott, après l’attentat raté contre un dignitaire étranger (Arnold Lucy), par le même Ramon Levine.

En effet, l’accident de Bernard (il tombe pour éviter la jeune Betty) va mettre ce dernier en contact avec Abbott qui le reconnaîtra, et par conséquent le fera abattre (on devine alors par qui), amenant cette famille sans histoire dans un complot de dimension internationale.

 

Ce concours va aussi permettre la résolution finale : le sauvetage de la jeune Betty. Sa mère, qui est donc une championne de tir – elle perd à cause d’Abbott – sera à même d’atteindre celui qui menace sa fille sans toucher cette dernière.

Et que fait Abbott pour déconcentrer Jill ? Sa montre va sonner, amenant Jill à décaler sensiblement sa visée et manquer le projectile. Ce manqué annonce celui de Levine au Royal Albert Hall : elle va crier pendant le soupir (1) qui précède le coup de cymbales, faisant dévier à son tour le tir de Levine.

On peut alors dire que la montre d’Abbott est le mcguffin (2) du film : outre ces deux utilisations pertinentes, c’est elle qui permettra à la police de débusquer définitivement ce répugnant personnage, sonnant au mauvais moment et le révélant alors aux policiers.

 

Et Hitchcock ?

Il faut de bons yeux, mais surtout savoir que c’est lui : après la demi-heure du film, Bob sort de chez un dentiste accompagné de Clive (Hugh Wakefield), et parmi les personnes qu’ils croisent, on trouve un (gros) homme dans un manteau de pluie. On devine plus qu’on ne voit qu’il s’agit d’Hitchcock…

 

  1. Un temps de silence.
  2. Non, celui-ci ne sert pas non plus à chasser les lions dans les montagnes d’Ecosse.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #Suspense, #Alfred Hitchcock
Les 39 Marches (The 39 Steps - Alfred Hitchcock, 1935)

Que dire de nouveau sur ce film archiconnu, vu plus de mille fois depuis son premier passage à la télévision ?

Tout d’abord que (presque) 90 ans après, cela fonctionne toujours aussi merveilleusement bien.

On y retrouve tous les thèmes chers à Hitchcock, de l’espionnage, en passant par l’innocence accusée sans oublier la sexualité, véritable leitmotiv de ses films jusqu’au « passage à l’acte » de Frenzy. Et j’allais oublier : l’humour!

 

Nous avons donc un jeune Canadien qui répond au nom de Richard Hannay (Robert Donat), enfin pas trop depuis l’assassinat de la mystérieuse Mrs. Smith (Lucie Mannheim) dans son appartement.

Qui l’a tué ? Une bande de malfaiteurs spécialisés dans le vol de secrets d’état répondant au nom de « 39 Marches ».

Nous assistons alors à une traque double : d’un côté un homme innocent poursuivi par la police pour ce crime qu’il n’a pas commis ; de l’autre cet innocent qui poursuit  « le professeur » (Godfrey Tearle), responsable de la situation et surtout chef du sinistre réseau.

 

Tout commence et se finit au music-hall, là où Hannay regarde un numéro « exceptionnel » : Mr. Memory (Wylie Watson) qui a mémorisé (d’où son nom) des informations (50 par jour !) et se propose de répondre aux questions (sérieuses) des spectateurs.

Entre les deux interventions de ce personnage fort étonnant, une aventure pleine de rebondissements où Hitchcock s’amuse et amuse le spectateur, jouant avec les différentes possibilités qu’offre le cinéma : visuelles et sonores.

 

Passons vite sur « l’effet spécial » : un hélicoptère (rudimentaire) qui est utilisé dans la traque d’Hannay. A moins que ce ne fût pour montrer l’éventail des différents moyens de Scotland Yard, cet engin volant est clairement incrusté, et surtout ne sert pas beaucoup l’intrigue.

Par contre, l’utilisation du son est des plus remarquables, une constante depuis Blackmail : la gardienne (concierge) qui découvre le cadavre de Mrs Smith et qui crie alors que nous entendons la sirène du train reste à ce jour (et à mon avis) l’une des plus belles utilisations du son au cinéma.

 

Bien sûr, l’association Robert Donat-Madeleine Carroll (Pamela), fonctionne à merveille : une opposition qui se transforme en jeu amoureux dans une situation de crise contribue au succès du film et à ce qu’on appellera alors la « Hitchcock touch ».

Outre son obsession de l’innocence accusée (1), on retrouve cette sexualité larvée qui émaille son œuvre.

C’est d’abord Mrs. Smith (encore elle), qui s’invite chez elle, sans occulter quelque sous-entendu qui ne sont alors plus équivoque. Mais ce sont aussi les vendeurs de gaines et autres articles féminins qui parlent de leur marchandise avec aisance pendant qu’un voyageur troublé les quitte.

Et puis il y a Pamela. Elle se retrouve enchaînée à Hannay et doit partager son intimité (2), sous l’œil bienveillant d’une aubergiste (Hilda Trevelyan) qui les prend pour un couple d’amoureux qui s’est enfui. Cette histoire n’en est pas vraiment une : ils sont en fuite mais certainement pas un couple d’amoureux. Enfin pas encore.

Alors quand Pam doit enlever ses bas, on voit la main de Hannay qui suit ses mouvements et par la même occasion caresse (involontairement ?) ses jambes.

 

Et puis il y a l’humour, indissociable des films du maître. Il est de plusieurs sortes : du plus vulgaire (l’âge de Mae West, et autres réflexions des spectateurs du music-hall) au plus subtile (les réflexions autour des cantiques), c’est une bonne dose de cet humour anglais si particulier.

 

Bref, Les 39 Marches est un film réussi à plus d’un titre : non seulement il est réalisé de main de maître, mais en plus, le pari des producteurs se révèle payant. Hitchcock confirme qu’il est un grand directeur et que le succès de L’Homme qui en savait trop l’année précédente n’était pas un accident.

Hitchcock est un grand et cela va se savoir. Au point qu’il sera bientôt demandé à Hollywood.

Mais vous vous en doutez bien : ceci est une autre histoire…

 

  1. Enfant, Hitch fut enfermé (très) brièvement au poste de police à la demande de son père : cette expérience traumatisante le poursuivra toujours, et peut expliquer ses nombreux héros qui doivent se disculper, en plus de sauver leur entourage ou leur pays.
  2. Jusqu’à un certain point défini par la morale (stricte) anglaise : et de toute façon, les personnages de cinéma n’ont pas besoin d’aller aux toilettes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Suspense, #Drame, #Henri-Georges Clouzot
Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

Une institution scolaire privée à Saint-Cloud.

Dans cette institution, un directeur tyrannique.

Mais surtout, dans cette institution, deux femmes qui en ont assez de ce tyran et décident de s’en débarrasser.

 

C’est une histoire peu banale que nous propose le maître Henri-Georges Clouzot, que cet assassinat, programmé donc, par ces deux femmes qui furent un temps rivales.

Mais si l’histoire est extraordinaire – diabolique est bien le mot juste – les personnages eux le sont beaucoup moins.

ON retrouve – comme (presque) toujours chez Clouzot – des gens ordinaires, avec leur petite vie ordinaire voire étriquée. Des gens juste assez mesquins pour être crédibles, et dans l’ensemble peu glorieux.

Les seuls qui échappent à cette bassesse humaine sont les enfants. Ils ne sont pas encore contaminés par leurs ainés. Mais il n’y a aucun doute qu’un jour ils le seront. Il suffit de relever la réflexion de l’un d’eux qui n’a pas descendu ses affaires pour partir : « Mon chauffeur ira l’prendre, il est payé pour ça ! »

 

Et pour illustrer cet humanité vile et veule, on retrouve quelques habitués des films de Clouzot : Pierre Larquey (M. Drain), en professeur de latin (entre autres), à la diction légèrement éraillée, bien heureux de la disparition du directeur, tout comme son collègue M. Raymond (Michel Serrault, un jeune débutant qui ira loin), et qui profitent de l’occasion pour savourer leur vin ; Noël Roquevert, toujours fidèle aux rôles un tantinet commandeur dans le genre vieille ganache, irascible et vindicatif quand il, s’agit d’écouter Zappy Max à la radio, mais tout sucre tout miel quand il faut aider sa propriétaire – Melle Horner (Simone Signoret) – en lui faisant bonne figure ; bref, répugnant à souhait.

 

Et puis il y a les autres.

Michel Delassalle (Paul Meurisse, magnifique, comme toujours), le directeur, un magnifique salaud qui n’hésite pas à humilier sa femme devant ses collègues voire les enfants. Abject. Ce n’est d’ailleurs pas un grand mal pour le spectateur de le voir se faire tuer par ces deux femmes.
Melle Horner, la « favorite » comme l’appelle Drain, le cerveau de l’affaire. C’est une femme de tête, forte, et déterminée. Elle a du courage pour deux, et même plus. Elle en impose à tous – sauf au directeur, bien sûr, mais ce n’est pas grave, il sera tué (1) - mais ressent malgré tout les affres de la culpabilité.
 

Et aussi Christina (Véra Clouzot), une femme malade du cœur (2) mais qui tient malgré tout magnifiquement son rôle dans cette opération criminelle sordide. Elle est elle aussi magnifique dans cette interprétation. Quand on sait ce que demandait Clouzot à ses interprètes pour obtenir l’effet recherché, on sent bien que le tournage fut difficile pour Véra qui, même si elle était son épouse, n’eut pas droit à un traitement de faveur.

 

Enfin, il y a Charles Vanel (le commissaire Fichet). C’est un vieux de la vieille – il est retraité de la police – et a une façon très particulière de s’occuper de son affaire. Il est toujours là quand il ne faudrait pas – à la morgue, dans la chambre de Christina – essayant à chaque fois de rallumer un vieux mégot de cigare. On dit que l’inspecteur Colombo l’aurait eu pour modèle d’une certaine façon. Et je veux bien croire cette histoire tant ce policier, au premier abord bien inoffensif, ne l’est pas vraiment. C’est aussi pour Vanel une occasion d’interpréter un personnage plus sympathique que Jo, le truand qui se « déballonne », dans le film précédent de Clouzot. Et il faut croire que l’expérience lui fut appréciable puisqu’il sera de nouveau avec le Maître dans La Vérité (3).

 

Un film magnifique où cette histoire somme toute incroyable est validée par l’humanité de ces protagonistes, des gens ordinaires qui se retrouvent dans une situation qui ne l’est plus.

 

Alors, en quoi ces gens sont-ils diaboliques ? Ca, il vous faudra le découvrir vous-mêmes (4)…

 

 

(1) Oh pardon, il ne fallait peut-être pas le dire…

(2) Elle mourra en 1960, d’une crise cardiaque…

(3) On y retrouvera aussi Paul Meurisse, qui rivalisera d’effets de manche avec lui

(4) Comme le demande le carton final, je ne serai pas diabolique et ne vous révèlerai rien.

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955)

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