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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Gavin O'Connor
Jane got a Gun (Gavin O'Connor, 2015)

Il ne s'agit pas ici d'une féminisation du film de Dalton Trumbo . Même si on y pense dès la lecture du titre. Pas de guerre mondiale, pas d'hôpital.

Un western. Un vrai, avec des bons et des méchants et une bonne dose de réalisme chère à Sergio Leone. En effet, les personnages masculins semblent s'être échappés des films du maître italien. Mais...

Mais il y a une femme. Elle s'appelle Jane (Natalie Portman), vit retirée avec son « mari » Bill Hammond (Noah Emmerich), qui rentre après avoir eu une explication avec un vieil ennemi, John Bishop (Ewan McGregor, méchant distingué). Résultat : cinq balles dans le buffet, avec en prime une chasse à l'homme. Alors Jane, seule, va trouver son seul allié potentiel, Dan Frost (Joel Edgerton), qui fut en outre son premier fiancé.

Pendant que Bishop recherche Bill, Jane et Ned préparent le siège qui aura inévitablement lieu.

 

Pendant longtemps, les rôles de femmes dans les westerns étaient restreints. On trouvait la jeune fille/femme courtisée avec qui le héros s'en allait fonder une famille. Il y avait aussi la femme mûre qui s'occupait des autres, et l'incontournable prostituée (au cœur plus ou moins grand). Et puis Calamity Jane. Mais comme cette dernière portait un flingue, le était plutôt asexuée.

Alors quand on annonce que Jane a reçu un flingue (titre francisé), on pouvait craindre une femme dans le genre hommasse, prompte à la gâchette, et flinguant à vue. Or Jane, c'est Natalie Portman. Difficile donc de faire hommasse...

Jane est une vraie femme : elle s'occupe de son intérieur, fait la lessive, des bocaux... Bref, une vraie femme de l'Ouest qui attend le retour de son mari. Mais.

Mais elle sait se servir d'un revolver (d'où le titre).

En plus du siège qui se prépare, Jane se trouve à la croisée des chemins. D'un côté son mari moribond, de l'autre son ex-fiancé qui est revenu. Alors Jane se souvient. Elle se souvient de Ned, et aussi de Bill, comment ils sont entrés et sortis de sa vie, pour se retrouver dans le cercle rouge : tous les trois dans cette maison isolée. Mais les souvenirs qui remontent touchent aussi Dan, qui lui aussi se souvient : comment il a quitté Jane (« quelle connerie la guerre »), et comment il l'a perdue...

Et le lien entre leurs deux vies séparées : John Bishop, méchant distingué. Bishop est élégant, parle avec distinction. Mais ne vous y fiez pas, c'est une magnifique crapule, réduisant à la prostitution les jeunes femmes faibles qu'il était censé protéger.

Tout est donc prêt pour un règlement de compte formidable. Et on n'est pas déçu.

Et ça se termine bien (enfin, ça dépend du point de vue).

Mais on a un léger regret quant au film : il manque cette pointe d'humour qui pimentait les westerns des grands maîtres (Ford, Walsh & Hawks, pour ne citer qu'eux...).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Huston, #Marilyn Monroe, #Western
Les Désaxés (The Misfits - John Huston, 1961)

Film culte. Encore une fois.

Mais il faut bien avouer que l'affiche est alléchante. On retrouve trois sex-symbols : Clark Gable, pour les année 1930, Montgomery Clift, pour les années 1940 (sur tout la fin), et Marilyn Monroe, pour les années 1950.

Et John Huston pour diriger tout ce monde-là.

Et ça devient formidable.

Dès le générique, le ton est donné. Les noms s'enchaînent sur un fond noir et blanc de trois pièces de puzzles qui ne peuvent s'emboîter. C'est là qu'il faut chercher la signification du titre américain. Nous allons suivre les destins de personnes qui n'arrivent pas à s'emboîter. A s'emboîter ensemble, et aussi à trouver leur place dans la vie.

 

Gay Langland (Clark Gable) est un vieux cowboy : pas d'attache, pas de foyer, des enfants quelque part. Un homme libre. Libre de vivre et surtout libre d'errer.

Guido Dellinni (Eli Wallach) est un pilote d'avion. Peut-être aussi le seul ami de Gay. Lui aussi zone de petit boulot en petit boulot en attendant que son vieux pote l'entraîne dans une chasse aux mustangs. La vie l'a rendu libre. Alors il erre, lui aussi.

Perce Howland (Montgomery Clift) est un autre cowboy. Plus jeune. Spécialisé dans le rodéo. Lui aussi est seul, mais ce fut son choix, quand sa mère s'est remarié à un type peu recommandable. Alors, lui aussi erre, de rodéo en rodéo, avec parfois une petite chasse aux mustangs.

Et puis il y a Roslyn Taber (Marilyn Monroe). Son sourire, c'est le soleil du matin. Elle est empathique, follement. Mais surtout, elle vient de divorcer de Raymond (Kevin McCarthy), et se retrouve à son tour perdue. Elle vit avec Isabelle Steers (Thelma Ritter), une autre âme errante, spécialisée dans les témoignages de divorce (soixante-dix-sept à son actif !).

Alors évidemment, il arrive un moment où tous ces gens se trouvent. Et vont errer ensemble.

Mais c'est la dernière virée. Peut-être celle de trop.

 

Mais cette errance est vitale. Chacun de ces personnages va la vivre pleinement, comme une journée faste. Parce que ces deux heures et quatre minutes d'errance sont structurées comme une journée faste. Même si plusieurs jours passent pour les protagonistes de cette histoire, le film est structuré comme une journée.

 Tout commence un matin, avant la décision du tribunal pour Roslyn. Cette décision lui étant favorable, Roslyn se retrouve seule, libre. Elle peut, à son tour, errer. C'est à ce moment qu'ils se rencontrent. Et comme une journée qui commence sous le soleil, on se dit qu'on va passer un bon moment ensemble, qu'on va pouvoir oublier ses errances, et pourquoi pas faire de belles choses. Mais la journée n'est pas totalement ensoleillée, et le temps se gâte : Perce se blesse, Isabelle s'en va retrouver son ex-mari et sa femme pour un étrange ménage à trois.

 

Alors ceux qui restent continuent à avancer dans cette journée particulière. La chasse aux mustangs est le clou du film. C'est aussi le révélateur implacable pour les quatre qui restent.

« Ce n'est plus comme avant ! », regrette Gay. Mais cette chasse dérisoire devient aussi le passage obligé vers le crépuscule. Plus rien ne sera comme avant, bien entendu. Il n'y a pas d'avenir. Chacun repart de son côté, vers sa propre errance, vers sa propre solitude.

 

Oui, c'est le dernier film (achevé) de Marilyn. Oui, Clark Gable est mort peu de temps après le tournage. Oui, il y a une forme de prémonition.

Il n'empêche, nous avons vu une belle fresque de l'errance et du temps qui passe, implacable, et qui finalement sépare les hommes : on meurt toujours seul.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Maurice Tourneur, #Muet, #Western

Maurice Tourneur et Clarence Brown.

Quelle belle affiche !

Enfin, c'est surtout parce que Tourneur est tombé malade et que Brown - qui n'était que directeur de la deuxième équipe - a terminé le travail.

Il s'agit ici d'une adaptation somme toute assez fidèle du roman de Fenimore Cooper, un peu simplifiée pour les besoins du film et surtout son format (73 minutes).

Mais tous les personnages importants sont là : la belle brune Cora (Barbara Bedford), l'Indien Uncas (Alan Roscoe) dernier de la lignée des Mohicans, et le fourbe et méchant Magua (Wallace Beery). Sans oublier Œil-de-Lynx (Harry Lorraine), Munro (James Gordon), etc...

Nous sommes en 1757, en Amérique, où les Anglais et les Français se livrent à un énième conflit (Guerre de Sept ans). Le colonel Munro a deux filles, Cora et Alice (Lillian Hall), qui sont loin de lui. Il est cerné par les Français et attend du secours, qui doit arriver, emmenant ses filles. Mais elles sont déroutées par Magua, un méchant Huron, puis heureusement sauvées par Uncas et son père, accompagnés de Œil-de-Lynx, un trappeur. Mais Magua est sur leurs traces et veut Cora pour femme, alors qu'elle est éprise de Uncas.

S'ensuivent des épisodes trépidants, mêlant l'Histoire et la fiction jusqu'au dénouement fatidique.

Deux éléments marquants dans ce film :

- L'utilisation de filtres pour caractériser les lieux et temps de l'histoire : on a de magnifiques flamboiements quand on est en intérieur, soutenus par les effets de flammes d'une virtuelle cheminée ; l'incontournable bleu des nuits, très souvent utilisé dans les films ; et aussi la flamboyance du vert pour le soleil de plomb.

La teinte utilisée donnerait presque à penser que ce film est en couleur.

- La violence de l'assaut mené par les Hurons, chauffés à blanc par l'infâme Magua. Les Indiens, déjà considérés comme des sauvages dans la vraie vie, se déchaînent contre les Anglais. L'effet est effroyable. C'est aussi dû à l'utilisation de gros plans sur des visages déformés par la fureur. Que la guerre est belle !

Petit bémol toutefois : les Indiens ne sont pas plus indiens que vous ou moi, et il suffit, pour s'en convaincre, de savoir que Magua est interprété par Wallace Berry. Pas vraiment un gabarit d'Amérindien...

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #James Cruze, #Muet, #Western

Avant La Piste des Géants, l'incontournable western de Raoul Walsh, il y a eu La Caravane vers l'Ouest.

Le titre français, s'il indique la grande tendance du scénario, est un tantinet réducteur, puisqu'il s'agit ici de deux caravanes, qui deviendront même trois...

Bref. Là encore, je préfère le titre original - the covered Wagon - qui ne fait que citer le mode de transports des pionniers américains du dix-neuvième siècle : le chariot recouvert d'une toile blanche, immortalisé - entre autres - par Morris et Goscinny.

Parce que ce film à l'instar de nombreux western est un pur produit américain. Il ne manque que Thanksgiving et la fête nationale.

Mais il s'agit aussi de poser les bases de ce que seront les westerns dans les années qui suivront : un genre à part entière, avec ses codes et ses lettres de noblesse.

Et James Cruze les pose, ces bases. On trouve :

  • Un héros au cœur noble ;
  • Une jeune fille pure (que le héros doit épouser à la fin) ;
  • Un vieux ronchon (au grand cœur lui aussi) pour épauler le héros ;
  • Des obstacles naturels (l'incontournable fleuve périlleux) ;
  • Une attaque d'Indiens ;
  • Et bien entendu, un méchant, fourbe à souhait.

Mais ce qui prévaut avant tout, c'est la recherche de réalisme. Chaque situation est vraisemblable et arriva à un moment où à un autre de chaque convoi. Chaque plan fut réellement tourné en extérieur (au Nevada), avec des figurants du crû, et quand la caravane se déplace, ce qui nous frappe, c'est la poussière qu'elle soulève.

Dans les films qui suivront, jamais il n'y aura autant de poussière ni de fumée. En effet, même quand les pionniers s'arrêtent bivouaquer, leur feu produit une fumée incroyable et peu habituelle pour les spectateurs de westerns que nous sommes. Ce n'est pas encore la vision romantique - et un peu édulcorée - des westerns de Ford, Hawks ou Walsh (etc.). Cruze reste très terre à terre dans son propos. Les pionniers n'arriveront pas tous à destination. Dès le début, nous le savons : on enterre quelqu'un, d'autres retournent « chez eux ».

Jesse Wingate (Charles Ogle) dirige une caravane qui se rend Oregon, secondé par Sam Woodhull (Alan Hale), à qui est promise Molly (Lois Wilson), la fille de Wingate.

Mais ça, c'était avant. Avant la jonction d'avec le « train de la liberté »qui arrive du Missouri, dirigé par le beau et noble Will Banion (J. Warren Kerrigan), épaulé par le bougon Bill Jackson (Ernest Torrence). Et comme Will est jeune et beau, que Woodhull l'est un peu moins, évidemment, ça va être la guerre entre ces deux-là.

Mais la caravane poursuit sa route. Nous sommes en 1848. Rapidement, un événement va transformer ce voyage : on a découvert de l'or en Californie. Alors un choix devra se faire : bâtir un état ou essayer de faire fortune.

Au-delà de l'intrigue, James Cruze tente de retracer un pan d'histoire de son pays. La Frontière, chère aux Américains à sans cesse été repoussée toujours vers l'Ouest, et nous assistons au convoi qui emmènera une partie des colons vers la limite la plus occidentale : le Pacifique (la Californie deviendra un état en 1850). Et ce qui aidera grandement cette expansion, c'est bien sûr la ruée vers l'or de 1849, qui est ici plus suggérée que montrée.

Autre référence historique : le passage de Brigham Young, en route vers Salt Lake City, empruntant le même chemin. Dernière référence : on mentionne un avocat du nom d'Abe Lincoln(!). Bref, non seulement James Cruze recherche une forme de réalisme, mais il place son film dans un contexte historique .

Pour le reste, nous assistons à une épopée grandiose. Le passage de la rivière Platte est un grand moment qui sera souvent repris dans d'autres réalisations. Et puis les personnages, s'ils ne sont pas encore mythiques, sont tout de même attachants voire pittoresques. Avec, en tête de liste Bill Jackson et son compère trappeur Jim Bridger (Tully Marshall). Ce sont des personnages qui en inspireront d'autres : Zeke dans The big Trail, tout d'abord, plus tard Stumpy dans Rio Bravo ou encore Nadine Groot dans Red River entre autres...

Pour plus de détails, je vous renvoie à Hollywood, les Pionniers de Kevin Brownlow, épisode 9.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford
La Poursuite infernale (My darling Clementine - John Ford, 1946)

Avec la Poursuite infernale, John Ford s’attaque à la légende, celle du marshal le plus célèbre de l’Ouest, l’incontournable Wyatt Earp.

Légende, parce que si c’est inspiré d’une histoire vraie, il ne faut pas oublier certaines approximations voire erreurs flagrantes : James et Virgil n’ont pas été tués, ni tous les Clanton – et encore moins Doc Holliday – à OK Corral. Mais c’est bien connu, surtout avec John Ford (qui en fera un slogan dans l’Homme qui tua Liberty Valance) : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ! »

Alors passons.

 

Ici, on suit Wyatt Earp (Henry Fonda), comment il arrive, ses raisons de devenir marshal de Tombstone, jusqu’au règlement de compte final. Et si Earp est la légende, le personnage plus important, c’est John Doc Holliday (Victor Mature). Car l’arrivée des frères Earp va entraîner un bouleversement dans sa vie. Il ne va plus régner sur la vile comme autrefois, et surtout, avec l’arrivée inopinée de son ancienne petite amie Clementine Carter (Cathy Downs) – qui donne son nom au titre original. Son passé le rattrape. Il fut docteur, et va le redevenir, le temps d’une opération. Avoir été médecin ne l’empêchant pas d’être malade et de refuser de se soigner, ce qui fait dire – avec prémonition – que ça va le tuer…

 

Pour le reste, c’est du grand John Ford. Tourné dans Monument Valley – lieu qui lui est cher – tous les ingrédients du western sont là (même un Indien qu’on a laissé boire de l’eau-de-feu !) :

Les poncifs :

  • On retrouve la dualité manichéenne avec d’un côté les gentils (les frères Earp), et de l’autre les méchants (le clan Clanton) ;
  • Le site grandiose de Monument Valley, qui apporte de la majesté ainsi qu’un côté sauvage ;
  • La poursuite de la diligence (qui donne son sens au titre français) ;
  • La violence de cette période où la Loi ne s’était pas encore installée partout (neuf morts par balles).

Le pittoresque :

  • Le joueur de cartes professionnel ;
  • l’acteur shakespearien qui aime autant jouer que boire ;
  • le pianiste du saloon qui joue pour couvrir le grabuge ;
  • les spectateurs du théâtre qui ne savent pas se tenir ;
  • les filles avec leur tenancière (Jane Darwell) ;
  • l’évolution inexorable vers la civilisation : construction d’une église, création d’une école ;
  • le square dance et ses musiciens, dont l’incontournable violoneux (Russel Simpson) ;
  • le barman (J. Farrell McDonald) qui n’a jamais été amoureux, ayant passé sa vie derrière le bar.
  • Le chef français (qui, évidemment, s’appelle François !)

 

Quant aux personnages, ils sont fordiens au possible : entre le barman, l’acteur, la mère maquerelle et Francis Ford – qui a un rôle muet de bout en bout, on retrouve la grandeur du héros chez Henry Fonda, avec tout de même ses faiblesses : ici, sa gêne lors du bal. Et puis les femmes ne sont pas faibles. La plus forte étant bien entendu Chihuahua (Lida Darnell), ce qui ne l’empêche pas d’avoir des soucis avec le marshal, dans la plus pure tradition fordienne.

 

Une dernière chose enfin sur l’acteur shakespearien Granville Thorndyke (Alan Mowbray). Au-delà de son côté pittoresque, son intervention n’est pas innocente. En effet, il va réciter le monologue d’Hamlet, sous les yeux admiratifs de Wyatt Earp, et surtout de Doc Holliday. Cet extrait précédant la vengeance de Hamlet annonce celle que prendront les frères Earp sur le clan Canton. La fin du monologue, par Doc Holliday – Thorndyke n’en pouvant plus – est l’un des moments les plus émouvants du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Otto Preminger, #Marilyn Monroe, #Western

Un western en cinemascope, ça ne se refuse pas. Surtout quand c’est Preminger qui est aux commandes. Sous ses ordres, deux pointures : Marilyn Monroe (Kay) et Robert Mitchum (Matt).

C’est un an avant deux films qui vont compter pour eux : Sept Ans de réflexion pour Marilyn, et La Nuit du chasseur pour Mitchum.

Mais nous n’en sommes pas là.

Ici, c’est du western, du vrai, en format large. Alors on en a plein les yeux : des paysages plus ou moins hostiles, mais toujours grandioses.

On a droit aussi au village de tentes des prospecteurs, où les bâtiments importants (saloon) ne sont que des tentes plus grandes. Et quand Matt y arrive, c’est en même temps qu’un pasteur en mission pour les Indiens, mais qui finalement ferait mieux de rester s’occuper des « hommes blancs ».

Et puis il y a la rivière. C’est l’autre personnage du film. Elle est sans cesse présente. Matt devra y plonger pour sauver le radeau, nous permettant de voir des plans tumultueux de cette rivière aux rapides terribles. Et quand tout est terminé, quand Marilyn est de retour au saloon, que chante-t-elle ? Oui. La rivière.

Mais ce film, c’est aussi la rencontre improbable entre deux personnes totalement différentes. Ce qui les rapproche : Mark, le fils de Matt (Tommy Rettig). Ce qui les sépare : Weston, l’amant de Kay (Rory Calhoun).

Rencontre improbable, parce que quand nous voyons pour la première fois Kay chanter, tous les hommes du saloon écoutent religieusement sa chanson et ne la quittent pas des yeux. Pendant ce temps, Matt arpente la salle à la recherche de son fils, sans jamais lever les yeux vers elle. Sans parler du mépris réciproque concernant leurs conditions : elle « chanteuse » de saloon, et lui, sortant d’une peine de prison pour meurtre.

Quand, n’ayant plus d’autre alternative, ils décident de descendre la rivière fatale, une certaine animosité s’installe entre eux deux. Mais plus ils descendent dans la rivière, et plus leurs sentiments l’un envers l’autre s’élèvent. Et s’il n’y avait Weston, peut-être que leur relation serait différente.

Alors nous suivons leur périple jonché des dangers incontournables du western : Indiens hostiles (attaque de la ferme, du radeau), nature hostile (rivière, puma, vautours…), cowboys hostiles (Colby & Benson).

Il y a même l’explication finale au pistolet, dans la rue, mais là, Preminger va prendre le contre-pied des conventions habituelles. Et c’est tant mieux.

Alors, là encore, on savoure. On savoure la nonchalance et l’amour pour son fils de Robert Mitchum, ours au cœur gros comme ça. Et puis on savoure la voix sensuelle et chaude de Marilyn, même quand elle chante Down in the Meadow !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Quentin Tarantino
Les huit Salopards (The hateful Eight - Quentin Tarantino, 2015)

 

Passons sur le titre français.

Un western.

Du 70 mm.

Des promesses ? Oui.

Tenues. Ben non.

Parce que quand on parle de western en 70 mm, on veut des grands espaces.

Et là, à part quelques rares plans d’extérieurs, c’est du huis clos.

Dans une diligence tout d’abord.

Ensuite, chez Minnie et Sweet Dave.

 

Et ça parle.

Normal, c’est un film de Tarantino.

Ca parle, et ça joue du pistolet. Pas beaucoup, mais c’est assez efficace.

Et l’intrigue ? Comme d’habitude chez Tarantino, c’est la tchatche le plus important. Alors savoir si Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) va s’en sortir ou non n’est pas le plus important.

C’est tout ce qu’il se passe autour qui importe. Avec en prime, une rupture dans la narration à peu près linéaire.

Chez Tarantino, il y a toujours une rupture dans la narration, pour expliquer. C’est ce qui faisait la force de Pulp Fiction, ou Jackie Brown.

Mais ici, ce n’est pas aussi intéressant. Dommage.

 

Alors on reste sur sa faim.

 

Et puis, décidément, ça parle trop.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Sturges, #Steve McQueen, #Western

Bien entendu, il s’agit du remake des Sept Samouraïs. Et comme nous connaissons les Américains – ceux qui n’ont pas daigné ajouter Victor Hugo au scénario du Bossu de Notre-Dame (1996) – pas besoin de signaler que le grand Kurosawa avait déjà traité cette histoire.

Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir.

Nous retrouvons donc la même histoire, transposée dans un village mexicain où un bandit de grand chemin – Calvera (Eli Wallach, merveilleux de grandeur canaille) – passe et emporte tout. McDo avant l’heure.

Mais quand Kurosawa prenait le temps de suivre les paysans, Sturges, lui, s’occupe essentiellement des mercenaires.

Ici aussi, ils sont sept, et leurs caractéristiques sont parfois très similaires :

  • Chris (Yul Brynner) est leur chef, c’est un homme d’honneur et un bon juge de la valeur des gens. (Kanbei chez Kurosawa)
  • Vin (Steve McQueen), est le bras droit de Chris, et s’il n’est pas ami de prime abord avec Chris, il va le devenir. Il correspondrait à Gorobei, l’ami de Kanbei.
  • Chico (Horst Buchholz) est le plus jeune. Il est aussi d’origine paysanne. Il fait partie des gagnants de la fin. Son personnage est un mélange de Kikuchiyo et de Katsushiro : Kikuchiyo pour le côté paysan-guerrier et Katsushiro pour l’histoire d’amour.
  • Britt (James Coburn) est – à mon avis – le personnage le plus fascinant, comme l’était Kyuzo dans la première version. Là encore, il tue un homme en duel, malgré lui, pour prouver sa véritable valeur.
  • Bernardo O’Reilly (Charles Bronson), le seul à avoir un nom de famille, est recruté alors qu’il coupe du bois pour manger, comme le faisait Heihachi.
  • Harry (Brad Dexter) est le seul vrai ami de Chris, mais il ne correspond pas vraiment à un personnage de Kurosawa. De même que Lee (Robert Vaughn) est un pistolero qui a peur, ce qu’on ne trouve pas auparavant.

 

Le recrutement se fait assez rapidement, sans rentrer dans les détails, que ce soit sur le passé des mercenaires ou de la vie des paysans dans la ville frontière.

Il faut dire que le film de Sturges possède une heure vingt minutes de moins. Il est donc évident que tout le contexte des personnages, paysans et guerriers, est accessoire. On se concentre sur le principal : comment arriver au règlement de compte final. Mais sans pour autant exclure les péripéties dans le village : absence de filles, gens qui meurent de faim, aménagement et préparation du siège. C’est dans cette partie villageoise qu’il faut retrouver la plus grande fidélité au film de Kurosawa, avec toutefois une expéditivité plus flagrante. Là où Kurosawa prenait son temps, Sturges enchaîne les scènes avec plus de diligence.

 

Il faut dire aussi que tuer un adversaire au pistolet prend beaucoup moins de temps qu’au sabre, surtout si les ennemis entrent un par un dans le village.

Malgré tout, nous sommes dans un western de qualité, avec une violence assez marquée (une quarantaine de morts violentes tout de même !), avec des détails pas toujours très propres : traces de sang, hache dans le dos… Là où Kurosawa suggérait plus qu’il ne montrait les mises à mort.

 

Et puis il y a la musique de Bernstein (Elmer), qui souligne l’action (les accords dramatiques quand Harry se fait tuer, par exemple), ou exalte le côté magnifique (« magnificent » dit le titre) de cette aventure.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Akira Kurosawa, #Western

Bien entendu, il s’agit du plus célèbre film de Kurosawa. Il se situe au milieu de son œuvre, le septième avec son acteur fétiche : Toshiro Mifune. Ce film est aussi célèbre pour l'adaptation qui en fut faite par John Sturges : Les 7 Mercenaires. Sturges déplaçant la même histoire dans l’Ouest américain, avec, bien entendu des codes différents.

Mais le film japonais est plus qu’un western, c’est une réflexion sur l’honneur et le sens de la vie. Et pour nous européens, c’est aussi une façon d’appréhender une culture très différente, où le temps s’il est important, n’est pas la valeur suprême. Les samouraïs se hâtent de former leur équipe, mais « avec lenteur ».

L’accent est mis sur les paysans. Ce sont les véritables héros de l’histoire. Les samouraïs ne sont que de passage. S’ils restent, c’est malheureusement (pour quatre sur les cinq), parce qu’ils sont morts. Les paysans représentent la vie, alors que les samouraïs sont la mort. Ils viennent pour tuer ou être tués. Et une fois l’orage passé, la vie reprend, les samouraïs reposent ou s’en vont. Kanbei, le sensei (Maître) déclarant, comme le fera plus tard Yul Brynner : « ce sont les paysans qui ont gagné ».

La recherche des samouraïs par les paysans et le sensei est aussi plus laborieuse. Les paysans ne proposant que de la nourriture, pas d’argent ni de trésor. On suit leur découragement dans la ville, leur pauvreté source de moquerie, la misère des autres… Jusqu’à l’arrivée de Kanbei, un ronin – samouraï sans maître. Qui a toujours perdu ses combats. Ce qui nous semble bizarre, vu son attitude face à un voleur d’enfant. Mais la fin du film nous explique pourquoi nombre de ses combats furent des échecs.

Chaque samouraï engagé a sa propre personnalité : Kanbei est le sage, Kyuzo l’expert, Heihachi le jovial, Katsushiro le novice… Et bien entendu, Kikuchiyo (Toshiro Mifune), l’usurpateur fanfaron. Mais si Kikuchiyo n’est pas un vrai samouraï, il le devient de par sa conduite par rapport aux paysans et au combat.

La dernière heure est dominée par les affrontements contre les bandits.

La violence dépeinte est plus forte que dans le remake américain. Dans le film de Sturges, les mercenaires sont des pistoleros, et tuent leur adversaire à distance alors qu’ici, chaque mercenaire doit approcher voire toucher sa victime. De plus, l’usage de sabres rend la mise à mort plus terrible, plus sanglante (même si ce n’est que suggéré).

Mais ce qui donne la force du film, ce sont les cadrages. Beaucoup de gros plans sur des visages. Seul Leone fera encore plus près pour exprimer la tension.

Ici, chaque personnage cadré de près a une émotion à partager. Le visage devient essentiel. C’est un retour au cinéma muet, même si les dialogues perdurent.

La profondeur de champ est toujours nette. Chaque élément d’une scène est important. Pas de flou devant ou derrière. La caméra a l’œil humain. (Ce procédé sera repris par Lautner dans Les Tontons flingueurs)

Et Kurosawa déroule son histoire d’honneur et d’amour. Parce qu’il y a de l’amour. Entre un samouraï et une paysanne. A la fin, elle l’a.

Normal, les paysans gagnent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sam Peckinpah, #Western

L'Ouest américain. La frontière n'existe plus. La Loi a triomphé. La Civilisation est en marche.

Ce film pourrait faire suite à L'Homme qui tua Liberty Valance. En effet, nous sommes en présence d'un pays en évolution. Petit à petit, ceux qui freinaient son évolution disparaissent : ils sont tués (Liberty Valance) ou essaient vainement de se maintenir.

Etcomme c'est un western, alors nous attendons une lutte entre le Bien et le Mal. Avec des bons et des méchants, comme autrefois. Mais la tendance est au sabordage. Le Western vit ses dernières heures. Ca a commencé quand les maîtres ont décidé qu'un bon Indien n'était pas obligatoirement un Indien mort. Et Sergio Leone est arrivé. Un petit Italien allait donner aux Américains une leçon de Far-West aux "natives".

 

Mais les Américains se sont ressaisis, et Peckinpah nous a donné une grande leçon. Ici, il y a des bons et des méchants, comme d'habitude, mais nous suivons les « méchants ».

Et quels méchants : Pike Bishop (William Holden), Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), Freddie Sikes (Edmond O'Brien), les frères Gorch, etc...

En face, il y a les « bons » derrière la Loi. Et comme ce n'est pas suffisant, ils utilisent un atout : Deke Thornton (Robert Ryan), ancien « méchant » de la bande de Pike.

Mais Pike et ses hommes sont sur la pente descendante. Ils vieillissent et ne sont plus en accord avec le monde qui les entourent (il faut voir la scène où ils découvrent une automobile).

 

Le dernier coup américain se solde par un massacre. Ils ont perdu leurs réflexes d'antan, leur technique s'est émoussée. Ils n'ont plus leur place dans ce pays.

Alors ils vont traverser le Rio Grande. Mais là encore, le destin veille, et le compte à rebours fatal a commencé.

Au-delà du destin de ces desperados, Sam Peckinpah continue la mutation du Western. Comme il n'y a plus d'Indiens à tuer, les cow-boys s'entretuent. Mais pour combien de temps ?

Alors Peckinpah n'a aucune concession pour ces (ses ?) personnages : la violence s'étale. Mais en quoi cette violence est-elle exagérée ? En rien.

 

En effet, longtemps, le Code (Hays !) a permis que des truands de Western meurent d'une balle en pleine poitrine qui laissait leur chemise immaculée. Il était temps que le réalisme prenne le pouvoir dans ce domaine. Alors, évidemment, les scènes explosent de violence et le sang gicle.

Finalement, ce qui reste du film, c'est la fin des illusions. Nos "héros" sont indésirables dans leur pays mais ne peuvent pas s'intégrer ailleurs La vie les a rattrapés. Ils ont vieilli et vont s'en apercevoir. Mais ce sera radical, définitif.

Nous sommes dans un de ces films sur le temps qui passe et broie les êtres. Et Peckinpah, en plus d'avoir réuni un casting prestigieux, réussit son film. Et de quel manière.

 

Certains pourront s'offusquer du déploiement de violence inhérent au film. Mais pouvez-vous imaginer un tel assaut sans violence ? Et surtout, une violence propre ?

Peckinpah règle son compte au Western : le romantisme est terminé. Il n'y a plus de « brigand bien aimé ». Les héros sont fatigués et surtout ne sont plus des héros. Ils ne sont rien d'autre que des criminels, n'en déplaise leurs motivations.

Ce film fait partie de cette mouvance où les réalisateurs ont voulu montrer que même les héros vieillissent. Qu'ils ne sont qu'humains et sont appelés à disparaître, que ce soit par la mort ou par l'évolution du monde autour d'eux. [Voir à ce propos La Rose et la Flèche de Richard Lester]

 

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