Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Alan J. Pakula, #Robert Redford
Les Hommes du Président (All the President's Men - Alan J. Pakula, 1976)

17 juin 1972, Washington DC.

Cinq hommes sont arrêtés pour avoir tenté de cambrioler le Watergate, quartier général du Parti Démocrate, en cette une année d’élection présidentielle aux Etats-Unis.

Rapidement, on s’aperçoit que ce faux cambriolage était la partie émergée de l’iceberg. Et ce dernier, à l’instar du Titanic, va couler le président Nixon, malgré sa réélection.

Deux petits reporters du prestigieux Washington Post, Carl Bernstein (Dustin Hoffman) et Bob Woodward (Robert Redford), sont à l’origine de la découverte d’un scandale sans précédent.

 

Il s’agit d’une histoire vraie, adaptée d’un livre écrit par les deux journalistes, qui s’est déroulée et conclue moins de deux ans avant la sortie du film, à l’initiative de Robert Redford, cité au générique. Nous sommes dans les années 1970, une période où le cinéma américain dénonçait les dérives démocratiques de l’Amérique. Et Alan J. Pakula n’est pas à son coup d’essais. Deux auparavant, il avait sorti A Cause d’un assassinat, inspiré par la mort de Kennedy et ses zones d’ombre.


Mais cette fois-ci, pas de doute possible. L’histoire a été confirmée dans son entier, amenant la démission de Nixon le 9 août 1974, moins de deux ans après sa réélection.
Nous assistons alors à toute la mécanique qui a conduit les deux reporters sur la trace du Président, l’amenant à l’issue fatale. Une petite histoire de rien du tout, un cambriolage raté. Un reporter au bon endroit, au bon moment (évidemment, sinon, point de succès !), et c’est un écheveau bien emmêlé qui se dévide progressivement et nous amène à la vérité subodorée dès le départ.

 

Mais cette découverte est longue et fastidieuse, voire décourageante. Les deux protagonistes se heurtent aux témoins qui ont été briefés voire menacés, mais aussi à leur hiérarchie, dont le rédacteur en chef Ben Bradlee (Jason Robards) n’est pas tout de suite de leur côté.

Et puis il y a tout le sale boulot qu’on ne voit pas toujours dans les films de presse : éplucher des listes, téléphoner à des centaines de personnes, démarcher ces mêmes personnes, et même se tromper… Bref, un temps infini d’investigations qui ne mène pas toujours où on aurait voulu. Jusqu’au moment où la vérité se laisse entrevoir, mais où les menaces se précisent. L’ombre derrière laquelle se cachait leur source – le célèbre « Deep Throat* » (Hal Holbrook) redevient ce qu’elle a toujours été : une menace.

Car il est amusant de noter que la vérité vient de l’ombre, alors que c’est d’habitude la lumière qui éclaire… D’ailleurs, jamais on ne voit totalement Holbrook, lors des trois confrontations. Juste quelques parties du visage légèrement éclairées. Il est la personnification de cette vérité qu’il révèle à chaque fois partiellement.

 

Encore une fois, les Américains nous donnent une belle leçon de démocratie**. Quand on pense au cinéma français qui met parfois plusieurs décennies pour enfin aborder un thème qui fâche : Stavisky, quarante ans après les faits ; Ben Barka quarante ans (n’oublions pas tout de même un film de Boisset sept ans après mais sans les vrais nom)…

Bref, la réaction n’est pas toujours bien prompte, en France.

 

Une petite curiosité au passage. On nous donne un seul numéro de téléphone d&ans tout le film, et pour une fois, il ne commence pas par 555. C’est normal, c’est le véritable numéro de la Maison Blanche : 456 1414. [Pour info, vous pouvez appeler l’Elysée au 01 42 92 81 00]

 

 

*Mark Felt (1913-2008)

** c’était avant, bien sûr, parce que depuis qu’ils ont changé de président, c’est un tantinet différent…

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gilles Grangier, #Jean Gabin, #Michel Audiard
Le Cave se rebiffe (Gilles Grangier, 1961)

Max le Menteur est de retour. Mais il a changé de nom : il s’appelle cette fois-ci Ferdinand Maréchal (Jean Gabin). Il a abandonné ses cactus pour une histoire de fausse monnaie que lui a proposé son ami Charles Lepicard (Bernard Blier), ancien tenancier de maison close, au chômage depuis mars 1951, grâce aux bons offices de Madame Marthe Richard.

Il faut dire qu’ils ont à disposition un cador de la gravure, Robert Mideau (Maurice Biraud), dont la femme Solange (Martine Carol) a été levée par le sieur Eric (Franck Villard), lui-même une sommité dans son genre, si on en croit Gabin-Maréchal.

 

Bref, nous sommes à nouveau dans l’univers d’Albert Simonin, huit ans après Touchez pas au Grisbi. Mais si ce dernier film avait un ton réaliste et dramatique, on est ici dans une véritable comédie, orchestrée par un Gilles Grangier qui retrouve l’un de ses acteurs fétiches : Gabin. Le tout est servi par des dialogues de Michel Audiard de toute beauté, son art montant en puissance avant de s’épanouir deux ans plus tard avec Les Tontons flingueurs. Mais nous n’en sommes pas encore là.

 

Là encore, Gabin interprète un gangster sur le retour, qui vient effectuer un dernier baroud d’honneur. Mais si Max de Touchez pas au Grisbi joue de malchance, il n’en va pas de même pour maréchal, quoi qu’en dise le générique de fin. Oui, ce générique s’empresse de condamner l’histoire qu’on vient de voir, rappelant les cadres juridiques de cette malhonnête affaire. Mais nous savons bien que les extraditions du Venezuela (Maréchal arrive de Caracas) vers la France étaient plutôt rares… Mais qu’importe, il fallait respecter la morale (1968, c’était 7 ans après).

 

Ce film fut un succès malgré certains critiques désapprouvant ce « cinéma à Papa », mais la postérité leur donna tort : ce film, surtout grâce à ses dialogues, est maintenant considéré comme un classique de la comédie policière. Il faut dire aussi que la distribution est prestigieuse. Outre les gens cités précédemment, on trouve aussi deux rescapés du Corbeau de Clouzot : Antoine Balpétré, en homme d’affaires véreux, et l’inimitable Ginette Leclerc absolument magnifique en mère maquerelle au chômage.

 

Et pour l’une des scènes les plus belles du film, nostalgique à souhait : Françoise Rosay. Madame Pauline, sous couvert d’un commerce de fleurs et plumes, est une receleuse de papier monnaie qu’elle propose à des prix imbattables, étant l’une des seules à le faire… Maréchal vient la trouver et nous avons alors droit à une évocation du milieu d’antan qui n’est pas piquée des hannetons. C’est un véritable plaisir de l’entendre discuter avec Gabin des différentes disparitions des uns et des autres, naturellement, comme si une mort par balles était une chose banale, voire normale. Mais dans ce milieu, elle l’est. Et ces souvenirs pittoresques ne l’empêchant pourtant pas de verser une larme pour l’un des morts : le seul qui fut terrassé par une cirrhose ! Cette scène se conclut sur un dialogue magnifique :

Pauline : À quoi je le reconnaîtrais ?
Le Dabe : Un beau brun, avec des petites bacchantes, grand, l'air con !
Pauline : Ça court les rues, les grands cons !
Le Dabe : Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !

[je vous laisse aller (re)voir la suite quand le « grand con » vient prendre livraison]

 

Un classique, oui, qu’on ne se lasse pas de revoir.

Pour les dialogues d’Audiard, la gouaille de Gabin et aussi pour Blier !

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chronique, #Jean-Paul Le Chanois
L'Ecole buissonnière (Jean-Paul Le Chanois, 1949)

1920

Après quatre ans de conflit, une blessure et un an dans divers hôpitaux, monsieur Pascal (Bernard Blier), instituteur « normalien » fait sa toute première rentrée dans un petit village de Provence : Salèzes.

C’est un drôle de personnage, que ce nouveau maître : pensez donc, il ne porte même pas de chapeau. Et en plus, il encourage ses élèves à aller étudier en dehors de la classe sous le prétexte (fallacieux, il va sans dire) de réaliser des enquêtes.

Mais les bons notables du pays ne sont pas dupes : il les encourage à aller à l’école buissonnière*…

 

Le film commence comme une pagnolade. On retrouve cette Provence chère à l’écrivain d’Aubagne, où le temps s’écoule doucement, comme le rythme de travail de certains autochtones. On retrouve même deux acteurs de ses films : Edouard Delmont et Marcel Maupi. Mais il ne faut pas s'y tromper.

Cette histoire est inspirée de celle de Célestin Freinet, cité dans le générique, pour qui l’enseignement ne se fait pas toujours – ni obligatoirement – dans la classe.

 

On y retrouve donc les deux piliers de cette nouvelle pédagogie (en 1920) à travers la coopération (mentionnée aussi en clin d’œil dans le générique) et l’imprimerie. Mais surtout, on y trouve des enfants, pas obligatoirement mauvais, mais las des techniques – un tantinet – archaïques de l’ancien maître, monsieur Arnaud (Delmont).

 

Près de soixante-dix ans après la sortie du film, on ne peut que noter le côté visionnaire de cette méthode qui y est dévoilée. Même s’il dut quitter de l’Education nationale, ses idées y ont tout de même fait leur chemin fait leur chemin dans les écoles publiques, étant toujours d’actualité aujourd’hui.

 

Mais nous sommes au cinéma. Et Jean-Paul le Chanois nous expose cette « Ecole Moderne », où les enfants sont acteurs de leurs apprentissages. Et Bernard Blier est un instituteur très crédible, en proie à l’hostilité réactionnaire portée par le maire, dont l’autorité semble menacée par une future armée de gens sages, et un antiquaire qui a des idées qui ont le même âge que sa marchandise. En proie aussi à ses doutes quand il découvre cette école aussi vieille que l’enseignement qui y est dispensée, et surtout aussi délabrée. [Et le vieil Arnaud en est une personnification vivante, l’odeur en moins.]

 

Et le film s’inscrit dans ceux de l’après-guerre, où on voulait un autre avenir pour les enfants que ces années terribles, voyant en eux la société de demain. Sur certains points, on pense à La Cage aux rossignols (1945), mais si Dréville suscite l’émotion par la musique et le chant, ici, Le Chanois fait appel à la raison pour obtenir le même résultat. On est ému par le jeune Albert (Pierre Coste), archétype du mauvais élève qui passe – encore une fois – le sacro-saint Certificat d’Etudes, et déclame la Déclaration des Droits de l’Homme. Il y a une tension et une émotion palpable à ce moment-là, de la même force que la Marseillaise dans Casablanca.

 

Enfin, il est dommage que la femme de Freinet, Elise, n’ait pas été une seule fois créditée au générique, alors que c’est elle qui a écrit le synopsis original, inspiré des débuts de son mari (et d’elle-même, par la même occasion…).

 

 

 

* D’où le titre.

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Yves Robert
Nous irons tous au Paradis (Yves Robert, 1977)

Ils sont de retour !

Un an après Un Eléphant ça trompe énormément, revoici les quatre amis : Antoine (Jean Rochefort) et sa femme Marthe (Danièle Delorme), Bouly (Victor Lanoux) et ses femmes, Daniel (Claude Brasseur) et les hommes, Simon (Guy Bedos) et sa mère Mouchy (Marthe Villalonga).

 

Et encore une fois, il est questions des amours des uns et des infidélités des autres.

Mais si le premier opus s’appesantissait plus sur la relation extraconjugale d’Antoine, celui-ci tend à donner à chacun une place égale. Mais c’est toujours Antoine le narrateur.

Même si ce sont les mêmes personnages, on ne part pas complètement de la situation précédente qui voyait Antoine sauter d’un toit sous les yeux ébahies des femmes dont la sienne, révélant in fine son infidélité.

 

Quelques changements toutefois sont survenus entre les deux films.

Antoine et Marthe s’aiment comme au premier jour, mais Antoine n’est plus un gratte-papier d’un quelconque ministère : il s’occupe d’une adaptation de la bible en dessins animés. Bouly s’est installée avec Daisy (Elisabeth Margoni) et gère un club sportif, ce qui lui permet de zyeuter les jeunes femmes dans les vestiaires, surtout quand elle prennent une douche. On ne se refait pas.

Quant aux deux autres, rien n’a changé : Daniel est toujours attiré par les hommes, ce qui est complètement accepté par les trois autres, et Simon a toujours les mêmes relations avec sa mère…

 

Mais quelque chose a changé. Une sorte de maturité qui emmène inexorablement ces quatre grands adolescents attardés vers l’âge adulte. Ils mûrissent. Mais cela ne les empêche tout de même pas de s’amuser ensemble. Mais malgré tout, on sent que les liens qui les unissent se distendent, et que la rupture guette.

Et cette rupture aura raison (momentanément) de leur amitié. C’est quand ils réalisent un de leur rêve qu’elle a lieu : ils achètent une maison AVEC court de tennis.

Et chacun va changer, doucement, alors que la quarantaine les a rejoints.

 

On dit qu’on change, passée la quarantaine, et nos quatre héros nous le prouvent. Daniel essaie de nouvelles expériences hétérosexuelles, Antoine ne regarde plus les femmes comme autrefois, Simon essaie de se caser malgré Mouchi, et Bouly, qui parle toujours beaucoup des femmes sans beaucoup les pratiquer, se découvre une âme de papa poule pour famille (très) nombreuse recomposée.

 

Ce film est d’une certaine façon le pendant comique de Vincent, François, Paul et les autres. Mais dix ans avant. Et si le ton général est léger, il n’en demeure pas moins une place laissée au tragique : la mort de Mouchi, contre toute attente, rappelant cruellement la fragilité de l’existence. Mais cette disparition, douloureusement vécue par Simon, avec un Guy Bedos magnifiquement émouvant, amène toutefois un bout de bonheur : c’est à ce moment que ces quatre amis – à la vie, à la mort, bien sûr – se retrouveront définitivement.

 

Et puis je ne terminerai pas sans parler des dialogues merveilleux d’humour de Jean-Loup Dabadie :

« Sur les nerfs, sur les nerfs… T’es pas sur tes nerfs, t’es sur les miens ! » (Bouly)

« Faut être malade pour appeler un médecin à l’hôpital ! » (Simon)
« Tes ailes de géant, elles t’empêchent pas de marcher, non ? » (Bouly)
Un film d’amis, d’amitié…
Normal : Yves Robert était le cinéaste de l’amitié.

 

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Richard Fleischer
Soleil vert (Soylent Green - Richard Fleischer, 1973)

New York, 2022.

La pollution s’est installée. La surpopulation engorge la ville. La famine menace.

Au milieu de tout ça, Simonson (Joseph Cotten), un riche homme d’affaires est assassiné chez lui.

Le policier Thorn (Charlton Heston) est chargé de l’enquête, a priori un banal cambriolage qui a mal tourné.

Mais ce qu’il découvre va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer.

 

C’est en 1972 que Richard Fleischer a tourné cette œuvre d’anticipation devenue depuis un classique de l’anticipation au cinéma. Il faut dire que l’intrigue (brillante) assure à elle seule le succès du film. Nous sommes dans une période où le cinéma d’anticipation fleurissait (Orange mécanique, Fahrenheit 451, 2001, l’Odyssée de l’espace…).

Nous sommes donc dans une histoire qui pourrait arriver cinquante ans plus tard. Plus tard que le tournage. Et il est toujours étonnant de revoir de tels films alors que l’échéance qu’ils envisagent est pour nous spectateur de 2017 un avenir très (très) proche. A l’heure où j’écris, il reste un tout petit peu plus de quatre ans pour y arriver… ou non !

 

Mais il est indispensable de garder à l’esprit le date du tournage. En effet, Fleischer, comme les autres avant (et après lui) qui se confronteront à ce genre d’anticipation prophétique, ne peut pas se dégager de l’époque où il vit.

En effet, le monde qui nous est proposé, tant qu’il reste en intérieur, n’est pas très différent de celui que connaissaient les spectateurs de 1973, quand le film est sorti. On retrouve le même genre de bâtiments – qui étaient modernes pour l’époque – et des objets qu’on appellerait aujourd’hui de « design », rappelant ceux qu’on trouve dans les films de Kubrick.

Mais ce qui a le plus vieilli, c’est, bien entendu quand on vit en 2017, le téléphone. Si Thorn utilise un sans fil quand il est dans la rue, les téléphones d’intérieur on conservé leur fil entortillé ! [Il suffisait, pour s’en tirer de prendre exemple les récepteurs de la série de Patrick McGoohan & George Markstein) : le Prisonnier (1967-68).

 

Mais c’est dès qu’on sort d’un intérieur que l’anticipation est la mieux rendue. La lumière du jour est filtrée (en vert, bien sûr), e »t donne une sensation d’accablement par la chaleur sur les humains qui pullulent. Nous sommes aussi dans un cadre de surpopulation terrible : les édifices religieux sont devenus des dortoirs où s’entassent les gens pour dormir, les autres allant jusqu’à dormir dans les escaliers des différents immeubles, sous la garde d’un homme armé.

 

Rarement la surpopulation n’a été montrée aussi crûment, ni avec autant de pessimisme. On retrouve les longues files d’attentes que beaucoup de gens en 1973 avaient connu pendant et après la deuxième guerre mondiale, mais avec en plus des risques de débordements autrement plus forts que 30 ans avant (1943). Cet aspect culminant avec une émeute réglée grâce à l’utilisation de pelleteuses (« scoops ») qui embarquent les gens « à la pelle » (c’est le cas de le dire !).

 

Nous sommes dans ce qui ressemble à une dictature policière où la seule véritable monnaie d’échange est la nourriture authentique. Parce que la nourriture la plus répandue (elle concerne tous sauf les riches capables d’acheter de vrais aliments non transformés), ce sont des plaquettes de différentes couleurs, dont le fameux Soylent Green, d’où le titre original.

A ce propos, j’aurais aimé à croire que le titre français ne faisait référence qu’à l’éclairage des scènes extérieures… Mais non, le Soleil Vert, c’est cette nourriture fabriquée par la firme Soylent, dont faisait partie Simonson.

Mais vous verrez le film si vous ne savez pas encore de quoi il en retourne.

 

Je terminerai en parlant de celui qui est l’ami de Thorn, Sol Roth : Edward G. Robinson.

Il s’agit du tout dernier film de ce géant d’Hollywood. Il est totalement sourd et souffre d’un cancer. Il mourut trois mois avant la sortie du film. Et la mort de Sol, c’est d’une certaine façon, celle que le grand Edward aurait pu avoir : une euthanasie* paisible, en regardant les images du monde qu’il a connu enfant puis adulte, bien avant d’être un vieillard, devenu donc inutile dans ce monde engoncé par une surpopulation sans cesse grandissante. Et en écoutant les accents du premier mouvement de la VIème symphonie de Ludwig van (Tiens, c’est vrai, Alex DeLarge écoutait la IXème…), et le matin de Peer Gynt (Grieg).  

 

Et cette mort de Sol, vécue par un Thorn en pleurs est une scène authentique : Heston savait que Robinson n’en avait plus pour longtemps, et l’aspect prémonitoire de cette scène ne lui a pas échappé. Et nous, spectateurs (en 1973 comme en 2017 et après), avons l’impression d’assister à la mort d’un géant, comme ce fut le cas de Calvero/Chaplin dans Limelight.

 

 

 

          * L’euthanasie est alors légale. Elle se passe dans la plus parfaite normalité. Les personnes âgées, ou malades y font la queue à un guichet pour être emmenées vers une salle de mort, comme Sol (on y reconnaît au passage Dick van Patten…).

 

Nous sommes – en 2017 – encore bien loin de cette mort légale et acceptée…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Le Bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo - Sergio Leone, 1966)

Trois hommes viennent débusquer un quatrième.

Malheureusement pour eux, c’est ce dernier qui les élimine.

Il s’appelle Tuco (Eli Wallach). Le Truand.

Un homme grand aux yeux de fouine arrive dans une famille.

Il cherche des informations. Accessoirement, il tue le père et le fils aîné.

Il s’appelle Angel Eyes (Lee van Cleef). La Brute.

Un grand blond aux yeux plissés monte un marché avec Tuco :

il le livre à la potence puis le libère. Il n’a pas de nom, seulement un sobriquet : Blondie. (Clint Eastwood). Le Bon.

Sergio Leone termine son cycle avec Clint Eastwood, cet homme sans nom véritable, juste un diminutif (Joe) ou des surnoms (Manco, Blondie). Le film est tourné encore une fois dans la province d’Almeria avec, bien entendu, le désert de Tabernas. [Sans oublier l'incontournable Mario Brega]
Mais il termine par le commencement. Dix ans (à peu près) avant Pour une Poignée de dollars (qui se passait au moins en 1873). Nous sommes en pleine guerre de Sécession, et le paysage et les villes sont ravagés par ce conflit.

 

Mais si les Etats sont partagés en deux camps, il n’en va pas toujours de même des hommes. Et les trois protagonistes principaux changent de camps en fonction des occasions, pas toujours bonnes, d’ailleurs. Leur véritable patrie : le dollar. Et tout est bon pour y arriver.

Mais Tuco et Blondie, avec leur combine à 3000 $ sont plutôt des petits joueurs face aux 200.000 $ que recherche Angel Eyes. Mais, et c’est là que le film prend tout son intérêt, les deux petits magouilleurs vont se retrouver, malgré eux à la recherche du magot.

 

Dans ce troisième opus, on sent que Sergio Leone maîtrise encore plus son sujet. Les plans sont de plus en plus rapprochés jusqu’à ne contenir que les yeux des personnages : plissés pour le Bon, fuyants pour la Brute et inquiets pour le Truand. Le tout avec la musique sublime d’Ennio Morricone, maintenant indispensable à l’alchimie des films. Le ton musical est en parfaite adéquation avec le sujet. Et le thème principal, mêlant voix et instruments à un léger côté » comique, renforcé par le personnage de Tuco, qui est certes un affreux (« ugly » comme dit le titre international, « cattivo » à l’origine, soit le méchant, le mauvais), mais a un rôle tout de même comique dans ses imprécations et son versant hypocrite. On retrouvera un peu de Tuco dans Juan Miranda (Il était une Fois la Révolution). Ses rapports avec Blondie sont du même acabit.

Seul Angel Eyes est toujours sérieux, voire froid, ce qui le rend encore plus redoutable. Il est la véritable brute du titre.

 

Quant au « Bon », on peut se demander pourquoi il a droit à ce qualificatif. En effet, son petit marché avec Tuco (qu’il répète avec un certain Shorty) n’est pas à proprement parler honnête. Encore une fois, il s’agit du même homme que dans les deux films précédents : c’est avant tout un tueur, appâté par l’argent. Mais une scène le rachète pour toutes ses mauvaises actions : dans une chapelle délabrée, un jeune soldat sudiste est en train de mourir. Il s’approche, le couvre de son manteau et lui offre quelques bouffées de son cigare. C’’est trois fois rien, mais c’est tout de même cette séquence qui lui donne son nom. De plus, il remplace son manteau par un poncho qui traînait près du jeune soldat, un poncho rouge et or, qu’il enfile par-dessus la  tenue que lui avait donnée Angel Eyes : chemise bleue, veste de mouton, pantalon noir.

 

Avec le poncho, il porte maintenant la tenue qu’on lui connaît depuis le premier opus : il peut donc entrer dans la légende, et accessoirement faire une apparition dans Retour vers le Futur…

Le cycle est terminé et comme tous les cycles, il tourne continuellement, il n’a ni début, ni milieu, ni fin : Blondie/Manco/Joe abandonne la Brute et le Truand, et s’en va…

…vers les deux autres films.

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Marcel Carné, #Jean Gabin
La Marie du Port (Marcel Carné, 1950)

La Marie, c’est Nicole Courcel. Et le Port, c’est Port-en-Bessin, petite commune du Calvados.

Et le Calvados, c’est ce qu’ingurgite à longueur de journée le père Viaud (Julien Carette), un marin qui est obligé de vendre son bateau pour survivre (et aussi pour se payer sa ration quotidienne).

Et l’acheteur, c’est Henri Châtenard (Jean Gabin), le beau Châtenard avec ses cheveux blancs. Et monsieur Henri vit avec Odile (Blanchette Brunoy), la sœur aînée de Marie.

 

Carné, Gabin, Kosma, Trauner… Il ne manque que Prévert. Quoi que…

Ce dernier étant en convalescence et pensionné pour cela, il ne devait pas trop montrer qu’il travaillait en plus… [Ah ces fraudeurs de l’assurance maladie…]

Parce que malgré la présence au générique de Georges Ribemont-Dessaignes (ami de Prévert, comme par hasard…), on sent la patte du grand poète : des enfants qui s’aiment, des ritournelles répétées par Gabin sur « la belle amour »…

 

Mais le temps a passé depuis Le Jour se lève : Gabin a vieilli (ses cheveux blancs sont un souvenir de guerre), et les gens ne veulent peut-être plus d’une intrigue pessimiste… Parce que depuis son dernier film (achevé) – Les Portes de la nuit – la Guerre est belle et bien finie, et les gens veulent se distraire avec des choses plus légères : la méprise du public à propos de L’Idiot de Georges Lampin (1946), qui pensait y voir un film comique…

 

Malgré tout, ce film se fait l’écho des chefs-d’œuvre passés : Marie et Marcel (Claude Romain) nous renvoient à Renée et Pierre (Hôtel du Nord) ; Châtenard et Odile à Frédérick et Garance (Les Enfants du paradis) ; et Cherbourg, ce n’est pas si loin que ça du Havre (Le Quai des Brumes)…

 

Et puis là encore, on parle des amours passées, ou qui s’enfuient, ou qui sont terminées. Odile et Henri sont à la fin de leur aventure. Dès la première séquence, on sait que c’est presque fini : « T’es marrante, chuis pas dans l’coup, moi… » répond Châtenard quand elle lui reproche de ne pas être en noir. Oui, il n’est plus dans le coup. Elle non plus, d’ailleurs. Elle était partie pour Paris et s’est arrêtée à Cherbourg, chez lui. Mais maintenant, elle songe de nouveau à s’en aller.

 

Les jeunes gens non plus ne s’aiment plus. Il suffit d’un accident et tout change, comme dans Hôtel du Nord. Chacun part de son côté (comme les oncles de Marie après l’enterrement), chacun suit sa nouvelle vie : « C’est le grand amour, la belle amour… »

 

Même Gabin ne s’emporte plus. Son personnage se rit de tout : de l’amour, des coucheries… Mais pas de Marie. Ou plutôt, il commence par en rire, et il se laisse avoir : elle est jeune, elle est belle, elle est déterminée. C’est un peu de jeunesse qui revient dans sa vie. Parce qu’il ne se fait pas d’illusion, il a vieilli. Et cette idylle avec une jeunette va sûrement faire jaser… Mais au diable les mauvaises langues. Il croquera le fruit défendu, il transgressera le tabou de la différence d’âges.

D’où, peut-être, les extraits de Tabu, de l’immense Murnau.

 

 

PS : Et puis tous ces visages et ces noms du cinéma français d'un autre temps, plus ou moins oubliés : Julien Carette, Jane Marken, Robert Vattier, Odette Laure, René Blancard…

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Wallace Worsley, #Lon Chaney
Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre-Dame - Wallace Worsley, 1923)

Il est bossu, à moitié aveugle, sourd… Et il est amoureux. C’est Quasimodo* (Lon Chaney), le sonneur de Notre-Dame.

Elle est belle, elle est égyptienne, elle a une chèvre… Et elle est amoureuse. C’est Esmeralda (la belle Patsy Ruth Miller).
Amoureuse de Phœbus (Norman Kerry, toujours bellâtre mais au jeu limité), capitaine de la Garde.

Les personnages de Victor Hugo sont tous là : de Quasimodo à Pierre Gringoire (Raymond Hatton), de Clopin Trouillefou (Ernest Torrence) à Claude Frollo (Nigel de Brulier), en passant par Louis XI (Tully Marshall) à Jehan Frollo (Brandon Hurst), frère de l’autre. Oui, surtout Jehan.

Nous sommes à Hollywood, et les scénaristes ont pris quelques libertés avec l’intrigue initiale du grand Totor.
On a gommé les passages scandaleux :

  • L’archidiacre n’est plus amoureux de la Bohémienne (Un homme d’Eglise, rendez-vous compte !) ;
  • Phœbus n’est plus ce soudard lubrique qui ne veut Esmeralda que pour un soir !

Non. Claude Frollo est un bon archidiacre, rempli de miséricorde et de bienveillance (encore une fois, Nigel de Brulier est impeccable). Et Phœbus un cœur noble, qui tombe éperdument amoureux de la belle Esméralda.

Par contre, Jehan, qui n’était qu’un personnage secondaire plutôt effacé dans le livre, devient ici l’infâme Frollo, celui que Quasimodo précipitera du haut de Notre-Dame.

La morale est donc sauve, et on a quand même un Frollo qui expie pour ses crimes.

 

Mais surtout, on a une prestation de Lon Chaney inoubliable. Il est un Quasimodo quasiment méconnaissable. Seul le regard habitué à l’acteur le reconnaît tout de suite : les pommettes très saillantes, les dents qui se déchaussent et à moitié pourries, une pilosité envahissante, une bosse superlative et une démarche claudicante. Il ne joue pas Quasimodo, il EST Quasimodo. On en arrive à avoir pitié de lui et à être de son côté quand il est arrêté et châtié. Mais sa disgrâce n’a d’égale que sa cruauté pendant l’assaut des truands contre Notre-Dame.

C’est une bataille épique, que cette tentative de prise de Notre-Dame. Galvanisé par un Ernest Torrence à son aise, on assiste à un affrontement homérique ! Et le tout dans une cathédrale plus vraie que nature !

 

Mais quand Quasimodo meurt, on retrouve l’émotion du début et le final en devient magnifique. Tout se termine bien – là encore, on fait fi de la véritable intrigue, mais bon. Toujours est-il que Lon Chaney, malgré la laideur et la difformité arrive à nous faire aimer Quasimodo, autant que Hugo lui-même, chacun à sa façon.

Alors au diable les errements de l’adaptation (et comme le dit mon ami le professeur Allen John) : on est au cinéma !

Et c’est du spectacle : un casting bien choisi (surtout par Lon Chaney) qui nous permet de retrouver Tully Marshall dans un rôle de faux gentil Louis XI, que c’en est presque du sur mesure ; un budget pharaonique qui nous permet d’assister à une scène de bataille avec deux cents figurants (dont certains de véritables truands de Los Angeles, ainsi que des prostituées…).

 

Un film colossal, dont il manque, hélas, encore une dizaine de minutes…

 

 

* « En effet, Quasimodo, borgne, bossu, cagneux, n’était qu’un à peu près. » (Victor Hugo)

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Lloyd, #Norma Talmadge
A l'Abri des lois (Within the Law - Frank Lloyd, 1923)

Cinq ans à crever de faim.

Trois ans de prison pour un vol qu’elle n’a pas commis.

Voilà ce qu’a rapporté à Mary Turner (Norma Talmadge) de travailler pour le grand magasin du riche Edward Gilder (Joseph Kilgour).

Elle lui a promis de se venger de lui quand elle en sortirait.

Alors quand elle sort…

 

Un film de femmes.

Norma Talmadge, servie par Frances Marion, le tout dirigé par Frank Lloyd (on ne peut pas tout avoir…).

Huit ans avant Ladies of the big House, Frances Marion s’inspire ici d’une pièce basée sur une erreur judiciaire, mais où le bon droit (et la justice) triomphe à la fin. En effet, cette issue heureuse est prévisible : c’est tout de même Norma Talmadge qui produit le film.

 

C’est pour nous spectateurs, près de cent ans après, le plaisir de voir (ou revoir si vous êtes comme moi) une actrice qui fut vite oubliée (encore une) avec l’avènement du parlant, mais qui possède un regard merveilleux et un jeu très juste. Il y a de l’intensité dans son regard ainsi que de la tristesse, le tout parfois dans une même scène. Elle pas de l’un à l’autre avec merveille… Oui, j’ai un faible pour elle. Elle passe aisément de la dureté à la mélancolie avec brio. C’était une grande.

 

Encore une fois, le personnage de Mary Turner est un personnage de femme forte, comme l’était Mary Pickford dans Le Signal de l’amour. C’est une femme qui, en plus de sa force de caractère est intelligence. Ayant compris que la justice était à deux vitesses, elle se débrouille pour mener des activités à la limite de la légalité. Si elle a été condamnée à la prison, c’est avant tout parce qu’elle était une femme, exploitée par un magnat de la distribution, et surtout qu’elle était pauvre. Un article lui révélant les deux vitesses de la justice : celle des riches et celle des pauvres.

 

Elle va donc exploiter les faiblesses des riches – un vieux libidineux comme le général Hastings (Tom Ricketts) – en leur faisant payer leurs écarts, le tout sans être taxée de chantage, en restant «  dans le cadre de la Loi », comme le dit si bien le titre original.
On peut d’ailleurs se demander si la personne qui a traduit le titre en français a vu le film, pour nous proposer un titre qui va autant à l’encontre de l’original*…

 

A ces côtés, deux personnages qui méritent le détour : Garson (Lew Cody), un petit truand qui la sauve de la noyade et du désespoir, et Aggie (Eileen Percy), ex-codétenue qui la recueille et le remet en selle. Garson est le personnage expiateur du film (Ah, les Américains et l’expiation…) : c’est lui le mauvais garçon (amoureux de Mary, mais qui ne le serait pas ?) qui tue et qui doit payer pour ça. Mais il le fait de façon grandiose, un peu comme le sacrifice d’un héros : il reconnaît les faits pour sauver celle qu’il aime d’un amour unilatéral.
Quant à Aggie, c’est le pendant comique du film, une sorte de faire-valoir de Mary. Cette dernière essaie, pour réaliser son dessein, de la transformer en lady (ou ce qui s’en approche), mais comment lutter contre une femme qui mâche compulsivement des chewing-gums ?

 

 

 

* Décidément, j’aurai toujours du mal avec ces traducteurs à la petite semaine. On a bien raison de dire, en voyant certaines propositions : « Traduction = Trahison ».

 

Voir les commentaires

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Howard Hawks
Le Harpon rouge (Tiger Shark - Howard Hawks, 1932)

Mike Mascarenhas (Edward G. Robinson, toujours aussi formidable) est le meilleur pêcheur de la côte ouest. Et il a forcément raison, puisqu’il le répète sans cesse !

Mais après sa main gauche, c’est Manuel Silva, un homme de son équipage qu’il doit concéder aux requins. Manuel laisse une fille, Quita (Zita Johann). Mike commence par s’occuper d’elle, puis, de fil en aiguille, et par reconnaissance, elle accepte de l’épouser.
Mais Mike a un second, un ami de toujours : Pipes Boley (Richard Arlen). Et ce qui devait arriver arrive : Pipes est plus jeune que Mike, et aussi très beau garçon, alors Quita succombe à son charme (malgré lui).

 

Howard Hawks délaisse les mauvais garçons pour les hommes de la mer. Et C’est d’ailleurs un ancien mauvais garçon du cinéma qu’il embarque dans cette histoire : Edward G. Robinson.

Encore une fois, il n’est pas un véritable américain. Cette fois, il est portugais, ce qui s’entend dans son accent (dans la version originale, bien sûr !). Mais si Rico (Little Caesar) était un personnage peu fréquentable, Mike est tout de même plus positif.

Pourtant, dès la séquence d’ouverture, Hawks ne fait pas dans le détail : Mike, Pipes et Jean Fernandez (Maurice Black) sont naufragés, dans une barque, à bout de force. Une dispute éclate et Mike pousse Fernandez à l’eau, qui est attaqué et dévoré par les requins. Ensuite, c’est la main de Mike qui est avalée par un requin (tigre, bien sûr, d’où le titre original), sous nos yeux, sans ménagement (le code Hays n'entrera en vigueur que deux ans plus tard).

 

C’est efficace. On a tout de suite le ton du film. Ces hommes sont de simples pêcheurs, certes, mais ils sont redoutables. Mais Mike est un capitaine très apprécié, et qui gagne bien sa vie. Et surtout, ce n’est pas un mauvais bougre. Quita, qui se retrouve seule après la mort de son père peut compter sur lui : s’il n’avait sa main en moins, on pourrait dire qu’il n’est pas manchot ! Et le petit truand qui rend visite à Quita en gardera un sacré souvenir.

 

Il s’agit d’un milieu rude, mais tout de même superstitieux : leurs prières ne s’adressent pas à Dieu, comme on pourrait l’attendre, mais à saint Pierre, qui fut pêcheur avant de rencontrer Jésus. Et on assiste à notre tour à une sorte de pêche miraculeuse (voir Luc 5 : 6-7), où les thons ne cessent d’affluer et de remplir le bateau. Et Hawks en profite pour nous montrer les différentes étapes de la pêche en mer, de la mise en place des filets au déchargement au port.

Et cette superstition est tenace : c’est la mer – et surtout les requins – qui règlent les choses, répète Mike, furieux de la liaison entre Quita et Pipes.

 

Le destin lui donnera raison, mais ce sera pour, cette fois-ci, en être l’objet. Même au moment où il tient sa vengeance, il ne peut pas abandonner Pipes aux requins.

Et finalement (ne lisez plus si vous ne voulez pas savoir la fin, même si elle est prévisible), en faisant de Mike une victime du requin, on peut aussi y voir une forme d’expiation : il est puni pour sa conduite envers Pipes, et aussi pour n’avoir pas su voir ce qu’il se passait autour de lui. Et il meurt apaisé, en règle avec tout le monde, même saint Pierre.

Et là encore, on peut le croire, puisque c’est lui qui le dit !

 

 

PS : encore une fois, on peut admirer la traduction française du titre : « Le Harpon rouge » au lieu de « Requin tigre ».
Harpon « rouge ». Dans un film en noir et blanc...

 

PS 2 : à noter la présence de Vince Barnett dans le rôle de Fish Bone (« arète de poisson ») un rôle du même style que celui d' Angelo dans Scarface du même Hawks.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>

Articles récents

Hébergé par Overblog