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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

western

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Henry Hathaway, #John Wayne
Le grand Sam (North to Alaska - Henry Hathaway, 1960)

 

Nome, Alaska (au nord, donc), 1900.

Sam McCord (John Wayne) et son partenaire George Pratt (Stewart Granger) ont découvert un filon : les voilà riches à millions.

Il ne reste plus alors à Sam qu’à aller chercher Jenny (Lilyan Chauvin), la fiancée de George qu’il a quittée voilà maintenant trois ans.

Sauf que depuis, Jenny s’est mariée.

Pour le consoler, Sam ramène Michelle « Angel » Bonnet (Capucine), une fille qu’il a rencontrée dans un saloon…

Bien sûr, avec la femme vont arriver les ennuis…

Que ce soit bien clair : ce n’est pas la belle Angel qui amène les ennuis. C’est plutôt une vieille connaissance de cette dernière – Frankie Canon (Ernie Kovacs) – qui est fraîchement arrivé à Nome, et qui se trouve être un galant escroc (comme on dit).

 

Alors que le western vit ses dernières heures de gloire (1) – avant de renaître (refrain connu) – Henry Hathaway nous en propose ici un bien singulier.

Tout d’abord, nous ne sommes pas dans l’Ouest sauvage traditionnel mais au pied des massifs d’Alaska, chez les prospecteurs de la ruée de 1898 (2). Et surtout, on est dans une intrigue qui ne se règle pas à coup de pistolets, avec une bonne dose d’humour.

Et de l’humour avec le Duke, ça se savoure !

 

Certes nous sommes dans une intrigue on ne peut plus classique avec méchant à fines moustaches, mais tout de même, nous rions de bon cœur.

Il faut dire que John Wayne incarne encore une fois un cow-boy misogyne, mais cette misogynie n’a d’égale que sa bonne éducation. Ses rapports avec Angel sont d’une drôlerie rare dans un film avec John Wayne : même son duo avec Angie Dickinson (Rio Bravo) n’atteint pas ce niveau de comique. La présence de Stewart Granger y est aussi pour beaucoup, cette association donnant d’autres éléments comiques dont des inévitables bagarres – trois – avec ou sans destruction.

 

La première séquence qui voit McCord et Pratt arroser leur (bonne) fortune donne le ton : c’est un festival de torgnoles avec destruction indispensable, avec en prime un limonaire qui réagit – lui aussi – aux coups.

La dernière est un festival qui n’est pas sans rappeler l’ère muette : ça s’étale dans la boue, ça voltige, ça atterrit la tête la première dans un tonneau… C’est absolument délirant, avec en prime un dormeur qui n’arrive pas à dormir et qui prie tous ces gens de faire moins de bruit, le tout sans une seule parole !

Mais surtout, le comique se mélange très bien avec une intrigue pas si drôle que ça : Angel est une fille de saloon, avec ce que cela implique de scabreux, surtout quand on sait qu’elle fut un temps acoquinée avec l’infâme Canon. Le traitement que lui réserve McCord est d’autant plus chevaleresque quand on connaît son passé.

 

Bref, nous sommes dans un western atypique, bien loin de celui qui est sorti deux mois plus tôt (1).

A (re)découvrir de toute urgence !

 

  1. La même année sort Les 7 Mercenaires
  2. Cela nous ramène à la trouée du Klondike après laquelle un prospecteur solitaire a trouvé l’or et l’amour : La Ruée vers l’or.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Ed Harris, #Viggo Mortensen
Appaloosa (Ed Harris, 2008)

Appaloosa (N.M.), 1882.

Randall Bragg (Jeremy Irons) est un homme riche qui a imposé sa loi sur la petite ville. Quand le Marshall Jack Bell (Robert Jaurequi) vient arrêter un de ses hommes, il le tue ainsi que ses adjoints.

N’y tenant plus, les édiles de la ville engagent un Marshall autrement plus redoutable, Virgil Cole (Ed Harris) et son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen).

Cole est un Marshall très particulier : chacune de ses interventions fait loi, faisant de lui le véritable patron de la ville.

Alors quand il fait arrêter et condamner à mort Bragg, les choses s’enveniment.

 

Quand un acteur passe de l’autre côté de la caméra, on a souvent un film un peu différent des réalisateurs rompus à l’exercice, donnant une plus grande part aux acteurs. Ici, pas vraiment, Ed Harris réalisant un film fort honnête, un western de facture classique, le traitement de la violence restant dans la mouvance actuelle. On ne peut pas parler de western crépusculaire ici, l’intrigue reprenant d’ailleurs certains éléments hawksiens.

En effet, les références à la trilogie Rio Bravo/El Dorado/Rio Lobo sont les plus nettes.

ON assiste à l’arrestation d’un criminel et nous suivons alors les différentes étapes jusqu’à sa condamnation. Alors que Rio Bravo s’arrêtait avant l’arrivée d’un juge, ici le film continue bien après son arrivée, concluant définitivement l’affaire, de la manière habituelle : un duel où le méchant est tué.

Vous m’excuserez de vous dévoiler la fin (1), mais de ce côté, peu de surprise : nous sommes dans un western on ne peut plus classique avec le manichéisme indispensable comme on le trouve chez Ford, Hawks ou Walsh (et bien d’autres).

 

Et encore une fois, comme chez Hawks, la Femme joue un rôle déterminant dans le destin des différents protagonistes, Cole en tête de liste.

Elle s’appelle Allison French (Renée Zellweger) mais préfère qu’on l’appelle Allie, elle est belle sans être très jeune (Angie Dickinson avait 10 ans de moins dans Rio Bravo), elle possède le charme qu’on lui connaît et surtout va grandement influer sur l’intrigue. Elle possède la même assurance que son aînée mais ne semble pas avoir sa rouerie. Elle aussi tombe sous le charme du Marshall, mais pas que, ce qui amène une sous-intrigue fort intéressante, qui remet en cause le statut amoureux habituel du personnage principal.

Et avec le recul, la première question que lui pose Cole vaut n’est pas si maladroite que ça (2) : elle est elle aussi une femme moderne dans cet ouest traditionnel.

 

Du point de vue du western, outre combat manichéen, on retrouve certains ingrédients indispensables tels les décors du Nouveau Mexique : une petite ville éloignée de tout (il faut plus de deux semaines pour faire venir un juge) qui est aussi la proie des éléments. Le ciel n’est pas toujours bleu comme à la grande époque héroïque des réalisateurs cités plus haut, on a même droit à des bourrasques soulevant la poussière, remplaçant alors le brouillard matinal qui amène parfois les ennuis. La ville est entourée de collines propices à l’observation, sans oublier la présence de quelques Indiens pas si méchants que ça, même si leurs intentions premières ne sont pas très amicales. Mais comme celles de Bragg et des frères Shelton (Lance Henriksen & Adam Nelson) ne sont pas beaucoup mieux, pas besoin de s’étendre.

 

Si Cole semble le héros incontesté, ce n’est pourtant pas lui qui raconte : Hitch ouvre et referme le film, amenant cet ultime épisode avec Cole, avant de repartir, tout comme Lucky Luke, vers le soleil couchant.

Bien sûr, les méchants sont à la hauteur, et surtout Jeremy Irons qui donne le ton dès sa première apparition (voir plus haut). A ses côtés, les frères Shelton représentent une classe particulière de l’Ouest américain (légendaire, cela va de soi) : les pistoleros ou as de la gâchette. Cole et Hitch font partie de cette même engeance mais nous sommes en 1882 et Union est souveraine. La civilisation, symbolisée par le chemin de fer et la Justice qui atteignent n’importe quel endroit reculé du territoire,  avance inexorablement, amenant inéluctablement la disparition de ces adeptes de la justice exécutive.

Hitch repart donc, toujours plus vers l’Ouest jusqu’à ce qu’il soit lui-même rattrapé par cette nouvelle société américaine où il n’y aura plus besoin de avoir tirer vite et juste pour être en sécurité.

Et comme nous sommes dans un western plutôt classique, il s’en va dans le soleil couchant (3)…

 

 

PS : autre « emprunt » à Hawks (Rio Lobo), Bragg est arrêté par Cole et Hitch alors qu’il sort de la « cabane au fond du jardin ».

 

  1. Enfin une partie seulement, l’intrigue ne se réduisant pas à un duel au sort joué d’avance.
  2. Allez voir, vous comprendrez.
  3. Mais il ne chante pas qu’il est un pauvre cowboy solitaire…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Andrew V. McLaglen, #John Wayne
Les Géants de l'Ouest (The Undefeated - Andrew V. McLaglen, 1969)

 

12 avril 1865.

La Guerre Civile est terminée depuis trois jours mais certains bataillons n’ont pas déposé les armes. C’est le cas d’une formation sudiste qui se bat contre la cavalerie du colonel John Henry Thomas (John Wayne), bien qu’elle connaisse le sort du conflit.

D’une manière générale, c’est tout le Sud qui pleure la défaite. Le colonel James Langdon (Rod Hudson) en fait partie : il a décidé de rejoindre le Mexique pour continuer le conflit là-bas, et éviter les carpetbaggers qui profitent de la situation.

De son côté, John Henry part capturer des chevaux en Arizona pour les vendre à l’armée qui en a besoin.

Bien que leurs camps et leurs desseins soient très différents, ces deux grandes figures de la guerre vont se rejoindre quelques mois plus tard… Au Mexique.

 

Alors que le western italien – et surtout celui de Sergio Leone – a changé (presque) complètement la donne, Andrew McLaglen (le fils de Victor) réalise ici un western on ne peut plus classique si ce n’était une mise à jour concernant l’aspect « racial » (1) : en effet, alors qu’un Indien était autrefois considéré bon quand il était mort, ici une sous-intrigue développe une histoire d’amour improbable entre Blue Boy (Roman Gabriel) et la belle Charlotte Langdon (Melissa Newman, qui n’est pas la fille de Paul, malgré son nom).

En effet, on a du mal à croire que le colonel Langdon, officier sudiste et grand propriétaire terrien (2) un tantinet esclavagiste, accepte si facilement que sa fille unique tombe amoureuse d’un Indien, aussi prestigieux soit-il. Mais nous sommes en 1969, et la vision raciste des gens du Sud ne pouvait pas perdurer au cinéma. Ce qui n’est d’ailleurs pas pour me déplaire.

Donc passons.

 

 

McLaglen a bien retenu les leçons de ses aînés et surtout de John Ford pour lequel il travailla sur L’Homme tranquille. On retrouve ici les ingrédients habituels des westerns de la grande époque (3) : fusillades, bagarre épique et vieux ronchon (Dub Taylor en cuisinier épouvantable), sans oublier les Indiens donc ainsi, qu’un trio fordien, John Wayne, Ben Johnson (Short Grub) et Harry Carey Jr.

 

Mais à ces ingrédients, McLaglen ajoute une problématique tout de même intéressante : comment s’est passée la vie dans le Sud après la reddition de Lee ?

On connaissait déjà le point de vue sudiste de Griffith, qui n’est pas vraiment à son honneur, et ce nouvel aspect insiste sur eux qui ne reconnaissaient pas la défaite et voulaient continuer à lutter contre « l’envahisseur » yankee.

 

Mais le Nord a gagné et les westerns « traditionnels » l’ont très souvent souligné, tout comme celui-ci.

Ce que McLaglen montre en plus, c’est la force de cette Union. C’est que cette « Union » ne fait pas que désigner le camp nordiste : les rapports entre Thomas et ses hommes d’un côté et Langdon et les siens de l’autre, c’est qu’ils font tous partie de ce grand pays que sont les Etats-Unis.

La guerre est bien finie pour Thomas et sans pour autant critiquer l’obstination de ces Sudistes, il va œuvrer à son niveau pour la réconciliation. De son côté, Langdon voit d’un œil favorable cet ancien ennemi, donc on se dirige doucement vers une fin convenue où chacun s’en retournera dans son pays, et cette fois-ci, ce sera le même.

Et pour accompagner la dernière chevauchée, une musique consensuelle et rassembleuse : The Yankee doodle Boy ! (3).

 

Ce western, à contre-courant de la tendance de cette fin des années 1960, a tout de même le mérite de montrer que le genre n’est pas mort comme on pouvait le croire, et même qu’on pouvait en faire un sans qu’il ait besoin d’être « crépusculaire ».

Le seul à être crépusculaire ici, c’est John Wayne qui a tout de même 62 ans quand le film sort : il n’embrasse donc pas la jeune première…

 

 

PS : quant à la traduction française du titre (les Invaincus devient ça)… Parlons d’autre chose. Une autre fois.

  1. Il s’agit d’un terme fort malheureux et réducteur, puisque n’en déplaise aux fâcheux de tous poils et de tous bords, il n’existe qu’une seule race humaine, les autres ayant disparu au fur et à mesure que grandissant le monde. D’ici à ce que cette race s’éteigne, il semble que nous sommes sur la bonne voie…
  2. 1.500 acres, soit environ 607 hectares
  3. Avant Sergio Leone, donc.
  4. Voir ci-dessous :

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #John Sturges, #Clint Eastwood, #Robert Duvall
Joe Kidd (John Sturges, 1972)

Complet marron, chapeau, faux-col et cravate, Joe Kidd (Clint Eastwood) a des allures de pied-tendre. Mais ne vous y fiez pas: notre première rencontre avec lui se situe en prison où il a terminé après avoir fait du scandale au saloon. Mais ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve dans une telle situation.

Après un procès (très) rapide, il est condamné à des travaux d’intérêt général : nettoyer le tribunal et ses alentours.

Mais quand des Mexicains, menés par Luis Chama (John Saxon), viennent libérer des prisonniers à eux, les choses changent.

Joe Kidd se retrouve engagé par Frank Harlan (Robert Duvall) – un riche propriétaire terrien qui voit d’un mauvais œil ces Mexicains lorgner ses terres acquises d’une manière peu orthodoxe – pour tuer ce Chama qui soulève le Nouveau Mexique contre les

 

A nouveau, John Sturges raconte une histoire où des Mexicains sont oppressés. Mais alors que Les 7 Mercenaires était un western magnifique, celui-ci semble être le western de trop.

Il est clair que le format du film (83 minutes) ne permet pas une mise en place trop détaillée ni un développement très fourni. Et c’est certainement là que le bât blesse.  

En effet, le script original mettait plus en avant Chama, ce que Clint Eastwood ne voulait pas : il fallait qu’il soit le héros. En effet, ses trois collaborations avec Sergio Leone l’avaient propulsé en haut de l’affiche et le cowboy de la décennie. Il ne pouvait donc pas interpréter un personnage de second plan.

 

Alors évidemment, tout ce qui avait trait à Chama a été réduit au maximum, allégeant le film et donc ce qui aurait pu en faire un très grand western. Et au final, on ne retient pas grand-chose : des armes insolites dans un western – en fait elles sont plus en rapport avec l’époque (1896-1907) – et deux grandes fusillades.

On y croise des personnages sans véritable relief – la courtisane Elma (Lynne Marta) qui aurait très bien pu ne pas exister sans rien modifier de l’intrigue ou le shérif Mitchell (Gregory Walcott) qui ne fait pas beaucoup plus que de la figuration – et qui ne sont que des esquisses. Même le personnage de Chama n’est pas beaucoup caractérisé, tout comme Harlan, pourtant le « méchant attitré ».

 

On retrouve bien sûr ce qui a fait le succès et le charme des 7 Mercenaires – un homme seul qui s’attaque à une bande – mais de manière beaucoup trop rapide. La grande frustration étant la mort de Lamarr Simms (Don Stroud, qui avait déjà travaillé avec Eastwood dans Un Shérif à New York) : on attendait un affrontement grandiose, le châtiment étant alors à la mesure de la noirceur du personnage. Mais non. Une mort certes spectaculaire mais pas vraiment pertinente au vu du reste.

 

On a l’impression que Sturges n’arrive pas à se positionner : il nous rappelle bien qu’il fut le réalisateur des 7, mais la présence de Clint Eastwood le fait pencher vers Sergio Leone : la fusillade finale avec les hommes sur les toits nous ramène Il était une fois dans l’Ouest ou Le Bon, la brute et le truand, sans la flamboyance ni le panache de ces deux films.

 

Finalement, je trouve ce film décevant car la rencontre entre ces deux géants du western aurait mérité une autre intrigue ou alors un contexte et des personnages plus étoffés.

Le western de trop, donc.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mel Brooks, #Comédie, #Western
Le Shérif est en prison (Blazing Saddles - Mel Brooks, 1974)

1974 fut une année faste pour Mel Brooks : outre Young Frankenstein qui fut un sommet de la parodie d’horreur, il avait commencé l’année avec ce western absolument foutraque, autre magnifique parodie d’un genre né avec le cinéma.

Ce sont 88 minutes de bonheur qui nous sont proposées là : faisant feu de tout bois, Mel Brooks exploite les différents éléments qui constituent le genre et les détourne avec bonheur.

 

Nous sommes après la Guerre de Sécession,  et pour éviter une zone de sables mouvants, le parcours va traverser la petite ville de Rock Ridge, habitée par les descendants des colons qui portent tous le patronyme de Johnson.

Après avoir essayé d’intimider par la force cette population, le procureur Hedley Lamarr (Harvey Korman) leur envoie un shérif pour maintenir l’ordre : Bart (Cleavon Little).

Le seul petit problème pour les habitants de Rock Ridge, c’est que ce shérif est noir.

 

Encore une fois, je rappelle que pour faire une brelle parodie, il faut absolument exagérer les différents éléments qui la composent. Et encore une fois, Mel Brooks le fait. Et en plus avec talent.1

Nous avons, outre les grands espaces, toute une galerie de personnages représentatifs du far-west. Autour du shérif, on y trouve : un tireur ultra-rapide – Jim « the Waco Kid » (Gene Wilder) ; une chanteuse de cabaret en bas et porte-jarretelles – Lily von Schtüpp (Madeline Kahn) ; un trappeur plus vrai que nature, parlant un langage parfois difficile à saisir – Gabby Johnson (Jack Starrett) ou encore le révérend Johnson et ses citations bibliques ; et bien sûr l’institutrice Harriet Johnson… Et bien sûr les Indiens dont le chef s’exprime en yiddish : normal, c’est Mel Brooks qui l’interprète. J’allais oublier la scène des cowboys autour du feu mangeant des haricots. Et comme c’est Mel Brooks, nous avons droit à une série de pets monumentaux (1).

Ce shérif noir est l’élément-clé du film : en choisissant un acteur de couleur, il va à l’encontre des rôles qui furent très (trop ?) longtemps proposés aux Noirs. En effet, mis à par Woody Strode, peu d’acteurs noirs ont tiré leur épingle du jeu dans un western. Ils devaient en règle générale occuper des rôles de figuration,  ou alors avec quelques répliques, sans avoir beaucoup d’influence sur l’intrigue.

Avec Mel Brooks, ce cliché explose et Cleavon Little nous fait un numéro épatant de shérif/redresseur de tort, dans un décor grandiose, le tout filmé en 35mm.

On a même droit à un départ dans le soleil couchant, une fois la ville nettoyée et débarrassée de ces desperados à la solde de l’infâme Lamarr.

 

Mais Little n’est pas seul et les acteurs qui l’entourent sont eux aussi impeccables : de Harvey Korman à Madeline Kahn, sans oublier Gene Wilder c’est un festival d’humour et d’absurde.

Mais en restant exclusivement dans le genre, jusqu’à la bagarre finale qui rejoint sans problème celles de L’Homme tranquille ou de 1941.

Il faut dire aussi que Mel Brooks, s’il garde les codes spécifiques du genre, n’oublie jamais qu’il est au cinéma. En effet, non seulement tout est possible, mais surtout, il le fait : entre Lamarr qui s’adresse aux spectateurs et l’intervention de danseurs qui répètent dans un studio voisin, on ne sait plus où donner de la tête.

On retrouve aussi quelques allusions au premier film de Mel Brooks, Les Producteurs. En effet, parmi les figurants de la bagarre finale, on retrouve un acteur qui interprète Hitler et s’agite furieusement pendant que les tartes à la crème volent ; un (tout petit) peu plus tôt, c’était Madeline Kahn qui chantait avec des soldats allemands (3) une chanson de ce film.

Sans oublier les jeux de mots qui fleurent à chaque coin de scène : Lamarr que tout le monde appelle Hedy ; les lauriers que Johnson (John Hillerman) offre de bon cœur (2)…

 

Bref tout est là pour faire rire, et à ce jour, seuls les cadres de la Warner n’ont pas trouvé le film drôle.

 

PS : Hedy Lamarr (la vraie) a tout de même intenté un procès à Mel Brooks…

PPS : Seules deux répliques ont été coupées au montage, elles concernent un échange entre Bart et Lily, dans le noir (hum). Je vous laisse aller voir ce qu’elles disaient

 

  1. Il est dit que c’est la première fois qu’on a une telle débauche de tels bruitages…  De plus, Mel Brooks interprète un gouverneur qui répond au doux nom de « Le Pétomane » (en français dans le texte).
  2. Jeu de mots homophonique intraduisible. Un indice tout de même : « laurier » se dit « laurel ».
  3. Ils font partie d’une série de méchants recrutés par Lamarr pour éliminer Rock Ridge. On y trouve aussi des Mexicains et quelques Hell’s Angels…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Scott Sidney, #Comédie, #Western
Le Neurasthénique (The nervous Wreck - Scott Sidney, 1926)

Henry Williams (Harrison Ford) est malade. Tellement malade, qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors autant mourir dans de grands espaces plutôt que dans une petite chambre.

Henry part pour l’Arizona. Il est alors recueilli par Jud Morgan (Hobarth Bosworth) et sa fille Sally (Phyllis Haver). Cette dernière n’est pas insensible au charme caché de ce jeune malade.

Mais voilà, elle doit épouser le shérif Bob Wells (Paul Nicholson).

Qu’importe : elle s’enfuit avec Henry afin de l’épouser.

Mais il ne peut pas : il doit mourir bientôt…

 

Rien n’est bien sérieux dans ce drôle de western, ou plutôt dans ce western très drôle. En effet, alors que le générique et le premier plan nous préparent à une histoire de cowboys – on voit Jud Morgan et ses vaches – débarquent un drôle d’individu dans une voiture antédiluvienne, bien forcé de rester puisque cette dernière est en panne. Mais cette intrusion moderne dans ce ranch qui semble traditionnel va complètement chambouler la vie de ces paisibles (?) gens de l’Arizona.

Alors oui, les autochtones sont bien des cowboys, mais n’attendez pas ici les codes habituels : si le shérif est une fine gâchette et que nous avons droit à des bagarres, le plus important ici est avant tout de faire rire.

 

Avant tout, le premier ressort comique du film est la maladie, ou plutôt l’hypocondrie dont souffre Henry. Ses premières interventions sont essentiellement des gestes de soin, avalant pilule sur pilule sans oublier de prendre sa température.

Mais le spectateur n’est pas dupe : cet homme ne souffre de rien, il a juste besoin d’un peu d’air et de grands espaces (ça tombe bien, il est en plein Arizona).

Heureusement pour lui (et pour nous), Sally est du genre entreprenant et l’histoire va vraiment se lancer quand les deux jeunes gens vont s’enfuir.

S’enfuir pour tomber sur un autre hypocondriaque : Jerome Underwood (Mack Swain). Mack Swain qui vient de triompher avec Chaplin est ici dans un rôle sur mesure où la force verbale n’a d’égale que sa couardise dès qu’il entend un coup de feu.

La rencontre entre ces deux grands malades est donc le premier grand moment du film, mais il prendra tout son sens quand Underwood le racontera au shérif Wells, ce témoignage embelli (euphémisme) étant corroboré par sa fille Harriet (Vera Steadman) et son futur gendre Reggie De Vere (Charles K. Gerrard), dans une reconstitution savoureuse.

 

Autre grand moment : le repas, pendant lequel Henry doit faire le service alors qu’y participe Underwood qu’il a délesté de quelques litres d’essence et le toujours shérif Wells, à sa poursuite pour avoir enlevé sa promise (1). On retrouve ici une déclinaison de la tarte à la crème dans la figure (2), où Mack Swain fera les frais du projectile.

D’ailleurs, si Mack Swain a commencé avec Mack Sennett et est habitué à prendre divers aliments dans la figure, il n’est pas le seul : Mort, le cowboy annoncé dans le générique n’est autre que Chester Conklin, affublé de sa moustache célèbre et fournie. Autre « recrue » du grand Sennett, Phyllis Haver. Et oui, le grand Mack a aussi découvert des talents féminins…

 

Evidemment, la fin est prévisible (dès le début, d’ailleurs), mais comme toujours c’est de la façon dont la résolution arrive que dépend le succès du film, et là encore, ça fonctionne. On s’amuse pendant tout le film de ces personnages attachants. Certes, ce n’est ni Chaplin, ni Keaton qui réalisent tout cela, mais le jeu en vaut la chandelle : Harrison Ford est aussi à l’aise quand il faut émouvoir ou amuser, et les acteurs autour de lui sont à la hauteur, ce qui nous donne un petit film qui n’est pas si petit que ça : N’oubliez jamais qu’il est toujours beaucoup plus difficile de faire rire que de faire pleurer.

 

 

PS : doit-on voir dans ce Henry Williams, sorte de pied-tendre portant des bésicles, le futur Pilule, personnage de Morris qu’on rencontre en deuxième partie de l’album Phil Defer (1956) ? Je vous laisse seuls juges.

Mais ma réponse est déjà faite…

  1. Je vous laisse découvrir le subterfuge qui ne le fait pas reconnaître.
  2. C’est autre chose qui finira dans le visage de quelqu’un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #John Wayne, #Western
Rio Grande (John Ford, 1950)

Dernier volet sur la cavalerie et les guerres indiennes, Rio Grande, de par son titre, traite d’un lieu des plus stratégiques : le fleuve éponyme qui constitue une frontière naturelle entre les Etats-Unis et le Mexique (1).

Ce fleuve est régulièrement traversé par les Indiens – ici les Apaches – afin de se protéger des « Tuniques Bleues » après un méfait. Mais du fait que le fleuve est une  frontière, les soldats ne peuvent le franchir sans provoquer un incident diplomatique avec tout ce que cela concerne.

 

Les soldats, ici, sont en garnison à Fort Starke, qui est le dernier fort avant la frontière et commandé par le général Sheridan (J. Carrol Naish), aidé du colonel Kirby York (John Wayne).

Parmi les nouvelles recrues, on trouve un trio de jeunes cavaliers courageux et téméraires : Tyree (Ben Johnson), Boone (Harry Carey Jr.) et York (Claude Jarman Jr.) qui n’est autre que le fils du colonel, renvoyé de West Point et qui s’est engagé pour laver son honneur, d’une certaine façon.

Le même jour arrive Kathleen York (Maureen O'Hara), bien décidée à récupérer son fils des griffes de l’armée.

 

Pour terminer sa trilogie, Ford reprend quelques-uns des interprètes (John Wayne, Victor McLaglen…) et conclut sur un coup d’éclat des soldats, secourant les enfants du fort des Apaches qui les ont enlevés.

Non seulement les acteurs « rempilent », mais certains possèdent le même nom que lors d’un des deux films précédents : John Wayne/York ; Ben Johnson/Tyree ; McLaglen/Quincannon…

Et tout comme le premier opus, le film est en noir et blanc (2), renforçant le côté noir de l’intrigue.

 

Mais surtout, l’aspect privilégié dans le film est la famille. Outre que certains enfants qui apparaissent sont ceux des acteurs (etc.), le film s’ouvre et se ferme sur les femmes qui attendent inquiètes le retour des soldats après une mission : leurs hommes seront-ils parmi les blessés, ou pire les morts ?

De plus, l’intrigue faisant se côtoyer le père et le fils sous les mêmes couleurs amènent certaines difficultés dont joueront Morris et Goscinny dans Le XXème de Cavalerie (1965), avec en prime le jeune McStraggle qui ressemble fort à Claude Jarman Jr.

 

Si l’intrigue est plus noire que les autres, elle n’empêche pas de nous proposer une belle bagarre qui oppose le fils du colonel, cible privilégiée entre les hommes du régiment, et Heinze (Fred Kennedy) qui se gaussait de la parenté du jeune homme. Cette bagarre fait partie des éléments incontournables des westerns de Ford, tout comme l’ivrognerie de Quincannon/McLaglen.

On retrouve un autre élément qui sera repris par Morris et Goscinny : les chœurs de soldats chantant des ballades irlandaises, émouvant les auditeurs.

Bref, avec Rio Grande, Ford tourne – encore – une page de l’Ouest américain, en donnant cette fois le beau rôle à ces cavaliers. Il tournera une nouvelle fois une histoire avec ces cavaliers neuf ans plus tard, mais cette fois le contexte sera la guerre de Sécession, donc un autre pan de l’histoire de ce pays.

 

Et bien sûr, on retrouve le microcosme habituel, dont Kathleen York est la femme forte qui sait mener son monde : têtue et opiniâtre comme son mari, elle ne se laisse pas faire quand il tente un rapprochement, surtout du fait de la destruction de sa demeure familiale pendant la guerre civile.

Elle prendra d’une certaine façon sa revanche de l’armée quand la fanfare jouera Dixie pendant la mise à l’honneur de son fils et ses camarades.

 

Avec ce film, Ford en termine avec les guerres indiennes du point de vue des Blancs. Vont suivre dorénavant des westerns aux intrigues où la place des Amérindiens sera plus grande et surtout plus juste (3) : je rappelle que les vrais Américains ne sont pas ceux qui ont colonisé le pays pendant les différentes vagues d’immigration qu’ont connues les Etats-Unis, mais bel et bien ceux qui étaient là bien avant eux.

 

 

PS : Jack Pennick est encore et toujours là. Le trouverez-vous ?

 

  1. Pas de mur possible à cet endroit, semble-t-il…
  2. La Charge héroïque est en couleur du fait du ruban jaune dont fait mention le titre original (She wore a yellow Ribbon).
  3. The Searchers, Cheyenne Autumn, Two rode together.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Western, #John Wayne
La Charge héroïque (She wore a yellow Ribbon - John Ford, 1949)

1876.

Custer vient de tomber à Little Big Horn. C’est un coup dur pour l’armée des Etats-Unis, et en particulier pour les hommes du 7ème de cavalerie commandés par le capitaine Brittles (John Wayne) à qui il reste moins d’une semaine avant la retraite (fort méritée bien sûr).

Mais les troublés générés par la défaite a mis les Indiens en effervescence, et le commandant Allshard (George O’Brien) envoie Brittles accompagner à la diligence les femmes du fort : sa femme Abby (Mildred Natwick) et sa nièce Olivia Daindridge (Joanne Dru).

Cette dernière, pendant tout le trajet porte un ruban jaune (1) dans ses cheveux, signe qu’elle est amoureuse d’un des hommes : le premier lieutenant Cohill (John Agar), ou le second lieutenant Pennell (Harry Carey Jr.) ?

 

Il s’agit ici du second volet de la trilogie que John Ford accorde à la cavalerie américaine (US Cavalry), situé entre Fort Apache et Rio Grande.

Après la déroute militaire du précédent film, Ford redore un peu le blason de ce corps d’armée, s’appuyant sur John Wayne et quelques habitués du cinéma de Ford : outre les acteurs déjà cités, on retrouve Arthur Shields (le docteur), Francis Ford (le barman) et Victor McLaglen (Quincannon), sans oublier le fidèle Jack Pennick qui n’apparaît que dans la scène finale. Il ne manque que Ward Bond !

 

Pour le reste, on retrouve les éléments chers au réalisateur : l’Amérique qui se construit, un microcosme peuplé de personnages de caractère, la famille et bien sûr une bonne bagarre. Le tout au milieu de Monument Valley. Bref, du grandiose !

Et fait de charge héroïque, on pouvait s’attendre à du plus spectaculaire. En effet, la seule charge à laquelle nous assistons – à la fin, apothéose d’une certaine façon de la carrière de Brittles – ne comporte aucun mort ni le moindre blessé, ce qui semble tout de même étonnant quand on se souvient du sort de Custer. On aurait pu imaginer une expédition punitive, histoire de venger les morts de Little Big Horn.

Mais si cette charge est héroïque, c’est surtout parce qu’à aucun moment, on ne voit un Indien tué. La dernière charge de Brittles est avant tout une magnifique manœuvre pacifiste : il est parfois des gestes plus héroïques que de mourir à la guerre.

De plus, l’échange qui se tient peu avant cette charge voit Brittles parlementer avec Poney That Walks (Chief John Big Tree, autre familier des films de Ford et autres westerns) : ce sont deux amis qui s’aiment et qui déplorent la guerre à venir. D’une certaine façon, Brittles reste fidèle à son mai, évitant un bain de sang inutile (2).

 

Si la cavalerie est avant tout un milieu d’hommes, encore une fois Ford y greffe des femmes au caractère bien trempé : la jeune Olivia n’est pas une frêle jeune fille, comme on pouvait s’en douter (on est chez Ford, je rappelle), la plus forte reste tout de même Abby, la femme du commandant du camp. Et Mildred Natwick, qu’on avait aperçue dans Three Godfathers, revient avec panache, menant le sergent Quincannon vers la prison militaire sans une protestation, lui qui vient d’en découdre avec sept soldats qui n’ont pas pu l’arrêter. C’est d’ailleurs une (autre) belle bagarre que nous propose là Ford : Victor McLaglen s’en donnant à cœur joie avec Francis Ford, buvant et frappant sans retenue. Bref, on est en plein territoire (avec deux R) connu et on s’y sent bien.

 

Et puis il y a John Wayne, un peu différent des autres rôles qu’on lui connaît. C’est tout d’abord un homme seul et triste : sa femme l’a quitté près de 10 ans plus tôt, et il ne peut s’empêcher d’aller lui parler régulièrement, au cimetière du fort.

C’est aussi un homme qui a vieilli, comme le soulignent se cheveux blancs (3), et sa gêne quand il sort ses lunettes pour lire.

Il termine son service – 40 ans annonce-t-il – et a beaucoup de mal à l’accepter. Lors de ses adieux officiels, on sent une émotion dans l’attitude et la voix du Duke.

 

Un grand western qui démontre encore une fois l’admiration qu’avait John Ford pour ce corps d’armée, glorifiant aussi ces soldats qui furent ennemis à un moment de leur carrière (Guerre de Sécession), mais qui ont surmonté leurs antagonismes pour faire de ce pays un grand et beau pays : l’un d’eux est enterré avec le drapeau de la Confédération ; Tyree (Ben Johnson) mentionne Lee sur le plan que Sheridan, Sherman et Grant…

Mais tous ont cette même fierté d’appartenir à ce glorieux 7ème.

 

Une dernière chose encore : la musique de Richard Hageman, sur la base de la chanson traditionnelle du XVIIème siècle, égrène aussi quelques classiques du folklore américain comme the Battle Hymn of the Republic et bien sûr l’incontournable Garryowen, hymne du  7ème de Cavalerie.

 

 

  1. D’où le titre original : « elle portait un ruban jaune. »
  2. En existe-t-il des utiles ?
  3. John Wayne a alors 42 ans quand le film sort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Delmer Daves
La Colline des potences (The hanging Tree - Delmer Daves, 1959)

 

La Colline des potences, ou plutôt l’Arbre à pendaisons (le titre original) est le lieu où  tout commence et où tout finit.

Entre les deux, une histoire d’hommes, de femmes et surtout d’or.

 

Un beau jour, le docteur Joe Frail (Gary Cooper) arrive à Skull Creek et achète une maison, à un jet de pierre du fameux arbre.

C’est aussi le jour que choisit Rune (Ben Piazza) pour débarquer là, essayant de voler des pépites dans un berceau.

Pris en chasse, il réussit à s’échapper et est soigné par Frail qui le garde comme serviteur contraint.

Un jour, la diligence est attaquée : les passagers sont tués sauf Elizabeth Mahler (Maria Schell) qui est recueillie au bout de trois jours.

Elle est installée en face de chez le docteur qui la soigne.

 

Delmer Daves est un  réalisateur humain. Son film est une très belle chronique de l’Ouest des orpailleurs : on y retrouve tous les éléments qui suivaient chaque ruée vers l’or.

Ici, c’est le Montana, mais on aurait pu voir la même chose en Californie ou ailleurs.

Les bâtiments qui ne sont que des grandes tentes où vivent, mangent, boivent ou plus : il existe même un « bâtiment » entourée de jolies dames qui vendent leur magasin à fesses, si vous voyez ce que je veux dire (1).

On y trouve aussi une rivière (2) sur les bords de laquelle les chercheurs tamisent le fond. Mais surtout on y trouve une faune hétéroclite et bigarrée.

Des prospecteurs, ça, on le savait, mais on y rencontre aussi Tom Flaunce (Karl Swenson), l’épicier de la ville mais qui vend aussi tout ce qui se rapporte à la prospection ainsi que les opérations financières. C’est le véritable homme à tout faire de la ville-champignon.

En plus des dames déjà mentionnées, on y trouve des joueurs de tout poil et un prédicateur exalté (3), George Grubb (George C. Scott).

Et parmi les prospecteurs, Frenchy Plante (Karl Malden), un brave garçon bien qu’un tantinet limité.

 

Très rapidement, on se rend compte que ce docteur fraîchement arrivé n’est pas de ces praticiens traditionnels : s’il sait enlever des balles dans le corps des blessés, il sait aussi en ajouter aux corps des vivants.

De plus, quand les résidents de Skull Creek apprennent son arrivée, de vieilles histoires ressurgissent : Frail n’est pas un inconnu pour eux. Tous le craignent, et à juste raison : c’est une gâchette, comme on dit.

Même Frenchy, qui n’est pas le plus subtile de la bande est très prudent quand il a affaire à Frail.

 

Et puis arrive le tournant du film : la découverte de la jeune femme, Elizabeth.

Si les prospecteurs sont heureux de son arrivée – et surtout dans ces conditions – il n’en va pas de même pour tout le monde. Trois autres attitudes se révèlent : médicale pour Frail ; morale pour certaines femmes de Skull Creek ; et convoitise pour Frenchy.

Si l’attitude de Frail s’explique facilement, celle des femmes fait aussi partie des éléments récurrents du western : les bonnes dames patronnesses qui sont très souvent décrites  mais surtout caricaturées et moquées (jusqu’à Morris et Goscinny dans Lucky Luke).

Et la femme de Flaunce est un véritable archétype de méchanceté et de médisance sous couvert de prétextes moraux. La façon dont Frail se débarrasse de ces bonnes dames est d’ailleurs l’un des rares moments comiques du film.

 

Parce que le film est avant tout un drame. Un drame humain, où l’or n’est même pas la raison.

Frail est un personnage au premier abord très sympathique (normal, c’est Gary Cooper !), mais on se rend bien compte qu’il n’est pas si bénéfique que ça. Son attitude peut se faire dure voire violente.

De plus, son allure sévère accentue ce côté un peu obscur. Avec l’âge – et la maladie ? Il s’agit de l’un de ses derniers films – le visage Gary a perdu de sa douceur et de la candeur qui lui permit d’interpréter des personnages très attachants. Il n’en demeure pas moins superbe, comme d’habitude.

 

A ses côtés, ou plutôt en face, Karl Malden interprète une brute assez singulière. En effet, ses premières interventions sont empreintes de naïveté : sa découverte de la jeune femme le propulse au devant de la scène. La façon dont il raconte ce qu’il s’est passé est presque touchante. On a un peu l’impression que c’est un grand gamin qui s’exprime.

Mais quand le désir va le gagner au fur et à mesure du film, l’aspect brutal va ressortir et le révéler tel qu’il est.

Malden est remarquable dans ce rôle pas si simple que ça, d’autant plus qu’il dut remplacer au pied levé Delmer Daves qui était malade et terminer le tournage.

Autre acteur remarquable : George C. Scott. On reconnaît d’emblée son profil et encore une fois, on se dit qu’il n’a pas un personnage très positif. Il est un prédicateur exalté certes, même si « fou » lui conviendrait mieux.

 

Et l’arbre ?

Comme je l’ai dit au début, c’est lui qui finit le film, avec une nouvelle corde « branchée ».

Encore une fois, il est témoin de l’avilissement des hommes dû à la fièvre de l’or, et la dernière séquence nous les révèle tels qu’ils sont : petits, égoïstes et brutaux.

Mais sont-ce encore des hommes ?

 

  1. Clin d’œil à Pierre Perret et son Tord-Boyaux.
  2. Elle donne son nom à la ville.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Kevin Costner
Danse avec les Loups (Dances with Wolves - Kevin Costner, 1990)

Le Western est de retour.

En fait, le Western est toujours de retour, si on doit se fier aux annonceurs. Peut-on dire que le Western a disparu un jour ? Je ne pense pas.

Mais on peut tout de même dire que ce western, à sa sortie fut un événement : Kevin Costner avait même mis un quart du budget de sa poche tant il voulait le réaliser.

Non seulement ce fut un bon calcul financier, mais en plus, il fut grandement récompensée à travers le monde.

L’histoire ? Elle est toute simple, et c’est aussi pour cela que le film a bien marché.

 

Alors qu’il est blessé et qu’on doit l’amputer de la jambe droite, le lieutenant Dunbar (Kevin Costner, donc), qui refuse de devenir invalide, lance contre les Confédérés une charge solitaire autant que suicidaire qui se transforme en acte héroïque et lui vaut une affectation plus reposante et surtout la conservation de sa jambe.

Sa nouvelle affectation est tellement calme qu’il est seul dans ce qui ressemble à des ruines d’un fort militaire, au point le plus occidental de la frontière (1).

A force d’être seul, Dunbar va visiter ses voisins : une tribu de Sioux dirigée par le chef Ten-Bears (Floyd « Red Crow » Westerman) et le sorcier Kicking Bird (Graham Greene).

Une fois la surprise (réciproque) passée, des liens vont peu à peu se nouer entre les Sioux et cet homme blanc si étrange : la première fois que Kicking Bird le voit, Dunbar est tout nu.

 

Bien sûr, on a en tête les deux monuments précédents – Little Big Man et A Man called Horse tous les deux curieusement sortis la même année – qui offraient exclusivement une intrigue du point de vue des Indiens, ce qui n’étaient pas souvent le cas des Westerns de la grande époque avec les spécialistes du genre : John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh pour ne citer qu’eux (2). 

La grande différence tout de même, c’est que le Blanc qui devient Indien le fait volontairement : il n’est pas prisonnier ou perdu comme on le voit pour l’une des membres de la communauté, Stand with a Fist (Mary McDonnell).

 

C’est une épopée fabuleuse que nous offre Kevin Costner, et on comprend pourquoi il voulait à tout prix tourner ce film. Encore une fois, on ne peut que prendre le parti des Indiens contre les hommes blancs : ces derniers, n’intervenant que dans la dernière heure du film (avec aussi la toute première séquence qui voit Dunbar se retrouver à Fort Sedgewick), sont montrés comme des abrutis analphabètes, frustes et violents, ce qui à mon avis n’est pas tellement exagéré.

 

Mais si les Indiens sont les « gentils » du film, cela ne les empêche pas non plus d’être cruels : envers leurs ennemis - les Pawnees (3) – comme envers les Tuniques bleues. Ce dernier combat va définitivement sceller le sort de Dunbar : arrêté et en attente d’être pendu, il est libéré par ses « frères » indiens.

Et d’une façon générale, Dunbar, en six mois (4), va se transformer : physiquement autant que moralement, adoptant définitivement les us et coutumes de ces nouveaux amis.

 

Pour le reste, c’est un superbe western que nous avons là, où le réalisme l’emporte sur le spectaculaire, le tout dans un cadre magnifique : le Dakota du Sud.  Mais surtout, les interprètes autres que les « Blancs » sont de véritables descendants des tribus indiennes, même s’ils ne sont pas d’ascendance sioux.

De plus, le langage utilisé est aussi sioux, ce qui donne encore plus de force aux différentes séquences du film.

 

Alors quand on dit que le Western est de retour, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il n’est jamais parti, mais qu’il est avant l’un des thèmes les plus fondateurs du cinéma américain, et que s’il est parfois obscurci par le reste de la production cinématographique, il n’en demeure pas moins un repère vers lequel Hollywood revient régulièrement, amenant à chaque fois  une autre pierre à l’édifice de l’histoire américaine du XIXème siècle, avant que ce pays soit définitivement considéré comme civilisé.

 

Civilisé du point de vue occidental, c'est-à-dire conquis avec une bible, mais surtout un fusil.

 

 

  1. La Frontière était la limite où la « civilisation » américaine s’étendait, toujours plus à l’Ouest avant de rejoindre l’océan Pacifique, amenant les colons puis les villes, amenant aussi le crime et les maladies ainsi que la guerre qui furent fatals aux Amérindiens.
  2. Je ne dis pas que tous les autres westerns prenaient exclusivement le point de vue des Indiens, mais la plupart du temps, on en revenait au vieil (et stupide) adage : « un bon Indien est un Indien mort. » On retrouve d’ailleurs cette pratique dans la dernière partie du film.
  3. Parmi les Pawnees, on découvre alors un acteur (amérindien) qui fait ses débuts au cinéma : Wes Studi. On le retrouvera dans le très beau Hostiles de Scott Cooper. On peut imaginer d’ailleurs que l’Indien vieillissant qu’il interprète ne devait pas être beaucoup plus différent dans sa jeunesse de celui qu’on peut voir ici.
  4. Seul repère chronologique : sa rencontre avec les nouveaux « pensionnaires » de Fort Sedgewick.

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