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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Ford
Du Sang dans la prairie (Hell Bent - John Ford, 1918)

Un romancier reçoit une commande de son éditeur : raconter l’histoire d’un homme normal, ni bon ni mauvais, dans des situations ordinaires. Ce romancier va prendre comme base un tableau A Misdeal de Frederic Remington (1861-1909), immense peintre américain qui a su croquer sur le vif ce far West américain qui va émailler le cinéma de John Ford.

Après une partie de cartes qui tourne mal, Cheyenne Harry (Carey) qui a plus d’un atout dans sa manche (1), fuit et se réfugie à Rawhide, ville qui vit sous la coupe de Beau Ross (Joe Harris), un bandit notoire. Il y fait deux rencontres déterminantes : Cimmaron Bill (Duke R. Lee) et Bess (Neva Gerber). Le premier lui apportera une amitié indéfectible, la seconde un peu plus…

 

John Ford continue à installer son Far West, prenant déjà appui sur le travail pictural de Remington, s’appuyant sur le jeu – et l’écriture – de son interprète principal, Harry Carey. Il va rapidement sortir du cadre de l’artiste peintre pour installer son microcosme dans une bourgade proche du Rio Grande (2). Comme nous ne sommes qu’en 1918 quand sort le film, ce microcosme est très réduit et tourne autour d’un lieu emblématique : le saloon qui sert de salle de danse et d’hôtel. C’est d’ailleurs là que notre héros va rencontrer Bill, amenant une séquence comique (indispensable chez Ford) autour de la chanson traditionnelle Sweet Genoveve, qu’ils massacrent allègrement !

 

Bien sûr, le personnage de Harry est inspiré de ceux William S. Hart, et le titre original, même s’il n’exprime pas la même chose (3), fait écho à Hell’s Hinges, avec ce même cow-boy. Ici aussi, d’ailleurs, le héros débarrasse la ville de son parasite, sans pour autant la réduire en cendres.

Mais alors que Hart est un archétype de héros de western, Harry ici est beaucoup plus ordinaire : on retrouve écho de la commande initiale de l’intrigue. Cheyenne Harry est un homme fruste comme l’indique son comportement envers Bess au saloon.

 

Et cette même Bess annonce de son côté ces femmes fortes qui vont se développer tout au long du parcours cinématographique de Ford. Certes, on n’en est pas encore à la conduite de Mildred Natwick avec Victor McLaglen dans La Charge héroïque (4), mais le regard noir de Neva Gerber est très éloquent. Et si cela ne vous semble pas suffisant, j’ajouterai que c’est elle qui va prendre en main la destinée de sa famille, son frère Jack (Vester Pegg) n’assumant plus rien après avoir été renvoyé de la Wells Fargo : leur mère a besoin d’argent et Bess va se faire embaucher au saloon. Là encore, nous retrouvons un élément essentiel du monde fordien : la famille.

 

Je terminerai en regrettant l’état général de la copie disponible : certes, les images sont en bon état, mais comme il s’agit d’une édition retrouvée en République Tchèque, retravaillée lors de sa sortie. Les raccords du montage ne sont pas toujours ceux que les spectateurs américains de 1918 ont pu voir.

Mais comme c’est John Ford, ça ne gâche pas trop notre plaisir…

 

  1. Il en a dans plusieurs poches et ce sont essentiellement des as, indispensables pour gagner au poker, sauf quand cela tourne mal…
  2. C’est pratique pour se réfugier de l’autre côté quand on est recherché par la Justice…
  3. On pourrait traduire par acharné : Harry irait jusqu’en enfer pour réaliser son dessein (merci professeur Allen John). Encore une fois, le traducteur français s’est fait plaisir. C’est sûr que c’est plus vendeur…
  4. Là encore très influencé par le travail de Remington.
A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

A Misdeal (Frederic Remington, 1897)

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