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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #King Vidor, #Western
L'Homme qui n'a pas d'étoile (The Man without a star - King Vidor, 1955)

A l’instar de Lucky Luke, Dempsey Rae (Kirk Douglas) est un cow-boy solitaire. Il n’est pas loin de son foyer, puisqu’il a quitté son Texas natal quand les choses ont commencé à s’envenimer : les barbelés ont fait leur apparition.
Alors quand les petits éleveurs, pour contenir l’immense troupeau du Triangle (15.000 têtes), commencent à dresser des clôtures de fil de fer, il se dit qu’il est temps de partir.

Mais si les choses étaient aussi simples, il n’y aurait pas de film…

 

Neuf ans après le flamboyant Duel au Soleil, King Vidor revient au Western dans une histoire qui n’a absolument rien à voir avec la vision romantique qu’on retrouve chez Ford ou Walsh.

Nous sommes dans une histoire de la terre, une histoire – pardonnez-moi l’expression – très terre-à-terre. Et comme le dit Chris (Yul Brynner) dans Les sept Mercenaires : « à la fin, ce sont les paysans qui gagnent. »


Il est évident que ce film a servi à René Goscinny pour l’histoire Des Barbelés sur la prairie. Mais si dans ce livre on s’amuse beaucoup (la recette du café, par exemple), ici, il n’y a pas beaucoup d’occasions de se réjouir. Ou plutôt si. Il y en a. Mais plus le film avance et moins on sourit.

 

L’entame annonce un film initiatique avec un jeune blanc-bec, Jeff (William Campbell), que Dempsey récupère alors qu’il voyage clandestinement. Il le prend sous son aile et lui enseigne les bases de la vie de cow-boy : ne pas descendre de selle sans y être invité et dégainer le plus vite.

Mais si le premier précepte a du mal à entrer, le second devient rapidement (trop, au goût de Dempsey) une seconde nature.

C’est d’ailleurs la séquence où Jeffrey fait montre de son nouveau talent qui est l’une des plus importantes du film.

 

C’est l’aboutissement d’une situation qui dégénère. Et tout ça, comme d’habitude dans les westerns, à cause d’une femme : Reed Bowman (Jeanne Crain). Mais ce n’est pas n’importe quelle femme : elle est belle certes, mais c’est une femme de tête, aussi forte que n’importe quelle héroïne de John Ford. Alors évidemment, elle ne peut que tomber amoureuse de Dempsey, qui est l’archétype de l’homme libre : indépendant, séduisant et dangereux. Cette indépendance est trop importante pour chacun des deux pour qu’ils finissent ensemble. Ils se ressemblent trop.

 

La séquence commence par Dempsey qui débarque au saloon, à nouveau libre et prêt à repartir vers d’autres cieux. Libre, mais tout de même très bien accompagné par Idonee (Claire Trevor). Notons au passage que Claire Trevor joue encore une magnifique prostituée au grand cœur (« une femme bien » dira le shérif). Dempsey est heureux, il va même jusqu’à chanter, et puis Reed arrive, Jeff dégaine plus vite qu’un autre et la tension monte. Et Dempsey, énervé par la situation, la jalousie et l’alcool, a le geste de trop. Il le sait, et il s’en trouve bouleversé. Et Kirk Douglas nous gratifie d’une de ses plus belles prestations cinématographiques : il dégaine, le visage tordu par la colère. Mais réalisant ce qu’il vient de faire, il arrête son geste, regarde son arme, Jeffrey, et très doucement rengaine son arme alors que son visage se décompose progressivement, dans un silence tendu.
Et c’est Idonee, encore elle, qui a la meilleure réplique dans cette situation (vous irez l’écouter). Normal, c’est une prostituée expérimentée : les hommes, ça la connaît.

 

Et puis, comme dans chaque album de Lucky Luke, « l’homme qui n’a pas d’étoile », une fois la situation réglée, repart vers de nouveaux cieux, de nouvelles aventures (de nouvelles femmes ?), mais sans soleil couchant.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Le Bon, la brute et le truand (Il Buono, il brutto, il cattivo - Sergio Leone, 1966)

Trois hommes viennent débusquer un quatrième.

Malheureusement pour eux, c’est ce dernier qui les élimine.

Il s’appelle Tuco (Eli Wallach). Le Truand.

Un homme grand aux yeux de fouine arrive dans une famille.

Il cherche des informations. Accessoirement, il tue le père et le fils aîné.

Il s’appelle Angel Eyes (Lee van Cleef). La Brute.

Un grand blond aux yeux plissés monte un marché avec Tuco :

il le livre à la potence puis le libère. Il n’a pas de nom, seulement un sobriquet : Blondie. (Clint Eastwood). Le Bon.

Sergio Leone termine son cycle avec Clint Eastwood, cet homme sans nom véritable, juste un diminutif (Joe) ou des surnoms (Manco, Blondie). Le film est tourné encore une fois dans la province d’Almeria avec, bien entendu, le désert de Tabernas. [Sans oublier l'incontournable Mario Brega]
Mais il termine par le commencement. Dix ans (à peu près) avant Pour une Poignée de dollars (qui se passait au moins en 1873). Nous sommes en pleine guerre de Sécession, et le paysage et les villes sont ravagés par ce conflit.

 

Mais si les Etats sont partagés en deux camps, il n’en va pas toujours de même des hommes. Et les trois protagonistes principaux changent de camps en fonction des occasions, pas toujours bonnes, d’ailleurs. Leur véritable patrie : le dollar. Et tout est bon pour y arriver.

Mais Tuco et Blondie, avec leur combine à 3000 $ sont plutôt des petits joueurs face aux 200.000 $ que recherche Angel Eyes. Mais, et c’est là que le film prend tout son intérêt, les deux petits magouilleurs vont se retrouver, malgré eux à la recherche du magot.

 

Dans ce troisième opus, on sent que Sergio Leone maîtrise encore plus son sujet. Les plans sont de plus en plus rapprochés jusqu’à ne contenir que les yeux des personnages : plissés pour le Bon, fuyants pour la Brute et inquiets pour le Truand. Le tout avec la musique sublime d’Ennio Morricone, maintenant indispensable à l’alchimie des films. Le ton musical est en parfaite adéquation avec le sujet. Et le thème principal, mêlant voix et instruments à un léger côté » comique, renforcé par le personnage de Tuco, qui est certes un affreux (« ugly » comme dit le titre international, « cattivo » à l’origine, soit le méchant, le mauvais), mais a un rôle tout de même comique dans ses imprécations et son versant hypocrite. On retrouvera un peu de Tuco dans Juan Miranda (Il était une Fois la Révolution). Ses rapports avec Blondie sont du même acabit.

Seul Angel Eyes est toujours sérieux, voire froid, ce qui le rend encore plus redoutable. Il est la véritable brute du titre.

 

Quant au « Bon », on peut se demander pourquoi il a droit à ce qualificatif. En effet, son petit marché avec Tuco (qu’il répète avec un certain Shorty) n’est pas à proprement parler honnête. Encore une fois, il s’agit du même homme que dans les deux films précédents : c’est avant tout un tueur, appâté par l’argent. Mais une scène le rachète pour toutes ses mauvaises actions : dans une chapelle délabrée, un jeune soldat sudiste est en train de mourir. Il s’approche, le couvre de son manteau et lui offre quelques bouffées de son cigare. C’’est trois fois rien, mais c’est tout de même cette séquence qui lui donne son nom. De plus, il remplace son manteau par un poncho qui traînait près du jeune soldat, un poncho rouge et or, qu’il enfile par-dessus la  tenue que lui avait donnée Angel Eyes : chemise bleue, veste de mouton, pantalon noir.

 

Avec le poncho, il porte maintenant la tenue qu’on lui connaît depuis le premier opus : il peut donc entrer dans la légende, et accessoirement faire une apparition dans Retour vers le Futur…

Le cycle est terminé et comme tous les cycles, il tourne continuellement, il n’a ni début, ni milieu, ni fin : Blondie/Manco/Joe abandonne la Brute et le Truand, et s’en va…

…vers les deux autres films.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western
Pour son Gosse (Just Pals - John Ford, 1920)

Norwalk, à la limite entre le Wyoming et le Nebraska, au début XXème siècle.

La vie s’écoule normalement, voire paisiblement dans cette ville frontalière. Chacun s’occupe selon ses qualification : le shérif (Duke R. Lee) reste vigilant ; Miss Bruce, l’institutrice, enseigne, et Bim (Buck Jones) regarde les autres travailler, fatigué de les voir autant trimer.

Bill est un gamin errant, voyageant de ville en ville, passager clandestin des chemins de fer.

Evidemment, leur rencontre était inévitable. Ce sont eux, les deux amis du titre original.

Bim trouve la jeune institutrice très à son goût, mais elle est déjà plus ou moins fiancée à Harvey Cahill (William Buckley), le banquier, qui se révèle être un homme assez louche.

 

Pas besoin d’aller jusqu’au bout du film pour en connaître l’issue : Bim va épouser l’institutrice et le méchant banquier sera châtié. Oui. Et non. Tout d’abord parce que la première option n’est que suggérée, quant au châtiment, on n’en voit rien.

Mais le plus important, c’est l’atmosphère du film. Nous sommes chez John Ford (qui signait encore Jack), et on assiste à l’installation de ce microcosme qui fera le sel de ses films futurs.

On y trouve des femmes fortes, et un vieux shérif auquel il ne manque que la boisson (la Prohibition a été mise en place l’année précédant le film), et l’incontournable bagarre, ici opposant des enfants entre eux.

C’est un western qui se situe à la fin de la conquête de l’Ouest, dans la période où la civilisation gagne de plus en plus les petits villages : les chapeaux de cow-boy laissent la place à ceux des villes ; une voiture apparaît et fait une sortie de route, alors que les bandits se déplacent toujours à cheval…

 

On trouve donc deux femmes fortes : une mère qui récupère vigoureusement son fils qui se bat. L’autre, c’est la tante de Miss Bruce. C’est une femme douce et qui s’occupe bien de sa nièce, mais qui sait faire régner l’ordre chez elle, et qui n’hésite pas à utiliser la manière forte  pour que le shérif se découvre en sa présence.

Le shérif, d’ailleurs est un pur personnage fordien. Il est affublé d’un bouc démesuré (un peu comme celui du shérif alcoolique dans Tintin en Amérique) et n’a qu’une phrase à son lexique – « La Loi va s’en occuper » – qu’il répète à tout bout de champ, quelle que soit la situation, mais, chose amusante, de façon pertinente.

 

Et bien entendu, il y a Bim. Il est jeune, paresseux mais courageux et surtout généreux : c’est le jeune homme qu’on retrouve toujours dans les westerns de cette époque (The iron Horse, The covered Wagon…).

C’est bien entendu lui qui va résoudre les situations difficiles. Par contre, il sera confronté à la bêtise humaine, couplée au savoir-faire ancestral des pionniers américains : une première fois, soupçonné de vol, il est éconduit sur un rail (il ne manque que les plumes et le goudron), et une deuxième fois, « pris » en flagrant délit d’attaque à main armée, c’est carrément le lynchage qu’il évite de justesse, sauvé par Bill, dont il se sent responsable (les deux accusations étant à chaque fois fausses).

 

L’association de Bim et Bill fonctionne admirablement. Il y a une similitude – sinon une parenté – entre les deux amis du titre. Tous les deux ne sont pas des grands amateurs de l’école ni de la toilette, mais sont tout de même des personnes pleines de ressources. Leurs destins devaient se croiser et chacun sera gagnant dans cette relation. Chaque évolution positive profitera aux deux. Le tout avec l’humour qui caractérise John Ford quand il s’agit des choses quotidiennes.


Et tout ça un an avant que Chaplin sorte Le Kid

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Tonino Valerii, #Sergio Leone
Mon Nom est Personne (Il mio Nome è Nessuno - Tonino Valerii, 1973)

Trois étrangers arrivent, de nulle part, bien entendu.

Un autre s’en va. Chez le barbier.

Cet autre n’est pas vraiment un étranger. C’est Jack Beauregard (Henry Fonda).

Et c’est vrai qu’avec ses/ces yeux bleus, il porte bien son nom.

Evidemment, il tue les trois étrangers qui en voulaient après lui. Et ils tombent doucement, comme dans un film de Peckinpah, celui de The wild Bunch, puisqu’en plus une bande de hors-la-loi porte ce nom dans le film.

Et puis il y a Personne (Terence Hill). Il est jeune, lui aussi a de beaux yeux bleus, et lui aussi est une fine gâchette. Alors le vieux Beauregard rencontre le jeune Personne et il ne reste pus qu’à dérouler jusqu’au duel final, les amenant à se rencontrer l’un contre l’autre, dans une rue  de New Orleans.

 

On ne peut que penser à Sergio Leone.

Déjà, c’est le maître qui présente le générique. Ensuite, c’est d’après une idée à lui. Et puis on retrouve les paysages qui ont fait le décor de ses grands westerns. Enfin, toute une brochette d’acteurs ont participé  à ses films : Mario Brega (trilogie de l’Homme sans nom), Antoine Saint-John (Il était une Fois la Révolution) et bien sûr Henry Fonda qui fut un inoubliable Frank (Il était une Fois dans l’Ouest), pour ne citer qu’eux.

Jusqu’à Ennio Morricone qui a composé la musique !

 

Mais Tonino Valerii n’est pas Leone. Loin de là. Si le film se laisse voir, il ne possède pas le souffle épique des films de l’autre.

On retrouve l’attente d’un homme par des tueurs dès la première scène. Mais en moins de trois minute tout est fini, là où Leone nous faisait défiler le générique (Il était une fois dans l’Ouest) pendant plus de dix minutes, sans un mot, que quelques bruits récurrents, comme ici le réveil. Cette scène n’a  pour but que de nous montrer qui est Beauregard. Un tireur excessivement rapide.

 

Et c’est certainement là qu’est le point faible du film : l’excès. Tout est exagéré, surtout dans les affrontements : la vitesse est exagérée, mais si l’effet semble comique, on n’est pas obligé d’y adhérer.
Et puis il y a Terence Hill. Il a la tête de l’emploi. Son côté Angel Face est intéressant car peu exploité dans les westerns. Mais son jeu est tout de même outré et franchement, j’ai du mal.

Reste Henry Fonda dans son dernier rôle de cow-boy, vieillissant. Plus vieux que Frank, il doit porter des lunettes pour lire et distinguer de loin. Il est temps qu’il se range. Mais dans sa profession, il est difficile de raccrocher les colts. Personne devient alors une porte de sortie, qu’il sait utiliser. Et les scènes où tous les deux sont en présence sont certainement les plus intéressantes.

 

Enfin, il y a les clins d’œil (ou les hommages, c’est comme vous voulez). Ennio Morricone s’en est donné dans sa partition, reprenant la Chevauchée de la Walkyrie pour la Horde sauvage, et les accents de L’Homme à l’Harmonica pour les duels.

Il est aussi fait référence à Chaplin et Le Cirque quand Personne rencontre une femme portant un bébé dans ses bras. Sans oublier la tombe de Peckinpah (le même qu’avant), et j’en oublie (le chapeau pris pour cible, par exemple).

 

Alors oui, c’est un western bon enfant. Mais je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi on en a fait un film culte.

Chacun ses goûts. Les miens ne doivent pas toujours plaire à ceux qui me lisent, ce qui est tout naturel, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #Western, #L'Homme sans nom
Pour quelques Dollars de plus (Per qualche Dollaro in piu - Sergio Leone, 1965)

Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence : même équipe technique (Sergio Leone, Luciano Vincenzoni, Massimo Dallamano…), mêmes duo en haut de l’affiche (Clint Eastwood & Gian Maria Volontè), ainsi que quelques seconds rôles (Mario Brega, Joseph Egger). Mais au duo vient se greffer un troisième homme : Lee van Cleef.

C’est d’ailleurs ce film qui va relancer ce dernier, et on le retrouvera l’année suivante avec (presque) les mêmes pour Le Bon, la brute et le truand. Mais n’anticipons pas.

Leone et son équipe retournent dans le désert de Tabernas (province d’Alméria, Espagne, faut-il préciser ?) et nous proposent une suite (?) à Pour une Poignée de dollars.

Cette fois-ci, « l’homme sans nom » s’appelle Monco (Clint Eastwood). J’en arrive à me demander pourquoi on s’acharne à parler de lui comme d’un anonyme. Il n’y a que dans le troisième opus qu’il n’a pas de nom ! Je préfère Trilogie du Dollar, c’est plus parlant, et tellement plus près de la réalité racontée dans chacun des films.

 

Monco vient encore de nulle part. Mais cette fois-ci, on en sait plus sur lui : il est chasseur de primes, et se déplace de ville en ville à la recherche de son gagne-pain. On a d’ailleurs une démonstration de son travail à White Rocks, où il s »’occupe de « Baby Red » Cavanaugh (José Marco). On peut voir qu’il n’a perdu la main. Il porte toujours la même tenue : poncho rouge et or (avec trous), veste de mouton, chemise bleue.

C’est un solitaire qui, malgré lui, va devoir faire équipe avec un autre chasseur de primes : Mortimer, dit « Le Colonel » (Lee van Cleef).


Si Pour une Poignée de dollars nous renseignait sur la période (1873 inscrit sur une tombe), ici, c’est plus flou. On peut imaginer, en voyant le pactole dérobé à la banque d’El Paso que l’action se déroule pendant la Guerre de Sécession : on retrouve des dollars de la Confédération parmi le butin. Mais là n’est pas le plus important.

 

Avec ce film, Leone continue d’explorer le western et ajoute une notion de temps passé qui reviendra dans sa trilogie suivante. A l’intrigue basique de la poursuite du bandit par des chasseurs de prime, s’ajoute une intrigue plus particulière, relative à Mortimer et El Indio (Gian Maria Volontè) : la mort de la sœur du premier pendant qu’elle était violée par le second. Mortimer, de chasseur de primes devient vengeur.

Cette sous intrigue nous permettra d’apprécier deux flashbacks (se complétant), avec utilisation de la musique d’une montre en fond sonore, cette musique de carillon devenant un leitmotiv comme le sera celle de l’harmonica dans Il était une Fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film, c’est aussi la création d’un trio qui sera indispensable dans les deux films suivants : deux personnages à peu près bons et un méchant. Ce seront Blondie (Eastwood), Tuco (Eli Wallach) et Sentenza (Lee van Cleef) dans Le Bon, la brute et le truand, et l’Harmonica (Charles Bronson), Cheyenne (Jason Robards) et Frank (Henry Fonda),  dans Il était une fois dans l’Ouest.

 

Mais avec ce film éclate au grand jour le style Leone, encore plus que dans le film précédent. Les dialogues sont rares et courts. Pas de grandes explications. Des faits, des images. Et surtout, des plans fixes qui en disent aussi long que de grands discours : la banque d’El Paso, le coffre fort, les visages…

Ces visages toujours aussi abîmés (sauf ceux de Monco et Mortimer), la palme revenant cette fois-ci à Mario Brega, toujours aussi épais.

 

Et puis il y a le duel final. Toujours. On retrouve la configuration du film suivant : dans un cercle (le rouge de Melville ?), deux protagonistes s’affrontent sous l’œil attentif d’un troisième (Monco). Et la caméra va avancer au fur et à mesure que le temps – et la   mélodie avec – avance lui aussi. D’un plan d’ensemble, on arrive à un plan rapproché montrant le haut des visages : le regard perturbé d’El Indio d’où s’échappe une larme, et les petits yeux fins de Mortimer, implacables.

Magnifique !

 

Allez, encore un effort (et une année) et la caméra s’arrêtera sur les seuls yeux !

 

 

En 1972, Morris et Goscinny sortiront Chasseur de primes, dans la série Lucky Luke. Dedans, on fera la connaissance d’Elliot Belt, un chasseur peu scrupuleux mais qui a particularité de ressembler comme deux gouttes d’eau à Lee van Cleef.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Sergio Leone, #Clint Eastwood, #L'Homme sans nom
Pour une Poignée de dollars (Per un Pugno di dollari - Sergio Leone, 1964)

Mexique, 187…

Joe (Clint Eastwood) arrive à San Miguel.

C’est une bourgade près de la frontière, où deux familles se livrent à une lutte sans merci pour son contrôle : les Rojo, des Mexicains trafiquants d’alcool ; les Baxter, des Américains trafiquants d’armes.

Et rapidement, au milieu, Joe.

 

Deux ans plus tôt, John Ford, avec L’Homme qui tua Liberty Valance, sonnait le glas du Western : la civilisation l’avait emporté sur les tireurs aux pistolets.

Alors quand Sergio Leone propose ce film – qui ne sera vu aux Etats-Unis que trois ans plus tard pour une histoire de droits – c’est une petite révolution. Un nouveau genre de western vient de voir le jour. Et comme Leone est italien, on le qualifie de « spaghetti » (tu parles d’un nom !).

 

Alors que l’intrigue se situe en Amérique du Nord, mis à part Clint Eastwood, personne n’est américain. Les acteurs viennent d’Europe (Italie bien sûr, mais aussi Espagne, Allemagne et Autriche, d’où des Mexicains aux yeux bleus…) et ne sont pas très célèbres (tout comme Eastwood d’ailleurs), ce qui permet de ne pas exploser un budget déjà serré (environ 200.000$). Et en plus, les lieux de tournage aussi étaient européens (Désert de Tabernas, Province d’Almeria, Espagne).

 

Avec ce film – qui sera suivi de deux autres par Leone, et d’une palanquée par des réalisateurs plus ou moins doués – c’est aussi les codes du genre qui sont renouvelés. Le manichéisme disparaît au profit de personnages qui, s’ils ne sont pas tous mauvais, ne sont pas complètement irréprochables non plus.

Qui est Joe – celui qu’on appellera « l’homme sans nom » – sinon un tueur à gages qui s’offre au plus offrant ? Et une fois le massacre des Baxter accompli, il n’a ni remords ni regret. C’est d’une certaine façon une sorte d’accident de parcours.

La seule fois où Joe a des sentiments, c’est pour la famille de Marisol (Marianne Koch), femme retenue par Ramon (Gian Maria Volontè), le plus terrible des Rojo.

Joe, c’est aussi le vrai personnage qui lancera Clint Eastwood, jusqu’alors célèbre pour la série Rawhide à la musique inoubliable. Mais cette expérience avec Leone lui servira aussi quand il passera derrière la caméra et réalisera l’Homme des hautes plaines ou Pale Rider.

 

Quant aux autres « affreux », ce sont des gens communs, avec des visages communs. Certains marqués par le temps – Silvanito (José Calvo), Piripero (Joseph Egger) – d’autres marqués par la petite vérole – Miguel Rojo (Antonio Prieto) – ou encore par les cicatrices.  Bref, mis à part Eastwood et Volontè, aucun ne brille par sa beauté.

De plus, il n’y a aucune flamboyance ni munificence dans la mort. Si un duel – court au vu des suivants – ou une fusillade a bien lieu, cela se termine minablement, les tués n’étant pas dans une position très académique : c’est le cas de Ramon et surtout du fils Baxter.

 

Tout est prêt pour une série de quatre westerns : la trilogie de l’homme sans nom et Il était une Fois dans l’Ouest. A chaque fois, on retrouvera le même genre de personnages : des hommes ordinaires au physique du même nom et un étranger qui arrive on sait d’où, règle ses affaires et repart. Non sans avoir tué un nombre conséquent de personnes.

Le tout accompagné par la musique formidable du grand Ennio Morricone.

 

Le western romantique est mort. Voici venu le temps des westerns réalistes.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fritz Lang, #Western
Le Retour de Frank James (The Return of Frank James - Fritz Lang, 1940)

Surfant – comme on dit maintenant – sur la vague du succès du Brigand bien-aimé, la Fox demande au réalisateur allemand en vue du moment – Fritz Lang – de réaliser une suite aux aventures des frères James.

Mais le romantisme qui prévalut dans la première partie a disparu : certes Frank James (Henry Fonda) n’est pas un meurtrier, mais il n’en reste pas moins complice de Jesse James et tout de même un bandit notoire même s’il s’est rangé.

On retrouve donc une grande partie de la distribution du film de Henry King, et bien entendu, il manque Tyrone Power (Jesse James) et Nancy Kelly (Zee).

 

Les films de Fritz Lang sont toujours empreints de justice, et celui-ci ne manque pas à la règle. Cette justice concerne Frank James.

Donc Frank est coupable de méfaits passés, mais c’est pour une autre affaire qu’il est recherché : un hold-up qui a mal tourné, un employé ayant été abattu par une balle perdue.

Alors que Le Brigand bien-aimé justifiait (presque) la carrière criminelle des frères James – la responsabilité écrasante de la compagnie de chemins de fer – ici, on ne revient pas sur le passé.


Le film s’ouvre donc sur la fin du précédent : « l’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », comme le dirait Andrew Dominik, la main du « justicier » tremblant, sans pour autant manquer sa cible.

On retrouve alors Frank James, vivant incognito dans une ferme, avec son neveu Clem (Jackie Cooper) et l’incontournable serviteur noir « Pinky » Washington (Ernest Whitman).

Mais cette existence paisible est troublée par l’annonce de la mort de son frère qu’il avait quitté suite au braquage raté.

Pour Frank (et son neveu), pas de choix possible : il faut venger la mort de Jesse.

 

Avec Le retour de Frank James, Fritz Lang s’essaie (avec succès) au western, et nous propose une nouvelle vision du genre. Après l’idéal romantique décrit par Henry King, ou Victor Fleming dans Autant en emporte le vent (l’année précédente aussi), Lang introduit une notion primordiale : l’honneur. La vengeance de Frank se situe au même niveau que celle de Rodrigue chez Corneille : il doit venger l’affront qui fut fait avec la mort de Jesse et l’amnistie accordée aux assassins. Persuadé que les frères Ford devaient être pendus, il se propose de faire lui-même la justice.

Mais arrive l’élément rédempteur : Pinky est accusé à sa place et condamné à mort.

S’ensuit alors un cas de conscience : Frank doit-il poursuivre Bob et assouvir sa vengeance ou sauver le pauvre Pinky ?

Ce dilemme rappelle, bien entendu, celui qui tortura l’esprit de Joe Wilson (Spencer Tracy) dans le premier film américain de Lang : Furie. Même si le choix de Frank est plus rapide que celui de Joe, l’analogie reste tout à fait pertinente. Mais cette fois-ci, Frank, en se présentant, empêchera l’exécution de Pinky, certes, mais aussi le précipitera dans les bras de cette même justice devant laquelle il devra répondre.

 

Et là encore, le procès est d’une grande importance. Comme je le disais plus tôt, le passé est oublié. Pourtant, la Saint-Louis Midland Railroad est partie civile et aimerait bien revenir sur le passé trouble de Frank. Mais un élément primordial joue en faveur de ce dernier : nous sommes dans le Sud. Tous les gens présents au tribunal sont des Sudistes – sauf le procureur (Russell Hicks) et le dirigeant de la Midland, McCoy (Donald Meek, encore lui). Et c’est là qu’est le nœud du propos : Frank n’est pas jugé parce qu’il est un bandit. Et il est acquitté parce qu’il est du Sud. Et en plus, cette histoire est vraie : Frank a bel et bien été acquitté par un jury d’hommes du Sud. Quant à la fin de Robert Ford (John Carradine), Lang ne s’embarrasse pas trop avec la vérité (Ford meurt en 1892, soit 9 ans après le procès de Frank James). Mais qu’importe, la mort du « traître » se justifie pleinement dans le ton du film. Et puis, n’oublions pas qu’il faut tout de même châtier les (plus) méchants.

 

Encore une fois, pour Fritz Lang, Henry Fonda joue un personnage qui est le centre d'une affaire judiciaire. Mais si Eddie Taylor (J'ai le Droit de vivre) était une victime du système judiciaire, il n'en va pas de même pour Frank James. Il n'a pas changé et s’il est au devant, cela ne l’empêche pas de rester un homme calme et réfléchi. Bien entendu, il chique du tabac à longueur de film, toujours impeccablement mis, même après une longue chevauchée : il est LE gentleman du Sud, noble et séduisant malgré ses méfaits. Mais...

 

Et à propos de séduction : la jeune femme – parce qu’il y en a toujours une – est une débutante de 20 ans qui sera l’inoubliable Laura de Preminger : Gene Tierney.

 

Notons au passage la constante des belles actrices de Fritz Lang : de Brigitte Helm à Gene Tierney, en passant par Gerda Maurus ou Sylvia Sidney, elles ont toutes de magnifiques yeux bleus clairs…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Henry King, #Western
Le Brigand bien-aimé (Jesse James - Henry King, 1939)

La St Louis Midland Railroad rachète les terres des paysans du Missouri pour y faire passer le train.

Bien entendu, ce rachat se fait au minimum. Et bien entendu, ceux qui refusent sont maltraités.

C’est ce qui arrive à la ferme James. Mais Frank (Henry Fonda) et son frère  Jesse (Tyrone Power) refusent de signer, rossant Barshee (Brian Donlevy*), le représentant des chemins de fer. S’ensuit une escalade de violence à la fin de laquelle Ma James (Jane Darwell, déjà la mère d’Henry Fonda…) et ce même Barshee trouvent la mort, ce dernier tué par Jesse.

Dès lors, la vie pour Jesse James ne sera plus qu’une longue cavale, avec, bien entendu, la mort au bout du chemin.

 

Quinze ans après The iron Horse (John Ford, 1924), la construction de ce même chemin de fer est vue du point de vue de ceux qui l’ont subie : les paysans expropriés pour une bouchée de pain par des hommes d’affaires peu scrupuleux. C’est ce qui arrive ici et qui devient l’explication du mauvais tournant dans la vie de Jesse W. James, le célèbre brigand bien-aimé. Parce que, malgré le Code Hays, il s’agit ici d’un film à la gloire de ce dernier. Et en plus, c’est en Technicolor !

Il y a un parti pris évident dans ce film : James n’est que la victime des circonstances. Et s’il a fait ce qu’il a fait (attaques de train, assassinats…), c’est avant tout de la faute de la compagnie de chemins de fer, représentée par son directeur fourbe : McCoy (Donald Meek).

C’est un point de vue. Ne négligeons pas tout de même le fait que Jesse James était un terrible hors-la-loi, ce que ce film a tendance à minimiser.

Mais c’est normal : c’est du cinéma. Et nous assistons à une fuite en avant – avec mort inévitable au bout -  d’un personnage qui n’a plus rien à voir avec le modèle de la vraie vie.

Et en plus, c’est Tyrone Power qui l’interprète, secondé par Henry Fonda dans le rôle du grand frère fidèle, Frank. Surtout, James est avant tout un homme du Sud. Il y a du Rhett Butler dans l’attitude de Jesse : un jeune homme très bien habillé aux belles manières, affublé en plus d’une fine moustache, comme c’était la mode chez les jeunes premiers de Hollywood. Mais Jesse James est d’abord un homme d’honneur, tout comme Will Wright (Randolph Scott) qui vient l’arrêter. Il y a d’ailleurs de la grandeur lors de cette arrestation : James est volontaire et se plie aisément aux exigences de la situation. Alors pas étonnant qu’après la fourberie de McCoy, tout tourne au désastre. Mais là encore, ce n’est pas lui le responsable.

Mais c’est Wright qui a une vision des plus objectives de James, quand il s’adresse à Zee (Nancy Kelly), la femme de James : malgré le respect dans lequel il le tient, il est allé trop loin.

 

Henry King nous propose une très belle hagiographie de ce brigand : le casting est formidable, les couleurs ajoutant au flamboyant de la légende, faisant oublier sur le coup le véritable homme qu’était Jesse James.

Pourtant, c’est bien ce côté humain de Jesse James que King nous montre : sa réaction aux injustices, son impulsivité, mais aussi son humanité : quand son fils joue, avec des petits voisins, à Jesse James et qu’il est « tué ». C’est là qu’il prend toute sa dimension : il va changer de vie. Et c’est là qu’intervient le deuxième méchant du film (après l’infâme McCoy) Robert Ford (John Carradine), celui qui n’apparaît pas sur la stèle funéraire de James…

 

NB : Morris et Goscinny en tireront un bel album de BD (Jesse James, 1969), remettant un peu Jesse James à sa véritable place de desperado, sans oublier toutefois leur humour habituel.

 

* Brian Donlevy est caricaturé par Morris dans Le Fil qui chante (1977), dans le rôle de l’infâme (encore une fois) Bradwell.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Ford, #John Wayne
La Chevauchée fantastique (Stagecoach - John Ford, 1939)

Ca aurait pu s'appeler plus simplement : la Diligence. Mais il faut toujours que les traducteurs fassent dans le sensationnel.

Pourtant, il faut reconnaître une chose : la chevauchée dont on parle est tout bonnement fantastique. Rarement une poursuite aussi intense a eu lieu dans un western.

D'un côté une diligence noire, remplie de citoyens pas tous très fréquentables, de l'autre une bande d'Apaches assoiffés de sang.

Le tout dans le décor somptueux de monument Valley.

Parce que c'est un film de John Ford. Il s'agit même du premier avec John Wayne en vedette. Ce film va en plus révéler ce dernier qui, depuis la Piste des géants était un peu sous employé.

 

Alors on retrouve les éléments fordiens : un microcosme de personnages pittoresques qui ne sont pas toujours bien assortis. Mais c'est de ces différences que naissent de belles histoires. Malgré le cadre extraordinaire de Monument Valley, nous assistons à ce qui ressemble à un huis clos pendant les trois quarts du film, l'intrigue s'ouvrant légèrement une fois les protagonistes arrivés au bout du voyage.

Huis clos parce que, où qu'ils se trouvent, ils sont toujours ensemble dans le même lieu, et si par hasard quelqu'un leur tient compagnie, rapidement cette personne s'efface voire s'enfuit.

Et ce huis clos est intéressant de par la diversité des personnages.

 

Deux camps s'affrontent :

- les bons citoyens Mrs Mallory (Louise Platt), Mr Hatfield (John Carradine) et Mr Gatewood (Berton Churchill). Ce sont les tenants de la bonne société. Ils ne se mélangent pas avec n'importe qui et le montrent bien.

- Au milieu, le shérif Curley (George Bancroft), Buck (Andy Devine), le conducteur de la diligence et Mr Peacock (Donald Meek).

- les mauvais sujets : Dallas (Claire Trevor), Dr Boone (Thomas Mitchell) et Ringo (John Wayne). Entre Dallas, qui est chassée de la ville parce que prostituée, le docteur Boone qui est un alcoolique notoire et Ringo qui sort de prison, pas étonnant que les autres les regardent de travers. Pourtant, ce sont bien eux les plus attachants. Dallas a beau être ce qu'elle est, elle n'en demeure pas une femme que Ringo - jeune et naïf, certes, malgré ses frasques passées - respecte. C'est d'ailleurs cette naïveté qui redonne sa fierté à Dallas, se sentant à nouveau une femme comme les autres.

 

Et Ford nous amène à aimer ces trois « paumés » : des criminels ou assimilés comme tels. On est loin du manichéisme dominant dans les westerns. Il est rare de vibrer pour une ex-prostituée, un repris de justice et un alcoolique... Mais ce sont eux les vrais vivants du film. Et Mrs Mallory le comprendra finalement, alors que Hatfield n'aura pas le temps, et Gatewood d'autres préoccupations.

Mais l'art de Ford, c'est de recréer cette période légendaire des Etats-Unis, après la guerre de Sécession - les blessures ne sont pas encore guéries - où les autres personnages gravitant autour du groupe vedette donnent un cachet de réalisme et d'humanité formidables. Les barmen, par exemple sont omniprésents : le premier, c'est Jack Pennick, qui est bien content de se débarrasser d'un client comme le docteur Boone ; le second, c'est Francis Ford - frère de l'autre -  alter ego de Boone qui voit avec beaucoup de bonheur arriver un tel compagnon de boisson ; le troisième, à Lordsburg, ne parle pas, il agit et met vite à l'abri son miroir, sentant que la discussion entre Ringo et les frères Plummer risque de faire des dégâts. Mais il sait être reconnaissant envers Boone de lui avoir sauvé les meubles...

 

Et puis il y a les Indiens. Pendant la plus grande partie du film, ils ne sont que mentionnés. On aperçoit même des signaux de fumée ou des reflets métalliques, mais pas d'Indien. pourtant la menace est présente et va en s'intensifiant.

Ils n'apparaissent que dans les dernières vingt-cinq minutes, et de façon plutôt... Brutale ! S'ensuit alors la célèbre chevauchée dans laquelle on assiste à un grand moment de cinéma, avec en point d'orgue le célèbre plan en contre-plongée avec la diligence et les chevaux qui passent par dessus la caméra. Du grand cinéma !

 

[En 1968, Morris et Goscinny sortiront La Diligence, quarante-septième aventure de Lucky Luke avec des éléments de l'intrigue du film, utilisant des personnages pittoresques dont certains furent directement inspirés par le film : Mr Flimsy (pour Mr Peacock), Scat Thumbs (pour Hatfield), le révérend Rawler (pour Gatewood). Un autre régal]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Prisonnière du désert (The Searchers - John Ford, 1956)

Monument Valley.

John Wayne, Ward Bond, John Qualen et même Jack Pennick.

Une jeune femme forte.

Un square dance.

Une bagarre.

 

Pas de doute, nous sommes dans un film de John Ford. Mais quel film. L'un des plus extraordinaires du maître. Plus qu'un film, c'est une quête. Une quête pour ses racines.

Ethan Edwards (John Wayne)est un aventurier. Il n'a pas d'attache. Juste une famille qu'il visite quand l'envie lui prend ou qu'il a le temps. Cette famille, c'est son frère Aaron (Walter Coy) et sa femme Martha (Dorothy Jordan) et leurs enfants dont la plus jeune, Debbie (Lana Wood). Malheureusement, la ferme de son frère est attaquée et seule Debbie survit. Elle survit mais est enlevée par le chef indien Scar (Henry Brandon).

Commencent alors un peu pus de cinq ans de recherche pour Ethan et Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune garçon qu'Ethan avait sauvé des Indiens quand il était petit.

Ethan est certes un aventurier, mais il a pourtant des convictions. C'est avant tout un homme du Sud. Pendant la Guerre Civile, il était du côté des Confédérés.

Ce positionnement peut aussi expliquer sa haine des Indiens. Cette haine, renforcée par ce qui arrive à sa famille est présente avant. Il a des raisons de leur en vouloir avant que tout commence. C'est un homme pour qui « un bon Indien est avant tout un Indien mort. »

Et pourtant.

Pourtant, dans sa quête, il croise nombre d'Indiens sans montrer une quelconque animosité. Paradoxalement, c'est de Martin qu'il se méfie : Martin a du sang indien, c'est tout ce qui fait la différence pour Ethan. Mais cette quête inclut aussi Martin, qui a été élevé avec les enfants Edwards. Cette différence de racines est source d'antagonisme entre deux hommes : Ethan représente la vieille génération alors que Martin est la jeune, celle qui a l'avenir. Celle qui fait dire à Ma Jorgensen (Olive Golden) que ce pays deviendra un jour civilisé...

Cet antagonisme rappelle celui d'un autre film dans lequel jouait John Wayne : La Rivière rouge (1948). Mais le propos est très différent et là s'arrête la comparaison. Et malgré tout, on sent poindre des changements dans l'attitude des deux hommes : Martin grandit au contact de ce père putatif alors qu'Ethan s'humanise à son contact.

Mais si transfiguration il y a, elle ne peut être spectaculaire : un vieux cowboy comme Ethan ne peut pas changer entièrement. C'est trop tard. Et puis de toute façon, son destin n'est pas de s'installer. il repartira, c'est sûr.

D'ailleurs, la séquence finale est un rappel de celle d'ouverture : une porte ouverte vers le désert, avec cette fois Ethan, la main gauche sur le bras droit, en hommage à un vieux complice de John Ford : Harry Carey, dont c'était l'un des gestes.

Et puis il y a tout ce qui fait de ce film un élément fordien : oui, ça danse, ça boit et ça se bat. Mais c'est avant tout une histoire de famille. Une histoire de racines. Pour Ethan, Martin n'est qu'un étranger. et Debbie, au contact des Indiens le devient pour lui. Mais c'est tout de même cet attachement familial qui le porte dans sa quête et lui fait faire la dernière expédition. Qu'il le veuille ou non, Debbie est avant tout l'avenir de sa famille, plus que Martin.

Et puis il y a le microcosme gravitant autour de l'intrigue principale : la petite histoire à côté de la grande, avec ses personnages hauts en couleur :

- Jorgensen (John Qualen), le Suédois devenu américain qui n'oublie pas de chausser ses lunettes pour écouter la lecture de sa fille.

- Clayton (Ward Bond), le révérend qui est aussi Texas Ranger et passe d'une fonction à l'autre sans beaucoup de difficulté. C'est aussi lui qui amène le premier la vie dans le film : son arrivée à la ferme Edwards est terriblement fordienne.

- Et les femmes. Surtout deux d'entre elles : Ma Jorgensen et sa fille Laurie (Vera Miles). Laurie est l'archétype de la femme fordienne : elle a une volonté très forte et une autorité naturelle qu'on retrouve chez nombres d'héroïnes du maître. Mais elle a beau montrer une fierté qui touche à l'orgueil, elle ne peut résister longtemps à celui qu'elle aime. Elle ressemble beaucoup à Mary Kate Danaer dans l'Homme tranquille.

 

Terminons sur Ethan (encore lui). John Wayne campe, avec beaucoup de talent, un personnage ambigu assez différent de ceux qu'il a déjà joués pour Ford. Son personnage n'est pas d'un bloc comme d'habitude. Alors que d'habitude on le catalogue rapidement dans les bons, ici, il a un rôle beaucoup plus subtile. Il n'est ni bon ni vraiment méchant : le monde n'est pas manichéen. Alors il passe d'un côté à l'autre de la balance sans toutefois se fixer.

 

D'un point de vue moral comme d'un point de vue physique, de toute façon, il ne se fixera jamais.

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