Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Tuttle, #Clara Bow
Kid Boots (Frank Tuttle, 1926)

Samuel « Kid » Boots est un jeune apprenti tailleur aux oreilles plutôt visibles.

Le même jour :

  • il est renvoyé de son boulot ;
  • il rencontre la belle Clara McCoy (Clara Bow) de qui il tombe éperdument amoureux ;
  • il rencontre aussi le terrible Big Boyle (Malcolm Waite) qui deviendra très rapidement son ennemi mortel ;
  • il rencontre enfin Tom Sterling (Lawrence Gray qui est en procédure de divorce d’avec Carmen Mendoza (Natalie Kingston) qui ne veut pas le laisser partir (encore une histoire d’argent…).

Et en deux jours, toutes ces intrigues doivent être résolues !

 

Il s’agit ici des débuts au d’Eddie Cantor, qui venait de triompher dans la pièce dont est tiré le film. A ses côtés, on retrouve la magnifique Clara Bow, alors vedette incontestable et qui allait bientôt triompher dan It.

Nous sommes dans une comédie malheureusement fort méconnue en France, les trois grands génies (Chaplin, Keaton et Lloyd) ayant un peu éclipsé les autres productions comiques américaines comme, par exemple, Rubber Tires dont j’ai déjà parlé. Quel dommage !

 

Nous assistons à une comédie plutôt débridée (comme on dit) où tout est prétexte à gags, à commencer par les intertitres de George Marion Jr. Eddie Cantor possède la souplesse de Keaton, le courage des personnages de Lloyd (même si avec Big Boyle, c’est plus difficile) ainsi que parfois la malhonnêteté du vagabond de Chaplin. Et en plus, il a de magnifiques oreilles, sujet du premier gag du film (allez le voir !).

 

On retiendra parmi les nombreuses séquences comiques le rendez-vous autour d’une tasse de thé – où  Kid Boots décide de jouer un tour à Clara (tour qui se retourne évidemment contre lui) – où Eddie Cantor exprime pleinement son talent.

D’ailleurs, à chaque situation, toutes les possibilités comiques sont exploitées à fond (parfois un peu trop, peut-être).

 

Et le résultat est d’une très bonne facture, qui ne démérite pas, si on compare le film avec ceux des trois géants susnommés :

L’intrigue, compliquée, basée sur les ressorts du vaudeville et du quiproquo, se dénoue très bien ; les interprètes sont à la hauteur ; les femmes sont jolies (ce qui ne gâche rien) ; et surtout, on rit beaucoup.

 

Avec une petite réflexion qui m’est venue à la toute fin du film : ils sont mariés, certes, mais jusqu’à quand ?

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #John Ford, #John Wayne
L'Homme tranquille (The quiet Man - John Ford, 1952)

Sean Thornton (John Wayne) revient en Irlande, qu’il avait quittée quand il était enfant, après la mort de son père.
Entre-temps, il est devenu un bel Américain, un véritable citadin.

Alors, évidemment, dans Innisfree, petit village reculé de la verte Erin, il détone un petit peu.

Ses manières ne sont pas de celles qu’on attend de lui…

Alors quand il se met à courtiser la belle Mary Kate Danaher (Maureen O’Hara), comme on le fait en Amérique, les choses se gâtent.

 

John Ford, avec ce film, retourne aux sources. Certes, il n’est pas né en Irlande, mais sa famille en est originaire. Et quand on sait l’importance de la famille pour John Ford… D’ailleurs, son frère Francis Ford apparaît, encore une fois (la dernière…), et chose rare, il parle.
Ce n’est pas le seul acteur fordien qu’on retrouve dans ce film, ils sont presque tous là : John Wayne et Maureen O’Hara, bien sûr, mais aussi Barry Fitzgerald et son frère Arthur Shields, Victor McLaglen, Mildred Natwick et l’incontournable Ward Bond. Il ne manque que Jack Pennick !

L’intrigue se situe dans l’entre-deux-guerres, un peu après la partition définitive de l’Irlande : plusieurs répliques y faisant référence dont l’IRA (Irish Republican Army) que certains protagonistes avouent avoir rejointe.

 

Alors quand Thornton débarque dans ce milieu, avec ses règles et ses coutumes antédiluviennes, il a beaucoup de mal à s’adapter. Ce n’est pas seulement une opposition ville/campagne, c’est beaucoup plus profond : il s’agit de l’identité même de l’Irlande qu’il doit appréhender. Et ce n’est pas un hasard s’il s’adresse au pasteur (Arthur Shields) quand il est désorienté : l’Irlande est un pays avant tout catholique – et Mary Kate, elle, se confie au père Lonnergan (Ward Bond) – alors que les Etats-Unis sont plutôt protestants (les fameux WASP…), d’où cet entretien. Thornton ne se retrouve pas (encore) dans tous ces us et coutumes.

Mais à cause de (ou grâce à ?) Will Danaher (Victor McLaglen), il va combler son retard !


On retrouve donc un film très fordien, où la famille et l’honneur sont importants, mais surtout où le microcosme habituel est encore plus développé. Ce ne sont pas quelques personnes récurrentes qu'on retrouve (Francis Ford en alcoolique, McLaglen bagarreur, Mildred Natwick dominante…) mais tout un village. Et même un peu plus loin, puisque le film s’ouvre dans une gare proche, où chacun a sa propre façon d’exprimer son avis, relevant, bien sûr, du traditionnel fighting spirit (esprit combatif) irlandais, et pas seulement en paroles ! Chacun a son importance dans cette histoire, même le colonel flegmatique (ce doit être un Anglais…) qui continue de lire son journal pendant la grande bagarre.


Parce qu’il y a une bagarre. Mais attention, ce n’est pas celle qu’on pouvait voir dans La Charge héroïque (1949) où McLaglen affrontait plusieurs soldats. Cette fois-ci, ce sont les deux titans qui s’affrontent : Thornton et Danaher. C’est une bagarre « homérique », dit Michaleen Ogue Fleen (Barry Fitzgerald), qui ameute tout le comté. Même Dan Tobin (Francis Ford), mourant à qui le père Paul (James O’Hara, le frère de Maureen) apporte l’extrême-onction.

Et cette bagarre possède une musique inoubliable que Steven Spielberg reprendra pour une autre bagarre non moins spectaculaire : 1941.

 

Nous sommes dans un film familial à deux niveaux :

  • l’intrigue tout d’abord avec ses histoires familiales ;
  • Mais aussi beaucoup de personnes sont réellement de la même famille : les frères Francis et John Ford, Arthur Shields et Barry Fitzgerald, la fratrie Maureen et John O’Hara + Charles B. Fitzsimmons… Même les fils de John Wayne (Patrick & Michael) participent !

Mais si les conflits se règlent à coups de poings (même Mary Kate tente de frapper son mari !), on se retrouve ensemble après autour d’une bonne pinte de bière brune (de la Porter, bien sûr !). Parce que ces gens qui font le sel des films de John Ford, qu’ils soient des paysans plus ou moins bien dégrossis, ou des citadins assumés, savent passer outre leur(s) différence(s) : ce sont tous des Irlandais.

Fiers, farouches, mais généreux.

 

Comme le film.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Richard Oswald
Différent des Autres (Anders als die Andern - Richard Oswald, 1919)

Paul Körner (Conrad Veidt) est un violoniste de grande renommé, concertiste achevé et… Homosexuel. Et en Allemagne, dans ce début de vingtième siècle, c’est un délit qui dépend du fameux paragraphe 175, condamnant l’homosexualité.
Un jour, Kurt Sivers (Fritz Schultz), un jeune violoniste lui demande d’être son professeur. Charmé par le jeune homme il accepte, et rapidement, leur relation devient extraprofessionnelle.

Mais un homme les surprend et commence à faire chanter le maître.

 

Il s’agit – à mon avis et pour beaucoup d’autres aussi – du premier film engagé en faveur de l’homosexualité. Le contexte s’y prêtait : la Révolution (1918-1919) ayant amené un nouveau régime (la République de Weimar), un certaine liberté soufflait en Allemagne.
A la même période, Magnus Hirschfeld, sexologue de renom, prônait la dépénalisation de l’homosexualité, citant la Révolution française comme modèle. D’ailleurs, Hirschfeld collabora au scénario et fait quelques apparitions dans le film, dans son propre rôle.

Ce film, ouvertement pro-LGTB, dirions-nous maintenant fut bien accueilli à sa sortie. C’est une fois l’euphorie du changement passé et la montée du nazisme commencée, que ce film fut interdit voire détruit. Heureusement, une copie de 50 minutes a été conservée, c’est celle qui nous reste maintenant, agrémentée de cartons explicatifs et rares photos de plateau pour pallier les manques dans la linéarité visuelle.

 

Il s’agit avant tout d’un film édifiant qui veut démontrer que les homosexuels sont des gens normaux en bute à l’ignorance et la bigoterie ambiante qui les condamnent. Et il est malheureux de constater que presque partout dans le monde, les mœurs n’ont pas beaucoup évolué : aujourd’hui encore des homosexuels sont tués pour leurs préférences amoureuses.

Ici, dès le début, le problème est posé : Körner feuillette le journal et se rend compte que de nombreux homosexuels se suicident, incapables de supporter la pression de l’opinion publique. Et il ne faut pas être devin pour se douter que ce sera son sort avant la fin du film.

D’ailleurs, la disparition finale de Körner est avant tout la condition sine qua non de l’existence du film : on suit la déchéance sociale que Körner doit vivre du fait de sa différence. Et l’atout du film pour y arriver, c’est la présence de Conrad Veidt, acteur vedette du cinéma allemand de l’époque. Veidt est très juste dans le rôle de cet homme ostracisé par ses penchants amoureux : il tient bien sans rôle sans tomber dans la caricature. Et son suicide par empoisonnement est d’ailleurs très émouvant.

Veidt, de par sa position, est un acteur qui s’engage dans la lutte de Magnus Hirschfeld. Il fallait tout de même du courage pour accepter un tel rôle dans un climat social où, malgré la liberté amenée par la Révolution, les homosexuels étaient mal vus, sinon dénoncés ou victimes de chantage. A ce propos, le maître chanteur (Reinhold Schüntzel) est condamné lourdement pour avoir fait chanter Körner. Mais Körner, parce qu’il est homosexuel, et même s’il n’a rien fait de mal – ce que reconnaît le juge – est tout de même condamné à une légère peine de prison !

 

L’autre atout de ce film, c’est d’avoir su peindre cette société homophobe qui fait tout pour se débarrasser de ceux qu’elle juge différents voire anormaux : l’internat où Paul étudie et se lie avec un autre camarade d’où il sera renvoyé ; le bordel où la mère maquerelle considère que Körner n’est pas normal, les familles des protagonistes…

Et parallèlement, deux scènes se passent dans le milieu homosexuel où les gens dansent, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, insouciants, libres.

 

Un film rare (surtout pour cette période) qui reste malheureusement très fortement d’actualité.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western
Pour son Gosse (Just Pals - John Ford, 1920)

Norwalk, à la limite entre le Wyoming et le Nebraska, au début XXème siècle.

La vie s’écoule normalement, voire paisiblement dans cette ville frontalière. Chacun s’occupe selon ses qualification : le shérif (Duke R. Lee) reste vigilant ; Miss Bruce, l’institutrice, enseigne, et Bim (Buck Jones) regarde les autres travailler, fatigué de les voir autant trimer.

Bill est un gamin errant, voyageant de ville en ville, passager clandestin des chemins de fer.

Evidemment, leur rencontre était inévitable. Ce sont eux, les deux amis du titre original.

Bim trouve la jeune institutrice très à son goût, mais elle est déjà plus ou moins fiancée à Harvey Cahill (William Buckley), le banquier, qui se révèle être un homme assez louche.

 

Pas besoin d’aller jusqu’au bout du film pour en connaître l’issue : Bim va épouser l’institutrice et le méchant banquier sera châtié. Oui. Et non. Tout d’abord parce que la première option n’est que suggérée, quant au châtiment, on n’en voit rien.

Mais le plus important, c’est l’atmosphère du film. Nous sommes chez John Ford (qui signait encore Jack), et on assiste à l’installation de ce microcosme qui fera le sel de ses films futurs.

On y trouve des femmes fortes, et un vieux shérif auquel il ne manque que la boisson (la Prohibition a été mise en place l’année précédant le film), et l’incontournable bagarre, ici opposant des enfants entre eux.

C’est un western qui se situe à la fin de la conquête de l’Ouest, dans la période où la civilisation gagne de plus en plus les petits villages : les chapeaux de cow-boy laissent la place à ceux des villes ; une voiture apparaît et fait une sortie de route, alors que les bandits se déplacent toujours à cheval…

 

On trouve donc deux femmes fortes : une mère qui récupère vigoureusement son fils qui se bat. L’autre, c’est la tante de Miss Bruce. C’est une femme douce et qui s’occupe bien de sa nièce, mais qui sait faire régner l’ordre chez elle, et qui n’hésite pas à utiliser la manière forte  pour que le shérif se découvre en sa présence.

Le shérif, d’ailleurs est un pur personnage fordien. Il est affublé d’un bouc démesuré (un peu comme celui du shérif alcoolique dans Tintin en Amérique) et n’a qu’une phrase à son lexique – « La Loi va s’en occuper » – qu’il répète à tout bout de champ, quelle que soit la situation, mais, chose amusante, de façon pertinente.

 

Et bien entendu, il y a Bim. Il est jeune, paresseux mais courageux et surtout généreux : c’est le jeune homme qu’on retrouve toujours dans les westerns de cette époque (The iron Horse, The covered Wagon…).

C’est bien entendu lui qui va résoudre les situations difficiles. Par contre, il sera confronté à la bêtise humaine, couplée au savoir-faire ancestral des pionniers américains : une première fois, soupçonné de vol, il est éconduit sur un rail (il ne manque que les plumes et le goudron), et une deuxième fois, « pris » en flagrant délit d’attaque à main armée, c’est carrément le lynchage qu’il évite de justesse, sauvé par Bill, dont il se sent responsable (les deux accusations étant à chaque fois fausses).

 

L’association de Bim et Bill fonctionne admirablement. Il y a une similitude – sinon une parenté – entre les deux amis du titre. Tous les deux ne sont pas des grands amateurs de l’école ni de la toilette, mais sont tout de même des personnes pleines de ressources. Leurs destins devaient se croiser et chacun sera gagnant dans cette relation. Chaque évolution positive profitera aux deux. Le tout avec l’humour qui caractérise John Ford quand il s’agit des choses quotidiennes.


Et tout ça un an avant que Chaplin sorte Le Kid

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jean-Pierre Mocky
Un drôle de Paroissien (Jean-Pierre Mocky, 1963)

George Lachaunaye (Bourvil) est un aristocrate, descendant d’une longue lignée de noblesse. Mais depuis la Révolution, les affaires de familles n’ont fait que péricliter et quand monsieur Père (Jean Yonnel) a joué en bourse, sa famille s’est retrouvée dans une situation fort gênante, et ses membres fort gênés.

Il faut dire que par tradition séculaire, personne ne travaille chez les Lachaunaye. On ne travaille pas, mais on prie. Et un jour que la situation est désespérée, Georges demande au ciel de faire un geste.
Et le Ciel lui répond : il se servira dans les troncs des églises.

 

Bien entendu, nous sommes dans un film gentiment iconoclaste (c’est le cinquième de Jean-Pierre Mocky). On y retrouve le duo de La Jument verte (Claude Autant-Lara, 1959) mais en opposition. Car pendant que Georges est à sa besogne, l’inspecteur Cucherat (Francis Blanche, déjà un habitué du réalisateur) est à sa poursuite.

C’est la première incursion de Mocky dans l’univers de la religion. Nous assistons à une histoire plutôt immorale, si on se place du point de vue de la Loi, mais qui est très réjouissante quand on écoute les arguments de Georges. C’est d’ailleurs de cette opposition que se nourrit le scénario : mais cette immoralité passe d’autant mieux que la vedette est Bourvil. Il y a chez ce dernier un mélange d’honnêteté et de fausse candeur assez réjouissant. Il pille allègrement les troncs mais s’indigne quand quelqu’un d’autre le fait à sa place ou quand son ami Raoul (Jean Poiret, autre habitué de Mocky) se sert dans le sac d’une dame.

 

On reprocha, reproche et reprochera toujours à Mocky son anarchisme et son iconoclasme, mais il faut tout de même avouer que ce film très plaisant. La présence du duo Bourvil-Blanche contribua à en faire un succès commercial, ce qui n’a pas toujours été le cas pour le réalisateur. Il reprendra deux fois de plus son duo : La grande Lessive (1969) et L’Etalon (1970).

 

Mais qu’importe les reproches. Sa comédie se tient et il déroule pour notre plus grand plaisir. On s’amuse, autant que les acteurs dans cette comédie décalée. Décalée des autres qui nous étaient proposées, où force restait à la Loi et la Morale.

Mais dès le début, Mocky avait prévenu les spectateurs, histoire de se prémunir à l’avance (et aussi peut-être avec une certaine hypocrisie de bon aloi), que le personnage que nous allions suivre n’était pas quelqu’un de normal.

Cette histoire est toutefois bien gentille quand on la compare à l’autre film qui touchera ce même milieu catholique : Le Miraculé (1987). Ici, Mocky ne dénonce pas encore.

Mais ceci est une autre histoire. Savourons ce film – en noir et blanc, avec la scène de rêve en couleur – comme il se doit : religieusement, bien entendu !

 

 

PS : Ce film est aussi l’occasion de retrouver quelques figures du cinéma français dans des petits rôles : Bernard Lavalette, en éternel notable ministériel, Jean Tissier, adjoint de Cucherat, et Marcel Pérès, chef de la brigade, ainsi que Jean-Claude Rémoleux, à la diction si caractéristique, fidèle interprète de Mocky, tout comme l'incontournable Dominique Zardi.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Louis Malle
Ascenseur pour l'Echaufaud (Louis Malle, 1958)

Une femme, seule, le regard triste, erre dans Paris, pendant que le ciel pleure son amour perdu.

Deux jeunes gens, amoureux, insouciants, qui roulent à tombeau ouvert vers la mort.

Celle des autres, puis la leur.

Et un homme, seul, coincé entre deux étages, un samedi soir.

 

C’est la France des années 1950. Celle qui a enfin réussi à se sortir du bourbier de l’Indochine pour entrer dans celui de l’Algérie. C’est la France des autoroutes, ces nouvelles voies de la liberté. C’est aussi la France de la Dauphine : « un bébé, un vrai joujou… ».

Mais ce qui ne change pas, dans cette France en mouvement, c’est qu’on y tue toujours par amour. Ou par désespoir.

 

La femme, c’est Jeanne Moreau. Elle traîne son beau visage mélancolique dans les rues de la capitale, à la recherche de son amour (qu’elle croit) perdu. Elle déambule, noctambule forcée jusqu’au petit matin, ou plutôt jusqu’au bout de la nuit. Son voyage se terminant dans les bras de celui qu’elle a aimée, sur des photos dans un bac de révélateur, qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Lui, l’homme seul, c’est Maurice Ronet. C’est lui qu’elle croit avoir perdu, puis retrouvé, pour finalement le perdre définitivement.

 

Parce que ce film raconte une rupture. Celle de deux amants qui ne se reverront plus.

Cette rupture est fortuite : il est bloqué entre deux étages. Ou entre deux étapes de sa vie. Celle d’avant, dissimulée auprès de celle qu’il aime. Et celle d’après, qui s’ouvre à eux, pleine de promesses. Mais l’ascenseur, qui symbolise la transition entre ces deux vies, est bloqué. Il peut tout de même entrouvrir la porte du dessous, celle de la résolution et de la liberté. Mais il ne peut pas passer. Quant à la porte du dessus, celle d’avant, il n’y a plus accès. Elle est définitivement fermée.

Entre ces deux vies, un mort. Un cadavre. Celui de son mari à elle : Jean Wall. Il n’y a plus de retour possible comme l’indique cet ascenseur coincé entre deux instants : le présent ne bouge plus, immobilisé entre un avenir prometteur mais inaccessible et un passé trop consommé pour revenir.

Et quand la cabine se libère enfin, c’est pour une troisième voie, qui mène directement à la mort : la sienne (d’où le titre).

 

Et les amoureux ? (Georges Poujouly et Yori Bertin) Ce sont les jouets du destin. C’est l’occasion qui fait qu’il  vole la voiture de l’homme. Elle n’est pas d’accord, mais elle est jeune et elle l’aime, alors elle le suit. Elle le suit vers une autre fausse liberté qui se terminera comme pour l’homme de l’ascenseur, voire pire. Mais en volant la voiture, c’est l’homme de l’ascenseur qu’ils condamnent inéluctablement. Sa seule vraie porte de sortie, la voiture, sera le véritable instrument du destin : c’est elle qui les perd tous, à  chaque fois au mauvais endroit, au mauvais moment.

 

Louis Malle réussit un magnifique film sobre, avec un beau noir et blanc terrible. L’atmosphère, comme les âmes des personnages, est noire, soutenue par la musique (et la trompette) de Miles Davis, sobre, épurée, et mélancolique comme la femme sous la pluie.

 

Superbe.

 

PS : des seconds rôles qui s’épanouiront dans la décennie suivante, citons Jean-Claude Brialy, Charles Denner, et l’incontournable Lino Ventura, en flic, au jeu - là encore - sobre.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3

Articles récents

Hébergé par Overblog