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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Richard Brooks
Les Professionnels (The Professionals - Richard Brooks, 1966)

1917.

Quatre hommes. Chacun un pro dans son domaine :

Jack Sharp (Woody Strode), archer ; Hans Ehrengard (Robert Ryan), palefrenier ; Bill Dolworth (Burt Lancaster), artificier ; Rico Fardan (Lee Marvin), représentant en mitrailleuse, et accessoirement chef d'expédition.

Ces quatre hommes sont partis récupérer une femme (Claudia Cardinale, toujours aussi belle !), enlevé par l'infâme Jesus Raza (Jack Palance) à son mari Joseph Grant (Ralph Bellamy).

 

Quel gâchis. Un nombre impressionnant de morts pour quoi ? Une sombre histoire de cornard. Alors qu'on attend de ces héros qu'ils aillent délivrer une frêle jeune femme, presque pure (elle est mariée, alors ça m'étonnerait !), ils se retrouvent embarqués, malgré eux dans un mélo digne du théâtre de boulevard, s'il n'y avait tous ces morts.

 

Et c'est là que Richard Brooks est magnifique. Il brouille les cartes avec brio pour nous emmener dans une aventure mâtinée d'enjeux révolutionnaires. Parce que Rico et Bill sont d'anciens révolutionnaires. Ils ont combattu avec Villa, et même Raza ! Alors cette expédition, c'est un peu une renaissance, un retour aux sources. Chaque lieu réveille un souvenir. Sans parler des gens, Chiquita (Marie Gomez) la première, ancienne maîtresse de Bill (et de bien d'autres !).

 

Mais là encore, c'est un western crépusculaire. Les héros ne sont plus ce qu'ils étaient. Ils ont blanchi (sous le harnais, bien sûr). Cette expédition est plus un adieu au passé qu'un véritable exploit. D'ailleurs, où est l'exploit, quand on étudie le bilan humain ?

Nous assistons donc à un baroud d'honneur. En 1917, l'Ouest sauvage n'existe plus. La civilisation s'est établi partout aux Etats-Unis. Rico arrive au point de rendez-vous en voiture.  Mais il reste le Mexique, pour les aventuriers un tantinet nostalgiques de la grande époque. On retrouve aussi les ingrédients indispensables du western : les grands espaces et la nature hostile, avec une longue séquence dans la Vallée de la Mort qui n'est pas sans rappeler le calvaire de McTeague dans Les Rapaces (1925).

 

Trois ans plus tard, Sam Peckinpah emmènera lui aussi ses bandits de l'autre côté du Rio Grande, dans La Horde sauvage, presque à la même époque (1913).

Mais Brooks fait preuve malgré tout de retenue. Même si le sang coule et que les « bandits » tombent sous les balles, on n'atteint pas le degré de violence de Peckinpah. Brooks ne fait que poser des jalons. Peckinpah continuera et achèvera le travail autour du western crépusculaire.

 

En attendant, ce western se savoure avec gourmandise, comme une douceur sucrée. Il faut dire que le casting pouvait faire rêver les spectateurs de 1968. Même si certains sont vieillissants, les interprètes sont merveilleux. Les quatre professionnels, bien entendu, mais aussi Ralph Bellamy qui est, encore une fois, un beau salaud !

On savoure d'autant plus que le western spaghetti va se fourvoyer et perdre de sa saveur première, et qu'il faudra attendre les années 1980 pour le grand retour du genre au cinéma.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Western
Les Pionniers de la Western Union (Western Union - Fritz Lang, 1941)

Un homme seul, poursuivi. Vance Shaw (Randolph Scott)

Un autre homme, blessé. Edward Creighton (Dean Jagger).

Une rencontre.

Creighton travaille pour la Western Union (d'où le titre) afin d'établir la ligne télégraphique entre Omaha et Salt Lake City, afin de relier l'Est et l'Ouest des Etats-Unis.

Alors Shaw rejoint l'expédition : c'est une façon de se mettre à l'abri de ses poursuivants.

Mais d'autres poursuivants viennent tourmenter la Western Union : Jack Slade et sa bande de renégats, bande dont Shaw fut autrefois membre...

 

Un an après le Retour de Frank James, Fritz Lang nous offre un nouveau western. Inspiré du roman de Zane Grey Western Union (1939), il raconte comment le télégraphe a pu relier l'est et l'ouest, alors que les Etats-Unis vivaient leur terrible Guerre Civile. Edward Creighton a réellement existé et dirigé la construction de cette ligne télégraphique. Autour de Creighton, on trouve toute une clique de personnages pittoresques qui semblent tout droits sortis de d'un western de John Ford : entre l'ancien trappeur qui fut scalpé par les Indiens "et le cuisiniers pas très courageux et à qui il arrive toute sorte d'épisodes comiques... Et bien entendu, la jeune et jolie fille (Virginia Gilmore) - sœur de Creighton (!) - que Vance Shaw et Richard Blake (Robert Young) courtisent.

Mais c'est Shaw qui est certainement le personnage le plus languien.

 

C'est un homme seul, qui, à un moment de sa vie, a fait les mauvais choix, et essaie de vivre, faute de pouvoir réparer ces erreurs. Mais même s'il n'est pas un enfant de chœur, il ne peut pas laisser un homme mal en point seul : voilà pourquoi il aide Creighton blessé, et le retrouvera pour cette aventure autour du « fil qui chante ».

Mais rapidement il est rattrapé par son (lourd) passé et ne peut échapper à son destin.

 

Quoi qu'il fasse, ses vieux démons reviennent le hanter. Mais ces démons sont bel et bien réels : Jack Slade et ses sbires - ses anciens « associés » - eux non plus, ne sont pas des enfants de chœur. Ils sont même plus que cela pour Shaw. Et tant que ces tristes personnages seront dans les parages, Shaw ne pourra pas tourner la page, ni évoluer. Il y a chez Shaw un peu d'Eddie Taylor (You only live once, 1937) : cet homme sans cesse hanté par son passé criminel et qui, malgré ses tentatives pour se ranger, est rattrapé par sa faute originelle, celle qui le marquera indélébilement et l'empêche d'accéder à une quelconque rédemption, sinon par la mort.

Quant à savoir si le sort de Shaw est plus favorable que celui d'Eddie, il faut voir le film.

 

Et puis ce film est aussi un bon complément de l'album de bandes dessinées de Lucky Luke par Morris & Goscinny : Le Fil qui chante. Il raconte la même sorte d'expédition, mais dans l'autre sens, entre Carson City et Salt Lake City. Cette BD s'inspire bien entendu du film, reprenant, à sa façon, certains épisodes, comme les pourparlers avec les Indiens pour savoir si le « fil qui chante » est, oui ou non, une « bonne médecine » !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Clint Eastwood, #Morgan Freeman
Impitoyable (Unforgiven - Clint Eastwood, 1992)

William Munny (Clint Eastwood) n'est pas un cowboy. Il n'est même pas un « pig-boy ». Il essaie d'élever des cochons avec ses deux enfants, mais n'en est pas vraiment capable.

C'est un tueur. Repenti, certes, mais un tueur quand même.

Alors quand le Schofield Kid (Jaimz Woolvett) le relance pour tuer deux hommes qui ont mutilé une prostituée, il n'hésite pas longtemps. Il reprend ses armes et part s'occuper de ces deux personnes, emmenant son vieux partenaire Ned Logan (Morgan Freeman), retiré des affaires lui aussi.

 

Sept ans après Pale Rider, Clint Eastwood retourne au western (son dernier en date), bousculant encore une fois les codes établis, repoussant un peu plus les limites de ce genre cinématographique, l'un des plus anciens qui soit, sinon le plus ancien.

Le héros ? Quel héros ? William Munny est un tueur de la pire espèce : il a beau s'être rangé, avoir deux enfants, il restera toujours un tueur. Il a tué tout ce qui tient sur deux jambes : des hommes, des femmes et même des enfants. De sang froid. Sans état d'âme. Combien ? Lui-même ne le sait pas. A-t-il même compté ? Alors évidemment, parfois, ses victimes viennent le hanter...

 

Mais Impitoyable, c'est aussi un western sur la vieillesse, sans la nostalgie un brin romantique de John Ford (She wore a yellow Ribbon, par exemple). Tous ces hommes, qui savent manier le pistolet comme pas deux sont vieux. Lors du tournage, Eastwood, Gene Hackman (Little Bill Daggett) et Richard Harris (English Bob) avaient déjà passé la soixantaine. Et Morgan Freeman, même s'il a toujours été plus jeune qu'eux, avançait en âge, avec sa cinquantaine entamée. Ils ont toujours les mêmes réflexes, mais la motivation leur fait défaut. D'ailleurs, seul Munny ira jusqu'au bout, retrouvant ses réflexes et son instinct de tueur. Pour Ned, il est trop tard. Il ne peut plus. Quant à English Bob, il n'a même pas le temps de s'exprimer qu'il repart déjà.

Il reste le Kid, me direz-vous. Mais le Kid, ce n'est pas un tueur. C'est un gosse. Un rêveur. Il rêve de se faire un nom tiré de ses prouesses à venir, celles passées n'étant pas encore arrivées aux oreilles du grand public (il a tué « cinq hommes » !).

 

Nous sommes donc dans un western crépusculaire : les héros sont vieux et fatigués, mais en plus, la séquence d'ouverture nous propose un coucher de soleil pendant qu'un homme (William Munny) creuse devant chez lui (il enterre sa femme). C'est ce même plan statique qui nous sera proposé en conclusion, à une toute petite différence près (allez le voir pour la trouver). Entre les deux, une histoire terrible, un pas de plus dans la fuite en avant de William Munny, plus proche de la damnation que de la rédemption.

Pas de duel au soleil cette fois-ci non plus.  Comme dans Pale Rider, il prend le parti que l'été éternel du western est terminé. Il y aura bien affrontement final, comme dans tout bon western qui se respecte. Mais ce ne sera ni au soleil, ni en extérieur. La légende du western est terminée. Place à la réalité, ou plutôt au réalisme.

 

Avec Impitoyable, Eastwood va plus loin que Pale Rider. Le Pasteur et William Munny sont deux personnages de la même trempe.  Ce sont des tueurs aussi impitoyables l'un que l'autre. Mais alors que le Pasteur réparait une sorte d'injustice, William Munny lui, va au-delà : ces deux victimes lui sont totalement inconnues ; il ne connaît l'incident que par ouï-dire. Et pourtant, il n'hésite pas une seule seconde : il va tuer, parce que c'est la seule chose qu'il sait bien faire.

Tuer est une affaire grave, un geste impardonnable. Alors que le Kid passera probablement le reste de sa vie à oublier cette aventure, Munny lui, a déjà accompli ce geste et recommence dans cette nouvelle aventure, sans véritable émotion. Il n'y aura pas de pardon pour lui - d'où le titre original - mais peu importe : une fois le boulot terminé, il retournera tranquillement à sa vie de famille, près de la tombe de son épouse.

 

Et Munny nous révèlera ce que nous subodorions depuis le début : tout ce qui fut dit sur lui était vrai. Ce n'est rien d'autre qu'un infâme tueur, sans émotion, faisant juste un boulot pour lequel il est payé.

 

Véritablement impitoyable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Edwin S. Porter
Le Vol du grand rapide (The great train Robbery - Edwin S. Porter, 1903)

Quatre hommes attendent le train.

Ce sont des bandits. Ils ont menacé, assommé et ligoté le chef de gare.

Ensuite, ils se sont placés sous le réservoir.

Là, ils ont embarqué. Ils ont alors dérobé le contenu du coffre ainsi que les voyageurs.

Mais les rangers veillent et partent à leur poursuite.

 

Il s'agit là du premier western américain. On y trouve déjà les ingrédients qui feront la gloire du genre, grâce entre autres à John Ford ou Sergio Leone.

John Ford ? Parce que déjà, on y danse. Les rangers, insouciants des événements tragiques font la fête dans les environs de la gare. Et on n'hésite pas non plus à sortir le pistolet et tirer pour faire danser un pied-tendre de passage. Mais quand le devoir appelle, ils sont tout de suite prêts.

Sergio Leone ? Les bandits, comme ceux de Il était une fois dans l'Ouest attendent un train et se placent aux deux mêmes endroits : le bureau du chef de gare et le réservoir d'eau.

Mais ce qui est frappant (dans tous les sens du terme), c'est l'utilisation de la violence. C'est un véritable festival, en seulement douze minutes !

Les bandits, frappent, menacent et tuent si nécessaire ceux qui se trouvent en travers de leur chemin : le gardien du coffre et un passager font les frais de ces truands qui ont la gâchette facile. Le mécanicien aussi est tué : assommé par un brigand, il est achevé à coup d'objet contondant puis balancé hors du train. Ils font même sauter à la dynamite le coffre trop résistant pour eux.

Les rangers ne sont pas de reste. En effet, ils poursuivent ces méchants bandits et leur réservent un sort peu enviables : un par un ils sont abattus, sans autre forme de procès. Peu importe la sanction, ils ont été punis, la morale est sauve : le crime ne paie pas !

Nous sommes donc bien dans un western, qui s'il n'est pas fondateur - quoi que - offre aux spectateurs de 1903 une grande portion de sensations : cette attaque est très réaliste, tout comme la réaction des hommes de loi.

 

Mais ce qui fait (toujours) la notoriété de ce film, c'est le plan rapproché de Justus D. Barnes : un vrai cowboy, avec chapeau au bord rabattu et moustache bien fournie, vide son chargeur (six coups) en direction du public qu'il fixe sévèrement.

Ce plan aussi rapproché tranche complètement avec le reste du film constitué de plans d'ensemble. Cela donne une impression terrible juste à la fin du film.

C'est ce qu'on pourrait appeler un coup de publicité : les spectateurs ne pouvaient qu'en parler en sortant, encourageant ainsi d'autres personnes à venir voir un film aussi effroyable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Ted Post, #Western, #Clint Eastwood
Pendez-les haut et court (Hang'em high - Ted Post, 1968)

C'est la fête à Fort Grant (Oklahoma).

Tout le monde est venu.

Il y en a qui viennent de loin, qui sont arrivés la veille et ont campé en dehors de la ville.

Ils sont venus en famille, avec les enfants sur les épaules, pour qu'ils voient mieux le spectacle.

Ca chante des cantiques, ça s'amuse, ça rit. Il y a des vendeurs de bière pour les grands (il fait chaud) et de salsepareille pour les petits.

Même le pasteur est là. C'est d'ailleurs lui qui dirige les chants et encadre le spectacle.

Et quel spectacle : une pendaison. Mieux même six d'un coup !

 

Le seul que ça n'intéresse pas, c'est Jed Cooper (Clint Eastwood). Il faut dire que les pendaisons, il en a soupé : il a été pendu (« une erreur judiciaire ») par une bande de justiciers adeptes des principes du juge Lynch.

Depuis, il est marshal pour le juge Fenton (Pat Hingle), surnommé « the hanging judge » (le juge qui pend), personnage créé d'après le juge Isaac C. Parker qui officiait à Fort Smith (Nevada), et était réellement affublé de ce surnom.

Cooper n'est pas marshal par sens du devoir : il veut retrouver et punir ceux qui ont voulu le pendre.

 

Premier western sans Sergio Leone pour Clint Eastwood, après la trilogie de l'Homme sans nom. Son personnage a un nom. Il a même un passé (ancien homme de loi). On pourrait presque rêver qu'il a un avenir.

Et cette fois-ci encore, il la joue personnelle. Accepter l'étoile de marshal, c'est pouvoir se venger légalement. Parce que Cooper n'a que cette idée en tête. Même dans un état désespéré, il ne renonce pas. C'est même ce qui le maintient en vie. Jusqu'à sa rencontre avec Rachel (Inger Stevens), une autre victime en quête de vengeance.

L'action se situe à la fin du XIXème siècle (l'Oklahoma a été ouverte à la colonisation en 1889, alors que la civilisation avait (presque) gagné tous les territoires américains. Malgré tout, Fort Grant est le seul endroit d'Oklahoma où la justice s'exerce légalement. C'est pour lutter contre les dérives expéditives - dont il fut une victime - que Cooper travaille avec Fenton. Mais malgré cela, il ne peut s'empêcher de critiquer cette soi-disant justice. Mais Fenton doit exécuter les criminels. C'est sa façon d'installer la Loi sur ce territoire.

 

Mais quelle justice, tout de même. Le procès est essentiellement à charge, le juge muselant Cooper afin de condamner un maximum de personnes, montrant ainsi la force de son tribunal.

Et pourtant. Il suffit de voir son visage, au moment des pendaisons simultanées pour comprendre que cette justice ne le satisfait pas complètement. Il y a du regret dans ce visage.

Mais le devoir l'emporte, avec les vies des suppliciés, dans une exécution qui devient un spectacle familial, où les citoyens se retrouvent, heureux de partager un moment de réjouissance. [Ce fut longtemps le cas en France, où les exécutions publiques étaient très courues, ne l'oublions pas !]

 

Après Furie (1936) et L'étrange Incident (1943), ce nouveau film décrit cette « justice » sommaire. Mais le ver est dans le fruit : Cooper ne peut pas être partial dans sa traque des responsables de son propre lynchage. De plus, il sait que ceux qu'il ramènera seront condamnés, « pour l'exemple», comme on dit dans ces cas-là.

Est-ce bien là la Justice ?

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone
Il était une Fois dans l'Ouest (Once upon a Time in the West - Sergio Leone, 1968)

Une gare, dans l'Ouest.

Un cowboy entre. Il est noir (Woody Strode).

Un autre. Il a le regard torve (Jack Elam).

Ils attendent.

Pendant ce temps, le générique se met en place (plus de dix minutes !).

Et quand le générique est fini (« réalisé par Sergio Leone »), comme par magie, le train s'arrête.

Non.

Rien de magique : du cinéma. Du vrai.

 

Sergio Leone commence sa trilogie américaine à Flagstone, une ville champignon chère au western américain, en bordure de Monument Valley. Pourquoi Monument Valley ? A cause du grand John Ford, évidemment. L'autre clin d'œil au maître, c'est bien entendu la construction du chemin de fer, toujours en mouvement, théâtre d'un de ses premiers chefs-d'œuvre : The iron Horse (1924).

Après la Trilogie de l'homme sans nom, Leone passe à la vitesse supérieure. Là encore, peu de dialogues, beaucoup de plans fixes, voire de gros plans très rapprochés. Et une intrigue constituée de plusieurs histoires mettant en scène quatre grand personnages :

- Jill MacBain (Claudia Cardinale), ancienne prostituée de New Orleans, qui s'est mariée avec un Irlandais, tué le jour (officiel) de leurs noces. Elle est belle, elle est déterminée, elle est le centre de l'action.

- Frank (Henry Fonda), le méchant, estampillé comme tel. Et il n'en est pas à son coup d'essai. Homme de main de Morton (Gabriele Ferzetti), un riche invalide.

- Cheyenne (Jason Robards), bandit notoire, à la tête d'une bande de truands aux cache-poussières caractéristiques.

- L'Harmonica (Charles Bronson), qui sait jouer, qui sait aussi tirer, mais surtout « qui joue quand il devrait parler, et parle quand il devrait jouer. »

Rien que dans les appellations, il y a une gradation : Jill a un état-civil complet, alors que Frank n'est qu'un prénom. Cheyenne est un alias ; quant à l'Harmonica, il n'a aucun nom, juste un sobriquet dû à la pratique de cet instrument.

Mais les noms ne sont pas importants. Ce qui prime, chez Leone, ce sont les regards : le regard noir de Jill, après toutes ses épreuves ; le regard cruel de Frank ; le regard triste de l'Harmonica ; et le regard mutin de Cheyenne. On retrouve les éléments du duel final de Le Bon , la brute et le truand, mais quand l'objectif se rapproche su regard de L'Harmonica, c'est pour raviver des souvenirs. D'ailleurs, le duel final est réglé beaucoup plus succinctement. Le propos n'étant pas le résultat du duel, mais les enjeux plus ou moins cachés de ce duel.

Pour une fois, le personnage principal est une femme. Tout tourne autour de Jill. C'est son mari qu'on assassine, c'est elle que Frank et ses hommes (et Morton) veulent éliminer. C'est elle que Cheyenne et l'Harmonica vont aider à leur manière. rapidement, c'est elle qui va amener les péripéties. Ce n'est pas une femme faible. Son passé l'a endurcie, et elle ne se laisse pas faire. Chose étonnante, elle se retrouve dans le lit de Frank, le seul qui ne souhaite pas l'aider. Mais quand l'intérêt commande...

L'autre personnage principal - un tout petit cran en-dessous - c'est l'Harmonica. Comme Clint Eastwood dans la trilogie précédente, il n'a pas de nom. Juste un surnom. Lui aussi parle très peu. Il n'est pas là par hasard. Il est venu rencontrer Frank. Pourquoi ? On ne l'apprend que très tard. Mais à chaque confrontation entre ces deux hommes, des bribes de souvenir reviennent à sa mémoire. Une silhouette flou(té)e d'un homme qui s'approche. Plus nous avançons dans le film et plus la silhouette se précise.

C'est lui qui est - comme toujours dans cette trilogie - poursuivi par ses fantômes du temps jadis. L'Harmonica est à la recherche de son passé - à la recherche du temps perdu... - et cette recherche l'amène à Flagstone, là où tout le monde va se rencontrer : le fameux Cercle rouge de Jean-Pierre Melville.

Un autre aspect étonnant de ce film, c'est le choix de Henry Fonda pour jouer Frank. Nous avions eu l'habitude de voir Fonda jouer les héros au grand cœur, et tout d'un coup, il se retrouve dans la peau d'un salaud fini. Et son regard bleu si célèbre devient un regard froid de tueur, voire cruel. Et ce contre-emploi de brute vieillissante est une véritable réussite. Il est impossible de voir quelqu'un d'autre jouer Frank.

Quant à Jason Robards, dans ce rôle ambigu de Cheyenne, il nous propose une magnifique prestation d'un homme à double personnalité : d'un côté un bandit terrible, tuant sans hésitation ses geôliers pour s'évader, et d'une certaine façon tous ceux qui se mettent en travers de sa route ; de l'autre, il est une aide très précieuse pour Jill, seule après son deuil. Une autre réussite.

Et comme dans L'Homme qui tua Liberty Valance, le dernier western de John Ford, la Civilisation prend le dessus sur ces hommes en voie de disparition. Après Flagstone, c'est Sweetwater qui verra le jour, sous l'impulsion de Jill. Les hommes comme Frank, Cheyenne ou l'Harmonica sont appelés à disparaître, et certains plus vite que d'autres.

 

PS : les bandits ne sont pas (tous) habillés de noir. Ils portent de grands manteaux de type cache-poussière, ce qui rend plus difficile de voir le côté manichéen habituel aux westerns. Ces manteaux seront repris par Eastwood dans Pale Rider, quand le (méchant) marshall Stockburn débarquera avec ses adjoints, aussi détestables que lui.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clint Eastwood, #Western
Pale Rider, le Cavalier solitaire (Clint Eastwood, 1985)

« Je regardai, et voici, parut un cheval d'une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait. » (Apocalypse, 6:8)

C'est au moment où Megan (Sidney Penny) lit ces lignes qu'il apparaît, ce cavalier solitaire (pâle dit le titre original).

Et ce cavalier apporte la mort, comme annoncé : treize personnes mourront.

 

Cet homme n'a pas de nom. Il vient de nulle part et y retournera. On sait seulement qu'il manie le gourdin avec habileté et qu'il porte un col d'ecclésiastique. Il est encore un peu blond, mal rasé et ressemble comme deux gouttes d'eau à Clint Eastwood.

Nous sommes à LaHood, (très) petite ville minière de Californie. LaHood, c'est aussi le nom de l'homme qui l'a fondée, le plus riche exploitant du lieu. Et nous savons que les mines de Californie, depuis 1848, renferment une grande quantité d'or.

Tout irait bien si une bande de prospecteurs n'avait acheté un autre emplacement, juste à côté des terres de LaHood. Voilà pourquoi, Lahood a décidé, par tous les moyens, de se débarrasser de ces traîne-savates qui lui font concurrence.

 

Deux semaines avant Silverado, Clint Eastwood sort ce sombre western (quand je vous disais que c'était le grand retour du Western !). Sombre, parce que l'action se passe en hiver, quand le soleil ne fait que luire ; sombre parce que beaucoup de scènes se passent de nuit ; sombre aussi parce que l'âme de ce drôle de pasteur n'est pas bien claire. C'est un nouvel Homme sans nom qui nous arrive. Plus âgé et aussi plus sérieux. Il n'y a plus l'humour sous-jacent des films de Sergio Leone.

Pas de saloon, pas de fille facile, juste une ville où on ne trouve que l'essentiel : un drugstore où on trouve de tout, un forgeron, et c'est presque tout.

Mais cette ville est dirigée par son fondateur, et ce cavalier solitaire va y faire le ménage.

 

Et en plus, c'est un pasteur. C'est pour ça qu'il prend le parti des opprimés : les petits prospecteurs. Mais ce n'est pas un pasteur ordinaire : il sait se battre et ne rechigne pas à travailler durement de ses mains. Même ses prérogatives ne sont pas abouties. Quand il dit les grâces avant le repas, c'est le service minimum ; quand Spider est mort, il ne propose même pas de s'occuper d'une quelconque cérémonie.

Et un homme qui possède six cicatrices de balles dans le dos peut-il être vraiment un bon pasteur ?

Comme on s'en doute, ce pasteur a une histoire, et une terrible. Elle n'est pas racontée. Nous avons seulement des éléments qui nous permettent de la reconstituer en partie. Mais nous savons une chose certaine : il est tout sauf pasteur.

 

Eastwood reprend un thème courant du Western : la ville dirigée par un riche propriétaire qui veut tout posséder, à n'importe quel prix. Mais cette fois-ci, il ajoute une tonalité très sombre qui pourrait dérouter. Nous sommes en effet habitués à ces scènes de western lumineux, sous un soleil de plomb. Là, même quand il fait beau, le ciel est très nuageux, et la neige nous rappelle que nous sommes bien loin de cet été illusoire des westerns d'antan.

Cet étranger qui passe est énigmatique, mais aussi très attirant. Les deux femmes de l'intrigue ne s'y trompent pas : Megan et sa mère Sarah (Carrie Snodgress) tombent toutes les deux amoureuses de lui. Et si Megan a des illusions, Sarah n'en a aucune. Elle sait que cet homme est de passage, et en plus peu recommandable.

 

Mais tout de même, quel personnage, ce pasteur !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Lawrence Kasdan, #Kevin Costner
Silverado (Lawrence Kasdan, 1985)

Ils sont quatre.

Le premier, c'est Emmett (Scott Glenn). Il se repose dans sa cabane. Malheureusement, des importuns viennent troubler sa sieste. Trois morts.

Le second, lui aussi, se repose. Dans le désert, sans autre habit que ses dessous. C'est Paden (Kevin Kline). On lui a tout pris, et si Emmett n'était pas passé par là, on ne parlerait pas de lui dans ce film.

Le troisième aimerait bien se reposer (et accessoirement boire un whisky. Cela fait dix jours qu'il n'a pas dormi dans un lit. Mais là où il désire se reposer, on ne sert pas les « nègres ». Parce qu'il est noir. Alors ça fait des histoires. Il s'appelle Malachi, mais on dit Mal (Danny Glover).

Le quatrième, enfin, attend le repos... Eternel. Il doit être pendu. C'est Jake (Kevin Costner), le frère d'Emmett.

 

Ce sont ces quatre cowboys qui vont se retrouver dans une ville surgie de nulle part, en plein désert, Silverado. Une ville champignon, où les éleveurs de bétail n'aiment pas les fermiers, où McKendrick fils (Ray Baker) dirige en sous-main. Silverado, une ville qui n'a même pas réussi à s'appeler Eldorado, c'est vous dire (silver/argent). Parce que l'eldorado, c'est (encore) la Californie, là où Emmett et Jake veulent aller. Silverado, c'est l'étape intermédiaire dans le chemin qui y mène.
A Silverado, les noirs sont cantonnés aux faubourgs lointains, c'est à dire, le plus loin possible de la ville, tout en en faisant quand même partie. Silverado, où le saloon est tenue par Stella (Linda Hunt), une femme énergique bien que très petite. Silverado, où le shérif Cobb (Brian Dennehy) - un ancien bandit - possède ce même saloon, et se flatte du calme de sa ville.

Mais maintenant que nos quatre héros sont arrivés, le calme n'existe plus.

 

C'est le grand retour du Western ! Enfin, c'est l'un des arguments de vente du film à sa sortie. Et il faut admettre, que ce n'est pas faux. Pratiquement tous les ingrédients sont là : de grands espaces (certes, ce n'est pas Monument Valley, mais qu'importe), une caravane de colons, un saloon, des prostituées, de l'injustice, des vengeances, une rivalité éleveurs-fermiers, et bien sûr, des duels au pistolet. Il ne manque que les Indiens.
Lawrence Kasdan (scénariste, entre autres, sur Starwars V et VI) a bien revu ses classiques avant de tourner. On retrouve des éléments de ses prédécesseurs (Hawks, Ford, Sturges, ou encore Leone...), avec une touche particulière : la présence d'une famille noire dans une ville perdue blanche, et une tenancière de saloon de 1 mètre 45.

 

Si l'action se situe aux alentours de 1880, le sort des Noirs n'est pas encore bien reluisant. Le père de Mal a eu beau acheter un lopin de terre à l'Etat, il en est dépossédé puis tué, sans procès, évidemment. Et tout ça (bien) à l'écart de la ville. Il n'y a pas de mixité possible... Sauf si vous êtes une prostituée, comme Rae (Lynn Whitfield), la sœur de Mal.
Et puis il y a Stella. C'est, malgré sa taille, une femme forte, véritable pilier de cette ville. Son handicap ne l'empêche pas de diriger l'un des endroits (sinon le seul) les plus en vue de la ville. Elle a les (frêles) épaules pour ça ! Et l'irruption de Paden dans son univers la galvanise.

 

D'accord, n'est pas Ford ou Hawks qui veut (ou qui peut), mais tout de même, ce film a l'avantage de nous ramener à l'âge d'or de ce genre. Le Western n'est pas mort. Mourra-t-il un jour, d'ailleurs ? Il est né avec le cinéma et revient régulièrement pour notre plus grand plaisir. (Sauf peut-être 8 Salopards).

Alors ne boudons pas notre plaisir, et savourons ce film comme il se doit.

 

Et si vous ne croyez pas que c'est le grand retour du Western, sachez que deux semaines avant Silverado, est sorti Pale Rider, de et avec Clint Eastwood.

Mais ceci est une autre histoire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John Ford, #Western
Le Cheval de fer (The iron Horse - John Ford, 1924)

Davy Brandon (George O'Brien) voit son père se faire tuer par un faux Indien à deux doigts. Désormais, une seule chose comptera pour Davy : venger son père.

Mais une autre chose se met à compter pour lui : Miriam (Madge Bellamy), son amie d'enfance.
La troisième chose, c'est ce qui donne le titre du film : le chemin de fer.

Nous assistons alors à la construction de la voie transcontinentale américaine, voulue par Lincoln, achevée sous Grant.

 

Mais surtout, un an après La Caravane vers l'Ouest (James Cruz, 1923), nous assistons à la mise en place du western fordien. Tous les ingrédients sont là. Il ne manque que Monument Valley, mais au vu des contraintes historiques, il n'était pas possible d'aller y tourner.

Parce que nous sommes dans l'Histoire américaine. On trouve des vrais cowboys qui convoient un troupeau vers l'Ouest, et John Ford utilise plusieurs éléments historiques pour étayer son propos :

- Abraham Lincoln, tout d'abord. L'origine du projet. Lincoln était l'une des références de Ford, qui le fera intervenir dans d'autres films  : Je n'ai pas tué Lincoln (1936), et bien entendu Vers sa Destinée (1939).

- William Cody, tueur de bisons, plus connu sous le nom de Buffalo Bill ;

- Wild Bill Hicock, célèbre gâchette de l'Ouest, et même compagnon de Calamity Jane ;

- Les locomotives de la séquence finale qui sont les véritables engins qui firent la jonction le 10 mai 1869.

- les travailleurs du chemin de fer sont tous issus de l'immigration  : on trouve des Irlandais, des Espagnols (ou Mexicains) et surtout des Chinois qui travaillaient sur la partie occidentale du chantier.  Chacun est fier de son origine, mais en fin de compte, tous se réunissent autour de ,cette belle réalisation, se déclarant avant tout des Américains.

 

John Ford met en place petit à petit un microcosme qu'on retrouvera dans ses westerns ultérieurs (ainsi que dans ses autres films). Le héros est beau, fort et généreux. Il est aidé d'un vieux ronchon (J. Farrell McDonald, formidable), lui même entouré d'autres personnages de son acabit. On trouve ainsi un trio de militaires (Casey, Slattery & Shultz) qui annoncent les Trois sublimes Canailles.

Sa promise est une femme fordienne : elle est déterminée et possède une force qui amène même les récalcitrants à retourner travailler dans un moment de découragement. Elle est aussi intransigeante envers le héros qui n'a pas respecté sa parole, allant jusqu'à lui battre froid, quitte à en être malheureuse (mais rassurez-vous, ils s'embrassent à la fin !).

Les autres femmes ne sont pas en reste, puisqu'elles décident (avant les hommes) d'aller se battre contre les Indiens, Ruby (Gladys Hulette) en tête.

En face, nous trouvons deux méchants, chacun dans son genre :

- un renégat à deux doigts, fourbe à souhait (Fred Kohler, qui avait vraiment perdu les autres dans un accident de dynamite) ;

- un ingénieur traître (Cyril Chadwick) qui essaie même de tuer notre héros (quel inconscient, le héros ne meurt pas comme ça !), et qui échange moult regards en coin avec l'autre affreux sus-nommé.

Et puis il y a tous les autres qui constituent une ville champignon, se déplaçant avec le train, et s'arrêtant là où le QG s'installe.

- Les courtisanes du saloon ;

- Les joueurs de cartes dont l'un - fine moustache et cigare aux lèvres - servira de modèle à Hatfield (John Carradine) dans La Chevauchée fantastique (1939)

- le juge qui est aussi propriétaire du saloon, personnification de Roy Bean (autre juge ayant réellement existé), qui, comme son modèle, arrange la justice à sa façon, et surtout pour avoir le moins de problème possible.

Les Indiens ont aussi leur rôle à jouer, même s'il n'est pas très glorieux. Seuls les Pawnees sont du bon côté. Les autres sont associés au criminel et aux attaques intempestives. Nous ne sommes pas encore dans les années 1950, quand la tendance commencera à s'inverser. Ici, un bon Indien, est surtout un Indien mort.

Et puis il y a la bagarre (il en a même deux, mais c'est la première la plus impressionnante. Ce n'est pas encore L'Homme tranquille (1952), ou La Taverne de l'Irlandais (1963), mais les ingrédients sont là, et tout le monde en profite (les vieux ronchons encourageant le héros, bien entendu).

 

[N'oublions pas aussi la grande prouesse technique du film : le train, puis les chevaux qui passent par-dessus la caméra, ajoutant encore un élément dans le côté grandiose du film]

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache - John Ford, 1948)

Immanquable : John Wayne et Henry Fonda sur la même affiche !

Deux légendes du cinéma et du western se rencontrent enfin. La prochaine fois, ce sera pour Le Jour le plus long, mais ils ne seront même pas ensemble dans une scène.

Il s'agit d'un premier opus ayant pour sujet la cavalerie régulière. Suivront deux autres films (La Charge héroïque et Rio Grande) autour du même sujet.

On pourrait presque parler de passage de témoin. Fonda fut un acteur privilégié de Ford (Vers sa Destinée, Les Raisins de la Colère, La Poursuite infernale…), toujours dans des rôles de justiciers. Mais cette fois, c’est de lui que le scandale arrive. Ou plutôt la déroute.

 

Fraîchement nommé à Fort Apache, Owen Thursday (Henry Fonda) dirige d’une main de fer un poste de cavalerie sans grande importance ni grande histoire. Il débarque avec sa fille Philadelphia (Shirley Temple), et décide de tout changer.

Fort Apache est un fort typiquement fordien. Il y règne une ambiance familiale où la discipline s’adresse surtout aux nouvelles recrues. On y vit tranquillement, dégustant à l’occasion un peu de whisky plus ou moins frelaté (dans le punch, par exemple...). On retrouve là le microcosme fordien : tous ces gens qui forment une communauté, s'aident si besoin est, et surtout accourent dès qu'il se passe quelque chose sortant de l'ordinaire. Quant à la femme forte (autoritaire), c'est Mrs O'Rourke (Mae Marsh), mère et femme de soldats, à qui on ne la fait pas.

Alors quand Thursday débarque et change les règles, ça fait un peu grise mine.

 

Il faut dire que les acteurs choisis pour interpréter les soldats sont des habitués des films de Ford : Victor McLaglen (Mulcahy), Jack Pennick (Schattuck) ou Ward Bond (O’Rourke Sr.) pour ne citer qu’eux. [A noter une apparition de Francis Ford (frère de l’autre) dans un rôle qui rappelle Steamboat round the Bend]

Nous avons ici du grand Ford (en est-il autrement ? Ne parlons pas de Tobacco Road…).

Alors nous assistons aux incontournables : le square dance (il y en a deux) et la boisson, où McLaglen est bien entendu mis à contribution.

 

Mais Le Massacre de Fort Apache, c’est avant tout l’histoire d’une déroute annoncée. Celle de cette unité de cavalerie qui chargea à sa perte, suivant les ordres d’un officier aveuglé par l’orgueil. Malgré les mises en garde de York, Thursday ira jusqu'au bout de son plan insensé. On retrouve cette obstination dans deux films de guerre : Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick et Gallipoli de Peter Weir. Là encore, des soldats seront sacrifiés grâce à la bêtise des généraux.

Ici, Ford prend le parti des Indiens contre cette technocratie washingtonienne représentée par Meacham (Grant Withers), qui achète la paix indienne contre des fusils et du whisky frelaté. Mais les fusils se retournent contre les fournisseurs, dans une charge dérisoire et on ne peut plus meurtrière.

 

J'ai parlé d'un passage de témoin pour deux raisons :

- le colonel Thursday sera remplacé par York à Fort Apache.

- Henry Fonda ne jouera plus directement dans un film de Ford (Il joue dans La Conquête de l'Ouest, mais dirigé par George Marshall). Avec la mort de Thursday, c'est la fin de Fonda chez Ford. Wayne prendra sa place comme interprète privilégié, jusqu'à La Taverne de l'Irlandais.

 

Certes, cette charge n’a jamais existé. Mais on pense à Custer à Little Big Horn, quand on voit Thursday blessé retourner au front pour y mourir. Et quand les journalistes viendront se renseigner sur ce qui s’est passé, York (John Wayne) ne reniera pas le courage et l’abnégation de cet homme un tantinet exalté voire carrément fou qui accompagna ses hommes à l’abattoir. Parce que comme il le fera dire plus tard dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Si la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Mais on sent chez York une désillusion quant aux guerres indiennes qui ne quittera pas les personnages de John Wayne avec Ford, le point culminant étant La Prisonnière du Désert, mais ceci est une autre histoire.

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