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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom McCarthy
Spotlight (Tom McCarthy, 2015)

Spotlight, c’est le nom d’une équipe de journalistes du Boston Globe, un journal « local ».

C’est surtout l’équipe de journalistes d’investigation qui a mis au jour un scandale retentissant : la pédophilie dans l’église de Boston. Ce sont plusieurs dizaines de prêtres qui ont abusé sexuellement des enfants – quelques milliers (1) – couverts par leur hiérarchie et en particulier le Cardinal Law (Len Cariou).

 

Tim McCarthy aborde ici un genre qui a toujours eu beaucoup de succès aux Etats-Unis : le journalisme. Si la presse est régulièrement utilisée dans les films, c’est avant tout pour donner un cachet d’authenticité à l’intrigue traitée : on cite même des journaux ayant pignon sur rue afin de donner une touche réaliste à une histoire complètement inventée.

On trouve aussi des films où la presse n’a pas toujours le beau rôle, il suffit de revoir quelques films de Capra pour s’en rendre compte. Et puis il y a les films où la Presse garde toute sa noblesse, mettant en lumière certaines informations qu’on aurait aimées restées secrètes. Ce fut le cas pour Les Hommes du Président, qui mettait en évidence le travail acharné de deux journalistes qui mirent en évidence un scandale qui amena la destitution de Nixon.

Mais la plupart du temps on y traite des histoires plutôt véridiques, ce qui est le cas dans ce film.

 

Si le film de Pakula révélait _un scandale national, celui-ci dépasse les frontières. En effet, l’institution visée par ces scandales pédophiles est implantée dans le monde entier depuis quelques siècles, ce qui rend le propos du film plus important qu’il ne paraîtrait : au nom de quoi ce scandale n’affecterait-il que les Etats-Unis ? Le générique de fin finit de nous informer là-dessus : nous avons la liste de nombreuses villes américaines et du reste du monde où des cas similaires ont été recensés, à chaque fois couverts par une hiérarchie bien embêtée.

 

Mais nous nous intéressons ici à Boston. Il y a dans la façon de traiter le sujet un véritable sérieux où chacun semble interpréter un rôle qui va au-delà du personnage attribué. On sent – chez Mark Ruffalo (Mike Rezendes) et Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer) par exemple – des acteurs concernés par cette sombre histoire. On sent aussi un malaise grandir chez Michael Keaton (Walter Robinson), qui s’expliquera mais n’enlève rien à l’histoire, bien au contraire.

 

[Spoiler : passez au chapitre suivant si vous voulez découvrir par vous-même. Je vous donne rendez-vous après votre visionnage]

D’une certaine mesure, la « bourde » de Robinson – il n’a pas traité une information cruciale dans cette affaire – accentue la volonté pérenne de ce genre d’affaire : si la prescription des faits permet à de nombreux violeurs d’éviter la prison, l’information reste malgré tout pertinente, et doit donc être diffusée : « mieux vaut tard que jamais ».

 

Bien que l’Eglise n’est pas réputée pour utiliser des gros bras afin d’étouffer des affaires, on sent que des choses se sont tramées dans l’ombre et continuent de l’être. A un seul moment, pourtant, on a l’esquisse de ces menaces : Robinson rencontre un ancien de son école qui lui fait comprendre que sa situation après publication risque d’être beaucoup moins confortable.

Mais nous ne sommes pas chez Dan Brown (ou Ron Howard, ça dépend de la version que vous préférez du Da Vinci Code) et pas de tueur dévoué à la cause viendra s’en mêler.

Et c’est reposant aussi, une intrigue normale, où on rend hommage – comme l’avait Pakula – au professionnalisme des journalistes, surtout dans une époque où on ne va pas toujours chercher la vérité et qu’une fausse info sensationnelle fera toujours plus de chiffre qu’une vérité qu’on a cherché longtemps à découvrir et qui se révèle, sinon moins spectaculaire, certainement plus importante.

Et la liste finale des différentes affaires est somme toute bien courte quand on songe à toutes les autres qui ont été dissimulées. Sans parler du fait que cette attitude criminelle a perduré pendant de très nombreuses années, pour ne pas dire des décennies voire des siècles.

.

Mais autrefois, on n’en parlait pas, ou pire, c’était normal.

 

 

(1) A la sortie du film, 1000 victimes étaient encore vivantes.

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