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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Howard Hawks, #John Wayne
El Dorado (Howard Hawks, 1967)

El Dorado n’a rien à voir avec un lieu mythique où les bâtiments sont en or. Non. C’est une petite ville de l’Ouest américain comme il en existe beaucoup. Et comme dan d’antres villes, un propriétaire plus riche a une certaine tendance à se croire au-dessus des lois.

Ici, il s’appelle Bart Jason (Edward Asner). Ce gros propriétaire a un ennemi : Kevin McDonald (R.J. Armstrong).

Bien qu’il ait engagé Cole Thornton (John Wayne) – une fine gâchette – ce dernier a refusé son offre, étant un vieil ami du shérif du coin, J.P. Harrah (Robert Mitchum).

A la suite d’un « malentendu, Thornton tue un fils de McDonald. SI le père comprend les circonstances, il  n’en va pas de même pour sa fille Joey (Michele Carey) qui tire sur Thornton, le rendant partiellement invalide.

Le temps passe, et quand Thornton revient à El Dorado, Harrah est devenu une éponge, suite à une histoire d’amour malheureuse (comme d’habitude).

Mais Jason, lui, n’a pas changé. Au contraire, il a engagé une nouvelle gâchette : Nelse McLeod (Christopher George).

 

On retrouve ici une intrigue qui rappelle – à juste titre – celle de Rio Bravo. Mais premier détail d’un changement : le shérif n’est pas interprété par John Wayne. C’est Robert Mitchum le patron de cette ville. Et il semble, au vu de leur première rencontre, que ses deux cow-boys ne sont pas obligatoirement des amis intimes. Et si en plus, la beauté du coin – Maudie (Charlene Holt) – a distribué ses faveurs à Thornton avant Harrah, on pourrait croire que nous sommes dans une impasse.
Deuxième changement par rapport à Rio Bravo, celui qui est en prison est le grand chef.

Quoi qu’il en soit, il est toujours question de récupérer l’homme incarcéré, et l’issue violente est inéluctable : il y aura des morts – mais pas John Wayne, rassurez-vous.

 

Une des différences avec Rio Bravo tient surtout aux deux acteurs principaux : John Wayne et Robert Mitchum ne sont plus de la première jeunesse. Si Mitchum peut (presque) faire illusion – il n’a que 49 ans quand le film sort – John Wayne vient de changer de décennie (60 ans à la sortie américaine en juin 1967).  Cet aspect biologique n’est pas anodin quand on voit les effets que peut faire la blessure de Joey sur Thornton.

Quant à Walter Brennan, il a été remplacé par Arthur Hunnicut, mais n’est pas aussi vindicatif ni ronchon que son prédécesseur.

Autre remplaçant, James Caan, (Mississipi), qui n’a de commun avec Colorado (Ricky Nelson) que son surnom venant d’un des états de l’Union.

 

On retrouve tout de même les mêmes éléments pertinents de l’intrigue, ainsi que la résolution violente, mais avec du temps qui a passé. Même la belle Maudie ne peut rivaliser avec Feathers (Angie Dickinson) : sa vie avant l’intrigue ne joue pas en sa faveur (1).

Mais la grande différence vient avant tout de l‘intrigue. En effet, si on doit comparer les deux, El Dorado se situe en amont part rapport à Rio Bravo.

Alors que Rio Bravo s’ouvrait sur le meurtre décisif – il en traine l’incarcération du meurtrier qui amène ce western ô combien étouffant – ici il faut attendre un bon moment avant que Jason soit enfermé. De plus, Hawks prend le temps de nous décrire la situation initiale et surtout le contexte (ce qu’il n’avait pas fait avant).

Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, et si John Wayne ne sort pas avec la jeune première, il n’est pas non plus mis sur la touche : Maudie ne lui résiste pas, et Harrah sort de sa mauvaise passe alcoolique.

 

 

(1) Angie est née en 1931, et Charlene en 1928, peut-on vraiment considérer la seconde comme une aînée de la première ? Non, mais comme le film est tourné plus tard…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Western
La Fille du Far-West (The Girl of the golden West - Cecil B. DeMille, 1915)

Cloudy Mountain est un petit bled minier de Californie, une sorte de ville-champignon où les prospecteurs viennent dépenser leur or – et aussi le mettre à l’abri, au Nugget Saloon, que tient la fille de l’ancien propriétaire : La Fille (Mabel Van Buren) (1).

Au saloon, on croise aussi le shérif (Theodore Roberts), qui est aussi un sacré joueur, et toute la faune habituelle des saloons.

Une fois ce décor planté, vient le méchant : Ramerrez (House Peters), un bandit de grand chemin qui a l’intention de faire main basse sur l’or conservé au saloon.

 

Bien sûr, il ne le fera pas, étant tombé préalablement amoureux de La Fille. Et au final, il partira avec la fille (2), vers des cieux plus cléments et toute cette sorte de choses qu’on trouve dans un western.

Enfin pas tellement en fait, puisque le western est encore balbutiant, même si Cecil B. DeMille en est déjà à son quatrième. Le film est loin des canons du western romantique comme on le connaît le mieux : mis à part Ramerrez, c’est une belle collection de moustaches fournies qui nous est proposée.

 

L’histoire est tirée de la pièce de Belasco (3) – un des rois de Broadway – et adaptée par CB soi-même.

Et c’est peut-être pour ça que le film est un tantinet bancal. En effet, dans l’année de sortie du film (1915), une actrice va bouleverser sa façon de faire ses films : Jeanie MacPherson (4).
En attendant, il faudra se contenter de ce qu’on a.

 

Il s’agit du douzième film de celui qui n’est pas encore le Maître que l’on sait, et la première chose qui saute aux yeux, c’est le côté statique des acteurs qui ne font que très peu de mouvement devant la caméra dans les scènes d’intérieur.

Autre reproche qu’on peut faire au film : malgré la photographie d’Alvin Wyckoff et les décors de Wilfred Buckland, on ne peut ignorer quelques détails un peu gênants.

En effet, les scènes dans le saloon son éclairées à la lumière du soleil – comme c’était la coutume – ce qui donne des ombres supplémentaires absolument pas en rapport avec ce que l’on voit.

Encore un détail : la neige. Ce n’est pas son aspect artificiel qui gêne le plus, c’est surtout son arrivée inopinée ainsi que sa disparition, inopinée elle aussi. Au bout du compte, elle n’a d’utilité que pour La Fille qui peut garder son amoureux chez elle.

Dernier détail enfin, et qui fait un peu écho au premier film de CB, Le Mari de l’Indienne : deux Indiens apparaissent dans le film, un homme et une femme.

Si leur apparence les identifie de suite, leurs rôles ne sont pas des plus éblouissants.

En effet, l’Indienne, au service de La Fille, lèche les emballages de nourriture quand elle ne la subtilise pas carrément. Quant à lui, on lui demande de surveiller un cheval et il s’endort, permettant à Ramerrez de fuir ; un peu plus tard, il se permet de boire le verre du shérif qui s’est endormi.

 

Pour le reste, on est toujours dans la même verve que dans le film cité plus haut, avec une intrigue tout de même très sommaire. Reste la prestation de Theodore Roberts qui ne laisse pas indifférent : sa conception de la justice peut prêter à caution, mais c’est tout de même un homme de parole.

Autre aspect de la justice, les habitués du saloon ne connaissent qu’une seule façon de juger Ramerrez une fois capturé, celle du juge Lynch : la pendaison.

 

Et quand le film s’achève sur le baiser final, on se dit qu’il est temps que DeMille trouve quelqu’un pour lui écrire de belles (et bonnes) histoire.

Mais heureusement, ça arrivera dix films plus tard quand sortira le magnifique The Cheat.

 

 

 

  1. On ne lui connaît aucun autre nom.
  2. Ou « La Fille », c’est au choix…
  3. David Belasco (1853-1931) a écrit de nombreux spectacles qui furent adaptés au cinéma. C’est même lui qui aurait suggéré à Gladys Louise Smith de changer son nom en Mary Pickford…
  4. Elle tient ici le rôle de Nina : une Mexicaine qui trahit Ramerrez par jalousie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
Le Fils du désert (Three Godfathers - John Ford, 1948)

Encore un western ?

Pas vraiment.

Si le cadre est celui du genre, le propos va au-delà du western traditionnel.

Certes, tout commence bien pour ces trois hommes qui arrivent à Welcome, Arizona (1) : outre le panneau d’entrée, la première maison qui retient leur attention appartient à un certain B. Sweet (Ward Bond). Littéralement : « soyez doux » (2).

Et ce B. Sweet se prénomme plutôt Buckley ou Buck, voire Pearley, pour sa femme Carrie-Lou (Mae Marsh).

Sauf que cet homme si « doux » n’est autre que le shérif de Welcome.

Et surtout que les trois étrangers qui viennent d’arriver sont de bandits de grand chemin qui ont rendez-vous avec la banque afin d’y clore définitivement tous les comptes.

En fuite, les trois hommes croisent sur leur chemin un chariot dans lequel une femme (Mildred Natwick) meurt après avoir mis au monde un petit garçon.

Comme les trois hommes l’ont aidé pour ses derniers instants, elle les choisit comme parrains pour son enfant, donnant leurs trois prénoms : Robert (John Wayne), William (Harry Carey Jr.), Pedro (Pedro Armendariz).

Va alors commencer une autre traversée du désert, une traversée pour la vie de cette enfant, que ces trois canailles vont protéger sur leur vie.

 

C’est un remake – Marked Men (1928) – mais comme le premier film est perdu, nous devons nous contenter de celui-ci. Mais je ne crois pas qu’on y ait perdu au change.

En effet, John Ford signe ici l’un de ses westerns les plus émouvants, voire humanistes.

En effet, cette responsabilité inattendue qui tombe sur ces trois fripouilles va au-delà de ce qu’on attend d’un western traditionnel. Pensez donc, trois bandits qui donneraient leur vie pour un petit bout d’homme !

En outre, on pense bien sûr au Three bad Men du même Ford, où trois canailles (sublimes disait le titre français) se sacrifient avec panache.

 

Mais cette traversée du désert est on ne peut plus symbolique et le western devient alors parabole et les trois parrains (le titre original) deviennent les trois rois mages, voire le peuple hébreux conduit dans le désert par Robert « Moïse » Hightower.

D’une manière générale, le film fait de nombreuses références à la Bible, que ce soit par les situations ou les paroles : plusieurs citations émanent de la Bible, dont le célèbre psaume 137 (3).

Sans oublier le but du voyage : New Jerusalem. Et si vous en voulez encore, le jour de l’arrivée de Robert (le grand) et Robert (le petit) n’est autre que Noël…

 

Et pourtant, cela reste un western, mais avec tout ce qui fait habituellement le monde de John Ford, ce microcosme plus vivant que la vie avec ses personnages indispensables : le shérif bien sûr, mais aussi le pianiste du saloon (Richard Hageman), le juge débonnaire (Guy Kibbee), le poivrot de service (encore une fois c’est Francis Ford, le frère de), le chef de train (Jack Pennick, fidèle au poste) et bien sûr le vieux grincheux, Curly (Hank Worden) qui, comme son nom ne l’indique pas (« frisé, bouclé ») est chauve.

Bref, nous avons tous les ingrédients pour un magnifique western et c’est encore plus que cela.

Chaplin, en présentant The Kid, avait promis aux spectateurs : « un film avec un sourire, et peut-être une larme ». Cette assertion sert absolument ce film, tant on passe tout naturellement du comique au tragique, progressivement.

 

Comique parce que voir ces trois grands bandits assurer la survie d’un bébé est très drôle, surtout quand ils suivent – à la lettre ou presque – les conseils d’un obscure pédiatre, avec lequel Robert surtout n’est pas beaucoup d’accord. Il est d’ailleurs très amusant de voir John Wayne mal à l’aise avec cet enfant tombé du ciel (4), alors qu’il avait lui-même à l’époque déjà 4 enfants !

 

Et puis il y a le moment de bravoure qui dure plus de la moitié du film : la traversée du désert vers la Terre Promise (voir plus haut).

Il  est évident que le tournage fut épuisant : le Désert de Mojave, La Vallée de la Mort (et Lone Pine).

C’est du désert à perte de vue, avec tempête de sable et soleil de plomb : John fut même hospitalisé. C’est dire.

 

Au final, c’est un western inoubliable où Ford met (presque) de côté les antagonismes habituels, évitant ainsi le côté manichéen du genre, et surtout, comme dans plusieurs films (Stagecoach, entre autres, puisqu’il y a John Wayne), les gentils ne sont pas toujours là où on les attendait, et être hors-la-loi n’empêche pas d’être homme d’honneur et de principes.

 

Un grand film !

 

 

PS : le bébé filmé par John Ford pour le film s’appelle Amelia Yelda. Elle doit avoir à peu près 70 ans aujourd’hui…

 

  1. Un patelin qui s’appelle « Bienvenue », on ne peut rêver mieux comme accueil.
  2. N’est-ce pas professeur Allen John ?
  3. « Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus cum recordaremur Sion » (vous chercherez la traduction, mais je vous donne un indice : un groupe de disco (hum…) en a fait un tube…
  4. Bien sûr, puisque pendant toute cette séquence autour de la naissance, brille dans le ciel une étoile. Cette étoile, c’est aussi le souvenir de Harry Carey, qui mourut avant le film qui lui est dédié : « To the memory of Harry Carey, bright Star of the early western sky. » Et si son fils joue dans ce film, c’est tout de même John Wayne qui reprend son rôle.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #André de Toth, #Western
La Mission du commandant Lex (Springfield Rifle - André de Toth, 1952)

1952 est une bonne année pour le Western.

En effet, John Ford et Raoul Walsh ont déserté les plaines de l’Ouest au profit de Howard Hawks (La Captive aux yeux clairs) et surtout Gary Cooper, qui est deux fois à l’affiche pour deux films qui sont devenus depuis de véritables classiques : High Noon (Le Train sifflera trois fois) et trois mois plus tôt Springfield Rifle (1) qu’on a traduit par cette périphrase qui révèle une partie de l’intrigue.

Mais reprenons.

 

Lex Kearny (Gary Cooper, donc) est Major de cavalerie dans l’Armée de l’Union. Or depuis quelques temps, les convois de chevaux sont régulièrement attaqués par une bande de pillards qui contraint l’armée d’en acheter d’autres pas toujours bien valides auprès d’un propriétaire du coin – Austin McCool (David Brian) – qui se trouve être l’un des organisateurs des pillages, mais nous ne le savons pas encore (2).

Et comme si cela ne suffisait pas : après un convoi d’où il est rentré bredouille et refusant de sacrifier ses hommes, Kearny est accusé de lâcheté par un subalterne, le capitaine Tennick (Philip Carey).

Jugé puis condamné, Kearny est renvoyé de l’armée.

Et c’est là que commence la mission du titre français.

 

Si je m’insurge régulièrement contre les traductions fantaisistes voire absurdes (3), j’ai encore moins de sympathie pour celles qui anticipent sur l’intrigue. Certes, pour les spectateurs français et francophones, le fusil de Springfield ne leur est pas familier, mais annoncer avant même le film que Kearny est en mission, c’est tout de même révéler un élément qui ne sera effectif que vers la moitié du film et pas avant. De plus, notre héros est appelé par son nom pendant presque tout le film : sauf les séquences avec sa femme Erin (Phyllis Thaxter). Cette dernière a même un autre nom dans la version doublée : Elise.

 

Donc Lex Kearny est en mission, chassé faussement de l’armée dans une séquence au début du film qui le voit dégradé, marqué et chassé manu militari (c’est le cas de le dire), au grand désespoir de ses admirateurs dans la salle de cinéma : « Gary Cooper est un traître ? Quelle horreur ! ».

Et sa mission est alors de démasquer le véritable traître qui renseigne les Confédérés (c’est la Guerre de Sécession).

 

Mais c’est un Western et c’est ça qui est le plus important ici. On retrouve la dichotomie manichéenne, où les gentils sont les soldats de l’Union et les méchants les Sudistes ainsi que leurs alliés. On retrouve d’ailleurs parmi les pillards d’anciens soldats de la Confédération en rupture de ban ou carrément déserteurs, ainsi que quelques Nordistes déserteurs eux aussi. Mais si les Sudistes discutent avec Kearny, il n’en va pas de même des ex-Nordistes qui ne font que de la figuration : ils sont donc doublement du côté obscure, le réalisateur ne s’en préoccupant pas.

 

Et heureusement pour les fans, Kearny – et donc Gary Cooper – n’’est pas le traître ni le lâche qu’on veut nous faire croire.

Par contre, il se montre toujours aussi magnifique que d’habitude et saura identifier le coupable et le ramener pour laver son honneur.

Si le titre nous indique donc que Lex Kearny est un type bien, ne comptez pas sur moi tout de même pour vous dire qui est le traître ou « l’espion ».

 

Espion, parce que si le titre original met en exergue le célèbre « Springfield Rifle » (4), il n’en demeure pas moins un film sur le contre-espionnage.

En effet, la première séquence nous montre un officier d’état-major refusant l’infiltration d’agents dans les lignes ennemis, considérant cette pratique inutile voire ridicule, sans parler du manquement à l’honneur et autres fariboles de militaires…

Toujours est-il que ce même haut gradé reconnaîtra son erreur (5) et louera le courage, la bravoure (etc.) de Kearny et tout est bien qui finit bien.

 

 

PS : cette chronique n’est absolument pas objective, vous vous en êtes aperçus. Il faut dire que du plus loin que je me souvienne, il doit s’agir du premier western que j’ai vu : j’avais 6 ans. C’est resté depuis l’un de mes favoris.

Ca fait bien (trop ?) longtemps !

 

PPS : l’album Outlaw (1973) de Louis Salvérius (1933-1972) et Raoul Cauvin reprend cette idée d’infiltration dans les lignes ennemies. Ce fut en outre le dernier album du dessinateur, qui décéda d’un infarctus, laissant huit planches à dessiner pour Willy Lambil, qui a continué la série depuis.

 

PPPS : à noter, la présence de Guinn « Big Boy » Williams, ancien méchant du cinéma muet, dans un rôle de sergent, bourru certes (ils le sont toujours), mais attachant.

 

  1. Littéralement le « fusil de Springfield ».
  2. On s’en doute bien, mais il faut attendre confirmation.
  3. Cf. Along came Jones devient Le grand Bill (je vous y renvoie) avec le même Gary Cooper.
  4. Son atout consistait à un chargement des munitions par la culasse et non par la bouche, faisant gagner un temps précieux aux soldats.
  5. C’est une attitude bien rare dans ce milieu…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #Prison
Je n'ai pas tué Lincoln (The Prisoner of Shark Island - John Ford, 1936)

9 avril 1865 : fin de la Guerre Civile aux Etats-Unis.

14 avril 1865 : Abraham Lincoln (Frank McGlynn Sr.) est assassiné par John Wilkes Booth (Francis McDonald).

En s’enfuyant, Booth se casse la jambe. Dans sa cavale, il est soigné par le docteur Samuel A. Mudd (Warner Baxter) qui ne l’a pas reconnu.

Mais cette assistance va vite le desservir : il est condamné à la perpétuité pour conspiration et complicité dans l’assassinat du président.

Il se retrouve alors sur une île de Floride qui sert de pénitencier dont le nom indique clairement sa caractéristique première : Shark Island (L’Ile aux requins).

 

Commençons par préciser quelques éléments : non Shark Island, en tant que telle n’existe pas, et le docteur n’avait pas un enfant, il en avait quatre, etc.

Non, ce qui nous intéresse, c’est justement l’existence de ce docteur, condamné – semble-t-il – à tort d’avoir participé à l’assassinat d’un président très cher aux Américains.

Et Lincoln, s’il n’apparaît pas longtemps (et pour cause), c’est un homme bon et consensuel, qui demande même à la fanfare de jouer Dixie, l’hymne des Confédérés : passée la surprise, les « vainqueurs » accueillent avec enthousiasme cet hymne interdit pendant ces quatre dernières années.

Puis, c’est le jour terrible qui vit la fin de ce grand président : John Ford a fait recréer le théâtre (1) où eut lieu l’événement, comme Griffith une vingtaine d’années auparavant.

Et la mort de Lincoln est en plus très symbolique : si Booth le tue comme l’avait déjà fait Raoul Walsh sur Joseph Henabery, c’est ensuite qu’il y a toute l’admiration de Ford pour cet être qui devient légendaire : un véritable voile est tiré devant lui dans une posture qui n’a rien d’un assassiné, mais plutôt un vieil homme – un patriarche ou un vieux père, celui de la Nation – qui s’est éteint doucement devant nous, et dont l’image se brouille alors que le quadrillage du voile s’impose.

Bref, c’est une très belle conclusion pour cette séquence de reconstitution : l’hommage d’un géant du cinéma pour un géant tout court pour lequel Ford avait une très grande admiration (2).

 

Bien sûr, c’est la dernière demi-heure qui retient toute notre attention : la période d’enfermement. A ce moment, le film bascule dans le thème carcéral où point le sadisme d’un gardien anéanti par l’assassinat de Lincoln. En effet, le sergent Rankin (John Carradine) va en faire baver à Mudd, mais seulement à lui pour ce qu’il a été condamné : sa violence ne s’exerce que contre Mudd, il n’y a pas l’aspect tortionnaire qu’on pourra trouver dans les films pénitentiaires ultérieurs.

De plus, il n’est pas question de l’incarcération en tant que telle, mais plus du rôle – véritable – qu’a joué Mudd dans l’épidémie de fièvre jaune qui a décimé la prison et qui lui permit d’être libéré pour conduite héroïque.

 

Et Ford, même si le film n’a pas le ton un tantinet humoristique qu’on trouve dans ces autres films, arrive tout de même à recréer un microcosme dans cette prison : on y retrouve avec plaisir quelques habitués du cinéaste (Harry Carey, Jack Pennick ou encore son frère Francis) et un petit nouveau qui reviendra souvent travailler avec le maître, John Carradine.

Et la femme forte, qu’on retrouve d’habitude ? Elle est là, c’est Peggy Mudd (Gloria Stuart) la femme du docteur : une femme énergique et amoureuse, capable de tout pour faire évader son mari. (3)

 

Le film de Ford me semble un peu à part dans sa filmographie. En effet, si on retrouve des têtes connues, on se trouve en présence d’un premier rôle – Warner « Cisco Kid » Baxter – qui ne s’imposera pas dans l’univers du réalisateur. Il faudra attendre encore un peu pour voir arriver Henry Fonda, et bien sûr John Wayne (qui avait déjà fait de la figuration chez Ford auparavant).

Le ton du film, de par sa gravité et l’aspect historique voire hagiographique (en ce qui concerne Lincoln), ne lui permet pas non plus les incursions humoristiques habituelles.

 

Un dernier mot enfin sur deux acteurs fordiens en diable : Francis, son frère qui interprète un militaire qui nous apparaît comme loin d’être sobre, mais qui a tout de même quelques répliques, ce qui n’arrivait pas toujours ; et le sempiternel et fidèle Jack Pennick dans le rôle du caporal chargé du sémaphore, et qui n’apparaît même pas dans la distribution – pourtant bien complète habituellement – du film par le site IMdB.

 

Un film de transition certes, mais tout de même de très belle facture.

 

 

  1. Le théâtre Ford, ça ne s’invente pas…
  2. Il reprendra ce personnage dans Young Mr. Lincoln avec Henry Fonda trois ans plus tard.
  3. C’est elle qui interprète le rôle de Rose âgée dans le Titanic de James Cameron : elle n’avait que 87 ans quand le film est sorti. Elle mourut treize ans plus tard, quelques semaines après sont centenaire.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Jon Favreau, #Western, #Science-Fiction
Cowboys and Aliens (Jon Favreau, 2011)

J’avoue qu’à sa sortie, le titre m’a intrigué. Encore une déclinaison d’Alien, après Aliens vs Predator en 2004.

Mais en fait non.

C’est un western, mais avec des aliens.

Et c’est là qu’est tout le sel du concept, et donc du film : pourquoi les Aliens auraient-ils décidé de venir nous visiter dans un futur plus ou moins proche, voire seulement pendant l’expansion du communisme ?

C’est donc un western et on retrouve quelques thèmes connus ainsi que des paysages grandioses à perte de vue, mais dans le même temps, c’est aussi un film de science-fiction, où on a une histoire de vaisseau spatial et d’envahisseurs aux visées on ne peut plus matérielles : trouver de l’or.

Bref, une rencontre au sommet entre deux genres spectaculaires, surtout dans le cinéma américain : l’Ouest et son essor d’un côté – le passé – et cette technologie très avancée – le futur. De plus, le choix de Daniel Craig et Harrison Ford assure à lui seul le succès du film.

 

Jake se réveille brusquement au milieu de nulle part, un étrange bracelet au bras gauche. Il a perdu la mémoire, mais se rend rapidement compte qu’il est rompu au combat.

Il arrive alors à Absalom (Nouveau-Mexique) où il est rapidement identifié : il s’appelle Jake Lonergan et est recherché pour différents méfaits dont l’attaque d’un fourgon transportant de l’or (on y revient).

Mais sur le point de partir se faire juger, il est pris dans une attaque par des OVNI (ce terme n’est absolument pas usurpé dans cette situation) et rapidement la donne change : qu’importe la justice, il va falloir s’occuper de ces importuns.

 

Jon Favreau, qui sort des deux premiers Iron Man, est un habitué des films à (grand) spectacle. Dans ce curieux film, il s’en donne à cœur joie, mêlant d’une certaine façon l’un des genres fondateurs du cinéma (le Western) et l’avenir, avec – et c’est là qu’est le talent – une magnifique utilisation des codes des deux genres cinématographiques : c’est une série de clins d’œil (hommages ?) au western ainsi qu’aux films de SF.

On retrouve un peu de Rio Bravo (et les deux autres films de la trilogie hawksienne) dans cette histoire de shérif (Keith Carradine) qui a l’intention d’amener le fils du plus riche éleveur du pays, malgré la mainmise de ce dernier sur la ville ; ou encore la séquence finale qui voit le héros repartir pendant que la ville s’agrandit comme chez Sergio Leone (Il était une Fois dans l’Ouest) et bien d’autres moments encore.

Et du côté SF, les Aliens de l’intrigue nous rappellent bien sûr celui de Ridley Scott, et la première véritable apparition des soucoupes volantes (qui n’ont bien sûr pas la forme de soucoupes) n’est pas sans rappeler l’arrivée du vaisseau amiral dans Rencontres du troisième Type.

 

Au final cela nous donne un film astucieux et très plaisant où deux grandes idées surnagent :

  • c’est de la différence que naît la richesse : les différents participants à la chasse aux étrangers, outre des cowboys un tantinet aguerris, on trouve un pasteur qui sait se servir d’un fusil (Clancy Brown), un docteur (Sam Rockwell), un jeune garçon (Noah Ringer), un chien, et bien sûr, une jolie femme aux yeux magnifiques (Olivia Wilde) mais aux origines plutôt obscures.
  • L’union fait la force : alors que traditionnellement (jusqu’aux années 1960s, donc) les Indiens et les cowboys sont ennemis farouches, et ici, une alliance se fait entre ces deux peuples, et ce malgré les idées originellement réactionnaires de Woodrow Dolarhye (Harrison Ford) ; de plus la bande de pillards dirigée par Jake s’invite à la curée, amenant une autre alliance, bienvenue dans ce combat pour la survie de l’espèce (rien que ça !).

 

Bref, c’est un film absolument réjouissant où la description de cet Ouest mythique est à la hauteur des espérances : la séquence dans le saloon est un passage obligé très bien rendu où on y trouve des musiciens qui s’effacent – avec les autres occupants du lieu – quand les choses se gâtent, amenant le point de suspension pendant lequel le temps s’arrête, juste assez pour annoncer une scène cruciale avec coups de poings et/ou coups de feu.

Sans oublier le courage de tous les protagonistes « Terriens » qui ne fuient pas en hurlant comme on peut le trouver habituellement lors d’une invasion extraterrestre.

C’est normal, nous sommes dans l’Ouest sauvage !

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Arthur Penn, #Western
Little big Man (Arthur Penn, 1970)

Enfin.

Enfin un film qui remet les pendules à l’heure.

En effet, depuis le magnifique They died with their Boots on de Raoul Walsh, aucun film n’avait traité aussi bien Little big Horn. Ni avec autant de panache.

En effet, le film de Walsh nous présentait un Custer romantique en diable, interprété par l’immense Errol Flynn et aimé d’une Elizabeth (Olivia de Havilland, même mariée à Custer, elle est magnifique…) admirative.

Mais ça, c’était avant. Du temps où un bon Indien était avant tout un Indien mort.

Pourtant ce précepte fut – heureusement – écorné dès les années 1950 avec, par exemple, La Prisonnière du désert et d’autres films qui suivirent.

Mais ici, Arthur Penn va encore plus loin : Custer est très loin de l’image véhiculée auparavant : il n’est rien qu’un chef bouffi d’orgueil et surtout un véritable abruti, au grand dam de ses subordonnés.

Ca fait du bien des fois...

 

Mais si Custer (Richard Mulligan) est malmené, le véritable héros du film est avant tout le peuple cheyenne. Si Jack Crabb (Dustin Hoffman) est le narrateur, il est avant tout le porte-parole d’un peuple fier (et farouche, cela va sans dire) dont les membres se désignent eux-mêmes (à juste titre) des « êtres humains ». Il faut dire que les Blancs qu’on y croise peuvent difficilement se targuer d’un tel titre.

Et pourtant, Jack est avant tout un homme blanc. Mais surtout, c’est un témoin (improbable) des guerres indiennes.

La première fois que nous voyons Jack, c’est un très vieil homme (1) qui approcherait les 120 ans si on en croit la narration.

Très jeune il est recueilli par la tribu d’Old Lodge Skin (Chief Dan George) et est élevé parmi ce qui devient sa nouvelle famille.

Mais étant avant tout un homme blanc, Jack va aller de famille en famille, et surtout alterner entre les Cheyennes et les Blancs au hasard des opportunités.

Avec, en point d’orgue la fameuse bataille de Little big Horn.

 

Quelle que soit la période dont nous parle Jack, ce sont toujours les mêmes personnages que nous rencontrons : la tribu d’Old Lodge Skin d’un côté ; et de l’autre Wild Bill Hickok (Jeff Corey), Custer ou encore Merriweather (Martin Balsam), sans oublier Mrs Pendrake (Faye Dunaway).

C’est un rôle magnifique pour Dustin Hoffman. Non seulement il a la taille requise, mais en plus, il passe d’un archétype à un autre avec brio, le tout rythmé par sa voix altérée de narrateur. Cette narration, d’ailleurs, possède un recul étonnant qui confine parfois à l’ironie. Jack passe d’un statut à l’autre en fonction des circonstances, mais avant tout pour sauver sa peau !

 

Si les Indiens sont les véritables gentils du film, il ne s’agit pas d’un film didactique comme peut l’être le superbe A Man called Horse qui est sorti quelques mois plus tôt. Mais le point commun entre ces deux films est un respect du peuple indien, et surtout une volonté d’éveiller les spectateurs au sort de ceux qui sont avant tout les véritables Américains : alors quand on entend un président qui veut chasser tous les « étrangers (2) » de son pays, on ne peut que lui conseiller de revoir ces deux films (et les autres).

 

Alors certes, on peut légitimement qualifier l’intrigue d’improbable, voire invraisemblable, mais il en demeure tout de même que le thème abordé l’est fait avec beaucoup de talent. Pendant 70 ans, on a montré les Indiens comme des brutes sanguinaire – sans oublier barbares – que l’on peut aisément duper. Il n’en demeure pas moins que la tribu qu’on nous montre est un magnifique exemple d’humanité (voir plus haut).

Cette tribu qui accueille Jack le fait sans hésiter ni préjugé. Et si Jack se brouille (à la vie, à la mort) avec Younger Bear (Cal Bellini) – autre brave – c’est avant tout par méconnaissance des us et coutumes cheyennes. Pour le reste, il s’adapte facilement à cette vie nomade dont les propriétés ne sont pas toujours désagréables (3).

 

Mais plus qu’un plaidoyer pour les Indiens ? Arthur Penn nous livre ici un western magnifique où le pittoresque se mêle à l’historique pour notre plus grand bonheur.

Jack, s’il est le personnage central, n’est pas ce qu’on pourrait appeler un héros dans le sens positif du terme. Pour avoir traversé cette période – et les autres, le récit a lieu en 1969 ou 1970, d’où une vie marquée par de grands événements historiques mondiaux – Jack a une chance extraordinaire.

Mais cela ne l’a pas empêché de côtoyer les grands noms de l’Ouest américain (Wild Bill Hickok, Custer, mais aussi Buffalo Bill), ainsi que vivre différentes vies plus ou moins honorables : jeune candide auprès de Mrs. Pendrake ; pistolero (avant sa rencontre avec Hickok) ; partenaire d’un charlatan qui vend un élixir miracle ; sans oublier poivrot avec tous les désagréments inhérents dont un temps atmosphérique franchement désavantageux…

 

Bref, nous sommes ici en présence de ce qu’on pourrait appeler un sommet (« a peak » comme ils disent) du western.

Indispensable.

 

 

  1. Dick Smith, le maquilleur, est un véritable magicien.
  2. « Aliens » en VO. Rien à voir avec Ridley Scott.
  3. cf. l’épisode avec les sœurs de Sunshine (Aimee Eccles).

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Elliot Silverstein
Un Homme nommé Cheval (A Man called Horse - Elliot Silverstein, 1970)

Que de chemin parcouru par le cinéma américain !

Finis, les méchants Indiens sauvages qui attaquent les gentils blancs civilisés ! Voici le temps des films à la gloire de ceux qui plus que tous les autres sont les véritables Américains.

1970 verra en outre un deuxième film à la gloire de ces mêmes Indiens en décembre avec le magnifique Little big Man.

Mais alors qu’on note une pointe d’ironie dans le film d’Arthur Penn, il n’y en a aucun ici, le film étant avant tout un témoignage brut de coutumes indiennes dont le Vœu au Soleil (Vow to the Sun) : l’initiation du guerrier sioux.

Dès le début, un intertitre nous précise que ce rite a été interdit à partir de 1800 par le gouvernement des Etats-Unis. On peut d’ailleurs se poser la question de l’effet de cette interdiction sur la population indienne.

 

Toujours est-il qu’ici Elliot Siverstein, en adaptant le roman de Dorothy M. Johnson, nous propose un film totalement en décalage par rapport aux codes habituels du western. Certes, ce genre semble arrivé à son crépuscule (1) et les codes mis en place par les grands maîtres du genre ont été bousculés, mais enfin un film ne traite que des Indiens, ce qui est une découverte en 1970.

 

Certes, les mentalités avaient évolué même chez Ford qui nous gratifia de quelques chefs-d’œuvre, mais à chaque fois, la présence de l’homme blanc est inévitable et dirige d’une certaine façon le film.

Ici, les seuls visages pâles qu’on trouve sont John Morgan (Richard Harris) et sa suite : Joe Maddock (Dub Taylor) un trappeur partiellement édenté et ses deux acolytes alcooliques (James Gammon & William Jordan).

 

Mais dès les premières minutes, la différence se fait : par la force, mais surtout par la technique.

En effet, alors que les trappeurs sont frustes et bruyants (boire ne favorise pas beaucoup la discrétion), les Indiens sont d’une discrétion impressionnante : le seul bruit qu’on perçoit à peine est celui des flèches pénétrant les corps. Nous assistons alors à une sorte de ballet silencieux pendant lequel les Sioux se débarrassent des visages pâles et se servent dans le matériel restant, emmenant Morgan, traîné par une laisse passée à son cou.

Ce qui vient ensuite, c’est la progression de John dans ce campement.

 

Mais cette progression est avant tout spirituelle : alors qu’il se considère comme le summum de l’évolution (2), il va découvrir puis adopter les coutumes de ceux qui l’ont capturé, jusqu’au rite indispensable pour devenir l’un d’eux : le Vœu au Soleil.

Ce moment est très intense, c’est celui que le spectateur attend depuis le premier plan : un homme face au soleil levant égrenant une mélopée.

Ce rite est on ne peut plus spectaculaire – bien entendu très cruel et on comprend aisément son interdiction - John se retrouvant soulevé de terre par des serres accrochées à sa poitrine, puis tournoyant dans l’air, pendant que les braves de la tribu apprécie cet exploit.

Mais si les Indiens ne sont plus ces sauvages assoiffés de sang, ils n’en demeurent pas moins des hommes et la guerre leur est coutumière : on a alors un combat violent entre la Sioux et les Shoshones, amenant ruine et désolation pour tous, et après le deuil fait, une nouvelle ère pour la tribu.

 

Il y a dans ce film un véritable objectif documentaire et si la plupart des rôles principaux sont interprétés par des blancs, aucun n’a les yeux bleus, sauf Batise (Jean Gascon), pour une raison pertinente, ce qui change de certains films précédents. Jean Gascon est prodigieux dans ce rôle d’interprète malgré lui, tout en étant le fou de la tribu, rôle important s’il en est.

Comme dans d’autres films avant celui-ci, de véritables Indiens on participé au film, donnant une véritable portée réaliste au film. Mais en plus, alors qu’on aurait pu aisément faire parler les Indiens dans un langage pidgin – comme disent les Britanniques – seuls Morgan et son interprète Batise parlent l’Anglais, tous les autres s’exprimant exclusivement dans le dialecte sioux.

Autre interprète remarquable : Dame Judith Anderson. Celle qui fut la terrible Mrs Danvers dans Rebecca est ici la mère du chef Yellow Hand (Manu Tupou), qui reçoit de son fils John Morgan, qui sera un cheval pour elle (3) comme il le fut pour ce même chef et ses hommes qui l’ont capturé, transportant sur son dos le tissu de leur butin.

 

Dernière chose enfin, un tel film ne pouvait avoir lieu dans les décennies précédentes : il y a un rapport explicite à la nudité qui était impitoyablement combattue par le Code Hays et ses bigots. Non seulement on peut voir des corps nus, mais à chaque fois avec une véritable pudeur, ces corps – celui de John Morgan et de sa compagne Running Deer (la très belle Corinna Tsopei) – sont montrés sans aucun effet de voyeurisme, plus dans le même souci documentaire que le reste du film.

 

Un film, quoi qu’on en dise, inoubliable.

 

 

  1. C’est un crépuscule qui n’en finit pas si on regarde la production cinématographique : le Western n’est toujours pas mort ! (Et c’est tant mieux !)
  2. C’est un Anglais que diable !
  3. D’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Donald Siegel, #Clint Eastwood, #Western
Un Shérif à New York (Coogan's Bluff - Donald Siegel, 1968)

Ca commence en Arizona, dans le désert, où un homme de type indien – Running Bear (Rudy Diaz) – attend.

Il est en embuscade et a projeté de tuer l’homme qui est à sa recherche : le shérif Coogan (Clint Eastwood).

Ce dernier arrive, non pas à cheval mais dans une jeep, drainant à sa suite un panache de poussière.

La confrontation est inévitable et tourne en faveur du policier.

Puis on entre dans le vif du sujet : Coogan est chargé d’escorter Jim Ringerman (Don Stroud) de New York à l’Arizona pour une affaire le concernant.

 

Don Siegel, Clint Eastwood, Lalo Schifrin, et même Albert Popwell : Coogan’s Bluff ressemble à une répétition générale pour Dirty Harry qui sortira trois ans plus tard.

Mais il ne faut pas s’y tromper, ici c’est plus un western auquel nous assistons plus qu’un film policier. Certes, c’est une intrigue policière qui nous est proposée, mais elle est sur beaucoup de points plus proche du western.

 

La séquence d’introduction tout d’abord, dans le majestueux désert de l’Arizona (1). Cet homme, vraisemblablement un Indien (2), se tient à l’affut, attendant un autre – le shérif – qui va arriver sur son cheval, comme dans tout bon western.

Mais c’est au moment où Coogan paraît que nous réalisons que nous sommes bel et bien dans les années 1960 : il est motorisé !

Il y a l’allure de Coogan ensuite, affublé d’un chapeau caractéristique et une étoile de shérif accrochée à la poitrine. De plus nous apprenons qu’il a mis trois jours pour arrêter son homme : on pense alors à la traque d’Ethan Edwards dans La Prisonnière du désert ; traque qui ne s’achèvera qu’une fois le but atteint. Ici c’est la même chose, la durée étant moindre. Cela n’empêche pas la jeune femme que retrouve Coogan de l’obliger à prendre un bain…

Bref, Coogan est un véritable cowboy de l’Arizona, aux manières pas toujours bien orthodoxe. Surtout quand il débarque à New York !

Là-bas, chacun le prend pour un Texan, l’imagerie populaire (et les films avec John Wayne ?) peuplant le Texas presque exclusivement de cowboys.

Et en prime, on a droit à une belle bagarre dans une salle billard qui tient lieu de saloon.

La musique enfin, qui a plus des sonorités rappelant plus l’Ouest sauvage que le psychédélisme où baignait la jeunesse américaine à cette époque, puisque le film est tourné à l’automne 1967 (voir plus bas).

 

Bien entendu, le succès du film tient à la différence entre Coogan et cette mégalopole qu’est New York. Pourtant, le titre original n’y fait pas référence : Coogan’s Bluff (le Bluff de Coogan).

Ce titre est la raison d’être du film. En effet, McElroy (Lee J. Cobb) le policier new-yorkais qui accueil notre cowboy dans son commissariat lui donne toutes les recommandations pour récupérer son prisonnier.

Mais Coogan s’assoit sur le règlement comme le fera son cousin Harry Callaghan (3) quelques années plus tard.

En la jouant au bluff, Coogan entraîne l’évasion de son prisonnier et la poursuite dans New York. On a au passage une belle poursuite à moto (les chevaux, c’était 100 ans plus tôt !) dans le Fort Tryon Park dont on peut en outre admirer le Musée du Cloître (The Cloisters). Les immenses descentes que Callaghan dévalera à San Francisco sont ici les escaliers du parc.

 

De plus, le film s’inscrit pleinement dans son époque, avec tout de même un bémol : entre le tournage et la sortie s’est écoulée à peu près une année. Et pas n’importe laquelle : 1968 qui a tout de même beaucoup fait évoluer les mentalités, surtout dans la jeunesse.

Siegel décrit cette jeunesse pendant le temps d’une séquence (4), dans ce qui ressemble au croisement d’une discothèque et d’un ancien théâtre. La salle bondée de jeunes gens qui dansent est remplie de tout ce qui faisait l’esprit psychédélique de l’époque : musique et images un tantinet agressives, avec beaucoup de filles dénudées, pendant que les danseurs ressentaient les effets de la drogue (LSD, joints…).

Il y a dans cette séquence une vision très paradoxale de cette jeunesse : les images et la musique sont donc agressives mais on trouve pourtant à chaque coin de mur ou sur certains corps le mot Love.

Je serais tenté de rapprocher cette séquence avec celle qui conclut Ne nous fâchons pas, où des danseurs évoluent aux sons de la musique de Graeme Allwright (92 ans le 7 novembre prochain !). Ici aussi, on sent une légère ironie dans l’étalage de ces corps dégingandés évoluant aux rythmes d’une chanson portant le même nom que le lieu où se déroule l’action : Pigeon-Toed & Orange Peel (5). Encore une fois : Lalo Schiffrin est vraiment un grand compositeur !

Mais entretemps 1968 est passé et la séquence perd de sa force, le propos qui semblait amusant un an plus tôt ne l’est plus tellement.

 

Mais qu’importe, et malgré ses manières un tantinet campagnardes, Coogan évolue tout le long du film, et celui qui repart vers l’Arizona est un tout petit peu différent de celui qui était arrivé plus tôt.

Tout ça entre deux cigarettes : une au début et l’autre à la fin.

Et bien entendu, à cette époque, on ne disait pas que « Fumer tue », même si c’était déjà beaucoup le cas, hélas.

 

 

  1. Hum. C’est le Mojave Desert, situé… en Californie !
  2. Certains détails accréditent cette hypothèse : la tenue de l’homme qui a troqué ses vêtements « blanc » pour une tenue plus traditionnelle ; la peinture qu’il a appliqué sur son corps ; et surtout la botte estampillée « Navajo Reservation ».
  3. Le lien de parenté est plus qu’évident, même si les deux personnages ont de personnalités plutôt différentes. Leur véritable point commun : l’efficacité.
  4. Qui se terminera avec Albert Popwell.
  5. Tout un programme.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #John Ford
Trois sublimes Canailles (Three bad Men - John Ford, 1926)

« Bull » Stanley (Tom Santschi), Mike Costigan (J. Farrell MacDonald) et « Spade » Allen (Frank Campeau), tels sont leurs noms. Recherchés un peu partout aux Etats-Unis, ils se retrouvent malgré eux obligés de sauver une jeune femme attaquée par des brigands à la solde de l’infâme shérif Layne Hunter (Lou Tellegen).

Forcés de faire le bien, ils restent avec la belle Lee Carleston (Olive Borden) à présent orpheline.
Se joint à eux Dan O’Malley (George O’Brien), un jeune cowboy tenté par l’aventure et surtout l’ouverture à la colonisation du Dakota en 1877.

 

Deux ans après The iron Horse, John revient au western, reconstituant dans le même temps la ruée sur le Dakota qui eut lieu au milieu des années 1870s. On y retrouve en plus des thèmes qui lui sont chers, la progression de cette Civilisation américaine qui continue d’avancer toujours plus loin dans l’Ouest sauvage. Cette évolution de la société chez Ford s’achèvera 35 ans plus tard avec L’Homme qui tua Liberty Valance.

 

Le microcosme

Cette ruée s’accompagne d’une attente forcée qui voit émerger une ville champignon (1). Cette ville, comme dans The iron Horse comporte ses lieux et ses personnages indispensables : saloon où l’alcool coule à flot ; shérif pour faire régner la Loi et l’ordre, mais ici, c’est surtout à son propre avantage que la Loi est défendue ; prostituées et presse dont le directeur de la publication est à moitié écossais, ce qui signifie qu’il boit beaucoup plus qu’il n’écrit…

Mis à part le shérif et ses affreux acolytes, tous ces personnages sont hauts en couleurs et source de comique.

Jusqu’à l’arrivée du pasteur (Alec B. Francis), amenant le dernier élément indispensable d’une communauté américaine chez Ford : Dieu.

 

La famille

Comme toujours, l’intrigue a une dimension familiale, qu’elle soit principale ou secondaire, l’accent est mis sur cette base de la société américaine (et mondiale, on peut le dire). Lee se retrouve orpheline ; « Bull » recherche sa sœur Millie (Priscilla Bonner) et le salaud qui l’a déshonorée ; sans oublier l’espoir de toutes ces familles qui sont venues chercher un monde meilleur et vont se créer elles-mêmes leur propre paradis.

Par extension, on peut parler de la famille des acteurs dans les films de Ford : on retrouve, encore une fois George O’Brien et surtout l’incontournable J. Farrell MacDonald qui jouera jusque tard avec le maître. Sans oublier George Schneiderman qui a filmé et filmera encore pour le réalisateur.

 

La musique

Indispensable même si le film est muet. Dan O’Malley joue de l’harmonica et un malheureux « avorton » bien mis se tire des pattes de Mike et Spade en faisant danser une jeune femme.

 

Les femmes

Comme toujours, elles sont indispensables çà l’intrigue. Si on excepte les prostituées qui sont plus là pour décorer, on distingue trois femmes :

  • Lily (Phillys Haver) : a priori une prostituée qui remarque Dan dès son arrivée à Custer mais est éconduite deux fois. Son rôle, quoi que secondaire amène une variation dans les rapports entre Dan et Lee.
  • Millie : c’est la jeune femme abusée par un infâme – en l’occurrence Layne – et qui trouvera sa rédemption en sauvant les ouailles du pasteur, attaquées pendant une réunion.
  • Lee enfin, la jeune femme vierge et sure d’elle. Elle a le caractère bien trempé des héroïnes fordiennes. Orpheline, elle saura tirer le meilleur de ses trois sublimes canailles, et trouvera l’amour en la personne de Dan. Avec, comme annoncé cidessus, des hauts et des bas. C'est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut et qui amène nos trois compères à s’amender.

Parce que nos trois fripouilles se retrouvent coincées par leur attachement à Lee. Ils doivent la protéger, et surtout faire le Bien, ce qui n’est pas chose gagnée quand on les voit évoluer : si Bull est un leader de par son intelligence mais surtout sa forte carrure, les deux autres sont de drôles de cocos, voleurs malgré eux si on les écoutait, mais surtout deux sacs-à-gnole incorrigibles.

Ils arrivent dans le soleil, vers lequel on a plutôt l’habitude de voir les héros s'en retourner, ils n’ont d’égal à leurs mines patibulaires qu’un cœur d’or caché sous des dehors frustes et des atours bien sales.

 

Ces trois mauvais hommes, malgré tout, savent gagner l’amitié de tous : de Lee et Dan, et surtout du public. On ne peut qu’aimer de telles canailles, au verbe haut et aux paroles un peu idiotes (surtout Spade et Mike), mais qui savent honorer leur devoir quand la situation l’exige. Alor ils gagneront leur Rédemption (2), unis pour toujours dans la mémoire de ceux qu’ils auront su protéger jusqu’au bout.

 

P.S. : on retrouvera un trio similaire une vingtaine d’années plus tard dans Le Fils du désert, dont le titre original est plus parlant : Three Godfathers. Trois parrains, comme nos trois canailles au cœur d’or qui nommeront (3) le premier-né de Lee et Dan.

 

  1. Custer, en hommage au tueur d’Indiens qui succomba à Little big Horn quelques mois plus tôt (1876).
  2. Indispensable, vous savez bien…
  3. C’était le rôle du parrain en ce temps-là…

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