Tarzan revient. Encore (1).
Tout d’abord, comme Maureen O’Sullivan était indisposée, indisponible et lasse (2), les scénaristes ont usé du subterfuge disant que Jane était restée à la grande ville pour s’occuper de sa mère.
Autre changement notable : la MGM a cédé les droits du personnage d’Edgar Rice Burroughs à la RKO.
Nous avons donc notre Tarzan (Johnny Weissmuller) et Boy (Johnny Sheffield) seuls dans la jungle, et notre héros obligé de prendre la place de Jane pour éduquer Boy.
Mais heureusement, la princesse de la cité mystérieuse (Palandria) du voisinage, la belle Zandra (Frances Gifford), prendra un peu la place de Jane, sinon dans le cœur tout du moins aux côtés de notre « bon sauvage ».
Mais nous sommes en 1942 quand le film est tourné et les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l’Allemagne nazie. C’est pourquoi à son tour, Tarzan va servir la cause des Alliés, même dans ses contrées franchement perdues. Tellement perdues que le côté africain a été totalement gommé et les animaux présents – les archives de la RKO la plupart du temps – sont répartis un peu partout dans le monde : le lion d’Afrique, bien sûr, mais l’éléphant est « d’Inde » et on n’aperçoit aussi un nasique qui vit, comme nous le savons tous depuis Vol 714 pour Sidney, sur l’île de Bornéo. Mais passons. Cet universalisme animal permet de déplacer les intrigues à la convenance du réalisateur et en finit une bonne fois pour toute avec les porteurs africains sacrifiés par les Blancs dans les premiers épisodes. De plus, la place plus importante prise par les Afro-américains pendant la guerre va aider à éliminer cette vision colonialiste un tantinet méprisante mais surtout raciste : les autochtones noirs étant facilement escamotables du fait de la couleur de leur peau.
Mais ces contrées ne sont pas si perdues, puisqu’un escadron de nazis va atterrir à Palandria, contrôler la cité et exploiter ses habitants sous le prétexte habituel chez ces affreux : « les plus forts dominent ».
Nous allons alors assister à de terribles exactions, d’autant plus terribles qu’elles concernent des gens considérés ouvertement « inférieurs », les nazis se considérant comme « la race des seigneurs ». Bien sûr, c’est plutôt la race des « saigneurs » qui nous est montrée ici.
Et ce déséquilibre dans l’intrigue (3) va amener Tarzan progressivement à intervenir.
Vous l’avez compris, à travers ce scénario un tantinet convenu, c’est la deuxième Guerre Mondiale qui est évoquée : les Nazis sont eux-mêmes et donc d’affreux salauds meurtriers et racistes, et Tarzan symbolise l’Amérique ezn lutte.
Et comme l’Amérique dans les premières années du conflit, Tarzan n'intervient pas tant qu'on ne le dérange pas. Un des soldats le qualifie alors d’isolationniste, ce qui était la position américaine jusqu’à Pearl Harbour.
Mais à partir du moment où les nazis s’en prennent à Boy, Tarzan entre en guerre et, bien sûr, va triompher. D’où le titre.
Rien de bien notable dans ce film de propagande si ce n’est tout de même l’utilisation très limitée des animaux dans les différents épisodes de l’intrigue, mis à part Cheetah, toujours fidèle au poste, et Buli, un jeune éléphant qui apparaît au début.
Mais il faut dire qu’en passant de la MGM à la RKO, Johnny Weissmuller n’a pas pu amener son cri si caractéristique. Nous avons donc droit à une pâle imitation plutôt dans les aigus, qui est d’ailleurs peu utilisée (on comprend donc pourquoi).
J’oubliais : parmi les infâmes nazis, on trouve un sergent interprété par une ancienne connaissance, Sig Ruman. Comme dans To be or not to be (« Concentration Camp » Ehrhardt) ou encore Stalag 17 (Sergent Schultz) il interprète un Allemand aux caractéristiques légèrement comiques, mais qui se révèle tout de même redoutable dans l’exercice de ses fonctions (soldatesques).
- C’est le septième film pour Johnny Weissmuller, le quatrième pour Johnny Sheffield.
- Elle demanda d’être libérée de son contrat pour s’occuper de son mari (et aussi de ses enfants).
- Le déséquilibre propre aux contes et autres belles histoires qui amène la quête principale du héros et qui va lui permettre de se transfigurer en remettant tout en ordre.
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)







