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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

robert wise

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Robert Wise
Le Coup de l'escalier (Odds against Tomorrow - Robert Wise, 1959)

 

Trois hommes ;

Totalement différents.

Un même but.

L’argent.

Celui de la banque.

A Melton (New York).

Bien entendu, ça se termine mal.

 

Ca se termine, mal, tout d’abord parce que nous sommes en 1959 quand le film sort, et il est encore impensable que des malfrats s’en sortent après un coup pareil, et surtout parce que ce n’est pas le coup en lui-même qui intéresse Robert Wise (et Harry Belafonte qui a fait appel à lui).

Encore une fois (1), un film de braquage qui se termine mal. Et encore une fois, c’est comment on en arrive à cette tragédie annoncée qui est le centre de l’intrigue et le place parmi les plus grands films du genre.

Il faut dire que les trois hommes n’ont absolument rien en commun, normalement :

  • Dave Burke (Ed « N° 10 » Begley) est un ancien policier, chassé après un scandale qui vit dans un (tout) petit appartement) ;
  • Earl Slater (Robert Ryan) est une petite frappe qui est dans une mauvaise passe (2), et vit avec l’argent de sa compagne Lorry (Shelley Winters) ;
  • John Ingram (Harry Belafonte) est chanteur et surtout flambeur, passionné de courses, et fauché comme les blés.

Tous les trois ont besoin de cet argent, et ils devraient – malgré la morale de 1959 – réussir leur coup et partir avec plus de 200.000 dollars (3).

 

Seulement voilà, Slater ne peut pas voir Ingram, et ce malgré tous les efforts de Burke : c’est un sale raciste. On ne le découvre pas tout de suite, même si sa première intervention parlée n’est pas neutre (il prend dans ses bras une petite fille noire). C’est quand Burke va lui présenter en quoi consiste leur coup que cela va se déclarer.

Et ce racisme va progressivement gangrener l’esprit de Slater : il refuse directement de participer, mais acculé, il va accepter, mettant alors en mouvement la fin funeste prévue.

Parce que Wise (et Belafonte) n’ont pas pu coller pleinement à l’histoire originale qui voyait le Blanc et le Noir s’allier, voire devenir amis ! Il faut dire que La Chaîne (The defiant Ones – Stanley Kramer, 1958) venait d’avoir un franc succès l’année précédente et la fin amicale prévue aurait un peu trop rappelé ce film.

 

Alors ils ont choisi de montrer que le racisme est une mauvaise chose, qu’il détruit. Et la destruction est spectaculaire, rappelant par certains aspects la fin de White Heat dix ans plus tôt. Mais surtout, il annonce un autre braquage célèbre qui voit trois hommes différents se rencontrer : Le Cercle rouge. Melville était passionné par ce film, et on peut voir ici pourquoi !

Et les femmes là-dedans ? Comme nous sommes dans un film de gangsters, elles ont surtout un rôle décoratif. Encore que si Burke est un célibataire endurci (il a un chien qui perd ses poils), les deux autres ne sont pas seuls.

Slater a Lorry qui s’occupe (trop à son avis) de lui, mais cette situation d’homme entretenu ne lui sied pas du tout et son acceptation final du coup est aussi une façon d’exprimer sa fierté : après ce coup-là, il va pouvoir s’occuper d’elle, et peut-être même plus…

Quant à Johnny, il y a trois femmes dans sa vie : Ruth (Kim Hamilton), son ex-femme qu’il aime toujours malgré leur séparation ; Kittie (Carmen de Lavallade), une danseuse du club où il chante, et avec qui il passe « du bon temps » ; et la petite Eadie (Lois Thorne), qui n’est autre que la fille qu’il a eue avec Ruth. Et si Ingram accepte le coup de Burke, c’est avant tout pour protéger sa fille et Ruth, que Bacco (Will Kuluva), son créancier qui est aussi un ponte new-yorkais (suivez mon regard), a menacé de toucher s’il ne lui rendait pas ce qu’il lui doit.

 

Mais quel est donc cet escalier dont parle le titre français ?

En VO, on est plutôt dans l’évaluation sur les chances (odds) du lendemain (tomorrow) : avec ce coup, c’est leur vie qui va changer complètement. Finie la misère et les dettes. Et nous arrivons alors à une échelle qui est mentionnée par l’un des protagonistes : ce braquage est une sorte d’échelle sociale pour eux.

A moins que ce soit celle qui mène aux toits des entrepôts de combustibles…

 

  1. Aucun sarcasme dans ces trois mots !
  2. Slater a toujours été dans une mauvaise passe.
  3. En 1959, c’est une sacrée somme !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Robert Wise
Le Récupérateur de cadavres (The body Snatcher - Robert Wise, 1945)

Décidément, tout le monde veut voir le docteur MacFarlane (Henry « Garbitsch » Daniell) !

Quand ce n’est pas le jeune (apprenti) docteur Fettes (Russell Wade) qui vient apprendre sous ses ordres, c’est la jeune madame Marsh (Rita Corday) et sa petite fille Georgina (Sharyn Moffett) qui est paraplégique et espère que ce bon docteur pourra la guérir.

Mais une fois la nuit tombée, c’est un autre genre d’individu qui vient lui rendre visite : le mystérieux et un tantinet inquiétant John Gray (Boris « the Beast » Karloff) arrive avec sa carriole, tirée par son cheval blanc, et vient déposer sa cargaison lugubre.
Gray fournit le dispensaire de MacFarlane en cadavres que ce dernier va disséquer avec ses étudiants afin de tout connaître de l’anatomie humaine.

Le premier arrivage, c’est un jeune homme qu’on vient d’enterrer et que Gray s’est empressé de déterrer. Le second, c’est une chanteuse des rues (Donna Lee), qui n’avait pas prévu de mourir prématurément.

Fettes s’inquiète de ces livraisons, tout comme Joseph (Béla « Dracula » Lugosi) qui s’en va trouver Gray afin de le faire chanter…

 

NB : si vous ne voulez pas savoir comment se termine ce film, je vous conseille de revenir plus tard : quand vous l’aurez vu, ou quand vous en aurez assez d’attendre de le voir…

 

Il s’agit ici de la dernière confrontation entre Karloff et Lugosi (la 8ème) et si Lugosi peut, d’une certaine manière, sembler inquiétant, il reste loin derrière son partenaire qui tient le rôle-titre. Encore que. Si Gray déterre bel et bien les cadavres, c’est avant tout pour fournir le docteur MacFarlane qui devient alors un peu plus qu’un complice. Karloff est encore une fois magistral, sans maquillage outrancier mais surtout avec une voix normale, voire douce. Donc en opposition à son personnage. En face de lui, c’est vers Henry Daniell qu’il faut se tourner pour trouver un adversaire à sa hauteur. Daniell était d’ailleurs un tel acteur que même Karloff n’était pas serein en face de lui : la peur de mal jouer. Parce que MacFarlane est un personnage complexe, tiraillé entre son besoin de découvrir de nouvelles choses anatomiquement parlant, mais en même temps (1) il ne veut plus avoir à faire avec cet homme inquiétant.

 

Bien sûr, il y aura une explication entre ces deux hommes qui ne pourra pas se terminer bien, pour l’un ou pour l’autre. Ou plutôt pour l’un et pour l’autre ! Et Wise conclut cet affrontement – et son film par la même occasion – avec toute sa maîtrise et surtout dans la plus grande veine hollywoodienne du genre, avec nuit pluvieuse et revenants : il faut voir MacFarlane hanté – une dernière fois – par Gray alors qu’il revient d’avoir récupérer un ultime cadavre, entendant sa voix qui se répète, tel le cœur révélateur de ce cher Edgar Poe, jusqu’à l’apparition finale de Karloff, torse nu et très pâle, qui va entraîner la fin funeste prévisible et inévitable. C’est un final haut en couleurs (bien qu’en noir et blanc) qui est la dernière bonne raison de voir ce film.

 

Malgré tout, Robert Wise n’est pas vraiment un cinéaste d’horreur, tout juste d’épouvante : son « truc qui fait sursauter » n’est pas très convaincant, peut-être (déjà) éculé… Surtout plus de 75 ans après.

 

Il n’empêche que ce Récupérateur de Cadavres tient ses promesses. On en redemande !

 

  1. Comme ils disent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame, #Robert Wise
West Side Story (Robert Wise, 1961)

Etonnamment, ce texte s'était « perdu dans le tri » et aurait dû être publié l'an passé. Soit bien avant  le film de Spielberg...

 

Plus de 60 ans se sont écoulés depuis la sortie du film, et ce dernier garde toujours sa force intacte. Robert Wise aidé de Jerome Robbins dirige cette tragédie avec brio, modernisant comme c’était prévu la pièce de Shakespeare.

La musique de Leonard Bernstein n’a pas pris une ride, enchaînant ce qui sont des classiques plus de soixante ans après la présentation à Broadway (1957).

On vibre toujours autant à cette histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens qui ne sont pas de la même « espèce » (1).

On frémit devant cette violence annoncée et on se dit que la vie n’est pas juste et qu’il aurait suffi d’un tout petit coup de pouce du Destin dans l’autre sens pour que cette histoire se termine bien.

Parce qu’elle se termine mal. Très mal. Et les plus pessimistes – dont il m’arrive de faire partie – diront que cette histoire, sur le fond n’est pas près de se finir.

 

Leonard Bernstein (musique) et  Stephen Sondheim (paroles) – sur un livret d’Arthur Laurents – ont su adapter cette histoire d’amour absolue, remplaçant les deux familles par deux gangs issus de l’immigration : les Jets et les Sharks.

La différence qu’il existe entre eux ? La couleur tout d’abord, et la période d’arrivée aux Etats-Unis.

Et les Sharks, d’origine portoricaine ont le désavantage d’être plus foncés et arrivés récemment.

Parce que les Jets, eux aussi, ne sont pas ce qu’on peut appeler des Américains « pur souche », pour reprendre une expression nauséabonde qui est malheureusement toujours d’actualité. Ils sont arrivés – ou plutôt, leurs ancêtres – bien avant, s’intégrant petit à petit dans ce grand pays de la Liberté…

En effet, Tony (Richard Beymer) est d’origine polonaise et s’appelle en réalité Anton, Action a des ascendants italiens, d’autres irlandais…

Ils forment tous ce creuset (2) dans lequel se mélangent ceux qui sont venus en quête d’une meilleure vie, loin des persécutions et de la misère.

Mais tous ces ados n’ont pas connu cette misère que leurs parents ont dû fuir, et maintenant se comportent comme tous les autres, ceux arrivés avant eux, voire ceux qui ont fondé ce pays.

Pire, ils se décident supérieurs à ceux qui leur sont différents.

Ce sont avant tout des ados qui comme leurs aînés, s’expriment par cette violence et ce désir de domination. Ils ne sont pas loin de Johnny Strabler (Marlon Brando) dans The wild One (1953) ou évidemment Jim Stark (James Dean) (3). Eux aussi avaient cette même haine qui les animait, comme elle anime les ados aujourd’hui. Malheureusement encore, ce sera la même chose demain.

Mais heureusement, au milieu de ce monde de violence et de haine, il y a Maria (Natalie Wood) et Tony. Tony est un ancien Jet, et Maria la sœur de Bernardo (George Chakiris), le chef des Sharks.

Et puisque tout les sépare, ils vont se trouver, s’aimer, et rêver qu’il existe quelque part un endroit pour eux (4).

Mais comme pour leurs prédécesseurs shakespeariens, il n’en est rien, la mort est au bout du chemin.

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne peux pas regarder ce film sans finir les larmes aux yeux tellement l’histoire, la musique et les interprètes sont prenants. J’ai beau avoir passé des heures à écouter la BO du film, quand Maria (Marni Nixon) et Tony (Jimmy Bryant) chantent Tonight (fin de la première partie), j’ai des frissons. Rien que d’en parler, ça me reprend.

Il faut dire qu’il s’agit peut-être du plus grand film musical qui ait été tourné.

Mais il n’y a pas que la musique. Il y a la danse qui a une place très importante et qui est absolument magnifique. Au premier abord, cela peut paraître étonnant de voir des ados qui jouent aux durs en train de danser, mais très rapidement on entre dans cet univers où la danse est une autre façon d’exprimer la violence qui est en eux.

Et le travail chorégraphique de Jerome Robbins, après la scène de Broadway, s’accorde parfaitement avec les différents points de vue dirigés par Wise et photographiés par Daniel L. Fapp. Sans oublier non plus les montages visuel (Thomas Standford) et sonore (Gilbert D. Marchant) qui donnent au film son rythme (5).

 

Parce que les plans et les différents filtres utilisés sont là encore en totale adéquation avec l’histoire.

La rencontre de Maria et Tony, pendant le bal est on ne peut plus pertinente. Tony aperçoit Maria qui en fait de même et tout autour est flou, seuls eux deux existent : c’est normal, « les amoureux sont seuls au monde », comme dans le film de Decoin (1948).

En plus, la musique ralentit qui leur permet de faire quelques pas de danse avant de s’étreindre. Le temps semble s’être arrêté. Jusqu’au moment où la musique accélère et la réalité les rattrape, les séparant.

Autre élément visuel important, la couleur : le bleu de Maria, qui lui donne une allure de Madone et qui se transformera malheureusement en Mater Dolorosa.

Et le rouge surtout, symbole du sang, messager la mort. Pas étonnant donc que Bernardo soit en rouge.

Tout comme la partie Quintet, chantée par tous les protagonistes, en groupes – Jets et Sharks – ou en individuels – Maria, Tony, Anita – et annonçant les événements de la nuit. Wise a choisi un filtre rouge des plus agressifs, se reflétant sur les lieux et surtout sur les visages, même celui d’Anita.

 

Et puis il y a la fin. Cette fin en demi-teinte, où finalement personne n’est sauvé. Les Jets et les Sharks repartent, emportant le corps de Tony, réassemblés temporairement par cette mort encore plus terrible que celles de Bernardo et Riff (Russ Tamblyn), parce que voulue.

C’est une sorte d’union sacrée qui fait s’en aller les jeunes gens, mais on sait que cette union n’aura qu’un temps et que finalement, ça recommencera. Peut-être pas dans le West Side, il suffit de regarder autour de nous pour comprendre que ça ne s’est jamais arrêté.

Hélas.

 

  1. « stick to your own kind », chante Anita à Maria (deuxième partie).
  2. Le fameux Melting-pot.
  3. James Dean était pressenti pour le rôle de Tony à Broadway, mais il mourut avant les auditions. A noter la présence (déjà) de Natalie Wood à ses côtés dans le film de Nicholas Ray.
  4. There’s a Place for us (deuxième partie) chanté par Maria et Tony.
  5. Terme on ne peut plus adéquat.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Robert Wise
Né pour tuer (Born to kill - Robert Wise, 1947)

Helen Brent (Claire « Dallas » Trevor) vient de divorcer. Elle s’en va vivre chez sa sœur adoptive Georgia (Audrey Long), qui est très riche. Dans le train, elle fait la connaissance de Sam Wilde (Lawrence Tierney) qui quitte lui aussi Reno. Il faut dire que pour ce dernier, l’air y est devenu irrespirable : il a tué son ex-fiancée et le nouveau petit ami d’icelle.

Et il se trouve que la jeune femme sauvagement assassinée était la colocataire d’Helen et que cette dernière est partie un peu précipitamment en découvrant les deux cadavres (mais sans connaître le meurtrier).

Arrivé à San Francisco, elle reçoit la visite de Wilde chez sa sœur : cette dernière est tout à son goût. Mais malgré tout, c’est Helen qui l’intéresse. Et cette attirance est partagée.

 

C’est une histoire bien sombre que nous propose là Robert Wise (dont c’est le sixième long métrage) : une histoire d’amour qui ne dit pas son nom entre deux personnages fiers et farouches. Mais c’est surtout la rencontre entre deux êtres maléfiques : un meurtrier et une femme calculatrice.

Et leur rencontre est des plus significatives voire prémonitoires. Et cette rencontre déterminante se passe sans aucun é&change verbal, une série de regard suffit : du cinéma ! Elle se fait autour d’une table de craps, où Sam Wilde est le lanceur et Helen une des parieuses. La prémonition vient des paris : tout va bien tant qu’elle parie sur le succès de Sam. Mais dès qu’elle parie contre, elle perd.

Et c’est ce qu’il va se passer dans le reste du film, amenant la tragédie inévitable.

 

Il faut dire que les deux personnages principaux ne sont pas recommandables. Helen est une divorcée. Et qu’on le veuille ou non, eaux Etats-Unis ou ailleurs, un divorce n’est pas très bien vue de l’opinion publique, surtout en 1947. Quant à Sam, ses regards sont éloquents, surtout quand apparaît son ex-fiancée, Laury Palmer (Isabel Jewell).

Et si un doute subsiste malgré tout une fois la rencontre passée, le double meurtre – sauvage – fige définitivement les choses : Sam Wilde est un homme très dangereux.

C’est d’ailleurs cet aspect dangereux qui attire Helen vers cet homme. Et Wise rend bien compte de cette attirance faite d’appréhension et de fascination.

Et bien sûr, c’est l’interprétation de Claire Trevor et Lawrence Tierney qui donne toute sa dimension au film. Labelle Claire est formidable dans ce rôle de femme libre – divorcée et à la morale élastique – prête à tout par amour pour cet homme ténébreux et intrigant.

De son côté, Lawrence Tierney est un névropathe formidable : c’est lui qui est né pour tué comme l’annonce le titre du film.

Mais encore une fois, il ne faut pas oublier les personnages secondaires qui donnent toute leur crédibilité aux personnages principaux. Si Georgia est un personnage mièvre et effacé – mais indispensable pour la résolution finale, il n’en va pas de même pour trois autres protagonistes : Marty Waterman (Elisha Cook Jr.), l’ami et complice de Sam ; Albert Arnett (Walter Slezak) le détective, et Mrs. Kraft (Esther Howard).

 

Ces trois personnages sont indispensables et chacun très différent des autres. Mrs Kraft est la logeuse d’Helen à Reno. C’est elle qui engage Arnett pour découvrir qui a tué Laury Palmer. C’est une femme plantureuse qui aime la bière et la rigolade. L’interprétation d’Esther Howard est bien entendu haute en couleur mais tout en restant dans les limites de l’intrigue. Arnett est un détective, certes, mais il n’a pas l’apparence attendue, surtout depuis les interprétations de Bogart (Sam Spade ou Philip Marlowe) : Albert Arnett est un homme en surpoids (comme on dit de nos jours) et pas toujours très moral lui non plus. Ca ne le gêne pas de fermer les yeux (et surtout sa bouche) pour protéger Sam, mais ce n’est pas gratuit. Mais ne vous y fiez pas : si Arnett n’a pas l’aura de ses prestigieux collègues, il n’en demeure pas moins très efficace. Et Walter Slezak interprète ce détective avec une bonhommie de façade, que contrebalancent les résultats funestes de son enquête.

Quant à Marty Waterman, il est un ami fidèle de Sam – le seul d’ailleurs – mais qui sera victime à plus d’un titre de la folie de son complice. Et l’interprétation d’Elisha Cook Jr., éternel second rôle américain, est à la hauteur de son personnage, rehaussée par ses yeux tristes qui font de lui une victime potentielle dès son apparition.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Wise, #Guerre, #Richard Attenborough
La Cannonière du Yang-Tsé (The sand Pebbles - Robert Wise, 1966)

La canonnière du titre, c’est le San Pablo. Mais on l’appelle aussi Sand Pebbles (1).

C’est un vieux bâtiment de la Navy (américaine, bien sûr) qui fait le lien entre Changsha et China Light, sur le fleuve Yang-Tsé.

Ce navire accueille à son bord un nouveau mécanicien : Jake Holman (Steve McQueen). Avec l’arrivée de ce dernier, c’est le fonctionnement du bateau qui va changer, mais surtout la situation politique.

Alors que la Chine est dominée par des puissances « occidentales » - France, Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis – le Kuomintang de Tchang-Kaï-Chek mène un soulèvement qui mènera à l’autonomie du pays, sans le parti communiste de Mao qu’il va pourchasser, avant de lui céder la place en 1949.

Nous assistons donc ici au début de l’insurrection – nous sommes en 1926 – et quand le film se termine, Nankin a été déclarée capitale et la guerre civile va commencer entre les nationalistes (de CKS) et les communistes (de Mao).

Au milieu de tous ces troubles, le San Pablo essaie de protéger ses ressortissants.

 

C’est un long film que nous propose Robert Wise, encore une fois, mais cette longueur se justifie par la complexité de l’intrigue et surtout des enjeux politiques inhérents.

Bien sûr, notre sympathie va tout de suite à Holman – Steve McQueen oblige – et à son ami Frenchy (Richard Attenborough).

Quand Holman arrive sur le San Pablo, il entre rapidement en conflit avec les autres : ses frères d’armes comme les « cadres » des coolies, Chien (Tommy Lee) et Lop-Eye Shing (Henry Wang).
Ce n’est pas un débutant dans le pays, et tout comme ses camarades, il a des préjugés tenaces envers les populations autochtones. Pourtant, son attitude va changer, et sa vision des Chinois évoluer, surtout avec l’un d’eux qu’il va former : Po-Han (Mako).

 

Malgré tout, Holman est mal vu par la plupart des marins, vexés par son attitude non-conformiste qui explique aussi pourquoi il a des états de service peu orthodoxes : c’est un bon mécanicien, certes, mais il semble ne pas s’adapter au cadre qui lui est donné.

De plus, son arrivée coïncidant avec le soulèvement chinois le désigne tout naturellement comme le responsable des dysfonctionnements du bateau et de la situation politique. Il faut dire que le conflit qui se met en place est totalement différent de ceux qu’ont pu vivre les marins et surtout leur capitaine (Richard Crenna – le futur supérieur de Rambo !) : les Communistes (au nord) tentent de saper l’autorité américaine, balançant ce qu’on appelle aujourd’hui des fake news, et qui n’est rien d’autre que de la propagande.

 

Le périple – dangereux – du San Pablo est aussi le théâtre de deux histoires amoureuses : celle de Frenchy, et celle de Holman (of course !).

Frenchy est subjugué par une jeune femme – Mayli (Emmanuelle Arsan, qui a obtenu un grand succès avec ses livres dont l’héroïne porte le même prénom qu’elle…) dans un bordel de Changsha : cette jeune femme est dans une situation très délicate, et encore plus du fait des événements. Elle est une orpheline chinoise élevée par des missionnaires américains. Apatride malgré elle, elle sera tirée de sa misérable situation par Frenchy et Holman, mais surtout grâce à un match de boxe assez gratiné qui voit s’affronter le frêle Po-Han contre l’impressionnant Stawski (Simon Oakland). La relation entre Frenchy et Maily est étonnante dans un tel cadre : en 1926, il n’est pas question de mariage mixte aux Etats-Unis !). Mais c’est cette union qui fait que ces hommes – Frenchy et Holman – sont encore des hommes et non des brutes remplies de préjugés (comme Stawski, par exemple).

 

L’autre histoire d’amour – impossible, cela va de soi – concerne Holman et Shirley  Eckert (Candice Bergen), une enseignante qui est elle aussi d’une certaine façon une missionnaire : à l’inverse de Jameson (Larry Gates), avec qui elle travaille, elle éduque les jeunes Chinois sans bible.

Il n’y a aucun avenir pour eux, même si elle veut y croire. Holman est plus lucide qu’elle, même si au dernier moment il se dit que ce serait possible.

 

C’est un film en deux parties que nous avons ici. La première pose le décor et détermine les rôles des différents personnages. Quand il s’interrompt (« Intermission »), les différents destins sont scellés, la tragédie se met en place : tout le monde ne s’en sortira pas.

La seconde partie nous amène inévitablement à un affrontement qui couvait depuis le début de la deuxième heure.

 

La dernière heure du film va donc nous proposer une bataille épique qui se livrera dans un premier temps sur l’eau, une lutte navale entre la poignée d’Américains et une armée de Chinois qui ne cesse de croître : à chaque homme qui tombe, plusieurs autres apparaissent pour le remplacer…

Quand le San Pablo force le barrage, Holman est le dernier à rejoindre le bord. Holman voit tous ces morts dans les bateaux ou qui flottent au fil de l’eau. On sent alors qu’il a pris conscience que ce qui se passe n’est pas anodin et surtout que la situation est dérisoire, voire désespérée. Le Kuomintang se battra jusqu’au bout pour obtenir l’indépendance du pays et chassera par la même les puissances coloniales.

 

Le final alors, dans son déroulement, ne peut pas nous étonner. La lutte que se livrent les différentes armées ne concerne plus les Occidentaux.

Ils doivent partir. Ou mourir.

 

 

(1) Titre original, créé par homophonie avec San Pablo : « galets, cailloux (de sable)… »

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