Trois hommes ;
Totalement différents.
Un même but.
L’argent.
Celui de la banque.
A Melton (New York).
Bien entendu, ça se termine mal.
Ca se termine, mal, tout d’abord parce que nous sommes en 1959 quand le film sort, et il est encore impensable que des malfrats s’en sortent après un coup pareil, et surtout parce que ce n’est pas le coup en lui-même qui intéresse Robert Wise (et Harry Belafonte qui a fait appel à lui).
Encore une fois (1), un film de braquage qui se termine mal. Et encore une fois, c’est comment on en arrive à cette tragédie annoncée qui est le centre de l’intrigue et le place parmi les plus grands films du genre.
Il faut dire que les trois hommes n’ont absolument rien en commun, normalement :
- Dave Burke (Ed « N° 10 » Begley) est un ancien policier, chassé après un scandale qui vit dans un (tout) petit appartement) ;
- Earl Slater (Robert Ryan) est une petite frappe qui est dans une mauvaise passe (2), et vit avec l’argent de sa compagne Lorry (Shelley Winters) ;
- John Ingram (Harry Belafonte) est chanteur et surtout flambeur, passionné de courses, et fauché comme les blés.
Tous les trois ont besoin de cet argent, et ils devraient – malgré la morale de 1959 – réussir leur coup et partir avec plus de 200.000 dollars (3).
Seulement voilà, Slater ne peut pas voir Ingram, et ce malgré tous les efforts de Burke : c’est un sale raciste. On ne le découvre pas tout de suite, même si sa première intervention parlée n’est pas neutre (il prend dans ses bras une petite fille noire). C’est quand Burke va lui présenter en quoi consiste leur coup que cela va se déclarer.
Et ce racisme va progressivement gangrener l’esprit de Slater : il refuse directement de participer, mais acculé, il va accepter, mettant alors en mouvement la fin funeste prévue.
Parce que Wise (et Belafonte) n’ont pas pu coller pleinement à l’histoire originale qui voyait le Blanc et le Noir s’allier, voire devenir amis ! Il faut dire que
Alors ils ont choisi de montrer que le racisme est une mauvaise chose, qu’il détruit. Et la destruction est spectaculaire, rappelant par certains aspects la fin de White Heat dix ans plus tôt. Mais surtout, il annonce un autre braquage célèbre qui voit trois hommes différents se rencontrer : Le Cercle rouge. Melville était passionné par ce film, et on peut voir ici pourquoi !
Et les femmes là-dedans ? Comme nous sommes dans un film de gangsters, elles ont surtout un rôle décoratif. Encore que si Burke est un célibataire endurci (il a un chien qui perd ses poils), les deux autres ne sont pas seuls.
Slater a Lorry qui s’occupe (trop à son avis) de lui, mais cette situation d’homme entretenu ne lui sied pas du tout et son acceptation final du coup est aussi une façon d’exprimer sa fierté : après ce coup-là, il va pouvoir s’occuper d’elle, et peut-être même plus…
Quant à Johnny, il y a trois femmes dans sa vie : Ruth (Kim Hamilton), son ex-femme qu’il aime toujours malgré leur séparation ; Kittie (Carmen de Lavallade), une danseuse du club où il chante, et avec qui il passe « du bon temps » ; et la petite Eadie (Lois Thorne), qui n’est autre que la fille qu’il a eue avec Ruth. Et si Ingram accepte le coup de Burke, c’est avant tout pour protéger sa fille et Ruth, que Bacco (Will Kuluva), son créancier qui est aussi un ponte new-yorkais (suivez mon regard), a menacé de toucher s’il ne lui rendait pas ce qu’il lui doit.
Mais quel est donc cet escalier dont parle le titre français ?
En VO, on est plutôt dans l’évaluation sur les chances (odds) du lendemain (tomorrow) : avec ce coup, c’est leur vie qui va changer complètement. Finie la misère et les dettes. Et nous arrivons alors à une échelle qui est mentionnée par l’un des protagonistes : ce braquage est une sorte d’échelle sociale pour eux.
A moins que ce soit celle qui mène aux toits des entrepôts de combustibles…
- Aucun sarcasme dans ces trois mots !
- Slater a toujours été dans une mauvaise passe.
- En 1959, c’est une sacrée somme !
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