Dev Patel (« Kid ») a mûri. Il s’est laissé poussé la barbe et n’a plus l’allure du jeune homme un tantinet gauche, ressort comique plus ou moins volontaire.
Il est ici un lutteur, orphelin, dont la mère a été tuée par le chef de la police indienne, Rana Singh (Sikandar Kher). Son but dans la vie : venger sa mère de celui qui l’a tuée et de son commanditaire.
Mais même s’il est habitué à encaisser, s’attaquer à Rana est autre chose qu’un combat arrangé. Et la première rencontre se termine plutôt mal. Par contre, la deuxième rencontre qui se profile penche nettement plus en sa faveur…
Autant le dire tout de suite, ce premier film de Dev « slumdog » Patel est très violent. Et ce malgré l’utilisation – pertinente – de la musique. Il n’y a pas de ballet à véritablement parler, et les coups – et les morts – s’enchaînent à un rythme effréné, et de manière peu feutrée.
Et, outre la violence physique déployée par ce drôle de héros, nous assistons à une violence politique personnalisée par le même Rana, et régie par une alliance qui a fait ses preuves depuis de nombreux siècles : le pouvoir (et la police) et la religion.
Et Patel nous expose progressivement les liens entre ces deux institutions régnantes : de nombreux flashbacks qui émaillent la première partie avant d’être regroupés par une longue séquence qui nous permet de comprendre comment il en est arrivé là.
Certes, cette histoire est celle d’une vengeance ordinaire – pour le cinéma – alors il faut y trouver l’intérêt ailleurs : Patel révise ses classiques et on peut – croit ? – y trouver quelques références antérieures.
La vengeance et le déferlement de violence qui s’en suit nous ramène bien sûr à Gangs of New York (2002), mais le dernier affrontement lui, nous rappelle celui d’Opération Dragon. Sans oublier une poursuite en voitures (derrière) alors que notre héros pilote le tuk-tuk (rickshaw) d’Alphonso (Pitobash), tel James Bond dans Octopussy (1). Quant à la préparation physique, vous pouvez en trouver un peu partout, Alors ce qui la distingue des autres, c’est l’accompagnement rythmique de Zakir Hussein (qui mourut quelques mois plus tard), en parfaite harmonie avec l’acteur, pour une séquence qui nous replonge dans la mythologie indienne.
Pare que cette mythologie est omniprésente : la séquence d’ouverture voit Neela (Adithi Kalkunte) raconter à son fils (Jatin Malik) l’histoire de Hanumān, divinité très populaire de l’hindouisme, à la tête de singe (d’où le titre). Bien entendu, Notre « Kid » porte un masque de singe quand il combat dans l’arène (le ring), mais à l’instar de son modèle, il va libérer l’Inde du Mal, représenté par Rana et bien sûr, son commanditaire – d’une si grande humilité qu’elle en devient suspecte – le gourou Shakti (Makrand Deshpande).
Bref, la lutte contre la corruption prend une valeur mythique : Hanumān (le « Kid ») contre le roi des démons Râvana (Rana & Shakti).
Mais ce qui ressort le plus de ce film, c’est son aspect sensoriel, voire sensuel. Dev Patel user (abuse ?) de caméras subjectives qui nous plongent à l’intérieur de son personnage, mais la proximité générale de la caméra dans le film nous permet de ressentir ce film : chaleur, douleur, rêve, délire… Tout y est, jusqu’au sang qui ne cesse de couler, à différents débits.
Nous sommes toujours au cœur de l’action, sinon à la place du personnage.
Bref, encore une fois, Patel nous offre une belle prestation, et il ne déroge pas à la règle en donnant la part belle à ses interprètes, masculins et féminins. C’est un film plutôt équilibré, même si les combats y prennent une grande place : il rend ainsi hommage au cinéma qu’il aime, de Corée ou avec Bruce Lee.
Toutefois, cette grande place donnée aux combats peut lasser…
Quoi qu’il en soit, pour un premier film, Dev Patel réussit son coup (surtout aux Etats-Unis), et je ne serai pas étonné qu’il récidive…
PS : On notera la présence (presque incongrue) de Sharlto Copley, dans un rôle qui, s’il n’est pas totalement indispensable à l’intrigue, à de quoi réjouir…
- Quand il tape dans le sac de riz, si vous ne pensez pas à Rocky, c’est que vous ne l’avez pas vu…
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